Ayéééé! J'ai réussi! Le chapitre 18 avant le moi de juin! Kyaaaa!
J'avoue que j'en doutais.
Bref, toujours est-il qu'il est là, aussi long que les autres, aussi con, si ce n'est plus.
On m'a dit (je ne citerais personne, hein 'tite Mel? ) que les derniers chapitres étaient un peu longuet, alors j'ai essayé de faire face! on verra bien ce que ça donnera. En tout cas, j'espère qu'il vous plaira!
Le 19 ne devrais pas trop tarder (je dis ça souvent, ce qui veut dire pas plus de 2 mois) puisque je sais exactement quoi mettre dedans, j'ai juste à broder.
Je vais arrêter de raconter des bêtises et aller me doucher.
Aaaaah! Que ma vie est intéressante!
Bonne lecture!
Chapitre 18:
La vie est un éternel recommencement.
L'océan ondulait jusqu'à l'infini, ses vagues scintillaient comme une multitude de miroirs étincelants. Il n'avait pas changé. Toujours aussi imposant, indomptable et mystérieux. Il n'avait pas révélé un seuls de ses secrets à Ambre en cinq ans. Il faut dire aussi qu'elle n'avait pas vraiment cherché. Elle avait bien d'autres choses pour s'occuper l'esprit. Apprendre à devenir une pirate de première catégorie entre autre.
Toujours est-il que sur cette grande flaque liquide filait un imposant trois mâts, toutes voiles dehors. Il s'en élevait des accords musicaux qui résonnaient entre les vagues puissantes. Un chant accompagné d'une guitare. Au premier abord, on ne serait pas inquiété outre mesure. Une vague d'inquiétude nous aurait submergés lorsque le refrain repris par tout l'équipage aurait retenti à nos sensibles petites oreilles.
" Em-me-nez-moi à Chapareillan, emmenez-moi au pays du vin blanc.
Il me sembleuh, que la misèreuh, serait moins pénible en buvant! Tsointsoin!"
Après s'être demandé quel était cet étrange équipage d'alcoolos, notre regard aurait dévié en direction du pavillon et, après s'être étouffé en avalant notre salive de travers, on aurait plié bagage et fait demi-tout aussi sec devant le pavillon noir fièrement dressé sur le grand-mât de l'Ecumeur.
Ainsi, en cinq ans, l'ambiance n'avait guère changé à bord de ce vaisseau, mis à part quelques concessions au modernisme: la musique.
Ambre, après un nouvel accord, entonna le couplet suivant. Tout de suite, sa voix fut joyeusement recouverte par les beuglements de ses compagnons de quart. Trévor poussa un soupir. Il aurait bien étranglé Bob le cuistot qui avait appris à Ambre à jouer de la guitare car il ne se passait pas dix minutes sans qu'un de ces forbans mal léchés lui demande de chanter un petit air. Et un équipage de pirates qui attaquent en musique, ça ne fait pas très sérieux. Il avait eu beau râler auprès de Roberts, rien n'y avait fait. Il faut dire que c'était un des premiers à lui demander de prendre sa guitare quand elle montait en haut du grand mât épier l'horizon. Il eut néanmoins un petit rire mauvais. Il y avait quand même quelques compensations: ils étaient vraiment ridicule à frotter le pont en rythme et en dandinant du derrière. Et puis c'était vrai qu'elle chantait bien.
Vincent, Wesley, Takashi et les jumeaux, qui n'avaient pas pris une ride malgré la rude vie de pirates, reprirent le refrain en chantant plus faux que jamais. Le quartier-maître fit la grimace en les entendant. Il désespérait qu'ils puissent jamais faire un quelconque progrès.
Il s'apprêtait à leur lancer une réplique cinglante qu'il avait mis mûrement réfléchie quand la porte de la cabine de Roberts s'ouvrit à la volée et tapa violemment contre le mur. Korp, qui tenait la barre d'une main ferme crispée sur le dessus de la roue, avec l'air décontracté du premier Jackie de son temps, tourna vers son capitaine un regard étonné.
"- Désolé, je crois que je ne maîtrise plus ma force," répondit Roberts avec un sourire faussement contrit à l'interrogation muette de son second.
Korp haussa les épaules et se concentra à nouveau sur la route, ce qui était bien plus difficile qu'il n'y paraissait. Il est vrai que, même s'il n'y a pas de fossés où se foutre dedans, les creux des vagues pouvaient être traîtres.
Roberts le regarda quelques instants puis secoua la tête comme pour faire revenir ses soucis du moment au premier plan.
"- Ambre!" gueula-t-il.
Un crâne recouvert de cheveux blancs comme neige suivi de deux yeux mutins apparurent haut-dessus du garde-corps de la dunette.
"- Oui capitaine?
- Descend! J'ai à te parler.
- Bien capitaine."
Elle enjamba le parapet et posa un pied agile sur les haubans.
La jeune fille avait bien grandi depuis tout ce temps. Elle avait atteint les dix-neuf ans et l'enfant avait laissé place à une jeune femme pleine de vie, rieuse, farceuse, munie d'une langue de vipère bien pendue maniant le sarcasme comme nulle autre. Elle était restée fine et souple comme un roseau, vive et rapide comme un serpent. Elle avait, heureusement pour elle, gagné en force et perdurait dans ses yeux de miel, perdus dans son beau visage aux traits fins, une étincelle d'espièglerie. Bref, tout ce qu'il faut pour semer le trouble dans un équipage exclusivement masculin privé de tendresses féminines pendant un temps trop long à leur goût.
Même si les jumeaux veillaient au grain, Ambre avait donc dû mettre les points sur les i: elle avait toujours deux dagues à la lame courbe et parfaitement aiguisées passées dans sa ceinture, dagues qu'elle maniait avec une dextérité mortelle. Et, pour ceux qui étaient durs du bocal, elle avait dû ajouté dans son vocabulaire et surtout au bout de sa lame le mot "châtrer", ce qui achevait de refroidir les plus entreprenants.
