Je sais, j'ai mis longtemps à le pondre mais je vous avais prévenus.

Et puis, j'aurais pu faire bien pire.

En tout cas, le fait est là : j'ai fini ce satané chapitre. Qui, je l'espère, vous plaira. Il y aura des déçus à la fin, mais c'est fait exprès. Mais prenez votre mal en patience !

Et, accessoirement, on m'a dit que, comme je mettais longtemps entre deux chapitres °vérité discutable° je devrais écrire un résumé du chapitre précédent. Donc je le fais là. Si vous voulez que je continue, dites-le. Email, rewiew, message privé… le choix ne manque pas !

Donc. Un résumé.

Résumé : dans l'épisode précédent, Ambre était chargée de récolter des informations à Port-Royal sur la campagne anti-pirate menée par Norrington. Norrington qu'elle rencontre par hasard et qui lui raconte sa vie. La brave petite fille repart en courant pour ne pas manquer le rendez-vous laissé par son capitaine. Evidemment, avec sa chance naturelle, elle arrive au lieu de rendez-vous au moment où l'Ecumeur met les voiles. Au sens propre. Complètement épuisée, elle se jette à l'eau à la poursuite du navire. Et c'est Wulfran qui vient l'aider avant qu'elle ne se noie ou se fasse bouffer par ses amis requins. Et la mignonne petite Ambre dans sa robe mouillée et très… seyante se voit une nouvelle fois aidée par notre cher Wuwu. Dans le dortoir, ce charmant jeune homme devient presque trop gentil avec son ennemie. Rapprochements suspects… mouhahaha !

Maintenant, la suite !

OoooOoooOoooO

Chapitre 31 :

Sanctions disciplinaires

Tu as rencontré Norrington en personne ? »

Roberts était interloqué. Décidément, cette jeune fille aux yeux d'or le surprendrait toujours.

« - Vous m'aviez dit de vous ramener des informations. Je n'ai fait que vous obéir au mieux… répondit Ambre avec un sourire en coin.

- Il est certes vrai que c'est la personne la plus au courant. Mais comment as-tu fait ?

- Je suis tombée sur lui par hasard et…

- Et il te raconte sa vie ? soit ce type est bizarre, soit tu es une sorcière.

- Je penche pour la deuxième proposition, dit Ambre en riant gaiement.

- Moi aussi, avoua Roberts. Mais il vaut mieux ne pas en faire part au reste de l'équipage… ils seraient capable de se mettre à trembler à ton approche.

- C'était pas déjà le cas ?

- Ils ne sont pas encore terrifiés. Ils ont juste peur de toi. Ça ne fait pas trembler.

- J'vois pas la nuance, le taquina Ambre.

- Il y en a pourtant une. Je te croyais suffisamment intelligente pour la trouver.

- Vous allez me vexer, répliqua Ambre. Et ça, c'est terrifiant à voir.

- Je n'ai peur de rien, voyons ! je ne suis pas le terrible pirate Roberts pour rien ! »

Ambre se mit à rire doucement, ses yeux pétillants de bonne humeur.

Roberts s'enfonça plus profondément dans son fauteuil et se mit à jouer avec sa chevalière en or. Souvenir d'un lointain pillage. Il contempla son joyeux serpent-dragon quelques secondes, un léger sourire aux lèvres, avant de reprendre plus sérieusement.

« - Je crois qu'on s'est un peu éloigné de ce qui m'intéresse. »

Ambre reprit son sérieux et poursuivit à narrer ses aventures, avec moult gestes et mimiques qui firent rire son capitaine.

Lorsqu'elle eut fini, pas loin d'une heure plus tard, Roberts la renvoya travailler un peu, pour qu'il puisse réfléchir tranquillement et rassembler les petits éléments qu'elle avait dénichés pour en faire quelque chose de concret. Ambre protesta et insista pour l'aider, pas pressée pour un sou de retourner dans la mâture, mais Roberts refusa gentiment mais sûrement.

La jeune fille se retrouva donc sur le pont. Trévor surgit avant qu'elle n'ait pu filer et lui ordonna d'aller travailler sur le grand mât, pour aider Grégoire et Wulfran.

« - Naan… s'il te plait. Pas avec eux, le supplia-t-elle avec son air de chien battu le plus misérable de son répertoire.

- Navré, mais si. »

Scrogneugneu de contre-maître à la c… !

Avec un bruyant soupir, Ambre s'en alla rejoindre ses compagnons de travail. Wulfran l'accueillit avec un ricanement moqueur qu'elle ignora royalement.

« - Alors ? tu fais tout pour te retrouver avec moi maintenant ? lui demanda Wulfran lorsqu'elle fut à portée de voix.

- Pas du tout, répliqua la jeune fille en se hissant sur la vergue.

- Alors pourquoi faisais-tu ces yeux de poisson mort à Trévor ?

- Justement pour ne pas me retrouver ici. »

Wulfran poussa un soupir dramatique avant de se tourner vers son ami.

« - Tu entends ça ? elle n'a pas envie de venir te voir. Tu l'insupportes. »

Grégoire émit un petit ricanement et se serait bien laissé aller au fou rire si le regard incendiaire d'Ambre ne l'en avait pas dissuadé.

« - Rôh ! mais ne sois donc pas si méchante avec lui, la gourmanda Wulfran.

- Encore un mot et je te châtre ! rétorqua Ambre.

- Me châtrer ? manqua de s'étouffer Wulfran.

- Ouais. Pourquoi ? ça te gêne ? tu comptais avoir une progéniture ?

- Bah… ouais. Plein de copies de moi pour te rendre la vie impossible, » dit le ténébreux jeune homme avec un sourire moqueur.

Ambre feignit de ne pas entendre. Elle n'avait aucune envie de se prendre la tête avec cet imbécile prétentieux, même si elle avait dans sa manche quelques piques qui le mettraient en rogne pour le reste de la journée. Elle n'aurait qu'à lui rappeler ce qui s'était passé la veille.

Ambre aurait parié que sa soudaine et surtout si inhabituelle gentillesse de la veille le turlupinait encore.

Hin ! hin !

« - Pourquoi tu souris comme ça ? »

Ambre se tourna vers Wulfran. Elle lui adressa un regard mystérieux et pétillant de malice.

« - Oh… pour rien, répondit-elle en portant son regard sur l'horizon.

- Tu mens très mal. »

Ambre se mit à rire doucement, de l'air de celle qui se moque ouvertement de son interlocuteur sans pour autant le dire.

« - Râââh ! gronda Wulfran. Ce que tu peux être horripilante !

- Merci pour le compliment.

- Ça n'en était pas un. »

La jeune fille partit d'un nouvel éclat de rire qui exaspéra encore un plus le fils de Roberts.

Elle m'énerrrrrve !

Ils travaillaient en silence depuis une bonne heure lorsque Thérèse débarqua soudain sur la vergue sur laquelle ils se tenaient.

« - Salut ! » lança-t-elle à l'assemblée.

Ambre répondit chaleureusement mais Wulfran se contenta d'un grognement à peine amical. Ambre se retint de lui mettre un violent coup dans les côtes pour lui rappeler ses bonnes manières avant de se souvenir qu'il pouvait être violent. Et de plus, cette prise de risque ne servirait à rien puisque Wulfran n'avait jamais eu de bonnes manières.

« - Il paraît qu'on repart dans des eaux plus poissonneuses… leur rapporta la blondinette.

- C'est vrai ? s'étonna Grégoire. Le capitaine a fini ce qu'il avait à faire ici ?

- Il semblerait, répondit Wulfran.

- On passe devant l'Isla Mona et on file jusqu'en Guadeloupe, les informa Ambre.

- Comment tu sais tout çsss… » commença Wulfran avant de s'interrompre.

