Oui oui je sais, celui-là aussi, j'ai mis longtemps à l'écrire. En plus de ça, j'avais dit que je le pondrais en juin et nous voilà mi-juillet. Mais je tiendrais pour ma défense que j'ai eu des petits soucis d'ordi, enfin surtout de word (connerie de version d'essai qui prend fin quand on en a besoin). En plus, j'ai écrit la suite sur un autre ordi pendant mes vacances et du coup, il fallait que je recolle les bouts avec une version de word qui marche pas. Le grand folklor.
Toujours est-il que j'ai réussi, les bouts sont collés, le tout est relu et prêt à être posté. Enfin posté vu que vous lisez ces lignes. Eh oui. Logique.
Pour ce qui est de ce chapitre, je sens que je vais me faire taper. Non non je ne suis pas sadique. Niark niark.
****
Petit rappel du chapitre précédent : Ambre est partie négocier les prises de l'Ecumeur et ses oreilles d'elfe ont surpris la conversation d'à côté, bien entendu celle entre Thérèse et Wulfran qui complotaient pour l'assassiner. C'est très vilain et Wuwu s'en rend bien compte. Donc hop hop hop il va voir Ambre qui l'envoie paître. Dépité, il raconte alors le tout à Fred. Ambre qui écoute aux portes n'en croit pas un mot et pète une durite. Avant que ça ne dégénère au bain de sang, George arrive en criant que Thérèse vient d'être assassinée. La suite suit. (ah bon ? surprenant, vraiment !^^)
******
Chapitre 39
Deuil en option
La soudaine arrivée de Georges avait glacé l'altercation entre les deux jeunes gens. Tous les regards étaient fixés sur le nouveau venu et nul ne pipaient mot, sous le choc tous autant qu'ils étaient. Ambre fut la première à retrouver la parole.
« - Quel est l'enfoiré qui…
- On ne sait pas encore, répondit Georges, à bout de souffle. Mais… je suis désolée Ambre.
Tu n'imagines pas à quel point je ne le suis pas.
« - On devrait y aller, poursuivit-il.
- Je ne sais pas si Ambre… commença Fred.
- Laisse. J'ai vu pire, répliqua l'intéressée, les mâchoires serrées.
- Tu es sûre que… ne te sens vraiment pas obligée, poursuivit Fred. Après ce qui s'est passé…
- Laisse j'ai dit. Il sera toujours temps de s'expliquer plus tard.
- Comment ça ? demanda Georges, perdu.
- Allons-y, » fit Wulfran en se levant brusquement, n'ayant aucune envie de redevoir expliquer ses récents problèmes avec la jeune fille.
Georges haussa les épaules. Qu'il y ait encore anguille sous roche avec ces deux là ne l'étonnait pas, mais il ne comprenait pas pourquoi la nouvelle de la mort de Thérèse n'affectait pas plus la jeune pirate. Il soupira. Il saurait tout en temps voulu et pour l'instant, il y avait plus pressant.
« - On te suit, » fit Fred, lui indiquant d'un geste d'ouvrir la marche.
Avec un soupir, Ambre se leva et descendit les escaliers. Bien qu'elle ne veuille pas l'admettre, la mort de Thérèse la touchait. Et ça la mettait dans une rage noire.
Elle attrapa son manteau d'un geste rageur et se joignit au groupe qui l'attendait devant la porte. Georges la regarda l'air perplexe mais un regard autoritaire de son frère le dissuada de l'interroger. Wulfran ouvrit la porte sans attendre et s'engagea dans une ruelle d'un pas rapide, sans attendre les autres.
« - C'est ça, barre-toi, » grogna la jeune fille.
L'air interrogateur de Georges l'amena à prendre un masque impassible et, sans attendre de commentaires, s'engagea sur les traces de Wulfran.
