Et sous vos yeux ébahis, voici le dernier chapitre en date, le seul, le vrai, le magnifique chapitre 33 ! … hem. Désolée.

Pour ce chapitre, j'aurais eu un peu beaucoup du mal, allez savoir pourquoi. Ceux qui m'ont croisés sur msn ces derniers temps pourront donner une explication. Hein, Paule ? mais le principal, c'est de l'avoir fini, non ?

Bref ! celui-là, je le dédicace à Paule et à ma Yaya d'amour (surtout à cette dernière qui n'a pas insisté du tout du tout pour que je me dépêche).

Chapitre 33 :

Marin ou assassin ?

Les ténèbres régnaient lorsque Ambre ouvrit les yeux. Elle mit quelques secondes à s'habituer à la pénombre ambiante. La jeune fille cligna plusieurs fois des paupières pour tenter d'éliminer le voile de brume qui lui brouillait la vue. Cela fait, elle promena son regard autour d'elle. Elle se trouvait dans le dortoir. Il faisait nuit. Elle ne se souvenait ni d'être descendue là ni de ce qui s'était passé après que Wulfran l'eut ramenée auprès des jumeaux après l'abordage.

De là où elle se trouvait, elle ne pouvait se faire aucune d'idée de l'heure qu'il était. Elle ne savait donc pas depuis combien de temps elle était inconsciente et cela l'ennuyait, pour une raison qu'elle ignorait. Peut-être parce qu'elle était trop curieuse. Ambre porta la main à sa blessure. Au toucher, elle devina qu'elle était soigneusement bandée. Elle sourit dans le noir. Jean-Baptiste avait fait des efforts.

Maintenant parfaitement réveillée, quoi qu'avec un léger mal de crâne et une douleur sourde au niveau du ventre, elle n'avait pas envie de rester là. Elle aurait respiré l'air marin avec plaisir. Avec mille précautions, elle se redressa dans son hamac, mais user de ses abdominaux réveilla la douleur de sa blessure. Elle réprima difficilement un cri de douleur et se relaissa tomber au fond de son lit, le souffle court.

« - Qu'est-ce tu fous encore ? marmonna la voix endormie de Wulfran à côté d'elle.

- J'voulais me lever.

- Ouais bah reste couchée !

- Ne me dis pas ce que je dois faire ! répondit Ambre vertement.

- Parle moins fort, tu vas réveiller les autres, la réprimanda Wulfran d'un ton moqueur.

- Si tu me parlais pas, je risquerais pas de réveiller les autres.

- Autrement dit, « ta gueule », c'est ça ?

- Parfaitement, » dit Ambre d'une voix glaciale.

La jeune fille essaya de trouver une position plus confortable qui ne lui tiraille pas la peau autour de sa plaie. Au bruit, Wulfran crut qu'elle voulait se relever et se redressa soudain à demi sur son hamac.

« - Reste couchée, je te dis ! c'est pas toi qui va devoir nettoyer tout le sang que tu vas laisser derrière toi ! gronda-t-il sourdement.

- Ce n'est pas toi non plus. Et je n'allais pas me lever.

- Ce n'était pas ce que tu voulais faire y'a deux minutes ?

- Si, mais j'ai un peu trop mal pour aller gambader gaiement sur le pont.

- A la bonne heure ! s'exclama Wulfran un peu trop bruyamment. Ça veut dire qu'on ne te verra plus là-haut pendant un moment ! je vais enfin avoir la paix…

- Tu dis ça, mais je suis sûre que tu vas t'ennuyer sans moi, répliqua Ambre dans un murmure, amusée.

- Que nenni, malheureuse !

- ELLE TE DIT TA GUEULE LA MALHEUREUSE ! rugit un pirate, exaspéré de leurs messes basses incessante.

- Désolé, » s'excusa platement Wulfran tandis qu'Ambre explosait de rire.

La souffrance fut telle que son excès d'hilarité se mua en un gémissement pitoyable de douleur. Ambre entendit vaguement le fils de Roberts émettre un ricanement sadique et un commentaire qui, au son de sa voix, devait s'avérer méchant et moqueur avant de sombrer dans l'inconscience.

Lorsqu'elle se réveilla une nouvelle fois, il faisait jour. Le dortoir était néanmoins plongé dans une semi-obscurité : la seule source de lumière, autre que les lampes à huile, provenait de l'escalier menant jusqu'au pont.

« - Ça va ? » lui demanda une voix familière.

Ambre tourna la tête dans la direction de Jean-Baptiste et lui sourit.

« - Faut changer tes bandages. T'as vraiment une sale tête, ajouta-t-il en échangeant un coup d'œil moqueur avec la jeune fille.

- Je veux même pas imaginer. Mon ego en prendrait trop un sale coup… »

Le médecin de bord posa sa lourde caisse à côté du hamac d'Ambre et l'ouvrit d'un coup de pied. Il alla ensuite chercher une lampe à huile supplémentaire et l'accrocha au-dessus de sa patiente. Ambre se redressa en grognant, les mâchoires crispées et lui dit avec un maigre sourire.

« - Vas-y, fais ton œuvre. Et ça a intérêt à être bien fait : le service de réclamations ne marchent pas très bien ici… »

Jean-Baptiste émit un ricanement en se saisissant de bandes de tissus propres. Il prit ensuite un pot dans lequel était réduite de l'écorce de bananier en poudre. Il en versa un peu dans un bol dans lequel il rajouta de l'eau chaude. Il touilla sa mixture avec une cuillère en bois et en enduisit une partie des bandelettes. Cela fait, il les posa précautionneusement sur le bord du hamac, puis il entreprit de défaire les bandages de la jeune fille. Celle-ci supporta la manœuvre en silence, les dents serrées sur ses cris de douleur.

« - Essaie de te redresser si tu le peux, » lui demanda Jean-Baptiste en déplaçant la lampe à huile.

Ambre obtempéra sans desserrer les mâchoires.

Le médecin du bord se mit ensuite à laver sa plaie. Les croûtes de sang séché ou encore en train de coaguler furent enlevées le plus vite et le plus proprement possible, après quoi Jean-Baptiste refit les bandages de la jeune fille avec soin.

« - Tu as de la chance, lui dit-il alors qu'il finissait d'attacher le tissu autour de sa taille. Il n'y a pas de pue, ni de signe d'infection. La plaie est propre et nette.

- C'est pas trop profond ? lui demanda Ambre.

- Assez mais ça n'a rien touché de vital. Tu as une chance de coc… de tous les diables.

Ou un peu de chance parmi le lot de malchance qui est mon quotidien.

- Pourquoi tu fais cette tête ?

- Pour rien, mentit Ambre. Juste mal au ventre. »

Jean-Baptiste passa une main fraîche sur son front. Il soupira et se baissa vers sa caisse. Il en sortit un nouveau bocal.

« - De la quinquina ? fit Ambre d'une voix faible.

- T'es un peu chaude. Je voudrais pas que ça empire… »

Ambre hocha la tête. Elle avait déjà vu des pirates délirer de fièvre des suites d'une blessure. Et cela ne les aidait pas à se rétablir. Lorsque le médecin de bord eut fini de préparer sa décoction, il la tendit à la jeune fille qui prit le gobelet d'une main mal assurée. Elle prit une profonde inspiration et vida son verre d'une traite puis fit une grimace.