Le sourire d'Ambre lui fournit la réponse, ainsi qu'un souffle de vent sur les braises de sa colère.

Sale garce.

« - Les autres, ceux de mon quart, disent que les combats sont plus violents là-bas… murmura Thérèse, inquiète.

- Un peu, c'est vrai, répondit Ambre, mais ce n'est pas la mer à boire.

- Pourquoi ? t'as peur ? se moqua Wulfran.

- Oui, répondit la blondinette. Je n'ai jamais tué personne.

- Ne t'en fais pas, poursuivit Wulfran avec un sourire carnassier, Ambre non plus. Elle n'a d'ailleurs jamais touché une épée.

- Ne dis pas n'importe quoi ! répliqua Thérèse. C'est elle qui m'a appris à me battre !

- C'est bien ce que je dis. Mes sincères condoléances pour ta mort prochaine. Je viendrais poser une rose sur ton cadavre. Une blanche ou une rouge ? »

Exaspérée de l'entendre débiter ces stupidités à un rythme si soutenu, Ambre plaqua une main sur le front du jeune homme et le repoussa durement. Wulfran bascula en arrière et aurait manqué s'étaler sur le pont quelques mètres en dessous d'eux si Grégoire ne l'avait pas retenu.

« - Eh ! beugla Ambre. T'es pas bien ?

- De quoi ? qu'est-ce que j'ai fait ? se récria Grégoire qui ne comprenait pas pourquoi la jeune fille lui en voulait.

- Bah ! tu l'as retenu ! tu pouvais pas simplement le laisser tomber, non ? on aurait enfin eu la paix !

- Mais… mais, bégaya Wulfran, c'est qu'elle voudrait ma mort, cette garce !

- Bah… oui, répondit Ambre. Pas toi ?

- Vouloir ma mort ? non.

- Arrêter cinq minutes vous deux, les arrêta Thérèse. Vous êtes fatigants.

- Mais… protesta Ambre. On s'ennuie sans ça.

- Nan. Tu t'ennuies sans moi. C'est pas pareil, » rectifia Wulfran.

Le jeune homme prit soudain une pose d'intense réflexion, puis il ajouta avec l'air de celui qui vient de prouver le théorème de Pythagore, sûr de son coup :

« - C'est pour ça que tu veux pas partir. Je te manquerais trop. »

Les deux ennemis se regardèrent dans les yeux avant d'exploser de rire, sous le regard ahuri des deux autres.

« - Je crois qu'on a un problème… dit Grégoire, consterné par l'attitude d'Ambre et Wulfran.

- Mouais, répondit Thérèse qui sentait sa colère enfler. Mais je crois que c'est ton problème. A plus tard. »

Sur ces aimables paroles, elle agrippa les haubans.

« - Attend ! » protesta Ambre, encore en train de rire.

Thérèse ignora l'appel de la jeune fille et poursuivit son chemin. Elle atterrit sur le pont quelques secondes plus tard et rejoignit son groupe de quart dans la cambuse.

Ambre la regarda disparaître, dépitée.

« - Laisse, lui dit Wulfran. Elle est de mauvaise humeur en ce moment…

- P't'être mais c'est pas une raison. »

Wulfran haussa les épaules. Il n'allait quand même pas lui dire que Thérèse ne pouvait pas la sentir et que ça devait profondément l'ennuyer de les voir rigoler ensemble.

Et à bien y réfléchir, cela aurait dû l'ennuyer aussi.

J'me fais vieux. Mon cerveau ramollit. Il ne reconnaît plus mes ennemis.

« - Mettez-vous au boulot ou c'est moi qui vous y met ! »

Ambre et Wulfran regardèrent qui osait leur adresser ainsi la parole tandis que Grégoire se mit intelligemment aussitôt à la tâche.

« - Qui est-ce que vous regardez ? beugla Trévor devant les regards courroucés des deux jeunes gens.

- Fichtre ! il pouvait pas nous laisser en paix ? marmonna Wulfran.

- Nâon. Ça serait bien trop gentil. C'est un pirate. Il a une réputation à tenir… »

Wulfran ronchonna encore quelque chose puis se remit à l'ouvrage, aidé d'Ambre.

Le reste de la journée se déroula normalement, entre les piques acides que se lançaient Ambre et Wulfran, les blagues idiotes des jumeaux et les coups de gueule du second. Et ce fut dans cette même monotonie que les jours suivants s'écoulèrent, au grand désespoir des membres de l'autorité qui auraient bien passé les fauteurs de troubles par la planche.

Puis l'Ecumeur profila enfin son imposante silhouette entre les îles vierges et fila toujours plus à l'ouest. La chance ne mit pas longtemps à lui sourire. En une belle fin d'après-midi, un navire susceptible de se laisser piller dévoila ses charmes à l'horizon.

La vigie cria de joie lorsqu'elle l'aperçut et rameuta tous les pirates sur le pont.

A peine Roberts donna-t-il l'ordre de se lancer à sa poursuite que les forbans s'élancèrent dans la mâture pour réorienter les voiles. En quelques minutes, l'Ecumeur s'inclina à tribord et fendit joyeusement les eaux, le vent le propulsant avec bonheur.

Ambre s'activait à orienter correctement le perroquet du mât de misaine lorsqu'elle aperçut Thérèse. La blondinette oeuvrait avec des gestes secs et mal assurés. La jeune fille aux yeux de miel s'interrompit dans son travail pour la regarder plus attentivement. Son amie était terriblement anxieuse à l'idée de participer à un abordage.

« - Eh ! grinça Wulfran. Met un peu plus de cœur à l'ouvrage!

- Tu peux me remplacer cinq minutes ? demanda Ambre.

- Non.

- Merci.

- Eh ! »

Wulfran n'eut pas le temps de la retenir que la jeune fille était déjà dans les haubans. Il ronchonna, furieux, puis haussa les épaules.

Rien à foutre. Elle peut crever pour que je bosse à sa place.

Ambre descendit l'échelle de corde et se retrouva sur le pont. Un regard furtif l'informa que le quartier-maître n'était pas dans les parages. D'un pas décidé, elle traversa le pont et grimpa dans un autre hauban. Elle arriva en quelques minutes sur la vergue où Thérèse travaillait. La blondinette tourna instinctivement la tête à cette arrivée impromptue.

« - Je peux te parler une minute ? » demanda Ambre.

Thérèse hocha la tête. Elle finit ce qu'elle était en train de faire puis délaissa ses compagnons quelques instants.

« - Ça va ? s'enquit la jeune fille en repoussant ses cheveux blancs d'une main agacée.

- Pourquoi me demandes-tu ça ? fit Thérèse, soupçonneuse.

- Tu avais l'air… stressée.

- Qu'est-ce qui te fais dire ça ? répliqua Thérèse, mal à l'aise.

- Bah… t'es pas comme d'hab'. C'est l'abordage qui te met dans cet état ? »

Thérèse acquiesça lentement.

Ambre inclina la tête et regarda son amie de travers, comme si, ainsi, elle allait pouvoir trouver une solution. Elle ne se rappelait que trop bien ses premiers abordages. Le premier homme qu'elle avait tué aussi. Elle savait ce que c'était. La peur qui nouait le ventre à en faire mal.

Ça lui arrivait encore, quelques fois.

Mais elle avait eu l'avantage d'être jeune à cette époque. Aucun pirate ne lui en aurait voulu si elle s'était planquée en attendant que ça finisse. Elle ne serait peut-être pas restée très longtemps sur l'Ecumeur dans ces circonstances mais c'était tout. Si Thérèse paniquait, les forbans ne lui pardonneraient pas. D'autant plus que Roberts l'avait désignée comme étant une fine lame.

Sans cela, jamais elle ne serait montée sur l'Ecumeur.

