Et un chapitre avant les vacances de Noël ! quel merveilleux cadeau (on y croit, on y croit) !
J'ai la flemme de baratiner, surtout que vous avez peut-être mieux à faire que de lire mes bêtises, alors je vais faire court (du moins, je vais essayer).
…
Je remercie juste ma 'tite Mel et ma belle sœur préférée Lydim's qui m'ont aidé à finir ce chapitre, vu que j'avais bloqué sur un passage et que j'arrivais plus à m'en dépatouiller. Vilà. Donc à présent, vous pouvez vénérer ces deux charmantes personnes qui sont à l'origine de l'arrivée plus hâtive de ce chapitre (en partie du moins…)
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Chapitre 27 :
Rage et complot sous la pleine lune
Tous deux assis à la même table, les dents serrées, Ambre et Wulfran attendaient que l'un ou l'autre trouve une idée bien salace pour se venger des jumeaux, Grégoire et Takashi. Ni l'un ni l'autre n'avaient desserré les mâchoires pour dire un mot. L'estomac encore sensible après leur cuite de la veille, ils se contentaient juste de siroter leur bol de tisane, seul liquide qu'ils pouvaient ingurgiter.
« - Alors ? tu trouves ? demanda abruptement Wulfran.
- Tu ne crois pas que si j'avais trouvé quelque chose, tu en serais le premier averti ? et puis je me demande vraiment ce que je fous là… on avait dit que tu te chargeais de trouver comment nous venger.
- Tu as dit ça. Il y a une nuance.
- Nuance sans importance, répliqua la jeune fille en se levant.
- S'il ne tenait qu'à moi, on tuerait les jumeaux et Takashi. Je pardonne à Grégoire. Ça te va comme idée ? »
Ambre lui jeta un regard noir mais se rassit. Elle se plongea dans la contemplation de la ruelle, évitant délibérément de croiser le regard gris de Wulfran. Le silence s'installa de nouveau entre eux deux, aussi pesant qu'une enclume de trois tonnes.
« - Alors ? vous prenez votre petit déjeuner en amoureux à ce que je vois ? » leur dit une voix moqueuse et étrangement familière.
Ambre et Wulfran se retournèrent vers le nouvel arrivant et lui décochèrent un regard noir bien senti. Thérèse émit un doux rire avant de s'asseoir à côté de Wulfran.
« - Je plaisante. Mais puis-je savoir pourquoi on vous trouve ensemble de si bon matin ? les gens risquent de se faire des idées…
- C'est une longue histoire… soupira Ambre en buvant une gorgée de sa tisane fumante.
- J'ai tout mon temps, répondit Thérèse.
- Pas envie de raconter, » trancha sèchement Wulfran.
Thérèse se tourna vers Ambre. Même avec le cerveau noyé dans les brumes de rhum, Ambre ne pouvait pas ignorer les questions qu'elle lut dans le regard de son amie. Elle soupira.
« - Pour faire simple, les jumeaux ont profité qu'on soit complètement bourrés pour nous foutre dans le même lit.
- Je t'explique pas le réveil joyeux… grinça Wulfran qui faisait tournoyer le liquide brûlant à une vitesse folle à l'aide de sa cuillère.
- Et donc, on voulait se venger, finit Ambre.
- Tu parles d'une longue histoire ! se moqua Thérèse en repoussant ses cheveux blonds et raides derrière ses épaules.
- T'aurais pas une idée ? lui demanda Wulfran, toujours aussi grincheux.
- Faites semblant d'être ensemble, dit Thérèse avec un sourire malicieux. Ce matin aura été pour vous le moyen de vous déclarer votre flamme…
- Notre flamme ? s'étrangla Ambre.
- On se pourrit la vie dès qu'on en a l'occasion ! répliqua Wulfran. Ils goberont jamais un truc pareil !
- Ne dit-on pas que l'amour est proche de la haine ? les taquina Thérèse.
- Nan mais t'as vu ça où ? quel est le con qui aurait inventé un proverbe aussi idiot ? »
Ambre et Wulfran fixaient leur amie avec des yeux ronds comme des billes, les joues rouges, offusqués qu'elle ait pu émettre une telle idée. Thérèse les regarda tous deux tour à tour avant d'éclater de rire.
« - Vous devriez voir vos têtes…
- Vas-y, fous-toi de nous en plus… grommela Wulfran en retournant à sa tisane.
- A part cette petite blague, fit Thérèse, qu'est-ce que vous racontez de beau ?
- Broaf, comme d'hab', répondit Ambre.
- On se tape dessus, elle se pète la jambe, elle est jalouse de ma dextérité à l'épée… que des trucs normaux quoi, » enchaîna Wulfran, un petit sourire mauvais aux lèvres.
Ambre leva les yeux au plafond.
« - Quand arrêteras-tu de déblatérer des conneries ? » gémit-elle, l'air d'être profondément exaspérée, ce qu'elle était, ce qui fit rire Thérèse aux éclats.
Lorsqu'elle se fut calmée, Thérèse reprit, toujours souriante, les yeux brillants.
« - Quand êtes-vous arrivés ?
- Hier matin, » répondit Wulfran.
Le silence retomba. Ambre contempla d'un air distrait les volutes de vapeur qui s'échappaient de sa tisane.
« - Vous êtes pas très causants, ce matin, remarqua Thérèse.
- Tu as remarqué aussi ? rétorqua Wulfran, cynique.
- T'es pas obligé d'être aussi désagréable, tu sais, fit Ambre en jouant avec une mèche de ses cheveux blancs.
- Ça m'amuse.
- Tu n'as pas de très saines occupations, dit Thérèse.
- Et cela ne regarde que moi. »
Wulfran détourna délibérément le regard et regarda ce qui se passait d'intéressant dans la rue. Un chat noir faisait le gros dos, crachait et feulait avec haine contre un chien efflanqué et miteux qui en aurait bien fait son repas.
« - Bien, bien, soupira Thérèse, je crois que je vais vous laisser. Vous n'êtes pas drôle. Mais je suppose que vous serez de meilleure humeur lorsque vous aurez résolu votre petit problème…
- A plus tard, » répondit Ambre en lui adressant un sourire amical.
Thérèse répondit aussi, mais Wulfran aurait juré que ce sourire était bien plus froid que la blondinette ne voulait le faire croire.
Et je vais savoir pourquoi.
« - On se voit ce soir, dit Wulfran en fixant Thérèse dans ses yeux bleu glace.
- C'est une question ?
- Non. »
Ambre les regarda tour à tour avant de comprendre. Elle se renfrogna un peu plus.
Je hais ce type. Définitivement.
Leur amie leur fit un petit signe de la main et sortit de l'auberge. Ambre et Wulfran la regardèrent descendre la ruelle, sa jupe de couleur lavande passée flottant autour d'elle, comme une corolle de pétales fanés. Wulfran reposa son regard métallique sur la jeune fille aux cheveux blancs.
« - Alors ?
- Quoi ! attaqua sèchement Ambre.
- A ton avis, railla Wulfran.
- Je t'ai déjà que si j'avais une illumination, je t'en ferais part ! t'es bouché ou simplement con ?
