Eh oui ! eh oui !

Sous les vivats de la foule en délire, j'apparais en courant, tenant à bout de bras le chapitre 26…

Vous n'y croyez pas hein ? je dois dire que moi aussi, j'ai dû mal à y croire. Un nouveau chapitre en moins d'une semaine. Je sais que je savais quoi mettre dedans, que je risquais la mort si je ne le pondais pas rapidement mais bon. Je me suis surprise moi-même !

Et en plus, j'ai redoublé dans le sadisme ! mouhahaha ! je suis trop méchante !

En passant, je dédicace ce chapitre à Dark Safia, super héroïne à ses heures perdues (très rares, ce qui explique l'état de la planète ), avec qui j'ai trouvé l'idée de la fin de ce chapitre. Idée qui a failli causé notre mort par accident de voiture sur une route toute droite et plate tellement on rigolait.

Comment ça je me répète ? je l'ai dit en fin de chapitre précédent ? ah. °perd la boule°

J'espère que ce chapitre vous fera autant rire que nous, sinon bah tant pis. J'me rattraperais une autre fois.

Chapitre 26 :

Rhum et réveil difficile

Un sourire victorieux naquit sur les lèvres fines du ténébreux jeune homme, à peine fut-il sorti de chez monsieur Labeillye. Il s'en était tiré à bon compte.

Wulfran rejeta une mèche de cheveux sombres qui se balançait devant ses yeux de métal et descendit les quelques marches du perron d'un pas guilleret. Une voix de femme l'interpella soudain. Cette voix lui était vaguement familière mais il n'aurait pu mettre une tête dessus. Il se retourna néanmoins gracieusement et offrit son plus charmant sourire à la personne qui arrivait vers lui au pas de course.

C'était la domestique qui l'avait introduit peu de temps auparavant auprès de monsieur Labeillye.

« - Qu'y a-t-il ? demanda-t-il, charmeur, ayant décidé d'être aimable pour une fois.

- Excusez-moi mais… mademoiselle Ambre m'a chargée de vous dire ceci.

Mademoiselle Ambre ?!

- Je vous écoute, dit Wulfran, soudain d'humeur plus sombre.

- Elle m'a dit de vous féliciter.

- Me féliciter ? s'étonna le jeune homme, méfiant.

- Oui. Pour porter le chapeau et pour vous l'être enfoncé sur le crâne. Elle m'a dit que vous comprendriez… »

Wulfran ne répondit rien. Il se demanda ce que Ambre voulait bien dire par là. Il n'allait pas se faire enguirlander par son père : il avait fait de beaux bénéfices, même s'il n'avait pas réussi à tout vendre aux prix qu'il voulait. Elle voulait peut-être lui faire peur, le faire douter. Peut-être que son père…

Mais non. Il aurait juste droit à un sermon, pour avoir piqué la place de la jeune fille. Mais après cela… il obtiendrait peut-être le droit d'aller négocier leurs butins, pour remplacer cette pimbêche aux cheveux blancs. Et Roberts aurait une raison de moins de la garder avec lui.

Mouhahaha ! je suis diabolique !

Il était vrai que ce qu'il avait fait ne ferait certainement pas plaisir à son père mais après tout, que vaut une engueulade lorsqu'on a la chance de peut-être se débarrasser de sa pire ennemie ?

Wulfran haussa les épaules.

« - Merci d'avoir transmis le message, dit-il froidement.

- C'est un honneur de faire passer les messages de mademoiselle Ambre… »

La domestique le salua et repartit vers sa cuisine, heureuse de son petit effet. Le fils de Roberts était vert de rage rien qu'à l'entendre dire du bien d'Ambre. C'était sa manière de venger un peu la jeune fille pirate des manières brutales de cet arrogant Wulfran.

Le fils de Roberts regarda la servante disparaître par une porte de service.

« - Mademoiselle Ambre, grogna-t-il avec hargne. Qu'est-ce qui faut pas entendre ! »

Il descendit la dernière marche qui le séparait du chemin de gravier traversant le jardin bien entretenu des Labeillye. Les cailloux crissèrent sous ses pas furieux et plaignirent leurs camarades les grains de sable recouvrant le sentier menant à la ville. Wulfran traversa Tortuga rapidement, les sourcils froncés dans une expression peu avenante qui lui valut le recul immédiat des passants. Il déboucha ensuite sur le port et repéra rapidement l'Ecumeur, fièrement dressé au-dessus des quais. Les pirates avaient déjà commencé à décharger le navire et s'activaient sur le pont et dans les cales.

Wulfran ralentit l'allure. Comment expliquer à son père qu'il avait pris la place d'Ambre ? qu'il l'avait joliment expulsée de chez monsieur Labeillye ?

Ça, je peux le passer sous silence.

Wulfran s'arrêta, pensif, avant de repartir d'un pas décidé vers le navire de son père.

J'aviserais.

Il gravit la passerelle de sa démarche de félin, traversa le pont vers la poupe et arriva devant la porte de la cabine de son paternel. Il prit une profonde inspiration et toqua deux coups secs sur le battant. Il entra, à peine la réponse de son père lui fut-elle parvenue.

Roberts regarda son fils d'un air surpris.

« - Qu'est-ce qui y'a ? demanda Wulfran devant l'expression de son père.

- Je ne m'attendais pas à te voir, répondit franchement le capitaine de l'Ecumeur.

- Je suis un fils plein de surprise.

- Et que me vaut cette surprise ? »

Wulfran se dirigea droit vers son père. Il sortit le livre de comptes d'une poche de son ample veste de cuir et le tendit à son père. Celui-ci le prit, perdu. Il leva les yeux vers son fils.

« - Comment…

- J'ai dû prendre en charge les affaires, répondit son fils avant qu'il ait eu le temps de poser la question.

- Il est arrivé quelque chose à Ambre ? » s'alarma immédiatement Roberts, livide.

Wulfran ne put réprimer une grimace écœurée devant l'inquiétude de son père pour la jeune fille.

« - Non. Enfin, je ne crois pas. Quand elle est partie de chez Labeillye, elle allait bien. A part son pied boiteux bien sûr.

- Elle y est allée ? mais pourquoi est-ce toi qui… »

Roberts ne finit pas sa phrase. Il fixa son fils droit dans les yeux, les sourcils froncés. Wulfran détourna le regard.

« - Qu'est-ce que t'as encore fait ? gronda Roberts.

- Je te l'ai dit. J'ai pris les choses en main."

Roberts le regarda durement et se recula de deux pas, le livre de comptes serré dans une main. Finalement, il ouvrit le livre d'un geste brusque. Il chercha la dernière page et la parcourut du regard. Son fils déglutit, attendant le verdict. Celui-ci tomba lourdement après de longues secondes.

« - Ça aurait pu être pire. Tu t'en es pas trop mal tiré. »

Wulfran soupira de soulagement. Roberts le foudroya néanmoins du regard.

« - Mais ne va pas croire que tu vas t'en tirer comme ça. Ce que tu as obtenu, c'est ce que j'aurais fait en temps normal. Si je laisse Ambre s'occuper de nos affaires, c'est parce qu'elle le fait mieux que moi. Et donc mieux que toi. Que cela te plaise ou non.