« - Je me rappelle mon premier abordage… commença Ambre. Je… c'était horrible, certes mais…

- Mais quoi ? glapit la blondinette, les mains crispées sur ses avants bras.

- On s'y fait. Rapidement. Il suffit de ne penser à rien. Tu fais comme je te l'ai appris. C'est tout. Ne pense qu'à ton épée. Quand y'en a un qui tombe, ne le regarde pas et continue.

- Tu parles ! comme si c'était facile !

- Je n'ai jamais dit que c'était facile ! répliqua Ambre. J'essaie juste de t'aider. Tuer quelqu'un, c'est…

- C'est ?

- Je ne sais pas comment dire mais… il ne faut pas s'arrêter là-dessus. En tout cas, pas pendant l'abordage. Tu auras tout le temps d'y penser après.

- Ça ne m'aide guère… ronchonna Thérèse.

- Tu m'en voies navrée. »

Les deux jeunes femmes échangèrent un regard silencieux, puis Thérèse poussa un soupir déchirant.

« - J'vais jamais y arriver ! gémit-elle.

- Faut jamais dire jamais, répondit Ambre avec un sourire espiègle.

- Tu crois vraiment que c'est le moment de plaisanter ?

- Je ne plaisante pas. C'est un proverbe… un proverbe de…

- D'un imbécile, répondit la blondinette à la place d'Ambre.

- C'est possible. Mais je cherchais sa nationalité. Un imbécile, ça en fait beaucoup si on n'en cherche qu'un seul. Savoir de quel pays il vient, ça réduit déjà les recherches…

- Il y a un intérêt à chercher les imbéciles ?

- A se croire intelligent une fois qu'on l'a trouvé.

- Peut-être, mais tu es passée pour une conne avant en le cherchant.

- C'est pas faux, » répondit Ambre en riant.

Thérèse se joignit à elle, même si son rire était teinté d'appréhension et de peur. Ambre le remarqua et plongea ses yeux de miel dans ceux de glace de la blondinette. Elle lui adressa un sourire chaleureux.

« - Ne t'en fais pas. C'est pas si terrible… un petit, minuscule, riquiqui examen d'entrée dans ta future vie de parfaite pirate !

- … et si j'échoue ?

- Ça n'arrivera pas. Tu es trop douée pour ça. Tu es bien plus douée que ces marins d'eau douce. Aucune chance de mourir sur le front. Tout ce que tu as à faire, c'est d'y aller. C'est le plus important. Vraiment le plus important. »

Thérèse tourna vers Ambre un visage tourmenté.

« - Faut que j'y aille… s'excusa Ambre. Y'a Trévor qui arrive et je ne tiens pas à me retrouver aux fers pour m'être encore carapatée de mon poste…

- Je t'en prie. Je m'en voudrais de t'accompagner dans cette cale si peu accueillante pour t'avoir empêcher de travailler… »

Ambre émit un rire cristallin et donna un léger coup de poing dans l'épaule de son amie en guise d'encouragement.

« - Courage ! tu vas leur en mettre plein la vue ! »

Puis Ambre redescendit dans les haubans avec agilité. Thérèse la regarda atterrir sur le pont avec légèreté et repartir sur le mât de misaine. La blondinette soupira pour elle-même.

« - J'aimerais en être aussi sûre… »

Puis elle se leva avec raideur et retourna aider ses compagnons.

OoooOoooOoooO

« - Préparez les grappins ! beugla Roberts. Chargez les canons ! »

L'agitation sur le pont de l'Ecumeur était à son comble. Son capitaine hurlait ses ordres pour couvrir le vacarme. Les pirates couraient en tous sens sur le pont. Leurs pieds faisaient résonner les cales et les cris des forbans venaient s'ajouter à ce rythme soutenu.

Ambre finit de passer son épée à sa ceinture et vérifia que ses dagues étaient facilement dégainables. Wulfran ricana en la voyant faire.

« - Non, ce n'est pas pour écorcher les lapins, répondit froidement la jeune fille au sarcasme silencieux du fils de Roberts.

- Mais je n'ai rien dit, se récria-t-il.

- Tu penses trop fort.

- Tu sais qu'à une époque on t'aurait brûlée vive pour ça ?

- Ça tombe bien, on a changé d'époque. T'es prêt ?

- Bien sûr, répondit Wulfran, offusqué qu'elle ait pu lui posé pareille question.

- On attaque par où, aujourd'hui ? »

Depuis un certain temps déjà, Roberts forçait ces deux compères à combattre ensemble, même s'ils protestaient à chaque fois. Mais Roberts avait ses raisons d'agir ainsi : Ambre et Wulfran étaient si terrifiants quand ils se battaient ensemble que les marins se rendaient beaucoup plus rapidement. Moins de perte et donc meilleur moral. Sauf pour les deux concernés.

Et puis le capitaine de l'Ecumeur ne désespérait pas de les voir s'entendre un jour un peu mieux. Ses deux protégés avaient fait pas mal de progrès depuis que Wulfran était monté à bord, mais ce n'était toujours pas le bonheur absolu.

« - Tu me laisses choisir ? c'est gentil, la taquina le jeune homme.

- Mais de rien.

- Ça t'a fait plaisir, avoue-le, se moqua Wulfran en donnant un violent coup de coude dans les côtes de la jeune fille.

- Gnourf ! fit-elle en grimaçant de douleur.

- Chochotte.

- Va paître ! » répliqua vertement Ambre en se massant le flanc.

Wulfran émit un ricanement sadique tout en reportant son attention sur leur proie. La majeure partie des marins s'était rassemblée à la poupe, tandis que les autres formaient une ligne de défense le long du bastingage. Ils brandissaient leurs épées dans l'espoir de faire renoncer les pirates mais c'était peine perdue.

« - Directement sur la poupe ? proposa Wulfran.

- Là où y'a tout le monde ? t'es pas un peu fou ?

- Mon état mental n'est pas le plus important en ce moment. Si on attaque là, on…

- Si, ton état mental est important. Tu vas nous faire tuer !

- Non. Te faire tuer. Moi, je reste en vie. J'ai encore de longues et mouvementées années à vivre.

- Tu persistes à croire que tu es plus fort que moi l'épée à la main ? la bonne blague ! répliqua Ambre.

- Mais c'est un fait.

- Dans tes rêves !

- Prouve-le donc ! » lui répondit Wulfran avec un sourire enjôleur.

Ambre plongea ses yeux dorés dans ceux de métal de Wulfran. Elle chargea son regard de toute la froideur méprisante possible avant d'ouvrir la bouche.

« - Tout ça pour me faire attaquer par la poupe ?

- Oh merde ! t'as deviné ! fit Wulfran, faussement déçu.

- Je t'ai dit que non. Pas par là. J'suis pas suicidaire.

- Et c'est toi qui dit ça ? alors que tu t'es jetée à l'eau, complètement épuisée ? eau dans laquelle nageaient certainement quelques gentils requins affamés… sans oublier ta tentative pour finir écraser par tous les pirates de ce bâtiment ? j'y aurais pas pensé, moi, à la robe mouillée… »

Ambre piqua un fard. Wulfran n'aurait pu deviner s'il s'agissait de honte ou bien de colère. Dans les deux cas, cela l'amusait.

« - Enfin bref. On disait donc qu'on attaquait par la poupe, » reprit Wulfran.

Et avant qu'Ambre ait pu prononcer un mot, il lui prit le bras et la força à avancer.

« - Eh ! protesta-t-elle inutilement.

- Allez hop ! on y va. On va finir par être en retard. Les autres vont s'amuser sans nous.

- J'ai dit non !

- Je m'en fous. Moi je vais par là, que tu le veuilles ou non. Et comme mon père veut qu'on se batte ensemble, tu vas bien être obligée de me suivre.

