Bon. Un chapitre 38, qui arrive relativement, je l'avoue. Mais je me répète, pas mal de boulot et de moins en moins de vacances (voleurs !!! rendez-les moi ! mes vacances !!!!!).

Enfin voilà.

Hu hu hu. Dans celui-là, je me suis bien amusée. Ça va partir en cacahuètes. Niark niark. Amusez-vous bien !

Et comme ça fait longtemps, je vous met un mini résumé du chapitre d'avant :

Chapitre 37 :

Ambre s'est démerdé pour trouver un équipage pour Jack Sparrow, la majeure partie venant de ceux s'étant fait virés par Henry Jones lors de sa mutinerie.

L'Ecumeur revient, tout le monde se retrouve, c'est la folie et tout et tout.

Roberts confie à Ambre toutes la négociation à Tortuga. Elle doit retrouver un certain Bertrand Tavernier dans une taverne du port pour négocier ce que le PGCD n'achète généralement pas.

En attendant l'heure, elle va se poser en haut de la falaise où Wulfran vient la rejoindre pour parler. Gentiment. \o/

C'est maintenant que ça part en couilles. Mouhahahaha.

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Chapitre 38

J'en ai fini avec toi

Malgré un cœur battant la chamade et un estomac douloureusement noué, Ambre parvint à prendre un air impassible. Ses mains ne se crispaient pas par spasmes incontrôlables sur son pantalon de toile, ce qui lui arraché un mince sourire satisfait. Elle ne voulait pas que Bertrand remarque qu'elle avait peur, au risque de faire capoter ses négociations. Elle espérait même qu'il ne remarquerait pas qu'elle était impressionnée. L'homme était immense, les bras et le cou couverts de tatouages, un entremêlas de crânes, de branches mortes, d'épines de rose et d'autres dessins difficilement reconnaissables dans la profusion artistique qui lui recouvrait la peau. La jeune fille y reconnut sans difficulté la patte du Chat Noir, le même tatoueur qui lui avait imprimé dans le dos son Serpent-Dragon, avec un luxe de détails qu'elle n'aurait pas cru possible si elle ne l'avait vu de ses propres yeux.

« - Qui êtes-vous ? lui demanda-t-il d'une voix rauque et grave, posant son regard sombre sur elle.

- Am… Ambre. Je viens de la part du capitaine Roberts, qui ne peut se déplacer ce soir.

- Qu'est-ce qui me le prouve ? » fit le géant en se penchant vers elle par-dessus la table.

Ambre déglutit difficilement, en espérant que son visage ne trahissait pas l'angoisse qu'elle ressentait. Sa conscience ne put s'empêcher à et instant de lui rappeler qu'elle tremblait comme une fillette devant un homme devant qui elle n'aurait même pas sourcillé si elle avait dû lui trancher la gorge pendant un abordage. Une façon peu agréable de lui rappeler que son courage avait pris la poudre d'escampette.

Elle releva lentement le nez et plongea son regard dans celui de Bertrand, regard qu'elle espérait ferme et froid.

« - Bordi bordabouse, » dit-elle simplement, en priant de toutes le fibres de son âme que Roberts ne s'était pas moqué d'elle.

Bertrand la regarda quelques instants, le regard indéchiffrable, avant d'éclater subitement de rire. Interloquée, Ambre le regarda avec des yeux ronds avant de se reprendre. Renversé sur sa chaise, son vis-à-vis s'essuya du pouce une larme qui coulait sur sa joue, toujours secoué par des hoquets de rire.

« - Je n'aurais pas cru qu'il le ferait !

- Pardon ? fit Ambre, déboussolée.

- Le mot de passe.

- Je… j'avoue que je ne comprend pas. »

Le rire de Bertrand redoubla d'intensité, ce qui eut pour effet de réveiller la graine de colère de la jeune femme qui n'attendait qu'une maigre excuse pour croître.

« - Dites, je ne suis pas venue ici pour que l'on se moque de moi, dit-elle, glaciale en faisant mine de se relever. Sa chaise grinça sur le carrelage, coupant court à l'hilarité du géant.

Il la regarda dans les yeux, calmé pour le coup.

« - Je ne crois pas que Roberts m'aurait envoyé un belette à sang chaud. Stupide de surcroît. Rasseyez-vous, je vous prie. »

Ambre remit sa chaise d'aplomb et s'y installa avec raideur, le regard toujours braqué sur celui de Bertrand.

« - Roberts m'avait prévenu qu'il risquait de m'envoyer quelqu'un d'autre incessamment sous peu. Ce qui a donné lieu à un… enfin bref.

- Un quoi ? demanda Ambre plus sèchement qu'elle ne l'aurait voulu.

- Roberts est mon ami. Nous avons bien le droit de raconter des… idioties la partie « transactions » finie. C'est parti sur « comment savoir qu'il vient bien de ta part ? » suivie d'une histoire de mot de passe ridicule.

- Je vois, répondit Ambre, glaciale. Roberts fait dans la blague par personne interposée. Bien la dernière chose dont je me serais doutée. »

Bertrand ne put retenir un nouvel accès de rire, en imaginant Roberts dans sa cabine en train de ricaner bêtement tout seul en pensant à la bonne blague qu'il avait fait. Et Ambre, qui tentait vainement d'afficher un air d'indifférence alors qu'elle tremblait encore d'indignation ne fit rien pour arranger son hilarité.

« - Et si on commençait ? l'interrompit Ambre, qui luttait ferme pour ne pas laisser sa colère éclater.

- Cela me paraît une bonne idée. Et si vous voulez vous venger de votre capitaine, vous le ferez regretter de ne pas être venu ce soir. »

Ce fut au tour d'Ambre d'éclater de rire. Un léger sourire flottant sur ses lèvres fines, elle répondit ironiquement.

« - Je crains que vous n'ayez oublié le fait que je me priverais moi-même ainsi que le reste de l'équipage d'une augmentation non négligeable.

- Quel dommage que la vénalité prenne toujours le pas, même sur la vengeance, murmura-t-il d'un air faussement déçu.

- Dans quel monde vivons-nous, vraiment.

- Et tout ça à cause d'individus tels que vous.

- Des pirates en somme, répliqua Ambre, amusée.

- Cela résume assez bien. Même si la vengeance fait tout de même partie de notre pain quotidien.

- Pas plus que pour les autres personnes de ce bas monde. Mais passons aux choses sérieuses. Je suis sûre que vous avez mieux à faire qu'échanger des banalités avec moi.

- Echanger des banalités avec une jeune femme aussi charmante que vous ne peut être que plaisant, lui dit Bertrand avec un sourire charmeur.

- Merci. Mais cela ne nous avance guère.

- Je n'arrivera pas à vous détourner de votre devoir ici, n'est-ce pas ? » lui demanda-t-il, une lueur amusée mêlée d'une légère déception brillant dans ses yeux bleu pâle.

Ambre lui sourit.

« - J'ai bien peur que non. Roberts ne m'aurait sans doute pas envoyée à sa place si c'était le cas.

- Certes non. Mais si tu… je peux te tutoyer, n'est-ce pas ? … si tu acceptais de rester manger avec moi une fois cette corvée finie, j'en serais ravi. »

Ambre ne put empêcher ses joues de prendre une belle teinte écarlate. Mais ce fut d'une voix calme et posée qu'elle poursuivit la conversation.

