KYAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAA !

Un 4ème chapitre en moins d'un mois ! c'est un miracle !

Et comme celui d'avant n'était pas des plus gais, je me suis rattrapée… j'suis sûre que c'est à cause des musiques que j'écoute en écrivant. Plus elles sont nulles plus ce que j'écrit s'en ressent. M'enfin… vous verrez bien.

Je me permet de dédicacer ce chapitre à ma petite Melitta Fairy d'amour qui m'a donné des idées pour ce chapitre. Ou plus exactement, les bêtises à mettre dedans…

Je remercie en passant tous les rewiewers : Georgette, Elizz (Saskia Malfoy… hem… sans commentaires hein ? brave petite), Melitta Fairy bien sûr, Anko Chan, Arkane, Arsinoe.Romana, Lane la rêveuse, Magiclu, Lady Ange shadow, Pegases, I-am-lady-Voldemort, Alex, Isabelle d'amboise, Queen AFC, Louise, Estella, Loulou, Poupy et les autres que j'ai oublié (honte sur moi )

Je fais pas de réponses individuelles because j'ai pas le droit (je répond directement quand c'est possible et quand j'ai le temps).

Vilà, c'est tout.

Je vous laisse à votre lecture…

Chapitre 22 :

Quand la poisse s'en mêle…

Bien décidée à ne plus se laisser abattre, Ambre reprit vite la routine de la vie de pirate à terre. Tavernes, bière, rhum, repas pas chers, rixes entre alcooliques. Rien que de bien ordinaire. La jeune fille ne croisa que très rarement son cher et tendre Wulfran. Il faut dire aussi que Vincent s'était gentiment dévoué pour être toujours au courant des allées et venues du fils de Roberts.

Qu'est-ce qu'ils ne feraient pas pour moi !

Par une belle nuit pas trop fraîche, les jumeaux et elle sortirent finir de cuver leur rhum sur une plage de sable blanc en regardant les vagues s'échouer à leur pieds. Un croissant de lune diffusait de son halo blanchâtre une faible lumière qui faisait scintiller les vagues d'argenté. Nuit idéale pour des amis qui veulent rire sur une plage déserte ou bien s'y promener. Il n'était donc guère étonnant de retrouver sur cette langue de sable les jumeaux et Ambre laisser libre court à leur poésie burlesque, ainsi que les capitaines Jack et Roberts qui papotaient au fil de leurs pas.

Le crissement des grains de sable fit sursauter Ambre. Elle donna un coup de coude à chacun des jumeaux allongés à côté d'elle. Le choc les fit sortir de leur léthargie.

« - Chuuuuuuuuuuuut ! fit Ambre devant les grognements mécontents de Fred et George, en prenant des airs de conspiratrice bourrée.

- Qu'est-ce qu'y a ? demanda Fred d'une voix forte.

- Mais chuuuuuuuuuuuut je t'ai dit ! j'ai entendu des voix…

- Rôôôh ! t'es Jeanne d'Arc maintenant ? se moqua George en se massant le flanc gauche.

- Nan mais elle a raison, je les entend aussi, répliqua Fred en lui faisant signe de se taire.

- Rôôôh ! on a un Jean d'Arc aussi, » ricana George avant de se prendre un coup sur le crâne.

C'était Ambre.

« - Mais tais-toi on te dit !

- On voudrait espionner leur conversation…

- Mais c'est qui ? demanda George.

- Pfiout ! fit Ambre. On s'en fout, c'est pas le plus important.

- Ah. »

Le trio se fit silencieux. Ils réussirent même à bannir leurs éclats de rire intempestifs.

Les deux hommes se rapprochèrent. Ils n'avaient vraisemblablement pas remarqué ces trois personnes totalement ivres, ce qui fit le bonheur d'Ambre et des jumeaux.

Un peu de rhum et on rigole pour un rien. C'est fou, non ?

N'ayant aucune réponse de sa conscience, la jeune fille reposa sa tête sur le sable. On peut bien espionner mais cela n'implique pas d'être dans une position inconfortable.

Les voix se firent suffisamment fortes pour que Ambre et les jumeaux puissent les identifier.

« - C'est Jack et Roberts, » chuchota George.

Les deux autres ne répondirent pas. Ils ne tenaient pas à se faire prendre maintenant alors que leur jeu prenait un tour intéressant. Ils allaient certainement encore apprendre un tas de choses intéressantes. Les trois garnements s'aplatirent encore un peu plus sur le sol, dans les ténèbres sous les palmiers.

« - … Port-royal, Norrington serait donc débordé ? demanda Roberts.

- Il faut croire. Nous n'y avons rien vu d'inquiétant et personne n'a croisé de vaisseaux armés. Enfin… pas plus que d'habitude, répondit Jack en se grattant la barbe.

- La situation n'a donc pas évolué ? s'étonna Roberts. Je pensais pourtant que Norrington ferait tout ce qui était en son pouvoir pour réduire la menace que les pirates représentent.

- En apparence seulement rien n'a changé, mais… j'ai un mauvais pressentiment. Norrington est peut-être en train de négocier auprès de je ne sais quelle majesté… il y en a déjà qui ont abandonné leur statut de pirate pour servir le roi d'Angleterre.

- Je sais tout ça ! grogna Roberts. Mais s'ils pensent que cette lettre du roi leur donnera l'immunité s'ils se font capturer, il se mettent le doigt dans l'œil jusqu'au coude ! Sa majesté niera avoir employé des pirates !

- Je sais, coupa Jack.

- Tu as des nouvelles de Barbossa ?

- Je l'ai croisé y'a à peine un mois au large de Tortuga. Il attaque avec le Black Pearl villes et villages en bord de mer. Le seul problème, c'est que peu de personnes croient à cette histoire de malédiction. Norrington lui-même est septique. Il pense que c'est l'œuvre d'un groupe de pirates bien vivants et met tout en œuvre pour les arrêter.

- S'il court après un mirage, ce n'est pas plus mal…

- Mais il attrape des forbans qui n'ont rien avoir avec tout ça, répliqua Jack.

- Il l'a toujours fait. Je te rappelle qu'il est payé pour ça.

- Le nombre de pendaisons a sensiblement augmenté depuis quelques temps…

- …

- J'ai bien peur que notre coup monté ne soit un échec.

- Il ne faut pas désespérer maintenant.

- Je ne désespère pas mais… c'est désespéré !

- Tu désespères, remarqua Roberts.

- … oui. Mais comprend-moi ! nous courons à notre perte ! Ce n'est qu'une question de temps ! la belle époque où on pouvait vivre de la piraterie sans danger est révolue !

- …

- Même s'il n'y a pas de nouveaux dispositifs foudroyants pour nous exterminer, les attaques dirigées contre nous n'en sont pas moins de plus en plus importantes ! Regarde ! rien que les sanctions pour quiconque fréquente ou traite avec des pirates sont de plus en plus dures ! »

Roberts poussa un soupir à fendre l'âme.