- Fourbe !

- Oui, c'est un mot qui me décrit assez bien, » répondit Wulfran en riant gaiement.

Vaincue, Ambre cessa de résister et se laissa emmener. Wulfran lui tendit un grappin qu'elle saisit avec mauvaise humeur. Le jeune homme ricana et lui adressa son sourire le plus moqueur.

« - Tu m'as dit de choisir. C'est ce que j'ai fait.

- Tu m'énerves.

- Je sais. C'était mon but. »

Ambre s'abstint de répondre, ce qui fit rire encore plus cet arrogant bonhomme.

« - Pas de réplique spirituelle à me lancer ?

- Y'en avait plus en stock. Faut que je repasse au magasin la semaine prochaine pour refaire le plein.

- Ça va être bien ça. Une semaine sans que tu puisses m'enfoncer…

- Ne sois pas trop optimiste. Ils ont des arrivages surprises. »

Le jeune homme émit un ricanement joyeux et se passa une main dans les cheveux. Il regarda l'autre navire qui se rapprochait de plus en plus avec un sourire radieux.

« - Décidément, tu es de bonne humeur, » fit une voix derrière eux.

Ambre et Wulfran se retournèrent vers Thérèse. Ambre lui adressa un sourire amical tandis que celui de Wulfran fanait.

« - T'es prête ? demanda Ambre à la blondinette.

- C'est une question à ne pas poser, la coupa méchamment Wulfran.

- Désolée.

- Pas de mal, répondit Thérèse en se tordant les mains nerveusement.

- Tout va bien se passer, » tenta de la rassurer Ambre.

Wulfran leva les yeux aux ciel et poussa un soupir exaspéré.

Et elle pense vraiment que ça va la rassurer ?

Thérèse jeta un coup d'œil inquiet vers le navire qui se trouvait de plus en plus près et inspira difficilement. Elle retourna ses yeux bleus vers Ambre et Wulfran.

« - Roberts m'a dit de me battre avec vous… »

Un silence tendu suivi cette déclaration. Wulfran fut le premier à le rompre.

« - Tu lui as dit que ce n'était pas une bonne idée ?

- Oui mais… il a dit que… si j'étais ici, c'était parce qu'il avait vanté mes talents d'escrimeuse. C'est ce que les autres attendent de moi et…

- Je vois, » la coupa Ambre, furieuse contre son capitaine.

Elle savait qu'il avait raison et que c'était la chose la plus logique et sensée à faire s'ils voulaient garder Thérèse à bord mais… elle avait espéré qu'il ne l'enverrait pas en première ligne pour son premier abordage.

« - Je… j'vais le voir, » dit Ambre en se dirigeant vers le gaillard d'arrière, d'où Roberts surveillait les opérations.

Wulfran la retint brutalement par l'épaule et la ramena vers lui.

« - Non. Il a raison. Je suis désolée pour toi, dit-il en s'adressant à Thérèse, mais… tu vas devoir venir avec nous.

- Mais… tenta Ambre.

- On va partir d'abord, histoire de dégager le terrain, et quand tu pourras poser le pied sans risque sur le pont adverse, tu nous rejoindras. Le plus dur, c'est ça : prendre pied de l'autre côté. Après, ça ira tout seul. »

Thérèse hocha la tête en signe d'acquiescement. Ambre n'ajouta rien. Ce que proposait Wulfran était la meilleure chose à faire. Elle passa une main lasse dans ses cheveux blancs et soupira.

« - T'endors pas, on va devoir y aller, » lui rappela sèchement Wulfran.

Ambre poussa un grognement pour lui signifier qu'elle avait compris. Wulfran se rapprocha du bastingage où la plupart des pirates attendaient le début des hostilités. La jeune fille adressa un regard d'encouragement à son amie avant de rejoindre le fils de Roberts. Thérèse ne bougea pas, le regard fixé sur le bateau devant eux, bientôt à portée de grappins.

Ambre s'accouda à côté de Wulfran et lui demanda à voix basse.

« - On attaque par où ?

- Toujours par la poupe. Pourquoi veux-tu changer ?

- Thérèse, répondit simplement Ambre, pour qui ce nom résumait tout.

- C'est pareil. Elle arrivera après nous et on aura déjà fait du nettoyage. Et comme ça, elle ne risque pas de recevoir une balle perdue dans le dos puisqu'il n'y aura personne derrière nous.

- J'espère que tu as raison, soupira Ambre, angoissée qu'il puisse arriver quelque chose à son amie.

- Ne te fais donc pas tant de soucis pour elle.

Elle m'énerve à se faire du soucis pour une fille qui la déteste !

- Tu devrais même plutôt t'en faire pour toi, poursuivit Wulfran avec un sourire sardonique.

- Arrête de rêver, je ne mourrais pas aujourd'hui.

- L'espoir fait vivre, répliqua Wulfran.

- En particulier les imbéciles. »

Le jeune homme ricana sans se vexer. Un mince sourire étira ses lèvres fines.

Ses plaisanteries vaseuses me passeraient-elles enfin à vingt-mille au-dessus ?

OoooOoooOoooO

L'Ecumeur talonnait sa proie et commença enfin à longer son flanc. L'Ecumeur cracha quelques boulets de canons, bientôt suivis par une première salve de coups de feu. Puis, avant que les marins n'aient eu le temps de recharger, Ambre, Wulfran et d'autres pirates se mirent debout sur le bastingage, grappin en main. Ils les lancèrent avec vivacité vers le navire. Certains ratèrent leur cible ou ne trouvèrent point de coin où planter leurs crocs d'acier, d'autre furent décrochés par les marins au bord de la panique, mais la majeure partie des crochets trouva prise sur le vaisseau. Ambre et Wulfran vérifièrent que les leurs étaient solidement ancrés et s'élancèrent au-dessus de l'eau.

Ils atterrirent violemment sur le gaillard d'arrière et dégainèrent leurs épées. La tête du capitaine vola avant qu'il n'ait pu esquisser un seul mouvement et Wulfran se chercha immédiatement une nouvelle victime.

« - Bien joué, le félicita Ambre en plantant son arme dans le ventre de l'homme le plus près d'elle.

- Tu me complimentes ? c'est nouveau, ça. »

Ambre fit deux pas de côtés, évita souplement une épée, para un coup et riposta d'un coup sec. Sa dague trouva aisément la gorge de son adversaire et y laissa un profond sillon. Puis un cadavre.

« - Profites-en, ça ne durera pas ! »

Les deux jeunes gens durent bientôt cesser de parler, trop occupés à déblayer le chemin.

Ambre jeta à un moment un rapide coup d'œil derrière elle. Elle entraperçut la chevelure blonde de Thérèse ramenée en une longue tresse qui se balançait dans son dos. Elle était toujours sur le pont, attendant le moment où elle pourrait aborder. Une attaque aussi soudaine que violente faillit lui percer un deuxième nombril lorsque l'épée de Wulfran trancha net la main de son agresseur. Un deuxième moulinet et de la gorge de l'homme s'écoula un sang rouge et visqueux. Le jeune homme lui adressa un regard noir.

« - Fais un peu attention ! gronda-t-il entre ses dents serrées. A moins que tu n'ais décidé de me faire plaisir ? » ajouta-t-il avec son éternel sourire moqueur.

Ambre ne répondit pas et se concentra sur les combats, les siens en particulier. Elle entendit à peine le commentaire acerbe de Wulfran.

« - Arrête de te focaliser sur Thérèse et protège plutôt nos arrières ! »

Les pirates suivirent la piste sanglante qu'ils laissaient derrière eux et, peu à peu, les pirates prirent possession du navire abordé. Ambre et Wulfran rejoignirent à coups d'épées leurs compagnons qui avaient débarqués sur le pont.

