Je sais, je n'ai que trop tarder pour ce chapitre mais… concours, concours ! au moins, ça c'est fini. Je vais pouvoir m'attacher un peu plus aux prochains chapitres.

Résumé rapide du chapitre précédent : premier assaut de Thérèse auquel elle ne prend pas part, ce qui déclenche la colère des pirates pour qui un tel acte est impardonnable. Plusieurs pirates veulent se rendre justice eux-même et Ambre se retrouve malgré elle au milieu du conflit qui prend de l'ampleur… Thérèse et les autres pirates justiciers récoltent d'une semaine aux fers et Ambre attend avec impatience le retour à l'air libre de son amie.

Voilà un résumé pourri mais à 23h21, j'ai pas envie de faire mieux.

Et l'heure expliquera aussi les fautes d'orthographe qui restent… désolée. Sur ces mots inutiles, je vous laisse à votre lecture !

O-O-O

Chapitre 32 :

Qui a dit que les phénix vivaient une vie paisible ?

La semaine s'écoula tristement, dans une alternance de jours tièdes où le ciel ne faisait que passer du gris au bleu vif et de nuits étoilées et fraîches. Mais Ambre se souciait du temps comme d'une guigne. Ses pensées étaient toutes tournées sur les évènements passés une semaine auparavant. De fait, elle ne dormait plus depuis le début de la pénitence de Thérèse. Quand elle ne faisait pas de cauchemars où son amie se faisait violer ou tuer par Alfred et ses collègues, elle se retournait sans cesse dans son hamac, aux prises avec ses remords. Jamais elle n'aurait dû laisser Thérèse monter à bord. Pas avant qu'elle ne soit tout à fait prête à affronter cette vie. Elle aurait dû prévoir ce qui s'était passé le jour de l'abordage. Envoyer paître Wulfran et le reste pour rester avec son amie. Elles auraient dû partir ensemble au milieu des autres pirates.

« - Arrête un peu, » grogna une voix endormie à côté d'elle.

Ambre cessa de bouger et tourna la tête vers Wulfran. Il avait les yeux grands ouverts et la regardait par-dessus le bord de son hamac. De l'autre côté de la jeune fille, les jumeaux et Takashi ronflaient comme des bienheureux dans leurs lits respectifs. Ambre haussa un sourcil interrogateur, même si elle n'était pas sûre qu'il puisse déchiffrer son expression dans la pénombre ambiante.

« - Cesse de te flageller à propos de tout ça, lui ordonna-t-il.

- A propos de quoi ? fit Ambre.

- N'essaie pas de paraître plus bête que tu ne l'es ! tu sais très bien de quoi je parle. Ou plutôt de qui.

- Pourquoi me parles-tu de… commença Ambre.

- Tu n'es pas responsable de ce qui est arrivé à Thérèse. Arrête de te flageller avec ça. Dors.

- Comment sais-tu que… »

Ambre s'interrompit et évita habilement le regard du jeune homme en se plongeant dans la contemplation des lattes du plafond décoloré par le sel.

Comment fait-il ça ?

Comment parvient-il à savoir à quoi je pense ?

Comment il…

« - Tu as une mine épouvantable en ce moment, poursuivit Wulfran avec un rien de raillerie.

- …

- Si tu continues comme ça, tu vas finir par faire une boulette et…

- T'inquièterais-tu pour moi ? demanda Ambre d'une voix monocorde, ses yeux de miel toujours fixés sur le plafond.

- Non. Pour moi, tu le sais bien. »

Ironique ou pas ?

Ambre n'arrivait pas à trancher. Elle haussa les épaules dans son lit et se mit sur le côté, le dos tourné au fils de Roberts.

Elle serait retournée dans ses pensées moroses si elle n'avait pas entendu Wulfran se lever. Elle suivit le jeune homme au bruit de ses pas. Il s'arrêta à côté d'elle et posa les mains sur le bord de son hamac. Obstinée, elle ne bougea pas et l'ignora.

« - Ambre. Sérieusement.

- Fous-moi la paix, » répliqua-t-elle, en espérant qu'il la laisse tranquille.

Quelques temps auparavant, elle aurait juré qu'il aurait haussé les épaules et fait demi-tour en grognant des imprécations. Mais à présent… elle avait du mal à prévoir les réactions du jeune homme. Ils ne pouvaient toujours pas se trouver dans la même pièce sans se lancer des noises mais leur relation avait changé. En quoi ? elle n'aurait su le dire.

« - Ambre, chuchota durement Wulfran. Lève-toi.

- Pourquoi faire ? répondit-elle d'une voix aussi froide. N'est-ce pas toi qui viens de me dire de dormir ?

- Lève-toi ou c'est moi qui te sors du lit !

- Au risque de réveiller tout le monde ? le repos d'un pirate est sacré. Tu risques de t'en prendre une si tu les sors de leurs beaux rêves…

- Je dirais que c'était un cas de force majeure.

- Moi ? un cas de force majeure ? après ce qui s'est passé ? t'as pas vu le regard que certains m'adressent quand je passe à côté ? t'es complètement…

- Ne termine pas ta phrase et viens.

- J'ai pas envie ! »

Exaspéré, Wulfran attrapa les couvertures de la jeune fille, les lui arracha et les jeta sur son propre lit. Sans pitié pour la pudeur d'Ambre, vêtue d'une simple chemise empruntée à Takashi, et avant qu'elle n'ait pu réagir, il lui passa un bras sous les cuisses, l'autre sous la nuque et la souleva du lit. Ambre se retint de pousser un cri indigné. Elle ne voulait pas réveiller tout le monde et se demanda, l'espace d'un instant, comment les pirates autour d'eux faisaient pour ne pas se rendre compte du bordel que faisait Wulfran. Celui-ci la posa sans douceur à côté de son hamac et ordonna d'un ton sec.

« - Monte sur le pont. »

Ambre le foudroya du regard mais Wulfran se contenta d'un sourire torve. Résignée, Ambre se saisit avec hargne d'un pantalon bouffant et l'enfila prestement. Le jeune homme lui fit ensuite signe de gagner l'air libre et elle obéit sans mot dire, les dents serrées sur des remarques cinglantes.

Quelques instants plus tard, Ambre et Wulfran se retrouvèrent sur le pont du navire. Les voiles claquaient doucement sous les faibles assauts de la brise marine et la majeure partie étaient ferlées contre les vergues pour qu'un minimum de pirates travaillent la nuit. Il n'y avait donc que quelques pirates qui s'occupaient de la bonne marche du vaisseau, perchés sur les vergues ou sur le gaillard d'arrière à côté de la roue. Le silence planait sur le pont, entrecoupé seulement par les grincements des mâts et le sifflement du vent entre les cordages et les voiles. Wulfran indiqua le bastingage du menton. Ambre s'y dirigea, sans prononcer un mot. Elle ne savait pas ce qui la retenait de le gifler et de piquer une crise pour l'avoir laisser ainsi perturber son sommeil. Peut-être parce qu'elle savait qu'elle ne dormirait pas. Ou peu. Autant dans ce cas échapper à l'air vicié qui régnait dans les dortoirs.

Ambre s'assit en tailleur sur le bastingage et tourna le regard vers le large. Le ciel obscur se confondait avec l'océan. Ils scintillaient ensemble de la lueur des mêmes étoiles et donnaient l'impression que l'Ecumeur volait dans un univers sans limite. La jeune fille soupira tristement. Wulfran se retint de prononcer les mots qui se bousculaient sur ses lèvres et s'assit en face d'elle, une jambe dans le vide, l'autre repliée et posée sur le bastingage. Il chercha le regard de la jeune fille mais Ambre se refusa à croiser ses yeux gris.