*****
Il ne leur fallut pas plus d'un quart d'heure pour rejoindre l'endroit où Thérèse gisait. Un attroupement s'était formé autour du corps mais quelques membres de l'équipage formaient une barrière, le temps que quelqu'un prenne le relais et le petit groupe n'eut aucun mal à se frayer un chemin jusqu'au premier rang. Ambre eut un haut le cœur devant le spectacle qui s'offrit à ses yeux.
Le corps de la jeune femme était étendu contre le mur d'une maison de passe, une jambe repliée sous elle, les bras striés de marques de couteau. Sa tête était rejetée vers l'arrière, le visage tourné sur le côté. Dans ses yeux grands ouverts, le bleu glace de ses iris s'opacifiait doucement, masquant derrière un voile blanc ce qu'elle avait vu pour la dernière fois. Un mince filet de sang s'échappait de sa bouche, coulait le long de sa joue et gouttait sur la terre desséchée qui buvait avidement le liquide poisseux. Ses cheveux blonds voletaient sombrement autour de son visage et éclaboussaient le sol de quelques tâches rougeâtres.
Mais le pire était la blessure qui lui déchirait l'abdomen. Une entaille de 20 cm, du nombril jusqu'à la point du sternum. Entrailles déchirées et estomac transpercé. La pire façon de mourir. Et si son assassin avait la main habile, il avait aussi sans doute atteint le cœur. La plaie laissait échapper un flot de sang noirâtre, mêlé à une infâme mixture d'odeur repoussante.
La douleur avait dû être insupportable mais la mort avait dû survenir rapidement. En tout cas, Ambre l'espérait.
La jeune fille ferma les paupières un long moment et prit une profonde inspiration. Sa colère avait refait surface, sans qu'elle ne s'en rende compte. Et la seule chose qui l'importait sur le moment était de rentrer et de s'avachir sur son lit pour ne plus penser. Mais le destin est cruel.
« - Ça va, tu tiens le coup ? »
Ambre regarda la main sur son épaule puis son propriétaire. Elle cracha avec mépris.
« - Ote tes sales pattes de là. Je crois que t'as pas tout suivi Wuwu. Je ne veux pas être là. C'est ta merde. La tienne. Moi, je m'en lave les mains. Je n'ai aucune raison de faire semblant.
- Je sais, mais…
- J'ai dit « dégage ta main de là ». Sinon je te la fais bouffer. »
Wulfran obtempéra en poussant un soupir.
« - Je sais que je t'en demande beaucoup mais… peux-tu faire un effort et ne rien dire sur elle ? elle en a bien bavé. Et il est inutile de cracher sur les morts. »
Ambre fulminait. Qu'il ose lui demander ça, après ce qu'elle, et lui ! lui avaient fait la mettait dans une rage noire.
« - S'il te plait, » la supplia-t-il.
Ambre déglutit difficilement. Il lui fallut rassembler toute la maîtrise d'elle-même pour répondre d'un ton calme.
« - Très bien. Mais je te préviens : je ne toucherais pas à ce cadavre immonde, je ne me salirais pas à creuser sa tombe, je ne chanterais pas de rituel pour blonde, quant à pourchasser son assassin, voilà qui t'incombe! C'est clair?
- Merci.
- Tu me le paieras. Au centuple.
- S'il n'y a que ça pour regagner ta confiance, je le ferais, » répondit Wulfran en plongeant son regard dans le sien.
Les yeux de la jeune fille s'ouvrirent grand sous l'effet de la surprise avant de se rétrécir à une mince fente sous le coup de la colère.
« - Ne te targues pas de l'avoir déjà eu, répliqua-t-elle, furibonde.
- Alors, au moins retrouver ce que…
- Ne rêve pas. Le passé est mort. Tu l'as achevé d'un coup dans le dos. »
Elle se tourna vers Fred et lui murmura à l'oreille.
« - Je rentre. On se retrouve tout à l'heure. »
Le jumeau lui plaqua un baiser sur le sommet du crâne et lui sourit.