- Pas la peine de m'attaquer comme ça, répliqua Wulfran, vexé.
- Si, c'est une raison parfaitement valable ! »
Ambre fit un signe de main au tavernier qui se dépêcha de venir prendre sa commande. Il n'avait pas envie de se mettre à dos cette jeune fille qu'il devinait être une vraie furie si elle se mettait en colère.
« - La même chose. Avec du pain frais.
- Bien mademoiselle, acquiesça le tavernier avant de repartir prestement dans les cuisines.
- Tu n'as pas honte de terroriser le tavernier, se moqua le jeune homme en grattant sa barbe naissante.
- Non. »
Ambre finit d'un trait ce qu'il restait de sa tisane et reposa le bol sur la table de bois. Elle regarda ses mains toujours fines mais rendue calleuses par le maniement des armes, l'esprit ailleurs.
« - Que penses-tu de l'idée de Thérèse ? » demanda soudain Wulfran.
Heureusement qu'Ambre n'avait plus de tisane : elle ne put s'étouffer avec et mourir de façon peu glorieuse.
« - Tu peux me répéter ça ? » grinça Ambre, en glissant vers le sombre garçon un regard assassin.
Au lieu de lui répondre, Wulfran la regarda droit dans les yeux. Ils se dévisagèrent ainsi quelques minutes, dans le plus profond silence. Il fallut que le tavernier arrive, dépose la tisane et le pain d'Ambre, qu'il reparte d'où il était venu, pour que Wulfran reprenne la parole.
« - Les jumeaux en tomberaient raides morts. Takashi aussi, de même que Grégoire. Ce con serait même capable d'être jaloux…
- Je refuse. Et c'est un refus catégorique, » trancha Ambre en rompant un morceau de pain qu'elle trempa dans sa tisane.
« - Je n'arrive pas à croire que je sois là, » grommela Ambre.
Wulfran ricana.
Midi n'allait pas tarder à pointer son aiguille vers le haut tandis que les deux jeunes gens remontaient tranquillement une ruelle de Tortuga. Wulfran affichait un petit sourire ravi, Ambre grondait dans son absence de barbe.
« - Ne fais pas cette tête-là, fit Wulfran. Ils ne nous prendront pas au sérieux sinon…
- Tu sais que je te hais ?
- C'est réciproque, la rassura Wulfran.
- Putain ! mais pourquoi j'ai accepté une idée pareille ?
- Parce que tu es folle de moi.
- C'est cela, oui ! »
Ambre regarda obstinément devant elle, refusant de croiser le regard gris du jeune homme. Celui-ci, beaucoup plus guilleret depuis qu'il avait convaincu la jeune fille, marchait à grands pas de félin, un léger sourire aux lèvres. Il jetait de temps en temps un regard à sa compagne qui tirait une tête de six pieds de long.
Puis, alors que ses yeux de métal s'attardaient sur le nez renfrogné d'Ambre, une idée saugrenue lui traversa l'esprit. C'était tellement inconcevable qu'il en aurait ri tout seul s'il n'avait pas eu peur de passer pour un fou. Tellement inconcevable que cela pourrait marcher.
« - J'ai une autre idée, dit-il soudain.
- Elle pourra difficilement être pire que de faire semblant de t'aimer ! siffla Ambre entre ses dents serrées, sans daigner tourner son visage vers lui.
- On n'a qu'à leur dire qu'on va se marier.
- Plaît-il ? fit Ambre en levant un sourcil, sûre d'avoir mal entendu.
- Oui. C'est encore pire que d'être simplement ensemble. On va leur dire qu'on a décidé d'arrêter la piraterie et de s'installer sur la terre ferme. On va se trouver une plantation de pavots, acheter quelques dizaines d'esclaves sud-africains et monter une famille.
- J'en ai des haut-le-cœur rien que d'y penser, répliqua Ambre, sentant son estomac se retourner à cette simple perspective.
- Nan mais imagine un peu : quelle serait leur réaction de t'imaginer femme au foyer ? et ma femme, qui plus est !
- Ils vont en mourir d'apoplexie.
- Ça, c'est de la vengeance ! conclut Wulfran, tout heureux.
- Je t'imaginais pas si cruel, répondit Ambre.
- Je suis un homme plein de surprises. Si tu ne t'en es pas encore aperçue, tu t'en rendras compte pendant notre lune de miel… ricana Wulfran.
- C'est cela. Et tu veux pas qu'on dise aussi que, tels qu'on s'y est mis ce matin, y'a de grandes chances que je sois enceinte ?
- Pas bête, pas bête… »
Ambre et Wulfran continuèrent paisiblement à remonter la rue, sans se préoccuper de ce qui les entourait. Il ne firent donc pas attention à l'homme qui déboucha fièrement sur leur droite et descendit dans la direction opposée. Cet homme, qui n'était autre que le terrible pirate Roberts, fut déjà bien étonné de voir Ambre et Wulfran se promener ensemble, mais faillit même faire une attaque lorsqu'il entendit les mots « notre lune de miel » et « enceinte ». Il s'arrêta au milieu de la ruelle, le cœur battant, perplexe et sonné, et ne fit pas un geste pour arrêter les deux jeunes gens qui s'éloignaient. Ils resta ainsi jusqu'à ce qu'ils les voient disparaître dans une ruelle adjacente. Encore tout retourné, c'est d'un pas chancelant qu'il poursuivit son chemin en direction de son navire, son esprit cherchant à comprendre comment les deux personnes qui se détestaient le plus en étaient venues à parler de mariage.
« - Attention, on arrive, l'avertit Wulfran alors qu'ils atteignaient presque le bout de la ruelle sordide qu'ils remontaient depuis un long moment déjà.
- J'suis pas aveugle !
- Tu es sûre que les jumeaux et les autres seront là ?
- Non. Mais il y a de fortes chances qu'ils y soient. On vient souvent sur cette place les lendemains de cuite : c'est calme, y'a pas un chat et tu n'y es jamais.
- Je vois.
- L'état de ta vue ne m'intéresse aucunement.
- Arrête de dire des bêtises et affiche un grand sourire niais. On arrive bientôt.
- Je te hais. »
Wulfran rit tout doucement. Mettre Ambre aussi mal à l'aise l'amusait énormément. Même s'il devait pour cela faire de superbes efforts sur lui-même pour jouer le jeu. Il passa doucement son bras autour de la taille de la jeune fille. Celle-ci se raidit instantanément.
« - Ne sois pas aussi crispée, c'est pas naturel.
- Ta gueule, grinça Ambre en essayant d'ignorer la main de Wulfran posée sur sa hanche.
- Hé ! hé ! »
Au bout de quelques pas ainsi, Ambre n'y tint plus. Elle se dégagea vivement.
« - Je laisse tomber. Je peux pas. Faire croire aux autres que nous… beeeeehhkk ! non ! définitivement non.
- Dois-je te rappeler ce qui s'est passé la dernière fois que tu as dit ça ? se moqua Wulfran.
- Mais ta gueule ! » répliqua Ambre, fatiguée de se battre verbalement avec cet individu.