- Mais… tenta de protester Wulfran.

- Tais-toi ! rugit Roberts. J'en ai assez de vos entourloupes, de vos attaques intestines ! il est grand temps que ça cesse ! »

Furieux, Roberts traversa sa cabine à grand pas et ouvrit la porte à la volée.

« - KORP ! beugla-t-il.

- Oui, mon capitaine ? fit le second en arrivant immédiatement.

- Va me chercher Ambre, ordonna Roberts.

- Mais… je ne sais pas où elle est… commença Korp.

- Elle doit être chez Doris. Et si elle n'y est pas, fouille toutes les auberges de Tortuga, mais ramène-la moi sur l'heure. C'est clair ?

- Oui cap'taine. »

L'imposant second ne tenta pas de protester. Le ton de son capitaine l'en dissuada. Korp tourna les talons et appela deux pirates occupés à traîner une lourde caisse de bois.

« - Venez m'aider, ordonna-t-il. Il faut trouver Ambre. »

Accompagné des deux forbans, Korp descendit de l'Ecumeur et disparut dans les ruelles sombres de la ville de Tortuga. Quand il fut parti, Roberts rentra dans sa cabine et referma la porte avec force. Wulfran n'avait pas bougé. Il n'avait jamais vu son père dans un tel état de fureur. Sauf une fois, lorsqu'il avait cherché querelle aux jumeaux, il y avait bien longtemps de ça.

Roberts gagna son bureau et s'assit dans son fauteuil. Il repoussa ses affaires sur un coin de la table et posa ses pieds de l'autre côté, toujours en proie à une immense colère. Il fixa son fils avec intensité, son courroux mal contenu flamboyant dans ses yeux sombres. Wulfran détourna le regard et regarda par la grande baie vitrée, attendant avec impatience l'arrivée de la jeune fille pour mettre fin à cette atmosphère trop tendue et brûlante.

Il ne fallut guère de temps à Korp pour retrouver Ambre. Elle était paisiblement installée autour de la table de la cuisine de Doris, avec Takashi, les jumeaux et la mère de ceux-ci. Ils dégustaient leur chocolat chaud, accompagné de quelques gâteaux à la cannelle que Doris leur avait concoctés.

« - Qu'est-ce qu'il y a ? demanda Ambre en reposant son bol de liquide fumant.

- Roberts te demande, répondit le second.

- J'arrive.

- On t'attend là, dit Fred.

- Ok. »

Ambre repoussa sa chaise et se leva. Elle prit sa veste de cuir et s'apprêtait à suivre Korp lorsque Doris la rappela.

« - Oui ? fit Ambre en se retournant.

- Tu as des… dit Doris en montrant les lèvres de la jeune fille.

- Oh ! »

Ambre essuya ses moustaches de chocolat d'un revers de main, sourit à ses amis et sortit.

Korp, Ambre et les deux autres pirates rejoignirent l'Ecumeur quelques dix minutes plus tard. Durant tout ce temps, Wulfran avait cru mourir sous le regard brûlant de colère de son père. Il avait tenté de ne rien laisser paraître mais savait que son père n'était pas dupe. Roberts voyait en lui bien plus que ce que Wulfran aurait souhaité.

Soudain retentirent des coups secs frappés à la porte.

« - Entrez ! » rugit Roberts, toujours énervé.

Ambre fit tourner la poignée et passa la tête dans l'encadrement de la porte. Wulfran eut la furieuse envie de claquer cette damnée porte sur le cou de la demoiselle.

« - Vous m'avez fait appelée ? demanda-t-elle.

- Cela t'étonne-t-il ? » répliqua Roberts.

Ouh la ! il est d'une humeur de chien !

Ambre prit une inspiration hachée. Elle ouvrit la porte en grand, entra et referma soigneusement le battant de chêne. Elle s'avança ensuite de quelques pas pour se mettre à la même hauteur que Wulfran. Elle garda néanmoins ses distances.

Le capitaine de l'Ecumeur les dévisagea tour à tour, sans dire un mot. Ambre sentit ses entrailles se nouer.

Qu'est-ce que Wulfran a bien pu encore lui raconter ?

« - Alors ? que s'est-il passé ? demanda sèchement Roberts.

- Il ne vous a rien dit ? fit Ambre an désignant Wulfran d'un geste de la main.

- Que ce qu'il voulait bien. Je voudrais maintenant la version complète.

- Eh bien… commença Ambre.

- Je suis arrivé et je l'ai foutu dehors, l'interrompit Wulfran. Elle faisait n'importe quoi.

- C'est ce que tu crois ! rétorqua la jeune fille. Je ne…

- Ne commencez pas ! » hurla Roberts, hors de lui.

Ambre et Wulfran rentrèrent la tête dans les épaules pour affronter la tempête incarnée dans la personne de leur capitaine.

« - J'avais commencé à négocier… c'est marqué dans le cahier, poursuivit Ambre craintivement. J'ai vendu les toiles, les épices…

- Je sais ce que tu as vendu, beugla Roberts. Je l'ai lu. Que s'est-il passé exactement ?

- Il est arrivé, répondit Ambre en pointant Wulfran d'un doigt accusateur. Il s'est confortablement installé et a commencé à faire des siennes.

- J'ai dit avec exactitude. Ça sous-entendait avec impartialité, la coupa Roberts.

- Ça a dégénéré quand on est passé aux objets de valeurs. J'ai voulu essayé une nouvelle tactique et c'est là que Wulfran m'a interrompue.

- Elle demandait une somme folle pour les chandeliers… il fallait bien que je fasse quelque chose, rugit Wulfran en faisant un pas en avant.

- Laisse-la finir, trancha son père d'un ton sec.

- Il m'a contredis sur le prix que je demandais. Labeillye en a profité pour proposer un prix bien insuffisant que j'aurais eu du mal à augmenter convenablement. J'ai essayé mais il s'en est encore mêlé…

- Combien voulais-tu réellement en tiré ? demanda Roberts à la jeune fille.

- Trente doublons pièce. J'aurais pu descendre à vingt-neuf mais pas moins. »

Roberts feuilleta le cahier. Le prix était fixé à vingt-sept doublons. C'était un prix correct mais il n'aurait pas craché sur un petit surplus. Il releva les yeux et les dévisagea tour à tour. Chacun des deux jeunes gens regardait dans la direction opposée, les bras croisés dans une attitude contrariée. Le capitaine soupira.

« - Et comment se fait-il que ces chandeliers soient vendus à vingt-sept doublons ?

- Il m'a coupé la parole en proposant ce prix-là, que le PGCD a tout de suite accepté, grogna Ambre.

- Le PGCD ? s'étonna Roberts.

- Oubliez ça, fit Ambre, gênée.

- C'est un petit surnom affectif que tu te plais à lui donner ? se moqua Wulfran. C'est vrai qu'il est charmant…

- C'est pour Petit Gros Con et Débile. Ça te va ? rétorqua Ambre, furieuse.

- C'est pas très gentil pour lui… dit Roberts, soudain radouci. Mais j'admet que ça lui va comme un gant… continue, ordonna-t-il après une seconde de silence.