Dieu que c'est amer !

« - Y'a pas d'eau ? demanda-t-elle alors que le goût infâme de sa boisson persistait dans sa gorge.

- Non. On commence à être à court et ça rationne dur. On va bientôt s'arrêter.

- Tu sais où ?

- Je crois qu'on a pris la direction de Tortuga. Je… je crois que Roberts veut te laisser là-bas le temps que tu te rétablisses.

- Quoi ? s'écria Ambre, outrée.

Il râle pour que Thérèse et moi fassions impression aux autres pirates et lui, dès que y'a un petit problème, il me débarque ? il est pas bien ?

- Il croit bien faire, tenta d'expliquer Jean-Baptiste devant la colère sourde et soudaine de la jeune fille.

- Ouais bah, j'vois pas sa logique ! cracha-t-elle avec hargne.

- T'énerves pas ou ça va se remettre à saigner, » lui conseilla le médecin de bord.

Ambre s'apprêta à ajouter quelque chose mais garda finalement les lèvres closes. Décharger sa rancœur sur Jean-Baptiste serait des plus injustes et surtout des plus inutiles. Celui-ci préféra éviter d'aborder le sujet une nouvelle fois et se contenta de jouer son rôle.

« - Reste allongée et évite les mouvements qui pourraient rouvrir ta blessure. Je repasserais tout à l'heure voir si tu as de la fièvre ou…

- Ou un début d'infection ou s'il faut changer le pansement. Je te rappelle qu'habituellement, c'est moi qui t'aide, je sais comment ça marche… » l'interrompit-elle avec un sourire amusé.

Jean-Baptiste lui posa une main affectueuse sur l'épaule et se redressa. Il s'étira de tout son long en grognant puis se baissa pour ranger son matériel dans sa caisse. Il la souleva ensuite d'une main et la posa sur son épaule.

« - Si t'as besoin de quelque chose, n'hésite pas surtout !

- Merci, » répondit la jeune fille en remontant ses couvertures humides sur sa poitrine.

Elle regarda son camarade traverser le dortoir pour ranger sa caisse sur une étagère et la coincer derrière des barreaux de bois blanchis par le sel. Ainsi, elle ne volera pas à travers toute la pièce lors d'un grain un peu capricieux. Cela fait, il remonta sur le pont, laissant Ambre seule parmi les marins endormis. Avec un soupir résigné, elle se prépara à faire de même.

O---o---O---o---O

Ambre dut rester alitée presque une semaine entière. Elle essaya bien de se rendre utile mais elle ne se levait qu'avec d'innombrables difficultés et ne pouvait s'activer longtemps avant d'être la proie de vertiges. Ses séjours sur le pont furent donc de courtes durées, d'autant plus courts même que les jumeaux et Arthur se faisaient un devoir de la forcer à se recoucher dès qu'ils la trouvaient un peu trop pâle. Thérèse ne vint guère la voir mais Ambre mit cela sur la culpabilité que la jeune femme blonde devait ressentir. Il était vrai que, sans elle, Ambre ne se serait certainement pas fait blesser aussi gravement. Elle en ressentait une certaine colère mais celle-ci n'était pas assez forte pour la brouiller avec son amie.

Un matin, aux aurores, alors qu'elle avait réussi à se tirer hors de son hamac sans pousser de cris d'agonie, Ambre gagna le pont. La main pressée sur sa blessure, plus par habitude que par nécessité, la jeune fille balaya le côté tribord de ses yeux de miel à la recherche d'un endroit confortable où s'installer, d'où elle pourrait regarder le soleil se lever. D'un pas raide, elle se dirigea droit sur le bastingage, là où s'accrochaient les haubans du grand mât. Elle s'y hissa avec un grognement plaintif, passa une jambe de chaque côté du bastingage et se cala contre les échelles de cordes. L'air était frais mais le soleil des Caraïbes n'allait guère tarder à réchauffer l'atmosphère.

Une porte claqua et la fit sursauter. Elle se retourna vivement pour déterminer l'origine du bruit. Roberts sortait de sa cabine et s'apprêtait à monter prendre la roue lorsqu'il l'aperçut, assise contre les haubans. Sans une hésitation, le capitaine de l'Ecumeur changea de trajectoire et vint aux côtés de la jeune fille.

« - Bien le bonjour, charmante demoiselle !

- Bonjour, capitaine, répondit Ambre avec son sourire le plus charmeur.

- Tu ne t'installes pas en tailleur aujourd'hui ? la taquina Roberts qui n'apercevait jamais Ambre que dans cette position.

- Ça me fait mal, expliqua simplement la jeune fille.

- Tu m'en vois navrée.

- Pas de quoi. Ça arrive à tout le monde. »

Roberts ne répondit rien. Le ton d'Ambre s'était fait mordant sur cette dernière phrase lorsque les paroles de Jean-Baptiste lui étaient revenues en mémoire.

Pourquoi je serais la seule à me faire débarquer à Tortuga ?

« - Pourquoi fais-tu cette tête-là, d'un coup ? demanda innocemment Roberts qui ne comprenait pas à quoi était dû le changement d'attitude de la jeune fille.

- Est-il vrai que vous voulez me débarquer à Tortuga pour que je puisse… hem… récupérer ? déclara Ambre d'un ton tranchant.

- Qui t'as dit ça ?

- Jean-Baptiste. Hier.

- Ah… fit Roberts, visiblement mal à l'aise.

- Dois-je comprendre que c'est vrai ? dit Ambre dont l'inquiétude et la colère sourdaient dans sa voix.

- Oui et non. En fait… » commença Roberts. Il s'interrompit et regarda autour de lui.

Il n'y avait que quelques pirates sur le pont qui ne faisaient pas attention à eux. Ceux qui se trouvaient sur la vergue au-dessus d'eux étaient trop hauts pour entendre leur conversation. Pourtant, Roberts baissa la voix et s'accouda au bastingage de façon à ce qu'il soit sûr qu'Ambre seule puisse entendre ce qu'il avait à lui dire.

« - Je… j'ai eu une idée. Je pense qu'elle ne te plaira pas et donc, je ne te forcerais pas à y aller. »

La colère d'Ambre s'éteignit aussi rapidement qu'elle était née pour faire place à une curiosité manifeste.

« - Promet-moi de ne pas crier lorsque je t'aurais tout dis… poursuivit Roberts en regardant la jeune fille avec inquiétude.

- Je n'alerterais pas les autres, si c'est ce que vous voulez, répondit Ambre, sa curiosité piquée au vif.

- Merci. »

Roberts prit une profonde inspiration et plongea son regard sombre dans celui de la jeune fille.

« - Voilà. Je voudrais que tu commettes un meurtre. »

Ambre était bouche bée. Elle n'avait pas poussé de cri surpris simplement parce que son cerveau essayait encore de mettre les mêmes mots dans un autre ordre pour être sûr qu'elle avait bien compris les paroles de son capitaine.

« - Vous… vous voulez que quoi ? bégaya-t-elle, les yeux écarquillés.

- Je voudrais que tu tues Norrington.