« - As-tu une idée de ce que nous pouvons faire ?

- Non, répondit Jack. Et cela fait un moment que je n'en ai plus. »

Les deux hommes retombèrent dans le silence.

Quelques pas plus loin, Roberts ajouta :

« - Nous devrions néanmoins continuer comme ça. Si Norrington ne croie pas à cette histoire de pirates maudits, il faut lui forcer la main.

- Qu'entends-tu par là ? fit Jack, intrigué.

- Il faudrait demander à Barbossa d'attaquer Port-Royal. Il n'a qu'à prendre quelqu'un d'important en otage. Ça obligera Norrington à le pourchasser. Et là, quand il se rendra compte que cette histoire de malédiction est vraie, on aura peut-être un peu la paix.

- Cela ne nous donnera qu'un simple répit, objecta Jack. On aura la paix jusqu'à ce que Barbossa et le Black Pearl soient libérés de cette malédiction ou bien jusqu'à ce que Norrington abandonne parce qu'il ne peut rien faire contre eux.

- Je sais.

- Nous sommes mal. Personne ne prend la menace véritablement au sérieux… Mais que feront-ils lorsqu'ils auront une armada qui leur collera au cul ?

- Je ne sais pas, soupira Roberts. Parlons d'autre chose, veux-tu ? Nous n'arriverons à rien de bien intéressant ce soir…

- De quoi veux-tu parler alors ? de tes nouvelles conquêtes féminines ? » le taquina Jack.

Le capitaine de l'Ecumeur émit un petit rire gêné. C'était vraiment le sujet qu'il ne voulait pas aborder.

« - Plus sérieusement, reprit Jack. A propos de quoi veux-tu que l'on se dispute ?

- J'émet l'idée de changer de discussion. Maintenant, c'est à toi de trouver un nouveau sujet de conversation.

- Mfff.

- …

- …

- J'ai quelque chose à te demander, dit Roberts. Ça me gène un peu mais…

- Vas-y, je te promet de ne pas te transpercer de ma lame. Enfin… je te laisserai prendre de l'avance si nécessaire.

- Trop aimable, répondit Roberts. En fait, je voulais te demander si tu pouvais te séparer d'un certain Grégoire… »

Jack éclata de rire.

« - Je m'en doutais. C'est Wulfran qui t'a demandé ça ?

- Oui.

- Ça ne m'étonne pas de lui, tiens !

- Si j'ai bien compris, c'est la seule personne qui supporte le caractère de cochon de mon fils ?

- Oui. Et ce Grégoire est un sacré boute-entrain. Wulfran est devenu bien plus agréable depuis qu'il le connaît.

- A ce point là ? s'étonna Roberts.

- Ce n'est toujours pas un ange mais…

- …

- En fait, je comptais justement te demander de prendre ce Grégoire avec toi. Ça pourrait éviter à Wulfran de devenir encore plus sombre qu'il ne l'est déjà. Ta gamine en tirerait sûrement profit…

- Grmmfl ! » fit Ambre, furieuse.

Va pas croire que ton Wulfran me fait peur !

Enfin… peut-être un peu mais faut pas le dire.

Les deux capitaines se retournèrent d'un coup, les épées étincelant au clair de lune.

Merde !

« - Qui va là ? » dit Roberts d'une voix forte.

Silence.

Une chauve-souris passa à tire d'aile après une mouche.

Les trois compères n'osaient plus bouger. Ils étaient aplatis sur le sable et se tassaient autant qu'ils le pouvaient, espérant que les deux capitaines allaient croire qu'ils avaient rêvé.

Jack et Roberts s'avancèrent avec circonspection vers l'origine de l'éternuement.

« - Qui va là ? » réitéra Roberts en s'avançant un peu plus.

Encore six pas et il nous marche dessus.

Jack s'élança d'un bond. Son épée fendit l'air pour s'arrêter à moins de deux centimètres de la nuque de George.

« - Relevez-vous, » ordonna-t-il froidement.

Ambre et Fred se remirent sur leurs pieds d'un bond. George écarta d'abord la lame qui le menaçait avant d'oser se mettre debout. La jeune fille et les jumeaux sortirent de l'ombre, Jack les poussant de sa lame.

« - Vous ! » faillit s'étrangler Roberts en les reconnaissant.

Ambre s'excusa d'un hochement d'épaules et d'un sourire contrit.

« - Mais que faites-vous là ? rugit-il, furieux.

- Bin… commença Fred. On faisait comme vous.

- Cela m'étonnerait beaucoup, répliqua Jack.

- On se promenait aussi sur la plage.

- 'fin… on cuvait plus notre rhum qu'autre chose, remarqua George.

- Mais je suppose que cela ne vous a pas empêché d'entendre notre conversation, rétorqua Roberts.

- Non, non, on n'a rien entendu. Rien du tout, » murmurèrent-ils de façon très convaincante : Ambre regardait ses pieds avec soudain étonnamment d'attention, tandis que les jumeaux fixaient l'océan avec un air vague. Mais leur manège ne trompa personne.

« - Ne vous moquez pas de nous ! gronda Roberts.

- Jamais on n'oserait, mon capitaine ! se récria George avec un air offusqué.

- Bon ok, on avoue, dit Ambre. On a entendu une partie de la conversation.

- Une partie seulement, insista Fred.

- Ça ne fera qu'une fois de plus… grogna Roberts. Comment faites-vous pour être toujours au mauvais endroit au mauvais moment ?

- Parce qu'on es toujours au bon endroit au bon moment, répliqua Ambre. On apprend toujours des tas de choses intéressantes.

- On ne t'a jamais dit de ne pas te mêler des affaires des grandes personnes ? » se moqua Jack.

Ambre lui lança un regard noir. Un peu trouble peut-être mais l'information était clairement passée. Jack s'apprêta à lui lancer une répliqua cinglante comme quoi on ne devrait pas provoquer un capitaine quand on n'est qu'un simple pirate mais Roberts fit semblant d'éternuer pour attirer leur attention. Ils se tournèrent tous vers lui.

« - Puis-je compter sur votre discrétion ? demanda-t-il aux membres de son équipage.

- Bien sûr ! répondit Ambre, comme si cela allait de soit.

- Bien. Maintenant que cela est réglé, vous allez me faire le plaisir de rentrer chez votre môman.

- Si ça vous gène pas, mon cap'taine, on va aller se poser par là-bas, dit George en indiquant l'autre bout de la plage. On a pas fini de faire la fête…

- … et comme ça, vous saurez où vous pouvez aller pour être loin de nos oreilles indiscrètes, » finit Fred à sa place.

Les jumeaux saluèrent leur capitaine et s'éloignèrent en titubant. Fred prit Ambre par la taille pour ne pas qu'elle s'attarde et qu'elle pose des questions indiscrètes à Roberts.

« - Tu es sûr qu'on peut leur faire confiance ? demanda Jack à son ami, un peu inquiet.

