5 mois plus tard, je reviens. Avec un nouveau chapitre. Parce que si je revenais les mains vides, je me ferais lyncher. Même si j'ai de bonnes excuses.
Enfin, je donne quand même vite fait quelques explications quant à ce temps très long de publication : révisions, examens, résultats, re-révisions pour les rattrapages, rattrapages, puis rédaction du rapport de stage trop longtemps retardée, rentration à ma maison et… re-stages. Enfin une semaine de vacances entre amies. Amie qu'on ne laisse difficilement avec l'excuse « je te laisse faut que j'écrive pendant quelques heures »… et quand enfin je suis de retour chez moi bah… je m'y remet. J'ai enfin réussi à finir ce chapitre que j'ai commencé depuis… depuis quelques jours après la fin du chapitre 35. --'
Enfin. J'espère qu'il vous plaira autant que les autres. Plus tant qu'à faire.
Bonne lecture !
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Chapitre 36 :
Marchandage
Elizabeth mangeait avec Barbossa dans sa cabine. Même si elle n'en avait guère eu l'envie. Ambre sourit en se rappelant l'heure précédente.
Le capitaine du Black Pearl était venu la trouver. Il voulait parler à cette servante joliment nommée Elizabeth Turner, ramassée à Port-Royal. Pour apprendre… certaines choses, lui avait-il dit évasivement.
Certainement en rapport avec la malédiction qui les frappe.
Et pour cela, il devait absolument éviter de la braquer.
Barbossa supposait qu'un dîner en tête à tête avec Elizabeth l'amènerait à parler d'elle. Surtout s'il pouvait s'amuser à son jeu favori, consistant à faire dire à son interlocuteur ce que celui-ci désirait cacher. Mais il ne pouvait pas exercer cette technique s'il était obligé de la traîner par la peau des fesses, ce qui ruinerait assurément ses chances d'abaisser ne serait-ce qu'un peu sa méfiance. C'est pour cela qu'il avait rejoint la jeune fille aux cheveux de neige, assise en tailleur près de la figure de proue, jeune femme tenant un oiseau à bout de bras.
« - Tu n'aurais pas une idée ? lui demanda-t-il après lui avoir exposé son problème. Si j'ai bien remarqué, tu es… une fille. A moins que la piraterie t'es changée profondément, tu devrais savoir comment t'y prendre. Entre femmes, on sait toujours ce qu'il faut faire. Tu as le mode d'emploi… celui que les hommes cherchent désespérément depuis la nuit des temps.
- Les femmes viennent de Vénus, les hommes de Mars, c'est ça ? répondit Ambre, amusée.
- Voilà. Donc tu as certainement quelques idées pour parvenir à ce que je veux. Fais marcher ta fourberie pour l'amener à venir à moi sans trop de contrariétés. Je me chargerais de l'amadouer une fois qu'elle sera à table, où elle sera venue presque de plein gré. »
Un sourire machiavélique se dessina sur les lèvres d'Ambre alors qu'une idée naissait déjà dans son cerveau perverti par des années de piraterie.
« - Ah. Je vois que tu me trouves ce qu'il faut.
- Ouais, » dit-elle, toujours souriante, avant de se pencher vers l'oreille de Barbossa pour lui susurrer son plan inspiré par le Malin.
Barbossa partit en rigolant et fit passer ses ordres au duo formé par Ragetti et Pintel. Ambre se réinstalla confortablement, un sourire flottant sur ses lèvres fines. Elle ne tarda pas à entendre des hurlements rageurs venant de la cabine allouée à la fille du gouverneur.
Ça commence…
Ambre ne comprenait pas les paroles que prononçait Elizabeth mais elle en devinait clairement le sens : la jeune fille refusait tout net de mettre la robe pourpre que lui avait trouvée Barbossa pour aller dîner en sa compagnie. Cela, elle s'y attendait, tout comme le capitaine. Pour cela qu'elle lui avait suggéré de la menacer de l'envoyer dîner avec l'équipage. Nue.
Le choix, qui n'en était pas un, l'amènerait alors à venir rejoindre Barbossa. A moins qu'elle n'ait un esprit rebelle de très haut niveau. Ou des envies de nudisme très prononcées. Si on exceptait des éventualités, Elizabeth se retrouverait dans la spacieuse cabine du capitaine, sans que les pirates n'aient eu à l'y traîner de force. Ambre espérait que cela l'inciterait à abaisser sa réserve. Ces pirates avaient suffisamment souffert de cette malédiction et méritaient d'en être libérés. Même si cela devait la confronter à un choix qu'elle n'avait pas envie de faire dans l'immédiat. Ambre soupira. Elle n'osait imaginer la tête que ferait Roberts si elle lui disait qu'elle quittait l'Ecumeur pour naviguer aux côtés de Barbossa. Mais d'un autre côté, la perspective de se débarrasser de Wulfran faisait presque pencher la balance jusqu'à l'équilibre.
Elle sortit brutalement de ses pensées lorsque la porte de la cabine de Barbossa s'ouvrit avec fracas. Elizabeth en sortit à reculons, suivie par un Barbossa qui s'amusait comme un fou. Lorsqu'il sortit de l'ombre protectrice de sa cabine, sa véritable nature fit pousser un hurlement à la jeune aristocrate. Ambre elle-même en eut un frémissement de peur, bien qu'elle ait eu plusieurs fois l'occasion d'observer les effets de la malédiction.
De là où elle était, elle ne comprenait pas les paroles du capitaine mais elle sut qu'elles ne cherchaient qu'à épouvanter leur nouvelle passagère. Les gestes théâtraux qui suivirent, lorsqu'il déboucha sa bouteille de vin en crachant le bouchon puis en avalant de longues gorgées du liquide rouge qui s'écoula sur ses os grisâtres achevèrent de terrifier Elizabeth. Celle-ci essaya de fuir mais se retrouva rapidement aux mains de l'équipage. Les pirates s'en donnèrent à cœur joie : bousculant la jeune dame d'un sac d'os à un autre, pour la projeter ensuite dans la mâture.
Au bout de quelques instants de ce jeu cruel, Ambre décida d'intervenir. Elle alla trouver le second, le plus grand squelette ambulant du groupe de morts-vivants hilares qui regardaient Elizabeth se débattre à grands cris.
« - Si vous continuez comme ça, elle va vous claquer entre les doigts.
- Mêle-toi de ce qui te regarde, répliqua un pirate qu'elle ne put identifier.
- Je ne sais comment vous voulez vous servir d'elle, mais si vous la rendez inapte à…
- Qu'importe qu'elle soit inapte ! on a juste besoin de son sang.
Intéressant.
- Vous allez le faire tourner, son sang, à continuer ainsi, » rétorqua-t-elle avec aplomb.
Voilà un mensonge qui n'est pas sûr de passer.
L'hésitation que certains pirates marquèrent la fit rire sous cape.
Mon dieu qu'ils sont crédules !
Le second donna ses ordres par gestes pour que les hommes sous ses ordres cessent leurs pitreries.
« - Evitons la crise cardiaque, » dit-il simplement avant de porter son attention sur les flots sombres.
Satisfaite, la jeune fille gagna le pont arrière, près de la roue.
Peu de temps plus tard, Elizabeth reposait les pieds sur le pont du Black Pearl et fuyait se cacher derrière les marches d'un escalier dans la cabine du capitaine dont celui-ci claqua les portes violemment avant de partir d'un grand éclat de rire.