Les forbans poussèrent des cris de victoire. Même s'ils n'avaient pas encore pris le contrôle de tout le navire, ils pouvaient désormais descendre dans les cales et dans tout le navire. Ce n'était plus qu'une question de temps pour qu'ils acculent les marins. En effet, moins de dix minutes plus tard, les marins et les passagers avaient rendu les armes et se tenaient d'un côté du pont, gardés par trois pirates, tandis que leurs compères mettaient le navire à sac.

Ambre essuya son katana sur la chemise d'un mort et fit glisser la lame dans son étui ouvragé. Elle repoussa son opulente chevelure blanche et poussa un profond soupir de contentement.

Encore une bonne chose de faite !

Enfin… pas bonne pour tout le monde, mais…

Elle offrit son visage au soleil éclatant et ferma les yeux. Une pensée brutale les lui ouvrit soudain. Son visage perdit toute couleur alors qu'elle se retournait, ses yeux de miel balayant frénétiquement le pont ensanglanté.

Thérèse !

Son regard alla d'un cadavre à l'autre, en espérant ardemment ne pas trouver celui de son amie. Elle chercha à se rappeler la dernière fois où elle l'avait vue mais ses pensées n'arrivaient pas à retrouver leur cohérence. De plus en plus paniquée, elle entreprit de faire le chemin inverse de celui qu'elle avait suivi avec Wulfran lors de l'abordage.

Une main l'attrapa brusquement par l'épaule et la fit se retourner. Ambre se trouva nez à nez avec Fred.

« - Oh la ! ça va pas ? lui demanda-t-il lorsqu'il découvrit son regard hagard.

- Je… as-tu vu Thérèse ?

- Thérèse ? non. Mais j'ai fait vite fait le tour des cadavres et je ne l'ai pas vue.

- Tu es sûr ? lui demanda Ambre, toujours inquiète.

- Elle doit être en train d'aider les autres… fait d'abord ce que tu dois faire si tu ne veux pas te faire incendier par Trévor. Et si elle était morte ou blessée, pense que tu serais la première au courant.

- Tu as raison, admit la jeune fille. Je m'affole pour rien.

- Ouais. Et je vais finir par être jaloux. »

Ambre tourna vers le jumeau de grands yeux dorés étonnés.

« - Tu ne t'es jamais autant inquiétée pour nous…

- Vous étiez déjà des pirates compétents lorsque je vous ai connus, » répondit Ambre avec un sourire taquin.

Fred poussa un grognement amusé pour toute réponse et la renvoya au boulot avec une petite tape sur les fesses.

« - Refais ça et tu prendras la mienne sur la gueule ! »

Fred ricana et repartit joyeusement sous le regard mi-courroucé mi-amusé de la jeune fille. Un sourire se dessina sur ses lèvres. Elle secoua doucement la tête, rejetant ainsi ses inquiétudes, et rejoignit ses camarades pour aider à trier leurs trouvailles.

Quelques vingt minutes plus tard, Ambre finissait de répertorier leur butin et inscrivit d'une écriture fine le lot de six rouleaux de soie dans une colonne du livre de compte de Roberts. Elle repoussa une mèche de cheveux blancs qui lui chatouillaient le nez, essuya la sueur qui perlait de son front d'un revers de main et poussa un soupir satisfait. La jeune fille ferma son livre d'un coup sec, rangea la plume d'oie et son pot d'encre et s'étira comme un chat au soleil.

Elle prit la direction de la cabine de son capitaine pour lui rendre ses petites affaires et gagner ensuite le dortoir pour un repos bien mérité.

Ambre frappa deux coups secs à la porte et entra sans attendre de réponse. Roberts leva le nez de ses cartes étalées sur son bureau et adressa à la jeune fille un regard surpris et un brin mécontent.

« - Je vous ramène ça, dit Ambre en agitant le livre de comptes et le nécessaire à écrire.

- Pose ça par là, répondit Roberts en désignant un coin de la table d'un geste vague. Et attend que je te dise d'entrer la prochaine fois.

- Oui, mon capitaine, » répondit-elle machinalement, plus par habitude que par conviction.

Ambre lui rendit son attirail et ressortit rapidement. Roberts hésita à lui faire remarquer que, si elle entrait encore une fois dans sa cabine sans y avoir été invitée, il la mettrait aux fers, pour l'exemple. Mais les yeux d'Ambre montraient clairement que ce n'était pas sa préoccupation première et qu'elle ne l'écouterait que d'une demie oreille distraite. Le capitaine de l'Ecumeur se contenta de secouer la tête et retourna à ses cartes et à son compas.

La jeune fille reparut sur le pont alors que les derniers pirates descendaient les coffres dans les cales. Les voiles de l'Ecumeur avaient été déployées et le navire s'était éloigné majestueusement de la carcasse en flammes qui, encore peu de temps auparavant, naviguait tranquillement sur l'océan impassible. Ambre y jeta un rapide coup d'œil puis se détourna rapidement de cette triste vision. Elle traversa le pont jusqu'à l'escalier qui menait à l'intérieur du bâtiment et le descendit rapidement. Elle espérait retrouver Thérèse dans le dortoir. L'absence de nouvelle lui nouait quelque peu l'estomac, même si Fred lui avait dit de ne pas s'inquiéter.

Tandis qu'elle avançait dans l'étroit couloir de bois, Ambre entendit des cris étouffés et des grognements rageurs qui provenaient du dortoir. Elle accéléra le pas et déboucha bientôt dans la vaste pièce au plafond bas. La jeune fille mit quelques secondes avant de réaliser ce qui se passait. Thérèse était agenouillée sur le sol, la tête protégée sous ses bras et essayait d'échapper aux pirates qui la huaient et la frappaient sauvagement.

Le sang d'Ambre ne fit qu'un tour. Elle serra les dents et se jeta au milieu des forbans. Elle les écarta et les poussa violemment pour atteindre son amie, toujours prostrée à terre.

« - Hé ! » rugit un pirate qui manqua trébucher sur son voisin lorsque Ambre le bouscula brutalement.

La jeune fille lui adressa à peine un regard et parvint jusqu'à la blondinette. Les insultes se turent lorsque les pirates reconnurent leur Serpent-dragon. Ambre, les mâchoires toujours serrées, aida Thérèse à se remettre debout. Elle lui passa un bras autour de la taille et lui tint le bras pour l'empêcher de retomber. Une fois assurée qu'elle garderait l'équilibre, Ambre promena sur la petite troupe un regard meurtrier.

« - Puis-je savoir ce que signifie ce bordel ? demanda-t-elle d'une voix qui charriait des glaçons.

- Cette catin n'a pas participé à l'abordage, répondit immédiatement un pirate, furieux et encore excité par le goût du sang.

- Cela m'étonnerait.

- Et pourtant ! elle est partie se terrer ici en attendant qu'on fasse tout le boulot !

- Roberts nous avait promis une furie comme toi. Et tout ce qu'on a, c'est une femmelette doublée d'une lâche ! rugit un autre.

- Ce n'est pas… gronda Ambre, les sourcils froncés en une expression menaçante.

- Laisse… murmura Thérèse. Ce… c'est vrai. Je suis restée là…

- Est-ce une raison pour te battre comme ça ? » répliqua Ambre, toujours glaciale.

Ses yeux de miel étaient si froids et furieux que plusieurs pirates reculèrent, honteux, lorsqu'elle posa son regard sur eux. Mais un forban, nommé Alfred, petit et râblé, aux mains couturées de cicatrices, la lorgna d'un air mauvais.

« - Ouais. Les lâches n'ont que ce qu'ils méritent. Navré que tu sois trop faible pour le supporter.

- Et ce n'est pas parce que c'est une femme qu'elle aurait droit à un traitement de faveur, » renchérit un autre en s'avançant d'un pas.