- Oui. Ce sont les pirates en qui j'ai le plus confiance. Je crois même que je leur confierais ma vie en cas de problème, » répondit Roberts.

Ce fut les dernières paroles que Ambre réussit à entendre avant que le ressac ne couvre la conversation des deux capitaines. Elle en fut toute retournée.

Mouhahahaha ! et Wulfran ne pourra rien contre ça !

« - Hips ! » fit-elle en zigzaguant, accrochée au bras de Fred.

Le trio s'installa au pied des falaises, loin des capitaines pour avoir la paix et éviter de se faire engueuler alors que c'était à eux de faire attention. Les vagues rugissaient en s'écrasant avec fracas sur les rochers, loin sur leur droite.

Ambre s'allongea sur le sable et regarda les étoiles. Les jumeaux vinrent s'asseoir à ses côtés.

« - A quoi tu penses ? lui demanda Fred.

- A une chose qui me titille, répondit la jeune fille.

- Laquelle ?

- Roberts et Jack ont parlé d'une lettre que Norrington pouvait offrir aux pirates… c'est quoi exactement ?

- Et bien… commença George. Je ne sais pas franchement mais…

- Je crois qu'il s'agit d'une lettre qui donne l'immunité à celui qui la possède, continua Fred à la place de son frère. En fait, cette lettre est une sorte de contrat : le forban qui la possède a le droit de piller, comme avant, mais avec certaines interdictions. Imaginons que cette lettre soit donnée par le roi d'Angleterre. Les pirates doivent attaquer les navires marchands qu'ils croisent et redonner un pourcentage au roi sur leur butin. Si ces pirates se font arrêter par la marine anglaise, ils montrent cette lettre et peuvent repartir en paix. Mais en échange de ça, ils ont interdiction d'attaquer les navires anglais.

- Du commerce en somme, dit Ambre.

- En gros, c'est ça, répondit George.

- Je vois… »

Les jumeaux s'affalèrent à côté d'elle.

« - J'ai encore un peu de rhum, dit Fred en sortant une bouteille à moitié entamée de la poche de sa veste en cuir.

- Cool ! s'exclamèrent Ambre et George à l'unisson.

- Je savais que ça vous plairait ! » ricana Fred avant de leur faire passer la bouteille, non sans avoir avalé une bonne lampée avant.

Le silence se fit. Ambre et les jumeaux achevèrent le rhum en regardant les astres scintiller au-dessus de leurs têtes, avant de finir pas s'endormir sur la plage, bercés par la mer.

Il fut bientôt temps de reprendre la mer. Cela désespéra Ambre. Wulfran et elle étaient désormais sur le même bateau. Dans tous les sens du terme.

La jeune fille prépara ses affaires. Elle fourra les nouvelles tenues que Doris lui avait confectionnées dans un grand sac en toile, embarqua une boîte de gâteaux à la cannelle, c'est bon pour le moral, dit-on. Elle hésita à prendre en plus une bouteille de rhum dans la réserve mais, premièrement, Doris ne serait sûrement pas d'accord et, deuxièmement, Roberts refusait que ses hommes boivent à bord de l'Ecumeur. Des pirates bourrés qui passent à l'abordage ou qui manœuvrent sont des dangers publics.

Ambre se résigna donc et abandonna l'idée de se bourrer la gueule à bord du navire. Elle descendit dans la cuisine et y posa ses affaires près de la porte puis elle alla chercher son katana qu'elle déposa avec douceur sur son sac. La jeune fille mit ensuite une casserole sur le feu et se fit chauffer de l'eau. Elle mit un peu de thé dans une tasse, tira une chaise et s'y laissa tomber. Les jumeaux en avaient bien encore pour une petite heure alors… un petit thé la ferait patienter.

Mais à peine avait-elle verser l'eau bouillante dans sa tasse que Fred et George descendirent, leur sac négligemment jeté sur l'épaule.

« - Bah qu'est-ce tu fais ? s'étonna George.

- Tu casses la croûte alors qu'on y va ? t'abuserais pas un peu, là ?

- Z'êtes gonflés ! d'habitude, vous mettez trois plombes à vous préparer et moi je me fais chier à vous attendre ! répliqua-t-elle avec hargne. Et là, pour une fois que je vous attend confortablement installée, vous êtes à l'heure ! c'est vous qui abusez !

- Qu'est-ce tu veux, répondit George, t'as la poisse, c'est tout.

- Gnagnagna, »fit-elle en lui tirant la langue.

Les jumeaux ricanèrent bêtement et sortirent, suivis de la jeune fille. Ils se rendirent dans le bâtiment d'en face pour dire au revoir à leur mère.

Enfin débarrassés des adieux larmoyants, Ambre, Fred et George purent gagner leur navire. Et pour une fois, ils n'étaient pas les derniers. Ils descendirent dans le dortoir et reprirent possession de leurs lits. Ambre sortit ses couvertures toutes propres et les jeta sur son lit. Elle posa son sac au pied du poteau auquel étaient attachés son hamac. Elle remontait déjà sur le pont lorsque les jumeaux crièrent après elle :

« - Attend-nous !

- Je suis pas loin ! juste sur le pont ! répliqua-t-elle en grimpa les dernières marches quatre à quatre.

- C'est pas une raison, » grommela Fred en balançant ses couvertures sur son lit.

Ambre surgit sur le pont. Les derniers retardataires grimpaient sur la passerelle avant de filer dans le dortoir pour poser leurs affaires. Nombre d'entre eux avaient une gueule de déterrés et des fentes à la place des yeux.

Eh bin ! y'en a qu'on pas arrêter de faire la fête !

Ambre continua à ricaner sadiquement. Même pas sous cape puisqu'elle était suffisamment crainte pour ne pas risquer de se faire taper dessus par des pirates vexés. Avec un sourire, elle sauta dans les haubans et s'installa sur une vergue. De là, elle voyait tout le port.

Ah merde !

J'l'avais presque oublié celui-là !

Wulfran s'avançait vers l'Ecumeur, un air triomphant sur le visage.

Péteux, va !

Et Grégoire marchait à côté, mort de rire. Il devait sans doute raconter une histoire débile dont il avait le secret.

J'vais taper Roberts !

Il accepte les amis de Wulfran mais les miens, que dalle !

« - Grmmfl ! » grogna-t-elle pour elle-même, soudain d'humeur plus sombre.

Wulfran contempla le navire de son père. Son regard d'acier tiqua sur la jeune personne aux cheveux blancs assise sur une vergue.

Vas-y, tombe, sale gamine !

Ses pieds se firent conquérants quand ils se posèrent sur la passerelle.

Je me répète mais ce mec est vraiment péteux.

Wulfran jeta un regard autour de lui. Il repéra le quartier-maître et se dirigea vers lui.

« - Hem ! se racla-t-il la gorge pour attirer l'attention de Trévor.

- Oui ? fit le quartier-maître en dardant sur Wulfran son unique œil.