« - Ambre, » appela-t-il doucement, presque gentiment.

Elle ne répondit pas, ne bougea pas d'un pouce.

Autant s'adresser à une statue !

Ou plutôt une gargouille…

Mais tu ne vas pas rester comme ça longtemps, crois-moi !

Un sourire mauvais étira soudain ses lèvres minces. Il avança tranquillement le bras vers la jeune fille jusqu'à lui effleurer le coude. Ambre ne réagit pas, le regard toujours perdu dans l'immensité noire qui l'entourait. Et soudain, sans crier gare, Wulfran la pinça violemment. Ambre sursauta et ne put se retenir de pousser un cri de douleur. Elle se tourna vers lui et lui jeta un regard meurtrier. Le ténébreux jeune homme ricana, sans la quitter des yeux. Maintenant qu'elle lui prêtait attention, il n'avait plus qu'à ne pas lâcher son regard furibond. Mais Ambre n'était pas décidée à entrer dans son jeu. Ses yeux de miel perdirent de leur éclat meurtrier pour ne laisser qu'un vide perclus de remords. Elle se hâta de baisser les yeux.

« - Ambre, répéta Wulfran. Cesse de te faire du mal comme ça.

- Tu m'emmerdes.

- C'est mon rôle.

- Tiens ? ce n'est plus ton but ? railla-t-elle, mauvaise.

- Non, tu sais bien que c'est devenir le roi des pirates ! … mais on s'en fout de ça. Tu dois arrêter de penser à Thérèse et de te dire que tout est de ta faute.

- Et pourtant… soupira Ambre d'une voix lasse.

- Je suis aussi coupable que toi.

- Bin tiens ! fit Ambre sèchement.

- C'est mon amie aussi ! répliqua Wulfran, à qui la moutarde commençait à monter au nez.

- Je la plains.

- Tu ne devrais pas. Thérèse est…

- Est quoi ?

- Elle n'est pas ce que tu crois, » dit le jeune homme, qui ne parvenait pas à trouver ses mots.

Ambre émit un rire sans joie. Elle lui jeta un bref regard, moqueur aussi bien que méprisant, avant de se laisser glisser doucement sur le bastingage. Wulfran la regarda s'allonger le banc de bois, le regard obstiné braqué au-dessus d'elle, perdu dans la Grande Ourse. Il eut une soudaine envie de la précipiter par-dessus bord, elle, ses cheveux de vieillarde, son sourire moqueur et la lueur espiègle de ses yeux dorés. Mais ce fut justement parce que cette dernière n'était pas présente qu'il retint son geste. Il inspira une grande goulée d'air et l'expira doucement, puis reporta son attention sur Ambre.

« - Crois-moi, dit-il. Tu te fais du mal pour rien. Ça ne te rapportera rien de bon.

- Tu deviens trop sentimental avec moi. Redeviens méchant.

- Redevenir méchant ? » s'étonna Wulfran.

Ambre releva la tête et plongea ses yeux dans les siens.

« - Ouais. Casse-moi, continue à être jaloux de je ne sais quoi et fous-moi la paix. »

Sa tête retomba avec un bruit sourd sur le bastingage.

Wulfran se mit à voir rouge. Décidément, cette gamine arriverait toujours à le mettre en colère.

« - Tu m'énerves ! gronda-t-il.

- Entre gens qui ne peuvent pas se supporter, c'est normal, répondit Ambre, implacable.

- Pas pour ça ! parce que tu ne vois rien ! tu es toujours très forte pour savoir ce qui se passe partout, pour savoir ce que pensent les autres et trouver tout de suite ce qu'il faut faire, mais dès qu'il s'agit de toi, t'es complètement aveugle !

- Qu'est-ce que tu veux dire par là ? demanda Ambre, d'une voix atone, le regard de nouveau perdu dans les étoiles et l'esprit loin de la situation présente.

- Que Thérèse te joue la comédie depuis le début et que toi, tu ne te rends compte de rien.

- J'comprend rien. Quelle comédie ?

- Elle te déteste ! rugit Wulfran, exaspéré que la jeune fille ne montre pas plus de réactions. Si elle fait bonne figure lorsqu'elle est avec toi, c'est uniquement pour atteindre son but !

- Et quel serait ce but ? demanda Ambre qui se refusait à croire un traître mot de ce que lui racontait Wulfran.

- A ton avis ? cracha-t-il. Elle veut être libre. Elle voulait quitter Tortuga et tu étais sa porte de sortie.

- Ne dis pas n'importe quoi. Même si c'était vrai, la piraterie n'est pas le paradis. Elle n'aurait jamais fait tout ça pour une existence qui ne vaut guère mieux que la sienne !

- Ne crois pas ça, rétorqua Wulfran. Lorsqu'on te voie, on serait capable de croire que c'est la meilleure chose qui existe au monde. »

Ambre resta silencieuse. En face d'elle, Wulfran se taisait également. Il n'avait jamais eu l'intention de déballer toutes les intrigues de Thérèse mais il n'avait pu se retenir sous l'effet de sa colère.

Maudit soit mon emportement !

Sale garce.

« - Tu mens, » déclara Ambre d'un ton glacial avant de se relever.

Elle adressa au jeune homme un regard tout aussi polaire avant de glisser du bastingage. Elle lissa le devant de sa chemise d'un geste qui trahissait sa fureur contenue, ainsi peut-être que les germes de doutes qui naissaient dans son esprit, puis traversa le pont.

Wulfran la regarda s'éloigner, ombre gracieuse dans sa fantomatique chemise flottante, droite et fière comme un chêne dans la brume hivernale. Le jeune homme secoua la tête pour se débarrasser de cette comparaison idiote et se demanda où est-ce que son esprit allait chercher ça. Arrivée devant la porte qui menait dans le navire, Ambre hésita. Sa main se posa contre le chambranle de la porte, bientôt suivie de son front. Elle poussa un profond soupir avant de se redresser. Elle fit finalement demi-tour et se rendit jusqu'aux haubans qui bordaient le grand mât. Elle les agrippa fermement et s'y hissa. Wulfran la regarda faire. Il n'avait pas quitté le bastingage. Il comptait y rester le temps qu'Ambre s'endorme et réfléchir un peu à ce qu'il venait de dire mais ses projets venaient d'être bouleversés. Il attendit donc, pour voir ce qu'allait faire cette détestable gamine aux cheveux blancs.

Ambre grimpa rapidement, jusqu'en haut du grand mât. Elle se hissa dans le nid de pies et s'appuya le dos contre le mât. Elle leva le visage vers les étoiles et ferma les yeux. La solitude. Quelque chose de bien difficile à obtenir sur un navire où tout le monde vit dans une constante promiscuité. Et Ambre avait trouvé le seul endroit qui permettait le mieux d'accéder à cet état. Wulfran sourit pour lui-même puis se releva et gagna les dortoirs. Ambre pourrait ainsi vraiment être seule. Elle n'aurait pas à s'inquiéter de sa présence quelques trente mètres plus bas et pourrait ainsi le rejeter de ses pensées.

Elle a raison. Je ne suis plus aussi méchant qu'avant.

Tristesse, tristesse.