Ambre posa souplement le pied sur le pont et rejoignit son capitaine en quelques pas sous les commentaires de ses collègues. Un simple regard noir, de Roberts et d'Ambre, les firent taire.
"- Viens," lui dit Roberts en lui indiquant de passer dans sa cabine.
Ambre le précéda donc dans la petite pièce simplement meublée et s'assit sur une chaise. Roberts s'installa en face d'elle dans son fauteuil préféré et unique.
Le terrible pirate Roberts resta silencieux, comme s'il cherchait ses mots. Ambre, qui commençait à le connaître, du moins suffisamment pour s'avoir qu'il ne fallait pas le presser, se contenta de l'observer du coin de l'œil en attendant qu'il se décide à ouvrir la bouche. Il n'avait guère changé, mis à part les pattes d'oies qui se dessinaient au coin de ses yeux et les quelques mèches grises qui parsemaient sa chevelure d'ébène. Ses yeux reflétaient une inquiétude qui persistait depuis des années. Pourtant, tout se déroulait comme prévu. Cela faisait cinq ans que Barbossa attaquait les villes et villages des côtes. Norrington, même s'il ne croyait pas un mot de cette malédiction, envoyait des bateaux courir après ce mirage et laissait en paix les cités pirates, pour le moment du moins. Roberts et Jack prévenaient toutes les îles peuplées de forbans et celles-ci, après les avoir pris pour des fous, commençaient à se préparer à une hypothétique attaque des forces de sa majesté le roi d'Angleterre.
"- Tu sais que nous arrivons bientôt à Crooked Island, déclara Roberts, la tirant de ses pensées.
- Heu… ou… oui.
- T'es là ou je parle dans le vide? ricana-t-il.
- Je suis toutes ouies!
- Parfait. Tu connais Bertrand, n'est-ce pas?
- Bertrand… réfléchit-elle, Bertrand le marchand du bout du quai?
- Ouais, on peut dire ça comme ça.
- Donc oui, je vois qui c'est.
- J'avais deviné, coupa-t-il.
- …
- Ne tire pas cette tête-là et sois attentive.
- Oui, capitaine.
- Je pense qu'il est temps que je te laisse le soin de marchander toute seule.
- C'est vrai? s'exclama Ambre, les yeux ronds.
- Je t'avais dit de ne pas m'interrompre!
- Vous ne me l'avez pas dit, fit remarquer Ambre, avec un petit sourire malicieux.
- Je l'ai juste pensé alors.
- Pas assez fort, en tout cas.
- Depuis le temps que je te le dis, tu aurais pu t'en souvenir!
- J'ai une cervelle de poisson rouge: trois secondes de mémoire vive.
- Avec ça, c'est sûr que tu peux en faire des tours d'aquarium avant de t'ennuyer!
- La vie est un éternel recommencement, dit la jeune fille avec philosophie.
- Dommage que tu n'en ai pas la couleur, soupira le capitaine.
- De quoi? demanda Ambre qui n'avait pas suivi le cheminement de la pensée de son interlocuteur.
- Eh bien du poisson rouge!
- Aaah!
- …
- …
- …
- On s'est égaré, non? dit Ambre.
- Je le crois bien.
- Vous disiez?
- Heu… attend que je me souvienne. Ah oui! je disais que j'allais te laisser négocier. Je commence à en avoir assez et, depuis le temps que je t'emmène avec moi, tu devrais pouvoir t'en sortir.
- J'en serais ravie, répondit la jeune fille, toute excitée à cette perspective.
- Je n'en doute pas une seconde vu comme tu sautilles à chaque fois que tu viens avec moi.
- Hem… fit Ambre, gênée, le rouge montant à se joues.
- Bref, revenons à nos moutons avant de nous égarer de nouveau dans une réflexion hautement philosophique, déclara Roberts avec un sourire. Je viens avec toi chez Bertrand mais je te laisse faire sans intervenir. Si tu t'en sors bien, je te laisse la suite. Sinon, bah… tu t'en sortiras bien, j'en suis sûr.
- Si vous le dites. C'est tout?
- Non. Il y a encore quelques petits problèmes à régler.
- De quel ordre?
- Tu l'auras noté j'espère, que, lorsque je vais vendre nos prises, j'en emmène toujours quelques échantillons, qui en eux-mêmes peuvent valoir la peine de se débarrasser de son porteur, et aussi suffisamment d'argent pour payer le déchargement et le transport jusqu'aux entrepôts.
- A propos de ça, le coupa-t-elle, pourquoi paye-t-on pour le déchargement et le transport? On pourrait le faire nous-même.
- L'idée m'en est déjà venue mais as-tu déjà essayer de retenir des hommes qui n'ont pas mis le pied à terre depuis plus d'un mois?
- Certes, mais une augmentation de leur salaire, même petite, devrait les faire changer d'avis, non?
- On a déjà essayé mais… ça n'a pas marché. On n'a pas besoin de tous les hommes pour décharger et ceux qui triment alors que les autres se saoulent… ça ne les met pas de bonne humeur, même pour une prime.
- Si vous le dites. Continuez, je ne vous interromps plus. Promis.
- Tu as intérêt à tenir parole… bref que disais-je?
- Puis-je?
- De quoi?
- Répondre à votre question, cette question!
- Mais quelle question? demanda Roberts qui commençait à douter de la santé mentale de la jeune fille.
- Eh bien, vous dire où vous en êtes.
- Hein?" fit Roberts, perplexe.
Devant les yeux pétillants de la jeune fille, il sut qu'elle le faisait tourner en bourrique. C'était son passe-temps préféré en ce moment. Mais il ne disait rien. Ça l'amusait aussi, quoiqu'il dise. Il essaya de prendre un air exaspéré, pour faire plus sérieux, et reprit.