- Où peut-on poser nos affaires ? demanda Wulfran en se désignant lui et Grégoire.

- Là où y'a de la place, » grogna Trévor en les précédant dans le dortoir.

Ambre les regarda disparaître.

Loin de mon pieu, c'est tout ce que je demande.

Bien sombre ce dortoir…

Trévor s'avança au milieu de l'enchevêtrement de hamacs et gagna le bout de la pièce. Là, il désigna un emplacement libre.

« - Voilà, dit-il aux deux garçons. Y'a plus de place nul part.

- Ça me va ! s'exclama Grégoire en balançant son sac par terre.

- Moi aussi, commença Wulfran avant de lancer un regard suspicieux au quartier-maître. Qui dort à côté ?

- Heu… fit Trévor en regardant le plafond avec tant d'attention que même son bandeau semblait à la recherche des toiles d'araignée.

- Ne me dites pas que c'est…

- Bah… personne veut dormir à côté d'eux. Ils sont trop chiants.

- Je ne peux quand même pas… gémit Wulfran.

- Taratata ! le coupa Trévor. Pas de favoritisme chez nous. C'est là ou par terre dans l'escalier.

- Mais heuuuuuuu… »

Trévor ne lui laissa pas le temps de râler. Il abandonna les deux garçons et retourna sur le pont. Il avait ses ordres à donner et il n'avait cure des caprices d'un enfant gâté.

Wulfran lança un regard suppliant à Grégoire qui ne put qu'exploser de rire. Le fils de Roberts lui jeta un regard assassin.

« - Allons ! le réprimanda gentiment Grégoire. Ne boude pas pour si peu !

- C'est pas toi qui ne peux supporter cette gamine ! répliqua vertement Wulfran.

- Certes mais… tu n'as qu'à voir là-dedans qu'une épreuve pour te rendre plus fort…

- Plus fort pour quoi ? le coupa-t-il.

- J'en sais rien moi ! c'est pas la phrase à sortir dans ce genre de situation ?

- …

Que puis-je répondre à cela ?

- Ne t'occupe pas d'elle pour le moment. On a d'autres chats à fouetter.

- Mouais, grogna Wulfran, pas convaincu.

- Au pire, si ça peut te faire plaisir, en se débrouillant bien, on peut l'envoyer en première ligne lors du prochain assaut. Elle tiendra pas deux minutes et tu pourras piétiner son cadavre.

- C'est vrai que je me demande comment elle a fait pour survivre aussi longtemps… commenta Wulfran.

- Les jumeaux ont dû la protéger.

- Mouais. Ça doit être ça.

- Mouais. »

Les deux garçons retombèrent dans le silence. Ils rangèrent leurs affaires à côté de celles de leurs voisins, mais pas trop près quand même, puis firent leurs lits en vitesse et remontèrent sur le pont.

« - Tire pas cette tête, dit Grégoire à son ami. T'es sensé être heureux d'être enfin ici ! tu vas pas à un enterrement ! »

Wulfran grogna.

Pourquoi faut-il que mon bonheur soit toujours gâché par une poisse de mer… scrogneugneu !

Le jeune homme jeta un regard circulaire. Son père était sur le gaillard d'arrière, la sale gamine à côté de la figure de proue. Donc pas d'hésitation à avoir. Il grimpa l'escalier menant au poste de pilotage et rejoignit son père.

« - Tes nouveaux quartiers te plaisent ? demanda Roberts à son fils.

- Pour dire vrai, ce sont les voisins qui me dérangent le plus.

- Je m'en serais douté.

- On lève bientôt l'ancre ?

- Dès qu'ils ont fini de ranger les cales pour voir si rien ne manque.

- Ah.

- …

- …

- Et je vais aller dans quel quart ? s'enquit Wulfran.

- Je ne sais pas. C'est à Trévor d'en décider. »

Roberts le délaissa pour s'occuper des derniers préparatifs. Wulfran le regarda faire. Son père était l'autorité même. C'est à peine s'il avait besoin d'élever la voix.

Le jeune homme se fit bousculer par l'imposant second qui, d'un geste, lui signifia de dégager la place. Wulfran obéit sans discuter ni faire de commentaire désobligeant. Il attendrait de s'être suffisamment intégré à l'équipage pour faire des siennes. Il se rendit donc près du bastingage où il s'assit. Grégoire vint faire de même et ils se mirent à discuter joyeusement de tout…

« - … et il s'en est foutu partout ! »

… et de rien.

« - C'est qu'un bon à rien ! »

Finalement, l'Ecumeur fut prêt à prendre le large. Les amarres furent jetées, les voiles déferlées et le navire quitta lentement les eaux verdâtres du port de Tortuga, guidé par la main ferme de son capitaine.

Quand les côtes de la petite île ne furent quasiment plus visibles, les deux garçons entendirent la démarche claudicante du quartier-maître. Ils se tournèrent vers lui et attendirent qu'il commence à parler.

« - J'ai horreur de voir des gens inactifs à bord d'un navire. Et particulièrement à bord de celui-ci, grogna Trévor en les scrutant de son unique œil.

Flippant ce mec…

- C'est pas qu'on veut pas travailler, commença Grégoire, mais c'est qu'on ne sait toujours pas dans quel quart on doit aller…

- J'avais oublié ce détail. Voyons, voyons… on va jouer ça aux dés. »

Trévor sortit de sa poche deux dés. Il les agita dans sa main avant de les lancer sur le pont. Les dés roulèrent avant de stopper leur course folle contre le bastingage.

« - Six, » compta le quartier-maître.

De la figure de proue, Ambre avait suivi la conversation en croisant les doigts. Lorsqu'elle entendit le chiffre, elle se tourna brusquement vers Trévor.

« - Je refuse catégoriquement ! leur cria-t-elle. Relance les dés !

- Pour une fois, je suis d'accord avec elle, ajouta Wulfran. Je refuse d'être dans le même quart qu'elle.

- Ça suffit ! intervint Korp qui s'était approché de sa démarche pesante. On n'a pas que ça à faire que de jouer aux dés. Vous allez là où on vous dit d'aller, que ça vous plaise ou non.

- Mais… protestèrent ensemble Wulfran et Ambre.

- STOP ! tonna Korp d'une voix qui leur fit rentrer la tête dans les épaules. Et je te rappelle que vous êtes limite assez nombreux dans ton quart alors il n'y a pas à discuter, ajouta-t-il en s'adressant à Ambre.

- Ok, ok, » fit Ambre, résignée.

La jeune fille connaissait suffisamment le second pour savoir qu'il valait mieux s'écraser. Si ça n'allait vraiment pas, il le changerait de groupe de quart. En attendant, elle allait l'ignorer. Et elle espérait que Wulfran comprendrait qu'il était inutile de gueuler. La seule chose qu'il risquait d'obtenir, c'était un séjour aux fers pour avoir énervé le second.