Wulfran s'apprêta à trouver des arguments pour la convaincre lorsqu'il vit soudain la silhouette des jumeaux se détacher au croisement suivant, cinq mètres devant eux. Ceux-ci ne les avaient pas encore vus.
Vif comme un serpent, Wulfran attrapa Ambre par la taille, l'attira contre lui et plaqua ses lèvres sur les siennes. Ambre fut trop surprise pour réagir. Elle écarquilla les yeux, cherchant à se reculer et à repousser Wulfran, les lèvres hermétiquement closes.
Gnnn !!!
Wulfran avança avec elle jusqu'à ce qu'elle bute contre le mur. Il lui attrapa les poignets, ce qui l'empêcha de le rouer de coups et la maintint fermement contre lui. Le cœur de la jeune fille se mit à battre à toute allure. Ses pensées se chevauchaient, tournoyaient, voltigeaient dans son esprit, ne trouvant pas de logique dans le baiser de Wulfran.
Aussi soudainement qu'il avait collé ses lèvres contre les siennes, Wulfran se sépara d'elle. Son visage était éclairé d'un sourire mauvais et satisfait. La même lueur brillait dans ses yeux gris acier. Ambre reprit instantanément ses esprits et plissa les sourcils dans une expression soupçonneuse. Elle chercha à repousser durement le fils de Roberts mais celui-ci lui maintenait toujours les poignets et ne fit aucun mouvement pour la libérer de cette proximité écœurante. Wulfran plongea un bref instant son regard victorieux dans celui de la jeune fille avant de tourner la tête.
« - Quoi ?! ricana-t-il. Vous avez jamais vu des gens s'embrasser dans les ruelles ? »
Ambre leva les yeux vers la personne à qui Wulfran s'adressait. Elle crut défaillir lorsqu'elle reconnut les jumeaux accompagnés de Grégoire et de Takashi. Tous avaient l'air sombre et regardaient Wulfran d'un air féroce. Ambre sentit que Wulfran était tout heureux de son coup.
« - Vous… vous pouvez m'expliquer ? gronda George, le regard noir.
- Expliquer quoi ? répondit Wulfran calmement.
- A ton avis ? cracha George.
- Ambre ? » appela Fred, le regard suppliant de lui dire que ce n'était pas vrai.
Le cerveau de la jeune fille tournoya à toute vitesse. Un côté sombre lui disait de jouer le jeu avec Wulfran pour leur apprendre à les foutre dans le même lit, un autre que les yeux de chien battu de Fred ne valait peut-être pas d'être si cruelle avec eux. Et surtout qu'ils étaient capables de se venger, et en bien pire.
« - C'est fou ce qui peut arriver quand on se retrouve dans le même lit… » commença-t-elle en coulant à Wulfran un regard qu'elle voulait attendri et langoureux.
Elle sentit Wulfran se détendre. Une sonnette d'alarme se mit à tinter bruyamment dans son crâne. Il pouvait avoir peur qu'elle ne joue pas le jeu, mais le connaissant, il pouvait aussi très bien avoir quelque chose d'autre en tête. Et Ambre aurait parié que c'était le cas.
Changement de plan.
Elle reprit d'une voix douce.
« - Quand deux personnes comme nous se retrouvent dans la même pièce avec la gueule de bois, que pensez-vous qu'elles puissent faire ?
- S'avouer qu'en fait… » poursuivit Wulfran en se rapprochant encore un peu plus et en promenant une main taquine sur la taille de la jeune fille.
Ambre le repoussa durement et jeta un regard noir aux jumeaux.
« - Ou bien s'allier pour punir les abrutis qui ont osé faire ça, » cracha-t-elle avec hargne.
Sa voix s'était soudainement faite plus dure, accusatrice.
Elle fixa les jumeaux avec un regard furieux. Ils essayèrent de n'avoir l'air de rien, mais Ambre les connaissait trop bien pour savoir qu'il n'en était rien. Ils se sentaient certainement très cons en ce moment précis. Fred se tourna discrètement vers Takashi et Ambre l'entendit murmurer.
« - Merde ! ils ont découvert le pot aux roses !
- Quel poteau rose ? » demanda Takashi, qui commençait à douter sérieusement de la santé mentale de son compagnon.
La jeune fille ne put retenir un sourire.
« - Quel genre de vengeance aurait-on privilégié ?
- Vous vouliez nous faire croire que vous… ? s'écria George, outré qu'une telle idée ait pu traverser l'esprit de la jeune fille.
- On voulait même faire pire, affirma Wulfran. On avait même pensé au mariage et s'installer dans les Philippines. Ambre se voit assez bien femme au foyer. »
Cette pensée écœura les jumeaux. Il savait qu'Ambre serait furieuse et qu'elle chercherait à leur rendre la pareille mais ils n'auraient jamais imaginé qu'elle puisse faire semblant d'aimer l'être le plus abject qu'ils connaissaient. Et surtout de leur faire croire qu'elle serait capable d'abandonner la piraterie, d'abandonner la liberté qu'elle avait enfin obtenue, pour devenir la simple femme de Wulfran. Les jumeaux savaient pertinemment qu'elle était capable de leur faire gober n'importe quoi, même ça. Elle avait un don pour le théâtre. Mais elle serait tombée bien bas si elle avait fait ça. Ils ne s'en seraient pas remis, rien que de l'imaginer. Ambre s'en rendit compte. Et comprit alors ce que Wulfran comptait faire.
Lui se moquait de ce qu'on pouvait penser de lui. Quand on n'a pas d'amis, on ne risque pas de les perdre. Par contre, les jumeaux étaient tout pour elle. Et elle les décevrait profondément en agissant ainsi.
« - C'est pas vrai… tu comptais quand même pas nous faire croire ça ! » s'exclama Fred, la voix brisée.
Ambre avala sa salive et prononça d'une voix claire.
« - Non. »
Ce non était sincère. Elle se sentait soulagée d'avoir renoncé au dernier moment. Et puis cette idée de mariage ne venait pas d'elle, elle n'avait même pas eu le temps de refuser. Elle n'avait pas à se sentir coupable.
Mais sa négation fut couverte par la voix sèche de Wulfran qui, au contraire, affirmait que c'était bien leur intention.
Arrête de déjouer mes plans pour te détruire, sale garce !
« - Qui nous faut-il croire ? demanda Fred en les dévisageant tour à tour.
- J'avoue que l'idée nous est passée par la tête, dit Ambre, mais… c'était pas possible. Je peux pas.
- Pourtant, répliqua Grégoire, c'était pas ce qu'il semblait il y a cinq minutes.
- Il a agi tout seul, se défendit Ambre en désignant Wulfran du menton.
- Tu ne te défendais pas beaucoup… accusa George, soupçonneux.
- Désolée, mais je ne pensais pas que Wulfran me sauterait dessus comme ça. Ça surprend. J'en suis restée sur le cul.
- Avoue que tu n'as pas résisté à mon charme, » rétorqua Wulfran avec mauvaise humeur.
Avant qu'Ambre et Wulfran ne se mettent à se taper dessus, Takashi intervint.