« - J'avouerais avoir déjà mangé. Pour m'inviter à prendre un verre, on verra tout à l'heure : revenons-en au but de ma visite. »

Roberts aurait pu me prévenir que c'était un coriace ! encore un peu et je vais vraiment finir par ne plus réfléchir correctement, comme une poule coincée avec un renard dans son poulailler !

Bertrand retint de justesse un soupir exaspéré. Cette jeune dame ne se laissait pas aisément démonter. Elle voyait clair dans son jeu comme s'il lui montrait ses cartes. La dernière pensée qui lui traversa l'esprit avant de se concentrer sur son devoir fut qu'à la place de Roberts, si Ambre était aussi douée pour obtenir ce qu'elle voulait du butin récolté par l'Ecumeur qu'elle avait de facilité à passer outre les pièges qu'il lui tendait, il l'aurait envoyé bien plus vite réglé ses affaires.

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Thérèse avait finalement pu quitter l'Ecumeur. Elle avait joué de ses charmes pour convaincre un de ses compagnons de bord qu'elle n'était pas nécessaire : l'Ecumeur ne se verrait pas prendre d'assaut pendant son absence, qui ne durerait au plus qu'une heure ou deux. Une course urgente. Le pirate de garde au niveau de la passerelle la laissa filer sans aucun scrupule. Tous les pirates avaient fait ça au moins une fois dans leur vie, pour aller retrouver leur femme et leurs enfants, impatients qu'ils étaient de les retrouver après une si longue absence. Une fois les embrassades finies, ils revenaient prendre leur tour de surveillance du navire. Et Thérèse faisait désormais partie de l'équipage, malgré ce que certains en disaient.

La jeune femme descendit furtivement dans le dortoir commun pour se changer et donner un rapide coup de brosse à ses cheveux blonds. Le dortoir était vide, tous les pirates étant descendus à terre pour faire le tour des tavernes et autres bordels, mais elle ne put s'empêcher de se crisper lorsqu'elle retira sa chemise. Malgré son passé d'ancienne prostituée, elle ne parvenait pas à supporter les regards de tous ces hommes lorsqu'elle se changeait. Alors que Ambre n'en avait cure. Et de ce fait, les regards qu'ils posaient sur elle ne la détaillaient pas dans les moindre détails. Il y en avait bien qui ne se gênaient pas pour contempler ses formes arrondies mais elle ne percevait pas le coté lubrique qu'elle ressentait sur elle dans la même situation. Elle grinça des dents.

Ambre. Encore et toujours Ambre.

A moins qu'elle ne soit parano.

Elle se plaignait que Wulfran ne cesse de ressasser avec hargne les faits et gestes de la jeune fille dans ses accès de jalousie maladive lorsqu'elle avait le malheur d'aborder le sujet avec lui, mais elle se rendit compte qu'elle ne valait guère mieux. Ce constat fit redoubler sa fureur et elle faillit déchirer sa tunique en l'enfilant.

Maudissant le monde qui l'avait vue naître, elle ressortit à pas vifs et descendit sur le quai aussi furtivement qu'une ombre. Elle espéra que Wulfran ne serait pas en retard. Elle ne voulait pas rester dehors très longtemps, au risque de se faire prendre par l'un ou l'autre des pirates de l'Ecumeur. Ou pire, par Korp, le second du navire. Sa colonne vertébrale fut parcourut d'un long frisson de peur à peine l'eut-elle imaginé.

Il ne lui fallut qu'une dizaine de minutes pour atteindre leur lieu de rendez-vous. Elle pénétra dans la taverne enfumée et jeta un regard circulaire autour d'elle. Wulfran n'était nulle part en vue. Le maudissant, lui et sa ponctualité, elle alla s'installer à une petite table ronde, dans le fond de la pièce, à l'opposé des fenêtres à petits carreaux. Ceux-ci étaient propres, ce qui était surprenant lorsque l'on considérait la localisation de la-dite taverne, à quelques rues à peine des quais, dans un des quartiers les plus sales de Tortuga.

La chaise qu'elle tira à elle était usée mais encore en bon état, comme le reste de l'établissement. Wulfran aurait pu choisir un endroit pire que celui-ci.

A peine fut-elle assise qu'un adolescent d'une quinzaine d'années vint la trouver. Grand et dégingandé comme un échalas, malgré des rondeurs encore enfantines, il était indéniablement entré dans la vie d'adulte. Il prit sa commande en se permettant un regard plongeant vers sa poitrine avant de repartir entre les tables jusqu'au comptoir. Thérèse grinça des dents. Quoiqu'elle fasse, elle n'était pour eux qu'une femme. Une femme en pantalon qui plus est. Qui attirait donc et les regards et les critiques.

Sur ces entrefaites, Wulfran poussa la porte de la taverne obscure. Le temps que ses yeux de métal s'habituent à la pénombre ambiante et fassent un rapide tour de salle et il dénicha sa partenaire. Il lui fit un signe de tête avant de s'accouder au bar et de héler le patron. Il posa quelques piécettes sur la table et le tavernier versa une bière épaisse et brunâtre dans une chope d'étain qu'il lui tendit d'un geste fatigué. Wulfran le remercia d'un hochement de têt et traversa la salle pour s'asseoir en face de la jeune femme blonde.

Il ramena la chaise vers lui d'un coup sec et s'y laisser lourdement tomber. Sa chope manqua se renverser sur ses genoux mais il n'y prit pas garde. Il la posa sur la table et, sans y attarder plus d'attention, il posa ses yeux gris sur son interlocutrice.

« - Alors ? que me voulais-tu ? demanda-t-il.

- Tu pourrais être un peu plus aimable, trancha froidement Thérèse, chauffée par l'attitude glacée et mêlée d'exaspération du jeune homme.

- Ne m'en demande pas trop en ce moment.

- Ambre qui t'ennuie ? s'enquit-elle avec un sourire en coin, ravie de voir le sujet qu'elle désirait aborder si vivement atteint.

- Non. Oui. Non. Bref, on s'en fout. Que me voulais-tu ? répéta-t-il.

- Justement, fit Thérèse avec un soupir d'exaspération. Je voulais parler d'elle.

- Pour en dire quoi ? la questionna Wulfran, apparemment lassé. Je crois qu'on en a fait le tour.

- Tu sais très bien ce que je veux en dire. »

Thérèse se pencha vers lui par-dessus la table, mais Wulfran ne fit pas mine de bouger. Il resta calé contre le dossier de sa chaise, l'ai fatigué. La jeune femme pinça les lèvres mais se reprit bientôt.

« - Tu dois m'aider à nous en débarrasser.

- Je le voudrais mais… est-ce vraiment si important ?

- Tu n'as donc pas senti la différence le mois dernier, quand elle n'était pas là ?

- Bah si justement. »

Thérèse ignora la remarque, quelque peu déstabilisée par l'attitude de son compagnon.

« - Tu n'as pas vu. Lorsqu'elle est partie, j'ai clairement ressenti que… ce n'était plus pareil. Non pas au niveau de l'ambiance, mais au niveau de mon… comment dire ? … relationnel vis à vis de l'équipage. Je n'étais plus dans l'ombre ! j'étais enfin perçue à ma juste valeur. Non plus comme l'amie de l'enfant chérie de l'Ecumeur mais comme un collègue.