« - A tout à l'heure. »
La jeune fille fit demi-tour et retraversa la marée humaine qui s'était accumulée dans l'étroite ruelle pour assister au morbide spectacle. Impassible, peut-être plus pâle que d'ordinaire, pour des yeux mal avertis, elle ne différait en rien d'une amie accablée qui essaie de retenir ses larmes. En tout cas, elle ne ferait rien de plus pour ne pas ternir la mémoire de celle qui l'avait trahie. Qui les avaient tous trahis. Tous, sauf un.
Un sanglot lui serra la gorge.
Le passé est le passé. Point barre.
******
La cérémonie funèbre fut vite expédiée. Thérèse n'ayant pas de parents, le service fut payé avec ses maigres économies, ainsi qu'une modeste part venant de Wulfran. Ambre avait hurlé de rage lorsqu'il lui avait soumis l'idée et les jumeaux eurent même du mal à la retenir lorsqu'elle voulut lui arracher les yeux. Il n'avait pas insisté.
Ne furent présents que Wulfran, Ambre, les jumeaux, Arthur et Takashi, ainsi que Roberts qui avait tenu à être là, pour soutenir son fils et Ambre. Cette dernière n'avait pas eu le cœur à le mettre dans la confidence. Il se faisait déjà assez de soucis pour elle comme ça.
Au sortir de la petite église, en bordure extérieure de la ville, le petit groupe prit la suite du cercueil en direction du cimetière aux proportions misérables et d'allure tout aussi pathétique, dont la pente couverte d'herbes folles dominait l'océan. Un pin parasol projetait une ombre apaisante sur les pierres tombales couvertes de mousse. Ambre laissa son regard filer vers le large, où le soleil de cette fin d'après-midi se reflétait en une multitude d'éclats lumineux. Elle trébucha brusquement sur un caillou et faillit tomber. Heureusement, Wulfran la rattrapa avant qu'elle ne s'étale, mais pour toute réponse, elle le gratifia d'un regard froid et reprit sa marche sans un mot.
Ils atteignirent rapidement le bout du cimetière. Un tas de terre fraîchement retournée imposait sa masse rougeâtre et sinistre au milieu des herbes hautes, à côté d'un arbuste rachitique paré d'une unique petite fleur bleue.
La seule qu'elle aura.
Elle s'avança jusqu'au bord du trou et se tint droite, le visage impassible. Ses cheveux voletaient autour d'elle comme une nuée de papillons effrayés mais elle ne tenta pas de les discipliner. Elle tremblait littéralement de colère mais avait fait la promesse stupide de n'en rien montrer. Wulfran vint se placer à côté d'elle et lui jeta un bref coup d'œil qu'elle ne daigna pas lui rendre. Pas la peine de tenter le diable, elle n'était pas sûre de pouvoir se retenir de le cogner ou de l'abreuver d'injures.
Le prêtre acheva son oraison funèbre d'une voix rocailleuse puis fit signe de descendre le cercueil. Nul n'avait de fleurs pour accompagner sa descente et Ambre en remercia le ciel. Elle n'aurait sans doute pu s'empêcher de la jeter avec hargne. Toute cette mascarade lui pesait.
Puis vint le moment de jeter une motte de terre chacun son tour. Wulfran fut le premier. D'un geste doux, il laissa tomber sa poignée de glaise sur le cercueil. Ambre serra les dents mais fit de son mieux pour paraître authentiquement affligée. Une fois débarrassée de la terre rouge, elle se frotta les mains et s'éloigna de quelques pas. Lorsqu'elle releva les yeux, elle se figea net. Assis sur le muret de pierre grise rongée par le lichen, Henry Jones la fixait avec animosité. Elle lui rendit un regard étonné mais méfiant.