« - Maintenant que tout est dit… dit-il posément, avec un léger accent qu'il n'avait toujours pas perdu, on va peut-être pouvoir se réfugier dans un endroit plus agréable. On encombre la rue, là. »
Fred et George approuvèrent vivement. Ils avaient les nerfs en pelote et ne se sentaient pas de rester stoïques si Ambre et Wulfran en revenaient à se battre. Ils auraient perforé ce dernier de leurs épées sans hésitation pour avoir enfin la paix, et tant pis pour les conséquences.
La jeune fille retint difficilement les propos acerbes qui flottaient au bout de sa langue, les rangea pour une occasion ultérieure qui ne manquerait pas d'arriver et jeta un regard glacial aux jumeaux, Takashi et Grégoire.
« - En tout cas, n'espérez pas que vous allez vous en tirer comme ça, menaça Ambre en fixant les quatre coupables froidement.
- On n'y comptait pas… » répondit George avec un faible sourire.
Wulfran était furieux. Cette sale gamine ne faisait décidément rien comme il l'escomptait.
« - Mais même si elle , elle vous pardonne, n'espérez pas qu'il en sera de même avec moi ! » cracha-t-il entre ses dents serrées.
Un frisson glacé parcourut l'échine de la jeune fille lorsqu'elle entendit le ton furieux et menaçant de Wulfran. Elle se refusa à le regarder en face, comme si ses propos ne l'affectaient pas. Elle le vit néanmoins du coin de l'œil s'écarter d'elle. Ses menaces proférées, il les parcourut lentement de son regard le plus froid et le plus méprisant de son répertoire et fit demi-tour. Il descendit la ruelle à grand-pas et disparut dans une rue transversale. Grégoire attendit quelques instants, indécis, puis partit à grands pas à la suite de son ami.
Les jumeaux, Takashi et Ambre se retrouvèrent seuls dans le boyau sordide que certains nommeraient rue.
« - Il est flippant, ce mec… dit George.
- Imagine un peu ce que j'ai ressenti ce matin ! répliqua Ambre, sa mauvaise humeur retrouvée.
- …
- Vous allez me le payer. Et cher, siffla Ambre en prenant une expression menaçante.
- Du temps que tu ne fais pas semblant de l'apprécier, ça me va, répondit Fred avec un sourire. Et surtout que tu n'essaies pas de nous faire croire que tu pourrais rester à terre. Mon pauvre petit cœur ne le supporterait pas.
- Le mien non plus, affirma la jeune fille. Je tiens à garder mes petits déjeuners bien au chaud, dans mon estomac… »
Ils rirent doucement, plus détendus.
Fred invita ses compagnons à gagner un endroit plus sympathique et tous repartirent vers le centre de la ville, vers leur maison. Ils marchaient en silence, encore un peu tendus par ce qui venait de ce passer.
Ambre se rendait compte, au fur et à mesure qu'ils avançaient vers la demeure de Doris, qu'elle avait échappé à une chute fatale, même si elle avait marché très près du gouffre. Les jumeaux et Takashi, ainsi que Grégoire dans une moindre mesure, n'auraient pas accepté qu'elle joue à ce jeu-là, même pour se venger de leur blague.
Elle comprenait aussi pourquoi Wulfran y tenait. Ce genre de procédé était bien son style. Et surtout, depuis le temps, il avait compris que s'attaquer directement à elle serait comme attaquer une falaise avec une petite cuillère en bois. S'en prendre aux rapports qu'elle entretenait avec les autres membres de l'équipage lui saperait plus sûrement le moral. C'était le moyen le plus efficace qu'il avait trouvé jusque là.
Ce bonhomme serait-il plus diabolique que moi ?
Vais devoir faire attention maintenant…
M'énerve ce type. Peut pas juste être con, non ? ça serait tellement plus simple…
La petite place avec sa charmante fontaine se fit soudain voir au détour d'une ruelle surpeuplée. Ambre sinuait entre les passants, toute en grâce et en finesse, tandis que ses camarades devaient jouer des coudes et s'imposer.
Hin ! hin ! hin !
Ils arrivèrent néanmoins à atteindre la maison de Doris et s'y engouffrèrent pour être en paix. La mère des jumeaux se trouvait certainement dans le bâtiment voisin, à donner ses consignes. Ambre eut soudain envie de présence féminine. Elle adorait les jumeaux et Takashi mais des fois, cela ne lui faisait pas de mal d'aller discuter de sujets typiquement féminin. Elle s'excusa auprès de ses amis et ressortit. Et puis comme ça, elle n'aurait pas à donner d'explications. Pas tout de suite. Elle était encore sous le choc que lui avait causé la fourberie de Wulfran.
Comment Roberts a-t-il réussi à faire un rejeton pareil ?
Que pouvait bien être la mère pour arriver à faire un gamin aussi horrible ?
Faut que je demande au puit de science de Tortuga : Doris.
Ambre frappa à la porte de la maison close jouxtant la maison de Doris, entra sans attendre de réponse et pénétra dans un petit vestibule faiblement éclairé par une petite fenêtre. Toute cette pièce était dans les tons rouges, des tapisseries au tapis jusqu'au velours recouvrant un vieux fauteuil repoussé dans un coin sombre.
Une tête familière passa dans l'encadrement de la porte séparant le vestibule du salon.
« - Ah bonjour ! dit une dénommée Maria avec un sourire franc et amical.
- Salut ! répondit Ambre. Tu vas bien ?
- Comme toujours.
- Je ne gêne pas ? demanda la jeune fille.
- Oh non, au contraire ! Viens nous raconter tes aventures ! on n'a rien de spécial à faire pour le moment.
- J'arrive, » dit Ambre en retirant sa veste de cuir.
Elle l'accrocha au porte-manteaux et pénétra dans le salon où Maria l'avait précédée. Se trouvaient là la grande majorité des prostituées de la maison close, dont Thérèse. Toutes saluèrent chaleureusement la nouvelle arrivante. Ambre répondit par son plus beau sourire. Saya, une africaine à la peau cuivrée et aux lèvres pleines l'invita à s'asseoir pendant qu'elles finissaient de ranger les draps. Gênée de ne rien faire pendant qu'elles travaillaient, Ambre se proposa à les aider. L'habitude d'être à bord de l'Ecumeur, peut-être, avec Trévor qui leurs tombait dessus dès qu'ils avaient le malheur d'être inactifs…
En peu de temps, les femmes étaient toutes concentrées sur la même tâche, riant aux éclats aux histoires d'Ambre, comme si la jeune fille aux cheveux blancs avaient toujours fait partie de leur univers. Thérèse avait plaqué un sourire amusé sur ses lèvres minces mais ses yeux bleus glace n'exprimaient aucune joie.
Puis vint le moment où les premiers clients du soir entrèrent dans la petite maison. Certains s'étonnèrent de la présence d'Ambre, d'autres furent ravis qu'une petite nouvelle ait rejoint la petite bande de femmes. Avant qu'elle n'en égorge un à force de se faire tripoter les fesses lorsqu'elle passait à portée, Ambre quitta prestement les lieux, quelques sursauts de sa vie d'aristocrate lui murmurant que ces pirates étaient décidément des rustres sans éducation.
