Et un chapitre de plus à mon actif !
Dahaaaaaaa ! fière fière.
Trois chapitres en moins d'un moi. J'suis productive en ce moment. (faut dire qu'on m'a presque suppliée pour que ce chapitre arrive avant samedi alors voilà. Hein ? hein, Elizz ? )
Bref. V'là les choses sérieuses qui commencent. Mouhahaha ! mon sadisme bien connu revient de plus belle ! pôv' petite Ambre. Je la fais souffrir.
Bon, maintenat que j'ai presque réussi à titiller votre curiosité, je vous laisse à votre lecture !
Chapitre 21 :
Revers de fortune
Ambre s'était fait tatouer. Nouvelle ô combien intéressante, il faut l'admettre. Et pourtant, la jeune fille fut désagréablement surprise d'apprendre que ce haut fait avait circulé comme une traînée de poudre dans tout l'équipage et même dans ceux d'autres navires. Elle était donc de forte méchante humeur. A un point tel que même les jumeaux n'osaient pas faire de pas de travers lorsqu'elle était à côté. Une Ambre comme celle-ci n'était point à sortir, ils allèrent donc se bourrer joyeusement la gueule entre hommes, ce qui la rendait encore plus invivable.
Lors de ce bref séjour sur l'île de Crooked Island, elle ne sortit donc peu, pour ne pas tomber sur quelqu'un qui la dévisagerait un peu trop attentivement. Qu'il connaisse ou non ses palpitantes aventures n'était pas son problème premier. Avec les histoires débiles des jumeaux à propos des femmes sur un navire, elle aurait embroché le premier qui l'aurait regardé de travers.
Elle ruminait donc rageusement sur le bastingage, près de la figure de proue mais face à la mer. Elle tournait le dos au port et à cette île qu'elle aurait bien réduite en cendres.
J'ai hâte qu'on reprenne la mer.
Un bruit de pas familier retentit au creux de ses petites oreilles. Ambre ne se donna même pas la peine de se retourner. Ni de commencer la conversation.
Les pas s'arrêtèrent derrière elle. D'après ce qu'elle pouvait en juger, il était à peine à un mètre dans son dos.
Raté ! j'ai mis une chemise épaisse et tout ce qu'il y a de plus non transparente ! tu ne verras rien.
« - Je suis déçu ! s'exclama Roberts d'un ton mélodramatique. Je ne peux même pas voir ce tatouage dont tout le monde parle. Tu aurais pu mettre une autre chemise…
- Non, répliqua-t-elle d'un ton aussi tranchant qu'une lame de rasoir.
- Tu n'es pas de bonne humeur en ce moment, observa le capitaine.
- Vous avez remarqué ? cracha-t-elle, cynique.
- Ce ne fut pas facile. Tu es à peine plus pénible que d'habitude…
- Rien que ça ? » dit-elle sur le même ton, toujours sans lui accorder un regard.
Roberts laissa un temps de silence avant de reprendre, plus sérieux.
« - J'ai une question.
- Moi j'ai une réponse. On échange ? »
C'était sorti tout seul. Sa mauvaise humeur lui faisait prendre des chemins quelque peu pentus. Si elle ne voulait pas se casser la gueule, il valait mieux être plus prudent.
Elle n'avait pas besoin de se retourner pour voir le regard furieusement agacé de son capitaine.
Remonte ! remonte ! lui criait sa petite voix.
Le silence perdurait.
Crash imminent !
SOS ! SOS !
Ambre ! reprend-toi !
Roberts soupira. Du genre de celui qui va frapper vite et fort.
Trois… deux… un
« - Qu'est-ce que vous vouliez me demander ? demanda-t-elle d'une voix toujours aussi froide mais moins irrespectueuse.
- La raison qui te pousse à être aussi chiante.
- Le tapage qu'on fait parce que je me suis fait tatouer.
- Tu ne crois pas que tu n'exagères un peu ? demanda Roberts avec un petit rire.
- Eh ! Ambre ! tu nous montres ton tatouage ? » beugla un parfait inconnu qui se tenait sur le quai, un peu en avant de la figure de la proue de l'Ecumeur.
Ambre se retourna vers son capitaine avec un regard si noir qu'il aurait pu pétrifier de frayeur n'importe qui. Manque de pot, le capitaine de l'Ecumeur n'était pas n'importe qui.
« - Je vois… » commença-t-il.
Ambre se détourna de lui et fixa résolument l'océan.
Au moins, l'océan n'est pas peuplé de crétins.
Ou s'il l'est, il les cache.
Et il aurait bien raison.
Quoique moi, à sa place, je les aurais joyeusement éventrés.
Voilà, c'est ça ! j'ai trouvé un nouveau but à mon existence !
Je vais débarrasser le monde des imbéciles qui le peuple !
En commençant par celui du quai…
« - A quoi tu penses ? demanda Roberts, laissé perplexe par l'attitude pour le moins étrange de la jeune fille.
- Je réfléchissais à ce que j'allais bien pouvoir faire…
- Dans l'immédiat ?
- Et après aussi, dit Ambre.
- Broaf ! il doit bien y avoir à faire. Je connais une 'tite ville sympa : Tourcoing. On pourra brûler quelques carrosses, balancer des boulets de canon dans les vitres de la garde municipale et après faire un hold-up chez de riches aristocrates.
- Joli programme, commenta la jeune fille.
- Et surtout, après, on pourra monter une armée de prolétaires, renverser le gouvernement, brûler les riches et mettre un nouvel ordre communiste. Le marxisme-robertisme. »
Ambre leva un sourcil interrogateur.
« - C'est comme du communisme, expliqua Roberts, très sérieux, mais avec moi comme maître du monde.
- …
- Ou sinon, on peut regarder l'océan en mangeant les gâteaux à la cannelle dont Doris a le secret.
- J'vais grossir, répliqua Ambre.
- Va pour conquérir le monde alors ! » s'exclama Roberts avec un grand sourire.
Ambre se mit à rire. D'un rire incontrôlable. Elle était toujours pliée en quatre sur le bastingage quand son capitaine hurla à son second :
« - Korp ! on reprend la mer ! faites revenir les hommes ! et veillez à ce que tout soit prêt !
- Bi… bien, mon capitaine, répondit le second, surpris par cette décision si rapide.
- Tu redeviendras supportable ? demanda Roberts à l'adresse de la jeune fille.
- On va essayer.
- On va essayer ? manqua de s'étouffer Roberts.
- On va pas s'entendre si tu essaies de piquer mes blagues… déjà que je suis pas drôle, alors si j'ai un écho…. »
Ce fut au tour de Roberts de se mettre à rire comme un benêt. Et Korp de le regarder bizarrement.
Petite revanche personnelle.
Mouhahaha ! je suis diabolique !
Il devrait le savoir pourtant ! c'est presque devenu un proverbe : ne jamais chercher une Ambre de très mauvais poil !
L'Ecumeur avait repris la mer. Bien trop tôt au goût des pirates, mais au moins Ambre revivait. Elle était toujours aussi pénible mais ses sourires et ses blagues se refaisaient plus présents. Les forbans râlaient de ne pas la retrouver comme avant mais même les beuglements de Roberts « AMBRE ! retiens-toi un peu que diable ! » ne faisaient effet. Elle avait décidé d'être chiante pour les punir. Sa vie et ce qu'elle faisait à son dos ne regardait qu'elle. Ils n'avaient pas à s'en mêler, même si elle était leur petite Ambre. Ils allaient l'apprendre à leur dépens.
