Quatre mois pour pondre un chapitre, je sais, c'est impardonnable. Je m'excuse à plat ventre et rampe comme un ver devant vos pieds absolument charmants. Enfin… je n'irais pas jusque là. Mais je m'excuse quand même. J'ai deux trois excuses valables pour ce retard :
En fait, quand je disais que j'aurais moins de boulot, bah… c'était pas franchement vrai. On en a toujours pas mal. Mais au moins, c'est intéressant (presque tout).
J'ai découvert la vie étudiante. Les soirées, le temps libre, les activités extra-scolaires (ça existe vraiment ! dahaaa)…
J'ai eu du mal avec ce chapitre. J'avais pas envie de l'écrire parce que j'avais envie d'écrire le suivant. Mais comme on aurait rien compris si j'étais passée directement au 35 après le 33… 'fin bref.
J'espère en tout cas qu'il vous plaira. Je ne donne pas de date pour le prochain chapitre, je sais pas du tout quand je vais le pondre. J'ai envie de l'écrire, je sais ce que je vais mettre dedans mais, me connaissant, si je m'y met pas tout de suite… j'vais tâcher de faire vie quand même. Surtout que ça va devenir drôle… hé hé !
Bonne lecture !
Au fait ! bonne année ! tous mes vœux et tout ça tout ça !
O—O—O—O
Chapitre 34 :
Changement de cap ?
Fred et George, une fois mis au courant du plan de Roberts, partiellement du moins, acceptèrent de prêter main forte à leur demoiselle. C'étaient les seuls en qui elle avait toute confiance. Ils protestèrent vaillamment, ne supportant pas l'idée de la voir partir si loin sans eux. Surtout que pour cela, ils devaient faire semblant de la blesser. Mais la jeune fille sut avoir raison d'eux. Ainsi donc, tous trois se rendirent dans une des tavernes du port qu'ils savaient fréquentée par de nombreux pirates de l'Ecumeur. En effet, ils reconnurent immédiatement une dizaine d'entre eux à peine eurent-ils franchi le seuil de l'auberge crasseuse. Fred, George et Ambre en saluèrent quelques uns puis s'installèrent dans le fond. La table était bancale et couverte de taches de graisse et sur le sol de terre battue traînaient des peluches de poussière ainsi que des détritus. Ils échangèrent un regard maussade puis commandèrent deux bouteilles de rhum.
Tout ce que je ne fais pas pour Roberts !
J'aurais dû réclamer de l'argent pour tout ce qu'il me fait faire ! pourquoi je n'y ai pas pensé ?
Je suis trop bête.
La qualité de l'alcool laissait véritablement à désirer mais là n'était pas leur soucis premier. Fred et George descendirent rapidement une des deux bouteilles à eux deux tandis qu'Ambre se contenta de vider un ou deux verres. Puis les jumeaux se mirent à taquiner leur voisin, un solide forban avec un nez crochu et de longs cheveux blonds qui pendaient en mèches crasseuses autour de son visage lunaire, leur but étant de déclencher une rixe d'ivrognes d'où Ambre se sortirait avec un simple coup dans le ventre lui offrant l'excuse de rester à Tortuga.
Sous les piques acides de Fred et George que même l'alcool ne pouvait altérer, le pirate ne tarda pas à prendre la mouche. Après une remarque particulièrement désobligeante sur ses cheveux graisseux, il se leva soudain en renversant sa chaise qui tomba dans un grand fracas. En un bond puissant, il fut à leur table. Il saisit George par le col de la chemise et le souleva littéralement de son siège. Fred vint immédiatement à la rescousse de son frère avec de grands gestes d'ivrogne suivi d'une Ambre qui tenta de séparer tout ce beau monde. Tous les regards se tournèrent vers eux pour admirer le spectacle. Dans le grondement montant des querelleurs et les encouragements suivirent bientôt les premiers coups. Fred envoya au tapis le marin d'un puissant crochet du droit même si son coup manquait de précision. Son frère, malencontreusement percuté par le pirate dans sa chute, chancela avant de tomber sur Ambre. Et son ventre. Celle-ci poussa un cri de douleur vraiment très convaincant avant de tomber à genoux, les bras serrés sur sa blessure. George ne l'avait pas raté. Sans doute le rhum avait-il accusé ses réflexes. Toujours était-il que sa plaie se rouvrit, ce qui eut pour conséquence de rapporter toute l'attention des jumeaux sur leur protégée. George se baissa immédiatement pour la remettre sur pied tandis que le pirate se relevait péniblement, la lèvre inférieure largement fendue. Il serra les poings et voulut attaquer Fred, mais c'était sans compter sur le tavernier. Le vieil homme arriva à une vitesse surprenante pour un homme aussi courbé et leur dit d'une voix ferme et autoritaire de finir leur conversation dehors. Les jumeaux s'excusèrent auprès de l'aubergiste et sortirent en soutenant Ambre. Le vieil homme les fixa d'un air grincheux jusqu'à ce qu'ils soient sortis de son établissement. Puis il se tourna vers le pirate au visage lunaire et le regarda avec sévérité. Le forban haussa les épaules, tout en regardant avec animosité les jumeaux qui soutenaient Ambre pour s'éloigner de l'auberge le plus rapidement possible. Il poussa ensuite un grognement d'ours blessé avant de redresser sa chaise pour s'y laisser tomber lourdement et finir sa chope de bière. Le tavernier s'éloigna derrière son comptoir non sans jeter de fréquents coups d'œil par-dessus son épaule. Sait-on jamais qu'il ait envie de passer sa colère sur un autre de ses clients.
Les jumeaux attendirent d'avoir dépassé le coin de la rue avant de s'arrêter. Ambre, la main crispée sur l'épaule de George, essayait difficilement de reprendre son souffle. Elle était pâle comme un linge tandis que sa chemise s'imbibait de sang. Elle releva la tête et adressa un faible sourire aux jumeaux.
« - Je crois que ça a marché. P't-être même un peu trop bien.
- En tout cas, ça n'est pas passé inaperçu, dit George. Tous les gars de l'Ecumeur avaient les yeux braqués sur nous.
- Et cette tache de sang aussi a été très remarquée. Même si elle n'avait pas cette taille… poursuivit Fred. Mais est-ce que ça en valait vraiment la peine ?
- On va dire que oui, répondit Ambre dans un souffle. On rentre ?
- Tu comptais faire autre chose ? un autre tour des tavernes peut-être ? répliqua Fred, de mauvaise humeur.
- Je vais chercher Jean-Baptiste pendant que tu la ramènes, » déclara George.
Son jumeau acquiesça et raffermit sa prise sur la taille de la jeune fille. Il se remit lentement en marche et jeta un regard à son frère qui s'éloignait déjà à la recherche du médecin de bord.
« - Tu sais Ambre, je pense que tu devrais arrêter d'en faire autant. Je sais que… enfin… le capitaine est quelqu'un de très important pour toi mais ne lui donne pas ta vie…
- Tu fais pareil, répondit Ambre. Juste que tu te cantonnes aux abordages.