Sortie de la maison close, elle s'arrêta quelques instants pour respirer l'air frais de la nuit. Elle n'avait pas vu Doris et n'avait donc pu recueillir les informations nécessaires pour satisfaire sa curiosité.
Tant pis. Je la verrais plus tard.
Elle s'assit sur le rebord de la fontaine, les bras repliés autour des ses jambes, le menton appuyé sur ses genoux.
Elle vit les jumeaux et Takashi assis dans la cuisine, juste en face d'elle, à une vingtaine de mètres seulement. Ils la virent et lui firent signe de les rejoindre. Elle répondit d'un haussement d'épaules, leur faisant comprendre par là qu'elle préférait rester là. Loin de se vexer, les trois garçons se remirent à papoter, laissant Ambre à ses rêveries.
La nuit se fit plus profonde, plus noire malgré la pleine lune qui jetait sur la petite ville pirate sa lueur spectrale. Ambre frissonna et resserra son manteau autour d'elle. Les quelques passants qui passèrent sur la place lui jetaient un rapide coup d'œil, se demandant peut-être ce qu'une jeune fille pouvait bien faire toute seule assise sur le bord d'une fontaine. Puis ils poursuivaient leur chemin sans qu'elle n'y prêta attention. Jusqu'à ce qu'une ombre à la démarche familière fasse son entrée.
Ah nan !
Pas encore lui !
Wulfran remontait la ruelle menant à la place, les mains enfoncées dans les poches de sa veste. Il avait l'air plongé dans ses pensées et, de ce fait, ne fit pas attention à la jeune fille, bien que ses cheveux blancs luisaient doucement sous la pâle lumière lunaire. Ambre le regarda passer devant elle, sans faire un geste qui aurait pu la faire remarquer, et le vit pénétrer dans la maison close. Pendant le bref instant où la porte fut ouverte, elle put percevoir quelques rires, plus ou moins francs et forcés. La jeune fille sentit son cœur se serrer en pensant à la vie que menaient ses collègues féminines sur la terre ferme.
Elle avait finalement eu beaucoup de chance. Lorsqu'elle était montée sur l'Ecumeur lors de l'attaque de son navire, Roberts aurait très bien pu la débarquer sur une île quelconque. Elle aurait très bien pu devenir l'une d'entre elle. Sa vie aurait pu être bien pire que celle à laquelle son oncle la destinait. Ambre en frissonna.
Son esprit se fit plus clair. Des éléments qui lui semblaient sombres et incompréhensibles jusque là commençaient à laisser entrevoir leur mystère. Si les femmes d'ici l'admiraient tellement, c'était justement pour cette raison. Avoir réussi à s'imposer et à vivre. Libre.
Une lampe à huile se mit à luire derrière une fenêtre du deuxième étage de la maison close. C'était la chambre attribuée à Thérèse, dans laquelle Ambre venait souvent pour parler lorsqu'elle était à terre. La jeune fille eut une pensée de compassion pour son amie qui devrait supporter Wulfran une partie de la nuit.
Une ombre passa devant la fenêtre. D'après la carrure, cela ne pouvait être que le fils de Roberts. Ambre le vit ouvrir les battants de la fenêtre et s'accouder au rebord de pierre. Il ne regarda pas vers le bas, mais loin, vers le large, immense flaque sombre aux reflets d'argent. Ambre eut soudain l'envie de repartir en mer, de sentir les embruns lui fouetter le visage, le vent jouer dans ses cheveux, d'entendre les craquements du navire. Wulfran devait ressentir la même chose en cet instant. Tous deux étaient nés pour vivre en mer.
Mais c'est bien la seul chose qu'on a en commun.
Thérèse apparut derrière lui et le poussa gentiment du coude pour se mettre à côté de lui. Elle se pencha vers l'oreille du jeune homme et lui murmura quelque chose qu'Ambre ne put pas entendre.
« - Nan, » répondit sèchement Wulfran.
Thérèse émit un rire cristallin. Ambre aurait parié que Thérèse venait de s'informer sur leur vengeance et eut un sourire réjoui en pensant que Wulfran n'avait pas réussi son coup. Celui-ci soupira bruyamment avant de demander à la blondinette.
« - J'ai quelque petites questions à te poser…
- Vas-y, pose tes questions. Mais ne t'attends pas à obtenir de réponse…
- C'est à propos d'Ambre… »
Le visage de Thérèse se durcit instantanément, à peine eut-il fini de prononcer le nom de la jeune fille aux cheveux blancs. Ambre prêta une oreille toute attentive aux propos suivants, propos qui ne vinrent pas. Thérèse s'était reculée dans la chambre, rendant ses paroles inintelligibles. Wulfran quitta la fenêtre et disparut de la vue d'Ambre.
Mais non ! revenez ! comment j'espionne vos conversations si je n'entend plus rien ?
Pensent vraiment à rien ces gens !
Dépitée, Ambre leva le nez vers la lune ronde et blafarde.
Toi, évidemment, de là où t'es tu vois tout. Veinarde !
Quelques nuages fantomatiques glissèrent silencieusement devant l'astre pâle en traînant leurs lambeaux de brume. Il n'en fallut pas plus à la jeune fille pour que ses pensées prennent un tout autre chemin, oubliant ainsi Wulfran et Thérèse à leurs magouilles.
Ambre n'avait pas du tout sommeil et fut soudain prise d'une envie de se promener, d'aller folâtrer dans les ruelles et pourquoi pas dans la campagne aux alentours de Tortuga. Bien que ce ne soit pas une expédition des plus recommandée pour une jeune fille, fut-elle le serpent-dragon, Ambre jeta sa raison aux orties. Elle sauta lestement du rebord de la fontaine et retourna dans la maison de Doris. Les jumeaux étaient toujours attablés dans la cuisine, occupés à raconter des histoires tout en se goinfrant des gâteaux que leur mère leurs avait concoctés. Ils levèrent la tête lorsqu'elle entra mais ne s'arrêtèrent pas de parler pour autant. Ambre passa devant eux sans leur accorder un regard, monta dans leur chambre commune et en redescendit quelques minutes plus tard, son sabre coincé en travers du dos. Elle avait noué ses longs cheveux blancs en une tresse épaisse qui dansait contre ses reins au rythme de ses pas. Elle attrapa son manteau de cuir qu'elle avait laissé choir par terre en entrant et s'apprêtait à sortir lorsque Fred l'interpella.
« - Tu comptes aller où comme ça ?
- Bah… dehors. J'vais pas aller me coucher dans cette tenue.
- Nan mais… tu sais l'heure qu'il est ?
- Tu te prends pour ma mère ? se moqua Ambre.
- Tu sais très bien ce que je veux dire, répliqua Fred.
- Certes. Mais ce n'est pas pour ça que je vais écouter tes conseils. J'en ai marre d'être sérieuse.
- Y'a quand même une différence entre être sérieuse et être suicidaire, répondit froidement Takashi.
- J'ai pas envie de voir la différence ce soir, dit Ambre avec une lueur espiègle dans le regard. A tout à l'heure ! » leur lança-t-elle avant de sortir.