Cette atmosphère pesante persévéra tout le long de leur descente vers Tortuga. Heureusement pour l'équipage, leur route croisait de nombreuses îles, la plupart fréquentées par des pirates. Et cette route était presque le chemin obligé de tous les navires marchands se rendant des îles des Caraïbes à la Californie. Un vrai paradis pour ces pirates. La perspective d'un beau carnage leur faisait presque oublier Ambre et ses sautes d'humeur.
Ce fut donc sans surprise qu'un beau matin l'Ecumeur croisa sur son chemin un lourd navire marchand qui se rendant péniblement vers la péninsule californienne. Les forbans mirent toutes voiles dehors et rattrapèrent sans peine ce navire qui flottait avec toute la grâce d'une baleine obèse.
Puis ce fut l'excitation absolue. Les pirates courraient en tous sens à la recherche de leurs armes, les canons furent chargés, les voiles orientées de la meilleure manière de prendre le vent de façon à mettre le bateau en position d'attaque. L'instant d'attaquer fut bientôt là.
« - Merde ! grogna Ambre.
- Quoi encore ? demanda Fred.
- J'ai oublié mon katana dans le dortoir. C'est vraiment le moment.
- J'te l'fais pas dire.
- Je reviens.
- Fais vite sinon la fête va commencer sans toi, lui lança Fred alors que la jeune fille disparaissait dans l'escalier.
A ce moment, les pirates rugirent ensemble, dans un parfait accord de braillements discordants.
Je sens que je vais tout rater.
Le capitaine de l'autre navire donnait ses ordres pour tenter de prendre le large, même s'il savait n'avoir aucune chance. Puis il vint sur le gaillard d'arrière. De là, il pouvait voir Roberts qui tenait fermement la roue.
« - PIRATE ! hurla-t-il, la voix secouée de tremblements. Vous n'avez rien à gagner à nous attaquer ! nous ne transportons rien de valeur !
- Cela, c'est à nous de le voir, répondit Roberts calmement, les yeux pétillants d'un désir malsain.
- Ne peut-on éviter cet affrontement ?
- Je crains fort que non. Et de plus, mon serpent-dragon a besoin d'exercice… ajouta-t-il en insinuant dans le timbre de sa voix une menace sous-entendue.
- Vot… votre serpent-dragon ? s'étonna le capitaine de l'espèce de baleine.
- Vous n'en avez pas entendu parler ? fit Roberts avec une expression faussement surprise.
- …
- Il est vrai que je ne le sors pas souvent. Il est si terrible… et pénible aussi quand il n'a pas eu sa dose de sang… »
Les pirates regardaient leur capitaine avec étonnement. Qu'est-ce qu'il était en train de raconter ? pourquoi il parlait d'Ambre comme ça ?
Ce sont les jumeaux qui comprirent le plus vite. Avec leur esprit tordu, ce n'était guère étonnant. Ils entrèrent aussitôt dans le jeu de leur capitaine.
« - J'espère que vous serez un minimum coriace. Il se vexe quand c'est trop facile… dit George avec son expression la plus perverse.
- Absolument monstrueux quand il se lâche. On a même pas besoin de bosser, ajouta son frère.
- Mais assez parler, trancha Vincent qui commençait à comprendre. Il est temps de passer à l'action ! »
Là-dessus, il se mit à appeler le « serpent-dragon », et bientôt, tout l'équipage fit de même. Roberts était aux anges. Son équipage n'était donc pas uniquement composés de débiles irrécupérables.
Ambre mettait son lit et celui des jumeaux sans dessus dessous à la recherche de son katana quand elle entendit la rumeur qui provenait du pont.
« - Mais qu'est-ce qu'ils foutent à m'appeler encore ? grogna-t-elle pour elle-même. Si c'est pour me mettre de plus mauvais poil que je ne le suis déjà, ça va être gagné ! »
Elle rejeta une nouvelle couverture d'un geste rageur et trouva enfin son arme.
Note pour moi-même : ne plus dormir avec mon sabre.
La jeune fille passa sur son épaule la lanière qui maintenait son katana et fit glisser celui-ci jusqu'à ce qu'il soit bien calé dans son dos. Elle s'assura que ses dagues étaient bien à leur place, prêtes à être dégainées le plus rapidement possible. Elle lissa sa chemise jaune bouton d'or, arrangea sa ceinture pour qu'elle ne tombe pas trop sur ses hanches. Satisfaite, elle reprit le chemin conduisant au pont. A peine émergea-t-elle à l'air libre que des hurlements hystériques faillirent lui percer les tympans.
Nan mais 'y sont pas bien ?
Ambre jeta un coup d'œil en direction de son capitaine. Il lui fit discrètement signe de le rejoindre, ce qu'elle fit sans tarder. Elle avait suffisamment abusé de la patience de Roberts pour le moment. Et ses chevilles se souvenaient encore de la morsure des fers.
« - Que me voulez-vous ? » demanda-t-elle.
Mais sa question fut couverte par les beuglements de l'équipage. Les pirates hurlaient de plus belle maintenant qu'elle était en vue des marins terrifiés.
« - Qu'est-ce que vous avez à m'appeler comme ça ? reprit la jeune fille, terriblement agacée.
- Eh bien… commença Roberts.
- QUOI ? s'esclaffa un gros marin balafré. C'est ça votre « serpent-dragon » ? une fille ?
- Ne nous faîtes pas rire ! reprit un autre.
- Le terrible pirate Roberts n'est vraiment plus ce qu'il était à recruter dans les catins ! à moins que le métier de pirate se fasse trop dur et qu'on manque de personnel ? »
Au mot « catin », tous les poils d'Ambre se hérissèrent.
Ils me persécutent ?
Elle se tourna vers celui qui avait prononcé ce mot tabou, un grand marin tout en muscles, crâne rasé et tatoué de partout. Elle lui envoya son regard noir, un dont elle avait le secret, un regard si noir que le marin ravala la vanne qu'il s'apprêtait à lancer et manqua de s'étouffer avec.
« - Plaît-il ? » fit-elle d'une voix glaciale.
Elle promena son regard furibond sur la demi-douzaine de marins qui avaient osé se foutre de se gueule quand elle était apparue. Elle était tellement furieuse que ça plomba l'atmosphère d'un coup. Le silence se fit en une demi-seconde. Sur le navire marchand comme sur l'Ecumeur.
« - Le groupe de bouseux d'en face est pour moi ! cracha-t-elle. Le premier qui les touche, je l'éventre. C'est compris ? »
Hochements de tête hâtifs de la part des pirates.
Même Roberts était impressionné. La colère d'Ambre avait quelque chose de monstrueux.
« - J'aimerais vraiment pas être à leur place, » chuchota George à son frère qui ne put qu'acquiescer.
Aussi vive qu'un serpent, Ambre se saisit d'un grappin, aussitôt imitée par ses collègues, et partit à l'assaut.
Ce fut un véritable carnage. Son katana et ses dagues volaient littéralement. Muscles, chairs, tendons, gras. Rien ne résista à la fureur de la jeune fille. Les marins qui s'étaient moqué d'elle regrettèrent bientôt leur hardiesse. Une fille pouvait être très dangereuse quand on la mettait en colère.
Le pont du navire marchand fut vite inondé de sang. Les quelques marins ayant échappé à la fureur destructrice joliment nommée Ambre jetèrent leurs armes. La jeune fille leur jeta un regard méprisant et ils rentrèrent encore plus la tête dans les épaules.