Ambre déglutit difficilement. Cela risquait de mal finir. Elle poursuivit néanmoins d'une voix ferme.

« - Les jugements doivent en passer par le capitaine. Je ne nie pas que Thérèse ne mérite pas cette… punition mais vous n'aviez pas le droit de…

- Arrête tes boniments ! la coupa Alfred. Le monde n'est pas aussi gentil que tu ne l'imagines, et encore moins ici qu'ailleurs !

- Je… commença Ambre, qui commençait à voir rouge.

- Il est temps que tu le comprennes. Roberts est un bon capitaine mais ce n'est pas le roi d'un monde utopique…

- Tu ne devrais pas employer tout ton vocabulaire dans une seule phrase, le railla Ambre qui en avait assez entendu.

- Sale garce ! »

La claque partit toute seule. Même Alfred en fut surpris. Il regarda sa main, celle qui venait de frapper le Serpent-dragon, la mascotte du navire, la protégée du capitaine. Ses lèvres s'étirèrent en un sourire sadique tandis que ses petits yeux noirs se tournaient vers le visage de la jeune fille. Ambre n'avait pas poussé un cri lorsque le coup l'avait frappée mais ses yeux dorés exprimaient sa surprise. Et de la peur.

« - Hin ! ricana le pirate. Alors ? on fait moins la fière ?

- Et toi donc ! j'ai cru que t'allais faire dans ton froc. Comme si me frapper allait t'attirer les foudres divines ! »

Ambre regretta ses paroles à peine les avait-elle prononcées.

« - Tu as raison… chuchota Alfred d'une voix mielleuse alors que ses collègues s'esclaffaient doucement. Tu n'es aussi qu'une faible femme, malgré les airs que tu te donnes !

- Faible femme que tu n'oserais pas affronter ! » répliqua Ambre vertement en relâchant doucement le bras de Thérèse.

Elle espérait se saisir d'une de ses dagues discrètement. Elle pourrait alors les tenir en respect. Peut-être. Jusqu'à ce que le bruit ameute les autorités du navire. Ou n'importe qui d'autre qui pourrait les tirer de ce mauvais pas.

« - Nous sommes des pirates, lui dit un forban avec un faux sourire d'excuse. Affronter les gens dans les règles de l'art et de l'honneur ne fait pas partie de nos attributions…

- Fils de… commença Ambre furieusement.

- Putes ? finit Alfred à sa place. Peut-être. En tout cas, c'est ce que vous pourrez dire à vos enfants… » conclut-il, menaçant.

Le pirate n'eut pas besoin d'encourager ses camarades. Ils se resserrèrent tous autour des deux jeunes filles avec des faces réjouies. Ambre se redressa de toute sa hauteur, essayant de trouver le meilleur moyen de s'en sortir. Thérèse, quant à elle, affichait un visage terne, résigné. Elle ne se débattrait sans doute pas ou peu, froide et inaccessible comme une statue. S'ils comptaient l'humilier ainsi, c'était peine perdue. Ils ne la blesseraient pas de cette façon. Elle y était trop rodée. Mais Ambre n'était pas capable de réagir ainsi. Elle le ne pourrait pas. Elle le savait. Elle se débattrait de toutes ses forces, toutes griffes dehors, pour leur plus grand plaisir. Elle devait trouver quelque chose.

« - Alors ? lui souffla Alfred, son visage à quelques centimètres du sien, qu'est-ce que ça fait de se sentir la proie de ses propres « camarades » ? »

Ambre lui cracha au visage et dégaina une de ses dagues. Thérèse manqua s'écrouler lorsque Ambre lui retira son appui. La lame de la jeune fille fila. D'un geste vif et précis, la jeune fille dessina un S sur la joue d'Alfred.

« - Ça m'énerve, » gronda-t-elle, furibonde.

L'homme trapu porta la main à son visage. Le sang coula abondamment entre ses doigts épais.

« - Qu'est-ce que…

- Un S. Comme Serpent-dragon. Si tu comptes me marquer de tes coups, je t'appose ma marque en échange.

- C'est un marché alors ? je l'accepte. »

Merde.

T'as encore bien géré ton coup, ma fille !

Il fit un brusque pas en avant pour tenter de désarmer Ambre. Elle l'esquiva souplement et lui envoya un violent coup de genou dans l'estomac. Le coup le fit reculer et lui coupa momentanément le souffle. Et la parole. Il se redressa péniblement et lui adressa un regard noir.

« - Sale garce. Tu vas voir…

- Quelle menace originale ! » le railla-t-elle.

Il s'élança en avant, évita la dague acérée et attrapa le poignet d'Ambre. La jeune fille lui écrasa le gros orteil de toutes ses forces et tenta de lui assener un coup de poing dans la mâchoire, mais un autre forban lui saisit le bras avant qu'elle n'ait pu atteindre sa cible. Un pirate se saisit de Thérèse et lui maintint les bras dans le dos. La blondinette se débattit furieusement mais le pirate menaça de lui casser le bras si elle résistait. Il força sur un bras et Thérèse poussa un cri. Elle cessa de s'agiter et baissa la tête, soumise.

Ambre, quant à elle, n'avait pas encore dit son dernier mot. Ni placer son dernier coup. Son pied droit vola et percuta de plein fouet l'homme le plus près d'elle. La violence du choc l'envoya rouler au sol. Elle profita de la surprise momentanée pour libérer un de ses bras et abattit son poing sur la nuque d'Alfred. Le petit homme, teigneux, ne lâcha pas prise pour autant. Il grogna un ordre et un autre pirate entreprit de lui saisir le bras. La jeune fille eut beau se débattre, mordre et griffer, elle se retrouva bientôt entravée et désarmée.

Alfred s'essuya le front d'un revers de manche et la contempla d'un air narquois. Ambre était maintenue par un pirate à la musculature impressionnante. Celui-ci lui serrait les bras dans le dos, prêt à lui briser si elle tentait quoi que ce soit. Ses cheveux blancs étaient ébouriffés et lui tombaient devant le visage en de multiples mèches rebelles. Ses yeux de miel brûlaient de haine. Sa bouche se tordit dans un rictus ironique.

« - Fier ? toute une bande de bons à rien pour maîtriser une faible femme… ah ça ! vous pouvez être fiers !

- Chienne ! » répliqua un grand pirate filiforme.

Sa main vola et imprima une marque rouge sur la joue de la jeune fille. Celle-ci émit un ricanement moqueur mais n'ajouta rien. Cela suffisait pour attiser leur colère.

Je suis folle.

Ou inconsciente.

Mais je crois que cela revient au même…

« - Tu vas enfin avoir ce que tu mérites, siffla Alfred. Retrouver la place que tu aurais toujours dû avoir… »

Il commença à déboucler sa ceinture, sans quitter Ambre des yeux. La jeune fille planta son regard droit dans le sien, non par bravade, mais parce qu'elle n'avait pas le courage de regarder ailleurs.

« - Laisse-la, » trancha une voix froide sur sa droite.

Ambre et le forban se tournèrent ensemble vers Thérèse.

« - De quoi tu te mêles, salope ?

- Ose me dire que ça ne me regarde pas.

- Ne t'affole pas, tu vas y passer aussi, rétorqua un autre pirate en la détaillant des pieds à la têtes, en passant relativement rapidement sur ses pieds pour s'attarder sur le reste.

- Laisse-la, répéta Thérèse, ignorant celui qui venait de lui adresser la parole.

- Tu crois vraiment que tu devrais la ramener ? lui demanda Alfred d'une voix sourde. Tu te planques pendant l'abordage et tu voudrais faire preuve de courage maintenant ? laisse-moi rire !

- Laisse-la, répéta Thérèse d'une voix froide, le visage impénétrable.