Il en faut peu pour qu'il s'amuse.
Son regard croisa celui du capitaine et il lui fit signe de le rejoindre prestement. Bien dressée, Ambre quitta le bastingage où elle s'était assise et se hâta vers Barbossa.
« - Oui, capitaine ?
- Va la voir, et occupe-t-en jusqu'à ce qu'on arrive à Tortuga.
- Je laisse tomber mes quarts ? » demanda Ambre avec angoisse.
Barbossa sourit, amusé. Si on peut appeler sourire le retroussement des fragments de sa peau desséchée.
« - Tu n'as qu'à en faire que 2 sur 3. Je ne veux pas qu'elle soit sans surveillance. Et comme tu es la seule personne non maudite de ce bâtiment, elle te fera plus confiance. Si tu apprends quelque chose qui peut nous intéresser… »
Est-ce que je lui dis qu'elle lui ment depuis le début ?
« - Bien, capitaine. Mais qu'est-ce qui peut vous intéresser ?
- Si elle a déjà des enfants, ce genre de trucs. C'est sa généalogie qui nous intéresse. Si il lui arrive quelque chose, il nous faut de quoi nous rattraper. Cette malédiction nous pèse. »
Barbossa lui fit signe de disposer et chacun partit de son côté : Ambre dans la cabine de Barbossa et celui-ci à la barre, la démarche joyeuse.
La pièce était plongée dans l'obscurité, mis à part une chandelle sur la table et un rayon de lune qui traversait les fenêtres crasseuses de l'arrière du château. Ambre promena un regard circulaire pour tenter de dénicher la jeune fille terrorisée. Ce ne fut pas long : la cabine avait beau être vaste, il n'y avait guère d'endroits pour se cacher. Il n'y avait pas de mobilier superflu, qui aurait fourni de profondes flaques d'ombre dans lesquelles se tapir.
« - Mademoiselle Elizabeth ? » appela-t-elle doucement.
L'interpellée ne répondit pas et se renfonça un peu plus dans le recoin le plus sombre de la cabine. Ambre soupira imperceptiblement puis s'avança vers elle.
« - Vous n'allez pas rester là tout le reste du voyage. Venez.
- Qui êtes-vous ? demanda Elizabeth d'une voix faible, le regard regardant de tout côté, comme une bête traquée.
- Ambre. Une pirate, tout comme eux, à la différence près que je ne me transforme pas en squelette ambulant dès qu'un rayon de lune me frôle. Venez. »
Eliazbeth se redressa doucement. Sa robe pourpre était poussiéreuse suite aux agressions que sa propriétaire du moment venait de subir.
« - Venez, répéta Ambre. Je vous emmène dans ma cabine. Vous n'allez pas rester là.
- …
- Vous partagerez ma cabine durant votre voyage. »
Elizabeth ouvrit la bouche pour protester, son éducation se défendant devant cette situation. Ambre l'interrompit d'un geste.
« - Ordre du capitaine. Sachez que cela ne me réjouit pas plus que vous. Maintenant suivez-moi, je prend mon quart dans pas longtemps et j'aimerais bien dormir un peu avant. »
La fille du gouverneur acquiesça avec raideur mais la suivit néanmoins quand Ambre quitta la pièce. Les pirates ricanèrent lorsque les deux jeunes filles sortirent à la lumière de la lune. Ambre leur adressa un regard qui charriait des icebergs et les rires moqueurs s'évanouirent. Sans se retourner pour s'assurer qu'Elizabeth la suivait bien, la jeune femme descendit l'escalier aux marques craquantes pour se retrouver sur le pont, ses longs cheveux blancs cascadant en mèches folles dans son dos, la lune leur donnant un reflet argenté, presque irréel. Insouciante des différents regards qu'elle soulevait, la jeune femme s'avança de sa démarche toute féline jusqu'à la porte qui menait aux différents ponts et l'ouvrit dans un grincement.
« - Ferme la porte derrière toi, » dit-elle à la pseudo domestique, toujours sans lui jeter le moindre coup d'œil.
Le bruit du loquet l'assura d'avoir été obéie. Elle bifurqua à droite dans un petit couloir où s'ouvraient deux portes : d'un côté la cambuse, de l'autre, la cabine du second. La sienne pour le moment, et ce, jusqu'à ce qu'elle remonte à bord de l'Ecumeur.
Elle fouilla dans une de ses profondes poches pour en dénicher une petite clef de fer. Privilège qu'on lui avait accordé, pour qu'elle ne soit pas dérangée par des pirates lubriques, bien que maudits. Elle fit jouer la serrure et pénétra dans la pièce, suivie d'Elizabeth. La chambre était toute en longueur, contre la coque du navire, avec au fond, de grandes fenêtres dont les petits carreaux crasseux laissaient filtrer quelques rayons de lune. Elle contenait une couchette, sous laquelle avaient été installés trois tiroirs de rangement. Sur le mur d'en face se dressaient une étagère sur laquelle s'entassaient les maigres possessions qu'Ambre avait amenées, ainsi que celles du second de Barbossa, déménagé avec l'équipage pour l'occasion : quelques livres, des cartes et des objets amassés ici et là au cours de sa vie de pirate. Celui qui intriguait le plus Ambre était une poupée vaudoue dont le visage n'était pas encore modelé.
J'essaierais bien sur Wulfran…
Elle s'assit sur la couchette et regarda la jeune fille droit dans les yeux. Elizabeth avait refermé la porte derrière elle et se tenait droite comme un i, le visage impassible. Néanmoins, ses yeux trahissaient son angoisse. Ambre lui fit signe de s'asseoir à côté d'elle mais Elizabeth demeura immobile. La jeune fille aux cheveux de neige haussa les épaules. Elle croisa ses jambes sous elle et se cala le dos contre le mur, dans une position plus confortable. Elle releva le nez et contempla attentivement la domestique de Port-Royal, sans aucune gêne. Elizabeth ne broncha pas pendant cet examen mais la pirate sentit qu'elle s'en trouvait gênée. Une légère rougeur sur ses pommettes en témoignait.
Apeurée et mal à l'aise. Je ne devrais pas avoir trop de mal à en tirer ce que je veux.
« - Elizabeth Turner, hein ? ça fait longtemps que tu travailles pour le gouverneur ? »
Elizabeth resta silencieuse.
« - Tu as un accent, » poursuivit Ambre.
La jeune fille haussa un sourcil, mais resta bouche close.
« - Tu viens d'Angleterre ? »
Elle acquiesça lentement.
« - Et qu'est-ce qui t'as amenée ici ?
- Je… je suis venue en Jamaïque en même temps que le gouverneur et sa fille. Elle… elle a vécu en Angleterre et m'a ramenée avec elle lorsqu'elle est venue ici.
- Amie avec la fille du gouverneur, hein ? » demanda Ambre avec un sourire malicieux, le regard pétillant.
Elizabeth pinça les lèvres et ses yeux flamboyèrent de fureur pendant une seconde.
« - Surprenant que la fille du gouverneur s'intéresse à une simple domestique au point de ne pas vouloir s'en séparer, » dit doucement Ambre avec un léger sourire et le regard flou. Puis son sourire disparut et ses yeux de miel se firent plus durs, plus froids. « Surprenant aussi qu'une telle domestique porte une robe de chambre d'une telle qualité, » dit-elle en ressortant le dit vêtement d'un tiroir de dessous son lit.