J'adooooooooore !
Elle sentit soudain une main se poser lourdement sur son épaule. Elle tourna la tête et se trouva nez à nez avec son capitaine.
« - Ça va ? tu t'es calmée ?
- Pourquoi avez-vous fait ça ? dit-elle, les dents serrées.
- Quoi ça ? demanda Roberts d'un air faussement innocent.
- Pourquoi m'avoir présentée à ces marins sous le nom de « serpent-dragon » ? je pouvais pas juste partir à l'assaut comme tout le monde ?
- Ça t'a pas plu ?
- Là n'est pas la question.
- Mais ça t'a plu. »
Ambre détourna les yeux. Le pouvoir qu'elle avait eu sur ces marins, en les terrifiant comme elle l'avait fait, était grisant. Elle s'était sentie plus importante que jamais, à partir la première, suivie de ses compagnons de lutte. Mais pourquoi Roberts avait-il fait ça ?
« - J'avoue ne pas avoir ça uniquement pour toi. »
Ambre leva un sourcil surpris.
« - Si on fait ça à chaque fois, ta réputation va grandir. A chaque fois qu'on croisera un navire, les marins trembleront d'une part parce que je suis le terrible pirate Roberts et d'autre part parce que tu seras là.
- Mouais. Mais y'a une faille. Vous ne laissez aucun survivant. Comment voulez-vous que la nouvelle se propage ?
- Je suis le terrible pirate Roberts, celui qui ne laisse jamais de survivants. Et pourtant, tout le monde me connaît.
- …
- Ce ne sont pas les navires qu'on attaque qui importe mais l'impression que tu fais à tes coéquipiers. Ce sont eux qui font courir les histoires.
- Et qui dit qu'ils voudront propager celle-là ?
- Si tu fais à chaque fois comme tu viens de le faire, tu n'as pas de soucis à te faire. Ils vont raconter cette attaque dans toutes les tavernes où ils entreront.
- Je me permet d'être septique.
- Tu peux. Je me sens d'humeur généreuse aujourd'hui.
- Mpfff, grogna Ambre.
Voleur de répliques!
- Si tu fais comme aujourd'hui à chaque attaque, tu deviendras bientôt un des pirates les plus craints des Caraïbes.
- Ça fait rêver mais… je ne serais jamais d'aussi méchante humeur que tout à l'heure.
- Je l'espère pour nous. Mais tu peux faire semblant…
- Ça se verra.
- T'as fini de pourrir chacun de mes arguments ? répliqua Roberts.
- Trouvez-en des convaincants !
- Je n'en ai pas. Le reste, c'est à toi de voir. Soit on continue comme avant. Le « comme avant » implique que tu redeviens gentille et docile…
Docile ?
Ais-je mal entendu ?
- … soit tu joues le jeu.
- Qu'est-ce que j'y gagne ?
- Une prime et le respect de l'équipage.
- …
- Tu te feras peut-être même respecter par mon cher et tendre fils, ce qui n'est pas donné à tout le monde.
- Ça ou il me hait encore plus. Avec ma poisse habituelle, je pencherais plus pour la deuxième solution.
- Pourquoi tu… s'énerva Roberts.
- Parce que je suis toujours de mauvais poil et que dans ce cas, je fais chier tout le monde. Même vous.
- Je vois, dit-il froidement.
- J'y réfléchirais, répondit la jeune fille avant de tenter de s'éclipser.
- Une minute, dit Roberts en la rattrapant par le bras avant qu'elle ne s'en aille. Pourquoi ne veux-tu pas…
- Je ne suis pas sûre d'en vouloir plus. Cette vie-là me convient.
- Mais elle ne restera pas éternellement comme ça. Tu devrais accepter toutes les opportunités qui se présentent. Elles ne se présenteront peut-être plus. Tu risques de le regretter. »
Là-dessus, le capitaine de l'Ecumeur lui lâcha le bras et tourna les talons avant qu'elle ait pu ajouter un mot. Ambre resta là où il l'avait laissée, figée. Elle voulait croire que les paroles de son capitaine ne comportait aucun sous-entendus.
Comme toujours lorsqu'elle ne se sentait pas bien, elle se précipita sur le gaillard d'avant. Elle s'assit en tailleur sur le bastingage, la main posée sur le cou du dragon, l'esprit agité de milles et une sombres pensées.
Wulfran essuya son épée dans la chemise du capitaine de la Fleur Bleue. Encore une belle prise à l'actif du Grand Fourbe et de son équipage.
Il poussa un soupir. Les combats devenaient trop faciles. Ce n'était plus drôle. En cinq ans, il s'était fait sa place sur le Grand Fourbe et était bien connu dans le monde de la piraterie et des navires de transports. Il était presque aussi connu que son père. Et quand les marins reconnaissaient le vaisseau portant dans ses flancs le démon aux yeux gris, ils paniquaient. Soit ils se rendaient, soit n'offraient qu'une piètre résistance puisqu'ils pensaient avoir perdu d'avance. En effet, comment vaincre Wulfran, le corbeau annonciateur de malheur ?
Du coup, le jeune homme s'ennuyait. Se battre contre des lopettes qui rendaient leurs armes après deux passes d'armes le gonflait plus qu'autre chose.
Heureusement que je monte bientôt sur l'Ecumeur !
C'était Jack qui le lui avait dit. Cette fois, c'était sûr. Roberts et Jack s'étaient rencontrés à leur rendez-vous annuel et la nouvelle venait donc de son père. Par contre, Wulfran s'étonnait que son arrivée sur le navire de son père se fasse si tard. Il avait interrogé Jack mais celui-ci avait prétendu ne rien savoir. Le jeune homme savait qu'il mentait mais n'avait pas insisté. Une des rares choses qui avait changé chez lui. Il était plus patient.
Il rangea son arme dans son fourreau et jeta un regard discret à son capitaine. A part quelques mèches grises, il n'avait pas changé.
« - Wulfran ! rugit Jack, ils ont besoin de toi là-bas. »
Il indiqua les forbans qui empilaient des coffres et leurs autres trouvailles. Wulfran lui fit signe qu'il avait compris et s'éloigna à grand pas, délaissant le cadavre du capitaine qu'il venait d'éventrer.
Jack le regarda partir. Il n'avait pas fait un mauvais choix en choisissant Wulfran comme second à la mort de son prédécesseur. Il se débrouillait bien même s'il manquait encore d'expériences. Il était vrai qu'on n'avait rarement vu de seconds aussi jeunes. A vingt-cinq ans, les pirates sont en général bas dans la hiérarchie de l'équipage. Mais ce jeune homme était une exception. En tout.
Jack avait du mal à comprendre pourquoi son père rechignait à le prendre avec lui. A bien y réfléchir, cela datait du moment où il avait récupéré cette gamine aux cheveux blancs. Jack ne savait pas ce qu'elle avait fait à Roberts pour qu'il fasse tout pour la préserver de Wulfran. Si Roberts ne récupérait son fils que maintenant, c'était parce qu'il attendait qu'Ambre ait repris la suite du négoce des butins. Roberts pensait sûrement que son fils ne pourrait pas grand-chose contre elle si elle tirait un maximum de leurs prises. Et cela, il ne pouvait pas l'avouer à Wulfran. Il avait beau dire qu'il ne savait rien, Wulfran savait qu'il n'en était rien. Et comme il n'était pas bête, il avait sûrement fait le rapprochement avec la gamine. Certainement pas le bon puisque personne à part lui n'était au courant que Roberts formait la petite à la négociation.