"- Imagine que tu ais donc dans tes poches une bourse pleine, quelques bijoux de valeurs ou autres. Si on le sait, les risques que tu sois agressée sont assez élevés. Il vaut mieux que tu n'y ailles pas seule ou, mieux, qu'on ne sache pas que c'est toi.
- Pourtant, vous, vous y allez tout seul et tout le monde sait que c'est vous qui négociez le butin de l'Ecumeur.
- C'est vrai mais, à la différence de toi, je suis craint et respecté. Je suis également une fine lame et il faudrait être fou pour s'attaquer à moi.
- Moi aussi, je me bat bien, se défendit Ambre avec véhémence.
- Oui, mais personne ne le sait.
- Gnnn, grogna-t-elle.
- Donc le mieux serait qu'on ne sache pas que c'est toi.
- Et pour ce faire? demanda-t-elle, une moue boudeuse sur les lèvres.
- Laisse-moi finir!
- Bien capitaine.
- Qu'est-ce que je disais déjà?
- Puis-je?
- De quoi?
- Eh bien…
- Ah non! ne recommence pas! rugit-il pendant qu'Ambre émettait un rire cristallin.
J'adore!
- Bon. Qu'est-ce que je… non. pas ça. Bref. Nos revendeurs viennent souvent me chercher à bord de l'Ecumeur ou en ville pour des broutilles. Mais si on vous voyait ensemble à parler affaire comme ça, ça n'irait pas. Il faudrait que tu ais un surnom par lequel ils pourraient te faire appeler, histoire d'éviter les soupçons. Tu en as un?
- De quoi?
- De surnom! On parlait de quoi à l'instant d'après toi?
- Roh ça va hein! marmonna-t-elle.
- Alors?
- Non. Rien qui fasse sérieux en tout cas.
- Tu as un deuxième prénom?
- Même plusieurs! Attendez que je m'en souvienne… Kristel et Gabrielle.
- Huuuum, fit Roberts en signe d'intense réflexion. Kriss. Ça te va?
- Heeuuuu…
- C'est une sorte de poignard bizarre et aussi le nom d'une de mes vieilles connaissances. Je me demande ce qu'elle est devenue, murmura-t-il, les yeux perdus dans le vague et un léger sourire sur les lèvres.
- Qui ça?
- Peu importe. Pour négocier, tu seras donc officiellement Kriss. Adjugé?
- Adjugé.
- Parfait. Donc ça, c'est fait. Si j'ai oublié de te dire quelque chose, je te le ferais savoir. Des questions?
- Non.
- Tu peux y aller, dit-il en la congédiant de la main.
- Bien, capitaine," répondit-elle avec un sourire radieux.
Kyaaaa! Je vais enfin pouvoir marchander toute seule! Mon rêve!
Ambre sortit de la cabine de son capitaine d'un pas léger et avec un grand sourire sur le visage. Elle regarda autour d'elle et repéra rapidement les jumeaux, Takashi, Vincent et Wesley assis sur le bastingage, dans l'ombre du grand hunier. Elle se hâta de les rejoindre et s'assit à côté d'eux.
Ils tenaient chacun une canne à pêche improvisée et on pouvait voir à la surface de l'eau un troupeau de bouchons de liège.
Vraiment improvisées ces cannes!
"- Tiens, on t'en a fait une, lui dit Fred en lui tendant un fourreau d'épée auquel pendait une ficelle et un hameçon.
- Sans façon. J'ai quelques mauvais souvenirs d'une certaine partie de pêche…" répondit-elle en lui rendant son œuvre.
Ses compagnons éclatèrent de rire. Le quartier-maître leur lança un regard furieux.
"- Je crois qu'il s'en souvient aussi," remarqua platement Vincent avant de repartir dans un fou-rire avec les autres.
Quand ils se furent à peu près calmés, Ambre demanda:
"- Comment se fait-il que Trévor vous laisse toucher une canne à pêche? Après ce qu'on lui a…
- Chuuuut! la coupa George. Pas de révélation! Il est capable de nous le faire payer, malgré tout ce temps! alors évitons d'en parler trop fort!
- C'est qu'il est rancunier, notre cher Trévor, compléta Fred.
- Il n'y avait plus grand-chose à faire et comme on en a tous marre des haricots au lard, on lui a demandé sa permission, répondit Wesley à la question qu'Ambre avait initialement posé avant que la conversation ne dérive une fois de plus.
- Mais on a l'obligation de goûter tous les plats avant lui, acheva Vincent.
- Il se fait méfiant le bougre! remarqua la jeune femme.
- Quoiqu'il en soit, on se la coule douce.
- Vous allez encore vous faire avoir à aller faire la cuisine, leur dit Ambre.
- Non, on a bien précisé qu'il n'en serait rien, au risque de mettre n'importe quoi dans son assiette…
- Il vous fera faire la cuisine quand même, surtout si vous goûtez à son assiette avant lui.
- Que nenni! Il sait très bien qu'on est suffisamment doué pour l'avoir quand même, se défendit Fred. On n'est pas des farceurs hors pair pour rien, ma chère petite!"
Ambre leva les yeux au ciel.
Attention aux chevilles qui enflent!
Un des bouchons de liège s'enfonça soudain dans les eaux mouvantes. Vincent se concentra alors sur sa ligne et les autres firent de même, ce qui ramena le silence et le calme, au moins pour un bref instant. Les muscles de Vincent se contractèrent violemment alors qu'il tirait sur sa ligne.
Les jumeaux l'encourageaient sous les rires des autres.
"- Aurais-tu attrapé un requin? se moqua Ambre.
- Je voudrais bien t'y voir, grogna Vincent dans un souffle à cause de l'effort.
- Hé! hé!" ricana-t-elle.
Et puis soudain, le poisson que Vincent avait attrapé sortit de l'eau sans effort. Vincent tomba à la renverse et s'affala sur le pont. Le poisson vola en l'air et finit par lui retomber dessus. Le jeune homme réussit à attraper sa proie qui lui battait furieusement les joues de ses nageoires. Il se releva en grognant en tenant dans sa main droite sa prise de…
"- Dix centimètres! Quel exploit! s'écria Fred avant de s'écrouler de rire.