Puis la plainte des graviers crissant les uns contre les autres lui fit tourner la tête. Wulfran l'avait de nouveau rejointe. Il s'apprêta à lui dire quelque chose mais elle lui tourna le dos et s'en fut rejoindre les jumeaux. Il serra les dents et voulut la suivre lorsque son regard tomba lui aussi sur l'homme assis sur le mur du cimetière. Henry Jones lui adressa une grimace ironique et menaçante, fit passer un doigt sur sa gorge avec un sourire mauvais tout en regardant Ambre puis se laissa tomber au bas du muret et entreprit de remonter lentement la colline, en direction de la ville.
« - Et merde, » fut tout ce que Wulfran trouva à dire.
*******
« - Je t'ai dit de me laisser. J'ai fait ce que tu m'as demandé, maintenant basta. Fous-moi la paix.
- Ambre, écoute-moi, la supplia Wulfran.
- T'es sourd ou complètement fêlé du bocal ? casse-toi. J'en ai marre de ta gueule ! répliqua la jeune fille, exaspérée.
- Ecoute ! Je sais qui a tué Thérèse !
- Ça me fait une belle jambe.
- Oui magnifique. D'ailleurs, tu feras attention, elle brille. »
Ambre lui adressa un regard assassin.
« - Encore une tentative d'humour de ce genre et je t'égorge. »
Commençant à voir rouge, Wulfran la saisit brutalement par le bras et l'obligea à se tourner face à lui, la soulevant au point qu'elle était obligée de se mettre sur la pointe des pieds.
« - Ecoute-moi bordel. Je ne plaisante pas. C'est Henry Jones qui l'a tuée.
- Et bien, il aura au moins fait une chose de bien. Maintenant lâche-moi.
- Mais tu ne comprends pas…
- Je ne cherche pas à comprendre pourquoi parce que je m'en contrefous. Sur ce, au revoir. »
La pirate se dégagea brusquement et, d'un regard glacé, lui déconseilla vivement de tenter de la rattraper. Mais Wulfran ne lâcha pas l'affaire pour autant.
« - Nom d'une méduse à moustache ! il ne pensait pas la tuer elle, mais toi ! j'en mettrais ma main à couper.
- Un Wulfran impotent. Je suis sûre que Roberts en serait ravi.
- Tu ne me crois pas.
- Pourquoi le devrais-je ? qui me dit que tu n'es pas en train de tenter de réaliser la dernière volonté de l'autre blondinette ? »
Wulfran poussa un soupir. Il tourna la tête et regarda dans la ruelle voisine, à la recherche, peut-être, de Henry Jones. Enfin, il reporta son attention sur Ambre qui avait croisé les bras, lèvres serrées et blanches de colère. Il poussa un second soupir, plus profond que le précédent.
« - Je crois que tu n'imagines pas à quel point je m'en veux.
- En effet, je n'imagine pas.
- Je te jure que je ne voulais pas te blesser. J'essayais juste de ne pas heurter Thérèse. Je n'aurais rien tenté contre toi. Et je l'aurais sans doute empêché de te tuer…
- Je te remercie infiniment de me rappeler un si pénible souvenir. Pendant que t'y es, tu devrais me faire une balafre et verser dessus du jus de citron !
- Ambre…
- Garde tes excuses. Je ne suis pas prête à les recevoir.
- Et ce jour viendra quand ? demanda Wulfran, avec un sourire amusé, pensant qu'il avait trouvé une faille si elle commençait à rejouer de son cynisme moqueur.
- Sans doute jamais, répondit-elle d'un ton froid où perçait quelques accents douloureux. Maintenant, reprit-elle d'une voix plus ferme, si tu ne m'en veux pas, je vais aller… « faire mon deuil ».
- Bien, » murmura Wulfran, déçu.
Ambre fit demi-tour et disparut rapidement, laissant le jeune homme seul avec ses remords et ses réflexions.
Comment je vais faire moi si elle refuse de m'écouter ?
Pourquoi ne puis-je simplement la laisser se faire tuer ?