- Wulfran avait déjà pris le cahier. Je pouvais pas le lui arracher des mains et revenir sur ce qu'il avait dit, même si ce n'était pas l'envie qui m'en manquait !

- Et ensuite ?

- Il m'a fait le même coup avec les couverts. Dix-sept doublons, si je ne me trompe.

- C'est ça, répondit Roberts en vérifiant dans le livre de comptes.

- Je me suis énervée. Mais il n'allait quand même pas m'écouter…

- De l'impartialité, s'il te plait.

- M'en demandez pas trop, » répliqua sèchement Ambre, exaspérée d'être là à s'expliquer alors qu'elle n'y était pour rien.

Roberts lui jeta un regard noir qui lui fit regretter ses paroles.

« - J'ai essayé de reprendre les choses en main mais il m'a ignorée, comme toujours. Il m'a refait le même coup encore une fois jusqu'à ce que je sorte de mes gonds.

- C'était d'un terrifiant… cracha Wulfran, moqueur.

- Encore une remarque de ce genre et je te fous aux cales pendant toute la durée de notre séjour à Tortuga ! cria Roberts, de nouveau hors de lui. Continue ! dit-il à Ambre, le visage contracté dans un accès de colère.

- On s'est fritté, j'ai alors proposé de remettre les négociations à plus tard, quand je me serais débarrassé de lui. Mais Labeillye s'est mis de la partie. Certainement que négocier avec Wulfran le tentait mieux…

- Qui voudrait rester plus de dix minutes en ta compagnie ? grinça Wulfran, méprisant.

- Moi ! » répliqua Roberts.

Wulfran ne répondit rien mais Ambre put sentir sa fureur monter d'un cran.

« - En voyant que Labeillye prenait son parti, poursuivit Ambre, il s'est empressé de me foutre dehors pour être tranquille. Au sens propre.

- Et tu n'as rien fait ? s'étonna Roberts.

- Que vouliez-vous que je fasse ? que je l'étripe ? que je retourne de force dans la baraque en boitant, tout ça pour me refaire jeter dehors ?

- Tu aurais pu revenir me prévenir.

- Je me suis dit qu'il se ferait un plaisir de le faire, fier comme le jeune con qu'il est !

- Je ne te permet pas ! explosa Wulfran en jetant un regard furibond à la jeune fille.

- Je ne fais qu'être impartiale !

- Assez ! ordonna Roberts, épuisé par ces deux-là. J'en ai vraiment marre de vous, vous savez.

- C'est de sa faute ! » firent Ambre et Wulfran simultanément en se désignant l'un l'autre.

Un regard de leur capitaine les fit taire.

Roberts soupira profondément. Il se redressa sur son fauteuil et se cala un peu mieux contre le dossier et les contempla avec un air de profonde lassitude doublé de fureur. Ambre et Wulfran n'osaient plus rien dire, piteux et honteux.

« - Pour moi, vous êtes tous les deux coupables. Tant que vous ne vous entendrez pas mieux, je n'admettrais plus aucune incartade. Qu'importe que vous soyez mon fils ou bien la petite protégée du navire. Je vous débarquerais sans hésiter s'il y a encore le moindre problème.

- Mais… protesta Ambre.

- Ne va pas me dire que tu n'y es pour rien ! si ce n'était pas toi qui négociait, Wulfran ne serait jamais allé là-bas. Maintenant sortez d'ici, je vous ai assez vu. »

Ambre et Wulfran ne demandèrent pas leur reste et mirent les voiles loin du courroux de leur capitaine. Arrivés sur le pont, ils se firent accoster par le second.

« - Alors ? qu'est-ce qu'il vous voulait ?

- Nous passer un savon, répondit Ambre.

- Pour quelle raison ? s'informa l'imposant bonhomme.

- Demande-le lui ! répliqua Wulfran. Il se fera certainement une joie de te répondre ! »

Il jeta un regard furieux et méprisant à la jeune fille qui n'en eut cure, avant de quitter le pont de l'Ecumeur à grandes enjambées furibondes. Ambre le regarda partir sans regret.

« - Alors ? insista Korp.

- Il a raison. Demande directement à Roberts. Moi, je suis trop écœurée. »

Disant cela, elle lui adressa un pâle sourire d'excuse et tourna les talons. A son tour, elle disparut dans les ruelles encombrées de Tortuga.

Ambre arriva quelques dix minutes plus tard devant la petite maison de Doris. Sa cheville lui faisait souffrir le martyr mais ce n'était rien par rapport aux propos de son capitaine qui lui meurtrissaient encore l'âme. Elle traversa la petite place sans s'en y prêter la moindre attention. Rien , ni les dernières fleurs de la saison qui ouvraient leurs corolles autour desquelles quelques abeilles bourdonnaient frénétiquement, ni l'eau qui coulait en cascade entre les montagnes de mousse qui recouvraient la petite fontaine ne parvinrent à l'éloigner de ses sombres pensées concernant un certain jeune homme aux yeux de métal.

La jeune fille pénétra dans la petite demeure sans frapper. Les jumeaux et Takashi n'avaient pas bougé. Ils étaient toujours attablés dans la cuisine, en train de rire à une plaisanterie certainement douteuse d'un des deux frères. Ils s'inquiétèrent néanmoins sur le champ lorsqu'ils découvrirent le visage sombre de leur amie.

« - Qu'est-ce qui s'est passé ? demanda George.

- C'est Wulfran. A cause de ses conneries, je me suis fait engueulée par Roberts.

- Il abuse ! fit Fred, contrarié qu'on puisse accuser la jeune fille à tort.

- Il nous a prévenus, poursuivit Ambre. Encore un coup comme ça et il nous débarque sur la première île venue.

- Il n'était pas sérieux…

- Je crains bien que si. Je ne l'ai jamais vu dans une fureur pareille.

- Ne t'en fais pas. Roberts ne pourra pas se débarrasser de toi sans perdre la moitié de son équipage, la consola Fred.

- Ce qui n'est pas le cas de Wulfran… compléta George.

- On va boire un coup pour oublier cette mésaventure ? proposa Takashi.

- Bonne idée, répondit Ambre sombrement. Allons noyer mes soucis dans des litres de rhum…

- Que de bonne humeur ! » se moqua gentiment Fred.

Les trois garçons se levèrent et tous allèrent chercher leurs affaires. En quelques instants, ils furent prêts : une bourse de cuir, contenant une partie de leur solde, cachée dans les replis de leurs chemise et l'épée au côté, histoire de décourager les voleurs et les truands. George alla prévenir leur mère qu'ils sortaient et qu'ils risquaient de rentrer bien amochés et donc qu'il n'était pas nécessaire qu'elle les attende.

A chaque fois qu'ils rentraient à Tortuga, les jumeaux disaient ça à leur mère. Mais ils savaient que cela ne servaient à rien. Elle ne s'endormait qu'une fois qu'ils étaient bel et bien rentrés.

« - Bonne soirée, leur dit Doris alors qu'ils franchissaient le seuil.

- Merci môman ! répondit George.

- Et ne nous attend pas ! » ajouta Fred encore une fois.