O-O-O

Le septième jour qui suivit l'attaque vit enfin le soleil disparaître sous l'horizon. Thérèse allait pouvoir quitter ses fers. Ainsi qu'Alfred et ses compères. Ambre haussa les épaules. Qu'importe. Elle ne se laisserait plus surprendre de la sorte. Et les jumeaux et Takashi ouvriraient sans doute l'œil. Alfred risquait d'avoir quelques sangsues agressives sur le dos s'il osait l'approcher avec des intentions pas très nettes.

La jeune fille aperçut l'imposant second qui discutait avec son capitaine sur le gaillard d'arrière. Il allait sans doute aller chercher les fauteurs de troubles dans peu de temps.

Roberts devait avoir des yeux derrière le crâne : il se retourna et son regard se posa instantanément sur Ambre. Il lui fit signe de monter les rejoindre. Bien dressée, la jeune fille se leva immédiatement et monta jusqu'à la roue que tenait Fred d'un air distrait.

« - Oui, mon capitaine ? fit-elle en arrivant à portée de voix.

- J'aurais quelques petites choses à te dire, dit celui-ci en congédiant Korp d'un signe de tête.

- Je peux pas… ? commença Ambre en regardant le second descendre lourdement les marches de bois jusqu'au pont.

- Non. Ce ne sont pas dix minutes de plus sans voir ton amie qui vont changer quelque chose. »

Ambre hocha la tête en signe d'acquiescement. Roberts la saisit doucement par le coude et l'emmena jusqu'à la poupe. Là, il s'accouda au bastingage et regarda devant lui. Ambre, quant à elle, resta debout, droite comme un i, et attendit sous le regard curieux de Fred qui leur jetait de fréquents coups d'œil par-dessus son épaule. Devant le silence d'Ambre, Roberts dut se tourner vers elle. Il poussa un soupir et se redressa de toute sa haute taille. Il se plaça devant la jeune fille et plongea son regard sombre dans le sien.

« - Je pense que tu te doutes de ce que je vais te dire. »

Ambre resta silencieuse, ce que lui disait son capitaine ne nécessitant ni réponse ni acquiescement.

« - A cause de ce qui s'est passé la dernière fois, les choses ne vont plus être les mêmes pour vous deux.

- Je ne vois pas pourquoi, répondit Ambre.

- Ce qui te protégeait jusque là, le fait que tu sois quasi intouchable…

- Moi ? intouchable ?

- Ne me dis pas que tu n'as rien remarqué. Les pirates de ce bâtiment t'apprécient pour la plupart mais surtout parce qu'ils voient en toi un pirate dangereux. Depuis que tu es le Serpent-dragon… non. Même avant cela. Ils ne te voyaient que comme la folle qui étripe tout le monde et qui ne craint pas grand-chose.

- Et c'est différent maintenant ? demanda Ambre, sceptique.

- Oui. Depuis cet incident. Ils se sont rappelés que tu étais avant tout une femme et que tu n'étais pas sans faiblesses.

- Ils le savaient avant, répliqua Ambre qui ne voyait pas où son capitaine voulait en venir.

- Oui mais… écoute, reprit Roberts après avoir repris une profonde inspiration. Ce que j'essaie de te dire, c'est qu'ils se sont rendus compte que tu étais là. Non pas comme un camarade mais comme une femme. Et une femme n'a qu'une utilité sur un bateau. Et ce n'est pas passer la serpillière.

- Je… protesta Ambre.

- Il a raison, Ambrichounette, » l'interrompit Fred avant qu'elle n'ait pu placer un seul argument.

Roberts et la jeune fille se tournèrent vers le jumeau qui regardait fixement l'horizon devant lui, imitant de son mieux celui qui fait attention à leur route alors qu'il n'y consacrait qu'une part infime de sa concentration. Fred leur lança un bref coup d'œil avant de reprendre.

« - Si toi tu es aveugle, ne crois pas que c'est notre cas : on voit bien comment y'en a certains qui te regardent. Et y'a pas besoin d'être devin pour deviner ce qu'ils pensent.

- Et que puis-je y faire ? soupira Ambre en levant les bras au ciel.

- C'est pour ça que je t'ai appelée, dit Roberts.

- Vous avez une solution miracle ? demanda Fred avec un sourire benêt.

- Non. Juste des conseils. Je pense qu'il va falloir du temps pour que ça se tasse un peu et que ça redevienne comme avant. Si ça redevient un jour comme avant.

- Et quels sont ces conseils ? demanda la jeune fille en braquant son regard de miel, soudain dur et déterminé, sur son capitaine.

- Je voudrais que vous soyez, toi et Thérèse, plus dynamiques, que vous ne rechigniez pas devant les travaux pénibles… en disant cela, il fixa Ambre d'un air appuyé et poursuivit. Je ne veux pas que les autres puissent dire que vous n'êtes pas utiles, qu'il y a des tâches que vous ne pouvez pas exécuter et…

- Mais il y a des trucs qu'on ne peut pas faire ! protesta Ambre. Même la meilleure volonté du monde ne peut remplacer les muscles !

- Je sais. Démerdez-vous comme vous voulez, mais vous devez le faire. Ils ne faut pas que certains, comme Alfred, puissent dire que vous n'êtes pas à la hauteur. Et ne me dis pas de le débarquer, ça serait pire.

- Je n'ai rien dit de tel, se défendit la jeune fille.

- Tu penses trop fort. »

Ambre poussa un grognement agacé.

« - Tu as compris ? » demanda Roberts en plongeant son regard dans les yeux dorés de la jeune femme.

Ambre put y lire son inquiétude pour elle. Il se moquait sans doute de Thérèse mais il ne pourrait supporter qu'il lui arrive malheur. Elle soupira.

« - Oui, mon capitaine.

- Et ne t'attend à aucun traitement de faveur de ma part ni de Korp dans les jours qui viennent.

- Je m'en doute, répondit sombrement Ambre.

- Bien. »

Cela mettait fin à leur discussion. Roberts esquissa un pas pour quitter les lieux mais s'arrêta à côté d'Ambre. Il lui posa une main lourde sur l'épaule et la serra affectueusement. Il lui adressa un sourire triste qu'il voulait réconfortant et gagna sa cabine.

Ambre resta quelques instants sans bouger, le regard braqué sur l'horizon puis elle poussa un profond soupir de lassitude. Elle se tourna vers Fred et vint le rejoindre. Elle entoura sa taille de ses bras et posa son front contre le dos massif du jumeau.

« - Pourquoi faut-il qu'il y ait toujours quelque chose qui foire dans ma vie ? murmura-t-elle dans la chemise de lin beige.

- Pour que tu puisses ressortir encore plus resplendissante de tes cendres…

- Je sais pas si ça doit me consoler… » répondit-elle avec un maigre sourire en essuyant une larme sur la chemise de Fred.

Il n'ajouta rien et laissa sa protégée pleurer sur son dos, à défaut de son épaule qu'elle ne pouvait atteindre.

O-O-O

Deux petites semaines s'étaient écoulées depuis l'altercation entre Ambre et Alfred. L'Ecumeur n'avait pas fait une seule prise depuis ce temps-là, ce qui n'arrangeait pas les affaires d'Ambre. Et de Thérèse par la même occasion. Ambre n'avait ainsi pu remettre les points sur les i avec ses collègues masculins. Elle avait compté sur quelques assauts pour leur remontrer à qui ils avaient à faire. Au lieu de cela, elle trimait à effectuer seule des tâches qu'elle réalisait aidée des jumeaux encore peu de temps auparavant. Et pour couronner le tout, Wulfran en rajoutait une couche à chaque fois qu'il la voyait s'escrimer pour quelque chose qu'il aurait aisément pu faire. Il était redevenu aussi sarcastique qu'aux premiers jours, si ce n'est plus, et la raillait dès qu'il en avait l'occasion, même si celle-ci ne se présentait pas. A un point tel qu'Ambre hésitait à le balancer par-dessus bord, au mépris des conséquences que son geste pourrait avoir.