Ça ne lui ferait sûrement pas de mal quand même…

Ambre vit Wulfran serrer les mâchoires mais garder le silence. Il gronda un « bien » en baissant ses yeux furieux sur ses bottes de cuir.

Brave petit. Il aura au moins appris quelque chose.

Le quartier-maître désigna à Wulfran et à Grégoire quelques unes des personnes qui appartenaient au groupe de quart numéro six puis, comme il leur avait trouvé une place dans un quart, il vaqua à d'autres occupations. Ambre et Wulfran échangèrent un regard. La jeune fille détourna les yeux et se leva. Elle n'avait aucune envie de lui parler et encore moins de le voir. Elle alla donc rejoindre les jumeaux et Takashi qui s'occupaient de retresser des cordes, de l'autre côté du pont. Elle se saisit d'une corde effilochée et d'une aiguille et entreprit de rentrer les brins de chanvre qui s'échappaient de la tresse. Ce travail n'était guère amusant mais elle n'avait aucune envie de dormir. Son quart ne prenait la suite des événements que dans plusieurs heures mais elle préférait profiter du soleil de cette douce matinée. Et puis les jumeaux étaient d'humeur jouasse et le quatuor ne tarda pas à être mort de rire.

De son côté, Wulfran demanda à Vincent quand est-ce qu'ils prenaient la suite. Voyant que le quart six ne prendrait le relais que dans l'après-midi, il alla se coucher. Il avait encore la gueule de bois de la veille et il voulait être en forme pour son premier travail à bord de l'Ecumeur. Pour faire bonne impression.

Grégoire, quant à lui, commença à faire connaissance avec ses nouveaux collègues. En commençant par le cuistot parce qu'il avait un petit creux.

« - QUART SIX ! » beugla Trévor lorsque l'heure du roulement fut arrivée.

Ambre, Takashi et les jumeaux délaissèrent leur occupation de bon cœur, Grégoire sortit de la cambuse la bouche pleine et Wulfran tomba de son lit. Il grimpa sur le pont en quatrième vitesse. Il ne voulait pas être le dernier. Coup de chance, il n'était pas le seul à s'être endormi.

« - Alors Arthur ! Encore en train de dormir ? ricana Vincent en voyant un jeune homme aux cheveux châtains tout ébouriffés sortir en courant du dortoir, la marque des couvertures encore imprimée sur la joue.

Le dénommé Arthur lui adressa un sourire et vint se mettre à côté de lui.

Le quartier-maître lui jeta un regard de reproche puis distribua leur travail à ses hommes. Les jumeaux, Takashi, Vincent, Arthur, Wulfran, Grégoire et quelques autres s'occupaient d'orienter les voiles. Ambre devait monter en haut du grand mât pour scruter l'horizon. Wulfran la vit pousser un soupir quand Trévor lui dit de grimper là-haut.

Mouhahaha ! elle a le vertige !

Cela fait, le quartier-maître leur ordonna de se presser.

Les pirates se dispersèrent immédiatement et remplacèrent leurs collègues dans les haubans. Les hommes du quart cinq redescendirent sur le pont, fourbus. Ambre se dirigea vers les échelles de corde du grand mât en se faisant toute petite. A chaque fois qu'elle allait là-haut, on lui demandait de prendre sa guitare pour égayer leur traversée. Elle n'avait rien à faire de ses mains alors pourquoi ne pas gratter les cordes de sa guitare ? Mais là, vraiment, elle n'avait guère envie de chanter. La présence de Wulfran sans doute. Elle ne voulait pas qu'il voit le rôle qu'elle tenait dans cet équipage.

Enfin… pas tout de suite…

Mais avec sa poisse habituelle, un des forbans qui venaient de descendre vit que c'était elle qui était charger de repérer les navires marchands à piller.

« - Oh Ambre ! »

Elle rentra la tête dans les épaules.

« - Tu ne crois quand même pas que tu vas monter là-haut sans rien ! » ajouta un autre avec un sourire plein de sous-entendus.

J'espérais.

Wulfran baissa les yeux sur la jeune fille puis sur le pirate qui venait de lui parler. Il ricana sadiquement.

Serait-elle le souffre-douleur de cet équipage ?

Ça serait bien…

« - Allez… fit le pirate avec un regard suppliant.

- D'accord, soupira Ambre. Mais pas pendant quatre heures.

- Je vais te la chercher.

- J'espère bien ! répliqua-t-elle. J'allais quand même pas me déplacer ! »

C'est ça les conversations qu'ils tiennent aux personnes qu'ils martyrisent ?

Y'a un bugg…

La jeune fille s'accrocha aux haubans et commença à monter. Wulfran suivit attentivement des yeux le pirate. Celui-ci descendit dans les ponts inférieurs du navire et en ressortit quelques instants plus tard avec la guitare.

Ma qu'est-ce qué c'é ça ?

Le forban escalada à son tour les échelles de corde et monta jusqu'en haut du grand mât.

« - Tiens, fit-il en lui tendant la guitare.

- Merci, » le remercia Ambre.

Le forban redescendit et s'installa sur le pont. Il se trouva vite une occupation pour ne pas se faire houspiller par le quartier-maître. Il fut bientôt rejoint par plusieurs de ses camarades. Wulfran les regardait, sidéré.

Mais pourquoi ne vont-ils pas dormir ?

Me dites pas qu'elle va jouer ?

Et qu'ils restent pour l'entendre ?

« - Tu nous chantes quoi ? » cria un pirate à l'adresse de Ambre.

La jeune fille haussa les épaules.

Les pirates lui crièrent ce qu'ils voulaient entendre, tous en même temps. Pas un titre de chanson n'était compréhensible. Ambre se mit à rire. Elle accorda son instrument puis se mit à jouer un morceau. Les pirates reconnurent immédiatement l'air et se mirent à siffloter en même temps, tout joyeux. L'introduction finit, Ambre commença à chanter, immédiatement suivie par tous les pirates restés dehors.

Amis buvons, mes chers amis buvons,

Mais n'y perdons jamais la raison.

A force de boire, l'on perd la mémoire !

L'on va titubant le soir à tâtons,

Et l'on court les rues à sauts de moutons !

J'en ai tant bu de ce bon vin novo

Qu'il m'a troublé l'esprit du cerveau !

Avant que je meure, servez-moi sur l'heure

De ce bon vin clair qui brille dans mon verre

Et qui fait chanter tous les amants sur terre !

Amis buvons, mes chers amis buvons,

Mais n'y perdons jamais la raison.

A force de boire, l'on perd la mémoire !

L'on va titubant le soir à tâtons,

Et l'on court les rues à sauts de moutons !

Ah ! si jamais je vais dedans les cieux,

Je m'y battrais avec le bon dieu !

A grands coups de lance, tapant sur les anges,

Je leur ferais voir que c'est mon devoir

De boire du vin du matin au soir !

Amis buvons, mes chers amis buvons,

Mais n'y perdons jamais la raison.