Jack soupira. Il avait peur que son ami n'ait pas fait le bon choix. Il aurait dû tuer cette gamine. La protéger ne ferait qu'envenimer les choses.
« - Capitaine, l'appela Wulfran, le tirant de ses sinistres pensées. Tout est rangé. Nous mettons toujours le cap sur Tortuga ?
- Oui. »
Wulfran fit demi-tour et alla donner ses ordres.
Je sais pas ce que Jack a comme soucis mais s'il continue, il va nous développer un ulcère.
En peu de temps, avec rapidité et efficacité, le Grand Fourbe eut toute sa voilure orientée correctement et mit le cap sur Tortuga, laissant derrière lui la carcasse fumante de la Fleur Bleue.
L'Ecumeur croisa sur sa route vers Tortuga un certain nombre de vaisseaux à piller. Ambre accepta finalement de jouer le jeu. Pendant ces moments où la cruauté prenait le dessus, elle devenait le serpent-dragon, véritable tueur qui paralysait presque toutes ses proies d'effroi. Mais uniquement pendant ces moments-là.
Le reste du temps, elle prenait ses quarts, mangeait, dormait, mais vaquait à ses occupations comme une âme en peine. Ce changement aussi soudain qu'inhabituel inquiéta grandement les jumeaux : les mots Ambre et déprime sont incompatibles.
« - Qu'est-ce que t'as en ce moment ? lui demandaient-ils souvent.
- Rien. »
Et la jeune fille replongeait son regard triste dans la contemplation de l'océan comme si elle n'allait plus jamais le revoir.
Ce fut le seul mot qu'ils arrivèrent à lui extorquer.
La traversée continua sur le même ton. L'Ecumeur s'arrêta à plusieurs reprises pour vider ses cales dans les îles pirates qui bordaient sa route. Ambre alla négocier seule, tirant des enseignements de chacune de ces transactions. Mais si elle s'appliquait, c'était uniquement pour faire plaisir à son capitaine. Pour ne pas le décevoir.
Et pendant qu'elle revendait à prix d'or leurs prises du moment, les forbans allaient s'enivrer dans les tavernes et racontaient leurs exploits et ceux de leur nouveau camarade, le serpent-dragon. La réputation d'Ambre grandit ainsi. Dans chaque nouvelle île où ils débarquaient, la nouvelle les avait précédés et avait déjà fait le tour des tavernes, avec maintes enjolivures. Désormais, les gens passaient discrètement sur les quais, près de l'Ecumeur pour tenter d'apercevoir ce fameux personnage. Mais ils ne le trouvaient jamais. Roberts avait interdit qu'on révèle que c'était Ambre dont il s'agissait. Les gens ne les prendraient pas au sérieux. Si on leur demandait pourquoi le serpent-dragon ne voulait divulguer son identité, c'était parce que le Serpent-dragon ne voulait pas que d'autres navires pirates essayent de le débaucher. Et donc, les personnes trop curieuses cherchaient un homme grand et fort, menaçant, faisant frissonner de peur dès qu'il leur jeter un simple coup d'œil. Cet homme qui terrorisait tout le monde était facilement reconnaissable à son immense tatouage de serpent dans le dos.
C'était le seul élément véridique.
Mis à part les curieux, il y avait aussi les capitaines qui accostaient dans les ports pirates pour éviter de payer des suppléments de taxes aux autorités. Ceux-là prenaient beaucoup moins bien la nouvelle et craignaient terriblement de croiser la route de l'Ecumeur une fois repartis en mer.
Cette histoire circula donc dans les deux milieux : la piraterie et la navire marchande.
« - Tu devrais te réjouir, Ambre, » lui dit Fred.
Elle soupira et but une gorgée de bière. Elle n'avait rien d'exceptionnelle mais la jeune fille la trouvait très intéressante tout à coup.
« - Arrête ! » dit fermement George en lui arrachant sa chope des mains, manquant de la renverser.
Ambre le regarda avec des yeux douloureusement tristes. George se sentit soudain honteux. La jeune fille baissa les yeux sur ses mains posées à plat sur ses genoux.
L'Ecumeur venait de mouiller dans le port de Great Inagua et pour une fois, ce n'était pas le quart de Ambre qui était de corvée de surveillance.
Ambre et les jumeaux s'étaient installés dans une petite auberge, à l'extrême limite des quais. La taverne était désertée par tous les pirates du coin car la tenancière était désagréable comme pas deux. Sauf avec Ambre. Coalition féminine sans doute.
Le petit groupe était donc tranquille. Ils pouvaient parler librement, sans crainte que leur conversation ne tombe dans une oreille indiscrète.
« - Dis-nous ce qui ne va pas, l'implora Fred. Ça nous fend le cœur de te voir comme ça. »
La jeune fille tourna vers les jumeaux un regard embué de larmes. Elle voulut prononcer un mot qui ne sortit pas. Elle rebaissa les yeux.
« - Je… je n'arrive pas à me dire que l'arrivée du fils de Roberts peut ne pas être aussi terrible que je l'imagine…
- Qui t'a dis qu'il allait venir ? demanda George.
- Je le sens. Et Roberts…
- … te l'a dis, finit George à sa place.
- Par sous-entendus.
- Si ce ne sont que des sous-entendus, tu as peut-être mal compris.
- Je l'espère. Sincèrement.
- Mais qu'est-ce qui te fait croire que Wulfran… poursuivit Fred.
- C'est évident, non ? répondit-elle, la voix secouée de sanglots. Roberts n'a aucune raison de le tenir éloigné plus longtemps. Je me demande même pourquoi il n'est pas venu plus tôt… »
Les jumeaux ne trouvèrent rien à répondre. Ils ne purent que regarder leur petite sœur se morfondre.
« - Tu ne devrais pas te mettre dans des états pareils, tenta Fred. Ce n'est pas si terrible… »
Une larme roula sur la joue de la jeune fille.
« - Et puis Wulfran a peut-être changé en cinq ans, qui sait ?
- Et il n'osera rien tenter contre toi. Tu n'es pas le serpent-dragon pour rien.
- Si je suis devenue le serpent-dragon, comme tu dis, c'est justement pour cette raison, répliqua-t-elle. Mais je doute que ça suffise… murmura-t-elle.
- Ne crois pas trop à ce que les gens racontent, lui dit George. Regarde un peu ce qu'ils disent à propos de toi… Wulfran n'est certainement pas devenu la Grande Faucheuse incarnée. Les gens exagèrent toujours lorsqu'ils parlent de lui.
- Mais il doit y avoir du vrai là-dedans… gémit Ambre.
- Si on dit qu'il est un corbeau annonciateur de mort, lui dit gentiment Fred, c'est juste qu'il a un nez en forme de bec de rapace… »
Tentative de plaisanterie ratée. Echec critique même.
Surtout que le nez dont on parle n'a rien de celui de Cyrano. Il est tout droit et fin…peut-être la meilleure partie de son anatomie.
- Ne t'en fais pas, on sera toujours là, lui assura Fred. Il faudra d'abord qu'il nous passe sur le corps avant de pouvoir toucher à un seul de tes cheveux blancs.
Je ne pense pas que cela le dérange…
- Et Roberts ne lui permettra jamais de te faire du mal. Tu es son Ambre. Personne ne peut poser la main sur toi. Tu peux compter sur lui pour ça. »
Ambre regarda les jumeaux tour à tour. Au milieu de son visage brouillé de larmes émergea un sourire timide.