- Tuer Norrington ? mais pour quoi faire ?

- Faire échouer cette campagne… » dit Roberts dans un souffle.

Ambre resta silencieuse, trop choquée pour émettre le moindre mot. Devant l'expression de son capitaine, elle comprit combien cela lui en coûtait de lui demander ça. Elle avala difficilement sa salive, tenta de se composer une expression impassible et demanda :

« - Vous êtes sûr que cela sera utile ?

- Non. Je l'espère, c'est tout. Je… je crains vraiment le pire et j'aimerais faire tout ce qui est possible pour empêcher cela d'arriver.

- Pourquoi me demander cela à moi ? continua Ambre d'une voix faible.

- Parce que tu sais à quoi il ressemble. Tu es la seule à l'avoir vu. Et… et j'ai confiance en toi. »

Ambre eut un maigre sourire.

« - Quel rapport entre ça et le fait de me déposer à Tortuga ?

- Parce que… Roberts inspira profondément. Beaucoup de pirates seraient contre cette idée. Ils penseront que c'est beaucoup trop risqué pour pas grand-chose. Et surtout, ils n'accepteront pas cette idée sachant qu'elle vient de moi. Ils ne m'ont pas pris au sérieux. Voilà donc où tu entres en jeu.

- Je… je ne vous suis pas.

- Depuis que tu m'as dit que tu avais vu Norrington, cette idée me trotte dans la tête mais je ne voyais pas comment l'appliquer.

- Parce que maintenant vous voyez ? fit Ambre, sceptique.

- Oui. Je ne me vois pas te confier une autre mission comme la dernière fois, celle-ci n'ayant pas été des plus discrètes. La nouvelle de la mort de Norrington ferait tout de suite comprendre aux hommes de ce navire quelle en est la cause et en feraient part à tout le monde là où nous nous arrêterons. Ce que je ne veux à aucun prix.

- Je crois que…

- Tu commences à comprendre ? demanda Roberts avec un sourire complice.

- Pour être franche, non. Mais je vous en prie, poursuivez.

- Comme tu t'es fait blessée, assez gravement, je peux te laisser à Tortuga pour que tu récupères.

- D'autres pirates ont été aussi blessés que moi et vous ne les abandonnez pas dans le premier port venu ! protesta vivement Ambre.

- Laisse-moi finir ! une fois à Tortuga, tu pourras en partir discrètement pour gagner Port-Royal. L'assassinat de Norrington ne pourra m'être rattaché, ce qui nous évitera d'avoir tous les pirates à dos.

- Mouais, fit Ambre, pas convaincue. Et comment je fais pour aller à Port-Royal ?

- Je comptais demander à Barbossa de t'emmener…

- Sur le Black Pearl ? avec son équipage maudit ? Ambre en avait des frissons dans le dos.

- Il pourrait attaquer Port-Royal. Depuis qu'ils sont maudits, ils n'ont plus de relation avec le reste des pirates. La mort de Norrington ne serait qu'un fâcheux accident qu'on ne pourrait lui reprocher. »

Ambre acquiesça et incita son capitaine à poursuivre.

« - Et si jamais tu n'arrives pas à le tuer, je demanderais à Barbossa qu'il prenne quelqu'un en otage pour que Norrington lui donne la chasse. On pourra alors le canonner au large.

- C'est tout ? pas de date précise, d'indications pour m'aider ?

- Je comptais t'y envoyer pour sa fête de promotion, dans un peu moins d'un mois. Tous les gardes seront réunis dans un même lieu.

- Bien.

- Maintenant, tout compte sur ta forme physique. Et ton accord. »

Ambre et son capitaine restèrent silencieux quelques minutes à se regarder dans les yeux. Finalement, Ambre reprit la parole.

« - Très bien, j'accepte. Mais c'est la première et la dernière fois.

- Merci, » répondit Roberts, visiblement soulagé même si son regard masquait une certaine déception et un dégoût de lui-même.

Il se redressa et fit demi-tour. A peine deux pas plus tard, la voix de la jeune fille résonna derrière lui.

« - Capitaine ! je… je ne suis pas sûre d'y arriver : dans le feu de la bataille, oui mais là…

De sang froid…

- Je ne t'en voudrais pas si tu échoues, » répondit-il d'une voix douce, après un rapide coup d'œil qui lui révéla que les pirates étaient loin, hors de portée d'écoute.

Ambre hocha la tête d'un air triste et reporta son attention sur le large pour que son capitaine ne lise pas dans ses yeux et sur son visage ce qu'elle ressentait en cet instant précis. Peur, dégoût, excitation. Une multitude de sentiments qui l'empêchait de comprendre où elle en était. Pirate loyal épris de sa propre liberté et prêt à tout pour la défendre ou vulgaire assassin ?

O---o---O---o---O

Deux jours plus tard, Roberts était revenu la voir et lui avait redemandé si elle voulait vraiment y aller. Ce à quoi elle répondit qu'elle ne voulait pas assassiner Norrington, mais qu'elle acceptait de le faire. En espérant que cet acte se révèlerait salutaire. Le capitaine de l'Ecumeur mit alors le cap sur l'île de la Muerta, là où il pensait pouvoir rencontrer Barbossa et lui soumettre son idée. En effet, tout dépendait de la décision du capitaine du Black Pearl.

L'Ecumeur et son équipage virent apparaître les récifs acérés de la petite île au crépuscule du troisième jour. Ambre avait passé tout ce temps entre son hamac et le pont, là où elle ne gênait personne. Sa blessure guérissait doucement et, s'il lui arrivait d'avoir des crises de fièvre, celles-ci ne duraient pas longtemps et ne mettaient pas ses jours en danger. La douleur s'estompait également mais était toujours présente et l'empêchait de travailler plus d'une heure d'affilée, même sur de petits travaux. Wulfran ne la taquina que rarement et ne lui adressa la parole que plus rarement encore. Il avait décidé de prendre ses distances avec cette garce aux cheveux blancs. Il n'arrivait pas à comprendre ses dernières réactions vis-à-vis d'elle et avait décidé de redevenir normal avant de l'approcher à nouveau. Elle avait raison, il n'était plus méchant. Plus autant qu'avant du moins.

Roberts avait pris la barre et menait son vaisseau d'une main sûre. Dans la lumière déclinante du jour tombant, il fit glisser l'Ecumeur entre les récifs et les mâts des navires moins prudents. Ambre, assise comme à son habitude sur le bastingage au niveau du gaillard d'avant, regardait par-dessus bord. Elle aperçut à plusieurs reprises des ailerons de requins et en aperçut même un.

Des requins marteaux !

Le dos de la jeune fille fut parcourue d'un frisson glacé. Elle ne supportait pas les requins depuis sa baignade forcée le jour de l'attaque du vaisseau qui l'enchaînait à sa vie de fille de bonne famille. N'en voir ne serait-ce qu'une ombre lui retournait l'estomac depuis ce jour-là.

« - Ça va ? lui demanda une voix familière. Tu es toute pâle…

- Ouais, ouais… t'en fais pas Arthur, répondit Ambre en repoussant une mèche de cheveux blancs.

- Sûre ?

- J'aime PAS les requins, dit-elle en désignant du menton les ombres mouvantes devant la proue du vaisseau.