Les quatre camarades traversèrent la petite place et bifurquèrent dans la première ruelle sur leur droite. Ambre marchait tranquillement entre Takashi et George, écoutant d'une oreille distraite les plaisanteries qu'ils échangeaient. Elle se rendait compte que ses machinations pour faire partir Wulfran risquaient de se retourner contre elle. Si elle voulait rester sur l'Ecumeur, elle allait devoir arrêter, au moins pour un temps, ses attaques contre le fils de Roberts.

Il fallait que ça soit lui qui commette une faute. Ainsi, ce serait lui qui serait jeté par son père.

« - Hé ! hé ! ricana Ambre, sans aucune raison apparente.

- Pourquoi tu rigoles ? demanda Takashi.

- Oh pour rien…

- Ben tiens !

- Tu penses à un mauvais coup à faire à ton cher et tendre Wulfran ? la taquina George.

- Nan. Même pas. Je ne ferais rien.

- Tu vas y arriver ?

- Moi, oui. Mais pas lui. Et si Roberts met sa menace à exécution, on sera enfin tranquille… dit Ambre, un sourire diabolique éclairant son visage fin.

- J'aime quand elle est comme ça, fit Fred à son frère.

- Moi, elle me ferait plutôt peur… avança Takashi.

- T'as de la chance, dit Ambre en riant, ce n'est pas après toi que j'en ai. »

Ils se mirent à rire joyeusement et continuèrent ainsi leur périple à la recherche d'une taverne. Le quatuor arriva enfin devant une enseigne à la peinture écaillée qui représentait le pavillon pirate Jolly Roger, l'étendard de Barbenoire.

« - On va là ? demanda George à ses collègues.

- On commence par là, » rectifia Ambre.

Les garçons rigolèrent et ils pénétrèrent dans la taverne. C'était une petite pièce rectangulaire, basse de plafond, simplement éclairée par de petites fenêtres rondes et trois lustres alignés sur le plafond noirâtre. L'atmosphère était saturée de fumée de tabac de mauvaise qualité et à cela s'ajoutaient des arômes de transpiration, de bière et de rhum. Un bar parfait pour commencer la soirée. Fred jeta un regard circulaire à la recherche d'une table de libre. Il en dénicha une dans un coin sombre et y entraîna ses compagnons. A peine furent-il installés qu'un serveur vint prendre leur commande et repartit dans un froissement de tablier.

Ambre se cala confortablement contre le mur. La pierre était froide mais pas humide, contrairement à d'autres auberges du port. Elle frissonna et resserra sa veste autour de ses épaules.

« - T'en fais pas, lui dit George en riant, dans quelques minutes, ça ira bien mieux.

- Vive le rhum pour ça ! compléta Takashi.

- J'approuve totalement, » affirma Fred.

Sur ces mots, le serveur reparut avec un plateau sur lequel trônaient deux bouteilles de rhum et quatre verres. Il déposa son chargement sur la table ronde et crasseuse, prit l'argent que les jumeaux lui tendaient et s'en alla servir d'autres pirates.

Fred fit le service. Il versa le liquide clair dans les verres avec générosité et reposa la première bouteille, à moitié vide.

Ou à moitié pleine, au choix.

« - A la vôtre ! » fit-il en levant son verre.

Les autres firent de même. Après avoir trinqué sans en mettre partout, gaspiller du rhum étant un crime sévèrement puni par Takashi, ils descendirent leur part cul sec avant de reposer les verres avec force sur la table. Ambre sentit sa gorge se réchauffer agréablement. Elle se lécha les lèvres avec délice pour récupérer les dernières gouttes du liquide sucré. Elle fit un grand sourire candide à George assis à côté d'elle et tendit son verre en avant.

Minuit avait depuis longtemps fait carillonner les cloches de la petite église de Tortuga. Pourtant, Ambre, Takashi et les jumeaux cherchaient encore une taverne pour y poursuivre leur soirée. Ils étaient partis manger dans une petite auberge dans les hauts quartiers de la ville et venaient maintenant pour un agréable digestif.

Cela ne ferait que le dixième.

Le petit groupe entra en titubant dans l'auberge du Grain de Sable. Le patron les accueillit avec un grand sourire et leur donna l'accolade avant de leur trouver une table contre un mur et près de la fenêtre. L'aubergiste savait que c'était la place préférée d'Ambre et avait fait en sorte de la garder libre, sachant pertinemment qu'elle aurait tôt ou tard atterrie dans son auberge.

Ambre se dressa sur la pointe des pieds et déposa une bise sur la joue râpeuse du tavernier.

« - Tu es un amour, lui chuchota-t-elle, les yeux brillants d'avoir déjà trop bu.

- Je sais, je sais. Du rhum ?

- Bien sûr ! répondit Fred en récupérant Ambre par la taille.

- Je vous sers ça tout de suite. »

Le tavernier disparut derrière le bar.

Ambre et Fred précédèrent les deux autres vers leur petite table rectangulaire. La jeune fille s'installa à sa place habituelle, contre le mur et près de la fenêtre. Elle pouvait ainsi voir toute la salle, même si elle tanguait un peu, et ce qui se passait dehors. Quoique à cette heure de la nuit, la lumière se faisant rare, elle ne voyait que son reflet. Elle jeta un regard dans cette glace improvisée. Elle réarrangea une mèche de cheveux et aplatit une masse rebelle.

« - Mais oui, t'es belle, la taquina Takashi.

- Ah oui ! moi et mon charme naturel ! »

Cela n'avait rien de particulièrement drôle, mis à part peut-être l'expression qu'Ambre avait adopté en papillonnant des cils, mais ses trois compagnons se mirent à rire bêtement.

J'aime l'alcool…

Ça rend les gens bêtes…

Le tavernier arriva avec deux bouteilles et les posa sur la table, ainsi que quatre verres.

« - On n'en avait demandé qu'une… protesta George.

- Je sais… mais c'est un cadeau de la maison, répondit-il. C'est pour le non-anniversaire d'Ambre, ajouta-t-il avec un sourire complice.

- T'es génial ! s'écria celle-ci, toute heureuse de ce cadeau du ciel.

Ou plus exactement du fin fond de la cave du tavernier !

- C'est pour des compliments comme ça que tu es une cliente privilégiée. »

Ambre rosit légèrement et détourna ses yeux brillants dans une autre direction. L'aubergiste éclata d'un rire franc.

« - Je vous laisse, j'ai d'autres clients à servir.

- D'autres clients qui ne font pas de compliments sincères sous l'effet de l'alcool ?

- C'est ça. »

Le tavernier fit demi-tour après les avoir salués chaleureusement.

George prit une bouteille de rhum et entreprit de l'ouvrir. Il en versa ensuite dans les verres de chacun et leva le sien.

« - Au non-anniversaire de notre Ambrichounette préférée ! »

Fred, Takashi et la jeune fille levèrent leurs verres à leur tour et trinquèrent joyeusement sous le regard amusé du tavernier qui les surveillait du coin de l'œil.

Ambre, Takashi et les jumeaux venaient d'entamer la deuxième bouteille lorsque la jeune fille sentit plus qu'elle n'aperçut deux personnes qui remontaient la rue plongée dans les ténèbres. Un frisson parcourut son échine, faisant naître un mauvais pressentiment dans le fond de son verre.