« - Merci, dit-elle simplement.
- De rien, » soupirèrent-ils dans un parfait accord avant de commander une bouteille de rhum.
L'Ecumeur entra sans encombre dans le port de Tortuga. Roberts tenait fermement la barre et amena son précieux navire jusqu'au quai sans que celui-ci n'ai à subir ne serait-ce qu'une seule égratignure. Une dizaine de pirates sautèrent à terre avec moult cris de joie et attachèrent les amarres.
Pour plus de sécurité, l'ancre fut jetée. Elle plongea dans les eaux verdâtres et s'engouffra dans un amas d'algues brunes.
Roberts donna ses ordres. Quand tout fut mis au clair, il fit mettre la passerelle. Puis se fut la cohue. Les pirates se précipitèrent à terre et ils disparurent en un éclair dans les ruelles de la petite ville pirate.
Plus calmes, Ambre, Takashi et les jumeaux attendirent qu'ils soient tous partis pour penser à descendre.
« - Je suis déçue, se plaignit Ambre. Doris n'est pas là pour nous attendre.
- Elle doit être en train de courir quelque part là-dedans, répondit George en indiquant les innombrables ruelles qui débouchaient sur les quais.
- Je dois y aller, leur dit Ambre, pas enthousiasmée du tout.
- Où ça ? s'enquit George.
- Comme d'hab'.
- Ah oui, c'est vrai. »
Les jumeaux et Takashi étaient les rares pirates au courant du travail supplémentaire que faisait Ambre. Roberts ne voulait pas que cela se sache tout de suite. Il voulait attendre un peu qu'elle soit connue comme étant le serpent-dragon et qu'elle soit prise au sérieux. A ce moment-là, les gens éviteraient de l'agresser, même quand elle irait négocier : ils n'allaient pas risquer leur vie pour trois piécettes et quelques bijoux.
« - On se retrouve à la maison ? fit Ambre.
- Ok, répondirent les jumeaux.
- A tout à l'heure, alors.
- A tout'. »
Ambre prit un chemin menant aux villas de Tortuga.
A force d'arnaquer les honnêtes pirates, le PGCD pour petit gros con et débile, pour ceux qui auraient oublié… pouvait se permettre de vivre dans une de ces immenses maisons en pierres blanches.
La jeune fille soupira en apercevant cette maison.
Allez courage ! c'est bientôt fini.
Je me laisse dix minutes pour le plumer.
Un quart d'heure plus tard, Ambre était confortablement installée chez Doris. Elle devait donner à son capitaine le compte-rendu de ses affaires mais à ce moment précis, elle était prise d'une flemmingite aiguë. Et puis Roberts pouvait bien attendre un peu.
« - Tiens ma petite Ambre, minauda Doris, je viens d'en refaire, dit-elle en lui tendant un plateau surmonté d'une montagne de gâteaux à la cannelle.
- Merci, répondit la jeune fille en prenant une friandise avec une lueur de gourmandise dans les yeux.
- Attention, c'est chaud, » la prévint la mère des jumeaux.
La jeune fille était en train de jongler avec son gâteau brûlant.
'pouvait pas le dire plus tôt ?
Elle allait enfin pouvoir le déguster lorsque la porte de la maison s'ouvrit à la volée. Elle laissa apparaître une frimousse parsemée de taches de rousseur et de longs cheveux blonds qui voletaient un peu partout.
« - Thérèse ! s'écria Ambre en se levant d'un bond.
- J'ai vu que l'Ecumeur était à quai. Et tu ne pouvais être qu'ici… répondit la blondinette avec un sourire chaleureux.
- Tu m'as manqué, depuis tout ce temps, répondit Ambre en la serrant dans ses bras.
- Toi aussi… »
Depuis que Doris avait accepté Ambre comme sa propre fille, elle l'avait présentée aux personnes qui travaillaient pour elle. Thérèse en faisait partie. Les deux jeunes filles avaient lié amitié et dès que Ambre revenait à Tortuga, elles se racontaient toutes leurs aventures.
Ambre lui parlait de la vie en mer, Thérèse de celle à terre mais en taisant bien plus de détails. Sa vie de catin n'était pas des plus amusante à raconter. Son rêve était de partir avec Ambre, de devenir une pirate, être libre. Mais Ambre était une exception. Aucun capitaine sain d'esprit ne voudrait prendre Thérèse à son bord : il risquait la mutinerie, ses hommes deviendraient fous après quelques temps passés en mer. Hors de question donc de prendre une femme à bord, quelle qu'elle soit.
Pourtant les deux filles ne désespéraient pas. A chaque fois qu'elle arrivait, Ambre donnait des leçons à son amie. Comment se battre, comment tenir à distance les hommes trop audacieux, leçon qui passait exclusivement après le maniement de l'épée et du sarcasme. Elle lui expliquait aussi tout ce qu'il y avait à bord d'un navire, des travaux les plus pénibles aux plus marrants.
Quand Thérèse serait prête, Ambre demanderait à Roberts de l'accepter à son bord. C'était le point le plus délicat. Rien ne garantissait qu'il accepterait. Même si elle lui faisait ces magnifiques yeux de biche embués de larmes dont elle avait le secret.
Et pendant qu'Ambre et Thérèse se racontaient les épisodes qu'elles avaient manqués, le Grand Fourbe faisait son entrée dans le port de Tortuga.
Wulfran se tenait sur le gaillard d'avant, debout sur le bastingage, une main agrippée à la voile de foc. Il exultait. L'Ecumeur était à quai. Sa vie allait enfin prendre un tournant intéressant.
Elle aura mis le temps !
Jack amena son navire à côté de celui de son ami. Les amarres furent jetées et le vaisseau immobilisé. Les pirates qui en avaient le droit descendirent à terre. Wulfran resta encore quelques instants sur le bastingage à regarder la petite ville avec une expression de conquérant. Puis il se rendit sur les quais où il se tint immobile quelques secondes avant de se diriger vers le navire de son père avec un sourire victorieux.
« - Eh ! Wulfran ! lui cria Grégoire. Tu vas où ?
- Voir mon père.
- On se retrouve au Grain de Sable ?
- Ok.
- Je demande quelques bouteilles de leur meilleur rhum ? demanda son ami avec un sourire complice.
- Non. Je préfère le faire moi-même et fanfaronner un peu…
Surtout pour ne pas dire que mon père est capable de me refuser l'accès à l'Ecumeur.
Encore une fois.
Grrr.
- Je vois. A tout à l'heure ! » beugla Grégoire avant de disparaître dans une ruelle sombre.
Wulfran le regarde disparaître avant de se remettre en route. Il ne mit guère de temps pour atteindre l'Ecumeur puisque ce navire était à peine à quelques mètres du Grand Fourbe mais le temps d'y arriver lui sembla être des heures. Il grimpa sur la passerelle et arriva sur le pont.
« - Mon père est-il là ? » demanda-t-il au premier pirate venu.
Il n'avait plus besoin de se présenter : d'une, il lui ressemblait beaucoup, et de deux, il était désormais bien connu dans le monde de la piraterie comme étant le corbeau annonciateur de malheurs. Ou de fortune. Ça dépendait du camp dans lequel on se plaçait.
« - Il est dans sa cabine, lui répondit le pirate.
- Merci. »
Bien une des premières fois qu'il remerciait quelqu'un. Mais il se sentait d'excellente humeur aujourd'hui.