Puis arriva un jour où un lourd navire marchand fit apparaître sa silhouette dodue à l'horizon, dans la pâle lueur de l'aube. La vigie sonna le clairon et le branle-bas de combat habituel se mit en marche sur le pont de l'Ecumeur. La jeune fille, ainsi que les jumeaux, Takashi et quelques autres, réorientèrent les voiles. L'Ecumeur bondit comme un bolide sur la mer d'huile et la poursuite commença. Les pirates qui étaient déjà parés à l'abordage vinrent les remplacer pour qu'eux aussi puissent s'équiper. Ambre finit de refaire un nœud et bondit dans les haubans à la suite de ses amis. Ils descendirent dans le dortoir à la recherche de leurs armes. Ambre en profita pour revêtir une chemise qui laissait son dos à nu. Son tatouage serait ainsi visible des marins mais aussi des pirates.

Ça pourra pas faire de mal.

Elle attrapa son katana et l'attacha habilement dans son dos. Elle passa aussi son épée à sa ceinture, ainsi que ses deux dagues à lame courbe. Alors qu'elle finissait de tresser son opulente chevelure de neige, son regard croisa celui de Thérèse. Les lèvres d'Ambre formèrent silencieusement les mots « tu te rappelles ? ». Thérèse acquiesça sans mot dire et quitta le dortoir à la suite des jumeaux, sa longue épée battant contre sa jambe gauche. Ambre la regarda partir avec un rien d'appréhension. Dès que Thérèse était sortie des fers, elles avaient tenu une longue conversation. Ambre lui avait répété ce que lui avait dit Roberts et lui avait également expliqué la nécessité de partir en première ligne pour les prochains abordages. C'était ça ou elles descendaient à terre. Mais il arrive que la raison n'arrive pas à prendre le dessus sur une peur panique. Et Ambre craignait que cela soit le cas.

« - Arrête de te faire du soucis pour elle, grogna Wulfran dans son dos, la faisant vivement sortir de ses pensées.

- Ne te mêle pas de ce qui ne te regarde pas ! répliqua-t-elle vertement.

- Mais puisque je te dis qu'elle…

- Tais-toi ! rugit Ambre. Encore un mot là-dessus et je t'étrangle ! »

Et depuis deux semaines, Wulfran lui répétait ces absurdités à propos de Thérèse, ce qui commençait à lui taper sérieusement sur le système.

Comme si elle avait pu se servir de moi comme ça…

La jeune fille lui tourna le dos d'un air décidé et s'enfuit sur le pont.

Exaspérant.

Elle jeta un coup d'œil autour d'elle jusqu'à trouver Takashi. Elle se faufila devant lui, dans un recoin où une souris aurait difficilement pu se glisser.

« - Qu'est-ce que tu fais ? lui demanda l'asiatique.

- Je fuis.

- Wulfran ?

- Qui d'autre ? répliqua Ambre, avec un rien d'exaspération dans la voix.

- Fred, George… les enquiquineurs ne manquent pas sur ce navire… dit Takashi en riant.

- Et c'est moi la pire, c'est ça ?

- Parfaitement. Mais il vaut mieux ne pas le dire, tu es capable de te vexer… » ajouta-t-il avec des airs de conspirateur.

Ambre ne put s'empêcher d'éclater de rire. Blague idiote qui ressortait fréquemment mais le comique de répétition faisait son œuvre.

Son rire s'éteignit aussi rapidement que la flamme d'une bougie dans un courant d'air.

« - Tu aurais pu m'attendre, râla Wulfran en se frayant un chemin jusqu'à elle.

- Je ne vois pas pourquoi, » rétorqua Ambre sauvagement.

Wulfran ne se donna pas la peine de répondre, ce qui convint parfaitement à la jeune fille.

« - Tu attaques par où ? demanda Takashi à sa jeune amie.

- Par le milieu, avec vous. Ça fait longtemps.

- J'ai pas envie, intervint Wulfran.

- Je me fous de ce dont tu peux avoir envie, cracha-t-elle. Moi, je vais là. Toi, tu fais ce que tu veux, je m'en tamponne le coquillard avec une cuillère à soupe ! »

Ambre retint difficilement un sourire mauvais en le voyant chercher une réplique spirituelle à lui lancer. A ce moment précis, Thérèse se joignit à la troupe, accompagnée des jumeaux. Elle avait manifestement entendu la discussion précédente car c'est d'un ton froid et ferme qu'elle s'adressa à la jeune fille.

« - Je te suis. Par le milieu, ça me convient.

- On vous laisse partir devant en vous suivant de près ? proposa Takashi.

- Laissez-nous trancher quelques têtes avant, histoire de faire voir ce qu'on vaut, » répondit Ambre.

Thérèse hocha la tête, le visage fermé.

Wulfran, quant à lui, fulminait. Il n'avait pas réussi à placer un mot et voilà qu'il allait devoir suivre la proposition de cette peste aux cheveux blancs et de ces acolytes !

Maudite !

« - WOOOH ! » lui hurla Ambre dans les oreilles en agitant une main fine sous son nez.

Visiblement, ce n'était pas la première fois qu'elle essayait de lui parler. Il baissa vers elle un regard furieux.

« - Quoi ? beugla-t-il méchamment en réponse.

- Me parle pas comme ça ! répliqua Ambre d'un ton tout aussi furibond.

- Je fais ce que je veux. »

Même à ses oreilles, il avait l'impression d'être un gamin boudeur et susceptible.

Ambre prit une profonde inspiration pour tenter de se maîtriser.

« - Je te demandais si ça te convenait, dit-elle.

- Il faudra bien, répondit-il. Tu le feras de toute façon.

- Non. Si tu le sens pas comme ça, ça m'ira pas.

- Ah bon ? tu te soucies de moi maintenant ? fit-il, ironique.

- Non, mais tu surveilles mes arrières comme je surveille les tiens.

- Eh ben, j'suis en sécurité alors… » railla-t-il.

Ambre se retint de justesse de l'étrangler. Elle laissa retomber ses bras le long de ses flancs et crispa les poings. Wulfran eut un sourire ironique.

« - Je me sens flatté que tu te mettes dans de tels états pour moi… »

La jeune fille n'en supporta pas davantage. La goutte d'eau qui fait déborder le vase. Son poing toujours fermé vint heurter violemment la mâchoire de Wulfran. Le jeune homme, déséquilibré par le choc, fit deux pas en arrière avant de retrouver son équilibre. Ses yeux, écarquillés par la surprise, ne furent bientôt plus que deux fentes où brûlaient de colère deux iris métalliques. Il porta sa main à sa joue où la marque de la main d'Ambre se détachait nettement, sans quitter la jeune fille des yeux. Elle ne détourna pas les yeux et lui rendit son regard avec autant d'intensité.

« - Ne viens pas me dire que tu ne l'as pas mérité, gronda-t-elle entre ses dents.

- Si je te rend la pareille, ne viens pas te plaindre. »

Korp arriva soudain et le silence se fit. Les pirates s'écartèrent pour le laisser passer. Il se dirigea droit vers les fauteurs de trouble. Il lança un regard d'avertissement à Ambre et l'affaire fut réglée. Ni Ambre ni Wulfran n'aurait poursuivi leur dispute après avoir été ainsi remarqués. Un séjour aux fers en commun leur avait suffi.