- Ce n'est pas pareil. George et moi, on fait ça pour gagner notre vie. Même si on aime beaucoup Roberts, ça va pas plus loin. »
Ambre resta silencieuse. Fred avait raison. Mais ce qu'elle faisait, elle ne le faisait pas uniquement pour Roberts, elle le faisait aussi pour tous les pirates. Parce que, comme son capitaine, elle pensait que c'était une solution à essayer.
Tous deux mirent un long moment avant d'arriver sur la petite place où se dressait la maison de Doris. Ils avaient marché en silence, pour ne pas remuer ce sujet douloureux.
« - Enfin ! » grogna Fred en poussant la porte d'entrée d'un coup d'épaule.
Ambre et lui traversèrent la cuisine puis la jeune fille se dégagea doucement de son étreinte.
« - J'peux monter toute seule, » marmonna-t-elle.
Fred la relâcha et elle gravit les escaliers d'un pas mal assuré. Elle gagna aussitôt leur chambre commune et se laissa tomber sur un matelas. Elle ferma les yeux et le sommeil ne tarda pas à la prendre. Ce furent les mains de Jean-Baptiste qui la tirèrent à regret d'un rêve peuplé de baleines violettes et cornues qui pourchassaient un Wulfran éreinté dans la chaloupe de l'Ecumeur.
« - Tu as un don pour te mettre dans des situations pas possibles ! lui dit-il en riant lorsqu'elle ouvrit les yeux.
- Je sais, répondit-elle simplement.
- Tu as de la chance, ça aurait pu être bien pire. »
L'estomac d'Ambre retomba lourdement, comme s'il s'était changé en plomb. Elle fut parcourue d'un frisson glacé.
Ne me dites pas que tout ça n'a servi à rien !
« - Mais ça s'est quand même bien rouvert… c'est pas pire que le premier jour mais… »
Jean-Baptiste avait l'air de l'homme profondément mal à l'aise. Il se tordait les mains en évitant de croiser son regard.
« - Vas-y, dis-moi ce qui ne va pas, gronda Ambre qui sentait la colère l'envahir.
- On a presque épuisé les stocks de quinquina. Et il n'y en a pas ici. Le prochain ravitaillement ne devrait pas tarder mais on sera déjà parti. Et je… avec la qualité de l'eau au bout de quelques jours… enfin… ça risque de s'infecter et… on pourra pas faire grand chose en mer si j'ai rien.
- Autrement dit ? fit Ambre qui sentait ses entrailles se desserrer.
- Tu risques de rester ici jusqu'à ce qu'on revienne. »
Jean-Baptiste avait lâché ça dans un souffle, le plus vite possible, comme pour se débarrasser au plus vite de cette mauvaise nouvelle. L'estomac d'Ambre, quant à lui, retrouva sa consistance normale si brutalement qu'elle ne réussit qu'à bégayer.
« - Ne t'en fais pas ! on ne restera pas longtemps partis ! » lui dit-il très vite.
Ambre, qui tâchait difficilement de ne pas laisser apparaître un sourire de soulagement, se composa une expression qui mêlait la colère et la résignation. Ce fut d'une voix douloureusement maîtrisée qu'elle murmura.
« - Je suppose que je n'ai pas le choix.
- Si, tu as le choix. Entre mourir de façon très désagréable ou rester ici.
- C'est pas un choix, ça ! » grogna Ambre.
Jean-Baptiste éclata de rire puis se relava en prenant appui sur le mur derrière le lit d'Ambre. Tous deux échangèrent un regard puis le médecin de l'Ecumeur lui adressa un signe de la main en guise de salut avant de partir. Sur le seuil de la porte, il se retourna vers elle.
« - Je te laisse entre de bonnes mains : Doris va…
- Me dorloter. Je sais. »
Jean-Baptiste sourit et quitta la pièce. Ambre écouta le bruit de ses pas décroître alors qu'il s'éloignait dans le couloir. Elle leva le nez vers le plafond, à la recherche de la fissure qu'elle contemplait toujours lorsqu'elle avait besoin de réfléchir.
Doris. Voilà un petit problème que je n'avais pas prévu. Comment vais-je la convaincre que je peux partir d'ici ?
O—O—O—O
Trois jours plus tard, l'Ecumeur profitait de la marée du matin pour quitter le port de Tortuga, laissant Ambre seule avec elle-même. Roberts s'était bien gardé de lui donner de nouvelles recommandations. Il ne voulait pas attirer l'attention sur la jeune fille, d'autant plus que la nouvelle qu'elle était agonisante avait fait le tour du navire. Les pirates qui l'avaient vue dans la taverne du port avaient bien enjolivé les choses. Sa blessure ne s'était pas contentée de se rouvrir : la jeune femme s'était pris un nouveau coup de couteau qui lui avait déchiré les tripes et elle se trouvait depuis entre la vie et la mort. Plus près de la mort d'ailleurs, d'après les dires de certains. Le capitaine de l'Ecumeur s'était bien gardé de clarifier la situation.
Wulfran lui, restait bougon devant les malheurs d'Ambre. Il savait que c'était ce qu'elle avait prévu et que son plan avait marché à merveille. Personne sur le bâtiment n'aurait eu l'idée de dire qu'elle était trop lâche pour revenir après les histoires que l'on racontait sur sa petite virée en ville. Mais peut-être était-ce cela qui l'ennuyait. Peut-être aurait-il préféré qu'elle ne puisse partir à Port-Royal. N'aurait-elle pas dû, en effet, rester à sa place et continuer à pirater sans soucis ?
Naaan. Cette garce ne vit pas assez d'aventures ici. Il faut toujours qu'elle en rajoute.
Elle peut pas rester bien gentiment avec nous, à l'abri ?
« - Y'a quelque chose qui ne va pas ? » lui demanda une voix bien connue.
Wulfran se tourna vers Thérèse qui s'était accoudée à côté sur le bastingage à côté de lui sans qu'il ne s'en rende compte, perdu qu'il l'était dans ses pensées pour y prêter attention.
« - Nan. Tout baigne, grogna-t-il avec mauvaise humeur.
- N'essaie pas de me mentir, lui dit-elle, la voix soudain dure. C'est à propos d'Ambre, c'est ça ?
- Non.
- Si. C'est à propos de cette garce. Qu'est-ce qu'elle t'a encore fait ?
- Rien.
- Réponds-moi !
- Je n'ai rien à te dire, » répliqua Wulfran, menaçant.
Les deux jeunes gens échangèrent un regard noir dans un silence tendu jusqu'à ce que Thérèse détourne les yeux.
« - Je n'ai rien à te dire, répéta le jeune homme. Je n'ai rien à dire à quelqu'un qui n'est pas foutue de tenir ses promesses.
- Des promesses ? reprit Thérèse en levant un sourcil. Et quelles promesses aurais-je bien pu faire ?
- Tu devais me débarrasser de cette peste aux cheveux blancs, répondit Wulfran en baissant la voix jusqu'à ce qu'elle ne soit plus qu'un souffle.
- Je n'ai pas dit quand je le ferais. Ma place sur ce navire n'est pas suffisamment ancrée…
- Elle ne le sera jamais. Tu es une femme. Ils ne t'accepteront jamais tout à fait.
- Pourtant, Ambre fait bien partie de cet équipage, il me semble.