J'espère que ça ne cessera pas dans la demi-heure qui vient…
Wulfran traversa le pont, toqua à la porte de la cabine de son père et attendit. La réponse ne se fit pas attendre.
« - Entrez, » grogna Roberts.
Wulfran ne se fit pas prier deux fois. Il pénétra dans la cabine de son père et le salua d'un signe de tête. Roberts le regarda, un peu surpris.
« - Nous venons d'arriver, lui expliqua son fils. On vous a vu rentrer dans le port mais on en était encore loin.
- Vous veniez d'où ?
- De Jamaïque. Jack voulait voir ce qu'il y avait comme animation…
- Et alors ?
- Port Royale semble encore assez calme. Pas d'armada. A peine deux trois navires armés.
- Vous n'en avez pas croisé ? s'enquit Roberts.
- Non. C'est calme.
- Bien bien bien. Tu voulais me parler de quelque chose de précis ou c'était juste pour me dire bonjour ?
- Et bien… commença Wulfran, soudain mal à l'aise.
- C'est pour savoir si je te prend à mon bord ? demanda Roberts avec un sourire qui en disait long.
- Comment tu fais pour lire en moi comme ça, c'est gênant… dit Wulfran en riant.
- T'es mon fils. C'est pas parce qu'on se voit pas souvent que tu es un total inconnu pour moi…
- Mouais. Et ta réponse ?
- Toujours aussi impatient à ce que je vois, ricana son père.
- Juste pour ça alors. Il paraît que je me suis calmé…
- Tant mieux. Ton impatience n'est pas la meilleure chose dont tu as hérité de moi.
- Et quelle était la meilleure chose ?
- Eh bien, mon physique voyons !
- … »
Ne pas rire. Ne pas rire. Ne pas rire. Ne pas…
Les deux hommes se regardaient dans les yeux et finirent par ne plus tenir. Ils explosèrent de rire. Et quand enfin ils réussirent à se calmer, Roberts lui dit avec sérieux.
« - Cette fois c'est oui. Je te prend avec moi.
- C'est… c'est vrai ? » s'étrangla Wulfran.
Roberts hocha la tête.
Wulfran sautait, trépignait, hurlait de joie, mais tout ça intérieurement bien sûr. Il se devait de garder sa dignité au moins un minimum.
« - Va chercher tes affaires et regarde où il reste de la place dans le dortoir.
- Ok.
- Tu ne seras que simple matelot pour l'instant. Pas de place comme second puisque Korp est encore bien vivant…
- Bien. Je peux y aller ? je dois aller fêter ça dignement…
- Oui. Non, se reprit Roberts. Encore une toute petite chose…
- Laquelle ?
- Evite de m'appeler papa. Je préfère capitaine.
- Bien papa, » répondit Wulfran en ricanant comme un benêt.
Le jeune homme salua son père et se dirigea vers la sortie. Il posa la main sur la poignée, se ravisa et se retourna vers son père.
« - Puis-je te demander une faveur ?
- Laquelle ?
- Je sais que ça se fait pas mais… j'ai un ami sur le Grand Fourbe. Serait-il possible qu'il vienne avec moi ?
- Un ami que tu n'as pas encore éventré ? c'est étonnant.
- Raison de plus pour le garder avec moi. Et c'est la seule personne capable de me calmer un temps soit peu.
- …
- Avec la sal… avec Ambre à bord, ça peut être bénéfique pour elle. »
Roberts eut un petit rire.
« - Je vais voir ce que je peux faire.
- Merci.
- Comment s'appelle-t-il ?
- Grégoire. Ne t'en fais pas, Jack voit qui c'est.
- Bien. Tu peux y aller maintenant. »
Wulfran resalua son paternel et sortit, pour de bon cette fois.
Tout heureux, il descendit la passerelle en sautillant. Son visage impassible ne l'était plus du tout. Ses yeux gris métallique avaient perdu de leur dureté et un sourire joyeux étirait ses lèvres fines.
Tagada stoinstoin ! Youpi ouuuuuuuuuh ! I'm happy !
Le fringant jeune homme prit la première ruelle sur sa droite et la remonta à vive allure. Il avait hâte d'atteindre l'auberge du Grain de Sable où l'attendait Grégoire, les serveuses et du rhum.
« - J'ai quelque chose à te dire… commença Thérèse, visiblement embarrassée. J'ai vu Wulfran assez récemment et… »
Ambre sentit son cœur s'emballer.
Pourvu que…
« - … et il m'a dit qu'il était quasi sûr que son père le prendrait à bord de l'Ecumeur la prochaine fois qu'ils se croiseraient.
- …
- Et au moment où j'allais venir te rejoindre, j'ai…
- Vas-y, crache le morceau, soupira Ambre.
- J'ai vu le Grand Fourbe qui s'apprêtait à accoster.
- Merde, » murmura Ambre.
Elle avait presque du mal à respirer tellement son cœur battait fort.
« - Je vais y aller, dit Ambre.
- Où ça ?
- Voir Roberts.
- Tu ne pourras rien y changer…
- … »
Je sais.
Ambre se leva, récupéra son katana appuyé contre le mur, l'attacha dans son dos et sortit. Thérèse la regarda partir, avec une expression indéchiffrable sur le visage.
Faites que ce ne soit pas vrai ! faites que ce ne soit pas vrai !
Ambre courait presque dans les rues de Tortuga. Elle ne savait pas vraiment ce qu'elle pouvait faire pour empêcher Wulfran de monter à bord mais… les larmes lui montaient aux yeux. Elle les chassa d'un revers de main. Peut-être que ce n'était pas encore pour aujourd'hui, peut-être que…
Son cœur accéléra encore la cadence.
Même si c'était la triste vérité, même si Wulfran montait sur l'Ecumeur et partageait leur vie de tous les jours, peut-être que Roberts trouverait quelque chose pour… pour qu'elle n'en souffre pas. Elle ne pouvait pas voir Wulfran. C'était épidermique, viscéral. A chaque fois qu'elle le croisait, sa poitrine se serrait, elle avait mal au cœur.
Mais était-ce véritablement le fait qu'il vienne qui la terrifiait tant ? ne serait-ce pas plutôt la peur de perdre ce à quoi elle tenait, la vie qu'elle menait depuis que Roberts l'avait recueillie ? si Wulfran arrivait… tout changerait. En commençant par l'attitude de son capitaine envers elle.
Le ciel, la mer, l'enfer… tout peut se retourner contre moi, je m'en fous.
Mais je ne veux pas que Roberts change le regard qu'il me porte.
Je refuse.
Ambre accéléra encore le pas. Sa poitrine lui faisait mal à force de retenir ses sanglots et pourtant, elle tint bon. Elle ne pleurerait pas avant d'avoir entendu la funeste nouvelle de la bouche de son capitaine.
Une ruelle la vit à peine passer qu'elle s'était déjà engouffrée dans la suivante. Ses pas ne faisaient presque pas de bruit sur le sol de terre battue mais il lui heurtaient les oreilles.
Elle tourna à l'angle de la rue et…
Blarm.
Ambre se retrouva par terre, à califourchon sur une personne qui lui rappelait vaguement quelque chose.
« - Tu as de beaux yeux, tu sais ? lui dit Wulfran avec un sourire goguenard.
- …
- Comment va ma collègue préférée ? poursuivit-il avec son air le plus vicieux.
- Je ne suis pas ta collègue, lui cracha Ambre au visage.