« - Préparez-vous à aborder, » ordonna le second avant de rejoindre son capitaine.

Ambre et Wulfran échangèrent un dernier regard venimeux avant de ranger leur querelle du moment dans un petit coin de leur esprit pour la reprendre plus tard. Wulfran poussa un soupir exaspéré et s'accouda au bastingage à côté de Thérèse. La jeune fille blonde ne lui adressa qu'un bref sourire auquel il ne répondit pas. Ambre, quant à elle, fila à côté des jumeaux et se mit à plaisanter comme si rien ne s'était passé, ce qui énerva le ténébreux jeune homme au plus haut point.

Ça m'épate que quelqu'un puisse m'exaspérer à un tel point.

Wulfran lui jeta un bref coup d'œil qu'elle ne remarqua pas. Elle était tournée vers le navire marchand, il n'en voyait que sa nuque où folâtraient quelques mèches blanches échappées de sa lourde tresse. Elle paraissait calme mais il commençait à la connaître suffisamment pour savoir qu'elle était aussi tendue qu'une corde d'arc. Elle était pourtant coutumière des abordages. Elle maniait le sabre avec une dextérité impressionnante, il devait bien l'admettre, et s'il devait la voir mourir sous les coups d'un de ses adversaires, ce serait parce qu'il y avait eu une erreur quelque part. Elle ne pouvait pas mourir. Ne serait-ce que parce qu'elle mettait un point d'honneur à lui pourrir la vie.

Pourtant…

« - Tu es amoureux ? »

Wulfran papillonna des paupières quelques secondes avant de saisir la question et de comprendre que celle-ci s'adressait à lui. Il posa ses yeux métalliques sur Fred et lui adressa un regard interrogateur.

« - Tu es amoureux d'Ambre ? répéta le jumeau.

- Pourquoi poses-tu cette question ? répondit Wulfran après quelques secondes de silence.

- Biiiin… vu comme tu la regardes…

- Je la regarde p… se défendit Wulfran.

- Ah. Alors il faudra que tu m'expliques ce que tu faisais, le regard posé sur son gracieux cou… avec un air benêt qui plus est…

- Je… »

Wulfran sentit ses joues s'empourprer.

« - Je réfléchissais, finit-il par dire, ne trouvant pas de mensonge crédible.

- A la meilleure façon de l'embrasser ? le taquina George.

- Plutôt à celle de lui tordre son cou de girafe, grogna-t-il.

- Tu mens ! répliqua joyeusement Fred.

- T'as trouvé ça tout seul ? fit Wulfran en prenant l'air de celui qui se trouve en face d'un attardé mental.

- Alors ? poursuivit George.

- Alors allez vous faire foutre ! » bougonna Wulfran avant de s'enfermer dans une bulle de mutisme, le regard perdu sur l'horizon.

Fred n'essaya même pas d'étouffer un éclat de rire moqueur avant de se retourner vers Ambre et son frère et continua à plaisanter.

Le regard de Wulfran ne tarda pas à se reposer sur le dos de la jeune fille. Comment faisait-elle pour se faire toujours du mouron pour les autres ? ne pouvait-elle pas seulement penser à elle ? rien qu'à elle ?

« - Je vais finir par croire que j'ai tapé dans le mille… se moqua Fred, sortant par là-même Wulfran de ses étranges pensées.

- Pas du tout.

- C'est une bien piètre réponse qui ne me convainc pas du tout.

- Tu devras pourtant t'en contenter, » gronda Wulfran avec un air menaçant tout en posant sa main sur la garde de son poignard.

Voyant qu'il n'arriverait qu'à le mettre de plus méchante humeur encore, ce qui n'est pas des plus intelligent avant un abordage, Fred préféra s'abstenir de tout autre commentaire. Cela ne l'empêcha néanmoins pas de guetter le regard de Wulfran, pour le surprendre se perdre encore sur sa petite protégée. Mais le jeune homme ne lâcha plus l'horizon des yeux.

Sale garce ! même quand elle ne fait rien, elle s'arrange pour me mettre dans des situations pas possibles !

L'Ecumeur se rapprochait de plus en plus de sa proie. La tension montait à bord des deux bâtiments. Excitation pour l'un, peur pour l'autre. Ambre voyait les marins de plus en plus terrifiés qui resserraient leur prise sur leurs armes, leurs regards se faire plus résignés. Cela ne présageait rien de bon. S'ils savaient qu'ils n'avaient plus rien à perdre, ils n'en seraient que plus dangereux. La jeune fille lança un bref coup d'œil à Thérèse. Le visage de son amie demeurait impassible mais ses yeux trahissaient son angoisse grandissante. Ambre s'apprêta à lui adresser quelques paroles réconfortantes mais un regard appuyé de Wulfran l'en dissuada. Elle n'avait guère envie de rajouter de l'huile sur le feu. C'était lâche mais… son attitude bravache ne lui apportait pas de satisfaction à long terme puisque Wulfran faisait tout pour se venger de ses assauts incessants, fussent-ils anciens. Elle soupira silencieusement et reporta son attention sur le navire devant eux.

C'est ça. Pense à l'abordage. Pas à Thérèse.

Wulfran lui lança un rapide coup d'œil, pas assez rapide cependant pour passer inaperçu auprès des jumeaux. Mais ni Fred ni son frère ne firent de commentaire désagréable. Cela ne rasséréna pas Wulfran pour autant.

« - Tu pars devant ? demanda soudainement Ambre. Et Thérèse entre nous deux ?

- Non, répondit Wulfran. Tu pars devant avec Thérèse. Je vous suis.

- Mais… commença Thérèse, paniquée. Vous n'aviez pas dit que vous partiez d'abord ?

- Oui mais… dit Ambre, les lèvres pincées et cherchant visiblement ses mots. Tu comprends, si tu pars après nous, ça n'aura pas la même valeur auprès des autres… »

La jeune fille blonde ne répondit rien. Elle savait qu'Ambre avait raison mais cela n'était pas pour la rassurer. Loin de là.

« - Attaque directement et fais-les reculer, lui indiqua Wulfran. Fais de grands moulinets si tu veux. Ambre est là pour t'éviter les mauvais coups. Et j'arriverais dès qu'il y aura assez de place. Après, on avance. Tu n'auras qu'à nous suivre en tranchant quelques têtes. »

Thérèse hocha la tête, toujours silencieuse. Elle sentit son estomac se contracter un peu plus, ce qu'elle n'avait pas jugé possible, vu l'état de stress dans lequel elle se trouvait à ce moment précis.

« - Tenez-vous prêts, les prévint Takashi. Ça va être à vous… »

Ambre et Wulfran se dirigèrent d'un même mouvement vers la proue du navire, bientôt suivis d'une Thérèse légèrement tremblante. Ils se saisirent de grappins préparés pour l'occasion et se tinrent prêts, immobiles et tendus vers un même objectif. Soudain, les canons se mirent à cracher leur feu des deux côtés, emplissant l'atmosphère d'une épaisse fumée âcre et écœurante. La plupart des pirates se mirent à l'abri derrière le bastingage pendant que quelques coups de feu s'échangeaient au hasard, rarement suivis d'un cri d'agonie. Ambre, Wulfran et Thérèse ne firent pas exception. Et quand vint le moment de recharger son arme, Ambre agrippa fermement Thérèse par le bras et la remit debout. Vive comme un serpent, elle lança son grappin avec précision et celui-ci vint se ficher dans les haubans du navire marchand. Thérèse l'imita, quoi qu'avec moins d'élégance, tandis qu'Ambre vérifiait sa prise. Wulfran se releva d'un bond, ajusta son tir sur un marin qui braquait une arme sur les jeunes filles et tira. L'homme s'écroula sans vie et chût dans l'océan, où une auréole rouge s'étendit rapidement autour de son corps.