- Ce n'est pas pareil. Ambre, c'est Ambre.
- … tu mens, déclara Thérèse au bout de quelques secondes. J'arriverais à faire part entière de ce navire. Et à ce moment-là, Ambre pourra commencer à empaqueter ses affaires. »
Autant que je m'en charge moi-même alors !
« - J'vais dormir pendant que j'en ai l'occasion, » dit Wulfran d'un ton morne en lui tournant le dos.
Thérèse ne daigna pas tourner le regard vers lui et le regarder disparaître dans le navire. Ses paroles l'avaient perturbée plus qu'elle ne l'osait se l'avouer. Etait-il vrai qu'elle n'arriverait jamais à s'intégrer ? Qu'elle n'arriverait jamais à surpasser Ambre ? Que cette damnée fille serait toujours unique et qu'elle, Thérèse, ne pourrait jamais atteindre cet état de liberté qui rendait Ambre si vivante ?
O—O—O—O
Ambre se réveilla en fin de matinée. Son ventre la faisait souffrir mais pas le martyr. Toujours allongée, elle tourna la tête vers les lits des jumeaux. Ceux-ci étaient vides. La jeune fille soupira. Ainsi, l'Ecumeur était parti. Fred et George avaient préféré la laisser dormir, ce qui n'était pas dans leurs habitudes. Elle se frotta les yeux d'un geste endormi. Que ce soit une manière de protester contre ce qu'elle allait faire ou juste une gentille attention, elle n'avait pas le temps de s'y appesantir pour le moment. Elle devait réfléchir à ce qu'elle pourrait dire à Doris pour qu'elle puisse rejoindre Barbossa sans provoquer une crise de larmes et rameuter tout le voisinage. Et elle devait faire vite : Barbossa allait mouiller dans la crique du Pendu, à l'est de Tortuga, quelques cinq jours plus tard.
Ambre se mordilla la lèvre inférieure, l'esprit ailleurs avant de revenir brusquement au présent. Elle repoussa ses couvertures et se leva précautionneusement. Elle attrapa son pantalon de toile grossière suspendue au dossier d'une chaise et l'enfila rapidement. Elle choisit ensuite une chemise propre, d'un orange criard. Pour faire ressortir la couleur de ses yeux, lui avait dit Doris. La jeune fille sourit pour elle-même. Le vêtement était confortable et pratique et Ambre n'en demandait pas plus.
Elle se dirigea vers la porte de la chambre mais revint sur ses pas en reculant pour s'arrêter devant le miroir. Son reflet lui fit peur. Elle était pâle et ses cheveux sales et emmêlés lui donnaient un air de cadavre s'étant échappé de sa tombe. Elle prit sa brosse et coiffa la masse rebelle de ses cheveux blancs en se promettant de les laver après son petit déjeuner. La fièvre qui la faisait suer abondamment dans ses draps n'aidait pas son côté esthétique qu'elle négligeait déjà beaucoup habituellement. Quand son image la satisfit assez, elle prit la direction de la cuisine d'où montait déjà de délicieuses odeurs de cuisine. Lorsqu'elle y entra, son repas l'attendait déjà, tout juste préparé. Un filet de vapeur s'élevait en volutes gracieuses au-dessus de son bol de café et du pain frais tout juste sorti du four attendait d'être coupé en tranches, ainsi que des gâteaux à la cannelle encore fumants. La salive lui vint à la bouche à une vitesse effarante. Elle s'installa en vitesse et fit un sort à son petit-déjeuner.
Elle dégustait ses dernières gouttes de café lorsque Doris entra dans la cuisine, chargée de rouleaux de tissus. Ambre leva le nez de son bol et lui adressa un franc sourire auquel Doris ne répondit pas. Le sourire de la jeune fille se fana sur ses lèvres. Elle reposa son café sur la table et demanda.
« - Quelque chose qui ne va pas ?
- Non… non. Pas du tout.
- Vous ne savez pas mentir. »
La mère des jumeaux prit une profonde inspiration avant de croiser le regard de miel de la jeune fille.
« - Je m'inquiète pour toi.
- Il n'y a aucune raison de… commença Ambre.
- Roberts est passé, peu après que vous ayez amarré. Il m'a expliqué que tu devrais t'en aller. Discrètement.
- Il est passé vous dire ça ? s'exclama la jeune fille qui n'en revenait pas.
- Oui. Tu dois partir faire un… une sorte de travail pour lui, c'est ça ? »
Ambre acquiesça. Elle ne savait pas ce que Roberts avait exactement raconté à Doris et elle ne tenait pas à commettre un impair. Un silence s'installa, seulement perturbé par le vol bruyant d'une mouche qui se cognait avec bonheur dans la fenêtre.
« - Quand dois-tu partir ? demanda finalement Doris.
- Dans cinq jours.
- Bien. » Doris hésita puis ajouta finalement.
« - Soit prudente surtout.
- Je reviendrais vivante, c'est une promesse, » répondit Ambre en se levant pour poser un baiser sonore sur la joue de la mère des jumeaux.
O—O—O—O
L'aube se leva, jetant des reflets rouges et or dans la brume matinale. Ambre était réveillée depuis quelques minutes déjà. Elle avait l'estomac noué. C'était aujourd'hui qu'elle allait monter à bord du Black Pearl. Ses affaires étaient déjà prêtes. Elle les avait préparées la veille au soir avec fébrilité. Elle referma les yeux quelques secondes et essaya d'entendre le ressac. Au lieu de cela, elle n'entendit que des échos de voix, premiers signes de l'éveil de la ville.
La jeune fille sortit de son lit mais à peine fut-elle levée qu'elle eut la nausée. Jamais elle n'avait été aussi angoissée. Même son premier abordage ne lui avait pas fait cet effet. Elle attendit en vain que son mal passe puis s'habilla. Elle vérifia son bandage avant d'enfiler sa chemise ocre. Il était propre et tenait toujours. Sa blessure cicatrisait bien. Elle ne pouvait toujours pas faire de mouvements brusques mais elle arrivait néanmoins à effectuer quelques passes dangereuses avec son katana. Ainsi, elle ne se retrouverait pas sans défenses contre Norrington. Et puis… il restait encore du temps avant le jour J.
Ambre secoua sa crinière blanche. Encore de l'auto persuasion. Treize jours. C'était ce qui la séparait encore de l'instant où elle devrait planter sa lame dans le cœur de Norrington sur les ordres de Roberts. Autrement dit rien. Elle frissonna et son estomac tomba encore un peu plus lourdement au fond de ses entrailles. Sa blessure ne serait pas guérie d'ici là et, si Norrington était une aussi fine lame qu'on le prétendait, elle aurait beaucoup de mal à le battre. Si ce n'était elle qui se faisait transpercer.
Elle se dirigea vers la fenêtre et l'ouvrit d'un geste brusque pour respirer à grandes bouffées l'air frais venant du large. Elle ne rentra dans la chambre que lorsqu'elle se sentit tremblante de froide et l'esprit vidé. Elle ne devait pas partir battante ou avec de telles appréhensions, cela ne la servirait en rien, au contraire.
Mais plus facile à dire qu'à faire !