- Alors je sais que, lorsque le moment sera venu, il faudra que je te passe par la planche, déclara une voix froide derrière elle.

- Ah tiens, ça faisait longtemps, mon petit Wuwu, répliqua la jeune fille sans se retourner.

- Je trouve aussi… Ambrichounette. »

La jeune fille lui lança un regard noir.

« - Te fatigues pas avec ça, lui dit Wulfran, nullement intimidé. Tu sais très bien que ça ne prend pas avec moi.

- C'est parce que tu es un imbécile doublé d'un prétentieux, répliqua Ambre, mauvaise.

- Ce sont les requins qui te font cet effet-là ? »

Etant donné que tu en es un, oui !

Wulfran, voyant qu'Ambre ne disait rien, allait poursuivre sur sa lancée cynique lorsque la silhouette du Black Pearl se dessina soudain derrière un amas de rocs noirs. Il comprit seulement à cet instant où ils étaient. Personne ne leur avait dit qu'il se rendait sur l'île de la Muerta. Il se tut aussitôt et se tourna vers son père qui tenait toujours la roue, regardant droit devant lui. Il y avait encore quelque chose qui se tramait et il ne savait pas de quoi il en retournait. Le regard du jeune homme se posa sur Ambre. Elle n'avait aucunement l'air surprise.

Encore une qui est au courant de tout, certainement !

La jeune fille, devinant les yeux du jeune homme posés sur elle, se retourna et plongea son regard de miel dans le sien.

« - Y'a quelque chose qui te tourmente ?

- A part toi, je vois pas ! rétorqua Wulfran avec mauvaise humeur.

- Sois pas aussi grincheux, répliqua Arthur, assis à côté de la jeune fille.

- T'es déjà venue ici, Ambrichounette ? demanda Wulfran à la jeune femme sans prêter aucune attention à la remarque d'Arthur.

- Non, jamais. Pourquoi ?

- Et tu sais où on est ?

- Non plus. Je suis jamais venue je te le rappelle, répéta Ambre qui ne voyait pas où Wulfran voulait en venir.

- Et tu sais à qui appartient le navire en face ? demanda-t-il en essayant de paraître simplement curieux.

- A Barbossa.

- Comment tu sais ça ? poursuivit le jeune homme abruptement, sûr désormais d'avoir raison : Ambre était encore dans les confidences de son père et lui encore une fois en dehors.

- Bah… je… heu… bégaya la jeune fille, prise de court. Ça me paraît évident, non ? tu connais beaucoup de navires qui sont aussi sinistres et qui flottent dans des voiles de brumes ?

- Mouais, » fit Wulfran, pas convaincu.

Il préféra ne pas poursuivre la conversation. Il était certain qu'Ambre en savait plus que lui sur la raison de leur présence ici, même si sa réponse précédente aurait pu paraître convaincante si cela lui était réellement évident. Mais il avait bien vu la petite lueur de culpabilité qui avait brillé pendant une brève seconde dans son regard de miel.

Sans ajouter un mot de plus, Wulfran tourna le dos à Ambre et Arthur. Il traversa le pont à grandes enjambées et se rendit auprès de son père. Roberts lui jeta un bref coup d'œil avant de reporter toute son attention à éviter les récifs grâce aux indications de ses hommes.

« - Oui ? dit simplement Roberts sans détourner le regard, toute sa concentration rivée sur les flots de plus en plus sombres.

- Pourquoi vas-tu voir Barbossa ? tu as encore quelque chose à lui demander ? quelque chose qui a à voir avec Ambre ? » siffla son fils avec hargne.

Le capitaine de l'Ecumeur ne pipa mot, trop surpris par la déclaration de son fils.

« - Alors ? insista Wulfran.

- Viens avec nous tout à l'heure, je ne peux t'en dire plus maintenant. »

Wulfran n'ajouta rien. Il savait que son père ne dirait rien de plus et il n'avait pas envie de le faire changer d'avis en insistant lourdement.

« - Dis aux jumeaux de préparer la chaloupe et de se tenir prêts à ramer, lui ordonna Roberts avant qu'il ne rejoigne les ponts inférieurs du navire.

- Oui, capitaine. »

Wulfran quitta le gaillard d'arrière et balaya le pont du regard. Il dénicha rapidement Fred et George, assis par terre près d'Ambre.

De vrais toutous !

Déprimants !

Il se dirigea droit vers eux et, en un instant, le jeune homme se tenait au-dessus d'eux et les dévisageait avec mépris. Fred et George levèrent le nez vers le nouvel arrivant et lui adressèrent le même sourire faux.

« - Tu veux te joindre à nous, Wuwu ?

- Ne m'appelez pas Wuwu !

- Ça fait ressortir le gris de tes yeux pourtant, se moqua Fred.

- Le capitaine vous demande… ou plus exactement vous ordonne de préparer la chaloupe. Et c'est vous qui ramez aussi.

- Ce sera tout ? demanda George en se levant.

- Si tu veux plus de boulot, va voir Trévor, répliqua Wulfran avant de s'en détourner rejoindre Grégoire.

- Plus ça va et plus il est pénible, soupira la jeune fille lorsqu'il se fut éloigné.

- Je trouve qu'il s'était arrangé fut un temps, répondit Fred avec un sourire moqueur.

- Ouais bin ça a pas duré !

- N'en sois pas si sûre… » lui glisser Fred à l'oreille alors qu'il se mettait debout à la suite de son frère.

Les jumeaux firent un dernier signe à la jeune fille et à Arthur avant de partir affréter la chaloupe. Ambre se tourna vers Arthur et haussa les épaules. Wulfran. Elle poussa un profond soupir et reporta toutes ses pensées sur le Black Pearl.

O---o---O---o---O

Quelques dix minutes plus tard, Roberts avait fait jeter l'ancre près du navire de Barbossa. Une fois l'Ecumeur immobilisé et se balançant doucement au rythme des vagues, les jumeaux firent descendre la chaloupe. Lorsqu'elle toucha l'eau, Fred enjamba le bastingage et descendit dans l'embarcation. Il saisit les rames et maintint la chaloupe près de la coque de l'imposant navire. Son frère le rejoignit bientôt et tous deux attendirent le bon vouloir de leur capitaine. Au lieu de celui-ci, ce fut Wulfran qui dévala l'échelle taillée dans la coque.

« - Faites-moi de la place, » grogna-t-il en mettant un pied dans la petite embarcation.

Les jumeaux se poussèrent de mauvaise grâce. Bientôt, ce fut au tour de Roberts. Il donna quelques ordres à Korp et les rejoignit avec souplesse. Ambre arriva ensuite, le teint pâle. Fred s'apprêta à aller l'aider lorsqu'il vit son capitaine se lever et l'attraper par la taille lorsqu'elle arriva à sa portée. Il la déposa en douceur dans le fond de l'embarcation avant de s'asseoir en face d'elle. Wulfran les regarda d'un œil noir, ce que seul George remarqua. Ce qu'il ne pouvait deviner, c'était si Wulfran était jaloux de ne pas l'avoir fait à la place de son père, ce dont il doutait, ou bien s'il ne supportait pas de voir son père s'occuper d'Ambre plus que de lui. Ou même de s'intéresser à Ambre, tout simplement.