La porte de la taverne grinça soudain sur ses gonds. Ambre se raidit et tâcha de fixer ses yeux sur l'homme qui entrait. Il était imposant, la tête cachée dans l'ombre de sa capuche pour se protéger de la pluie qui s'était mise à tomber quelques heures plus tôt. Un autre entra et s'ébroua comme un chien en poussant un soupir d'aise. Mais c'était le premier à être entrer qui intriguait la jeune fille. Ambre plissa les yeux pour tenter de mieux distinguer ses traits. L'homme rejeta sa capuche en arrière et passa dans ses cheveux châtains une grande main sur laquelle courait une longue cicatrice en forme de S.

« - Alors ? grinça une voix familière. On fait du repérage pour savoir qui c'est qu'on ramène ce soir ?

- Ta gueule Wulfran ! répliqua Ambre en se tournant vers le jeune homme, négligemment appuyé sur leur table.

- Qu'est-ce que tu fous là ? demanda sèchement George.

- Comme vous. Je bois.

- Je t'ai pas vu entré, dit la jeune fille. Quand es-tu arrivé ?

- Avant toi. Tu n'as pas fait attention ? non. Bien sûr que non. Tu n'avais déjà plus les yeux en face des trous.

- Ça t'arrive de faire des commentaires qui ne soient pas méchants ? demanda Takashi en vidant son verre.

- Non, répondit Wulfran froidement.

- Tu devrais essayer, répliqua Ambre. Tu serais peut-être un peu moins pénible.

- Je ne tiens pas à être supportable.

- Dans ce cas… fit Ambre en se levant.

- Tu vas où ? » lui demanda Fred alors qu'elle passait dignement à côté de Wulfran.

Ambre regarda autour d'elle jusqu'à découvrir Grégoire. Elle traversa la pièce et arriva en face de l'ami de Wulfran. Celui-ci la regardait d'un air plus amusé que surpris. La jeune fille se pencha gracieusement vers lui, tout en ayant parfaitement conscience du regard plein de haine dont la gratifiait Wulfran.

« - Tu perds ton temps à traîner avec cet individu, murmura-t-elle à l'oreille de Grégoire.

- Non, pas entièrement.

- Ah bon ? fit la jeune fille, sincèrement surprise.

- Il est sympa quand on le connaît. Et quand il veut bien l'être.

- Je suis septique.

- Je peux aisément le comprendre. Mais soit gentille de ne pas essayer de te servir de moi pour votre petite guerre.

- Il fallait bien que j'essaye… fit Ambre avec une moue enfantine qui fit rire Grégoire aux éclats.

Décidément, boire nous fait rire pour bien peu.

- Viens au moins boire avec nous ce soir… dit Ambre avec son sourire le plus charmeur.

- Comment résister à ton charme ? répondit Grégoire en se levant.

- On ne peut pas. »

Les deux jeunes gens retraversèrent la salle pour regagner la table des jumeaux. Wulfran les regardait tous deux, l'œil noir.

Ambre reprit sa place et dit à ses compagnons, mais en fixant Wulfran dans les yeux.

« - Il avait l'air de s'ennuyer alors je me suis permise de l'inviter à notre table.

- Dans ce cas, je m'y invite aussi, dit Wulfran en s'asseyant en face de la jeune fille. Cela ne vous gène pas j'espère ?

- Si, répondit sèchement Ambre.

- Tu m'en vois ravi, c'est ce que j'escomptais.

- C'est malin, chuchota Fred à Ambre, t'es en train de pourrir notre soirée.

- Mais non, mais non. »

Fred se resservit un verre en poussant un soupir imperceptible. Il n'était pas sûr qu'Ambre eut raison. Elle était certainement trop saoule pour raisonner correctement. Il espéra que Wulfran l'était également suffisamment pour ne pas être trop pénible.

Grégoire s'installa à côté de Takashi et commença à plaisanter gaiement.

Alors que Wulfran la regardait méchamment, comme à l'accoutumée, Ambre vit, par-dessus l'épaule du fils de Roberts, que l'homme à la capuche s'avançait vers leur table d'un pas décidé et s'arrêta devant. Le silence s'imposa d'un coup à leur table et tous levèrent la tête vers le nouvel arrivant.

Ambre le dévisagea avec attention sans parvenir à savoir si elle l'avait déjà vu quelque part.

« - Oui ? » fit George en levant les yeux vers l'imposant bonhomme.

Wulfran le fixa intensément.

Je l'ai déjà vu quelque part…

L'homme posa ses mains à plat sur la table et déclara d'une voix profonde.

« - J'aimerais parler avec cet individu. Avec le fer de ma lame, gronda-t-il en regardant Wulfran avec des yeux brûlants.

- Vous commencez toutes vos conversations comme ça ? demanda Ambre en avalant une gorgée de rhum.

- Et qu'ai-je fait pour que vous vouliez me passer votre lame en travers de l'estomac ? s'enquit Wulfran, impassible.

- Ta tête ne me revient pas, répondit l'homme.

- C'est une raison tout à fait valable, dit la jeune fille avant que Wulfran ait pu répondre quoi que ce soit. Mais il y a tout de même un problème…

- Lequel ? répliqua l'homme en tournant ses yeux perçants vers la jeune fille.

- Je sais ! s'exclama soudain Wulfran. Vous êtes le bonhomme tatoué que j'ai percuté ce matin !

- C'est cela même. N'ayant pas eu d'excuse, j'estime avoir le droit de te pourfendre.

- Ça me paraît justifié, dit Fred.

- Vous ne le défendez pas trop, s'étonna l'homme en se grattant le menton. C'est votre ami pourtant.

- Non, rétorqua Ambre. C'est juste mon souffre-douleur personnel. Il n'empêche que je ne le prête pas facilement. Et ne comptez pas me le prendre de force. Ce qui est à moi est à moi. »

L'homme la regarda avec des yeux ronds avant d'éclater de rire.

« - Quoi ? une femme ? une femme qui croit me faire peur ? la bonne blague !

- De toute façon, tu n'as pas ton mot à dire, répliqua Wulfran, vexé de se faire défendre par la jeune fille. Si je veux me battre contre ce pecnot, tu n'as rien à dire.

- Si, fit Ambre, butée.

- Et pourquoi donc ? s'étonna l'homme, plus par la froideur de leur échange que par la teneur de leurs propos.

- Parce que sinon, on va se faire passer un savon par son père pour ne pas l'avoir empêché de faire des bêtises, répondit George à la place de la jeune fille.

- Et qui est son père ? s'enquit le bonhomme tatoué.

- Le terrible pirate Roberts.

- Aaah… »

Un sourire mauvais étira les lèvres du pirate.

« - Voilà qui remet du piment à l'affaire… ça ferait bien sur mon CV : celui qui a tué Wulfran, le sale corbeau annonciateur de mort…

- Il n'y a pas de « sale » dans mon surnom. Un peu de respect !

- Et c'est lui qui dit ça… se moqua Grégoire en lançant une œillade complice à Ambre.

- C'est vraiment une sale gamine ! c'est pas pareil ! s'emporta Wulfran.