Takashi et les jumeaux mirent quelques secondes avant de réaliser qu'elle était réellement partie faire un tour. Elle avait beau être armée et douée pour se battre, elle n'était pas à l'abri d'un accident. Fred, George et Takashi se levèrent précipitamment en faisant crier les pieds des chaises sur le sol. Ils saisirent leurs manteaux et leurs épées qui étaient restés près de la porte d'entrée et sortirent à leur tour. Ils ne s'étaient pas pressés, persuadés qu'Ambre voulait qu'ils viennent avec elle. Mais à peine furent-ils dehors qu'ils se rendirent compte que la place était déserte. Ils regardèrent autour d'eux mais il n'y avait aucune trace d'Ambre. La jeune fille leur avait faussé compagnie.
« - La chieuse ! grogna Fred en finissant d'enfiler sa veste.
- Qu'est-ce qu'on fait ? demanda son frère. On va la chercher ?
- Et on lui colle une trempe ? suggéra Takashi.
- Non. Moi je serais d'avis à rester là, dit Fred. On va pas toujours lui courir après. Et puis, elle est assez grande pour savoir ce qu'elle fait.
- J'en suis pas si sûr. Elle a un grain cette fille ! grommela George, déjà inquiet qu'il puisse arriver quelque chose à Ambre.
- Je suis d'accord avec Fred, répondit Takashi. Et puis, elle avait peut-être une bonne raison de ne pas nous attendre.
- A quoi tu penses ? s'enquit George, soupçonneux tout à coup.
- C'est une grande fille comme on l'a dit.
- Tu penses qu'elle a un amant ? demanda Fred, la voix étranglée.
- J'en sais rien. C'est possible.
- Mais qui ? s'exclamèrent les jumeaux dans un parfait accord.
- Wulfran ?
- Nan… elle aurait pas osé quand même… »
Un silence tendu plana entre eux.
Puis Takashi éclata soudain de rire, un sourire jusqu'aux oreilles, les yeux brillants.
« - Pourquoi tu te marres ? demanda George, le regard noir.
- Vous devriez voir vos têtes…
- …
- Je plaisantais, poursuivit le japonais.
- Tu trouves que c'est drôle d'en rajouter une couche après ce qui s'est passé ce matin ? éructa Fred.
- Bah… oui.
- Décidément, on n'a pas le même sens de l'humour, dit Fred.
- Bon, coupa George. Qu'est-ce qu'on fait ? on laisse tomber ?
- Pour moi, oui, répondit Fred. Il a quand même réussi à me foutre le doute avec les amants potentiels d'Ambre. S'il faut qu'on fouille toutes les chambres de la ville…
- … pour la retrouver dans le lit d'un type qu'on peut pas blairer, t'imagines ?
- Non. Pour ça qu'on va en rester là. Imaginer Ambre avec… aaah non. »
Takashi ricana devant le malaise des jumeaux et retourna dans la maison de Doris.
Pendant que les jumeaux se torturaient sur ce qui avait poussé Ambre à sortir ainsi, juste sous la fenêtre de la chambre de Thérèse, Wulfran se fracassait contre l'impassibilité de la blondinette.
« - Allez ! dis-moi !
- Non. Arrête d'insister, tu me gonfles, répondit sèchement Thérèse.
- Mais dis-moi !
- Non. Et poses-moi cette question encore une fois et je t'en colle une.
- Tu me fais peur.
- Tu devrais.
- Ne dis pas des choses comme ça : on croirait entendre Ambre.
- C'est normal. Je passe du temps avec elle quand elle vient.
- Je sais pas comment tu fais, répondit Wulfran en jouant avec les perles rouge sang emmêlées dans son bouc.
- Quand on veut quelque chose, on fait abstraction des embêtements.
- Et qu'est-ce que tu veux ? demanda pernicieusement le jeune homme.
- Je veux… Thérèse s'arrêta net et tourna un regard furieux vers le fils de Roberts. Enfoiré ! » rugit-elle.
Wulfran se mit à rire. Il évita aisément la gifle que Thérèse tenta de lui assener. Il lui attrapa un poignet et l'attira contre lui. Thérèse se laissa faire en faisant la moue.
« - Dis-moi… murmura Wulfran en l'embrassant doucement dans le cou.
- Non.
- Allez… dit-il en poursuivant ses baisers.
- Non. Et arrête ça, dit-elle en le repoussant de la main. Je suis pas là en bénévole. »
Le jeune homme ricana.
« - Décidément, tu résistes.
- Ce genre de procédé ne marchent pas avec moi. Tu devrais le savoir pourtant.
- Dans ce cas… je crois que je vais aller faire un tour. Ça te laissera le temps de réfléchir.
- Et réfléchir à propos de quoi ? demanda Thérèse avec mépris.
- A comment tu vas me dire ce que tu mijotes ou à ce que je pourrais te faire pour que tu parles… » lui murmura Wulfran à l'oreille.
Et disant cela, il la souleva de ses genoux, la posa sur le lit sur lequel il était assis et se releva. Il lui fit un sourire qui en disait long, attendant une réaction de la part de la jeune fille. Mais la catin resta impassible. Seuls ses yeux bleus brillaient d'une fureur contenue.
Wulfran soupira. Il traversa la pièce, récupéra son manteau posé sur le dossier d'une chaise et se dirigea vers la porte.
« - Tout ce que je veux bien te dire, c'est que je la hais. »
La voix de Thérèse était claire, froide. Et haineuse.
Wulfran relâcha la poignée et laissa son bras retomber le long de son corps.
« - Ça, je m'en serais douté. Ce que je ne comprend pas, c'est pourquoi.
- Parce que cette salope a tout ce que nous autres ne pouvons avoir.
- C'est-à-dire ? demanda Wulfran, perplexe.
- Tu crois que, lors de l'attaque de mon navire, le capitaine aurait pensé à me prendre à son bord ? non. Bien sûr que non. Tout ce que lui et ses pirates voyaient, c'était une paire de fesses. Fesses que tant qu'à faire, on peut retrouver quand on rejoint le port.
- Ce qui t'est arrivé n'est pas très joyeux, certes, mais… je ne vois toujours pas. C'est normal dans la piraterie.
- Et tu trouves ça normal qu'elle, elle puisse être un pirate à part entière ? avec vos privilèges ? votre liberté ? si encore c'était la catin de l'Ecumeur, je dis pas mais… y'a personne qui l'approche ! aucun n'oserait toucher à la précieuse Ambre !
- C'est normal. Tu l'as vu aussi ?
- Arrête ton char ! rugit Thérèse. Va pas me dire que tu la trouves laide ! sois objectif une fois dans ta vie !
- J'avoue. Elle est… pas mal.
- Pas mal ? et même si ce n'était que ça, qu'elle n'était que pas mal, tu trouves ça logique qu'elle puisse vivre comme ça au milieu de tout un équipage masculin sans qu'il y ait de problème ?
- T'es jalouse ? » fit Wulfran, qui venait enfin de comprendre.