Néanmoins, elle carra les épaules et jeta son sac sur son épaule. Elle descendit l'escalier branlant qui débouchait dans la cuisine où l'attendait un plantureux petit-déjeuner. Elle avala son café et, difficilement, quelques bouchées de pain frais, son estomac noué protestant fortement contre toute ingurgitation de nourriture. Ambre, prévoyant qu'elle aurait sans doute faim lorsque son angoisse se serait apaisée, ajouta dans son sac une miche de pain et une demi-douzaine de pommes. Elle enfila sa longue veste en cuir, repassa sa longue et épaisse tresse blanche par-dessus son col puis passa son épée et ses dagues à sa ceinture, le fourreau ouvragé de son katana dépassant de son sac. Puis, au moment de franchir le seuil de l'entrée, Doris ouvrit la porte et les deux femmes se retrouvèrent nez à nez. Ambre resta quelques instants interloquée puis fit un sourire quelque peu crispé à la mère des jumeaux.
« - Ah ! encore un peu et je partais sans te dire au revoir ! »
Elle jeta ses bras autour du cou de la grassouillette petite femme et lui déposa un baiser sonore sur la joue.
« - Je cours, je suis en retard ! Souhaite-moi bonne chance ! » s'écria la jeune fille en franchissant le seuil d'un pas guilleret.
La porte se referma derrière elle. Elle n'était pas très fière d'elle mais elle ne tenait pas à subir de larmoyantes recommandations. Qui risqueraient de la faire changer d'avis. Ambre n'avait cessé de remettre en question le plan de Roberts mais n'avait pas encore eu le courage d'abandonner.
Il compte sur moi. Je ne peux plus reculer.
Je ne dois pas reculer.
Sur ces pensées qu'elles ressassaient sans cesse dans sa tête pour ne pas flancher et retourner se planquer sous ses couvertures, Ambre partit d'un bon pas sans jeter un regard en arrière. Son sac ballottait allègrement dans son dos au rythme de ses pas. La ville pirate commençait tout juste à se réveiller. Elle ne croisa que quelques personnes, la plupart tellement ébréchées qu'elles n'arrivaient pas à fixer leur regard sur la jeune femme.
Tant mieux. Moins on me voit, moins on pourra deviner où je vais. Et encore moins faire le rapprochement avec l'attaque de Port-Royal.
Roberts avait demandé à Doris que, si on lui demande où était Ambre, elle réponde que la jeune fille était trop souffrante pour sortir. Ainsi, personne ne s'étonnerait de ne pas la voir déambuler dans les ruelles de Tortuga.
Ambre bifurqua sur la gauche pour emprunter un passage moins fréquenté. Cela la rallongeait mais elle préférait ne prendre aucun risque. Elle atteignit une des sorties de la ville peu de temps après, sans avoir rencontrer âme qui vive.
Si on ne compte pas le déchet humain de tout à l'heure qui dormait dans le caniveau…
Elle promena son regard autour d'elle pour repérer un chemin rocailleux coincé entre deux touffes de fougères. Elle replaça son sac d'un geste vif et reprit sa marche. Sa blessure la tiraillait insidieusement et c'est toute transpirante qu'elle arriva en haut de la falaise surplombant la crique du pendu. Le Black Pearl l'y attendait déjà. Ambre grinça des dents.
Moi qui voulait arriver à l'avance pour me faire bien voir, c'est raté !
Ambre inspira et expira profondément. Le chemin qui l'avait amené jusqu'ici se transformait en sentier de chèvre, escarpé et traître. En temps ordinaire, il ne lui posait aucun problème. Elle y faisait même la course avec les jumeaux, au risque de se rompre le cou. Mais là, avec la douleur qui revenait, lancinante, elle en était épuisée d'avance. Elle s'assura que son épée et ses dagues étaient bien fixées à sa ceinture avant d'entamer la descente. Elle glissa à plusieurs reprises et se retrouva plus d'une fois assise sur les fesses sans comprendre ce qu'il s'était passé. Elle réprimait à chaque fois une grimace de douleur avant de se relever et de poursuivre sa route, maudissant Roberts, Thérèse qui n'était pas foutue d'attaquer quand elle le devait, le marin qui avait osé la transpercer de sa lame et tous les autres pauvres diables qui n'y étaient pour rien.
Au bout d'un pénible moment, elle arriva enfin sur la plage de sable fin. On l'avait vu du Black Pearl car une barque fendait vivement les eaux dans sa direction. Ambre eu à peine le temps de se reposer que l'embarcation était hissée sur la plage. Un immense marin noir avec de nombreuses scarifications sur tout le corps lui désigna la barque d'un geste sec. Elle ne se le fit pas dire deux fois, trop intimidée par cette imposante apparition. Elle enjamba le bord et s'assit en douceur sur un des banc rongé et décoloré par le sel. Les deux pirates venus du Black Pearl poussèrent l'embarcation et sautèrent dedans lorsqu'ils eurent de l'eau jusqu'à la taille. Ils prirent les rames et, sans prononcer un mot, mirent le cap sur le sombre navire.
Ils ne leur fallut guère de temps pour atteindre la coque du Black Pearl. Toujours sans un mot, le marin scarifié lui fit signe de monter. Ambre se saisit de son sac et commença l'ascension en serrant les dents sur sa douleur. Elle arriva sur le pont après ce qui lui avait semblé des heures pour se retrouver nez à nez avec Barbossa.
« - C't'a s't'heure là qu'on arrive ? c'est du joli ! allez poser vos affaires dans ma cabine et attendez y moi.
- Oui capitaine, » répondit-elle machinalement.
La jeune femme jeta un bref coup d'œil autour d'elle puis fila dans la cabine de Barbossa, trop contente de pouvoir enfin se reposer. Dans la semi-pénombre qui régnait dans la spacieuse pièce, elle repéra une chaise à haut dossier. Elle s'y laissa tomber avec un soupir de bien-être et ferma les yeux. Après ce qui lui sembla n'être que quelques secondes, Barbossa entra dans sa cabine. La porte ouverte laissa entrer un flot de lumière vive qui l'éblouit sous ses paupières closes. Elle papillonna des paupières un bref instant pour s'acclimater à la lumière mais ne put guère en profiter : le capitaine du Black Pearl claqua la porte d'un geste vif et s'avança vers elle, la plume de son chapeau dansant derrière lui. Ambre se redressa sur sa chaise mais ne put s'empêcher de grimacer. L'expression de sa douleur n'échappa à Barbossa.
« - Et Roberts pense vraiment que son mousse arrivera à tuer Norrington ? soupira-t-il avec un sourire en coin.
- Vous pouvez me parler avec vous ou tu. En général, je ne répond pas quand on me parle à la troisième personne, » répliqua sèchement Ambre avant de s'en mordre la langue.
Barbossa écarquilla les yeux sous le coup de la surprise. Jamais encore un membre de son équipage ne lui avait parlé sur ce ton. Décidément, Roberts avait un don pour trouver les cas à part, mais Barbossa n'aurait su dire si c'était en bien ou en mal. Avec un temps de retard, il se recomposa une expression neutre.
« - Tu peux travailler ? lui demanda-t-il.
- Oui. Mais pas longtemps et pas des travaux qui nécessitent trop de force, ajouta-t-elle à regret.