A force de boire, l'on perd la mémoire !

L'on va titubant le soir à tâtons,

Et l'on court les rues à sauts de moutons !

Ah ! si jamais je vais dedans l'Enfer

Je m'y battrais avec Lucifer

A grands coups de sabre, tapant sur les diables,

Je leur ferais voir que c'est mon devoir

De boire du vin du matin au soir !

Amis buvons, mes chers amis buvons,

Mais n'y perdons jamais la raison.

A force de boire, l'on perd la mémoire !

L'on va titubant le soir à tâtons,

Et l'on court les rues à sauts de moutons ! (x2)

Les pirates reprenaient le refrain en cœur et le navire résonnait de toute part de cette chanson d'alcooliques. Grégoire s'était mis à chanter aussi. Wulfran prit une mine renfrognée mais au fond de lui, il trouvait que l'ambiance qui s'était installée était autrement plus sympathique que celle régnant sur le Grand Fourbe.

Mais ça, je ne vais pas le montrer.

Ça ferait trop plaisir à la gamine !

Ambre enchaîna plusieurs chansons, toujours reprises en cœur par les pirates. Et contrairement à ce qu'elle avait dit, elle continua à gratter les cordes de sa guitare et à divertir ses collègues avec ses chansons idiotes. Au bout de la cinquième chanson, Wulfran poussa un soupir et haussa les épaules.

D'accord, d'accord. Elle a peut-être un bon point pour elle.

Mais c'est certainement le seul.

Leur quart prit fin à la tombée de la nuit. Ereintée, Ambre descendit du haut de son mât, alla poser son instrument au pied de son lit et rejoignit les autres dans la cambuse. A son arrivée, Bob lui servit un bol fumant de haricots au lard. Elle prit une cuillère et s'installa entre les jumeaux et Grégoire. Arthur, Vincent et Wulfran étaient assis en face. Ils étaient tous concentrés sur leurs assiettes.

Mais le silence ne pouvait résister longtemps lorsque Fred et George étaient dans la place.

« - Et Arthur ! tu viens d'où exactement ? » demanda Fred à Arthur.

L'interpellé leva la tête de son auge. C'était un petit nouveau. Entre vingt-cinq et trente ans, les cheveux châtains, des yeux marrons-vert dans un visage rond. Il avait été recruté à Long Island après une attaque qui avait été coûteuse en vie humaine et s'était également retrouvé dans le quart de Ambre, celui qui avait le plus souffert. Il s'était tout de suite lié d'amitié avec Vincent mais les jumeaux commençaient tout juste à le connaître. Ils avaient été trop occupés à remonter le moral de leur Ambrichounette préférée.

Arthur regarda Fred dans les yeux avant de répondre.

« - De Bretagne. Et vous deux ?

- De Bretagne ? s'exclama George, les yeux pétillants. Comme le roi Arthur ?

- Heuuu… oui, » dit Arthur, quelque peu inquiet par la réaction un peu exagérée de George. Il jeta un coup d'œil à Fred qui s'amusait avec son quignon de pain dont il venait d'enlever toute la mie. Celui-ci surprit son regard et, comme son pain formait une sorte de bouche, il entreprit de le faire parler.

« - Dis ! Arthur ! le Graal tu t'en iras quérir ! Gn gn gn gn gn. GN! »

Son frère explosa de rire. Ambre les fixa avec une mine atterrée.

Je sens que ça va mal finir.

A ce moment-là, Bob passa autour de la table pour redistribuer du gruau à ceux qui en voulaient encore. Il s'arrêta près de Fred, regarda sur la table le tas de mie de pain malaxé.

« - Qu'est-ce qu'y'a ? demanda Fred en voyant l'expression troublée du cuistot.

- Nan rien. C'est amusant la… la façon dont tu as entortillé ta mie de pain, là. On dirait un bonhomme à cheval. »

Fred et Bob échangèrent un regard puis le cuistot s'en fut finir son tour de table avec sa marmite.

Fred eut un petit sourire avant de se saisir de sa sculpture en mie de pain et de la faire courir sur la table en faisant « tagada tagada tagada » pour imiter un cheval au galop. George entra immédiatement dans son jeu. Il prit le quartier de pomme qu'Ambre s'apprêtait à manger, le tint devant le cavalier de Fred et dit :

« - Sire ! voici l'entrée de la grotte !

- Pied à terre mon fidèle Lancelot, fit Fred. Le Graal est à portée de main.

- Attention ! sire ! derrière vous, le chevalier noir ! » s'écria George en se saisissant d'un œuf dur, le terrible et puissant chevalier noir. Il prit une voix grinçante pour le chevalier noir. « Hé ! hé ! … hin ! hin ! Arthur! Ta dernière heure a sonné!

- Vile félon ! Où as-tu dissimulé le Graal sacré ? répliqua Fred.

- Dans ton cul !

- Tu paierais pour cet affront ! »

Tagada tagada, la mie de pain galopa sur la table et attaqua le misérable œuf dur qui l'avait insulté.

« - Blarm ! fit Fred au moment du choc mortel.

- Aaaaaaaaargl ! gémit son frère dans les affres de l'agonie. Puis, reprenant la voix de Lancelot : Victoire sire !

- Le Graal ! enfin !

- Il est vachement gros ! répondit George en faisant soulever à son quartier de pomme son verre en étain.

- Attention ! il est pas du tout comme je l'imaginais.

- Sire ! écoutez ! les villageois ! ils vous acclament comme des villageois ! » fit George en se saisissant d'une botte de radis figurant les villageois tout heureux pour leur roi. « VIVE ARTHUR ! VIVE LE ROI DE BRETAGNE ! VIVE ARTHUR ! HOURRAAAAAAAAAAAAA ! »

Grégoire était mort de rire devant la prestation des jumeaux, Arthur ne savait plus où se mettre et Ambre et Wulfran secouaient la tête, désespérés devant la bêtise apparemment infinie des jumeaux. Ils espérèrent que Fred et George allaient se calmer mais leurs espoirs furent profondément déçus. Très profondément.

Un quart d'heure plus tard, ils y étaient toujours devant un Grégoire hilare.

« - Au secours ! au secours ! appelez Merlin ! s'écria Fred tragiquement.

- Merlin arrive. Oôôôôôôôôôôôôôôôh. Apparition inexpliquée. Oôôôôôôh ! »

La table s'était transformée en un véritable champ de bataille. Un château fait de pichets d'eau, des bonhommes en œufs durs avec des chapeaux en tomate et des nez en bouts de carottes, un cheval en pain et saucisses. Les jumeaux s'étaient déchaînés.

« - Boules de feu ! boules de feu ! hurla George en tentant d'enflammer des pelures d'orange à l'aide d'une bougie, tout en faisant moult bruitages.