« - Merci, » dit-elle à Roberts.

Il lui adressa un sourire à peine visible dans la pénombre de plus en plus profonde avant de se tourner vers Fred et George.

« - Allez-y, » ordonna-t-il.

Fred souleva sa rame et l'appliqua contre la coque de l'Ecumeur. Il poussa de toutes ses forces pour éloigner la chaloupe et ses occupants du navire puis plongea sa rame dans l'eau noire. Il échangea un simple regard avec son frère et tous deux se mirent à pagayer en cadence, comme un seul homme. Ils suivirent un courant qui les amena très près de récifs dentelés et durent ramer ferme pour s'en éloigner au dernier moment. Ce courant marin les avait amené à quelques mètres du Black Pearl. Il ne fallut aux jumeaux que quelques coups de rames supplémentaires pour pénétrer dans la brume fantomatique. Un choc sourd à l'avant les informa qu'ils avaient trouvé le navire de Barbossa.

« - Qui va là ? demanda une voix au-dessus d'eux.

- Le capitaine Bartholomew Roberts ! répondit le capitaine de l'Ecumeur d'une voix forte. Dites au capitaine Barbossa que je désirerais lui parler. »

Le pirate s'en fut immédiatement avertir son capitaine qu'il avait de la visite. Pendant le laps de temps où ils durent attendre l'arrivée de Barbossa, Fred et George échangèrent un regard éloquent. Ils se tournèrent vers Roberts avec un sourire benêt.

« - Bartholomew ? vous nous avez jamais dit que vous vous appeliez comme ça.

- Je n'en voyais pas l'intérêt.

- J'ai toujours cru que Roberts, c'était votre prénom… poursuivit George.

- Ça vous gêne si on vous appelle Barthy ? demanda innocemment Fred pendant qu'Ambre éclatait e rire.

- C'était pour cette raison que vous ne connaissiez pas mon prénom, trancha Roberts d'une voix glaciale qui eut pour conséquence de faire rentrer la tête aux jumeaux dans leurs épaules.

- C'est mignon pourtant Barthy… marmonna George en essayant de ne pas éclater de rire.

- Je ne suis pas fait pour être mignon ! répliqua Roberts. Maintenant taisez-vous ! »

Wulfran poussa un soupir profondément agacé.

Affligeant. Vraiment affligeant.

Des bruits de pas conquérants se firent entendre au-dessus d'eux. Tous levèrent les yeux mais nulle tête ne se pencha par-dessus le bastingage. En revanche, une voix sonore se fit entendre.

« - Pardonnez-moi de ne pas me montrer mais la lune n'a guère l'intention de se cacher ce soir.

- Bonsoir à vous aussi ! dit Roberts en réponse.

- Que me vaut le déplaisir de cette visite ? poursuivit Barbossa.

- Je préfèrerais vous en parler ailleurs.

- Montez donc, s'il le faut ! mais évitez de regarder mes hommes avec trop d'insistance, ça les énerve.

- Vous deux, dit Roberts aux jumeaux, vous rester ici. Et vous deux, poursuivit-il à l'adresse d'Ambre et Wulfran, vous venez avec moi. Et tenez votre langue ! »

Roberts saisit les barreaux de l'échelle de bois et entama l'ascension. Wulfran se leva mais se ravisa au dernier moment.

« - Passe devant, ordonna-t-il à la jeune fille.

- C'est pour la rattraper au cas où elle tomberait ? comme tu es prévenant, minauda George.

- Parfaitement. Parce que si elle tombe après moi, c'est encore ma pomme qui vais devoir aller la chercher. Et la baignade avec les requins ne m'inspire pas, mais alors pas du tout. »

Fred ricana tandis qu'Ambre passait devant Wulfran d'un air digne. Elle posa un pied sur le premier barreau et se souleva. Pour les premières marches, la douleur était supportable mais elle empira horriblement pour les derniers échelons. Elle s'arrêta un instant pour reprendre son souffle, le sang battant fortement à ses tempes. Elle entendit vaguement un grognement et se sentit soulevée. Wulfran avait réussi à monter sur le même barreau qu'elle et l'avait attrapée sous les aisselles. Il la porta aussi aisément que s'il s'était s'agit d'un fétu de paille et la posa deux marches plus haut puis refit la même manœuvre jusqu'à ce qu'elle puisse attraper le rebord du bastingage. Comme elle traînait à se hisser à bord du vaisseau, il la poussa sans vergogne sous les fesses sans entendre ses protestations. Ambre réussit à rétablir son équilibre d'extrême justesse en arrivant sur le pont du Black Pearl et releva le nez pour observer ce fameux navire. Elle eut un hoquet de terreur difficilement réprimé lorsqu'elle découvrit Barbossa. Ou plutôt le squelette chapeauté d'un immense couvre-chef à plumes.

Wulfran arriva derrière elle et enjamba le bastingage avec agilité. Il parut également surpris de l'apparence du capitaine du lieu mais retrouva bientôt un visage impassible. Il salua alors Barbossa d'un signe de tête un peu raide. Celui-ci lui rendit la pareille avant de se retourner vers Ambre.

« - Retrouvez des couleurs, je vous prie. Je ne vais pas vous manger. Même si l'envie ne m'en manquerait en temps normal, » ajouta-t-il en promenant son regard sur le corps de la jeune fille.

Ambre lui renvoya un regard noir et se redressa de toute sa hauteur. Ce n'était tout de même pas un vieux squelette qui allait l'effrayer et encore moins faire des remarques douteuses sur son compte !

« - Puis-je savoir à qui j'ai l'honneur ? demanda Barbossa sans se soucier le moins du monde du regard courroucé de la jeune fille.

- Ambre.

- La fameuse ?

- La seule. Donc oui, ça doit être la même, répondit Ambre, toujours méfiante.

- Si j'avais su que je devais recevoir du monde comme vous, je vous aurais dit de venir lorsque le soleil était encore haut…

- Faut rien exagérer, grogna Wulfran.

- Pourrait-on aller discuter… ailleurs ? coupa Roberts, pressé de mener à bien ses projets.

- Toujours aussi pressé, hein Barthy ? » ricana Barbossa.

Ambre vit Roberts serrer les dents et se contrôla difficilement pour ne pas éclater de rire. Le squelette de Barbossa les invita à le suivre et le petit groupe se dirigea vers la cabine du capitaine, sous l'œil curieux de l'équipage de morts vivants. Dès que Barbossa fut dans l'ombre rassurante de sa cabine, il retrouva son apparence humaine sous les yeux ébahis d'Ambre et Wulfran.

« - Quoi ? bougonna Barbossa, faussement fâché. Vous n'avez jamais vu de personnes maudites ?

- Bah… si, à l'instant, répondit Ambre, mais… je pensais pas que vous alliez redevenir normal si vite.

- Nous ne sommes ainsi qu'à la lumière de la lune. Mais au lieu de vouloir parler de choses qui fâchent, laissons Barthy s'expliquer.

- Appelle-moi encore une fois Barthy et je t'assure que je te passe mon épée en travers du gosier. Dès que tu seras libéré de ta malédiction. »

Barbossa gloussa et pria ses invités de s'asseoir à sa table. Il s'installa ensuite en face de Roberts, posa ses coudes sur la table, croisa ses longs doigts et appuya son menton dessus.