- Je ne suis pas sûr que ça soit dû à son absence mais…

- Je pense que si. J'en suis même certaine. Je crois qu'il est grand temps de lui dire au revoir.

- Bien, soupira Wulfran. Je verrais ce que je peux faire. Mais mon père ne voudra pas en entendre parler. Et tu le sais.

- Je sais ! » répondit-elle sèchement.

Thérèse garda le silence quelques instants. Ses yeux bleu pâle se posèrent sans s'arrêter sur ce qui l'entourait. Lorsqu'enfin, elle se retourna vers le ténébreux jeune homme, elle arborait un léger sourire qui n'augurait rien de bon pour Wulfran.

« - Toi, tu as une idée.

- En effet, dit-elle alors que son sourire s'élargissait. Ça fait un moment que j'y pense. Je suis sûre que tu y as déjà pensé aussi. »

Wulfran ne put s'empêcher d'avoir un frisson qui lui parcourut douloureusement l'échine. L'expression de Thérèse ne lui disait rien qui vaille. Et il craignait d'avoir deviné.

« - Un accident est si vite arrivé… lâcha enfin la pirate.

- Je savais que tu dirais ça. Si je ne me suis pas débarrassé d'Ambre, malgré toutes les occasions qui se sont présentées, c'est que…

- Que quoi ? que tu ne voulais pas faire de mal à ton père ? oublie-le et pense à toi, au moins une fois dans ta vie ! lors du prochain abordage…

- Je ne peux pas faire ça.

- Ton sens de l'honneur irait-il jusque là ? grinça Thérèse, irritée par les réticences de Wulfran.

- Il faut croire que oui.

- Le serait-il autant, sachant que Ambre peut… tomber en disgrâce ?

- Exprime-toi clairement.

- Elle n'est pas restée sur ce caillou pendant tout ce temps et tu le sais. Et j'ai vu la tête de Roberts dernièrement. Il n'a pas l'air d'aller bien. Je l'ai entendu hurler aussi quand lui et Ambre sont descendus dans la cale. Crois-moi, Ambre et lui, leur… pseudo-relation père-fille ou bien même s'ils sont amants, c'est du passé. Il en sera même soulagé de la voir disparaître.

- Je ne crois pas que…

- Mettrais-tu ma parole en doute ?

- Pour arriver à tes fins ? oui.

- Je t'assure. Regarde-le. Profonde déception… elle qui en sait beaucoup trop sur certaines choses… »

Wulfran resta silencieux quelques minutes, le regard perdu dans les explosions des bulles de gaz de sa bière, songeur.

Il faut que je tire cette histoire au clair. Je ne crois pas que mon père puisse vouloir se débarrasser d'Ambre. C'est aberrant

Il poussa un soupir et, lorsqu'il releva les yeux, Thérèse le regardait attentivement.

Elle ne va pas patienter beaucoup plus longtemps. Je n'aime pas cette gamine mais je ne m'abaisserais pas à la tuer ou à la laisser se faire tuer pour avoir la paix. Il ne me reste plus qu'à gagner du temps

« - Très bien. Je vais voir ce que je peux faire. »

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Ambre et Bertrand avaient fini de négocier. La jeune fille s'en était beaucoup moins bien sortie que d'habitude. Contre un adversaire intelligent qui ne se laissait pas distraire, chacun s'en tirait à bon compte. Elle vendait ses marchandises à un prix raisonnable et lui ne ferait qu'une marge acceptable de bénéfices.

Ils avaient commandé à boire et avaient discuté un moment, notamment sur ce qui avait amené l'autre à faire ce qu'il faisait.

Puis Bertrand déclara :

« - Tout est bien qui finit bien. Mais je demanderais à Roberts qu'il revienne la prochaine fois.

- Pourquoi donc ? peur de succomber au prochain round ?

- Tout à fait. Dur de rester concentrer sur ses affaires sans laisser son esprit vagabonder sur d'autres choses. D'autres formes en l'occurrence. Avec Roberts, je n'ai pas ce soucis. »

Ambre ne put s'empêcher de piquer un fard mémorable. Les joues en feu, elle changea de position sur sa chaise. Bertrand éclata de rire.

« - Tu vis avec des pirates à longueur de temps mais tu rougis à un compliment même pas obscène ?

- C'est peut-être justement parce qu'il n'est pas obscène, répliqua Ambre, toujours gênée.

- Ah. Puis-je alors t'inviter à prendre un verre… dans un endroit plus sympathique ? dans l'espoir de te changer de tes… compagnons habituels ?

- C'est gentil mais j'ai promis à…

- Cette excuse est-elle valable ?

- L'Ecumeur vient de rentrer à quai et il y a certaines personnes que je n'ai pas vues depuis longtemps et à qui j'ai promis cette soirée. Navrée.

- Savent-il quand cette vente doit se terminer ? »

Ce fut au tour d'Ambre de rire.

« - Je vous vois venir.

- Alors ?

- Juste un verre alors.

- Zut. Moi qui comptais te mettre dans mon lit ce soir !

- Présomptueux.

- Un autre soir alors ?

- Qui sait ? répondit Ambre avec un sourire énigmatique aux lèvres.

- Donc un verre et je te laisse fuir ?

- C'est ça. »

Un serveur vint à la demande de Bertrand et prit leur commande. Il revint quelques instants plus tard. Dans l'embrasure de la porte, Ambre découvrit avec stupeur que Wulfran et Thérèse étaient attablés à moins de deux mètres d'elle, dans le coin de la salle. Elle en ressentit un pincement de jalousie. Cela l'énervait toujours de voir Thérèse et Wulfran s'entendre. Elle n'aimait pas avoir à partager sa meilleure amie avec lui. Sa seule et unique en fait, dans ce monde désespérément masculin qui était le sien. Quoique cela la gênait moins qu'avant. On ne peut pas avoir tout ce qu'on veut et faut bien faire avec.

Elle eut un demi-sourire qui n'échappa pas à Bertrand.

« - Qu'y a-t-il de drôle ? pas moi j'espère !

- Hein. Oh non. Juste que la façon dont on change peut être surprenante.

- Et la vision de la pièce d'à côté fait cet effet ? »

Ambre pouffa.

« - Non. C'est juste qu'il y a Wulfran avec une amie juste à côté.

- Le fils de Roberts ?

- Lui-même. En chair et en os.

- Surtout en chair. J'ai eu des échos. Il paraît que toutes les femmes de l'île se battent pour lui.

- Je ne suis pas dans le tas.

- Je revis dans ce cas. Juste par curiosité : il n'est pas dans tes goûts ?

- Elles ne le connaissent pas. Mais objectivement parlant, j'admet que…

- Ah. Donc aucune femme n'est insensible ? fit-il, une lueur amusée dans le regard.

- Je nierais avoir dit ça. J'ai mon honneur à conserver. »

Soudain, un « je sais » sec et cassant traversa le chêne de la porte. Ambre tiqua immédiatement. La voix de Thérèse était aisément reconnaissable. Surtout dans une auberge où tous les habitués étaient des hommes. Intriguée, elle tendit l'oreille.