Elizabeth étouffa un hoquet. Les lèvres d'Ambre s'étirèrent en un sourire qui n'avait rien de chaleureux. Elle pencha la tête de côté et plongea son regard doré dans celui, noir, de la jeune aristocrate.
« - Qui êtes-vous réellement, mademoiselle Turner ?
- Je… je vous l'ai dit. Je ne suis qu'une domestique et…
- Pas à moi, la coupa Ambre d'un ton glacial. Qui êtes-vous ?
- Je vous assure, je ne…
- Arrête de me mentir. Ce n'est pas bon pour mon karma. Et pour toi non plus en conséquence. Qui-es-tu ? demanda-t-elle une nouvelle fois en détachant bien toutes les syllabes.
- …
- Pour ma curiosité personnelle. Ils découvriront bien assez tôt la supercherie.
- Comment cela ?
- Tu as plus de valeur à leur yeux en tant que mademoiselle Turner qu'en tant que je ne sais quoi d'autre.
- Non, vous ne m'avez pas compris. Pourquoi votre curiosité personnelle ? vous ne comptez pas aller leur dire que…
- Non. Il n'est pas dans mon intérêt que leur malédiction soir levée tout de suite. Ça… m'amènerait devant des choix que je n'ai pas envie de faire. Pas encore.
- Vous ne faites pas partie de cet équipage ?
- Tu m'as vu me balader les os à l'air ?
- Je ne vous comprend pas, murmura Elizabeth, l'air perdu.
- Tu n'as pas besoin de me comprendre. Je veux juste savoir qui tu es. Le reste ne m'importe peu.
- Pirate, siffla la fille du gouverneur entre ses dents.
- Oui, répondit Ambre avec un vrai sourire. Et tu n'imagines pas à quel point j'en suis heureuse.
- Vous finirez pendue, rétorqua Elizabeth d'un ton hautain.
- Si cela arrive un jour, je regretterais juste que cela s'arrête si tôt. Pas ce que j'ai fait de ma vie. Alors, mademoiselle Turner ? à qui est-ce que je m'adresse réellement ?
- …
- A la fille du gouverneur ? essaya-t-elle en souvenir de la conversation qu'elle avait eu avec le forgeron.
- Co… comment le savez-vous ? » bégaya Elizabeth avant de refermer la bouche précipitamment.
Trop tard, le mal est fait.
Hé ! hé !
J'adoooore mes coups de bluff.
Ambre s'étira et se réinstalla confortablement, sans quitter Elizabeth des yeux, avant de reprendre.
« - Ils t'ont trouvée dans la maison du gouverneur, tu n'as pas la tête de l'emploi pour être une domestique. Et j'ai croisé un certain Will Turner qui me disait connaître une Elizabeth, la propre fille du gouverneur.
- Vous connaissez Will ? » un éclair de jalousie traversa les yeux sombres de son interlocutrice au sang bleu.
Ce fut au tour d'Ambre de se mordre la langue.
J'en ai trop dit. J'aurais dû me contenter du fait qu'elle venait de chez le gouverneur.
Mais il est trop tard maintenant pour faire marche arrière. Et puis, même si elle en ressort vivante, je doute qu'elle pense à parler de ça aux autorités. Je resterais une figure inconnue parmi les pirates que Norrington chasse.
« - Je le connais de vue.
- Je ne vous ai pourtant jamais vu à Port-Royal.
- Nous ne fréquentons pas les mêmes milieux, rétorqua Ambre.
- Pourtant, si je n'ai pas l'air d'une servante mais d'une noble, c'est pareil pour vous. »
Ce fut au tour d'Ambre d'émettre un hoquet étranglé. Elle ouvrit de grand yeux sous l'effet de la surprise mais recouvrit très vite une expression impénétrable.
« - J'ai peut-être une tête d'aristocrate mais je n'en suis pas une. Ni de rang, et encore moins de cœur.
- Vous mentez. Vous en êtes une.
- Non, dit Ambre, catégorique.
- Qu'est-ce qui vous a amené à devenir pirate ? demanda Elizabeth avec intérêt pour changer de sujet. Elle s'assit à l'autre bout de la couchette, prête à écouter tout ce que lui dirait Ambre.
- Un heureux concours de circonstances, répondit la pirate, heureuse d'avoir une opportunité d'abandonner un sujet qui la mettait profondément mal à l'aise.
- Mais les femmes pirates…
- Sont peu nombreuses mais existent néanmoins. Et peuvent se faire respecter.
- Si on en a la volonté.
- … oui. De la volonté, » dit Ambre en soupirant.
Thérèse en a-t-elle suffisamment ? plus ça va, et plus j'en doute.
Le silence s'installa entre les deux jeunes femmes. Elizabeth ramena ses jambes sous elle, puis les re-déplia avant de se tourner sur la couchette pour regarder Ambre. Elle changea une nouvelle fois de position et promena son regard sur les étagères posées contre le mur d'en face.
« - Si tu as des questions, n'hésite pas. Je n'ai pas le droit de te tuer.
- Pourquoi êtes-vous une pirate ?
- Je te l'ai déjà dit. Heureux concours de circonstances.
- Mais pourquoi ? vous auriez pu faire autre chose.
- … sans doute. Mais quand je suis arrivée à bord de… quand j'ai rencontré les pirates qui m'ont recueillie, je n'ai pas franchement eu le choix. La mort ou les rejoindre. Mais à peine ai-je commencé que j'ai su que c'était l'existence qui me convenait.
- Qu'est-ce qui vous attire dans cette vie ? » demanda Elizabeth avec intérêt.
Ambre tourna vers elle son visage aux traits fins dont les yeux de miel luisaient d'espièglerie.
« - La même chose que toi sans doute, répliqua-t-elle en riant doucement.
- Qu'est-ce qui vous fais croire que…
- Tu connais beaucoup de personnes de la bonne société qui peuvent se permettre de citer le code de la confrérie ? »
Elizabeth piqua un fard et regarda brusquement ses mains étalées sur ses genoux. La jeune pirate émit un rire cristallin. Lorsque son rire se fut calmé, Ambre promena un regard neuf sur son domicile.
« - Je crois qu'on va être un peu serrées. Lorsque je serais de quart, ça ira, mais…
- Je me débrouillerais pour…
- Le capitaine Barbossa veut te voir consignée. Sait-on jamais, que tu ais l'envie soudaine de te sauver à la nage avec les requins. »
Le souvenir de sa propre fuite, quelques années auparavant, dans des eaux glacées et obscures, remonta à la surface. Un frisson lui parcourut la nuque.
« - Ça va ? »
La voix d'Elizabeth l'atteignit comme étouffée à travers un chiffon. Elle secoua la tête pour revenir au temps présent.
« - Je dois y aller. Je dois prendre mon quart. J'vais voir à ce qu'on amène une couchette pour vous. »
Sans lui adresser un regard de plus, Ambre se leva. Elle remit de l'ordre dans ses vêtements, se rétablit d'instinct lorsque le Black Pearl plongea dans un creux puis sortit, laissant la fille du gouverneur seule avec ses nouvelles angoisses.
Sur le pont, la jeune fille respira à pleins poumons. La lune était basse sur l'horizon, signe que l'aube n'allait pas tarder. Fébrile, Ambre se passa la main dans les cheveux. Cette rencontre avec son passé l'avait remuée. Elle ne pensait pas un jour rencontrer quelqu'un qui lui ressemble à ce point.