« - Je t'écoute, » dit-il simplement.

Roberts avança sa chaise en faisant grincer les pieds sur le plancher. Il croisa les bras sur la table et plongea son regard dans celui de Barbossa.

« - J'aimerais que tu emmènes Ambre à Port-Royal et que la ramènes, le tout discrètement. »

Barbossa ne fut pas le seul à écarquiller les yeux de surprise. Wulfran regarda son père alternativement avec Ambre, les yeux ronds comme des billes. Un regard glacé de la jeune fille le fit reprendre contenance.

« - Pourrais-tu m'en dire un peu plus ? demanda Barbossa avec un sourire qui découvrit ses dents jaunes.

- J'aimerais… j'aimerais faire taire Norrington. Définitivement. Mais certains capitaines n'apprécieront pas cet acte, c'est pour ça que je comptais sur toi pour amener Ambre discrètement là-bas.

- Pourquoi est-ce que j'irais là-bas ? je n'en vois pas l'intérêt, répliqua Barbossa.

- Pourtant, pour moi, il est évident : un magnifique pillage. Sans déplorer de pertes, ce dont je ne peux pas me vanter. Et il y a même la maison du gouverneur, qui ne serait que la cerise sur le gâteau.

- Mouais, maugréa Barbossa. Mais dois-je te rappeler que c'est la ville la mieux gardée ? Norrington y est, certes, mais ce n'est pas le seul. Il a toute une tripotée de petits soldats bêtes et obéissants. Nous avons beau être maudits, on peut nous enfermer dans une cage.

- Il suffit de choisir le bon jour, dit Roberts avec un sourire entendu.

- Qui est ?

- La cérémonie de promotion de Norrington. Commodore Norrington. A titre posthume, si tu acceptes. »

Barbossa plongea dans un profond silence, les sourcils froncés dans une expression concentrée.

Même s'il mourrait d'envie de poser des questions à son père à propos de tout ça, Wulfran sut tenir sa langue. Ce n'était pas le moment de montrer qu'il n'était au courant de rien, montrant ainsi que sa présence en ces lieux était inutile.

« - Pourquoi tiens-tu à ce que ça soit moi ? demanda brutalement Barbossa, rompant le silence qui s'était installé.

- Parce que personne ne pourra rien te reprocher. Et parce que la mort de Norrington pourra passer comme un accident, un simple mort de plus dans la bataille. La seule chose que certains pourront dire contre toi, c'est que tu as eu un sacré culot pour t'en prendre à Port-Royal.

- Et tu comptes sur cette jeune demoiselle pour parvenir à tes fins ? fit le capitaine du Black Pearl en désignant Ambre du menton.

- Oui.

- Et si elle n'y parvient pas ?

- J'y arrive.

- Je t'écoute.

- Si Ambre revient bredouille, pourrais-tu prendre quelqu'un d'important en otage ? quelqu'un de la maison du gouverneur, par exemple ? Norrington vivant, il se jettera certainement à sa poursuite. Nous n'aurons plus qu'à couler son navire. Et lui avec.

- Tu auras besoin de moi aussi pour ça aussi, non ?

- Certainement.

- 70-30 alors.

- 60-40, mes hommes de comprendraient pas, marchanda Roberts.

- Ça marche.

- Tu es donc d'accord ? demanda Roberts, sans réussir à masquer totalement sa surprise.

- Oui. On s'ennuie en ce moment. Un peu d'action ne nous fera pas de mal. Et nous fera oublier ce satané médaillon qui continue à nous filer entre les doigts, » marmonna Barbossa, la mine revêche.

Il se leva de sa chaise et se dirigea vers le fond de sa cabine. Il ouvrit une armoire et en sortit une bouteille de rhum et trois verres puis revint à la table. Il posa un verre devant chacun et leur servit une généreuse rasade.

« - Vous n'en prenez pas ? s'étonna Ambre.

- Non, charmante demoiselle. Ça… même le rhum n'a plus autant de goût qu'auparavant.

- A cause de votre malédiction ?

- Oui, soupira Barbossa. A cause d'elle. »

Il reporta son attention sur le capitaine de l'Ecumeur.

« - Maintenant, il reste les détails pratiques à régler. Et j'espère que tu as pensé à tout.

- Je l'espère aussi.

- Bien. Quand, où et comment ?

- Quand ? dans un peu moins d'un mois. Dans trois semaines et 4 jours exactement. Tu devras venir chercher Ambre à Tortuga, dans un endroit discret.

- La crique du Pendu ?

- Par exemple. Tu vois où c'est Ambre ?

- Oui, oui, répondit Ambre. Je peux y aller sans problème.

- Passe la prendre suffisamment à l'avance pour être sûr d'être à Port-Royal dans la soirée. Et repose-là dès que vous avez fini.

- Même si on doit poursuivre Norrington ?

- Oui. Elle sera censée être à Tortuga pour récupérer.

- Récupérer de quoi ? s'étonna Barbossa.

- De son second nombril, » répondit Wulfran avec mépris à la place de son père.

Ambre lui jeta un regard noir et marmonna entre ses dents serrées.

« - J'en connais un qui est jaloux de ce nombril et qui veut le même, ce que je vais me faire un plaisir de lui offrir !

- Calmez-vous, tous les deux ! gronda Roberts sous l'œil amusé de Barbossa.

- Tu dois t'amuser avec ces deux-là à ton bord…

- Je te les prête si tu veux.

- Non, je ne tolère guère les « vivants » en ce moment.

- Reprenons, déclara Roberts. Il faut que tu la déposes avant : si mon équipage la voit sur ton navire, lorsque les nouvelles auront fait le tour des tavernes, j'en connais qui feront vite le rapport. On pourra ensuite se retrouver au large de Tortuga, au sud-ouest.

- Là où on avait coulé cette frégate anglaise ?

- Y'a plus de 20 ans ? s'étonna Roberts. Tu te rappelles encore de ça ?

- Comment l'oublier ? Ou plutôt comment t'oublier ? Ce jour-là, tu étais…

- Je ne veux pas savoir comment j'étais, coupa cours Roberts. Tu te souviens des coordonnées exactes ?

- Oui, et toi ? »

Roberts hocha la tête en signe d'acquiescement. Il se cala contre le dossier de sa chaise, prit son verre et le vida d'un trait. Il le reposa sur la table et l'envoya au centre de celle-ci d'une simple poussée.

« - Nous sommes d'accord ? demanda-t-il à Barbossa pour conclure leur affaire.

- Oui, » répondit celui-ci en tendant une main calleuse par-dessus la table que Roberts s'empressa de serrer.

Les deux capitaines échangèrent un sourire. Ambre remarqua les pattes d'oie aux coins des yeux de Roberts se plisser de soulagement. Elle avait fait le bon choix. Même si elle ne réussissait pas à assassiner Norrington, elle aurait fait ce que avait pu pour aider son capitaine qui lui, faisait tout ce qui était en son pouvoir pour aider les pirates des Caraïbes.