« - Allez-y, » ordonna-t-il abruptement aux deux jeunes filles, toujours immobiles sur le pont de l'Ecumeur.

Ambre sauta sur le bastingage, raffermit sa prise sur la corde et intima à Thérèse d'en faire autant. La jeune femme obéit sans mot dire, plus pâle qu'un cadavre. Ambre repoussa sa longue tresse d'un geste agacé et adressa à son amie un sourire d'encouragement. Elle espérait qu'elle n'y lirait pas toute la crainte qu'elle ressentait. Puis, d'un même élan, elles s'élancèrent au-dessus du vide. Ambre se hissa à la force du poignet un peu plus haut sur sa corde pour être sûre d'atterrir suffisamment loin. Thérèse, encore inaccoutumée de ces pratiques, atteint de justesse le bastingage du navire, tandis qu'Ambre se laissa tomber sur un groupe de marins, laissés stupéfaits par cette attaque si soudaine. Sans leur laisser le temps de récupérer de leur surprise, et dans un tourbillon de cheveux blancs, Ambre dégaina son katana et trancha la tête du premier. Elle en tua un second aussi rapidement avant d'oser se retourner pour voir ce que faisait Thérèse. Celle-ci venait à peine de descendre de son perchoir. Une brusque bouffée de colère envahit soudain la jeune fille aux yeux de miel.

C'est pas comme ça qu'on va se faire respecter !

Ambre évita de justesse un coup d'estoc qui l'aurait laissée sur le carreau et abaissa son arme sur la main de son adversaire, y laissant un profond sillon sanglant. L'homme lâcha son arme et elle l'acheva d'un geste ample et précis.

« - Allez Thérèse, » grogna-t-elle en parant une violente attaque sur son flanc droit.

Cela sembla suffire pour faire avancer la jeune fille vers les marins. Elle se mit en garde, les paumes moites. Aussitôt qu'ils virent qu'ils avaient un nouvel adversaire, les marins se précipitèrent sur elle. Thérèse encaissa difficilement un coup de taille et recula de deux pas avant de buter contre le bastingage. Elle affermit sa prise sur la garde de son épée et attendit le nouvel assaut. Dans le même temps, Ambre luttait de plus en plus difficilement contre des ennemis de plus en plus nombreux. Comme toujours, des mèches de cheveux s'échappaient de sa longue tresse et venaient s'amuser devant ses yeux. La sueur goûtaient de son front et venaient lui irriter les yeux, lorsque ces gouttes ne s'accumulaient pas dans ses cils pour lui troubler la vue.

Je comprend pourquoi Wulfran met toujours un bandeau lorsqu'il part à l'attaque !

Une douleur cuisante sur la cuisse la fit crier de douleur. Mais sans s'arrêter sur sa blessure, elle dégaina une de ses dagues d'un geste d'un geste vif et la planta dans la gorge de son adversaire. Le sang chaud et gluant gicla et coula abondamment sur sa main et son avant-bras lorsqu'elle retira son arme d'un coup sec et en menaça un nouvel adversaire.

« - Mais attaque, bon sang ! » cria-t-elle à Thérèse lorsqu'elle vit que celle-ci ne faisait que repousser les attaques de ses ennemis.

La jeune fille lui adressa un regard réprobateur où se lisait également sa peur. Ambre comprit douloureusement que son amie, bien qu'elle sache parfaitement se battre, n'arriverait pas à tuer. C'était un sentiment qu'elle pouvait très bien comprendre mais qui, dans l'immédiat, les mettait en danger de mort. Elle ne pouvait pas à elle seule tailler la route pour ses compères. Déjà qu'avec Wulfran, cela n'était guère aisé…

Ses yeux de miel croisèrent le sourire mauvais du marin venant prendre la place de son dernier adversaire, à peine venait-elle de le tuer. D'autres venaient encore derrière lui. Et elle n'avait pas progressé d'un mètre… Elle se permit un bref regard d'horizon, qui l'informa que d'autres pirates avaient pris pied sur le bâtiment mais qu'ils étaient trop loin pour lui être d'une quelconque aide. La jeune fille para un nouveau coup, fit un pas de côté et éventra l'adversaire de Thérèse avant de revenir sur ses propres ennemis. Ambre reçut pour son acte une nouvelle entaille sur le haut du bras droit. Le marin au sourire torve l'attaqua de toutes ses forces et la jeune fille ne put faire autrement que reculer. Elle changea son arme de main et dégaina dans l'instant sa dague de sa ceinture, manquant de trancher ladite ceinture, et lui ajouta une profonde balafre sur la joue.

Damn it ! je visais la gorge !

Furieux, l'homme chargea. Ambre l'évita habilement et abaissa son katana sur le postérieur de son agresseur.

« - Hin ! hin ! » ricana-t-elle sadiquement avant de s'apercevoir qu'elle avait laissé une ouverture au marin qui s'était élancé immédiatement après la charge du taureau furieux. Ambre parvint à dévier la lame meurtrière de l'épée avec sa propre lame mais ne put éviter le poignard que l'homme avait gardé sournoisement derrière son dos. Ambre ouvrit des yeux démesurés lorsque la lame acérée lui déchira le ventre. Elle émit un hoquet en se pliant en deux. L'homme retira son arme, entraînant une quantité considérable de sang. Il s'apprêta à porter le coup de grâce lorsque la jeune fille se redressa violemment. Son crâne percuta la mâchoire de l'homme, faisant sèchement claquer ses dents. Il recula de quelques pas, sonné pour le coup. Instinctivement, Ambre porta la main à sa blessure et la retira pleine de sang.

« - Maudit… » gronda-t-elle entre ses dents alors qu'il revenait à la charge.

La jeune fille évita l'attaque et, galvanisée par la douleur, répliqua vivement du tranchant de son katana. Le marin contempla son avant-bras tranché net en-dessous du coude puis sa main qui se crispait convulsivement sur la garde de son épée. Ce fut certainement sa dernière vision : Wulfran avait enfin pu passer à l'action. La scène précédente n'avait pas duré plus de quelques minutes mais cela avait suffi. Le jeune homme s'était précipité sur le pont adverse dès qu'il l'avait pu mais cela ne l'avait pas empêché d'assister, impuissant, aux tentatives infructueuses d'Ambre pour avancer, sans pour autant laisser Thérèse se faire tuer.

Mais au moins avait-il pu éviter d'avoir à expliquer à son père qu'il avait laissé Ambre se faire tuer.

« - Ça va ? » demanda-t-il à Ambre dans un souffle.

Ambre acquiesça d'un faible signe de tête. Elle était pâle comme l'écume mais ses yeux brûlaient d'un feu nouveau. Une rage de vivre qu'il ne lui avait jamais vu.

« - Attention ! » le prévint-elle d'une voix rauque.