« - On ne vous a jamais dit que c'était impoli d'écouter aux portes ? lui demanda Bertrand, amusé.

- Qui a dit que j'étais polie ? j'adoooore être indiscrète. »

Après un temps de silence, la conversation entre Wulfran et Thérèse reprit. Au fur et à mesure que les secondes s'écoulaient, le visage d'Ambre se décomposa. Bertrand eut la délicatesse de ne rien dire, à mesure qu'il découvrait également la teneur de leur conversation.

« - Très bien. Je vais voir ce que je peux faire. »

La sentence de mort prononcée.

Le poignard qu'on achève de planter dans le dos avec une massue.

En plusieurs fois.

Ambre crispa et décrispa sa mâchoire à plusieurs reprises. Elle ferma les yeux pendant plusieurs secondes. Lorsqu'elle les rouvrit, Bertrand eut presque peur devant ce qu'elle lui montra. Une souffrance profonde était inscrite dans ses yeux de miel mais cadrée par une détermination farouche. Pour rien au monde, il n'aurait voulu se trouver à la place des deux autres.

« - Je suis navrée. Je crois que le verre sera pour une autre fois.

- Il n'y a pas de mal. Mais… tu veux que…

- Non. Je vais… je sais pas encore ce que je vais faire, mais je vais le faire. »

Sans un mot de plus, elle se leva en souplesse. Elle enfila son long manteau de cuir, prit une profonde inspiration et ouvrit la porte.

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Le regard que Wulfran posa sur elle manqua la faire vomir. Elle lut sur son visage, d'habitude si impénétrable, une succession ininterrompue de sentiments, allant de la surprise, à l'effarement, en passant par la honte, la colère et … la douleur. Ce fut cette dernière impression qui lui retourna l'estomac. Mais elle tint bon et garda une expression de reine, glaciale et méprisante.

Thérèse, étonnée de voir Wulfran blêmir, la bouche entrouverte, se retourna et poussa un glapissement mal maîtrisé.

« - Je ne vous dérange pas, j'espère ? demanda Ambre, d'une voix polaire telle que l'antarctique aurait paru chaud.

- Am… Ambre ! bégaya Thérèse. Que…

- Ce que je fais ici ? j'écoute aux portes. Quelle délicieuse occupation, ne trouves-tu pas ? »

Ambre maîtrisa difficilement la révulsion qui s'empara d'elle lorsqu'elle vit le visage de son « amie » perdre toute couleur. Si jamais il avait subsisté un doute sur le fond de leur conversation, il était douloureusement levé.

« - Je t'assure. C'est tout simplement passionnant. On apprend des choses relativement intéressantes. Sur soi. Sur d'autres personnes aussi. C'est fou ce qu'on peut être loin de la réalité parfois.

- Je… je…

- « Peux tout expliquer ? trancha Ambre avec un sourire de carnassier. Je n'en doute pas. Mais je n'ai aucune envie de t'entendre. Ni toi non plus, » ajouta-t-il sèchement à peine Wulfran eut-il ouvert la bouche.

Ce dernier ignora son ordre implicite.

« - Ambre, ne…

- Ne m'appelle pas. On n'a rien à se dire ou à s'expliquer. Ne gaspille pas ta salive. Bois ta bière et laisse travailler ta misérable cervelle atrophiée à un autre plan machiavélique en compagnie de cette… blonde insipide qui se croit capable d'être un pirate alors qu'elle n'en a même pas saisi les fondements. »

Sans même daigner leur jeter un regard méprisant et glacial, qui aurait surclassé tous ceux qu'elle avait déjà pu lancer, elle remonta l'allée entre les tables de sa démarche de félin et quitta l'auberge avec calme et dignité. Wulfran la regarda longer la façade, gracieuse, même dans sa fureur. Il posa les coudes sur la table et se prit la tête dans les mains.

« - Putain de merde. »

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Ambre parvint à atteindre un croisement trois rues plus loin avant de craquer. Elle s'accrocha fébrilement au mur, le cœur au bord des lèvres. Si elle était trop choquée pour pleurer, ses genoux se rappelèrent à elle en cédant brutalement. La jeune fille se rattrapa d'une main tremblante au mur le plus proche et se laissa lentement glisser à terre. Prise de vertige, elle rendit son dernier repas sur la terre sèche.

Avec un effort, elle parvint à se relever et à tourner au coin de la rue. Le port se découpait à la sortie de l'étroite ruelle, encadré par deux maisons au crépi jaunâtre et usé. Et au loin se dessinait l'imposant dragon de son navire, noir et argent sous la lumière de la lune. Soudain épuisée, elle s'appuya lourdement dos au mur et se laissa glisser à terre. Les premières larmes vinrent difficilement mais, une fois la digue rompue, elles s'écoulèrent en un flot ininterrompu.

Il lui fallut un long moment pour se reprendre. Les joues marbrées par le tracé des larmes, elle leva des yeux rougis vers le ciel. Le ciel s'éclaircissait au loin et les étoiles brillaient d'un éclat sinistre au-dessus d'elle. La pénombre qui régnait lui semblait désormais inhospitalière et froide, les odeurs venant du port beaucoup moins attrayantes. Des écharpes de brume envahissaient le port et étouffaient les rares cris et les rires d'ivrogne qui résonnaient encore. Ces derniers lui rappelèrent cruellement qu'elle n'en pousserait plus avec Thérèse à leurs retours au port. Ni même avec Wulfran, pour les rares fois où ça lui était arrivé.

La jeune pirate eut un sourire désabusé.

Comme quoi, il suffit d'un rien pour détruire beaucoup.

Et pour changer un décors parfois magnifique en quelque chose de sinistre. L'esprit humain est bizarrement fait.

Mais son cynisme ne parvint à la distraire que quelques malheureuses secondes. Un sanglot mal maîtrisé la fit hoqueter. Elle plaqua son front contre ses genoux et prit plusieurs profondes inspirations. Lorsqu'elle réussit à se calmer, elle se remit péniblement debout.

Avec un soupir, Ambre s'essuya les joues d'un revers de manche et prit la direction de l'Ecumeur d'un pas lourd.

La passerelle de bois résonna étonnamment fort à ses oreilles. Elle ne répondit pas à la vigie qui lui adressa la traditionnelle demande « qui va là ? » et s'en fut directement à la cabine de son capitaine. Elle espérait qu'il ne s'était pas trop inquiété : elle devait passer après s'être occupée de Bertrand. Mais c'était sans compter sur leur petite discussion d'après.

Et la… « suite ».

Elle frappa doucement à la porte.

Au bout de quelques secondes, un grognement ensommeillé lui répondit. Ambre se maudit intérieurement. L'aube venait peut-être de se lever mais en été, elle se levait tôt. Roberts allait la tuer.

La jeune pirate haussa les épaules.

Le père ou le fils, quelle importance ?

Elle tourna la poignée de cuivre et entra.

Roberts, en train de sortir du lit, abandonna son expression revêche lorsqu'il découvrit celle de sa visiteuse. Il se hâta de rejeter le drap qui le couvrait et sauta au bas de son lit, encastré entre deux bibliothèques. Vêtu d'un unique pantalon de toile noir, il s'empressa de rejoindre Ambre, toujours devant la porte, raide comme un piquet.