- Sûr, on va bien manger ce soir," dit Ambre avec le plus grand sérieux du monde avant de rejoindre Fred dans son fou rire.
Les autres partirent d'un grand éclat de rire sous le regard furieux de Vincent. Il serra les poings de fureur, ce que n'apprécia pas vraiment le pauvre petit poisson dont les yeux ronds tournaient furieusement dans tous les sens, affolés. Le pirate prit une grande inspiration et balança sa prise dans le seau d'eau prévu à cet effet.
"- Fred, ça mord, dit-il pour détourner l'attention de ses compagnons de son illustre personne.
- Ah merci, répondit l'intéressé entre deux hoquets.
- Mais de rien, grinça Vincent entre ses dents.
- J'espère que tu feras mieux, ajouta George, toujours mort de rire.
- Gnnné! fit Vincent en lui tirant la langue.
- Ah non! gronda Ambre. C'est ma réplique ça! elle est sous copyright! trouve t'en une autre!
- Navré," s'excusa-t-il en lui faisant une petite révérence obséquieuse.
Pendant que Vincent s'excusait auprès de la jeune fille, Fred avait amené son poisson à la surface de l'eau.
"- Belle prise, commenta Takashi.
- Pas comme d'autre, insinua George.
- Oh ça va, hein!
- Hé! hé!" ricana Wesley.
Le jumeau soulevait sa prise en luttant quelques peu: son poisson se débattait de toute la force de ses nageoires et ne se montrait pas du tout coopératif. Fred jubilait, Vincent grognait et les autres riaient comme des bossus lorsque soudain, un trait vert-bleuté surgit de l'eau, attrapa le poisson et replongea dans les flots mouvants entraînant avec lui la bête que Fred avait eu tant de mal à sortir.
"- C'était quoi ça?" réussit à articuler Wesley, bouche bée, tout comme ses collègues.
Aucun ne répondit.
Fred tenait toujours sa ligne qui maintenait son poisson à la surface de l'eau et tous pouvaient voir un immense serpent qui tenait entre ses crocs l'animal désormais mort, les yeux vides.
Allez pas me dire qu'un poisson peut avoir un regard autrement que vide?
Le monstre aux écailles étincelantes, bleu-vert, ondulait entre les vagues et tâchait d'entraîner sa prise dans les profondeurs de l'océan. Le long de son dos et autour de sa tête flottait une crinière brillante de même couleur que son corps.
"- Ca existe ça? demanda Wesley, les yeux ronds.
- Faut croire, répondit George avec la même expression sur le visage.
- C'est un… un serpent-dragon, dit Takashi. Enfin… c'est comme ça qu'on les appelle chez nous.
- Aaah! fit Fred. Et ça s'apprivoise bien?
- J'avoue n'avoir jamais essayé, mais ne t'en prive pas. Tu en as justement un sous la main.
- Pas faux."
Le serpent-dragon, qui avait dû comprendre ce qu'il risquait, donna un grand coup de dents et arracha la moitié du poisson et disparut dans les abîmes.
"- Trop tard, soupira Fred. Tant pis! Je n'aurais pas de gentil serpent qui me fera de câlin le soir quand j'irai me coucher.
- Crétin, répliqua Ambre en riant.
- Fier de l'être!
- Je sais. Mais y'a pas de quoi.
- On arrête la pèche pour le moment? demanda Wesley. Je ne tiens pas à attirer tout un banc de ces choses visqueuses…
- Je suis d'accord, répondit Takashi. Surtout que c'est très dangereux.
- Ah bon? fit George, septique.
- Un venin foudroyant qui tue en moins de dix minutes, l'informa le japonais.
- Rooooh, répondirent-ils tous en chœur.
- Nan mais c'est vrai, je ne plaisante pas.
- Aaaaaaah.
- Vous êtes cons.
- Ah non! s'exclama Vincent. Je te défend de me mettre dans le même sac que cette bande d'abrutis!
- D'accord, d'accord, fit Takashi, conciliant. Ils sont cons et toi aussi.
- Voilà. C'est mieux.
- Et y'en a beaucoup chez toi de ces bêtes-là? s'enquit Ambre.
- Oh oui. un peu trop même. On a même des légendes qui en parlent.
- C'est vrai? répondit Fred, subitement intéressé. Tu nous racontes?
- Pourquoi pas, dit Takashi. Mais vaut mieux continuer à pêcher si on veut que Trévor ne nous traite pas de bons à rien, de feignants ou autre et nous trouve une occupation déplaisante.
- Mouais, répondit Wesley en reprenant sa ligne, mais visiblement avec dégoût. Mais si y'en a un autre qui ressort, je laisse tomber.
- Et ça veut sauver sa belle des griffes du très méchant prince, ricana George. Comment s'appelle-t-elle déjà ta dulcinée?
- Bouton d'or. Et je t'interdis de te moquer de ce prénom certes très vieillot.
- Je n'ai rien dit, se défendit George. Je n'y ai même pas songé.
- Menteur.
- Arrêtez vos gamineries, les interrompit Ambre, et laissons Takashi parler."
Obéissants, George et Wesley arrêtèrent de se crêper le chignon pour des broutilles et lancèrent leur ligne à l'eau tout en gardant une oreille attentive à leur conteur improvisé.
Takashi attendit que son public soit concentré avant de commencer.
"- Comment dit-on déjà? Ah oui! Il était une fois…
- Un bateau! s'écria George en pointant l'horizon du doigt.
- Non, ce n'est pas ce que je voulais dire, rétorqua Takashi, agacé de s'être fait interrompre, encore une fois.
- Nan mais je ne plaisante pas, y'a vraiment un navire là-bas!"
Les compères tournèrent tous le regard dans la direction que leur indiquait George, sauf son jumeau qui regarda le doigt tendu de son frère.