Voilà sans doute ce que je serais devenue. Jeune femme parfaite en extérieur, survivant en lisant et en idéalisant un monde qui n'a rien de charmant.
Un frisson remonta le long de sa colonne vertébrale et lui hérissa les cheveux, sans que le froid y soit pour quelque chose.
« - Ambre ! »
Elle se retourna vers le quartier-maître, debout au milieu du pont, sa chemise en lambeaux s'emmêlant entre ses côtes.
« - Au nid de pie ! »
Elle acquiesça sombrement.
Ô joie. Tout un quart pour ruminer de sombres pensées. Tout ce dont je rêvais !
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Lorsque son quart s'acheva, Ambre était lessivée. Le vent s'était levé et n'avait cessé de souffler par brusques rafales, entraînant le Black Pearl dans de folles acrobaties. En haut du nid de pie, elle avait cru qu'elle allait mourir. Son estomac du moins n'en était pas loin.
Mais au moins pouvait-elle bien s'y accrocher, contrairement à ceux qui travaillaient dans la mâture. Elle plaignait ceux qui allaient prendre sa suite
Les muscles lourds d'être restés crispés sur la rambarde, elle dégringola plus qu'elle ne descendit des haubans. Les mains serrées à s'en faire blanchir les jointures, elle attendit que le navire fasse une nouvelle cabriole, son flanc gauche touchant presque l'eau, avant de s'élancer à perdre haleine jusqu'à la porte menant aux quartiers de l'équipage. Elle s'engouffra à toute vitesse et manqua trébucher dans l'escalier aux marches usées par les innombrables passages des marins lorsqu'une vague vint ébranler le Black Pearl déjà déséquilibré.
De l'eau noire vint s'écraser contre la porte et passa dessous avec bonheur avant de descendre les escaliers avec le vacarme d'un torrent de montagne à la fonte des neiges, précédant Ambre jusqu'à la porte de sa cabine. Maugréant pour elle-même, ses pieds nus glissant dans les flaques d'eau froide du couloir, la jeune fille ouvrit la porte d'un coup d'épaule, faisant crier Elizabeth. Lorsque celle-ci eut reconnu sa compagne de chambrée, son visage se détendit quelque peu. Elle relâcha la couverture humide qui couvrait le lit. Ambre tourna vers elle deux yeux où le rouge le disputait au miel.
« - Ça ne va pas ? demanda Ambre d'une voix rauque.
- S… si, répondit Elizabeth. C'est cette tempête qui me porte sur les nerfs.
- Vous mentez mal. Un des hommes de Barbossa ? »
Elizabeth ne répondit pas. La jeune pirate en déduisit qu'elle avait vu juste. Elle se laissa tomber plus qu'elle ne s'assit sur sa couchette, aux côtés de la fille du gouverneur et poussa un profond soupir.
« - Que sont-ils venus vous dire ? ou vous faire ?
- Me menacer.
- De quoi ?
- De ce qu'ils me feraient lorsque leur malédiction serait levée.
- Qui ça ?
- Un borgne. Avec un…
- Je vois, la coupa Ambre. Ne vous en faîtes pas. Ils veulent juste faire les durs mais… je ne sais pas comment ils sont devenus pirates. »
Un silence tranquille tomba entre elles, bouleversé par les sifflements du vent dans les haubans. Puis Elizabeth rompit ce moment de paix, le regard fixé sur le mur en lambris de la minuscule cabine.
« - Merci. »
Ambre lui jeta un regard surpris.
« - Pour quoi ?
- De ce que vous faites pour moi.
- Je ne fais rien pour vous. Je vous dis juste ce qui est. Si ça vous sert, tant mieux. Sinon, bah…
- Comment faites-vous pour être aussi dure ? »
La question prit Ambre au dépourvu.
« - Dure ? je ne suis pas dure.
- Si, vous êtes dure. A moins que… vous protégez-vous ainsi ? vous dire que je ne vous suis rien…
- Vous ne m'êtes rien, la coupa Ambre sèchement. Pour moi, vous n'êtes qu'un otage. Qui vaudrait un bon prix si j'étais à bord de mon navire. Ce qui n'est pas le cas. Donc voilà.
- Non. Je ne vous suis rien parce que vous le voulez ainsi. Pourquoi ?
- Peut-être parce que je n'ai pas envie de voir ce que j'aurais dû devenir en vous regardant, répliqua Ambre du tac au tac, du ton le plus froid de son répertoire.
- Comment cela ? » fit Elizabeth, nullement impressionnée.
Ambre se mordit la lèvre inférieure.
J'aurais mieux fait de me taire. Pourquoi ne puis-je pas me contrôler ??
Après un instant de silence pesant, elle répondit, tâchant de conserver un visage impassible.
- On ne naît pas pirate. Et les esclaves ne sont pas les seuls à rechercher la liberté.
- Pourquoi dites-vous que… »
Ambre tourna légèrement la tête vers la fille du gouverneur, sans bouger plus qu'un muscle de nécessaire. Ses lèvres se retroussèrent en un sourire moqueur.
« - Co… comment ? qu'est-ce qui vous pousse à conclure que je ne suis pas heureuse de la vie que je mène ?
- Tu es attirée par la vie de pirates. Tu l'as avoué. Et nul être sain d'esprit ne choisirait cette voix de plein gré, à moins qu'il n'ait pas le choix, qu'il ne connaisse que cette vie ou bien encore que la piraterie soit une meilleure alternative d'avenir. Et tu ne peux être que dans la dernière catégorie. Autrement dit, tu n'es pas heureuse de la vie que tu mènes.
- Je… je ne peux pas dire que…
- Le fait que tu ne sois pas malheureuse ne veut pas dire que tu es heureuse. J'ai connu ça.
- Tu as connu ça ? » demanda Elizabeth en dévisageant Ambre avec intensité.
Ambre ne sut quoi répondre. Elle n'avait pas eu envie d'aborder ce sujet. Elle avait réussi à y échapper à sa dernière conversation avec la fille du gouverneur mais y revenait, comme une balle revenait rebondir sur une raquette, liée qu'elle l'était à son élastique, qu'importe les chocs et les douleurs que cela pouvait occasionner.
Remarquant le léger sourire d'Elizabeth, elle sut qu'elle avait été jouée.
Saleté.
Que pouvait-elle faire ? l'ignorer encore une fois ou lui raconter ce qu'elle voulait savoir ? s'étendre sur sa vie avec une demoiselle de la bonne société ne lui paraissait pas une bonne idée. Et pas n'importe quelle fille de bonne famille. La fille du gouverneur. Si toute l'armada de Port-Royal ne se jetait pas à sa poursuite pour la ramener, Barbossa et ses hommes, et elle-même par la même occasion, seraient vraiment chanceux. Et si jamais Elizabeth savait qui elle était vraiment… que se passerait-il s'ils se faisaient arrêtés par Norrington ?
Bien des années s'étaient écoulées depuis qu'elle avait intégré l'équipage de l'Ecumeur. Qui se souviendrait alors de l'attaque de son navire ? quelqu'un savait-il seulement qu'elle était à son bord ? et puis même : cela changerait-il quelque chose à l'affaire si jamais on la reconnaissait comme Ambre Kristel Gabrielle de La Tour ? elle serait pendue comme tous les autres. Haut et court. Pirate.
Jamais Norrington ne laisserait un pirate vivant. Qu'importe qui il était vraiment.
Ambre soupira.
Restons dans le vague. Et qu'elle me foute la paix.