« - Qu'y a-t-il ? » demanda, visiblement inquiet.

Ambre, déjà indécise sur ce qu'elle allait dire à son capitaine, vit ses barrières se rompre sans prévenir. Voir son capitaine véritablement soucieux pour elle raviva la douleur qu'elle ressentait quant à la trahison de son fils et de ce qu'elle considérait comme son amie. Comment avaient-ils pu lui faire ça ? pourquoi ? qu'avait-elle donc pour que seuls eux la détestent ? à moins que tout le monde ne puisse la supporter ? est-ce qu'elle devenait parano ? est-ce qu'on pouvait l'enfermer pour ça ? est-ce que…

Soudain épuisée, la jeune femme fondit en larmes sur la poitrine de son capitaine. Roberts sursauta, surpris par cette réaction qu'il n'attendait pas du tout, malgré le visage ravagé qu'il avait aperçu lorsqu'elle était entrée. Il resserra maladroitement ses bras autour d'elle et posa son menton sur le sommet de son crâne en lui murmurant des paroles de réconfort sans queue ni tête.

« - Vous… vous m'en voudrez beaucoup si je tue Wulfran ? » bégaya-t-elle entre deux sanglots.

Roberts ne dit rien, déçu que l'issue qu'il redoutait de voir arriver avait finalement pointé le bout de son nez. Il continua à bercer la jeune fille, le rythme et le son de sa voix l'apaisant doucement tout en se promettant d'en toucher deux mots à son fils le plus tôt possible.

Lorsque ses larmes se furent taries, Ambre se dégagea de l'étreinte de fer de son capitaine, gênée. Le rouge lui monta aux joues quand elle réalisa ce qu'elle venait de faire. Elle baissa les yeux et fit semblant de s'intéresser aux dessins que dessinait le chêne du parquet. Un doigt rêche et chaud vint essuyer une larme qui perlait à coin de ses paupières. Elle releva le regard vers le visage inquiet de Roberts et plongea ses iris cerclées de rouge d'avoir trop pleuré dans celles d'onyx de son capitaine. Celui-ci lui caressa doucement la joue d'un revers des doigts avant de laisser retomber sa main contre son flanc.

« - Est-ce trop te demander de savoir ce qu'il a fait ? lui demanda-t-il doucement.

- Il… il… en fait, c'est plutôt moi qui… je…

- Si tu me dis qu'il n'a rien fait, je mange mes chaussettes.

- Nan, il… je… je me suis bêtement laissée avoir. Je croyais qu'on avait dépassé le stade où on s'envoyait paître mutuellement tout le temps. Si je ne le considérais pas encore comme mon ami, il n'en était plus loin… Mais… »

Ambre n'acheva pas sa phrase, alors que de nouveaux sanglots lui serraient douloureusement la gorge. Roberts lui releva le menton pour la regarder en face.

« - Qu'a-t-il fait ? »

Les yeux brillants de nouvelles larmes, Ambre fuit le regard inquisiteur de son capitaine.

« - Je n'aurais pas dû. Lui n'a pas évolué, ou alors seulement pour me blesser encore plus. Je suis désolée d'être venue…

- Ne t'excuse pas. Tu es comme ma fille et je ne serais pas un bon capitaine si je n'accordais aucun respect aux problèmes de mes hommes d'équipage. Tu es juste la seule à venir de si bonne heure. »

Ambre eut un faible sourire.

« - Ne t'en fais pas, il va en entendre parler, la rassura-t-il.

- Nan ! surtout pas ! » répondit Ambre, les yeux soudain agrandis et les pupilles dilatées.

Roberts fronça les sourcils.

« - Je ne veux pas qu'il sache que… qu'il a réussi. Fierté personnelle dirons-nous.

- Tu vas chercher à te venger ? gronda Roberts.

- Hein ? fit-elle, sincèrement étonnée. Non ! juste que… Ça n'en vaut pas la peine d'en faire tout un plat. Déjà, à la base, je venais ici pour faire mon rapport. Je suis désolée d'avoir… tout s'est bien passé avec Bertrand. »

Roberts resta silencieux. Ambre eut peur d'avoir dit une bêtise mais il lui sourit brusquement, un sourire chaleureux et sincère qui effaça ses doutes.

« - Tu m'impressionneras toujours.

- Pourquoi ?

- Je n'en connais pas beaucoup qui… enfin. Dans tous les cas, il en entendra parler. »

Ambre ne protesta pas. Elle savait que, quoiqu'elle dise, son capitaine n'en ferait qu'à sa tête. Et au fond d'elle, elle en était heureuse. Ça règlerait sans doute aussi le problème de Thérèse.

La jeune fille se raidit tandis qu'elle se rendait compte qu'elle n'en avait pas parlé du tout. C'était pourtant à cause d'elle qu'elle avait le plus souffert de cette trahison.

« - Autre chose que je devrais savoir ?

- Je… non. »

Roberts la regarda, songeur. Sans doute se doutait-il qu'elle lui cachait quelque chose mais qu'elle ne lui dirait rien de plus. Pour le moment du moins.

« - Va rejoindre les jumeaux alors. Ils te cherchaient hier soir.

- Bien capitaine. Et encore désolée pour…

- Ne t'excuse pas. »

Ambre le remercia d'un signe de tête. Roberts lui sourit et lui caressa affectueusement les cheveux.

« - Allez file. »

Ambre sortit rapidement de la cabine, encore gênée de la scène qu'elle venait de faire.

Tandis qu'elle s'éloignait sur le quai, la douleur qu'elle ressentait, plaie béante dans son cœur, se combla partiellement déjà d'un nouveau sentiment.

Si avec Wulfran, j'étais prévenue, Thérèse ne va pas l'emmener au paradis.

--O---o---O---o---O--

Wulfran était morose.

Pire que morose en fait, mais il refusait de l'avouer.

La matinée tirait sur sa fin et la brume avait depuis longtemps récupérer sa grise humidité pour laisser la place au soleil brûlant.

A côté de lui, redescendant vers le port, marchait Thérèse. La jeune fille fronçait les sourcils, la colère couvait dans son regard et perturbait de temps à autre ses traits impassibles. Elle ne desserrait pas les dents. La dernière fois qu'elle avait essayé, elle s'était faire rembarrée violemment par Wulfran. Elle ne comprenait pas ce qu'il avait. Ok, Ambre avait entendu leur conversation. Ce qui compromettait leurs plans. Mais quand même ! elle n'allait pas se laisser faire par une petite teigne avec des yeux jaunes. Il suffirait juste d'être plus prudents au moment de passer à l'acte. Faire passer ça pour un bête accident. Un soir où elle serait ivre morte par exemple. Les pirates retrouvés noyés dans le port n'étaient pas rares. Elle serait juste la première pirate fille à l'être. Juste, il ne fallait pas qu'on puisse faire le lien entre elle et eux.

« - Wulfran, l'interpella-t-elle. Tu sais bien que…

- Tais-toi. On est dans la merde et j'ai pas envie d'en parler.

- Si justement ! Comment veux-tu qu'on s'en sorte si on n'y réfléchit pas ?