- Attention ! L'ogre des collines ! » poursuivit Fred sur le même ton en faisant sortir de dessous la table un espèce de monstre en pain et saucisson, non sans oublier les grognements terrifiants de la bête. « Grrr ! Disparaissez de mes terres ! Périssez, êtres inférieurs !

- Catapultes ! catapultes ! catapuuuuuuuuuuultes ! tirez !

- Piu ! piu ! piu ! piu ! piu ! » fit Fred en balançant des bouts de pain sur tout le monde.

Ce fut à ce moment précis que Korp décida de faire son entrée. Il en lâcha presque son bol tellement il fut surpris par le spectacle que donnaient Fred et George. Fred déglutit difficilement quand il vit le regard choqué de l'imposant second posé sur lui. Fred reposa le reste des bouts de pain qu'il tenait dans sa main, un peu con.

« - C'est bon, vous pouvez débarrasser, » dit-il dignement en désignant le bordel qui régnait devant lui et son frère.

Il se leva et tenta de gagner la sortie. Il y était presque mais le second reprit ses esprits assez tôt.

« - Tût tût tût ! tu comptes aller où comme ça ?

- Je… je vais digérer. Au grand air. L'atmosphère confinée de cette pièce me donne mal à la tête…

- Je dirais plus que c'est ta tête qui est malade.

- Oula c'était beau ! magnifique ! »

Korp ignora la remarque et poursuivit.

« - Toi et ton frère allez me faire le plaisir de ranger tout le bordel que vous avez foutu.

- Mais heuuuu ! protesta faiblement George.

- Il n'y a pas de mais qui tienne. Et puis Ambre va vous aider.

- C'est hors de question, répliqua la jeune fille.

- Pour une fois, elle a rien fait, la défendit Vincent.

- Peut-être, mais c'est pour toutes les fois où elle a fait l'imbécile. Et si tu n'es pas content, tu peux les aider aussi.

- Non, ça ira, répondit Vincent.

- Ce n'était pas une suggestion. Et Arthur t'aidera aussi. De même que le gugusse qui rigole comme un benêt.

- Mais pourquoi moi ? se récria Grégoire, son envie de rire passée d'un coup.

- Encore un mot de n'importe lequel d'entre vous et je le met aux fers. C'est compris ? » beugla Korp.

Ceux qui venaient de se retrouver de corvée de nettoyage hochèrent la tête d'un geste raide en grognant, mécontents. Satisfait, Korp prit une cuillère et alla s'installer à table pour pouvoir manger. Beaucoup de pirates se levèrent. Ils ne voulaient pas risquer d'agacer le second. Wulfran en fit partie.

« - J'vais me coucher, glissa-t-il à Grégoire avant de gagner les dortoirs.

- Tu pourrais m'aider ! protesta Grégoire.

- C'est pas que l'envie m'en manque mais… si. L'envie m'en manque. Et puis tu es en si charmante compagnie, lui susurra-t-il à l'oreille.

- C'est ça, casse-toi, » grogna Grégoire.

Wulfran ricana et s'en fut. Arrivé dans le dortoir, il gagna son lit, se déshabilla en vitesse et se glissa sous ses couvertures. Bercé par le choc des vagues contre la coque, il s'endormit rapidement.

De leur côté, dans la cambuse, les condamnés au ménage entamaient une bataille de balais qui dégénéra en partie de hoquet. Korp leva les yeux au ciel et menaça de les envoyer à fond de cale si c'était pas nickel quand il repasserait. Les jumeaux lui dirent que tout serait propre mais que, quant à être de corvée, autant s'amuser un peu avant. Le second les fixa un long moment, se demandant certainement s'il ne pouvait pas les passer à la planche sans autre forme de procès. Puis il poussa un profond soupir avant de quitter la cambuse.

Quand ils se furent bien défoulés, ils se mirent sérieusement au travail, mais sans oublier les conversations très philosophiques.

« - Et t'as une copine ? demanda Grégoire à Arthur.

Surtout ne vous gênez pas pour moi.

- Tu sais moi, répondit Arthur, j'ai plus de chance de faire tomber les filles en les poussant qu'en les séduisant… »

Ou bien…

« - Grégoire ? fit George en se reposant sur son balai, pour toi, quelle est la chose la plus fidèle au monde ?

- Mon chat pourquoi ? répondit l'interpellé en s'asseyant sur un banc.

- Nan rien. Mais avec ça, tu ne peux pas avoir l'amour, la passion et le sexe que pourrait t'apporter une femme. T'es au courant de ça ?

Pourquoi suis-je obligée de supporter ça ?

- Bah si mais… la zoophilie, c'est fait pour ça…

- Ouais mais bon. Au yeux de tes amis et même de ta famille, ça fait un peu tache…

- Peut-être mais personne est au courant.

- Et nous, on compte pour du beurre ? se moqua Ambre, ce qui déclencha l'hilarité générale.

- Bon ok. Vous voulez combien pour votre silence ? fit Grégoire.

- T'aurais pas un deuxième chat ? » répondit Fred, avec un grand sourire.

Quand enfin la cambuse fut propre, ils étaient tous fourbus. Ils s'affalèrent sur les bancs autour de la longue table et continuèrent à papoter encore un moment. Les vétérans expliquèrent aux petits nouveaux tout ce qu'il ne fallait pas faire, les petits travers du quartier-maître et du second, comment les prendre dans le sens du poil pour éviter de se retrouver aux fers, enfin tout ce qu'il fallait pour vivre le mieux possible à bord de l'Ecumeur. Ils se racontèrent également leurs petites aventures, les bêtises qu'ils avaient faites, ce qu'ils avaient fait avant d'arriver sur l'Ecumeur… une conversation parfaite pour faire parfaitement connaissance et se lier d'amitié.

Ce fut seulement lorsque le quart suivant entra dans la cambuse pour manger qu'ils allèrent se coucher. Ils entrèrent en silence dans le dortoir pour ne pas réveiller leurs camarades. Vincent et Arthur allèrent dans leur coin, Ambre, Grégoire et les jumeaux dans le leur. La jeune fille était tellement épuisée qu'elle gagna son lit au radar. Elle retira son pantalon et sa chemise qu'elle jeta en tas derrière elle, là où elle avait l'habitude de les mettre. Mais c'était sans compter sur Wulfran qui avait installé son hamac là. Il reçut donc les vêtements sur la tête.

GNAAAAA !

Il fit un bond dans son lit et se débarrassa de ce qui le recouvrait. Quand il découvrit ce dont il s'agissait, il s'appuya sur un coude et se tourna vers la jeune fille, furieux.

Mais elle me cherche !

Il se retint néanmoins de la frapper ou de lui chercher querelle quand il vit la tenue dans laquelle elle se trouvait. Après avoir balancé ses habits sur le pauvre Wulfran, il ne lui restait plus grand chose sur le dos. Juste une culotte.

Pas mal… dommage que ça soit si mal éclairé dans cette piaule…

Pour la remercie du spectacle, je ne la tuerais que demain.