"- Quand quelqu'un indique quelque chose, l'imbécile regarde le doigt, dit Ambre en riant.
- Crétinasse! Tu crois vraiment que c'est le moment de faire de l'esprit?
- Mais que fais la vigie? tempêta Ambre en ignorant délibérément les propos peu flatteurs de Fred.
- Heu, Ambrichounette? risqua George.
- Je t'ai déjà dit de ne plus m'appeler comme ça.
- Je crois que c'est toi la vigie," lui dit-il avec un sourire pervers.
Ambre pâlit brusquement et cacha sa bouche grande ouverte derrière sa main.
"- Merde. J'ai oublié d'y retourner.
- Sans blague, ironisa Trévor qui arrivait silencieusement derrière eux.
- Je suis désolée.
- Je l'espère bien, répliqua le quartier-maître. Alors? il est où ce vaisseau?"
George le lui montra et Trévor plissa le sourcil de son unique œil.
"- Ah. Je le vois. Je vais prévenir le capitaine."
Trévor les quitta de sa démarche claudicante, frappa trois coups secs à la porte de la cabine de Roberts et entra sans attendre de réponse.
Il ne fallut pas plus d'un instant pour voir Roberts surgir de sa cabine et se rendre au bastingage de tribord. En un instant, il avait analysé la situation. Il se tourna vers son second, toujours à la barre.
"- Korp! aboya-t-il. Tourne la roue de quelques degrés à droite. On va lui couper la route. Avec un peu de chance, on l'aura rattrapé dans moins de trois heures. Ne hissez pas le pavillon avant d'être sûr qu'ils soient à nous.
- Bien capitaine," répondit le gigantesque second en tournant la barre de quelques degrés. L'Ecumeur, obéissant, s'inclina légèrement sur tribord. Les forbans se hâtèrent dans les haubans pour régler correctement la voilure avec des cris et des rires. Un beau carnage pour commencer une journée, il n'y avait que ça de vrai.
En effet, quelques deux heures plus tard, l'Ecumeur ne se trouvait plus qu'à quelques encablures de la corvette qui ne se doutait toujours de rien: elle poursuivait sa route, sans en dévier ne serait-ce que d'un mètre.
Roberts monta sur le poste de pilotage et posa ses mains à plat sur la rambarde. De là, il dominait ses hommes qui le fixaient avec intensité. Tous, sauf Ambre qui examinait leur proie avec attention.
"- Messieurs, commença-t-il, je crois que, pour aujourd'hui, nous allons attaquer cette charmante corvette par la poupe. Une fois que vous aurez pris le poste de pilotage, je veux que vous preniez le contrôle du château. Quand vous vous serez assuré qu'il n'y a plus personne dedans, du moins personne de dangereux, vous vous chargez de prendre le pont et les ponts inférieurs. Est-ce clair?"
Il n'y droit qu'à une vague de grognements approbateurs, ce qui lui suffit amplement. Le terrible pirate Roberts conclut donc sa harangue sur ces mots:
"- Dans ce cas, je n'ai plus rien à faire. Prévenez-moi quand vous aurez pris ce rafiot."
Des éclats de rire retentirent et les forbans se dispersèrent. Les canons furent chargés, les pirates armés, l'Ecumeur prêt à lâcher la bride à ses troupes de pirates assoiffés de sang et de richesse.
Bientôt, ils purent entendre les cris effrayés des marins lorsque ceux-ci aperçurent le dragon de la figure de proue et les pirates armés jusqu'aux dents qui se penchaient dangereusement par-dessus le bastingage pour tenter d'apercevoir leurs futures victimes.
L'Ecumeur remonta peu à peu le long de la coque de la corvette et les pirates s'empressaient de passer à l'abordage. Ils brandissaient leurs grappins et les envoyaient en l'air avec force. Certains se prenaient dans les cordages ou les haubans mais la plupart enfonçaient leurs griffes d'acier dans le bois du bastingage. Les flibustiers sautèrent sur le pont de la corvette, le plus prêt possible de son poste de pilotage et les combats s'engagèrent férocement.
Ambre, qui n'avait pas écouté un traître mot de ce qu'avait raconté leur capitaine, était allée chercher son sabre et son épée dans le dortoir. Elle passa le premier dans son dos et l'autre à sa ceinture. Elle remonta sur le pont, le traversa jusqu'au gaillard d'avant en passant le plus au large possible des coups de feu. Là, elle grimpa lestement sur le bastingage et monta sur le beaupré qui se dressait tel une flèche à l'avant du navire. Elle lança son grappin, s'assura qu'il était bien fixé et se balança dans le vide. Elle atterrit lestement sur la rambarde voisine et dégaina son sabre. Le fourreau rouge et noir d'obsidienne brillait de milles feux dans son dos, tandis que ses cheveux blancs volaient autour d'elle telle une auréole, retenus simplement par un bandeau de soie rouge. Ses yeux flamboyaient alors qu'elle dévisageait l'équipage de marins terrifiés. Un vrai démon sorti tout droit des Enfers.
Elle est loin l'époque où je n'étais qu'une gamine qui batifolait avec une épée trop longue à la main!
Elle lança son pied dans la figure du premier qui s'avança vers elle, ce qui le propulsa en arrière sur ses compagnons. Elle profita de ce laps de temps pour sauter sur le bond en faisant reculer les marins d'un grand moulinet de son sabre. Une tête vola.
Bah fallait reculer plus vite. Désolée quand même.
Surpris de se retrouver devant une femme, fait pour le moins inhabituel dans la piraterie, les marins se ressaisirent néanmoins assez vite: ils fermèrent leurs bouches où voletaient paisiblement des mouches et dégainèrent leurs épées.
Ambre para le premier coup avec facilité et trancha dans les chairs de son assaillant qui s'effondra sur le sol en serrant son ventre sanglant. Les autres chargèrent tous en même temps. La jeune femme profita du fait qu'ils se gênaient les uns les autres pour leur porter des coups précis et mortels.