- J'y réfléchis justement. Et j'y arriverais mieux si tu te taisais ! »

Vexée, Thérèse se plaça devant lui, le forçant à stopper net. Elle leva vers lui un regard furibond. Maussade, Wulfran lui rendit son regard.

« - Quoi ? grogna-t-il.

- Ecoute-moi. Qu'elle ait tout entendu n'est pas un drame : Roberts ne la croira pas, d'autant que je ne suis même pas sûre qu'elle soit allée lui parler. Lui dire que son rejeton projette un meurtre ? bin voyons ! et puis même ! à part les jumeaux, et encore, qui va la croire ? je suis une amie parfaite. J'ai tout fait pour qu'on le croit. Donc, je le répète, qu'est-ce que ça va bien changer pour nous, tu peux me le dire ? la seule chose, c'est qu'elle va être plus sur ses gardes, donc il faudra être plus inventif. Et si quelqu'un la croit, il faudra agir avec plus de discrétion.

- Les jumeaux la croiront. Et ils vont faire bien plus attention que ce que tu imagines… se défendit-il.

- Dans tous les cas, ça ne va pas changer grand-chose. Dans quelques semaines, ça sera oublié. Peut-être même qu'elle croira avoir rêvé.

- J'ai un doute. Elle va être…

- On s'en fout de comment elle va être ! le coupa violemment Thérèse. Qu'elle meure de dépression, se suicide ou ne nous adresse plus la parole, qu'est-ce que ça peut bien nous faire, tu peux me le dire ? ne va pas me dire que ça va te manquer ! »

Wulfran ne répondit pas et fuit son regard.

Il se sentait étrangement mal à l'aise. Et non pas parce qu'il croyait le problème insoluble. Ce que lui disait Thérèse était vrai. Peu de gens se soucieraient vraiment de leurs intentions envers Ambre. Les meurtres étaient choses courantes. Mais rarement aussi réfléchis.

Et c'était cette vérité qui le mettait au supplice.

Il revoyait le visage de la jeune fille, glacial mais exprimant malgré tout une douleur intense. Tromper quelqu'un à ce niveau était bien pire que de seulement prévoir de l'assassiner.

Avec ahurissement, Wulfran se rendit compte qu'il se méprisait pour lui avoir infligé ça. Et, le pire, qu'il en souffrait. Il avait mal d'avoir trahi le peu de confiance qu'Ambre lui avait accordé.

« - Wulfran ? dis quelque chose ! »

Le jeune homme sursauta. Il se rendit compte que Thérèse ne l'appelait pas pour la première fois et qu'elle avait l'air inquiète de son absence de réaction. Sa lèvre se retroussa en une parodie de sourire lorsqu'il se dit qu'il aurait certainement eu la même réaction s'il l'avait vue ainsi, arrêtée au milieu de la route, le regard perdu dans le vague et les épaules voûtées.

Il se redressa et adressa à Thérèse un regard froid.

« - Oublie ma promesse. Je la retire.

- Quoi ? fit Thérèse, toujours plantée devant lui.

- Les pirates ne sont pas hommes de parole. En tout cas, moi je ne le suis pas. Ne compte pas sur moi pour faire disparaître Ambre.

- Mais… »

Wulfran la regarda dans les yeux. Ce que Thérèse y lut la fit taire.

Elle leva lentement une main et la posa contre la joue râpeuse du jeune homme. Elle le força à ne pas regarder ailleurs, à ne pas fuir son regard.

« - Tu l'aimes ? c'est ça ? lui demanda-t-elle, la voix se brisant sur les derniers mots.

- Non. Juste je ne la déteste plus assez pour souhaiter sa mort.

- Ce n'est pas tout n'est-ce pas ? »

Wulfran garda le silence. Ils ne se quittèrent pas des yeux pendant quelques instants, jusqu'à ce que Thérèse pousse un profond soupir. Elle posa sans prévenir sa tête sur la poitrine de Wulfran. Celui-ci se cala le menton sur son crâne, humant l'odeur de savon à la lavande de ses cheveux blonds.

« - Tu étais obligé de… de te sentir coupable ?

- 'faut croire. Crois-moi, je suis le premier surpris.

- Tu ne l'as pas trahie. Vous n'avez jamais été amis ni…

- Je sais.

- …

- Et toi ? tu ne culpabilises pas ? t'être fait passer pour son amie…

- Non. Pour moi, Ambre n'était qu'un outil pou arriver à mes fins. Si je ressens de la culpabilité, ce qui n'est pas prouvé, elle est minime face à tout ce que je dois affronter pour arriver à ce à quoi j'aspire.

- Sa mort est-elle obligatoire ?

- … oui. Et moi je la déteste vraiment.

- Vraiment ? elle ou ce qu'elle représente ?

- N'essaie pas de me psychanalyser, répondit Thérèse en se décollant de Wulfran pour replonger son regard froid dans le sien.

- Fais comme tu veux.

- Je ne comptais pas faire autrement. »

Ils restèrent quelques instants immobiles, enlacés au milieu de la rue, jusqu'à ce que Thérèse lui dépose un léger baiser au coin des lèvres.

« - Va t'expliquer à ton père si jamais elle est allée chougner dans ses jupes. Moi, je vais tâcher de trouver quoi faire pour résoudre ce petit problème. »

Là-dessus, elle se dégagea de son étreinte et remonta la rue qu'il venait de descendre. Wulfran se retourna pour la regarder disparaître à l'embranchement suivant puis abandonna son idée première d'aller sur l'Ecumeur. Il fit également demi-tour pour prendre le premier croisement sur sa droite, dans l'idée d'aller rendre visite à la mère des jumeaux.

Ça fait longtemps que j'ai pas eu droit à mon chocolat chaud.

Et il faut que je m'explique. Je ne peux pas laisser la situation telle quelle.

A peine avait-il fait deux pas qu'il ralentit l'allure. Négligemment appuyé contre le mur d'une maison dont aucune fenêtre ne donnait sur cette rue, un homme le regardait. Il arborait deux cicatrices identiques sur chacune de ses joues et un sourire goguenard remontait le coin de ses lèvres, mais l'apparente affabilité de l'homme n'atteignait pas ses yeux marrons. Ceux-ci restaient glacés et luisaient de malveillance. Il ne quitta pas Wulfran du regard jusqu'à ce que ce dernier ne s'arrêta tout à fait. Cette tête ne lui était pas inconnue. Il aurait dû s'en rappeler mais c'était le trou noir.

« - Qu'y a-t-il ? demanda Wulfran. Vous me trouvez beau à ce point que vous ne pouvez me quitter des yeux ? » ne put-il s'empêcher de rajouter.

Le sourire de l'homme s'accentua et mis Wulfran mal à l'aise, bien qu'il n'en montra rien. Le jeune homme secoua la tête et se remit en route. Il y avait trop de fous dans ce monde et il n'avait pas le temps de s'occuper de l'un d'eux. L'homme poussa un soupir et passa une main dans ses cheveux châtains. Une main avec une longue cicatrice en forme de S. Ce fut cette dernière qui ramena les souvenirs de Wulfran à la surface.

« - Henry Jones ? fit le jeune homme, pour vérifier sa théorie.

- Lui-même. Pour ne pas vous servir.