Thérèse ne répondit pas. Ses yeux de glace avaient dévié par la fenêtre et regardaient la lune, ronde et pâle, témoin silencieux de sa jalousie qui avait viré à une haine puissante et destructrice.
Wulfran fixa la jeune fille quelques instants avant de sortir.
Cela faisait des années qu'il connaissait Thérèse mais il ne l'avait jamais comprise. Cinq ans qu'elle détestait Ambre, qu'elle nourrissait contre elle une jalousie maladive, une haine féroce, et il ne s'en était pas rendu compte. La haine qu'il vouait à la jeune fille lui parut soudain bien terne et dérisoire par rapport à celle de la prostituée.
Pendant qu'il redescendait l'escalier, l'esprit pris par ces nouvelles informations, une idée machiavélique lui vint à l'esprit. Pourquoi ne pas aider Thérèse ? ou se faire aider ? à deux, ils arriveraient bien plus facilement à se débarrasser d'Ambre.
Une petite voix l'interpella soudain.
Mais es-tu sûr que c'est ce qu'elle veut ? se débarrasser d'Ambre ?
Mais il chassa cette ennuyeuse petite voix d'un courant d'air de pensées diaboliques et poursuivit sa route.
Ambre cheminait tranquillement le long de la falaise. Un vent froid mais vivifiant lui fouettait le visage, lui arrachant quelques larmes de ses rudes caresses. L'odeur du large l'enivrait, vidait son esprit des évènements de derniers jours.
Elle avisa un rocher aux arêtes déchiquetées, surplombant la mer qui s'écrasait avec fracas sur les falaises en contrebas. Avec agilité, elle se hissa sur la masse rocheuse et s'y installa confortablement, face à l'océan, les jambes croisées en tailleur et le dos calé contre la roche.
La lune, timide, ne montrait son disque blanc que par intermittence, préférant rester cachée derrière les nuages. Ceux-ci s'amoncelaient au-dessus de la petite île, devenaient de plus en plus sombre, présage d'orage. Déjà, au loin, des éclairs déchiraient le ciel. La jeune fille regretta de ne pas être en mer. Elle aurait voulu être au cœur de la tempête, sentir l'Ecumeur ployer sous les chocs répétés, entendre les voiles claquer sinistrement sous les rafales de vent, les ordres de Roberts, les cris, les grognements étouffés. Sentir l'eau imbiber sa chemise, ruisseler le long de sa colonne, voir les gouttes d'eau salée perler sur ses mèches blanches en bataille, les regards fermes, parfois apeurés des pirates.
La jeune fille soupira. Elle était faite pour vivre en mer. Sur l'Ecumeur. Elle s'y sentait vivante. Comme jamais elle ne l'avait été. C'était ce que Wulfran ne comprenait pas. Et ne comprendrait jamais.
Tout serait tellement plus simple si c'était le cas !
Il arrêterait peut-être de la haïr, ou au moins de lui pourrir la vie. La routine de l'Ecumeur pourrait alors peut-être reprendre son cours comme avant l'arrivée du fils de Roberts.
Ambre secoua la tête, comme pour chasser ces pensées. Ses longs cheveux blancs en profitèrent pour s'emmêler un peu plus. Sa tresse n'avait pas fait long feu devant les attaques du vent. La jeune fille passa une main lasse dans sa tignasse pour la rejeter en arrière.
Arrête de te faire des illusions ma fille.
« - Tu regrettes déjà de ne pas avoir répondu à mon baiser ? fit une voix décidément trop familière.
- Tu n'imagines pas à quel point, » répondit Ambre avec ironie.
Wulfran ricana et se hissa aisément à côté d'elle. Il la poussa sans ménagement pour qu'elle lui fasse de la place.
« - Je vais finir par croire que tu me suis… dit la jeune fille.
- Ce serait te faire de fausses idées.
- Alors dans ce cas pourquoi faut-il que tu te poses sur le rocher sur lequel je suis assise ?
- Parce que c'est le mien.
- Bin tiens, répliqua Ambre sèchement. T'as ton nom marqué dessus peut-être ?
- En effet. Regarde par-là, » répondit Wulfran en lui indiquant un coin de roche sur sa gauche.
Ambre obtempéra. Elle dut plisser les yeux pour arriver à déchiffrer ce qui était gravé.
« - Wulfran, le… quelque chose …onde, » lut-elle en tournant le regard vers le fils de Roberts. Celui-ci la regardait, son éternel sourire moqueur aux lèvres.
« - T'es obligé de sourire comme ça à chaque fois que tu me vois ?
- Que voudrais-tu que je fasse ? un grand sourire énamouré.
- Nan merci. Je tiens à garder ce que j'ai dans l'estomac.
- Tu me hais à ce point ? »
Cette question la prit au dépourvu. Elle resta silencieuse quelques instants, cherchant désespérément une réplique spirituelle, en vain. Et lorsqu'on ne sait pas quoi répondre…
« - Et toi, tu me hais autant que ce que tu montres ? »
Ce fut au tour de Wulfran de ne pas savoir quoi répondre. Même s'il avait plusieurs répliques acides dans sa sacoche, il n'avait pas envie de les sortir.
Les conversations avec Thérèse ne me réussissent pas. Elle arriverait presque à me faire douter de mon sadisme et de ma méchanceté. C'est pourtant mon essence même !
Finalement, il préféra changer de sujet.
« - Comment ça se fait que tu connaisses Thérèse ? t'as des goûts bizarres que je ne connais pas ?
- Il y a beaucoup de choses que tu ignores à propos de moi…
- Tu avoues donc que tu préfères les femmes ? se moqua Wulfran.
- T'es pénible à dire n'importe quoi dès que t'en as l'occasion.
- D'accord. Je vais tenter d'avoir une conversation civilisée.
- Impossible, répliqua Ambre. Comment puis-je tenir une conversation civilisée avec un pareil gorille ?
- T'es pas très gentille, remarqua-t-il.
- Normal.
- Tu me hais donc.
- J'ai rencontré Thérèse parce qu'elle bosse dans la maison close de Doris.
- Tu évites de répondre à ma question.
- Je répond à ta première question.
- En évitant de répondre à…
- Oui je te hais ! ça te va comme ça ? rugit Ambre, exaspérée.
- C'est pas convaincant.
- J'ai aucun intérêt à te convaincre. Si tu crois que je t'aime bien, c'est beaucoup plus facile de faire des coups bas et de faire souffrir par la même occasion !
- Certes, certes… »
Soudain, une idée lumineuse l'aveugla.
Si je la séduis, qu'elle tombe amoureuse et tout et tout, et que je la trompe. Avec Thérèse, son amie qui en réalité ne la saque pas. Si ne tombe pas dans une profonde dépression et qu'elle ne quitte pas l'Ecumeur, je ne sais plus quoi faire.
« - Tu inventes encore un mauvais coup ? »
La voix d'Ambre tira brutalement Wulfran de ses réflexions. Il tourna doucement ses pupilles de métal vers la jeune fille et prononça d'une voix mielleuse.
« - Oui. »
Mais il faut tout d'abord que j'en parle à Thérèse.