Désolée, navrée, vraiment…
Elle eut un court moment de répit quand ses adversaires reculèrent pour reprendre souffle. Elle jeta un regard en arrière pour voir ce que faisaient les autres et fut plus qu'étonnée de ne voir personne.
Mais où c'est'y qu'ils sont?
Elle regarda furtivement autour d'elle tout en se débarrassant en quelques coups de sabre et de dague d'un nouvel adversaire.
Mais qu'est-ce qu'ils foutent sur le gaillard d'arrière?
Pourquoi je suis toute seule là, moi?
Elle fit passer de vie à trépas un marin boiteux au nez de poivrot et leva les yeux vers le poste de pilotage de l'Ecumeur. Roberts la fixait d'un air furibond.
"Quoi?" demanda-t-elle silencieusement en remuant simplement les lèvres. Son capitaine pointa du doigt le château de la corvette où tous ses hommes s'escrimaient, l'air de dire "j'avais dit de commencé par-là!" ce à quoi Ambre répondit par un haussement d'épaules contrit avant de recommencer son carnage. Elle repoussa un nouveau groupe de marins qui reculèrent devant son sabre plus long que la moyenne. La jeune fille chercha une échappatoire: ils étaient gentils mais elle ne tiendrait pas ce rythme très longtemps. Elle devait rejoindre les autres, si elle voulait souffler un peu. Là, toute seule, ils risquaient de l'attaquer par derrière si elle ne faisait pas assez attention.
La jeune femme fit mordre la poussière à un grand barbu qu'elle renvoya sur les autres d'un violent coup de pied dans le ventre. Elle coinça vivement sa lame entre ses dents et agrippa les haubans qui se trouvaient juste au-dessus d'elle. Elle y grimpa, sauta sur la vergue qui soutenait le grand hunier, courut sur toute sa longueur, attrapa un cordage et sauta dans le vide. Elle atterrit violemment dans les échelles de corde de l'autre côté du pont, sous les yeux ahuris de ses collègues. De là, elle prit son élan et sauta sur le poste de pilotage où elle s'écroula lamentablement.
"- Quand tu auras fini de jouer à Tarzan, tu pourras peut-être nous aider, l'apostropha Korp en l'aidant à se relever.
- Pourquoi suis-je là, à ton avis? répliqua-t-elle vertement.
- Parce que tu avais peur toute seule là-bas? lui répondit le second avant de retourner s'exercer à la hache sur quelques têtes.
- Gnagnagna!
- N'essayes pas d'avoir le dernier mot," rugit-il en assénant un grand coup de hache dans la poitrine de l'homme le plus proche.
Ambre grogna mais n'ajouta rien qui aurait pu le mettre en colère. Elle avait fait suffisamment de conneries pour aujourd'hui. Elle ramassa son sabre qui lui avait échappé dans sa chute et repartit à l'assaut.
En à peine une demi-heure, la corvette et son équipage avait rendu les armes. Les marins délestés de leurs épées et de leurs couteaux étaient rassemblé au milieu du pont. Les forbans sortaient des cales tout leur contenu et triaient leur butin à la lumière du jour. Cela fait, les coffres étaient empilés puis emportés à bord de l'Ecumeur.
Les passager qui avaient été cloîtrés dans leurs cabines pendant l'assaut furent amenés sans ménagement sur le pont. Roberts les passa en revue et appela les jumeaux.
"- Regardez ce qu'on peut faire d'eux, leur ordonna-t-il avant de s'éloigner de sa démarche de félin.
- Bien capitaine, répondit George.
- Qu'allez-vous faire de nous, leur demanda une femme, la quarantaine bien passée, la voix emplie de sanglots.
- Pour l'instant, nous n'en savons rien, répondit sincèrement Fred. Répondez à nos question avec honnêteté et on verra après.
- Ne dites rien, Marguerite," trancha un homme fin et droit d'un ton glacial, sans doute le mari de la demoiselle. Il tourna vers elle son visage émacié, où une longue estafilade sur la pommette droite laissait s'écouler un filet de sang, et lui adressa un regard lourd de reproches. Celle-ci se tut instantanément et rentra la tête dans les épaules, apeurée.
- Eh bien c'est pas gagné, soupira Fred à l'adresse de son frère.
- En effet, sales pirates! répliqua l'homme.
- Besoin d'aide? demanda Ambre qui arriva comme une fleur sur la soupe.
Narrateur ignare! C'est comme un cheveux sur la soupe ou comme une fleur tout court, mais pas les deux!
- Alors toi, commença George, tu vas m'entendre tout à l'heure!
- Qu'est-ce que j'ai encore fait? s'offusqua la jeune fille.
- Et tu le demandes en plus? s'exclama Fred. Mais t'es pas bien ma pauvre!
- Je ne suis pas ta pauvre et George a raison, on réglera ça plus tard. Ces messieurs dames attendent.
- Tu ne perds rien pour attendre," bougonna George avant de s'intéresser à leurs captifs.
Ambre tourna autour comme si elle examinait un cheval de foire.
"- Tu pourrais aussi leur demander de te montrer leurs dents, pendant que tu y es, se moqua Fred.
- D'où venez-vous? demanda Ambre à la dénommée Marguerite.
- Du… du Yorkshire.
- Ne dites rien, Marguerite!
- Taisez-vous bougre d'âne, lui cria George, menaçant, la main posée sur la poignée de sa dague.
- Votre nom, votre titre et l'état de votre fortune, je vous prie? demanda Fred à la pauvre dame totalement terrifiée.
- Mon mari est… est Lord Livingstone.
- Qui gère votre fortune?
- Notre intendant. Il est resté en Angleterre.
- A combien s'élève-t-elle?
- Je… je ne sais pas. Je ne m'occupe pas de ces choses bassement matérielles.
- Monsieur pourra-t-il nous renseigner?
- Non, répondit l'intéressé.
- Vous n'êtes point très coopératif, remarqua Ambre.
- Vous aviez remarqué? ironisa-t-il.