- Occupez-vous de cette garce pendant que je m'arrange avec le… Serpent-dragon, déclara Alfred, ignorant délibérément Thérèse.

- Avec plaisir, répondit l'un.

- Je ne crois pas, non, » répondit une voix glaciale.

Ambre, Alfred et les pirates se tournèrent tous vers le nouvel arrivant. Seul Thérèse ne bougea pas d'un pouce. Elle fixait toujours le petit pirate trapu, ses yeux bleu glace étincelant de haine contenue.

Wulfran se tenait dans l'encadrement de la porte. Ses yeux gris reflétaient sa fureur, de même que sa posture. Tout en lui montrait son courroux. Les muscles de ses mâchoires se contractaient spasmodiquement sous l'effet de sa colère mal contenue.

« - Je ne vous demanderais pas ce que vous faites, cela me paraît suffisamment évident.

- Et cela ne te regarde pas ! répliqua un pirate barbu qui avait déjà débouclé sa ceinture.

- Je crains bien que si. Lâchez-les.

- Non, répliqua Alfred.

- Je te conseille très fortement de le faire. Mon épée me démange à un point que s'en est limite supportable…

- Tu ne me fais pas peur !

- C'est parce que tu es stupide.

Eh ! il me pique mes répliques et ma répartie exceptionnelle !

- Dois-je te rappeler que tu es tout seul ? lui siffla le barbu en remontant son pantalon.

- Et alors ? je ne donne pas long feu de mauviettes comme vous.

- Grmmfl !

- Quelle réplique ! railla Wulfran. J'en suis tout retourné. »

Le barbu dégaina son épée et fonça sur Wulfran. Le jeune homme évita l'assaut, lui attrapa le poignet lorsqu'il passa à sa portée, enchaîna avec un croc-en-jambe qui l'envoya rouler à terre. Le ténébreux jeune homme ramassa l'épée qui avait glissé sur le parquet de bois et la jeta négligemment de l'autre côté de la pièce.

« - Relâchez-les, » répéta-t-il.

Son regard croisa celui d'Ambre. Il lui fit un imperceptible signe de tête en espérant qu'elle comprendrait. Si elle pouvait se libérer et prendre son arme, la situation irait bien mieux pour eux. Ces pirates n'étaient peut-être pas suffisamment fous pour les affronter tous les deux. Et Thérèse, si elle arrivait à se saisir d'une épée.

« - Dégage ! » gronda Alfred qui commençait à douter de la conduite à suivre.

Wulfran se contenta de ricaner et continua à avancer. Dans le même temps, Ambre sentit la poigne de celui qui la maintenait se desserrer.

Parfait.

Wulfran fit encore un pas en avant et se plaça ainsi presque à portée de l'épée d'Alfred. Il fit doucement glisser son épée du fourreau et leur adressa un sourire ironique.

« - Relâchez-les. Je ne le répèterais pas. Et puis… ça me gênerait de vous faire mal, » ajouta-t-il avec un regard mauvais.

Ambre choisit ce moment pour se libérer d'une torsion. Elle se retourna face à son tortionnaire et dégaina son sabre, toujours passé dans son dos. Il déglutit difficilement et leva les bras en l'air en signe de soumission. D'un geste de sa lame, elle lui fit signe de sortir, ce qu'il s'empressa de faire.

« - Pleutre ! rugit Alfred à son encontre, mais l'autre n'en avait cure.

- Alors ? poursuivit Wulfran, que décidez-vous ?

- Va te faire foutre ! » répliqua Alfred, à cours de réponse intellectuelle.

Des pas furieux résonnèrent soudain dans l'escalier puis dans le couloir. Des jumeaux et un Takashi furibonds apparurent à leur tour dans le dortoir. Lorsque George aperçut Alfred et son pantalon débouclé, et à côté Ambre, les cheveux en bataille et les vêtements froissés, sa voix ne fut plus qu'un murmure menaçant.

« - T'es un homme mort. »

D'autres personnes rejoignirent les jumeaux, dont Vincent, Arthur, Ken et Wesley. Quand ils découvrirent la scène, leur visage se figea dans un masque haineux. Sans un mot, ils pénétrèrent dans le dortoir, dégainèrent leurs armes qu'ils n'avaient pas encore eu le temps de ranger après l'abordage et avancèrent vers Alfred et ses compères. Il n'y avait plus un bruit dans le dortoir. Seulement les respirations sifflantes dans l'atmosphère surchauffée, les vagues s'écrasant contre la coque, les grincements du navire et les pas des autres sur le pont.

Ambre, toujours entourée des pirates, n'osait attaquer la première, mais se tenait prête. Qu'importe qu'ils soient des collègues, elle plongerait sa lame dans le ventre du premier qui oserait lever la main sur elle.

Mais elle n'eut pas à commettre de crime sur des pirates : Alfred poussa un soupir devant cette manifestation de force et baissa son arme. Il plongea son regard dans celui de Wulfran et lui annonça d'une voix qu'il voulait méprisante.

« - Récupère tes catins, mais sache qu'elles ne perdent rien pour attendre.

- Merci de l'avertissement, répondit Wulfran, mais je me torche avec. »

Alfred rengaina son épée et traversa la pièce. Ambre manqua éclater de rire lorsqu'il faillit tomber à cause de son pantalon qui glissait le long de ses jambes. Avec un grognement rageur, il boucla sa ceinture et remonta sur le pont. Ses compères le suivirent après une seconde d'hésitation. Quelques pirates les accompagnèrent pour prévenir le capitaine de l'incident.

Lorsqu'ils eurent quitté le dortoir, Wulfran et les jumeaux, ainsi que Takashi, Vincent et Wesley, se précipitèrent vers les deux jeunes filles. Ambre remit son katana dans son fourreau et adressa à Wulfran un sourire reconnaissant.

« - Je n'ai jamais été aussi contente de te voir !

- Parce que tu as déjà été heureuse de me voir ? répliqua-t-il en ricanant. Et puis, je ne faisais pas ça pour toi, mais pour Thérèse.

- Le résultat est le même, dit Ambre. Merci.

- Mouais, » grogna-t-il avec un haussement d'épaules pas convaincu.

Le fils de Roberts délaissa Ambre pour se diriger vers Thérèse. Il lui souleva doucement le menton pour la regarder dans les yeux.

« - Ça va ? » lui demanda-t-il, sa voix laissant perler son inquiétude.

La blondinette hocha la tête tristement. Wulfran laissa retomber sa main. Il s'apprêta à ajouter quelque chose puis se ravisa. Il se tourna vers Ambre, entourée par les jumeaux et les autres.

« - Il faudrait aller voir le capitaine.

- C'est fait. Les autres sont allés le prévenir. Ces enfoirés méritent de passer à la planche, gronda Fred, furieux qu'on ait voulu toucher à sa précieuse Ambre.

- Peut-être pas jusque là mais… mon père doit être mis au courant. C'est son navire et donc ses problèmes. »

Tous approuvèrent d'un signe de tête.

« - Allons-y, » dit George.

Il fit demi-tour et se dirigea vers la sortie, bientôt suivi de ses collègues. Vincent passa un bras compatissant autour des épaules de Thérèse et l'entraîna avec eux. La jeune fille se laissa faire, sans dire un mot. Ambre laissa passer le gros des pirates et suivit plus doucement avec Fred. Wulfran arriva derrière elle. Il se pencha par dessus son épaule et écarta quelques mèches de cheveux blancs pour atteindre l'oreille de la jeune fille.

« - Tu me dois une fière chandelle… lui murmura-t-il d'une voix doucereuse.

- En plus de ton arrivée plus que bienvenue ? demanda Ambre avec un sourire taquin.

- Oui. Tu as évité un dépucelage des plus désagréables, si tu veux mon avis.