« - J'ai connu ça, dit Ambre en reportant son regard de miel sur la fille du gouverneur, pour avoir été dans la même situation que toi. A quelques nuances près.
- Vous voulez dire que… vous faisiez également partie de… de la haute sphère ? je le savais ! »
La jeune pirate lui jeta un regard noir.
- Ma famille l'était. Je devais me rendre à Haïti. Notre navire a été attaqué par des pirates sur le trajet.
- Comment avez-vous fait pour ne pas vous faire tuer ? rares sont les pirates qui laissent des survivants…
- Je… je me suis jetée à l'eau, pour éviter d'avoir une épée passée en travers de l'estomac. Il y avait un autre navire qui avait fui devant les pirates et qui avait fait demi-tour après leur départ, pour tenter de repêcher les survivants. Les pirates ont deviné leur manœuvre et leur ont donné la chasse. Le temps que les deux bateaux parviennent sur les lieux de l'attaque, il faisait nuit. Je suis montée sur le mauvais.
- Sur le bon, si l'on en croit vos dires. »
Ambre et Elizabeth échangèrent un sourire complice.
« - Sur le bon… répéta Ambre avec une lueur rêveuse dans ses yeux couleur de miel.
- Et tu… vous…
- Tu peux me tutoyer.
- Tu as réussi sans soucis à te faire une place ? les femmes ne sont pas admises sur les navires. Ça porte malheur paraît-il.
- Tissu de mensonges que ceci. Mais il est vrai que beaucoup le pensent. Je n'ai pas eu ce problème : je suis arrivée sur ce navire relativement jeune et immédiatement prise sous les ailes de quelques pirates.
- Et tu participes aux abordages ?
- Oui. On ne peut y échapper. Un pirate qui ne se bat pas ne reste pas… c'est inadmissible. L'abordage, c'est… notre gagne-pain. Il n'y a personne à bord d'un navire pirate qui se tourne les pouces pendant que les autres bossent. Et c'est valable pour moi aussi.
N'est-ce pas Thérèse ?
- Et… ce n'est pas trop dur ? tu bénéficies quand même d'un traitement de faveur, non ?
- Pourquoi devrais-je y avoir droit ?
- Et bien…
- Je manie l'épée aussi bien que n'importe qui. Et même mieux que beaucoup. Et puis même. J'ai mon honneur. »
Elizabeth émit un éclat de rire.
« - Je comprend. Je pense que je n'apprécierais pas non plus si on ne me laissait pas faire comme les autres. Ça serait… humiliant. »
Le silence retomba entre les deux jeunes femmes. Ambre s'appuya confortablement contre la cloison et ramena ses jambes sous elle. Elle eut un sourire fugace en pensant à son oncle Pierre, qui ne supportait pas de la voir assise en tailleur.
Il ne supportait pas grand chose de toute façon venant de moi.
« - Dis… commença Elizabeth, subitement gênée.
- Oui ?
- Tu… tu pourrais m'apprendre quelques trucs ?
- Quoi donc ? fit Ambre en se tournant vers la jeune femme, les sourcils froncés.
- Je… je voudrais être capable d'adopter les bonnes attitudes face à ces pirates. Mettre toutes les chances de mon côté lorsque leur… malédiction sera levée. Si elle est levée.
- Comment ça ?
- Je ne suis pas ce qu'ils pensent. Je ne sais pas ce qu'ils comptent me faire ni si ça marchera. J'aimerais que…
- Je vois, » l'interrompit Ambre.
Elizabeth prit une inspiration avant de poursuivre.
« - Je sais qu'il n'y a eu que peu de femmes pirates, mais… si elles ont survécu, c'est parce qu'elles avaient quelque chose que les autres n'avaient pas. Dis moi comment tu as fait la première fois.
- Je te l'ai dit. Je suis montée sur leur vaisseau. Puis j'ai brandi une épée contre tout l'équipage. L'épée même du capitaine, maintenant que j'y repense… ajouta Ambre tandis qu'un sourire amusé se dessinait sur ses lèvres fines.
- Plus sérieusement ! je ne tiens pas à mourir lorsqu'ils en auront fini avec moi. Que puis-je faire ? »
Ambre poussa un soupir imperceptible puis leva lentement les yeux au plafond, les sourcils froncés dans une attitude pensive.
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Les jours suivants s'écoulèrent dans une monotonie tranquille. Ambre travaillait avec les pirates de son quart puis redescendait dans la cabine qu'elle partageait avec Elizabeth où la jeune fille restait enfermée. Là, elle lui racontait des épisodes de sa propre vie, ceux qui pouvaient l'aider à découvrir ce qu'elle cherchait à apprendre. Ambre n'avait pas la moindre idée de ce qui faisait qu'elle était toujours en vie et appréciée de ses collègues masculins mais faisait ce qui était en son pouvoir pour apporter son aide à la fille du gouverneur.
Se faire rouler avait remonter son estime pour la fille du gouverneur.
Et puis… si jamais je la recroise vivante, elle fera un bon otage. Peu ennuyant pendant leur captivité et rapportant gros. Mes préférés.
Elles firent même quelques sorties sur le pont. Les remarques que subit Elizabeth furent vite réduites à néant par ses répliques acerbes sous l'œil vigilant et amusé de la jeune pirate. Ces petites virées sur le pont prirent très vite fin lorsque Barbossa fut lui-même le sujet de la répartie acide de l' aristocrate. Les deux femmes reprirent leurs quartiers confinés en riant sous cape.
Leurs petites leçons prirent néanmoins fin lorsque les falaises déchiquetées de Tortuga se profilèrent à l'horizon. Dès qu'elles furent en vue, Barbossa ordonna à Ambre de quitter la mâture et de le rejoindre dans sa cabine. La jeune fille obéit promptement. Elle avait hâte de revoir les jumeaux, Takashi et Thérèse. Roberts. Wulfran.
Wulfran ?
Dur de l'admettre mais... il m'aura manqué.
Elle traversa le pont à grandes enjambées et pénétra sans attendre dans la cabine du capitaine du Black Pearl.
« - Bonjour capitaine.
- On devrait te débarquer dans moins d'une heure à la crique du Pendu. Je compte sur toi pour faire ton rapport à Bartholomew.
- Bien capitaine.
- Dis lui aussi qu'il se peut que je ne puisse pas remplir ma part de marché à présent. Pas dans l'immédiat en tout cas. »
Ambre leva un sourcil interrogateur.
« - A cause de notre malédiction sur le point de se lever.
- Je vois, » répondit Ambre d'un ton beaucoup plus glacial qu'elle ne l'aurait voulu.
Barbossa lui décocha un regard pénétrant qui lui fit regretter de ne pas être une tortue et de ne pouvoir disparaître dans sa carapace.
« - Lorsqu'on se recroisera… ma proposition tient toujours, » ajouta-t-il.
La jeune fille hocha la tête avec raideur, sans prononcer un mot.
« - C'est bon, tu peux te retirer. Va préparer tes affaires.
- Bien capitaine, » répondit-elle mécaniquement, la bouche sèche.
Elle quitta la cabine plus vite qu'elle n'y était entrée et fila dard dard dans ses propres quartiers. Elizabeth y était toujours, allongée sur la couchette, les yeux dans le vague. Elle se redressa sur un coude lorsque Ambre pénétra en coup de vent dans la pièce exsangue.
« - Que se passe-t-il ? demanda-t-elle, alarmée.