Le retour dans la barque se fit dans un silence complet. Les jumeaux attendaient d'être revenus à bord de l'Ecumeur pour interroger leur amie et se contentaient de pagayer. Roberts s'était assis à l'avant de la chaloupe et regardait droit devant lui. Ambre avait les yeux posés sur ce qu'elle voyait de son visage et essayait de déchiffrer son expression à la pâle lumière de la lune. Wulfran, lui, fixait Ambre, les sourcils froncés. Ses yeux flamboyaient d'une nouvelle colère, plus vive et plus douloureuse que celles qui l'animaient d'habitude lorsqu'il s'agissait de la jeune fille aux cheveux blancs.

O---o---O---o---O

L'Ecumeur quitta la baie accidentée de l'île de la Muerta et déploya ses voiles vers Tortuga dès qu'ils furent remonter à son bord. Ambre avait refusé de parler aux jumeaux de ce qui s'était passé sur le Black Pearl. Elle avait peur. Peur de ce qu'ils pourraient penser d'elle, peur qu'ils essaient de la décourager. Ils savaient qu'elle donnerait jusqu'à sa vie pour Roberts, mais ne verraient-ils pas là un geste de fanatique ? N'en était-elle pas une finalement, à vouloir tout faire pour aider son capitaine ? Ces questions se bousculaient dans sa tête et la rendait nerveuse.

Ambre, assise dans son hamac, posa la tête sur ses genoux. Son ventre l'élançait mais elle en était presque reconnaissante : son esprit avait du mal à se fixer sur une idée et elle pouvait ainsi, pendant de rares instants, cesser de penser à ce qui l'attendait. Elle repoussa ses couvertures, prise d'une soudaine bouffée de chaleur.

« - Alors ? anxieuse pour ton nouveau boulot ? lui murmura Wulfran, sarcastique.

- Oui, répondit Ambre avec sincérité.

- Tu ne devrais pas. C'est fait pour toi. »

Ambre ne répondit pas. Le ton de Wulfran était trop agressif pour que leur conversation reste juste dans le cadre de la simple taquinerie et elle n'avait vraiment pas envie de se battre maintenant. Le jeune homme, vexé et déçu qu'elle ne prenne pas la mouche, renchérit encore quelques temps mais, devant le mutisme d'Ambre, il retomba dans le silence.

Depuis qu'ils avaient rencontré Barbossa et qu'il avait été mis au courant de ce qui allait se passer, Wulfran avait sentit naître une colère haineuse au creux de ses entrailles, si forte qu'il en aurait presque été effrayé. Son père confiait encore quelque chose d'important à Ambre. Une mission qui n'était pas des moindres. Certes, la blessure d'Ambre était une excuse pour lui permettre de se rendre à Port-Royal sans soucis mais… Ambre n'avait pas été la seule à être blessée. C'était pourtant la seule qui allait rester à Tortuga. Son père avait voulu faire d'elle un des piliers centraux de son équipage, un point fort pour les abordages et voilà qu'il la laissait descendre dès les premières gouttes de sang qu'elle versait. Roberts arriverait peut-être à berner une partie de son équipage. Mais que penserait l'autre moitié ? Que verraient-ils dans ce geste ?

Wulfran poussa un grognement mécontent et se retourna dans son hamac puis remonta ses couvertures d'un geste agacé avant de les repousser quelques instants plus tard.

Ce que verraient les pirates ? Ils n'y verraient certainement qu'un geste protecteur. Qui ferait jaser. Ambre, la dernière conquête de Roberts. L'amoureuse de Roberts, celle qui a enfin réussi à toucher le cœur du célibataire endurci. Ou Ambre, la catin de Roberts.

Certainement les deux.

Penser que la réputation de son père puisse être ainsi éclaboussée par cette garce lui retournait l'estomac. Une pensée malvenue lui murmura qu'Ambre n'était pas la pire des garces employées sur ce vaisseau. S'il y en avait une autre qui pourrait entacher la réputation de son père, c'était bien Thérèse. Il lui avait fait confiance en lui permettant de monter à bord de l'Ecumeur et celle-ci serait trahie lorsque la jeune femme montrerait son vrai visage. Roberts passerait pour un imbécile lorsque tous se rendraient compte que Thérèse les avaient juste utilisés pour sortir de Tortuga.

Ça sera tout de même moins horrible que de voir les gens penser qu'Ambre est…

Il était également sûr d'une chose, c'était que cette bécasse n'avait même pas songé aux conséquences que cela pourra avoir. Elle voulait juste se faire bien voir par son père.

Sale garce !

Une crampe dans la mâchoire à force de serrer les dents pour empêcher sa colère d'éclater, Wulfran finit par s'endormir. Ambre écouta ses ronflements pendant un certain temps avant de se faire vaincre par le sommeil à coups de poignées de sable.

Lorsque l'aube se leva, grise et froide, l'Ecumeur était en vue des falaises de Tortuga. La mer était calme et le vent soufflait doucement. Roberts fit déferler toute la voilure et le navire entra dans le port en milieu de matinée. Il se dirigea vers les quais en pierre, là où l'eau était plus profonde et fit jeter les amarres. Le vaisseau immobilisé, tous descendirent à terre, sauf les hommes chargés de surveiller l'Ecumeur.

Ambre, toujours allongée dans son hamac, se leva péniblement lorsque le bruit des pas se fut sensiblement atténué. Elle s'épongea le front recouvert d'une fine pellicule de sueur et attacha ses cheveux de neige en un chignon serré. Puis elle attrapa ses bottes d'un geste las et les enfila en soupirant. Quand elle fut prête, elle monta sur le pont. Elle cligna des paupières dans la vive lumière du jour avant de s'étirer en souplesse. Après avoir étouffé un bâillement sonore, la jeune fille se rendit à la cabine de son capitaine où elle frappa à la porte.

« - Entrez, répondit la voix grave de son capitaine.

- C'est moi, » dit-elle en pénétrant dans la vaste pièce.

Roberts leva vers elle un regard étonné qui, l'espace d'un instant, refléta une certaine appréhension.

« - Je venais chercher le livre de comptes…

- Pourquoi faire ?

- Bah… comme d'habitude, aller négocier nos prises, répondit Ambre en haussant un sourcil interrogatif.

- Ah oui. Mais comme tu es censée être trop faible pour que tu puisses rester là… dit Roberts, quelque peu mal à l'aise.

- Je sais mais… comme tout le monde sait sur ce navire que je ne suis pas en danger immédiat de mort, il n'y a pas de raison que je n'y aille pas. Le contraire serait louche. »

Voyant que son capitaine allait protester, Ambre poursuivit avant qu'il n'ait eu le temps d'ouvrir la bouche.

« - Si vous préférez, je peux provoquer une rixe. Avec les jumeaux et faire semblant de me prendre un coup dans le ventre. J'aurais une excuse pour rester là sans que ça alarme les autres. »

Roberts réfléchit durant quelques instants avant de donner son accord.

« - Merci capitaine. »

D'un geste, il lui fit mine de se retirer. Mais avant que Ambre n'ait atteint la porte, il lui demanda.

« - Pourquoi tiens-tu à y aller ? je sais que tu n'aimes pas le… PGCD comme tu t'amuses à le nommer. Et tous auraient compris que tu n'y ailles pas et t'auraient pardonné : on marchande mal lorsqu'on pense à sa douleur. Alors pourquoi ?