- Si vous ne voulez pas une autre balafre, je vous conseille d'éviter le mauvais esprit, rétorqua-t-elle d'une voix qui charriait des glaçons.
- Que voulez-vous savoir exactement? demanda le lord, sans se laisser démonter.
- Si vous pouvez payer votre rançon. Nous n'avons pas le temps de traiter avec le petit gibier.
- Quel en serait le montant?
- Je dirais une centaine de milliers de livres.
- Mais t'es malAIEEUH …s'écria Fred, stoppé dans son élan par un coup de coude dans les côtes. Mais t'es pas bien? ragea-t-il contre son frère.
- Laisse-la faire, lui murmura-t-il à l'oreille.
- Pas la peine de me faire mal pour me faire taire!
- Ah bon? fit George, sincèrement surpris.
- Excusez ces deux imbéciles, dit Ambre au lord et à sa femme. Pouvez-vous payer une telle somme ou bien vous jette-t-on aux requins dès maintenant?"
L'homme resta silencieux un long moment en la fixant de son regard inquisiteur. Ambre essaya de garder une expression impénétrable. Il ne fallait pas qu'il se doute qu'ils n'avaient jamais négocié des otages à un prix aussi élevé et qu'elle nageait dans le monde merveilleux du bluff.
"- Si je vous paye une somme pareille, qui me dit que vous nous relâcherez?
- Nous sommes des pirates de parole.
- Pirate et parole sont antinomiques.
- J'avais dit pas de mauvais esprit.
- Comprenez que je sois septique.
- Vous avez, si on peut dire, de la chance de vous être fait piller par le terrible pirate Roberts. C'est un homme d'honneur.
- …
- Et puis vous n'avez rien à perdre. A part la vie bien sûr, ajouta-t-elle avec un sourire mauvais.
- Je… commença l'homme, devenu livide lorsque la réalité le frappa de plein fouet, je… j'accepte. Mais vous avez intérêt à tenir votre promesse.
- Elle sera tenue, ne vous en faîtes pas pour ça. Pour l'heure, je vous souhaite un agréable séjour à bord de l'Ecumeur," conclut Ambre en leur faisant une petite révérence.
La jeune fille confia le lord et sa femme aux soins des jumeaux et s'en fut quérir Roberts. Elle le trouva dans la cabine de l'ancien capitaine en train de fouiller les tiroirs à la recherche des cartes de navigation et du carnet de bord.
"- Capitaine?" appela-t-elle doucement.
Il se tourna d'un bloc et se détendit quand il vit que ce n'était qu'elle.
"- Qu'y a-t-il? demanda-t-il.
- J'en ai tiré pour cent milles livres. Je pense que ça vous ira."
La mâchoire de son capitaine était tombée bien bas et il mit un certain temps avant de la remonter, de même que ses yeux eurent du mal à se défaire du style hibou.
- Plaît-il? je crois n'avoir pas bien saisi le chiffre.
- Vous avez parfaitement compris. Je les ai fait monté à bord de l'Ecumeur, je vous laisse le soin de les caser où bon vous semble, mais je déconseille les cales. Ça serait dommage qu'ils nous claquent entre les doigts avant d'arriver à bon port, vous ne pensez pas?
- Je demanderai à Korp de leur céder sa cabine. Il n'en mourra pas.
- Je peux y aller? demanda la jeune fille?
- Oui, oui… tu m'étonneras toujours tu sais?
- Eh! fit-elle en réponse avant de se diriger vers la sortie.
- En fait non, attend!
- Qu'y a-t-il?
- Tu m'expliques ce que tu foutais tout à l'heure?
- Tout à l'heure, tout à l'heure… et bien… j'ai oublié de remonter dans la dunette pour faire la vigie, j'en suis vraiment navrée.
- Pendant l'attaque, gronda-t-il, agacé.
- Aaah ça… eh bien… comment dire?
- Tu ne m'écoutais pas ou tu voulais faire ton intéressante?
- Heuuuu… j'écoutais pas.
- Je m'en doutais. Et tu aurais fait quoi si tu n'avais pas pu rejoindre les autres en faisant l'acrobate?
- J'y serais arrivée de toute façon…
- Arrête de faire l'idiote!
- Mais c'est ce que je fais de mieux, geignit-elle avec de grands yeux de chien battu.
- Non pas de ça avec moi, répliqua Roberts, il faut que tu comprennes que c'est pas Disney land ici.
- Mais… tenta Ambre.
- Il n'y a pas de mais qui tiennent!
- Allez-y cap'taine! l'encouragèrent les jumeaux, Vincent, Wesley et Takashi. Vous laissez pas faire! Engueulez-la comme il faut!
- Mais… mais qu'est-ce que vous faîtes là? s'étonna la jeune fille en voyant les cinq têtes qui dépassaient dans l'encadrure de la porte.
- On vient t'engueuler aussi! répondit Fred. Tu nous as foutu une belle frousse tout à l'heure!
- Bande de chochottes!
- Abrutie!
- Crétins!
- Ectoplasme!
- Stop, ordonna Roberts. Un mot de plus et je vous met tous aux fers?
- Vous êtes sûr? demanda sournoisement George.
- Avec un bâillon.
- Argument convaincant, concéda George. Je m'écrase.
- Je peux y aller? demanda Ambre qui en avait plus qu'assez de se faire sermonner.
- Non! rugirent tous les hommes présents.
- Je vous promet que je ne le referais plus et que j'écouterais avec attention les discours de mon cher et estimé capitaine avant chaque abordage. Ça vous va comme ça?
- Mouais, accepta Roberts. Mais t'iras quand même éplucher les patates pour ce soir histoire de te mettre un peu de plomb dans le crâne.
- Oui capitaine, répondit Ambre, vaincue.
- Vous pouvez y aller maintenant," les renvoya Roberts avant de se remettre à la recherche de ses précieuses cartes.