- Rien. On arrive à Tortuga. C'est ici que je te quitte. »
Elle fourrait dans un grand sac de toile toutes ses possessions, relativement maigres en raison du caractère exceptionnel de ce voyage. Lorsqu'elle redressa le nez, elle rencontra les yeux bruns d'Elizabeth en proie à l'angoisse.
« - Tout se passera bien, la réconforta-t-elle. Il n'y a aucune raison pour qu'ils te tuent. Tu as ce qu'il faut de caractère pour qu'ils te respectent suffisamment pour ne pas te passer par la planche. Au pire, démerde-toi pour qu'ils demandent une rançon pour tes beaux yeux. Et assure-toi que le contrat soit en ta faveur. Certains pirates profitent de toutes les faiblesses de leur adversaire. Si tu ne prends pas garde à tous les détails, ils peuvent te relâcher à Tortuga, d'où tu n'auras aucune chance de fuir.
- Comme ils l'ont fait le jour des pourparlers, à Port-Royal, répondit Elizabeth, lorsque le souvenir de son enlèvement refit surface.
- Tout à fait. Barbossa est un maître en la matière. »
La jeune pirate jeta son sac sur son épaule et adressa un dernier sourire à la fille du gouverneur.
« - Ne t'en fais pas. Je suis sûre que nos routes se recroiseront.
- J'espère que tu ne te trompes pas, répondit Elizabeth d'une voix faible.
- Au revoir, » salua Ambre.
Elle fit demi-tour en réajustant l'équilibre de son sac sur son épaule, l'estomac noué. Ces quelques jours de voyage lui avaient permis de faire la connaissance d'une jeune fille énergique qui, bien qu'encore imprégnée de son éducation formelle de jeune dame de bonne famille, n'en était pas moins ouverte. Avide d'apprendre, elle aurait volontiers pris l'épée pour en apprendre les rudiments, si Ambre ne l'en avait pas dissuadé. Celle-ci doutait qu'apprendre à un prisonnier à se défendre mettrait Barbossa en joie. La compagnie d'Elizabeth avait rendu son voyage plus agréable mais lui avait aussi fait sentir comme ses amis lui manquaient. Et elle n'avait plus qu'une hâte, c'était de fouler le sable blanc de la crique du Pendu et de courir jusqu'au port de Tortuga.
Son attente sur le pont du Back Pearl ne fut pas longue, au grand bonheur de ses nerfs. L'imposant navire pénétra dans la petite crique abritée des vents, les voiles ferlées contre les vergues, seulement entraîné par les faibles courants. Barbossa ordonna d'une voix forte de mettre la chaloupe à l'eau. Ambre porta son regard de miel vers le gaillard d'arrière, où le capitaine se tenait droit comme un i, une main posée sur la roue, la plume de son chapeau s'agitant mollement dans la faible brise. Il lui fit un sourire, mais elle devina que ses pensées n'étaient pas tournées vers elle. Elle haussa imperceptiblement les épaules et reporta son attention sur les manœuvres. Elle aurait tout le temps de s'intéresser à ses perceptives d'avenir avec ses possibles changements d'équipage plus tard. L'important pour le présent était de rentrer chez Doris aussi discrètement que possible. Son escapade avec le Black Pearl ne devait pas être connue si on ne voulait pas relier Roberts à l'attaque de Port-Royal et à la tentative d'assassinat de Norrington.
Le floc de la chaloupe touchant l'eau la ramena à la réalité.
Maintenant, les adieux larmoyants…
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Ambre ne s'était jamais sentie dans un tel état de nerfs. Elle avait dû attendre que la nuit soit tombée pour quitter la crique du Pendu. En sachant que le Black Pearl y était arrivé en début d'après-midi, ça faisait un long moment d'attente.
Trop long.
J'en ai marre.
Elle se redressa de son matelas de feuilles improvisé et s'étira de tout son long avec un gémissement. Une légère douleur lui rappela sa blessure. Elle souleva sa chemise pour découvrir un morceau de peau rouge et plissé mais propre. Définitivement en voie de guérison. Elle en garderait une petite cicatrice. Cette pensée la fit rire doucement.
Il fallait bien que j'en ai une.
Ça fait plus authentique comme ça.
La jeune fille étouffa un bâillement puis fit quelques exercices d'assouplissement. Cela fait, elle jeta son sac sur son épaule et prit la direction de Tortuga. Elle marchait lentement, laissant les minutes s'écouler. Mieux valait qu'elle traverse les rues de la ville lorsque celles-ci seraient désertes.
Elle atteignit les premiers abords de la ville sur les coups de une à deux heures du matin. Quelques cris d'ivrognes résonnaient sur les quais mais cela ne la tracassa pas outre mesure. La maison de Doris ne se trouvait pas dans les quartiers mal famés de la petite ville pirate : ses ruelles alentours seraient vides de monde. Avec légèreté, elle s'engagea dans les ombres que jetaient les petites maisons blanchies à la chaux. L'oreille aux aguets, elle stoppait net dès que le moindre murmure d'une conversation ou de pas atteignait ses oreilles.
Après plusieurs détours pour éviter toute rencontre, Ambre atteignit enfin la place où se dressait la demeure de Doris. Elle balaya la place du regard avec une toute nouvelle attention.
Pas âme qui vive. Parfait
La pirate s'élança. Elle saisit la poignée de fer et grommela un juron digne du plus vulgaire vendeur de poissons.
Fermé !
Marmonnant un chapelet de jurons bien sentis, Ambre leva le nez et examina le mur. La chambre des jumeaux donnait sur cette façade et la fenêtre était facile à ouvrir. Elle savait ça d'expérience. Ce n'était pas la première fois qu'elle se retrouvait enfermée dehors. Elle avait souvent trop flemmarder avec Fred et George dans les tavernes de la ville et laisser passer l'heure où Doris allait se coucher. Comme il n'était pas sûr de laisser une maison ouverte dans cette ville et comme ils ne pensaient jamais à prendre un double des clés, le trio en était venu à connaître à la perfection la moindre aspérité du mur.
Poussant un profond soupir, Ambre jeta un dernier regard autour d'elle. Satisfaite de la tranquillité des lieux, elle commença l'ascension.
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Le lendemain fut une surprise de taille pour Doris, lorsqu'elle vit descendre Ambre, les yeux encore mi-clos.
« - Ambre ! » s'exclama-t-elle, avant de se jeter sur sa fille adoptive en sanglotant.
Il fallut un long moment pour que les pleurs de soulagement de Doris viennent à se tarir. Après quoi, elle ne lâcha pas la jeune pirate jusqu'à ce qu'elle lui raconte tout ce qu'il s'était passé. Ambre passa sous silence quelques détails que la rondouillarde petite femme n'avait pas besoin de savoir. Le danger de mort et la prise d'otage de la fille du gouverneur, entre autre.
« - L'Ecumeur est-il à quai ? demanda Ambre lorsque la curiosité de Doris fut assouvie.
- Non, pas encore. Mais il ne devrait pas tarder. C'est ce que m'ont dit mes chenapans de Fred et George.
- J'ai hâte, fit Ambre dans un soupir.
- Je comprend. Mais profite de ton temps à terre. Ce n'est pas souvent…
- C'est vrai. Mais le roulis des vagues me manque déjà. »
Doris lui adressa un sourire affectueux, avec une pointe de tristesse dans les petites rides aux coins de ses yeux bruns.