- Quoi ? comment tu oses m'appeler ? » s'écria Ambre en jetant un regard assassin à Wulfran.

L'homme à la capuche les regarda s'insulter, médusé.

« - C'est rien. C'est normal, lui dit Takashi.

- Arrêtez un peu vos bêtises ! gueula le pirate. Wulfran ! sors de là qu'on règle nos comptes !

- Je vous ai dit que ce n'était pas possible, répéta Ambre d'un ton apaisant.

- Je t'emprunte ton souffre-douleur, que tu le veuilles ou non.

- Je ne crois pas, non, gronda Ambre, soudain menaçante.

- Ah ! ah ! tu crois peut-être que tu me fais peur ? à moi ? alors que tu n'es qu'une faible femme ? d'un mètre trente qui plus est ! »

Ambre se leva d'un bond, dégrisée pour le coup.

Je ne permet pas qu'on se moque de mon presque mètre soixante !

En un instant, elle avait dégainé son arme et la pointait juste sur la gorge de l'homme. Elle avait été si rapide que les autres avaient à peine vu ses mouvements. L'homme en était soufflé.

« - Sache que la faible femme, comme tu te plais à m'appeler, n'est pas n'importe qui ! gronda-t-elle d'une voix sourde et menaçante.

- Faible femme ou catin de Roberts… je ne vois pas la différence. »

L'épée siffla et se couvrit de sang rouge sombre. Un peu du liquide poisseux gicla sur la table de derrière, arrosant ses occupants au passage.

La taverne était soudain devenue plus silencieuse qu'un cimetière.

L'homme porta la main à sa joue. Une entaille lui barrait toute la joue, de l'aile du nez jusqu'à l'oreille. Le sang coulait abondamment, glissait le long de son cou en de larges rigoles sanguinolentes et imbibait déjà largement sa chemise blanche.

« - Sa… salope, » grogna-t-il en portant la main à son arme.

La lame de la jeune fille vola encore une fois et traça un symétrique à la première blessure.

« - Encore une insulte et je te saigne comme un porc ! cracha Ambre.

- Ne me fais pas rire ! tu ne peux rien contre moi. Tu m'as eu par surprise, lâchement…

- C'est toi qui me fais rire, à croire que tu peux régler notre compte, à moi ou à Wulfran ! rétorqua Ambre vertement.

- Tu te prends pour qui, sale garce ! s'exclama l'homme, mauvais.

- Pour ce que je suis.

- Tu devrais crever de trouille alors… se moqua l'homme à la capuche. A moins justement que tu comptes sur ta charmante personne pour te faire sauver par votre héros, le serpent-dragon ? pas par cet espèce de minable trop ivre pour soulever une épée… » ajouta-t-il en désignant Wulfran d'un signe de menton.

Il projeta de multiples gouttes de sang qui s'écrasèrent sans bruit sur la table. Takashi regarda avec dégoût une gouttelette atterrirent dans son verre.

Ambre regarda cet homme arrogant droit dans les yeux, furieuse. Le rhum brouillait ses sens, mais elle tint bon pour paraître la plus saine possible.

« - Je suis le serpent-dragon, bouseux ! cracha-t-elle avec tout le mépris qu'elle put réunir.

- Quoi ? s'étouffa l'homme.

- Et si tu veux vraiment tâter de ma lame, dit mielleusement Wulfran en se levant, je suis ton homme. Je ne supporte pas qu'on me traite de lâche sans raison.

- Je t'ai déjà dit que je ne te le permettais pas, répliqua la jeune fille à l'adresse de Wulfran sans quitter l'homme des yeux. Tu crois avoir un droit sur ma mort, il est normal que j'ai le même privilège…

- Je crois qu'il est temps d'arrêter les bêtises, » déclara Fred en se levant à son tour.

Il toisa l'homme de haut en bas.

« - Je te conseille de foutre le camp, lui dit Grégoire. Approche-les et on t'égorge. C'est clair ? »

Voyant qu'il ne pourrait rien seul contre ces six énergumènes, même s'ils étaient ivres pour la plupart, le tatoué battit en retraite en grognant.

« - Vous ne perdez rien pour attendre. Et toi, le… serpent-dragon ou qui que tu sois en réalité, je t'assure que je te ferais ravaler ton arrogance et que tu chanteras un autre air ! menaça-t-il en prenant la tangente.

- Voui, voui ! répondit la jeune fille en se rasseyant dignement.

- A la revoyure ! lui dit Wulfran avec son sourire le plus méprisant.

- Je croyais que tu le réservais à Ambre, ce sourire, se moqua Grégoire.

- Il ne lui est pas exclusif. Je le sors aussi dans les grandes occasions… »

L'homme sortit de l'auberge en claquant la porte et Ambre le regarda disparaître dans les ténèbres de la rue.

L'homme avait beau être parti, un silence pesant trônait toujours dans la salle. Tous avaient les yeux arrondis comme des soucoupes et rivés vers la table des six.

« - Quoi encore ? » aboya Wulfran méchamment.

Tous se retournèrent et reprirent leurs conversations, l'air de rien.

« - J'hallucine… murmura George devant la réaction des pirates qui se tenaient dans l'auberge.

- Ils ont jamais vu une altercation ou quoi ? »

Le tavernier se dirigea vers leur table, tout en panique.

« - Que s'est-il passé ? j'ai vu Ambre qui menaçait Henry Jones et…

- C'était Henry Jones ? l'interrompit Fred.

- Bah… oui. Vous ne l'aviez pas reconnu ?

- Comment l'aurait-on pu ? répliqua Ambre. On l'a jamais vu… »

Il y eut un silence.

« - Faites gaffe à l'avenir, quand même… les conseilla le tavernier avant de repartir dans sa cave.

- Je crois qu'on aurait peut-être mieux fait de le laisser tuer Wulfran, tant pis pour ce qu'en aurait dit Roberts, dit Takashi en se resservant un verre qu'il descendit cul sec.

- T'as peut-être pas tort… » confirma George en prenant la bouteille de rhum et en resservant tout le monde.

Ambre et Wulfran échangèrent un regard.

« - Encore une fois, on est dans la même merde, dit Ambre avec philosophie.

- Je le crois bien aussi, répondit Wulfran en vidant son verre. Mais tu t'y es ajoutée toute seule.

- Mouais. Tant pis. De toute façon, je commençais à m'ennuyer ferme et mes poissons rouges étaient couchés alors… il a fallu que je trouve une occupation.

- Te faire des ennemis ? ricana Wulfran. Ça t'amuse ?

- Ça fait passer le temps. »

Les six compagnons tombèrent dans le silence. La soirée avait bien commencé pourtant…

Grégoire versa du rhum dans le verre de chacun. Ils n'allaient pas se laisser démoraliser pour si peu ! ils faisaient quand même partis des pirates les plus redoutés. Enfin. Surtout Ambre et Wulfran. Mais ça suffisait pour être tranquille, la plupart du temps. Henry Jones laisserait peut-être tomber sa vengeance et ils n'entendraient plus jamais parlé de lui.