- Justement, je ne comptais pas sur votre aide. »

Il poursuivit sa route, décidé à ne pas lui prêter plus d'attention que nécessaire. Henry Jones l'attrapa par le bras alors qu'il passait à sa hauteur et le tira vers lui d'un coup sec. Wulfran faillit tomber et jura, ce qui fit rire l'autre pirate.

« - Alors c'est ça, le grrrrand Wulfran ? »

Le jeune homme se dégagea d'un coup sec et le foudroya de son regard le plus noir de son répertoire.

« - Si vous voulez mourir, vous êtes sur la bonne voie, » gronda-t-il.

Henry Jones se contenta de rire.

« - Tu crois vraiment me faire peur ?

- Vous devriez.

- La dernière fois qu'on s'est croisé, si tu n'avais pas été entouré de tous tes… nombreux amis, je me serais fait une joie de te transpercer.

- Mes amis ivres morts vous ont fait peur ? j'aurais dû savoir que vous étiez un pleutre !

- Je savais bien que tu étais trop con pour faire la différence entre la lâcheté et le discernement. Qui serait assez fou pour se jeter contre cinq hommes, même avinés ?

- Bien ce que je dis. Un lâche. »

Wulfran fit mine de partir mais Henry Jones lui barra le passage.

« - Ne tente pas trop ta chance mon garçon, gronda-t-il.

- Je ne suis pas ton garçon et je n'ai pas que ça à foutre à rester là à t'écouter raconter des conneries.

- Ne m'énerve pas plus qu'il n'est nécessaire, répliqua Henry Jones, plus menaçant que jamais.

- Qu'est-ce que vous me voulez exactement ? vous… vous vengez d'un affront imaginaire ?

- Imaginaire ?

- Ce qu'il s'est passé avec…

- Tu oses dire imaginaire ? toi et ta salope m'avez tourné en ridicule !

- Ma… eh oh ! faut pas charrier !

- Je t'assure, le coupa-t-il, la mine menaçante et les dents serrées, que vous allez me le payer.

- Ça suffit, rétorqua Wulfran avec toute la froideur dont il était capable. J'ai assez perdu de temps avec un abruti pareil.

- Méfie-toi, » se contenta de répondre Henry Jones. Toi et ta catin allez le payer.

Wulfran eut un ricanement ironique. Il jeta un regard méprisant au pirate et s'en alla.

Henry Jones le regarda partir, les mâchoires douloureuses à force de grincer des dents. Wulfran allait payer l'affront qu'il lui avait fait. Celui-là et un autre dont sa compagne était responsable.

Wulfran ne changea pas d'idée sur sa destination finale. Mais au fur et à mesure qu'il avançait, le doute l'envahit. Il voulait prévenir Ambre que Henry Jones allait tenter quelque chose contre eux. Même si l'affront qu'il avait subi était minime et datait d'un certain temps déjà, cet homme était suffisamment stupide pour en devenir obsédé.

Le seul soucis était… Ambre.

Comment allait-elle réagir ? mal, sans aucun doute. Déjà, s'excuser relèverait d'un véritable défi. Lui faire part d'un potentiel danger après ce qui s'était passé était carrément du suicide.

Peut-être devrait-il mieux en parler aux jumeaux. Eux saurait la convaincre. Et…

Une minute. N'est-ce pas l'occasion parfaite ? Thérèse en serait ravie, je n'aurais plus de problème et…

Mais je ne veux pas me sentir coupable de sa mort.

Wulfran poussa un profond soupir.

J'en ai marre d'être con.

--O---o---O---o---O--

Les coups secs qui résonnèrent au travers de la lourde porte tira Fred de sa réflexion. Il arrêta de tripoter les cheveux d'Ambre tandis qu'elle lisait, la tête posée sur ses genoux, allongée sur les coussins de leur petit salon. Elle interrompit sa lecture et leva les yeux vers lui par-devant le rebord de la couverture usée de son ouvrage.

« - Naaan, ne bouge pas s'il te plait ! je suis trop bien.

- George est pas là. Et Maman non plus. Et y'a des gens bien élevés qui rentrent pas tant qu'on leur a pas ouvert la porte… »

Ambre poussa un grognement mécontent. Elle hésita quelques secondes puis attrapa son marque page, le mit entre les pages où elle s'était arrêtée et le posa à côté d'elle sur le carrelage. Avec un soupir, elle s'extirpa de son nid et se dirigea vers la porte, avec la ferme intention de maudire celui qui était derrière.

Lequel n'était autre que Wulfran. Lorsqu'elle se retrouva en face de lui, elle en perdit momentanément la parole.

Wulfran aussi d'ailleurs.

Ambre ouvrit et ferma la bouche à plusieurs reprises sans arriver à émettre un son, alors que sa colère enflait comme un feu de forêt en plein mois de juillet dans le sud de la France. Pour finir, elle serra les mâchoires, le foudroya du regard et lui claqua la porte au nez.

Mais elle n'eut pas fait deux pas en direction du petit salon que Wulfran entrait à sa suite, sans sa permission. Il l'attrapa vivement par le bras et la fit pivoter sur ses talons pour qu'elle soit face à lui. Ambre leva la main pour lui donner la plus belle gifle de sa vie mais il la devança et emprisonna son poignet dans son autre main.

« - Lâche-moi, » ordonna-t-elle avec un soupçon d'hystérie.

Le jeune homme accéda à sa requête mais resta néanmoins vigilant.

« - Sors d'ici, lâcha Ambre d'une voix sourde où vibrait une colère froide.

- Pas avant de t'avoir…

- Sors d'ici, répéta-t-elle. Tu n'as rien à me dire.

- Laisse-moi te… tenta-t-il.

- Non. Tu-sors. Immédiatement, » dit-elle en détachant bien tous les mots.

Et elle lui désigna la porte d'un geste péremptoire.

« - Laisse-moi te dire que…

- Bordel Wulfran ! tu vas te casser ou est-ce qu'il faut que je te fasse sortir les pieds devant ? c'est pas l'envie qui m'en manque, crois-moi !

- Qu'est-ce qu'il se passe ici ? demanda Fred, alarmé par le bruit venant du couloir de l'entrée.

- Dis-lui de sortir ! cria Ambre, au bord de la crise de nerfs.

- Dis-lui de m'écouter ! » le pria Wulfran en même temps.

Fred leva les bras en signe d'apaisement. Ambre se renfrogna et croisa les bras sous sa poitrine tandis que Wulfran changeait de pied, mal à l'aise.

« - Qu'est-ce qui se passe ? expliquez-moi calmement. Et pas en même temps, ajouta-t-il alors qu'il les vit ouvrir la bouche en même temps. Ambre ?

- Je lui disais aimablement de sortir avant que je ne le tue. Mais con comme il est…

- Wulfran ? fit Fred, pour interrompre les sarcasmes de la jeune fille qui risquaient plus d'envenimer les choses que de les arranger.

- Je suis venue pour la prévenir que…

- Me prévenir ? depuis quand deviens-tu serviable ? grinça Ambre en tournant vers lui une expression pour le moins malveillante.

- Laisse-moi m'expliquer, s'il te plaît.

- Non. Je ne veux pas t'entendre. Casse-toi.