Quant à elle, Ambre n'avait absolument rien remarqué. Elle avait déjà les yeux fermés. Elle enfila rapidement une longue chemise qui lui arrivait aux genoux, chemise qu'elle avait piquée à George, puis se glissa dans son lit. Elle rejeta ses cheveux en dehors de son hamac pour éviter de s'étouffer avec et s'endormit aussitôt.

Quelques mèches de cheveux blancs vinrent chatouiller le nez de Wulfran. Celui-ci était désormais totalement réveillé. Il la regarda quelques instants. Endormie, elle avait un visage parfaitement détendu. Un bras dépassait de ses couvertures qu'elle avait rejetées jusqu'à la taille pour ne pas avoir trop chaud, sa poitrine se soulevait doucement au rythme de sa respiration, ses cheveux voletaient légèrement, emportés par les oscillations de son hamac.

Wulfran se relaissa tomber dans son lit et regarda résolument le plafond.

Ça me fait mal de l'avouer mais elle est belle.

Il rejeta ses couvertures. Il avait soudain trop chaud.

Je me demande comment elle a fait pour rester vivante avec tous les mecs qu'il y a sur ce rafiot…

Il repéra un dessin étrange dans le grain du bois. Il soupira.

J'espère pour elle qu'elle est supportable également quand elle ne dort pas…

Il est vraiment étrange ce dessin.

Ses pensées s'embrouillèrent et il finit par s'endormir comme une masse, malgré la présence de la jeune fille à côté de lui.

« - Allez ! Debout ! »

De bon matin, un Trévor qui hurle, c'est un réveil violent.

Ambre sursauta dans son lit, manquant de choir de son hamac, comme la moitié des pirates encore endormis.

« - Vous prenez le relais dans vingt minutes. Alors activez-vous ! »

Le quartier-maître remonta les escaliers en boitant.

« - Gnnnnnnnn ! » fit Ambre en s'étirant de tout son long dans son hamac. Elle se retourna, prête à se rendormir quand une vision d'horreur l'assaillit.

Elle en tomba de son lit avec un grand boum.

A moins de cinquante centimètres de son lit se trouvait celui de Wulfran, avec celui-ci dedans. Il était couché sur le ventre, un bras pendant hors de son hamac, la tête appuyée sur son autre avant-bras. Le bruit que fit Ambre en tombant lui fit ouvrir les paupières. Ses yeux gris acier se posèrent immédiatement sur la jeune fille assise par terre.

« - Tu laves déjà le sol ? railla-t-il d'une voix encore endormie.

- Qu'est-ce que tu fous là ? attaqua Ambre.

- On est sur le même bateau. Tu te rappelles ?

- Pourquoi tu dors à côté de moi ? gronda-t-elle.

- Ce n'est pas un plaisir. Il paraît juste qu'il n'y avait plus de place nul part. »

Ambre grogna en se remettant debout.

Pourquoi ai-je une poisse pareille ?

Je suis maudite, c'est pas possible autrement.

Ou j'me suis payée une vieille fée acariâtre à ma naissance comme marraine.

Où sont mes fringues ?

Ses yeux de miel fouillèrent ses environs immédiats pour finalement découvrir son pantalon et sa chemise aux pieds de Wulfran. Elle les récupéra vivement en jetant un regard noir au fils de Roberts.

« - J'te les ai pas volé, se défendit-il. C'est toi qui me les as balancés dessus hier soir ! »

Ambre ouvrit de grands yeux étonnés.

J'ai fait ça ? moi ?

Quelle conne je suis !

« - Je m'excuse, dit-elle froidement. A l'avenir, ça ne se reproduira plus.

- Tu m'en vois ravi, répliqua Wulfran tout aussi froidement.

- Vous avez fini avec les échanges de politesse ? les coupa Fred.

- Oui, » répondit Ambre d'une voix réfrigérante.

Sale gamine !

Ambre tourna le dos à Wulfran. Elle enfila son pantalon puis retira sa chemise de nuit. Quitte à voir quelque chose, il ne verrait que son dos. Ce n'était pas qu'elle était pudique mais à force de vivre au milieu de tous ces hommes sans intimité, elle était vaccinée. Mais lui, ce n'était pas pareil. Elle n'allait pas non plus se mettre nue devant lui. Elle avait sa fierté.

« - KYAAA ! grinça Wulfran, les yeux ronds.

- Quoi encore ? fit Ambre en enfilant sa chemise avec des gestes brusques, profondément agacée par la présence de ce type derrière elle.

On peut même plus s'habiller tranquille !

- C'est… c'est… bégaya Wulfran.

- Nan mais remets-toi, coupa Ambre. On va croire que tu es puceau…

- C'est toi le serpent-dragon ! » s'étrangla-t-il.

Ah merde ! j'avais oublié ce détail…

- Hein ? ah oui, c'est moi. Pourquoi, ça t'étonne ? ricana-t-elle.

- Oui, répliqua-t-il sèchement. Je doute vraiment que tu ais pu accomplir les prouesses que les gens racontent.

- Ce sont les rumeurs. Ça enjolive toujours les choses mais… il y a toujours une part de vérité… chuchota-t-elle en se penchant vers lui. Puis elle se redressa d'un coup et ajouta : sur ce, salut. »

La jeune fille lui adressa un geste sec de la main, dépourvu de toute sympathie. Puis elle se désintéressa de lui et quitta le dortoir.

Wulfran la regarda partir. Ce fut seulement quand il entendit ses pas dans la cambuse, sur le pont supérieur, qu'il sortit du lit.

Quand Wulfran arriva à son tour dans la cambuse, Ambre avait déjà fini et était sortie sur le pont. Il avala son petit-déjeuner en vitesse et sortit au grand air. Il alla avec les autres pirates de son quart et attendit que le quartier-maître leur dise ce qu'ils devaient faire.

Il se retrouva avec Ambre, Vincent et Arthur à effectuer une tâche ingrate pour laquelle ils devaient s'entraider. Il poussa un soupir de profonde lassitude.

Dans le genre pénible, on fait pas mieux.

J'ai plus qu'à espérer que je vais m'habituer.

J'ai quand même une de ces poisses ?

Vilà !

Alors ? vous en avez pensé quoi ?

N'hésitez pas à laisser votre avis et d'ailleurs vous allez le faire : ça me donnera une idée de qui qui suit cette histoire. Pour savoir parce que je suis une grande curieuse…

Ça vous prendra cinq minutes : vous cliquez sur le bouton en bas à gauche où c'est marqué « submit rewiew » et vous laissez un commentaire. Simple non ?

Je vous laisse, je fatigue. C'est pas que je voulais finir ce chapitre avant la rentrée mais presque !

Un dernier truc avant de partir : les chapitres suivants paraîtront à intervalles plus longs vu que c'est bientôt la rentrée et que je suis toujours en prépa (comme le savent déjà ceux qui se sont donné la peine de lire ma bio…)

Bazouxxxxxxxxxxxxx

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