« - C'est quelque chose que j'ai du mal à comprendre mais c'est un fait. La mer vous attire immanquablement et tout ce que je fais ou ferais ni changera rien, soupira-t-elle avant de reprendre sans aucune transition. Prend l'air malade quand tu sortiras de la maison. Les gens d'ici ne t'ont pas vue depuis plus d'un mois et croient que tu as été gravement malade, atteinte de fièvre. Je n'ai pas cherché à les en dissuader. Ne le fais pas toi-même en allant gambader dans les rues dès aujourd'hui. »
Ambre inclina la tête en signe d'assentiment, frustrée de devoir faire la morte encore quelques jours pour parfaire son excuse.
L'inactivité va me tuer.
Doris émit un petit rire, une lueur amusée brillant dans ses yeux. Ambre haussa un sourcil surpris tandis que la mère des jumeaux reprenait la parole.
« - Mais ne t'en fais pas. Tu ne feras pas la malade très longtemps. J'ai raconté aux gens que je ne te laisserais sortir que lorsque tu serais parfaitement guérie.
- Je n'en attendais pas moins de maman mère poule… répondit Ambre tandis qu'un sourire se dessinait sur ses lèvres fines tandis qu'elle réalisait où Doris voulait en venir.
- Si on entend quelques cris… tout le monde sait que tu ne peux rester à attendre sans rien faire…
- C'est parfait. Je râle aujourd'hui et je sors demain.
- De petites sorties. Maman mère poule ne laisse pas ses poussins se promener longtemps sans surveillance.
- Je te ramènerais de quoi me faire du bouillon de légumes, » répliqua Ambre en riant.
Son hilarité gagna la rondouillarde femme et toutes deux se mirent à rire à gorge déployée.
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Le lendemain, Ambre sortit du lit alors que le soleil était déjà haut dans le ciel. Retrouver sa paillasse et des draps propres était un luxe qu'elle se permettait d'abuser. Puis, après un simulacre de dispute avec Doris riche en cris et autres grognements d'ours blessé, Ambre sortit faire un tour dans Tortuga. Elle flâna quelques temps dans les rues à regarder les échoppes avant de fuir le monde dans la campagne. Ses pas l'amenèrent dans les bois touffus et humides qui entouraient la ville, en arrière des champs de cultures grandissants. Elle s'allongea dans l'herbe dense d'une clairière. Son regard se perdit dans les cumulus blancs neigeux, de même que le fil de ses pensées. Elle ne tarda pas à s'endormir paisiblement.
Le ciel pâlissait à l'horizon lorsqu'elle se redressa enfin. La jeune fille s'étira comme un chat, en poussant les mêmes grognements de plaisir, puis prit le chemin du retour. Lorsqu'elle atteignit les hauteurs qui surplombaient Tortuga, son regard se porta sur le large et revint sur le port. Un nouveau vaisseau s'y était amarré. Un trois mâts, qui se balançait gracieusement suivant la houle.
Le cœur d'Ambre se mit à battre plus fort.
Serait-ce déjà l'Ecumeur ?
La pirate se mit à dévaler la pente à grands pas, pressée d'atteindre les quais. Quelques personnes la saluèrent respectueusement sur son passage mais elle n'y prêta pas attention, trop absorbée par la nouvelle de l'arrivée de ce navire. Elle déboula face à la mer au débouché d'une ruelle crasseuse. La déception se peignit immédiatement sur son visage mais elle retrouva bien vite une expression impénétrable. L'Ecumeur reviendrait. Elle rongerait son frein encore quelques temps.
On ne meurs pas d'impatience.
Enfin j'espère.
La jeune femme reprit sa marche, plus doucement cette fois-ci. Elle désirait jeter un coup d'œil à ce nouvel arrivant avant de rentrer chez Doris. La silhouette de ce bâtiment ne lui était pas inconnue mais elle ne parvenait pas à dire où elle l'avait vu.
Vu de plus près, le vaisseau ne lui donna pas plus de renseignements, à sa grande frustration. Grommelant entre ses dents, Ambre prit la direction du centre. L'animation était à son comble, comme chaque soir dans les quartiers les plus proches du port. Elle atteignit une place sur laquelle prônait un grand chêne, sur lequel donnait le balcon d'une maison close. Celle-ci débordait d'activités.
Dont toutes leur donnent droit à un aller simple en Enfer.
Le regard de la jeune fille se détourna avec dégoût de la prostituée qui faisait voler sa jupe par-dessus la tête d'un marin ivre en gloussant. Un bruit de chute au-dessus d'elle lui fit faire instinctivement un écart. Ses yeux de miel se portèrent d'eux-mêmes sur l'origine du bruit et virent la chope tomber vers elle. D'un réflexe sûr, elle attrapa le récipient au vol. Elle huma le contenu restant et fit la grimace.
« - Pire que de la pisse d'âne, » grinça-t-elle entre ses dents avant de se débarrasser de ce verre non désiré.
Elle reprit sa route avant de stopper net au bout de deux pas, manquant se faire renverser par un pirate manchot, dont la main avait été remplacée par un objet de métal qu'elle mit quelques secondes à identifier.
« - Fais attention, catin ! rugit-il en la menaçant de son crochet.
- Retourne à ton tricot, répliqua-t-elle sèchement, l'esprit déjà de retour sur ce qui l'avait perturbée.
- Quoi ? » grogna l'autre se rapprochant d'un pas, l'air menaçant.
Ambre poussa un soupir exaspéré et plongea son regard dans le sien.
« - Je m'excuse platement, répondit-elle sans en penser le moindre mot, comme l'attestait son expression passablement énervée. Si ça ne te convient pas, tu peux toujours retourner filer tes pelotes de laine.
- Je vais surtout te passer mon crochet en travers du gosier.
- Non. Tu peux essayer de le faire. Et maintenant casse-toi. Ta présence m'ennuie. »
Son regard charriait des glaçons et sa voix était plus froide qu'une nuit d'hiver au pôle nord. Le pirate voulut dire quelque chose, ferma la bouche, la rouvrit pour finir par pousser un grognement mécontent.
« - Tu as de la chance que je sois pressé, lui dit-il par-dessus son épaule.
- C'est c'la, oui, » rétorqua-t-elle d'un ton absent.
En face d'elle, dans une étroite ruelle encombrée de végétation et au sol de terre battue avançaient de concert William Turner et Jack Sparrow.
Je suis… dans la merde.
Hésitante, elle vit l'ancien capitaine du Black Pearl voler négligemment une canne à poignée d'or, tout en dissertant paisiblement avec le jeune forgeron. Elle s'apprêta à faire demi-tour et à se carapater dans la plus grande dignité quand son regard croisa celui du capitaine. Celui-ci la regardait droit dans les yeux. Impossible qu'il ne l'ait pas reconnue. Impossible de fuir. C'était le genre de pirates qui risquait de poser des questions. Il ne manquait plus qu'il ne dise qu'il l'avait vu à Port-Royal pour qu'on relie Roberts à cette attaque.
Très mauvais ça.
Jack allait dire quelque chose à son compagnon lorsqu'une catin avec une cascade de cheveux roux arrangés de façon tout à fait déplaisante s'avança à grands pas vers le capitaine. Jack Sparrow eut à peine le temps de prononcer le nom de la douce, Scarlette, avec un sourire tout de faux semblants avant de se retrouver quasiment catapulté dans les bras du forgeron suite à une gifle monumentale. La prostituée repartit dans un froufrou courroucé de sa robe pourpre, aussitôt suivie d'une autre. Celle-ci avait des cheveux blonds remontés en un chignon compliqué et portait une robe blanche.