- Et tu comptes tuer Norrington.
- Manier une épée n'est pas le plus difficile. Et j'essaierai de faire vite.
- C'est un redoutable escrimeur.
- Moi aussi. Et puis… il est trop galant et gentil. Il hésitera à me porter un coup fatal.
- Je l'espère pour toi. »
Ambre ne répondit pas. Elle n'allait pas avouer qu'elle en doutait aussi. Barbossa soupira.
Ne me dites pas qu'il lit dans les pensée ?!
Le capitaine du Black Pearl plongea son regard dans celui de la jeune femme.
« - Tu sais qu'on attaquera Port-Royal. Il y a de grandes chances que Norrington tombe sous le fer. Et que ce soit le tien ou pas… le résultat sera le même. »
Il lui posa une main sur l'épaule, le regard toujours rivé au sien.
« - Je t'ai fait libérer la cabine du second. Je ne tiens pas à avoir de mutinerie en te mettant dans les quartiers de l'équipage.
- Merci.
- Dès que tu peux, monte sur le pont. On trouvera bien quelque chose à te faire faire.
- Bien, capitaine. »
Barbossa la gratifia d'un nouveau regard qu'elle n'arriva pas à analyser avant de repartir par où il était venu, sa veste de cuir accompagnant chacun de ses pas d'un doux frottement. Ambre soupira lorsque la porte se fut refermée sur lui.
« - Et bien ! on peut dire que ça commence bien, » murmura-t-elle pour elle-même, le regard perdu par la fenêtre.
O—O—O—O
La jeune fille avait eu le temps de s'installer dans la cabine du second et même de s'y reposer un peu avant d'être appelée sur le pont. L'immense africain qui était venu la chercher sur la plage le matin même lui indiqua d'un geste un tas de cordes à retresser et s'en alla. Ambre cacha mal son désappointement. En soi, ce n'était pas un travail très fatigant mais on faisait difficilement plus rébarbatif. Elle regarda ses mains, toujours fines malgré les cals, et imagina douloureusement bien se qu'elles seraient deux heures plus tard. En sang.
Enfoiré !
D'un geste plein de rage mal contenue, elle se saisit d'une corde, de la boîte d'aiguilles posée négligemment à côté et s'assit en tailleur sur le bastingage. Elle n'entendit pas le rire de Barbossa sur le gaillard d'arrière ni les regards curieux des hommes d'équipage qui se demandaient comment elle faisait pour travailler dans une position si inconfortable et se concentra sur sa tâche.
Comme elle l'avait prévu, ses mains se retrouvèrent vite irritées par le chanvre et les coups d'aiguille malheureux. Mais au moins, ces travaux lui vidèrent l'esprit. Elle se prit même à rêvasser en regardant les flots mouvants qui scintillaient sous le soleil de cette fin de matinée. Roberts, Norrington, Thérèse… tous étaient loin de ses pensées. Ne revenait qu'un point noir, joliment nommé Wulfran, pour lui titiller l'esprit. Décidément, elle ne le comprenait pas. Elle n'arrivait pas à saisir ce qu'elle pouvait bien avoir fait pour l'insupporter à ce point.
Baste !
De toute façon, on n'y changera rien.
« - Ambre ! »
La jeune fille releva vivement la tête et chercha des yeux celui qui l'avait appelée. Ce fut rapide : le géant noir la fixait de ses yeux sombres, ses lèvres retroussées en un sourire sur ses dents taillées en pointe.
Brrrr.
Quand on pense qu'en plus, il est maudit !
Une fois qu'elle eut croisé son regard, elle se laissa glisser au bas du bastingage et enroula sa corde d'un geste précis et rapide, comme elle l'avait fait des centaines de fois. Elle la posa sur le pont, là où aucun marin ne risquait de marcher dessus, et fila ventre à terre voir ce qu'on lui voulait.
« - Oui ? fit-elle simplement, n'ayant pas la moindre idée du grade de son interlocuteur.
- Le capitaine veut te voir.
- Où est-il ?
- Il tient la barre.
- Bien, merci, » ajouta-t-elle avec un temps de retard.
Le regard froid et indéchiffrable qu'il lui adressa ne l'encouragea pas à s'attarder en sa compagnie. Elle fila derechef trouver Barbossa. Le capitaine du Black Pearl tenait la barre, le regard porté loin sur l'horizon, les plumes noires de son chapeau flottant quelque peu miteusement derrière lui. Il lui jeta un regard pénétrant.
« - Vous m'avez appelée, capitaine ? demanda-t-elle d'une voix qu'elle essaya d'affermir.
- Si tu es là, c'est que c'est le cas.
- Ça peut aussi être une erreur d'interprétation… répliqua Ambre.
- Mes ordres sont on ne peut plus clairs.
- Dans ce cas, les erreurs seraient signe de quelques problèmes intellectuels parmi l'équipage… »
Ambre se mordit la langue mais ne baissa pas les yeux.
Oulah ma fille, tu vas trop loin.
Barbossa la contempla un instant, interloqué, puis se recomposa un visage neutre.
« - Jeune fille, je ne m'aviserais pas, si j'étais vous, à faire des sarcasmes au capitaine du dit équipage… ceci montre en effet des problèmes intellectuels, mais pas forcément de ceux auxquels on pensait au départ… »
Ambre réussit à ne pas rougir et se tint coite. Elle se hâta de changer de sujet.
« - Que me vouliez-vous ? »
Barbossa sourit, pas dupe pour deux médaillons, et Ambre fixa le large avec intensité, comme si sa vie en dépendait. Franchement embarrassée, la jeune fille se mordilla la lèvre inférieure en évitant le regard de Barbossa. Pourquoi fallait-il qu'elle ne trouve aucune répartie ? Et qu'elle se sente si mal à l'aise ? A croire qu'il n'y avait qu'avec Wulfran que les piques lui venaient facilement. Son cerveau ne marchait-il qu'en sa présence ?
A peine cette pensée lui eut-elle traverser l'esprit qu'un frisson de dégoût lui parcourut l'échine et elle eut envie de se donner des baffes.
Je me flagellerais ce soir.
« - … tu m'écoutes ?
- Hein ? non. Désolée, je divaguais, » répondit Ambre qui se sentit encore plus mal.
En plus de penser des absurdités, je passe pour une idiote.
Maudit Wulfran !
« - Si tu laisses tes pensées dériver encore une fois, je te fous à fond de cale pour le reste du voyage, » menaça Barbossa d'une voix calme.
Ambre revint à la réalité en deux temps trois mouvements. Elle tourna la tête et plongea son regard dans celui du capitaine du Black Pearl, déterminée à l'écouter jusqu'au bout avec attention. Elle avait assez fait de boulettes pour tout le voyage jusqu'à Port-Royal, ainsi que pour le retour. Barbossa la jaugea du regard, comme pour vérifier si elle était finalement digne qu'on lui adresse la parole. Cela dut être le cas puisqu'il ouvrit la bouche pour annoncer :
« - Lorsque nous serons à Port-Royal… tu y es déjà allée ?
- Oui, capitaine.