Finalement, peu de temps après, le rhum aidant, ils étaient tous hilares, même Wulfran. Le ténébreux jeune homme ne cessait d'espionner la jeune fille pour tenter de découvrir ce qui lui était passé par la tête de le défendre ainsi. Il soupira. Il commençait à la connaître suffisamment pour savoir que ce qu'elle avait dit à Henry Jones était certainement la vérité. Elle, comme les autres, ne pouvaient pas le laisser se battre au risque qu'il se fasse tuer sans rien faire. Elle aurait eu des comptes à rendre à Roberts.

Mais cela l'ennuyait qu'elle se soit fait un ennemi par sa faute.

Ambre se resservit et vida son verre. Elle commençait à être sérieusement bourrée. Elle avait beaucoup de mal à fixer son regard et souriait niaisement depuis un bon quart d'heure. Elle versa un plein verre de rhum à Wulfran d'une main plus très assurée.

« - Tu deviens gentille ? » se moqua Wulfran en prenant son verre d'un geste malhabile.

Ouh là ! je commence à être bien fait aussi !

Grégoire, Takashi et les jumeaux s'étaient lancés sur une discussion hautement philosophique et ne faisaient plus attention à eux. Ils les laissaient picoler et se lancer quelques piques blessantes et se désintéressaient d'eux. Du moins jusqu'à ce que ça dégénère.

Mais pour le moment, toute animosité était noyée dans l'alcool.

« - Non. C'est juste que je suis bourrées, répondit Ambre, toujours souriante.

- Ah, fit Wulfran, toujours sans la quitter des yeux.

- Pourquoi tu me regardes comme ça depuis tout à l'heure ?

- J'sais pas.

- C'est une bonne raison, dit Ambre en avalant une gorgée de rhum.

- Je trouve aussi. »

Wulfran but son reste d'alcool et envoya un regard moqueur à la jeune fille par-dessus le rebord de métal de son verre.

« - Quoi encore ? demanda Ambre.

- J'voulais te dire : t'as les plus beaux yeux bleus que je connaissent.

- J'ai les yeux tirant plus sur le marron clair que le bleu…

- Je suis daltonien.

- Quel dommage ! intervint George.

- Tu ne peux pas voir les superbes yeux de miel qu'elle a !

- De l'ambre pur et scintillant ! compléta Grégoire, mort de rire.

- Z'êtes trop cons, répliqua Ambre, rougissante.

- Oooh ! qu'elle est mimi quand elle rougit ! se moqua Wulfran.

- T'as fini de lui faire des compliments ? le gronda Fred. On va finir par croire que…

- Ne crois rien du tout, le coupa Wulfran. C'est juste parce que je suis bourré.

- Je crois que je vais reprendre la bouteille, alors… dit la jeune fille en saisissant le rhum et en s'en servant une nouvelle mesure.

- Ne crois pas que tu vas t'en tirer comme ça ! s'écria Wulfran en lui arrachant la bouteille des mains en s'en enfilant une rasade bien sentie.

- J'ose même pas imaginer la fin de soirée… soupira George en voyant les deux ennemis descendre verre sur verre.

- Moi non plus, » répondit Grégoire.

Le jour n'allait plus tarder à se lever. Les jumeaux, Grégoire et Takashi étaient assis sur le quai, les pieds pendant dans le vide, au-dessus de l'eau sombre. Ambre et Wulfran se trouvaient quelques pas plus loin, en train de vomir tripes et boyaux.

« - Ils se maudissent certainement d'avoir eu la main aussi lourde… » dit Fred avec un sourire moqueur.

Il était exténué mais ils avaient passé une soirée plutôt agréable, finalement.

« - Ils doivent surtout s'en vouloir de s'être pris cette cuite monumentale avec la personne qu'ils supportent le moins, fit Takashi en baillant.

- Enfin… c'est certainement ce qu'ils penseraient s'ils étaient encore aptes à penser, » ajouta Grégoire.

Ils se mirent à rire.

Ils entendirent soudain un grand bruit derrière eux. Fred se retourna doucement et chercha dans la pénombre celui ou celle qui était la cause de ce raffut. Il soupira et secoua la tête. C'était Ambre, qui venait de s'effondrer par terre, ivre morte. Il chercha Wulfran et le découvrit adossé contre un mur, la tête posé sur son torse. Il luttait pour maintenir les yeux ouverts.

« - On devrait aller les coucher… avança George.

- Mouais.

- Mouais, fit aussi Grégoire.

- Je suis d'accord, » approuva Takashi.

Aucun ne bougea.

« - On a bien rigolé quand même… bailla Fred.

- Elle boit toujours autant ? demanda soudain Grégoire en désignant Ambre.

- Non, répondit George. Juste que là…

- Roberts s'est énervé contre eux deux…

- Ah oui ! se souvint Grégoire. Wulfran m'a vaguement expliqué la boulette qu'il avait faite ce matin. Mais il m'a rien dit sur ce que lui avait dit son père.

- Il les a menacés de les débarquer s'ils continuaient à faire les cons, répondit Takashi.

- C'est donc ça…

- Ils avaient donc des choses à noyer ce soir… soupira Fred en couvant du regard sa petite protégée affalée par terre. En plus de leur numéro avec Henry Jones…

- On les ramène ? répéta George.

- Il faudrait, » répondit son frère.

Les quatre garçons retombèrent dans le silence et regardèrent le jour se lever sur le port de Tortuga, laissant Ambre et Wulfran agonisant dans les brumes de rhum qui noyaient leurs cerveaux.

Un doux rayon de soleil passait à travers le carreau et venait caresser le visage de Ambre. Elle aurait plutôt apprécié si un mal de crâne épouvantable ne lui martelait pas les tempes à coups de burin.

Wouah ! qu'est-ce que je me suis mis !

J'me rappelle de rien !

La jeune fille se lova un peu plus près contre le torse de Fred.

J'me souviens vaguement de Wulfran qui s'est incrusté… on a bu ensemble… on a déconné ensemble… la honte !

Elle fit jouer ses doigts fins sur le torse de son jumeau pour le taquiner, comme elle aimait à le faire. Elle se resserra un peu plus contre lui et enfouit son visage dans le creux de son bras pour se protéger du soleil qui s'acharnait à tout faire pour qu'elle ne puisse pas se rendormir.

Ambre s'efforça d'ignorer son mal de crâne pour replonger dans un profond sommeil salvateur mais une main taquine vint effleurer sa hanche avec douceur. Elle ne put réprimer un sourire.

Je sens venir la bataille de chatouilles…

La main s'amusa un instant avec le lin de sa chemise avant de trouver une ouverture et de se glisser délicatement dessous. Elle lui caressa la hanche avec une infinie douceur, remontant sur les côtes, glissant sur son ventre lisse.

Ambre se blottit un peu plus contre la chaleur humaine tandis que l'autre main se glissait doucement dans ses cheveux de neige et s'amusait dans ses boucles soyeuses. La jeune fille sourit.

Y'a des matins bien plus agréables que d'autres…

Elle prit une profonde inspiration. Elle sentit cette odeur d'embrun, de chanvre, de bois, de transpiration douceâtre qu'elle aimait tant. Qui la rassurait tant. Même si cette fois, il y avait un arrière arôme de rhum. Et aussi un petit quelque chose qui lui était inconnu.