« - C'est qui celle-là ? lui demanda-t-elle, les lèvres pincées sur un sourire coléreux.
- Qui ? » répondit bêtement Jack Sparrow.
Une deuxième gifle, plus forte que la précédente, manqua le faire choir.
Ambre eut brusquement une idée. Parfaitement stupide, certes, mais une idée quand même. Et elle n'avait pas le temps de trouver autre chose.
Elle se baissa, prit un peu de terre et s'en frotta le visage. Elle dénoua ensuite le foulard qu'elle portait à la ceinture et en enroula sa longue tignasse blanche, dans une coiffure que portaient parfois les marins pour retenir leurs longs cheveux. Puis elle marcha droit sur le pirate. Elle ne lui laissa pas le temps de dire un mot et lui assena un terrible crochet du droit dans la mâchoire. Le coup l'envoya rouler à terre. Elle se pencha et le saisit par le col.
« - Il faut qu'on parle. Et tout de suite, » gronda-t-elle d'une voix rauque qui ne souffrait aucune réplique. Elle espéra que William ne reconnaisse pas le son de sa voix malgré ses efforts pour la faire plus masculine.
Jack opina du chef. Ambre banda ses muscles et le remit sur ses pieds. Elle prit bien garde de rester dos au forgeron. Elle était habillée comme un homme, peut-être qu'elle pouvait se faire passer pour un, le jeune William n'ayant certainement guère l'habitude de croiser des dames en pantalon.
« - Je… reviens, grogna Jack à l'adresse du forgeron. Ne bouge pas de là. J'ai quelques problèmes à régler avec ce… monsieur. Je ne serais pas long. Va boire un coup, ça te détendra. P'tre même que tu trouveras une donzelle que tu peux satisfaire, » ajouta-t-il avec un sourire moqueur.
Ambre ne lui laissa pas le temps d'ajouter autre chose. Elle saisit Jack par le bras et l'entraîna avec force dans une ruelle transverse, sans jeter un regard en arrière vers le garçon. Son attitude pourrait paraître étrange, mais elle préférait ça plutôt que d'être reconnue. Ce qu'elle espérait ne pas être.
J'ai pas envie de le tuer.
Dès qu'ils furent hors de vue de Will, Ambre relâcha sa prise sur le bras du pirate. Celui-ci s'arrêta et tourna vers elle deux yeux noirs brillants de malice.
« - Bien le bonjour, charmante damoiselle. Que me vaut ce charmant rendez-vous ? enfin charmant… j'avoue que j'aurais préféré une chambre, des chandelles et un dîner en tête à tête.
- Ce qui ont eu ce privilège en sont morts. Il faudrait être stupide pour espérer la même chose.
- Vous plaisantez ?
- Oui.
- Je n'aime pas votre sens de l'humour. »
Ambre eut un sourire cruel. Puis, avec une application toute féminine, elle lissa la chemise du pirate, ses lèvres se redressant en une parodie d'expression attentionnée.
« - J'ai un service à vous demander, dit-elle sans ambages.
- Ah ? » fit Jack en se balançant d'un pied sur l'autre avec toute la grâce de chat ivre.
Ambre redressa le menton et plongea ses yeux d'or dans les siens.
« - C'est important. »
Elle dut être convaincante, vu que l'ancien capitaine du Black Pearl cessa ses pitreries, au moins pour quelques secondes.
« - Ne dites à personne que vous m'avez vue à Port-Royal.
- Et pourquoi ferais-je une chose pareille ? fit-il en émettant un petit rire.
- Pour un dîner en tête à tête ? répliqua-t-elle, moqueuse.
- Nan. Ça, c'est en bonus.
- Lors de votre prochain séjour ici.
- Pourquoi le prochain ?
- Je… je connais votre compagnon. Et lui non plus ne doit pas savoir que j'étais à Port-Royal. Personne en fait. »
Jack Sparrow leva un sourcil intrigué. Il se pencha vers elle, les mains levées et remontées au niveau de son thorax, comme s'il voulait ne rien toucher, en tanguant comme si le sol était mouvant.
« - Pourquoi personne ne doit-il savoir que vous étiez là-bas ? murmura-t-il à son oreille.
- Cela ne vous regarde pas.
- Ah ? je me vois donc dans l'obligation de raconter à cette noble communauté où vous étiez il y a une quinzaine de jours.
- Il… »
Ambre prit une profonde inspiration pour se calmer.
« - Il n'est pas en mon pouvoir de vous mettre dans la confidence, dit-elle d'un trait.
- Oh mais si vous le pouvez.
- Non, je ne peux pas. Mon sens de l'honneur me l'interdit.
- Sens de l'honneur ? chez les pirates ? balivernes !
- Dois-je vous rappeler le code de la confrérie ? gronda-t-elle, vexée. A moins que vous n'y voyez aucun honneur ?
- Du calme, je plaisantais.
- Je n'aime pas votre humour. »
Jack Sparrow émit un petit rire où perçait un brin de folie. Puis, aussi subitement qu'il avait commencé, il se tut et plongea ses yeux noirs dans les siens, soudain sérieux.
« - Parlons plus sérieusement. »
C'est ce que je faisais.
« - Que pouvez-vous m'offrir pour mon silence ? poursuivit-il avec un sourire avide.
- De quoi avez-vous besoin ?
- D'un équipage. Pour récupérer mon navire. Et la dulcinée de l'eunuque.
- Votre navire ? quel navire ? et quel eunuque ? fit Ambre, qui comprenait de moins en moins.
- Le Black Pearl. Et le forgeron.
- C'est pas un eunuque ! s'exclama Ambre.
- Vous avez vérifié ? » demanda Jack en ouvrant de grands yeux, faussement choqué.
Ambre piqua un fard et tenta vainement de se défendre.
« - Non, enfin c'est-à-dire que… bref ! si je vous aide à réunir un équipage, vous ne direz rien ?
- Entendu.
- Bien. Je vous enverrais les marins susceptibles d'être intéressés à la taverne du lion d'or.
- Marché conclu, » dit Jack en lui tendant la main.
Ambre la serra fermement, sans le lâcher du regard. Le pirate avait toujours un sourire en coin, mais cela semblait être une constante chez lui.
Au moment de partir, Jack se tourna une dernière fois vers la jeune fille.
« - Pourquoi ne pas m'avoir simplement tué ? demanda-t-il.
- Parce que vous savez que vous ne faites pas le poids contre moi, que si jamais vous parlez, je vous planterez ma lame dans le cœur. Et surtout, vous n'êtes pas assez bête pour risquer votre vie pour une broutille pareille qui n'a d'importance que pour moi.
- En effet. Adieu ma dame.
- Bonne chance. »
Ambre le salua d'un léger signe de tête et remonta la ruelle, sans un regard en arrière.
Jack Sparrow la regarda disparaître de son élégante démarche de félin, que même les années sur mer n'avait pas affublée de ce balancement si caractéristique. Il se lissa la moustache d'un air distrait, ses lèvres se retroussant toujours dans ce sourire en coin si familier.
« - Intéressant. Très intéressant. »
o--oOo--O--oOo--o
Bon.
Maintenant, chapitre 37 !
Et comme d'hab', n'hésitez pas à laisser vos commentaires, ça fait toujours super plaisir et ça motive !
A bientôt (j'espère)
Je vous salue bien bas,
Archange