- Bien. Donc, lorsque nous y arriverons, on entrera dans le port. A la tombée du jour, pour que nous soyons repérés le plus tard possible. On canardera alors les bâtiments à coups de canons. Le fort, où se trouve Norrington, mais aussi la prison. C'est par là que tu passeras…
- Heu… je voudrais pas dire mais… quand je disais que je connaissais Port-Royal, ça voulait dire que je suis allée dans le centre de la ville. Je n'ai pas visité la prison, » le coupa la jeune fille.
Barbossa la fixa pendant quelques secondes qui lui semblèrent des heures.
« - D'accord, je me tais, souffla-t-elle tandis que ses joues prenaient feu.
Mais qu'est-ce que j'ai ??
« - Tu n'as pas la moindre idée d'où se trouve la prison ? lui demanda Barbossa.
- Heu… si. Je sais approximativement quels étages correspondent à quoi mais… je ne suis pas sûre que cela m'aide beaucoup à me trouver mon chemin pour trouver Norrington.
- Si tu sais ce que tu risques de rencontrer aux différents étages, tu en sais plus que beaucoup de gens. Et tu n'auras pas besoin d'en savoir plus pour retrouver ton chemin.
- Si vous le dites, répondit Ambre, sceptique.
- Je le dis. Et arrête ça. Ça marche peut-être avec Roberts mais pas avec moi. Contente-toi du « oui, capitaine ».
- Oui capitaine.
- Bien. Je disais donc que tu devrais passer par la prison. Il y aura avec toi quelques gars qui vont aller chercher les armes, les munitions, etc.
- C'est au dernier étage, » indiqua Ambre.
Barbossa la regarda avec des yeux ronds.
« - C'est Norrington qui me l'a dit. »
Les yeux de Barbossa s'arrondirent un peu plus.
« - Il m'a dit ça avant de m'inviter à prendre le thé… »
Le capitaine du Black Pearl manqua de voir ses yeux sortirent de ses orbites et rouler sur le pont. Ce fut peut-être le fait qu'un de ses hommes particulièrement idiot faisait de même qui retinrent ses globes oculaires dans leur place originale.
« - Tu… tu… es incroyable. Et je ne dis pas ça dans le bon sens du terme. »
Je ne savais pas qu'il y avait un sens caché…
« - Je ne me vexerais pas, répondit-elle d'une voix quasi inaudible.
- Que tu te vexes ou pas, le résultat est le même. Tu passeras par la prison parce qu'il y a un lien direct entre elle et le fortin où se trouvera normalement Norrington. Et qu'au fortin, comme ça sera la fête, il y aura tous les soldats. On canardera d'abord la prison pour que tu puisses y rentrer puis le fortin, ce qui fera sortir la piétaille. Le temps que tu ailles d'un bâtiment à l'autre, on aura débarqué et on s'attaquera à la ville proprement dite, ce qui les occupera. Choisis quelqu'un pour t'accompagner au besoin. Cela te convient ?
- Oui capitaine.
- Parfait. Maintenant, va aider les autres à nettoyer les armes. Qu'elles soient nickelles avant qu'on arrive à Port-Royal.
- Oui capitaine. »
Encore une tâche ingrate !
Barbossa détourna son attention d'Ambre, attendant d'être obéi à la lettre. La jeune fille retint un soupir qui lui aurait valu un regard noir, et peut-être même quelque chose de pire, et fila auprès du maigrichon à l'œil de verre et de son compère. Elle saisit sa pierre à aiguiser, une épée et se mit au travail en ronchonnant.
Ce travail l'exaspérait. Lorsqu'elle le faisait avec les jumeaux, le temps passait beaucoup plus vite mais là ! Elle avait bien essayé de faire la conversation avec ses voisins mais le « niveau pâquerettes » ne lui convenait pas en ce jour.
Travail de mousse !
Ou de larbins de bord !
Pas pour moi donc.
…
J'enrage.
La jeune fille passa la pierre à aiguiser avec une fougue renouvelée, les mâchoires crispées. Lorsqu'elle eut fini, bien avant les autres étant donné l'entrain qu'elle y mettait, elle rangea sa pierre à aiguiser dans sa poche puis saisit trois épées pour les reposer à leur place. Alors qu'elle arrivait devant la caisse et qu'elle se penchait gracieusement pour y déposer son fardeau, elle entendit distinctement :
« - Ah ! le mousse de Roberts a fini. Elle en aura mis le temps ! dit un pirate, peu soucieux qu'elle l'entende ou non.
- Une femme ! t'attendais-tu à autre chose ? » s'exclama un autre.
Ambre, toujours penchée en avant, serra les dents et finit d'attacher la dernière épée, pour éviter que l'instrument ne vole à travers le pont au cas où la caisse se renverserait.
Il est maudit. Ne le provoque pas.
« - Je me demande pourquoi il la garde… » soupira un troisième.
Ses doigts se crispèrent sur le poignée de l'épée alors qu'elle s'attaquait au deuxième nœud.
« - Tu te le demandes ? fit une voix qu'elle connaissait mais qu'elle narriva as à identifier dans l'immédiat. Regarde un peu ce cul. Roberts doit… »
Ambre n'entendit pas la suite. Là, s'en était trop. Il y avait des limites à tout. Limites d'autant plus minces quand on a le sang bouillonnant et une susceptibilité exacerbée. La jeune fille se retourna d'un mouvement souple, le menton redressé et toisa les hommes réunis de son air le plus méprisant, les yeux plissés. Elle s'avança vers eux d'une démarche de félin, la tête haute. Arrivée à moins de deux pas du second, le gigantesque homme noir qui avait osé insinué qu'elle n'avait qu'une utilité pour Roberts, elle dut relever le regard pour croiser ses yeux noirs.
« - Je crains d'avoir mal compris, » dit-elle en articulant bien chaque mot, comme si elle s'adressait à un simple d'esprit.
Le pirate eut un sourire mauvais qui découvrit ses dents taillées en pointe.
« - Je suis sûr que tu as parfaitement compris, ma toute belle, » susurra-t-il en se penchant à son oreille.
Sa main glissa sur ses reins puis sur ses fesses tandis que ses comparses ricanaient. Vive comme l'éclair, Ambre le saisit au poignet et lui tordit violemment. Le pirate réprima une grimace de douleur mais aucun son ne sortit de ses lèvres.
« - Tu te demandes pourquoi Roberts m'a pris dans son équipage ? une simple histoire de cul ? Ma fille ! réagis ! il est maudit ! tu penses qu'il a le temps pour ça ? qu'il prendrait une femme à son bord et braver la malchance qui pourrait s'abattre sur son navire uniquement pour… ÇA? arrête !! t'es cinglée ! tu vas te faire défoncée ! tu es complètement débile, cracha-t-elle. Ça serait plutôt à moi de me demander ce que tu fais avec Barbossa. »
Elle le vit serrer les mâchoires. Les yeux du second se rétrécirent jusqu'à n'être plus que deux fentes sombres. La menace était claire et l'affrontement imminent. Elle savait qu'elle était seule sur ce navire et que personne ne viendrait à son aide mais elle ne put se taire, malgré la sonnette d'alarme qui tintait désespérément quelque part dans son cerveau.
« - Et dire que tu es second. Vraiment, là, ça me dépasse, » conclut-elle avec tout son mépris.