- Ambre, l'interrompit le jumeau, laisse le placer un mot.

- Ok, répondit-elle, glaciale. Qu'il le place, mais il ne tombera pas dans mon oreille. JE me casse. »

Alors qu'elle contournait Fred pour gagner le salon et, de là, leur chambre commune, Wulfran la rattrapa de nouveau. Le regard qu'elle lui lança lui fit froid dans le dos.

Accablé, il ne résista même pas lorsqu'elle se libéra sèchement de l'étreinte de sa main sur son bras.

Fred se racla la gorge mais ni Ambre ni Wulfran ne se lâchèrent du regard. Ambre portait un masque de rage froide mais ses yeux reflétait une douleur profonde. Ceux de Wulfran, au milieu d'un visage tiré mais relativement impassible, exprimaient la même douleur mais mêlée de remords.

« - C'est moi ou j'ai raté un événement qui vous a… « rapproché » à un point inimaginable ? blagua-t-il.

- Tu n'as même pas idée, » répondit Ambre tandis que sa voix se brisait sur le dernier mot.

Et avant que l'un ou l'autre n'ait pu l'en empêcher, elle bouscula le jumeau pour passer la porte et quitta la pièce pour monter dans leur chambre commune. Fred et Wulfran restèrent seuls, entre le salon et le couloir de l'entrée, Ambre n'ayant pas laissé le nouveau venu pénétrer plus avant.

Fred poussa un profond soupir.

« - Tu peux me dire ce qu'il s'est passé ? » le questionna-t-il en l'invitant à entrer.

Wulfran hocha la tête avec lassitude en signe d'acquiescement. Il se laissa tomber dans un des fauteuils et Fred prit celui d'en face.

« - Elle est revenue complètement patraque ce matin. Tu as quelque chose à voir avec ça ?

- Oui.

- Que s'est-il passé ?

- Elle ne t'a pas raconté ? fit Wulfran, sincèrement surpris.

- Faut croire que non puisque je te pose la question.

- Je… c'est…

- C'est si affreux que ça ?

- Pour que je me sente aussi horrible, ouais.

- Qu'est-ce que t'as bien pu faire ? tu prévoyais pas de l'assassiner quand même ! » plaisanta-t-il.

Le regard douloureux que lui adressa Wulfran fit mourir son rire assez piteusement. Son air enjoué disparut brutalement pour laisser place à un sérieux inhabituel sur son visage d'habitude si enclin aux expressions malicieuses.

« - Là, je suis à deux doigts de te faire la peau.

- Ce que je peux légitimement comprendre. Mais le pire n'est pas là.

- Ah ?

- C'est… c'est Thérèse qui a eu l'idée. Je n'ai été que ravi de lui apporter mon aide. Au début. Après…

- Attend une minute. Thérèse ?

- Aussi étrange que cela puisse paraître. Oui. Thérèse. Elle est jalouse. Maladivement jalouse.

- Mais pourquoi ?

- Parce que… en gros, Ambre est tout ce qu'elle n'est pas.

- Mais…

- Je sais ce que tu vas dire. C'est son amie, elle n'aurait jamais pu faire une chose pareille. Mais je t'assure que si. Je la connais. Je sais ce dont elle est capable. Lorsqu'elle m'a demandé de l'aider à la débarrasser d'Ambre, j'en étais ravi. Mais il fallait trouver le moyen parfait.

- A cause de Roberts ? »

Wulfran acquiesça sombrement.

« - Oui. A cause de mon père. Il m'aurait tué s'il avait soupçonné que c'était de ma faute.

- Du coup, vous avez attendu.

- Oui. Trop longtemps.

- Tu l'aimes ? » lui demanda Fred, en le regardant dans les yeux, la tête penchée sur le côté.

Le fils de Roberts se redressa sur son siège et le foudroya du regard.

« - Bordel ! jura Wulfran, mais arrêtez tous de penser que c'est à cause de ça ! faut pas charrier non plus ! s'emporta-t-il. Y'en a marre que… » Il s'interrompit et prit une profonde inspiration qu'il expira lentement. Plus calme, il reprit. « Juste que… ça commence à faire un bail qu'on vogue ensemble. Je sais ce qu'elle vaut. Je la supporte. Mal, d'accord, mais je la supporte. Parfois même, je l'apprécie. Enfin bref ! tout ça pour dire que, si Thérèse n'a pas perdu sa motivation, moi si.

- Ça ne m'explique toujours pas pourquoi…

- Thérèse voulait qu'on fasse quelque chose. Bientôt. On avait rendez-vous dans une taverne du port. Où Ambre ne vient habituellement pas.

- Habituellement.

- Elle a des oreilles exceptionnellement fines. »

Le silence retomba. Au bout de quelques minutes, Fred lui demanda :

« - Et pourquoi es-tu ici ? pour t'expliquer ?

- Oui.

- Ça te pèse tant que ça ?

Oui.

Bien plus que je ne l'aurais imaginé.

- Mais je ne suis pas venue pour ça en premier lieu.

Le mensonge me va si bien.

- Ah bon ?

- J'ai croisé Henry Jones. Tu t'en souviens ? L'épisode à la taverne l'a marqué, il a commencé à me baratiner comme quoi, Ambre et moi l'avons tourné en ridicule et qu'il va nous le faire payer. Il était sérieux. Je voulais la prévenir, qu'elle fasse attention.

- Je lui dirais.

- Merci.

- Ce ne sera pas la peine de faire la commission. Le message est passé, résonna la voix d'Ambre, sèche et claire. Pas la peine de t'éterniser. »

Dans un ensemble parfait, les deux hommes levèrent la tête vers le haut de l'escalier. La jeune fille se tenait assise sur les marches.

« - Ça fait longtemps que tu nous écoutes ? demanda Fred.

- Non. Je suis revenue quand j'ai entendu Wulfran s'énerver tout seul. Mais si remords il y a, qu'il se les garde.

- Ambre… commença Wulfran, presque suppliant.

- Je-ne-veux… plus rien avoir à faire avec toi. J'en ai fini avec toi. Les efforts et tout le bataclan. Marre. Je suis sympa, je fais comme s'il ne s'était rien passé hier. Mais c'est tout. Toi et Thérèse, vous pouvez bien faire ce que vous voulez, je m'en fous. Mais je tuerais le premier d'entre vous qui m'emmerdera, sans aucun scrupule. C'est assez clair ? »

Wulfran soupira. Fred également.

Alors que le ténébreux pirate allait tenter une nouvelle approche, la porte d'entrée s'ouvrit brutalement et alla claquer avec fracas contre le mur. Toutes les têtes se tournèrent vers le nouvel arrivant, coupant court à la conversation. George prit à peine le temps de reprendre son souffle et déclara d'un trait.

« - Thérèse est morte. Assassinée. On vient de la retrouver dans le quartier est. »

--O---o---O---o---O--

Donc voilà. Un chapitre de plus. Avec une morte en bonus. J'avoue, j'ai hésité longtemps, mais là, elle commençait à me saouler. Et j'avais besoin de l'enterrer 6 pieds sous terre (de toutes façon, les racines de pissenlit, c'est bon pour la santé) pour la suite. Qui, je l'espère, ne tardera pas trop (on y croit).

Sur ce, je vais me coucher.