- Pourquoi est-ce que tu persistes à me croire pucelle ?

- Parce que personne ne veut de toi.

- Détrompe-toi, répliqua Fred en faisant glisser sa main sur le dos d'Ambre.

- Tu… vous… bégaya Wulfran, » trop surpris pour prononcer quelque chose de plus cohérent.

Ambre et Fred se mirent à rire et poursuivirent leur route à la suite des autres, l'un tout près de l'autre. Wulfran resta quelques secondes immobile, avant de secouer la tête et de repartir.

Elle m'énerve ! je sais jamais si elle blague ou pas !

Lorsqu'il arriva sur le pont, il trouva son père debout sur l'escalier qui menait à la roue, à la poupe du navire. Roberts affichait un air grave et mécontent. Les pirates qui avaient agressé Ambre et Thérèse se tenaient devant lui. Certains affichaient une expression contrite, d'autres, comme Alfred, prenaient un air suffisant.

« - Que s'est-il passé exactement ? » demanda Roberts d'un ton glacial.

Sa voix détonna curieusement dans le silence de mort qui régnait sur le navire.

« - C'est la blonde, répondit Alfred, tandis que les autres acquiesçaient vivement de la tête pour prouver ses dires.

- Soyez un peu plus précis, dit Roberts, le visage fermé.

- Elle était dans le dortoir. Elle n'a pas participé à l'abordage. Les lâches comme elle n'ont pas leur place sur ce navire, » déclara le barbu.

Un murmure appréciatif parcourut la foule des pirates.

Ambre serra les poings. Encore un peu, et c'était elles qui allaient passer pour les coupables.

« - Et donc, vous avez voulu faire justice vous-mêmes, poursuivit Roberts.

- On voulait vous épargner ça. On n'aime pas surmener notre cher capitaine, alors… quand on peut lui rendre service… dit Alfred. Un sourire mauvais étira ses lèvres épaisses au fur et à mesure qu'il prononçait ces mots.

- En passant outre le règlement, conclut Roberts, les yeux étincelants de colère. Je refuse toute bagarre sur ce pont. Il me semblait pourtant avoir été clair sur ce point.

- Mais… tenta de protester le forban barbu.

- Que Thérèse l'ait mérité ou non, elle…

- Capitaine ! l'interrompit Alfred avec fureur. Les bagarres sont interdites, certes, mais ça concerne les problèmes personnels ! la lâcheté de Thérèse concerne tout le monde ! vous nous aviez promis une fine lame et on se retrouve avec une catin qui ne connaît rien à l'océan !

- Notre acte était justifié ! rugit un autre pirate.

- Et sur Ambre ? le coupa Wulfran. C'était justifié aussi ? »

Alfred ne trouva rien à répondre. Sa bouche était sèche sous l'effet de la peur. Il se retourna vers Roberts qui les dévisageait désormais avec une fureur toute nouvelle.

« - Vous comptiez… punir Ambre également ? et pour quelle raison ? lâcheté aussi, je présume ? »

Les accusés ne trouvèrent rien à redire.

Après un temps de silence, Roberts tourna la tête vers son second.

« - Korp. Met-les tous aux fers. Et enferme Thérèse dans la cale du fond, qu'elle ne soit pas avec eux. Vous y resterez une semaine ! déclara-t-il à la ronde. J'espère que ça vous fera réfléchir un peu, tous autant que vous êtes. »

Son regard noir se posa sur Thérèse. La blondinette se raidit mais resta silencieuse, le visage impénétrable. Roberts retourna dans sa cabine pour finir de leur trouver un itinéraire croisant la route des vaisseaux marchands. Et surtout pour y calmer sa colère grandissante.

L'agitation normale du pont reprit peu à peu son cours habituel et les pirates se dispersèrent. Korp et Trévor emmenèrent les forbans récalcitrants à fond de cale puis revinrent chercher Thérèse. Lorsqu'elle passa devant la jeune fille aux cheveux blancs, elle lui murmura avec un pâle sourire.

« - Ils ont peut-être raison… tu es peut-être la seule femme à pouvoir vivre en mer. »

Ambre la regarda se faire emmener avec un sentiment de malaise intense. Les jumeaux se postèrent derrière elle et chacun s'appuya lourdement sur une épaule de la jeune fille.

« - Panique pas. Ça ira mieux la prochaine fois. Elle avait jamais vu un abordage et ne connaissait toujours pas toutes les règles.

- Dure façon de les apprendre, » répondit Ambre tristement.

Wulfran passa à côté d'eux en allant rejoindre le dortoir où il comptait prendre un repos bien mérité lorsque Fred l'interpella.

« - Merci, Wuwu pour ton intervention !

- Ne m'appelle pas comme ça, grogna l'intéressé.

- Ça te va bien pourtant, se moqua George.

- J'aimerais bien savoir pourquoi.

- Il ne vaut mieux pas pour toi, » répondit Ambre avec un sourire.

Elle se dégagea du poids des jumeaux et s'avança vers le fils de Roberts d'une démarche féline. Wulfran ne bougea pas et la regarda approcher, un sourire moqueur sur le visage. Arrivée à sa hauteur, Ambre se hissa sur la pointe des pieds pour atteindre son oreille.

« - Tu risquerais encore de te vexer, lui murmura-t-elle joyeusement.

- Et c'est pour me dire ça que tu viens me voir comme ça ? se moqua Wulfran en plongeant son regard d'acier dans les yeux de miel de la jeune fille.

- Oh non. Je vais faire bien pire. »

Là-dessus, elle lui plaqua une bise sonore sur la joue et repartit comme elle était venue. Wulfran porta la main à sa joue, étonné. Ambre se retourna vers lui avant de descendre dans le navire et lui adressa un sourire ironique. Wulfran s'empressa de se frotter la joue vigoureusement, l'air furieux.

« - Pouah ! » grogna-t-il, sans parvenir à s'empêcher de rire.

Il lui suivit finalement Ambre pour gagner son propre lit.

Les jumeaux, eux, n'avaient pas bougé. Ils échangèrent un regard chargé de sous-entendus.

« - Tu crois qu'elle arriverait enfin à l'apprivoiser ?

- Elle a bien réussi avec Roberts. Pourquoi pas lui ?

- Tel père, tel fils. J'espère juste qu'elle ne l'invitera pas à picoler avec nous. Je préfère notre groupe restreint, » dit Fred en riant.

Les deux farceurs se préparèrent à aller piquer une petite sieste lorsque Trévor apparut et les envoya travailler dans la mâture. Ce n'était peut-être pas leur quart mais des pirates avaient été blessés pendant l'attaque et les jumeaux feraient très bien l'affaire pour les remplacer. Ils marmonnèrent et s'exécutèrent à contre-cœur, en pensant à Ambre qui, elle, pouvait dormir tranquillement. En se sentant coupable de ce qui était arrivé à Thérèse.

OoooOoooOoooO

Et oui ! dommage ! Thérèse n'est pas morte. Vous l'avez espéré mais bin non ! nananananère ! mais ça viendra. Peut-être.

Et pour la bise d'Ambre à Wuwu, c'était pour une lectrice qui, j'espère, se reconnaîtra. Quoique je suis pas sûre que c'était ce qu'elle voulait. Bwahahahahaha !

Bon. A part ça, qu'en avez-vous pensé ? pauvre Ambrihounette, hein ? et Wulfran qui arrive à point nommé, comme par enchantement. C'est ça qu'il faudrait faire apparaître. Merlin.

°Archange, ta gueule.°

Je crois que, pour une fois, je vais suivre mon conseil.

On se retrouve au prochain chapitre ? je sais pas quand mais… on s'appelle et on vide quelques chopes de rhum ? on fait comme ça alors.

Bazouxxx