Wulfran effectua un large mouvement de son épée qui ouvrit plusieurs ventres sans apparente difficulté. Lancé, il fit deux pas de côtés et tua froidement un autre marin, permettant ainsi à Thérèse de se concentrer sur deux adversaires seulement, puis il revint vers Ambre comme il en était parti. Ils échangèrent un regard et fondirent en avant. Ils n'entendirent que vaguement le bruit d'un corps s'effondrant sur le sol, suivi d'un hoquet choqué. Thérèse venait de tuer son premier adversaire. Pour la première fois. Mais ni Ambre ni Wulfran n'eurent le temps de s'en soucier. Ils devaient créer un passage. Déblayer. Le jeune homme trancha une gorge d'un geste vif de son poignard avant de reculer d'un bond pour éviter l'assaut d'un autre marin. A sa droite, Ambre était toujours aussi pâle. Néanmoins, elle se battait comme un fauve.

Sa blessure doit pas être si grave…

Madame doit juste avoir peur d'avoir une cicatrice… ou elle craint de ne plus pouvoir avoir d'enfant…

Hin ! hin ! quel dommage ! pas de descendance de la sale garce ! pas de môme aux cheveux blancs qui courent partout sur MON navire !

Après un nouvel assaut coordonné, Ambre et Wulfran entendirent ferrailler derrière eux. Un bref coup d'œil les informa que Thérèse partait enfin à leur suite. Elle enchaînait les mouvements milles fois répétés avec Ambre et tenait les marins belliqueux à distance. Néanmoins, ses gestes trahissaient sa répugnance à tuer. Elle ne faisait en général que les blesser et les pirates qui arrivaient derrière elle se devaient de les achever. Bientôt, Ambre et Wulfran n'eurent plus le temps de se préoccuper des actions de leur amie. Ils étaient entièrement tournés vers leur propre combat. Combat qu'ils menaient ensemble, de front. Comme toujours.

Des cris de victoire résonnèrent à leurs oreilles peu de temps après : Korp, suivis de nombreux pirates, avait pris pied sur la poupe du vaisseau et faisait des ravages avec sa hache à double tranchant. Peu de temps après, les forbans étaient maîtres du navire. Les quelques survivants furent passés à la planche et le butin transporté sur le pont de l'Ecumeur. Les jumeaux, ainsi que Vincent, étaient chargés de l'inventaire et de la répartition des trésors dans les cales. Ils auraient bien aimé bénéficier de l'aide d'Ambre, pour qui ce travail était devenu un jeu, ce qui en faisait une tâche beaucoup moins pénible. Mais la jeune fille était hors de vue.

« - Elle est sans doute partie manger ou dormir, avança Fred en soupirant.

- En voilà une qui a de la chance… grogna Takashi.

- Elle l'a mérité quand même, la défendit Vincent. Elle était à bloc aujourd'hui… »

Wulfran était confortablement installé derrière le groupe d'amis et écoutait leur conversation d'une oreille distraite. Mais la mention d'une Ambre partie dormir le sortit de sa torpeur post-combat. Il ne l'avait pas vue remonter à bord de l'Ecumeur. En y réfléchissant bien, il ne l'avait plus vue dès le moment où les combats avaient cessé. Intrigué, il se releva pesamment et se dirigea vers la passerelle qui reliait encore les deux vaisseaux. Il rejoignit en quelques grandes foulées les pirates occupés à récupérer leurs blessés et à achever les marins. Le jeune homme promena ses yeux d'un gris métallique autour de lui, à la recherche d'une tache blanche sur fond rouge. Ce qu'il ne tarda pas à repérer.

Merde.

Il se précipita vers la jeune fille, assise à même le pont, adossée contre le bastingage. Il s'accroupit en face d'elle et lui souleva le menton d'un geste presque doux. Elle était affreusement pâle.

« - Ça va ? »

Ambre ouvrit lentement les paupières et leva vers lui deux yeux égarés, où scintilla l'espace d'un instant son cynisme habituel.

« - Je vais parfaitement bien, croassa-t-elle d'une voix pâteuse.

- Tu me permettras d'en douter, répliqua Wulfran d'une voix froide dont il ne parvint néanmoins pas à chasser l'inquiétude.

- Je t'en prie. Doute.

- Qu'est-ce que t'as ?

- Oh… rien. Juste un second nombril.

- Juste un… oh bordel. Fais voir. »

Ambre tenta de protester mais c'était sans compter sur le caractère du ténébreux jeune homme. Il lui attrapa les poignets et les serra dans une de ses mains pendant que de l'autre, il essaya de remonter sa chemise imbibée de sang.

« - Tu sais que je pourrais crier au viol ? fit Ambre, avec un sourire ironique qui se transforma bientôt en une grimace de souffrance.

- Ça ne serait guère conseillé en ce moment… ça serait le meilleur moyen d'attirer l'attention des pirates du genre de cet Alfred… et laisse-toi faire, j'vais finir par te faire mal.

- Parce que ce n'était pas ce que tu comptais faire ?

- Pas cette fois. Pousse ton bras. »

Ambre s'exécuta de mauvaise grâce. Wulfran attrapa entre ses doigts le bas de la chemise de la jeune fille et tira d'un coup sec. Ambre poussa un gémissement lorsque sa chemise s'arracha au sang coagulé autour de sa blessure.

« - Désolé, » s'excusa Wulfran, mais Ambre ne l'entendit même pas. A ce moment, elle ne voyait plus que des étoiles qui scintillaient devant ses yeux. Wulfran n'était plus qu'un contour sombre et indistinct lorsqu'elle l'entendit jurer, puis ce fut les ténèbres.

« - Damn it ! » marmonna Wulfran lorsqu'un flot de sang s'échappa de la blessure de la jeune fille. Il ne se rappelait pas l'avoir vu se faire blesser pendant qu'ils ferraillaient ensemble. Cette entaille ne pouvait n'être que celle faite au tout début de l'abordage. Mais il ne s'en était pas inquiété lorsqu'il avait vu l'ardeur qu'elle mettait au combat.

Et elle s'est battue avec ça ? … pendant tout ce temps ?

Cette fille est maso.

Wulfran expira bruyamment. Décidément, cette fille ne faisait jamais rien comme les autres. Mais il n'avait pas le temps de s'appesantir là-dessus. Ambre saignait abondamment et s'il ne faisait rien, elle risquait d'y rester. L'idée lui traversa l'esprit de la laisser là à agoniser lentement mais une minuscule parcelle d'humanité le rappela à l'ordre. Wulfran jeta un coup d'œil sur le pont de l'Ecumeur et repéra rapidement Jean-Baptiste, déjà occupé à soigner les blessés. Il se rebaissa et s'apprêta à soulever la jeune femme pour la ramener auprès du médecin de bord. Le visage à quelques centimètres du sien, il contempla néanmoins un instant la jeune pirate, indécis. Pour une raison qu'il ignorait, Ambre n'était pas allée chercher de l'aide ni n'avait signalé sa présence. Il la savait fière mais il ne pouvait croire qu'elle ait pu penser qu'elle pourrait décemment continuer comme si de rien n'était. Cela n'avait pas de sens. Pourtant… elle avait l'air de s'être traînée jusqu'au bastingage d'elle-même, en pleine possession de ses moyens, ou presque. Le ténébreux jeune homme poussa un soupir d'exaspération. Il n'allait pas maintenant tenter de chercher à comprendre cette sale gamine : leurs modes de penser était définitivement trop différents.

Sans plus réfléchir davantage, il passa un bras sous les cuisses de la jeune fille puis glissa l'autre sous sa nuque. Puis, aussi doucement qu'il le put pour éviter les heurts, il se releva. Malgré ses précautions, la douleur vive fit sortir Ambre de son inconscience. Elle poussa un gémissement et s'agrippa convulsivement à la chemise de Wulfran. Elle ouvrit les yeux et posa un regard rendu vague par les miasmes de la douleur sur le visage du jeune homme. Son cerveau ne mit guère de temps à comprendre la situation.