J'en ai marre d'être con.
Il resta debout là quelques secondes avant de prendre une décision. Ils irait voir les jumeaux et leur expliquer ses soupçons. Depuis qu'ils avaient navigué ensemble sans Ambre, ils se faisaient confiance, enfin beaucoup plus qu'avant. Fred et George parleraient à la jeune fille. Il n'avait plus qu'à espérer que Ambre les écoute. Mais têtue comme elle l'était, elle risquait de les ignorer. Ou pire.
Le jeune homme fronça les sourcils, en proie à une intense concentration. Que faire ? la suivre pour prévenir tout accident ? l'attacher à son lit jusqu'à ce qu'ils repartent en mer ? mais tout cela n'empêcherait pas Henry Jones de lui faire du mal ultérieurement. Pouvait-il simplement aller le trouver et lui parler ? il en doutait. Le tuer ? cela le débarrasserait du problème définitivement mais ce serait lui qui aurait un problème avec les autorités de Tortuga qui punissaient dans la mesure du possible les meurtriers et les voleurs, et il n'était pas prêt à prendre ce genre de risque pour les beaux yeux d'Ambre. Il ne pouvait pas non plus aller directement les trouver : tant qu'il n'y a pas crime, il n'y a pas de coupable et il n'avait aucune preuve que c'était bien Henry Jones qui avait assassiné Thérèse.
Wulfran poussa un grognement irrité. Il ne lui restait plus qu'une option. Il irait voir son père. Lui saurait quoi faire, enfin il l'espérait, et Ambre ne pourrait pas refuser de lui obéir. Mais cette simple pensée lui serrait l'estomac. Il ne voyait pas comment aborder la question avec son paternel sans raconter toute l'histoire, ou au moins la plus grande partie. Et le peu qu'il en apprendrait risquait de mettre Roberts dans une humeur noire.
Wulfran prit une profonde inspiration et serra les poings. D'abord les jumeaux. Puis son père.
*********
« - J'ai dit nan ! cria Ambre, au bord de la crise de nerfs.
- Mais Ambre, écoute un peu, la supplia Fred.
- Je t'assure qu'il dit la vérité, renchérit son frère. Si seulement tu…
- Si seulement quoi ? as-tu la moindre preuve de son honnêteté ? »
George poussa un profond soupir. Il se laissa tomber dans le fauteuil le plus proche puis leva vers la jeune fille un regard fatigué. Il leva les mains en signe d'apaisement. Ambre le regarda fixement d'un regard dur mais accéda à sa requête silencieuse. Elle croisa les bras sur sa poitrine et attendit, les lèvres pincées.
« - Je t'assure qu'il a changé. »
Fred l'interrompit d'un geste alors qu'elle ouvrait la bouche pour répliquer à cette ignoble affirmation. Elle la referma d'un coup sec et prit un air boudeur.
« - Pendant que tu étais partie avec le Black Pearl, et comme on a toujours été de quart avec lui, on a pu mieux le connaître, vu que… que tu n'étais pas là pour le chambrer.
- Vas-y, dis tout de suite que c'est de ma faute s'il est comme il est.
- Je n'ai rien dit de la sorte, » commença à s'énerver George. Il se reprit difficilement mais parvint à poursuivre sur un ton calme, en mesurant chaque mot qu'il prononçait. « Tu n'étais pas là et il a donc dû trouver une autre occupation. Il n'a jamais rien eu contre nous, c'était donc naturel qu'on parle. Et il s'est avéré qu'il est un compagnon agréable.
- Entre agréable et… commença Ambre.
- Arrête un peu ! Il a un sens de l'humour douteux, un peu comme le tien d'ailleurs, mais il n'a pas un mauvais fond.