Elle connaît suffisamment Ambre et ça m'évitera peut-être de foirer encore mon coup.
Ambre haussa les épaules et se détourna de lui. Au fond d'elle, elle n'en avait cure. Qu'il invente ce qu'il voulait, il ne pourrait pas la faire descendre de l'Ecumeur de son plein gré.
« - Ça t'ennuierait de te casser ? demanda la jeune fille, le regard toujours tourné vers l'océan en colère.
- Non. Je commence à en avoir assez de ta compagnie.
- C'est réciproque, je pense que tu t'en doutes. »
Malgré sa réponse, Wulfran ne bougea pas d'un pouce. La jeune fille poussa un soupir mais ne dit mot. Elle pouvait insister autant qu'elle voulait, s'il voulait l'ennuyer, il y arriverait de toute façon. Alors autant essuyer la tempête stoïquement, en restant impassible.
Le vent se faisait de plus en plus violent, infime gifle de ce qui se déroulait quelques centaines de lieues plus au large. Ambre fut parcourut d'un frisson et resserra son manteau autour d'elle. Une nouvelle rafale vint arracher ses cheveux soigneusement coincés dans son col. Les mèches folles vinrent fouetter le visage de Wulfran.
« - 'tain ! » grommela-t-il en essayant de se débarrasser de ces innombrables fils blancs qui s'acharnaient à lui chatouiller le nez.
Ambre ricana tout bas, n'esquissant pas le moindre geste pour dompter sa chevelure. Son rire s'étrangla soudain lorsqu'elle vit Wulfran attraper quelques unes de ses mèches et les entortiller autour de ses doigts.
« - Tu sais que t'as une couleur de cheveux étrange ? demanda Wulfran, dont la voix ne trahissait aucun sarcasme.
La jeune fille ne répondit pas. Elle n'avait pas de répliques spirituelles à lui lancer. Son cerveau avait du mal à réaliser ses connexions nerveuses. Elle se contenta de regarder pendant un instant ces doigts longs et fins qui entrelaçaient ses cheveux de neige avant de plonger brusquement son regard dans celui du jeune homme. L'étincelle moqueuse qu'elle lisait habituellement dans les yeux métalliques de Wulfran avait disparu et laissé place à quelque chose qu'Ambre n'arriva pas à comprendre. Jamais encore elle n'avait vu son regard si expressif, si vivant. Même lorsqu'il se battait, il n'avait pas ce regard-là. Il n'y avait plus aucune trace de méchanceté ni de cruauté. Puis soudain, elle réapparut. Cette lueur qui caractérisait le jeune homme.
L'état d'égarement qui l'avait assaillie s'évanouit sous une vague de lucidité. Ambre se pencha délicatement vers lui.
« - Tu permets ? » dit-elle en prenant la main qui jouait avec ses cheveux.
Wulfran n'eut pas la présence d'esprit de répondre quoi que ce soit. Il ne lâcha pas le regard de miel de la jeune fille, teinté de gris par l'éclat de la lune. Il sentit seulement qu'elle jouait avec ses doigts.
Ambre se redressa soudain, une étincelle moqueuse dans le regard. Elle ramena la lourde masse de ses cheveux sur son épaule gauche.
« - A l'avenir, évite de jouer avec mes cheveux. Ils sont trop précieux pour être touchés par une main comme la tienne.
- Elle est aussi tachée de sang que la tienne.
- Ce n'est pas de ça dont il est question. Le problème, c'est que c'est ta main.
- Pourquoi t'as toujours une réplique cruelle à mon égard ? demanda Wulfran avec un sourire malheureux.
- Parce que ce ne sont même plus des perches que tu me tends mais des ponts.
- Peux-tu arrêter avec tes comparaisons merdiques ?
- Non. Ça m'amuse. »
Wulfran laissa un temps de silence avant de reprendre, avec un sourire absent.
« - Allez viens, je te ramène.
- Plaît-il ? fit la jeune fille, pas bien sûre d'avoir entendu.
- Les rues ne sont plus sûres à cette heure. Même pour toi.
- Justement. Ça te donne une raison de plus de ne pas me raccompagner.
- Ah bon ? pourquoi ? » demanda Wulfran, surpris.
Ambre le regarda suspicieusement.
« - T'as quelque chose qui va pas en ce moment ? t'as manger un truc pas frais ? on t'as lancé un sort ? ta cervelle ne fonctionne plus bien ? quoiqu'elle ne fonctionnait pas bien avant…
- Qu'est-ce que j'ai encore fait ? répliqua le jeune homme, feignant de ne pas comprendre où Ambre voulait en venir.
- C'est justement l'occasion rêvée pour toi ! tu me laisses rentrer seule, je me fais détrousser et assassiner sur le chemin et tu es parfaitement innocent puisque pas là. Et toi tu veux me ramener ? attaqua Ambre avec rudesse.
- Ah oui… j'avais pas pensé à ça.
J'aurais pu pourtant… ça m'aurait évité de la draguer. Ou au moins d'être gentil avec elle…
- Allez viens. Faisons comme si on se supportait. Au moins pour un fois, voir ce que ça donne. »
Ambre le dévisagea attentivement, cherchant à deviner ce qui n'allait pas chez lui depuis tout à l'heure.
« - C'est le fait de t'être retrouvé dans le même lit que moi qui te fais cet effet-là ?
- Non. Juste que j'ai parlé à Thérèse et…
- Et quoi ? poursuivit Ambre.
- Et que ça a remis quelques idées en place. »
Ambre ne dit mot et réfléchit à ce que Thérèse avait bien pu lui dire pour le faire changer ainsi, en aussi peu de temps.
« - Je ne sais pas ce qu'elle t'a dit mais il va falloir qu'elle m'apprenne à manipuler les gens comme elle le fait, » conclut-elle en riant.
Wulfran se mit à rire aussi, plus doucement.
Si tu savais qui est manipulée !
Il se leva et aida Ambre a en faire autant. Il sauta du rocher et s'apprêtait à recevoir la jeune fille dans les bras lorsqu'il vit celle-ci s'élancer et atterrir souplement à côté de lui. Elle lui adressa un sourire goguenard, l'air de dire qu'il ne fallait rien exagérer, puis se mit en route vers Tortuga, laissant un Wulfran un rien médusé. La silhouette d'Ambre se découpant nettement devant lui, le jeune homme se permit un sourire machiavélique. La charmer ne serait pas aussi aisé qu'il avait pu l'imaginer au premier abord mais la tâche n'en serait que plus amusante. Et la chute d'Ambre n'en serait que plus cruelle et douloureuse.
Dieu que j'aime être méchant !
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Je vais encore vous demander ce que vous en avez pensé…
Alors ? vous en avez pensé quoi ? rewiewez please. Je vois ainsi qui aime vraiment (ceux qui se donnent la peine de laisser un petit message) et combien y'en a qui suivent…
Bonnes vacances de Noël !
Et pour ceux qui auraient pas vu et que ça intéresseraient, y'a des illustrations sur Pirates. Allez voir le lien dans ma bio (vers la fin, en bleu, pour ceux qui auraient la flemme de chercher…)