« - Repose-moi, ordonna-t-elle d'une voix blanche.

- Pourquoi ?

- Repose-moi. Maintenant, » répéta Ambre d'un ton qui ne souffrait aucune réplique.

Wulfran n'insista pas et posa son fardeau avec douceur sur le pont. Ambre poussa un petit cri de douleur lorsqu'elle voulut se reculer pour se caler contre le bastingage. Lorsque sa vue se fut stabilisée et que les petites étoiles eurent regagnés la Voie Lactée, elle fixa ses yeux de miel sur le fils de Roberts.

« - T'es salement amochée, dit celui-ci avec un sourire moqueur.

- J'espère que tu en profites bien parce que ça n'arrivera plus, répliqua Ambre aussi vertement qu'elle le put.

- Je pense aussi que ça n'arrivera plus : à ce rythme, demain je te retrouve aussi froide qu'une pierre tombale. »

Ambre baissa les yeux sur sa blessure. Sa chemise était déjà imbibée de sang et son pantalon commençait déjà à prendre une sinistre teinte rougeâtre.

« - Mais si tu préfères mourir ici, ça ne me gêne pas…

- Tu ne comprends pas… murmura la jeune fille en laissant son regard dériver sur le pont imbibé du sang de l'équipage du navire marchand.

- Ce que je comprend, c'est que tu saignes comme un goret.

- Tu pourrais trouver des comparaisons plus sympathiques, répondit Ambre dans une triste tentative d'humour.

- C'est pas le moment de plaisanter. Laisse-moi t'emmener auprès de Jean-Baptiste.

- Non. Il ne faut pas que…

- Il ne faut pas que quoi ? que les autres te voient blessée ? »

Voyant qu'Ambre le regardait avec des yeux ronds qui reflétèrent dans l'instant une vague culpabilité, Wulfran sut qu'il avait touché juste. Il baissa d'un ton pour tenter de maîtriser sa fureur.

« - Tu penses pas que c'est un peu bête ? tu penses vraiment que ça va changer quelque chose ? tu ne pourras pas leur faire croire que tu es invincible. Pas avec ce trou dans le ventre.

- Je peux toujours essayer… marmonna la jeune fille sans oser le regarder en face.

- Sérieusement ? tu crois vraiment que ça va arranger les choses de faire ta fière ? lui demanda Wulfran, sa colère retombée.

- Ça ne les fera pas empirer…

- Regarde-moi, » lui demanda le jeune homme.

Ambre évita soigneusement ses yeux métalliques, même lorsqu'il lui attrapa le menton entre le pouce et l'index.

« - Regarde-moi, » répéta-t-il.

La jeune femme se décida enfin à lui obéir. Wulfran la fixait d'un air sévère qui aurait terrorisé le premier soudard rencontré mais qui, au contraire, la rassura. Pas de haine, seulement de la réprobation. C'était bien la première fois qu'elle pouvait croire ses conseils, laisser de côté sa méfiance à l'égard du fils de Roberts. Elle plongea ses yeux dorés dans les siens et attendit. Ambre et Wulfran restèrent ainsi, sans échanger un mot, pendant quelques longues minutes. Finalement, Wulfran lui dit dans un souffle.

« - Suis-moi. Je t'amène jusqu'à Jean-Baptiste. Laisse courir. C'est le mieux que tu puisses faire pour le moment.

- Ah ? répondit Ambre avec un sourire douloureux. Ce n'est pas mourir le mieux que je devrais faire ?

- Pas aujourd'hui. J'vais me faire taper par mon père sinon…

- Ça n'aurait pas été ta faute si j'avais succombé, le défendit Ambre avec un pauvre sourire.

- Arrête ou tu vas me faire changer d'avis. »

Ambre émit un ricanement qui se mua instantanément en un gémissement de douleur.

« - Arrête de faire ta chochotte, » se moqua gentiment le jeune homme en lui passant un bras sous les aisselles. Il l'aida à se relever et attendit même quelques instants que ses vertiges s'apaisent. Puis il rassura sa prise sur sa taille, en évitant toutefois de trop tirer sur sa chemise pour limiter les frottements de la toile sur la plaie. Ambre passa un bras autour des épaules de Wulfran et se laissa plus porter qu'elle ne marcha sur la passerelle la ramenant sur l'Ecumeur.

Lorsqu'ils la virent arriver en si étrange pompe et en un état si lamentable, les jumeaux se précipitèrent à sa rencontre.

« - Qu'est-ce qui t'es arrivée ? s'écria Fred.

- Par les cornes du diable ! jura George quand son regard accrocha l'impressionnante tache de sang sur la chemise de la jeune fille.

- Il est cocu ? fit Ambre en relevant péniblement la tête.

- Hein ? elle délire… dit George à l'adresse de son frère.

- Mais non, bougre d'âne ! rétorqua Wulfran avec agacement. C'était une blague. Une plaisanterie. Douteuse, certes, mais je pensais que c'était dans tes cordes de comprendre celle-ci… où est Jean-Baptiste ?

- Notre estimé médecin du bord ? vers le gaillard d'avant, je crois. Mais installe-la par là, on va le chercher, répondit Fred en appliquant le geste à la parole.

- Mais… » tenta de protester Wulfran.

Les jumeaux ne prêtèrent nulle attention à ses plaintes et filèrent trouver Jean-Baptiste. Wulfran bougonna dans son bouc, marmonnant qu'il n'avait pas que ça à faire que de s'occuper d'une gamine pourrie gâtée et trop têtue pour admettre qu'elle avait tort et qu'il avait déjà été trop gentil pour aujourd'hui et que trop, c'était trop. Néanmoins, il aida Ambre à s'asseoir par terre, contre le mât d'artimon. Il alla même jusqu'à appeler Takashi pour qu'Ambre ne soit pas seule pour enfin vaquer à d'autres occupations.

Et alors que Korp lui donnait ses ordres et qu'il partait dans la voilure, Wulfran chercha la jeune fille du regard. Elle était toujours là où il l'avait installée quelques instants auparavant. Jean-Baptiste était enfin arrivé et examinait sa blessure. Les jumeaux étaient visiblement très anxieux, de même que Takashi et Vincent. Thérèse était là aussi, mais son visage ne reflétait aucune expression. Le jeune homme les observa pendant plusieurs minutes, en effectuant son devoir de manière distraite, lorsque enfin Jean-Baptiste se redressa, l'air relativement serein. Il échangea quelques mots avec les compagnons d'Ambre qui se détendirent visiblement. La jeune fille aux cheveux de vieillarde et aux yeux de miel avec cette lueur terriblement agaçante devait être hors de danger. Wulfran poussa un soupir de soulagement. C'était qu'il risquait de s'ennuyer sans cette peste dans les parages. Puis il secoua brusquement la tête, comme pour se débarrasser de pensées malsaines. Décidément, il fallait qu'il se reprenne. Ça n'allait plus du tout.

O-O-O

Et voilà un chapitre de plus qui rapproche un peu plus nos deux choupinets. A moins qu'il ne les amène à se détester un peu plus… ça va dépendre de mon humeur du moment !

N'hésitez pas à dire ce que vous en pensez, ce que je peux arranger, ce que vous n'aimez pas… enfin bref, tout ce qui peut améliorer cette histoire ! pour ça, c'est le bouton en bas à gauche (la vraie, la bonne, l'autre droite) ou les mails…

Promis, je vais essayer de poster la suite le plus vite possible (avant deux mois… ;p)

Bazouilles

Archange