- Je… j'ai besoin de me changer les idées, » dit-elle en évitant son regard.

Roberts n'insista pas et la laissa filer.

O---o---O---o---O

Deux heures plus tard, Ambre était sortie de chez Labeillye, avait rendu son carnet à son capitaine et avait pris la direction du haut Tortuga, retrouver la mère des jumeaux et ses cookies. La jeune fille s'arrêta à mi-chemin pour reprendre son souffle, épuisée. La tête lui tournait et son cœur battait trop fort. Elle s'appuya dos au mur contre un bâtiment de pierre grisâtre, de construction trapue. Elle releva la tête de façon à ce que l'arrière de son crâne touche également la pierre froide puis ferma les yeux quelques instants. Elle respira profondément jusqu'à ce que le sol redevienne stable sous ses pieds. Quand enfin, elle put rouvrir les yeux, Ambre manqua mourir d'apoplexie.

« - Qu'est-ce que tu… commença-t-elle.

- Tu as un problème ? l'interrompit Wulfran, le visage à quelques centimètres du sien, les deux mains posées à plat sur le mur, de chaque côté de sa tête.

- Je… heu…

- Tu as mal au ventre, peut-être ? demanda-t-il en se rapprochant encore un peu plus d'elle.

- Je… pousse-toi, dit-elle en plaquant ses mains sur son torse dans une tentative pour le repousser.

- Pourquoi veux-tu aller tuer Norrington pour mon père ? murmura-t-il, la voix remplie d'une haine glacée, sans tenir compte de ses faibles protestations.

- Pourquoi n'irais-je pas ? répliqua Ambre d'un ton sec.

- J'ai tout un tas de bonnes raisons. Dis-moi pourquoi tu tiens tant à y aller.

- Je ne tiens pas à y aller. Ça ne me fait pas plaisir, si c'est ça que tu penses ! cracha-t-elle sauvagement.

- Bin tiens ! siffla Wulfran avec mépris.

- Je le fais pour ton père.

- Pour te faire bien voir par lui, veux-tu dire !

- Mais… bafouilla Ambre devant l'esprit obtus de son interlocuteur. Non ! je le fais pour ton père ! je ne cherche aucune gloire là-dedans !

- Peuh !

- Pourquoi est-ce que tu t'emportes ? gronda-t-elle en essayant de le repousser. Tu préfèrerais y aller à ma place ?

- Ça ferait moins de bordel.

- Du bordel ? et quels problèmes veux-tu que ça cause ? personne ne saura que c'est moi ! il n'y a que toi et Roberts qui êtes au courant.

- Tu oublies Barbossa.

- La belle affaire ! répliqua Ambre vertement.

- Que vont penser les autres lorsqu'ils verront que tu es la seule à rester à terre ? que tu fais ta chochotte ? ou plutôt que Roberts te tient en trop haute estime pour risquer ta jolie petite peau de pêche ?

- J'y ai pensé. Ne te fais donc pas de soucis pour ton père. Tu aurais dû comprendre que je ne ferais jamais rien pour lui nuire.

- Parce que tu aurais trop à y perdre ? »

Ambre ne répondit pas. En effet, elle avait trop à perdre. Depuis qu'elle avait mis le pied sur l'Ecumeur, elle avait compris que sa vie était là. Dans la vie tranquille et rythmée de l'Ecumeur, avec son capitaine fier à la barre. C'était pour cela qu'elle faisait ce qu'elle pouvait pour maintenir cette image. Mais Wulfran ne le voyait pas comme ça. Pour lui, elle ne cherchait qu'à maintenir sa place sur l'Ecumeur et même à se rendre plus importante.

« - Tu penses qu'y aller à ma place va changer quelque chose ? lui demanda-t-elle en plongeant son regard de miel dans le sien.

- Pour toi, oui.

- Non. Ça ne changera rien pour moi. Ni pour toi. Qu'importe qui y va, du temps que c'est fait !

- Tu mens.

- Quand comprendras-tu ?

- Comprendre quoi ? que mon père préfère t'envoyer toi ? qu'il a plus confiance en toi qu'en moi ? » rugit-il, le regard flamboyants.

Ambre resta stupéfaite. Elle savait qu'il la haïssait pour l'attention que lui prêtait son père mais elle n'avait jamais conçu que Wulfran puisse en souffrir à ce point. Et elle avait été bête de ne pas comprendre. Roberts n'avait guère de temps à consacrer à son fils et, dès qu'il avait besoin de quelqu'un de confiance, il demandait à Ambre de lui rendre service. Parce qu'il ne voulait pas risquer un fils qu'il aimait trop. Peut-être aussi parce qu'il craignait que son fils ne pense qu'il l'exploitait uniquement pour des missions difficiles et risquées. Roberts faisait de son mieux : il maintenait Wulfran aux courants de ses agissements lorsqu'il le pouvait mais laissait Ambre agir.

La jeune fille poussa un soupir et accrocha le regard gris de Wulfran. Les mains toujours posées sur la poitrine de celui-ci, elle lui dit doucement.

« - Quand comprendras-tu que ton père fais ça pour toi ? il préfère risquer ma vie plutôt que la tienne. Ce n'est pas une question de confiance. Que fera-t-il si jamais Barbossa lui ramène ton cadavre ? à qui laissera-t-il la direction de l'Ecumeur. A moi ? voyons !

- Je… » commença Wulfran avant de baisser les yeux.

Ambre le sentit se détendre et en profita pour le repousser fermement et s'échapper. Elle s'éloigna de quelques pas, le jeune homme toujours appuyé au mur derrière elle, la tête baissée. Elle hésita puis revint sur ses pas. Elle s'arrêta près de lui et posa une main douce sur son épaule.

« - Va voir ton père et parles-en.

- Fous-moi la paix ! je n'ai pas besoin de tes conseils. »

Ambre préféra laisser tomber et repartit à pas lents. Alors qu'elle s'était déjà éloigné d'une bonne trentaine de pas, Wulfran releva la tête et la tourna en direction de la jeune fille. Ses yeux brillaient douloureusement, sa rancœur partiellement consumée et le cœur indécis.

O---o---O---o---O

Boudiou! Mon chat m'agresse avec ses pattes mouillées !

Comment ça, cette remarque n'est pas pertinente ? … damned ! elle m'a eu. Sale bête ! °la dite bête me regarde en louchant avec les yeux du chat potté° comment puis-je lutter ?

Sinon, comme vous vous en doutez, on rejoint Pirates des Caraïbes (premier film, j'ai pas aimé les autres). Mouhahaha, ça va être marrant.

Et n'hésitez pas à laisser vos commentaires, comme toujours !

Petite remarque minuscule avant de partir : j'fais de la pub pour une fic, celle d'Ylith. C'est « Les anges meurent aussi » comme elle est dans book, Shakespeare avec un indice rated élevé, elle est pas marquée directement, et en plus c'est une rubrique où y'a très peu de monde. Mais cette fic vaut le détour ! donc, pour ceux qui s'ennuient… voilà, c'était mon coup de pub.

Bazouilles affectueuses,

Archange