- Si tu me sors qu'il est juste profondément malheureux, je vais me pendre. »
Fred et George échangèrent un regard exaspéré et continrent difficilement leur colère devant le caractère obtus de la jeune fille. Elle refusait de voir une vérité pourtant flagrante. Wulfran n'avait plus rien de celui qu'il était au début de leur voyage commun. D'accord, ce n'était toujours pas l'amour fou, mais ils s'en tenaient désormais aux insultes sous le couvert du jeu.
Et depuis qu'ils avaient pu le côtoyer un peu mieux, les jumeaux devaient admettre que Wulfran ne ferait jamais de mal à une mouche, et par là même à Ambre, même si elle pouvait être encore plus ennuyeuse qu'un moustique affamé par une nuit de canicule. Fred et George trouvaient inconcevable qu'il ait monté un tel plan avec Thérèse. Avant peut-être, mais plus maintenant. Ce que Ambre refusait de croire.
« - Il ne te déteste plus. Toi non plus d'ailleurs. Vous vous suppportez relativement bien d'ailleurs, même si vous passez votre temps à vous faire des crasses. C'est gentillet. Jamais Wulfran n'aurait fait une chose pareille.
- Et là, tu vas me dire que j'ai complètement halluciné à la taverne quand il était avec Thérèse. Qu'ils, LUI et l'autre garce, ne prévoyaient pas du tout ma mort !
- Il est venu pour s'expliquer après. Il était profondément désolé.
- Ben tiens. Je te rappelle que j'étais là aussi.
- Tu ne l'as pas laissé s'expliquer et tu es partie comme une furie.
- Je vous ai entendus après.
- Tu n'as surpris que la fin de la conversation, nom d'un chien ! jura Fred.
- Et tu refuses de croire qu'il pouvait dire la vérité.
- Je… j'en ai assez. Marre de me prendre la tête avec cet imbécile. Qu'il aille au diable.
- Ambre, tu ne comprends pas.
- Comprendre quoi ?
- Il a tenté de te mettre en garde contre Henry Jones. Il dit que c'est lui qui a tué Thérèse, en pensant que c'était toi.
- Il est déjà venu me prévenir de ça, quand il est venu pour « s'expliquer ». Je vous dit que c'est un coup monté.
- Un coup monté ? répété Fred qui tombait des nues.
- Oui. Thérèse n'a jamais été tuée par Jones, mais Dieu sait par quel ivrogne. Ça donne juste plus de crédibilité à son histoire. Et si vous en êtes convaincus aussi, si jamais je meurs dans un sombre coin de rue, vous direz « Mort à Henry Jones le meurtrier » pendant que Wulfran essuiera mon sang de sa lame !
- C'est toi qui devient parano, répliqua George, quoique un petit doute commençait à poindre dans son esprit.
- Peut-être. Ou peut-être pas. Toujours est-il que je n'ai aucune confiance en Wulfran et que je n'accepterais aucune aide de sa part. Et que le prochain de vous deux qui me répète que non, en fin de compte il est gentil, je l'étrangle. Est-ce bien clair ? »
La jeune pirate jeta aux jumeaux un regard froid qui ne souffrait aucune réplique, prit son manteau et sortit en claquant la porte.
Elle s'arrêta quelques instants sur le seuil. Elle leva le visage vers le ciel et ferma les yeux. Elle se sentait perdue. Elle ne croyait pas en sa supposition de complot contre elle permettant à Wulfran de la tuer en faisant croire que c'était Henry Jones le coupable, tout comme elle ne croyait pas en un Wulfran sincèrement repentant. Les deux hypothèses étaient aussi abracadabrantesques l'une que l'autre. Elle aurait plus tendance à croire la seconde : il était vrai qu'ils s'entendaient mieux. Ils arrivaient même à avoir des conversations normales. Enfin presque. Mais bon. C'était tout aussi inconcevable que Thérèse se révèle être une garce sans nom doublée d'une comédienne assez exceptionnelle et que Wulfran ait accepté de l'aider à se débarrasser d'elle.