- Mais si tu l'es. Je viens d'apprendre la nouvelle. Mon père vient de me le dire. Je fais désormais parti de l'équipage de l'Ecumeur.
- …
- Tu ne dis rien ? la nouvelle t'émeut à ce point ? » ricana-t-il.
Ambre lui lança un regard furibond et se releva. Malgré tout le mépris qu'il lui inspirait, elle lui tendit la main pour qu'il puisse se remettre debout à son tour. Wulfran regarda cette main tendue avec surprise et suspicion. Il la prit avec un instant d'hésitation. Une fois debout, il adressa à la jeune fille un petit sourire méprisant. Elle lui rendit son regard, avec un soupçon de froideur en plus.
« - Ne va surtout pas croire que je vais te considérer comme un… collègue uniquement parce que tu vas vivre sur le même navire que moi.
- Si on travaille ensemble, ça fera de nous des collègues. C'est un mot pourtant simple à comprendre… lui dit Wulfran.
- Je crois que c'est toi qui n'a pas compris, répliqua-t-elle vertement. On ne travaillera pas ensemble. Juste à côté. Il n'y a pas de « nous » ou de « ensemble » qui tiennent. Jamais. Tu saisis la nuance ? »
Là-dessus, elle lui jeta un regard qui trahissait tout le mépris qu'elle avait pour les gars dans son genre et reprit sa route vers l'Ecumeur.
Sale gamine.
Sa bonne humeur était retombée, comme les cakes aux olives que l'on sort du four, parfois. Wulfran regarda Ambre disparaître au coin de la rue avec un air mauvais, puis il poursuivit son chemin jusqu'à l'auberge du Grain de Sable.
« - Trois bouteilles de rhum, » commanda-t-il froidement à l'aubergiste sidéré.
Ambre atteignit son navire quelques minutes à peine après sa rencontre avec Wulfran. Elle était comme anesthésiée. Elle n'entendait plus, ne sentait plus, ne voyait plus. Elle ne sut pas comment elle était arrivée jusqu'à là, ni comment elle était entrée dans la cabine de son capitaine. Mais elle y était pourtant. Et Roberts la dévisageait étrangement. Elle secoua la tête et remit son cerveau en mode marche.
« - Est-ce vrai ? demanda-t-elle, désespérée.
- Oui.
- …
- J'ai essayé de te prévenir pourtant.
- … je sais. Mais la nouvelle est un peu dure à avaler.
- Elle te restera sur l'estomac un moment mais c'est comme tout, tu digèreras. »
La jeune fille se permit un sourire triste.
« - Si c'est ce qui t'inquiètes, il ne te fera rien. Je sais qu'il te déteste mais je ne le laisserais pas toucher à tes merveilleux cheveux blancs.
- …
- Allez. Ne te fais point tant de mouron. Demande à Doris qu'elle te gave de gâteaux et ça ira bien mieux. Surtout si tu accompagnes le tout d'un verre de rhum…
- Puis-je vous demander une faveur ? » demanda-t-elle soudain.
Roberts soupira. Cela ne ferait que la deuxième de la journée.
« - Dis toujours.
- J'aimerais que vous acceptiez de prendre Thérèse à bord de l'Ecumeur.
- Rien que ça !
- Oui.
- Et pourquoi ferais-je une chose pareille ?
- Vous m'avez déjà à bord. Une de plus, une de moins…
- Justement. Une deuxième comme toi serait invivable. Surtout si tu lui as appris tout ce que tu sais. C'est le cas ?
- Oui. »
Roberts soupira et se prit la tête dans les mains. Vraiment cette fille allait le rendre fou.
« - Je vais voir. Mais n'espère pas et elle non plus.
- Bien mon capitaine.
- Maintenant sors d'ici, je t'ai assez vue pour la journée. »
C'est pas gentil ça.
Ambre retint ses pleurs. Elle voulait crier, hurler sa rage, secouer son capitaine pour qu'il trouve une solution mais au lieu de ça, elle s'avança lentement vers le bureau derrière lequel se tenait Roberts. Elle sortit un bout de papier d'une poche de son pantalon bouffant et le tendit à son capitaine.
« - Ce que monsieur Labeillye vous doit. Il passera vous régler demain et décharger le navire en même temps. »
Elle lança un regard indéchiffrable à son capitaine. Il évita son regard. La jeune fille crispa les mâchoires et sortit de sa cabine, la démarche raide. Elle descendit en trombes de l'Ecumeur puis remonta la première ruelle à grands pas. Au bout de deux cents mètres, elle n'y tint plus et se mit à courir comme une folle, manquant de renverser passants et échoppes ambulantes. Elle déboucha sur la petite place où la maison des jumeaux présentait sa porte d'entrée et, sans ralentir, entra chez Doris.
Hors d'haleine, elle regarda autour d'elle. Thérèse était partie. Tant mieux.
« - Où étais-tu passée ? lui demanda Doris en débouchant de la pièce adjacente.
- Je… je suis allée voir Roberts. Un papier à lui donner. »
Ambre avait réussi à maîtriser les tremblements de sa voix mais elle n'était pas sûre d'avoir bernée la mère des jumeaux. Sous son air un peu simplet de mère trop attentionnée, elle devinait beaucoup trop de choses.
« - Où sont Fred et George ? demanda Ambre pour ne pas faire trop durer le silence.
- Ils t'attendent à l'auberge du Grain de Sable. »
Ambre fit signe qu'elle avait compris puis s'esquiva discrètement. Ou essaya du moins.
« - Où vas-tu ? s'enquit Doris avec un air suspicieux.
- Je vais prendre un bain et me changer.
- Tu ne vas pas les rejoindre ?
- … non, répondit la jeune fille sincèrement. Je suis fatiguée. Je vais aller me coucher après. J'ai eu mon compte pour la journée… »
Surtout que Wulfran est capable de faire le tour de toutes les tavernes pour célébrer l'événement.
Ambre disparut dans la pièce qui tenait lieu de salle de bain et entreprit de se faire couler un bain. Doris la regarda disparaître derrière la porte avec un petit air compatissant avant de vaquer à ses travaux de couture.
Ambre resta dans son bain jusqu'à ressembler à une vieille dame. Ce ne fut que lorsque sa peau fut bien fripée qu'elle daigna abandonner sa baignoire de fortune. Elle se saisit d'une serviette et entreprit de se sécher les cheveux, les yeux perdus dans le vague. La nouvelle de la venue de Wulfran avait beau la toucher méchamment quelque part dans la poitrine, un poumon, peut-être, les larmes n'arrivaient pas à sortir.
Aurais-je déjà épuisé toutes mes réserves ?
La jeune fille soupira. Elle s'habilla en poussant d'innombrables soupirs déchirants puis rejeta ses chevaux blancs dans son dos. Toute propre, elle se rendit dans la cuisine et piqua une des bouteilles de rhum qui traînaient sous l'évier et une assiette où s'élevait une montagne de biscuits à la cannelle que Doris avait préparé pour eux. Elle posa le tout sur un plateau puis grimpa l'escalier aussi rapidement et silencieusement que possible. Elle alla tout droit dans la chambre des jumeaux qui était désormais aussi la sienne et s'y enferma. Elle eut un sourire ému quand elle vit que les lits étaient faits. Doris se donnaient vraiment de la peine pour eux.