Les yeux toujours fermés, elle fronça les sourcils, tandis que la main s'amusait toujours sur sa taille. Elle releva péniblement la tête et lutta pour ouvrir un œil.

« - NYAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAA ! »

Ce cri de surprise, de peur, de trahison, d'horreur de deux voix mêlées se répercuta contre les murs de la chambre, dans les corridors de l'auberge endormie, dans les ruelles endormies de Tortuga, se fracassa contre les coques des navires avant de mourir en écho entre les falaises qui surplombaient l'océan de la mer des Caraïbes.

La petite ville de Tortuga s'éveilla en sursaut suite à ce hurlement inhumain qui résonnait encore dans les oreilles de ses habitants.

« - Mais… mais… bégaya Ambre. Qu'est-ce que tu fais là ? »

Wulfran ne savait pas quoi répondre. D'ailleurs que pouvait-il dire ?

« - Je n'en sais pas plus que toi… »

Il était bien, pensant avoir une charmante créature à côté de lui, jusqu'à ce que la dite créature ne se lève et qu'il découvre sa véritable identité.

Un monstre. J'ai couché avec un monstre.

« - Rassure-moi, gémit Ambre. Dis-moi que c'est pas vrai.

- Comment veux-tu que je te dise une chose pareille ? je ne me souviens de rien ! Mis à part m'être pris une cuite monumentale en ta compagnie. Ce qui déjà, en soi, est invraisemblable !

- Tu te souviens être sorti de l'auberge ?

- Non. Enfin… j'en sais rien. »

Tout était flou dans sa tête. Il ne parvenait pas à aligner deux souvenirs cohérents. Du côté d'Ambre, ce n'était guère mieux. Elle se redressa trop vivement pour quitter le contact de Wulfran et eut un vertige. Elle sentit la main chaude du fils de Roberts qui la retenait.

« - Me gerbe pas dessus, s'il te plait.

- Je crois n'avoir plus rien à vomir, » répliqua Ambre qui se rappela vaguement d'être allée sur le port avec les autres. Wulfran était peut-être encore avec eux à ce moment-là. Certainement, puisqu'elle était soutenue par Grégoire. Celui-ci n'aurait pas laissé son ami tout seul.

« - Oh bordel ! mais pourquoi ça n'arrive qu'à moi ? se plaignit Wulfran d'un ton dramatique.

- Je te signale que je suis concernée aussi… et que ça ne me plait pas plus qu'à toi !

- T'es sûr ? fit Wulfran, le regard vicieusement moqueur. Je suis sûr que t'en rêves…

- Mais bien sûr ! » rétorqua Ambre en s'asseyant en tailleur sur le lit double.

Wulfran réarrangea ses oreillers et se cala confortablement. Ambre, elle, observa la chambre dans laquelle ils se trouvaient. Ce n'était clairement pas la chambre des jumeaux. C'était typiquement une chambre d'auberge, avec un simple lit, une chaise, une petite table dans un coin, une croix accrochée sur un mur. Ses yeux de miel dérivèrent par la fenêtre et se posèrent sur le bleu profond de l'océan.

« - A quoi tu penses ?

- Ce sont les autres qui nous ont fait une blague, affirma-t-elle.

- Qu'est-ce qui te fait dire ça ?

- Tu crois vraiment que tu aurais été apte hier à demander une chambre ? et que les autres nous auraient laissé faire ?

- Broaf. Avec moi, tout est possible. »

Ambre lui glissa un regard en coin profondément irrité.

« - T'as raison. Vouloir coucher avec toi dépasse mes limites démoniaques pour te faire souffrir.

- Tu m'en vois rassurée. »

La jeune fille n'était pourtant pas certaine de la véracité des dires de Wulfran. Elle ne se rappelait vraiment plus de rien après être arrivée sur le port avec les jumeaux. Elle souleva discrètement la couverture pour examiner l'état des draps.

« - Qu'est-ce que tu fais ? s'enquit Wulfran.

- Je regarde.

- Quoi donc ? s'il y a du sang ? t'es toujours pucelle ? ça m'étonne pas. Mais je te le redis, je ne me souviens pas t'avoir touchée… »

Ambre lui jeta un regard noir.

« - Les draps ne sont pas froissés ! on nous a juste posés dessus ! si on avait… enfin voilà quoi ! ça serait plus en bordel que ça !

- Mouais, mouais, mouais… » ricana Wulfran en s'enfonçant plus confortablement dans ses coussins.

Il ferma les yeux de contentement, un petit sourire moqueur sur le visage. Ambre attrapa un oreiller et le lui abattit sur le visage. Surpris, Wulfran poussa un « gnouf » qui n'était pas des plus élégants. Le jeune homme se débarrassa de l'oreiller d'un geste brusque.

« - Nan mais ça va ?! s'écria-t-il.

- Tu m'énerves. Mon geste était donc parfaitement justifié. »

Wulfran lui envoya un autre coussin pour se venger et Ambre tomba à la renverse. Il en profita pour redoubler les coups d'oreiller. La jeune fille se dégagea brutalement et chuta au bas du lit. Elle se retrouva assise sur le plancher, avec un Wulfran qui la regardait d'un air goguenard du haut du lit.

« - Alors ? tu abandonnes déjà ?

- Tais-toi et remet une chemise ! tu agresses ma vue ! »

Wulfran ricana sadiquement et se leva à son tour. Il passa à côté de la jeune fille toujours par terre mais ne lui proposa pas son aide pour se relever.

C'est une grande fille, elle peut bien se lever toute seule.

Et puis c'est la première à dire qu'elle n'a pas besoin de mon aide.

Ambre grogna.

Connard !

Il remit sa chemise qui était posée sur le dossier de l'unique chaise de la pièce pendant qu'Ambre se remettait difficilement debout. La jeune fille épousseta sa chemise et remit de l'autre dans ses vêtements froissés et ses cheveux.

Wulfran se retourna soudain vers elle. La jeune fille le regarda dans les yeux, attendant de voir ce qu'il lui voulait.

« - Si ce sont bien les jumeaux, Grégoire et Takashi qui nous ont fait ce coup bas, que penses-tu de leur rendre la pareille ? demanda-t-il soudain.

- M'associer avec toi pour une basse vengeance ? ne rêve pas !

- Si mon père l'apprend, ça pourrait jouer en notre faveur… »

Ambre ne répondit rien et regarda par la fenêtre. Elle mit quelques secondes avant de répondre.

« - D'accord. Mais je te laisse trouver l'idée. »

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Je suis méchante, hein ? mouhahaha ! les foutre dans le même lit ! c'est bien une idée de héros désœuvrés !

Je pense pas écrire le chapitre 27 pour ces vacances-là, je dois me garder du temps pour travailler un peu si je ne veux pas me faire taper à la rentrée… mais bon. Trois chapitres en deux semaines, vous n'avez pas à vous plaindre !

Allez, je vous laisse, je dois apprendre comment on dégrade le glucose dans nos petites cellules. Vous n'imaginez pas tout ce qu'on peut dire là-dessus…

Et n'hésitez pas à laisser des rewiews, c'est TOUJOURS bienvenu !

Bien à vous, Archange