Un silence tendu suivit immédiatement ses paroles. Ambre s'efforça de rester impassible, le regard froid et déterminé, même si au fond d'elle elle était terrorisée et se traitait de tous les noms.
On n'a pas idée de défier un titan immortel !
Maudit soit mon impulsivité et ma susceptibilité ! qu'avais-je besoin de m'énerver ? je pouvais pas simplement faire semblant de n'avoir rien entendu ??
Le silence se prolongea pendant ce qui lui sembla des siècles puis un sourire se dessina doucement sur les lèvres du second de Barbossa. Ambre ne broncha pas, toujours droite et fière.
« - La morveuse serait-elle en train de dire que je ne suis pas digne de mon poste ?
- Je ne parlais pas de dignité, je parlais d'intelligence, répliqua-t-elle sèchement. Et je mettais en doute la tienne.
- Ça serait plutôt à nous de mettre la tienne en question, » rétorqua-t-il, amusé.
Ambre leva un sourcil interrogateur, son mépris toujours pleinement affiché.
« - Tu voudrais te battre avec des pirates maudits, sans foi ni loi ? poursuivit-il, presque hilare. Des pirates que tu ne peux pas tuer ?
- Je ne peux peut-être pas vous tuer mais je peux disperser les morceaux. »
Ambre avait à peine fini sa phrase qu'une de ses dagues menaçait la gorge de son interlocuteur, tandis que la deuxième volait et arrachait un bout d'oreille au premier pirate qui avait lancé cette discussion.
« - Je doute que même vous puissiez continuer vos… activités avec une jambe dans les abysses, une autre dans le ventre d'un requin et la tête sur un pic en haut d'une falaise, » siffla-t-elle, plus menaçante que jamais.
La jeune fille retira doucement son arme, sans quitter le second des yeux. Ce fut lui qui détourna le regard en premier. Puis, vif comme l'éclair, son bras jaillit en avant pour attraper l'impétueuse jeune femme. Ambre, qui ne côtoyait pas les hommes de l'Ecumeur pour rien, s'attendait à une manœuvre de ce genre. Elle recula d'un pas, évita la main de l'homme et fit décrire un demi-cercle à sa lame. Un sillon sanglant se dessina sur l'avant-bras du second qui poussa un cri de douleur mêlé d'étonnement.
« - Ne me prend pas pour la première des imbéciles, » grinça-t-elle entre ses dents.
Tous deux se défièrent du regard dans un silence tendu. Ambre se tenait prête à esquiver une attaque venant du second, ainsi que de ses trois compères qui se tenaient toujours autour d'eux. Mais l'imposant noir capitula : il baissa les yeux en poussant un soupir. Lorsqu'il releva le regard pour rencontrer à nouveau celui de miel, son agressivité avait disparu pour laisser place à… du respect ? Non. Cela y ressemblait mais il y avait une touche d'amusement trop prononcée.
Je sens qu'il y a quelque chose qui cloche…
Plus méfiante que jamais, Ambre resserra sa prise sur la garde de sa dague. Mais le second de Barbossa lui adressa un sourire énigmatique avant de tourner les talons, sans prononcer un mot. Les trois pirates qui avaient commencé à la calomnier firent de même, la laissant seule. Il fallut qu'ils disparaissent tous de sa vue avant qu'elle ne se décide à ranger ses armes. Elle se rendit compte alors qu'elle tremblait comme une feuille.
Je suis… définitivement stupide.
Tant bien que mal, elle passa ses dagues à sa ceinture et prit le chemin menant à sa cabine personnelle. Elle se laissa tomber sur la couchette exiguë et ferma les yeux. Son cœur battait toujours la chamade. Mais qu'est-ce qui l'avait pris ? Heureusement, cela s'était bien terminé. Pour le moment, et pour cette fois. Elle soupira profondément et tenta de reprendre son calme, sans succès. Cette croisière jusqu'à Port-Royal s'annonçait des plus amusantes.
A sa grande surprise, le lendemain, tout devint beaucoup plus tranquille.
Je ne pensais pas leur faire autant d'effet…
Pour des pirates maudits, ils sont bien peureux.
… me préparent-ils un mauvais coup ? je le sens mal…
Je sais que Barbossa doit m'emmener jusqu'à Port-Royal mais… son équipage le sait-il ?
La discussion qu'elle surprit entre Barbossa et le gigantesque africain alors qu'elle sortait de la cambuse ce matin-là l'aida à respirer plus librement. Elle s'apprêtait à gagner les ponts supérieurs lorsqu'elle devina les silhouettes du capitaine et de son second entre les interstices de la porte donnant sur le pont. Elle s'arrêta et tendit l'oreille.
« - … et elle a dégainé. Jamais vu quelqu'un dégainer aussi vite, » dit le second.
Tiens, ça parle de moi.
« - Elle ne doit pas être le Serpent-dragon pour rien, répondit Barbossa.
- Et Roberts ne lui aurait pas confié cette tâche s'il n'avait pas eu confiance en elle.
- Je sais, je sais. Mais je voulais en être sûr. »
Pourquoi ces hommes se sentent-ils toujours obligés de me tester ?
Ça ne se voit pas que je suis un pirate terrible et impitoyable ?
…
Tu es bête ma fille. Quand on n'atteint pas le mètre soixante-dix, et ce de très loin… bref.
Ambre reporta toute son attention sur la conversation.
« - Je voulais être sûr d'elle, poursuivit Barbossa. Si elle est telle qu'on le raconte, ça vaudrait le coup de l'avoir avec nous…
- Mais… la malédiction…
- Justement. Nous avons pris de mauvais habitudes. On se jette dans la bataille, sans peur des balles. Que va-t-il se passer lorsque la malédiction sera levée ?
- Je ne vois pas en quoi… tenta le second.
- Laisse-moi finir.
- Pardon capitaine.
- D'après Roberts, c'est limite si les équipages ne se rendent pas directement sans combattre lorsqu'ils savent que le Serpent-dragon est à bord.
- Jamais Roberts ne la laissera partir.
- C'est à Ambre de décider. Et puis, pour Roberts, il lui restera toujours son fils. C'est bien lui que certains ont surnommés le corbeau annonciateur de malheurs ?
- Oui capitaine.
- Un monstre sanguinaire sur chaque navire… et puis… ces deux-là n'ont pas l'air de se porter dans leurs cœurs. Ambre sera peut-être ravie d'intégrer notre équipage. »
C'est une idée à creuser…
Ça me débarrassera enfin de Wulfran.
… et des jumeaux. Et de Vincent, Wesley, Takashi, Arthur, Grégoire… Roberts…
La jeune fille appuya son front contre le bois humide de la porte.
« - Enfin. Continue à lui confier des tâches pénibles, reprit Barbossa. On va voir jusqu'à quand est-ce qu'elle tient sans rechigner. Ça me permettra de savoir si elle est simplement pourrie gâtée ou bien si c'est un marin capable d'obéir.