Ambre traversa la pièce et ouvrit la fenêtre. Elle prit une chaise et la plaça juste sous la fenêtre, légèrement sur le côté. Elle posa dessus son plateau. Ses préparatifs achevés, la jeune fille s'installa sur le rebord de la fenêtre, une jambe prenant appui sur le toit et l'autre repliée sous ses fesses. Et, alors que son regard se perdait dans l'écume scintillante de l'océan, sa main gauche chercha à tâtons la bouteille de rhum…
La nuit était tombée depuis un moment déjà. C'était une nuit douce, le ciel était dégagé et les étoiles scintillaient joyeusement. Même la lune s'était mis de la fête, avec son minuscule croissant. Et Ambre trinquait avec elle. Depuis un moment maintenant. Il ne restait qu'un petit fond de rhum et une demi-douzaine de gâteaux dans l'assiette de porcelaine blanche.
Il n'y avait qu'une seule chose qui gâchait la cuite monumentale qu'Ambre était en train de se prendre : les rumeurs qui parcouraient Tortuga, plus intenses au niveau des tavernes, et qui faisaient écho à la montée de Wulfran à bord du navire familial. Ambre avait l'impression que tous les pirates de Tortuga s'étaient mis à la fête, ce qui n'était peut-être pas entièrement faux : donner-leur une raison plus ou moins valable et tous les pirates vont se saouler entre amis.
Ou se saouler tout court. Pas besoin d'être avec des amis.
On trouve toujours des camarades de beuverie.
Ambre rota très peu élégamment, mais elle s'en fichait éperdument. Elle était toute seule, pas encore toute à fait ivre morte mais elle n'en n'était plus loin, et ce que les passants pouvaient penser l'indifférait royalement. Pour la peine, elle lâcha un deuxième rot.
« - Pas très joli dans la bouche d'une fille, fit une voix derrière elle.
- Je t'emmerde Fred, répliqua Ambre et reprenant un gâteau.
- Qu'est-ce que tu fais à boire toute seule ? dit George en lui piquant sa bouteille pour se rincer le gosier.
- Je me saoule pour oublier…
- Et ça marche ?
- Nan !
- Ah.
- Comment veux-tu que j'oublie que Wulfran va se pointer la prochaine fois qu'on prendra le large avec tout le bordel qu'ils font dehors ? ragea-t-elle. Et puis c'est MA bouteille ! »
Elle se tourna vers George et la lui arracha des mains. Elle finit le rhum cul sec et reposa la bouteille délicatement sur le plateau.
« - Tu pourrais partager quand même… la réprimanda Fred en riant.
- Plutôt crever. Le rhum, c'est sacré. Et puis, je ne te permet pas de me piquer l'alcool que j'ai légitimement volé.
- Je crois qu'elle a un sacré coup dans le nez, chuchota Fred à son frangin.
- En effet, répondit Ambre. Ça vous gêne ?
- T'aurais pu nous attendre…
- Non. J'avais besoin de boire seule ce soir.
- Pour se remonter le moral, c'est pas la meilleure des solutions. C'est même plutôt pire quand on a l'alcool mauvais… lui expliqua George.
- Qui a dit que je voulais me remonter le moral ? je voulais me lamenter sur mon triste sort en paix. C'est pas dans ces tavernes que j'y serais arrivée.
- Certes, admit George.
- Vous voulez pas aller piquer une autre bouteille dans la cuisine? leur demanda Ambre avec un sourire angélique.
- Je crois que tu as assez bu pour ce soir, rétorqua Fred en la prenant dans ses bras.
- Gneuuuuuuuh ! » Elle lui tira la langue.
Fred la posa sur son lit en douceur puis s'assit à côté d'elle. George vint faire de même.
« - Qu'est-ce qui ne va pas ? demanda Fred à la jeune fille.
- Comme si vous ne le saviez pas ! répliqua-t-elle.
- …
- C'est à cause de Wulfran, c'est ça ? » soupira Fred.
Ambre hocha la tête en regardant fixement ses pieds.
Mes chaussettes orange et noire sont vraiment jolies…
« - Je ne sais pas quoi te dire… murmura Fred. Je comprend que ça te foute mal comme ça mais… il va falloir que tu fasses avec.
- Tu ne vas pas pouvoir rester prostrée comme ça indéfiniment. Va de l'avant !
- On va peut-être te dire des trucs un peu cons mais… t'as même pas vingt ans. C'est normal que t'ais des rêves et tout et tout mais… tout ne peut se dérouler comme tu veux.
- Nan, sans blague ! cracha-t-elle.
- T'enflamme pas sur nous. On t'a rien fais ! répliqua durement George.
- …
- Tu crois que la venue de Wulfran est la pire chose qui puisse t'arriver mais qui sait, il sera peut-être sympa en fin de compte.
- Je suis septique, répondit Ambre.
- Ne pars pas battue d'avance, c'est ce qu'on essaie de te dire, dit George.
- On va faire comme si de rien n'était et voir comment ça se passe. Si vraiment, il est trop chiant, t'auras le droit d'être malheureuse. Mais pas avant.
- Et là, on y ira le taper. On ne fait pas pleurer notre petite Ambrichounette impunément. »
Ambre plongea son regard de miel dans celui, sombre, de Fred.
Peut-être à cause de l'alcool, peut-être à cause de ses sentiments trop longtemps contenus, peut-être à cause d'une raison tout à fait inconnue, les vannes lâchèrent. La source de ses larmes autrefois tarie jaillit à torrent. La jeune fille se jeta au cou de Fred, enfouit son visage dans son cou et pleura à chaudes larmes, entrecoupées de gros sanglots. Pris au dépourvu par cette réaction pour le moins inhabituelle, Fred prit Ambre dans ses bras avec des gestes maladroits. Il lança un regard implorant à son frère. Celui-ci lui répondit par un silence indécis. Finalement, George se décala de façon à pouvoir prendre également sa petite sœur dans ses bras et les jumeaux la laissèrent pleurer tout son soûl, jusqu'à ce qu'elle s'endorme dans leurs bras.
Le soleil entrait à flots par la fenêtre laissée ouverte, accompagné d'une petite brise. Ambre se réveilla avec un mal de crâne qui en disait long sur la quantité d'alcool ingurgitée la veille. Elle tenta de s'étirer mais elle était coincée. Elle ouvrit un œil rougi par les larmes et le sommeil et découvrit un Fred en face d'elle. Il dormait comme un bébé, la bouche entrouverte. Ambre souleva sa tête et la tourna le plus qu'elle put. Le deuxième objet non identifié qui la bloquait n'était autre que George qui ronflait comme un bienheureux. Elle ne se souvenait pas de ce qui s'était passé une fois qu'elle s'était écroulée dans les bras des jumeaux. Ils avaient vraisemblablement regroupé tous les matelas pour n'en faire qu'un grand lit où ils s'étaient tous effondrés.
La jeune fille eut un sourire attendri. Elle avait de la chance finalement, de les avoir eux. Un Wulfran tout seul ne pourrait rien contre ce trio de débiles attardés. Quelque peu ragaillardie par une pensée moins sinistre que les précédentes, elle reposa sa tête sur l'oreiller et se blottit un peu plus contre la poitrine de Fred.
OooO
Et oui! Wulfran est enfin là! J'ai mis le temps pour le faire revenir mais maintenant qu'il est sur l'Ecumeur, il va y rester.
Je sens que je vais m'amuser.
Bwahahahaha ! attention mon imagination débridée va encore nous pondre des âneries. Diantre. J'me fais peur moi-même.
Il vous a plus au moins ? une seule façon de le dire : le petit bouton en bas à gauche de l'écran. Là où c'est marqué « submit a rewiew » …