Le petit groupe ressortit de la cabine à l'atmosphère étouffante et, comme il n'y avait plus rien à faire à bord de la corvette, ils retournèrent à bord de leur vaisseau. Là, Jean-Baptiste, médecin de bord à ses heures perdues, c'est-à-dire souvent après un abordage, attrapa Ambre par le bras.
"- Je t'ai cherché partout! Où tu étais?
- Je parlais des otages avec Roberts. Pourquoi?
- Je peux pas soigner tous les blessés tout seul.
- Comme d'hab' tu as besoin de moi quoi!
- Depuis que j'ai vu tes talents à la couture, j'aurais toujours besoin de toi. Je pensais que tu l'avais compris depuis le temps!
- Mais j'aime avoir cette conversation idiote après chaque pillage!
- Va donc chercher la pharmacie au lieu de débiter des âneries, lui dit Jean-Baptiste en riant.
- Bien chef. Tout de suite chef. A vos ordres chef.
- C'est médecin chef! Un peu de respect envers tes supérieurs que diable!"
Ambre se rendit dans la cambuse où la pharmacie du bord était rangé dans un des placards. Elle se hissa sur la pointe des pieds et attrapa le coffre de bois. Les fioles de verres s'entrechoquèrent en un joyeux carillon alors qu'elle remontait sur le pont. Elle le posa à côté du premier blessé qu'elle rencontra, l'ouvrit et en préleva un flacon. Elle jeta un rapide d'œil à l'étiquette illisible et en donna quelques gouttes au forban. Cela fait, elle alla chercher une bassine d'eau, prit un morceau de toile de lin qu'elle humidifia et entreprit de laver la plaie à la jambe de son patient.
Au bout de quelques minutes, celui-ci commença à faire des grimaces qui n'étaient pas dues aux soins que lui prodiguait la jeune fille. Son ventre émit de bruyantes plaintes et son propriétaire serrait convulsivement ses mains dessus.
"- Y'a quelque chose qui va pas? lui demanda Ambre.
- Je… j'ai mal au ventre tout à coup… faut que j'y aille."
Il se leva avec peine, aider par Jean-Baptiste qui avait accouru dès qu'il avait entendu les hurlements de ses boyaux. Le médecin confia le blessé à un autre pirate et demanda à Ambre:
"- Qu'est-ce que tu lui as donné?
- De l'infusion de pavot pour calmer la douleur.
- T'es sûre? fit-il, soupçonneux.
- En tout cas, ça y ressemblait beaucoup, répondit la jeune fille.
- Fais moi voir cette fiole."
Elle ressortit le flacon et le tendit à Jean-Baptiste. Celui-ci y jeta un coup d'œil avant de dire:
"- Ce n'est pas de l'extrait de pavot, ça! c'est du laxatif! Tu lui as donné du laxatif! Nan mais t'es pas bien!
- Heu… fit Ambre, fichtrement embarrassée. Je tiendrais pour ma défense que tes flacons se ressemblent tous et que tu devrais penser à refaire les étiquettes de tes fioles.
- Que… que… quoi? nan mais tu te fous de moi?
- Nan mais ça va, j'ai pas fait exprès, je suis désolée mais…
- Mais t'es vraiment pas douée ma chère, intervint Fred. Je te rappelle que c'est cette fiole dont on s'est servi il y a quelques années pour assaisonner le requin servi à notre cher quartier-maître. Tu aurais pu la reconnaître quand même!
- Mais vous avez fini de me faire chier tous autant que vous êtes? gueula-t-elle, franchement énervée pour le coup. Encore un mot Fred et c'est toi qui te descend le reste de cette fiole, c'est clair? Et toi, dit-elle à Jean-Baptiste en lui agitant un index tout fin sous le nez, si t'es pas content, tu peux toujours travailler tout seul! C'est clair ou faut-il que je fasse entrer ça dans votre crâne épais à coup de laxatif?"
Silence de mort.
Jean-Baptiste prit un flacon dans la boîte et le tendit à la jeune fille.
"- Tiens. C'est celle-là. Et l'espèce de sirop rouge, c'est un calmant… au cas ou tu en aurais l'usage. Pour un blessé particulièrement atteint ou pour toi-même…
- Merci, dit-elle en lui arrachant la bouteille des mains et en se dirigeant vers un autre blessé, terrifié d'avoir affaire à cette furie.
- Elle est de mauvais poil, aujourd'hui, remarqua doctement George.
- En effet. Elle doit avoir ses ragnagnas," supposa son frère.
Ambre lui lança un regard glacial.
"- Encore un mot et vous ne pourrez plus jamais mâcher une salade!
- Je crois qu'il est tant de prendre le large, déclara subitement Fred.
- Je suis d'accord."
Les jumeaux s'éclipsèrent rapidement et gagnèrent le dortoir où ils se laissèrent tomber comme des sacs dans leurs hamacs, pendant qu'Ambre trimaient à remettre les épaules déboîtées en place, à recoudre plaies et balafres et que Jean-Baptiste la surveillait discrètement du coin de l'œil pour voir si elle ne se trompait pas de nouveau de médicament.
Roberts, qui avait assisté à la scène du haut du poste de pilotage en compagnie de Korp, poussa un profond soupir.
"- Y'a des fois où je me demande si je n'aurais pas dû la laisser se faire bouffer par les requins…
- Moi aussi. Mais avouez que sans elle, on s'ennuierait drôlement.
- Mouais. Rend-moi la barre, je vais naviguer un peu. Ca détend.
- Et Dieu sait si vous en avez besoin!" ricana le second avec bonhomie.
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Il vous a plu? Tant mieux.
N'hésitez pas à laisser des commentaires ou à m'envoyer des mails, je tâcherais d'y répondre (y'en a d'ailleurs qui ont dû recevoir des mails en réponse aux rewiews et ils ont pas dû comprendre qui était cette folle qui leur pourrissait leur boîte mails…) et je remercie en passant tout ceux qui en laisse!
Vilà vilà!
A bientôt
bazouxxxx