- Bien capitaine. »
Ambre hésita à sortir tout de suite, pour que cesse cette comédie qui n'était définitivement pas à son goût, mais cela reviendrait à leur faire comprendre qu'elle avait suivi une grande partie de la conversation en laissant traîner ses oreilles partout. Et puis, elle n'avait guère envie de discuter dans l'immédiat sur l'offre d'emploi. Pour l'instant, seule la mission que lui avait confiée Roberts comptait. Elle fit demi-tour aussi silencieusement que possible pour regagner la cambuse. Etant la seule non maudite, elle pouvait consommer toutes les réserves d'eau sans scrupules tout en réfléchissant au meilleur moyen d'assassiner Norrington sans se faire tuer avant. Et après, tant qu'on y était.
Cela faisait quatre jours qu'ils avaient quitté Tortuga, ce qui leur en laissait neuf pour atteindre Port-Royal. Et treize pour en revenir. Presque un mois sans voir Fred, George et les autres, ni subir les sarcasmes de Wulfran, dernier point qui n'était pas un mal, sauf peut-être si l'on considère que cela faisait passer le temps. Sa blessure au ventre cicatrisait bien. Elle arrivait presque à travailler aussi vite qu'avant, même si elle se fatiguait toujours vite. Elle espérait que son état de santé serait suffisant lorsqu'elle atteindrait Port-Royal.
Ambre poussa un profond soupir et remplit son verre d'eau. Elle le vida d'un trait, reposa son verre et se leva. Le banc de bois racla le plancher dans un bruit d'enfer. La jeune fille prit la direction du pont, en se passant les doigts dans les cheveux d'un air distrait. A peine eut-elle quitté l'air confiné du bateau que le second lui tomba dessus.
« - Il reste une voile à recoudre. »
La perche était trop belle. Et d'après ce qu'elle avait entendu le matin même, elle pouvait l'envoyer paître sans soucis. Elle irait discuter avec Barbossa dès qu'elle en aurait l'occasion.
« - N'y aurait-il pas quelque chose de plus intéressant à faire ? ma blessure ne me fait plus trop souffrir… », répondit-elle distraitement, le regard perdu sur les vagues.
Le grand africain la contempla un instant, une lueur d'étonnement mêlée d'indécision dans son visage impassible. Il savait qu'elle se braquerait un jour, énervée de devoir toujours effectuer les travaux pénibles, mais il pensait qu'elle fulminerait, tempêterait comme un beau diable en finissant par le menacer d'une de ses dagues courbes.
« - Pourquoi pourrais-tu faire autre chose ?
- Pour la simple raison que je sais faire autre chose. Pourquoi Roberts m'aurait-il gardée aussi longtemps dans le cas contraire ? », ajouta-t-elle avant qu'il puisse ouvrir la bouche sur une objection quelconque.
Le second ne trouva rien à répondre à cette question qui le prenait au dépourvu. Il n'avait pas eu l'entraînement intensif que menait Ambre et Wulfran depuis leur cohabitation difficile. Ambre profita de la brèche pour enchaîner :
« - Puis-je aller dans le nid de pie ? si quelqu'un a une guitare, en passant…
- … si ça t'amuse, grinça-t-il en la détaillant des pieds à la tête d'un regard noir, en essayant d'avoir l'air de lui donner une tâche tout aussi peu gratifiante que de recoudre des voiles, pour sauver la mise.
- Merci, répondit Ambre, d'un air toujours absent.
- … pour la guitare, va voir dans les cales.
- Merci. »
Le second de Barbossa ne se donna pas la peine de répondre et poursuivit sa route et passa sa colère nouvellement née sur le borgne et son ami le chauve. Ambre le regarda partir eut ne put réprimer un petit sourire de naître au coin de ses lèvres. Au lieu d'aller immédiatement dans les cales à la recherche d'un instrument de musique, elle se dirigea droit sur le gaillard d'arrière où Barbossa tenait le gouvernail. Il la regarda venir vers lui et eut tout de suite un mauvais pressentiment.
« - Puis-je vous parler une minute, capitaine ? » dit Ambre lorsqu'elle fut à portée de voix.
Barbossa acquiesça avec raideur. La jeune fille s'avança jusqu'à lui.
« - Pourquoi tenez-vous à voir quand je vais refuser votre autorité ? » demanda-t-elle de but en blanc.
Barbossa la fixa avec des yeux ronds. Ambre le regardait avec un sourire énigmatique et une lueur espiègle dans ses yeux de miel.
« - J'ai entendu votre conversation de ce matin.
- Si Roberts a confiance en toi, c'est qu'il ne peut faire autrement, n'est-ce pas ?
- On peut dire ça comme ça, en effet. J'ai la fâcheuse habitude de me trouver au mauvais endroit au mauvais moment et d'avoir une ouie très fine.
- Tu sais qu'à sa place, je t'aurais déjà tuée ?
- Roberts est trop gentil, » dit Ambre avec un doux sourire.
Barbossa ne répondit pas mais la regarda avec intensité. Ambre poursuivit.
« - Laissez-moi travailler comme un de vos hommes. Pas comme un vulgaire mousse. J'ai un caractère épouvantable mais je sais obéir quand il le faut. Je ne suis pas la mascotte de l'Ecumeur que tout le monde épargne.
- Je ne suis pas sûr de comprendre… fit Barbossa.
- Je suis un bon marin. Et vous disiez qu'avoir le Serpent-Dragon à vos côtés lorsque la malédiction sera levée pourrait vous intéressez. Me faire faire tous les travaux chiants ne va pas m'aider à vous apprécier et je doute d'avoir encore l'occasion de travailler avec vous…
- Tu serais d'accord pour venir avec nous ?
- Je n'ai pas dit ça. Mais c'est une proposition intéressante. »
Barbossa n'en croyait pas ses oreilles. Ambre non plus d'ailleurs. Elle n'arrivait pas à croire à ce qu'elle disait. Et pourtant…
« - C'est d'accord, dit soudain Barbossa. Travaille comme si tu faisais partie de mon équipage et je te traiterais comme tel. Je verrais vraiment ce que tu vaux. … mais arrête-toi quand même dès que tu souffres trop. Ça serait dommage que tu arrives sur les rotules à Port-Royal.
- Bien capitaine. »
Ambre échangea un dernier regard avec le capitaine du Black Pearl avant de faire demi-tour et de gagner les cales. Elle dénicha facilement une viole, butin d'un pillage récent, et grimpa au nid de pie. Là, elle se mit à gratouiller les cordes distraitement, le regard posé sur l'horizon et l'esprit ailleurs. Le voyage commençait enfin à être intéressant. Il restait plus que huit jours pour atteindre Port-Royal et treize pour en revenir, si le temps se maintenait. Elle avait encore le temps d'y réfléchir. Et puis, la malédiction était loin d'être levée.
O—O—O—O
Et un chapitre de plus. Je sais pas s'il vous a plu. Moins drôle que ceux d'avant, à mon sens, mais dans le prochain, ça repart ! j'vais m'amuser. Enfin j'espère.
Encore merci à tous les reviewers, ça me fait vraiment plaisir à chaque fois et me motive ! donc n'hésitez pas ! même pour dire des trucs méchants, ce qui vous gêne, tout ça, tout ça, pour que je m'améliore et que j'arrête les boulettes…
Et désolée pour les fautes d'orthographe. J'essaie de faire attention mais y'en a toujours qui restent !