Tout ce en quoi elle croyait et pensait savoir s'était envolé en fumée.
Ambre soupira. Des larmes lui montèrent aux yeux mais elle les essuya d'un revers de manche rageur. Elle ne devait pas se laisser aller. Pas maintenant. Ni jamais d'ailleurs. Wulfran n'en valait pas la peine.
D'un pas décidé, elle quitta la petite place et sa fontaine chantante pour descendre vers le port. Elle avait besoin d'être seule et les falaises sur lesquelles les vagues s'écrasaient avec fracas offraient un repère tout à fait adéquat à recevoir sa visite et celle de son humeur sombre.
************
Wulfran sortit de la cabine de son père, quelque peu rasséréné. Même si Ambre ne voulait pas de son aide, elle l'aurait. D'accord, Roberts avait très mal pris le fait qu'il ait passé un… accord avec Thérèse pour tuer Ambre, même si celui-ci datait, et encore, très mal pris était un euphémisme, mais toujours est-il que le capitaine de l'Ecumeur pensait savoir quoi faire. Il lui faudrait en parler à la principale intéressée mais elle ne pourrait rien dire ou faire contre sa volonté. Elle le respectait trop pour ça.
Mouhahahaha, je suis diabolique.
Satisfait, un léger sourire aux lèvres, il gagna le bastingage et y posa ses mains à plat. Il expira longuement, heureux que, pour une fois, ses tentatives pour aider Ambre aboutissent. Il avait trop fait de mal pour ne pas tenter d'en réparer un peu.
Il laissa son regard s'égarer sur la mer puis revenir sur le port. Une fine silhouette attira son attention par sa familiarité. Il grogna.
Ambre.
Cette fille faisait définitivement tout pour l'agacer. Elle ne prenait pas ses menaces au sérieux. Ce qu'il pouvait comprendre même si cela n'allait pas sans l'énerver. Wulfran passa d'un pied sur l'autre, indécis. Fallait-il la suivre ? pour l'empêcher de faire de mauvaises rencontres même si elle était parfaitement capable de se défendre ? lui parler ? enfin si elle le lui permettait. Devait-il rester là, sur le pont à réfléchir jusqu'à ce qu'elle ait disparu ?
Un groupe d'hommes sortit d'une taverne, déversant un flot de lumière sur les dalles du quai, découpé par les ombres disproportionnées que les pirates projetaient. Ils restèrent immobiles à discuter puis ils se saluèrent et se séparèrent, sans doute que chacun rentrait chez lui pour cuver la bière ingurgitée dans la soirée. Le premier groupe disparut au premier croisement et s'enfonça dans les profondeurs de Tortuga, tandis que l'autre suivaient le quai.
Le simple fait que ces gens prennent la même direction qu'Ambre le décida. Henry Jones pouvait être n'importe où. Et d'après ce qu'il en connaissait, il pouvait très bien avoir suivi Ambre depuis chez elle.
On n'est jamais trop prudent.
Wulfran vérifia que son épée pendait correctement et se dégainait facilement. Il repoussa une mèche rebelle et le geste fit s'entrechoquer deux perles perdues dans la masse de ses fins cheveux noirs. Il quitta l'Ecumeur et suivit le quai d'un pas souple. Arrivé au bout, il descendit sur la plage puis vira sur la droite pour emprunter un chemin de chèvre serpentant entre des arbres touffus et des rochers. Au bout de quelques mètres, il arriva à un embranchement. L'un montait très raide sur sa gauche, l'autre en pente plus douce. Connaissant Ambre, elle avait dû emprunter le passage le plus difficile qui menait directement en haut des falaises dominant la baie. Il poussa un soupir et commença l'ascension.
Arrivé en haut, il attendit quelques minutes pour reprendre son souffle. Et aussi pour réfléchir à ce qu'il dirait à Ambre quand il l'aurait rejointe. S'il la rejoignait. Dans la pénombre ambiante, avec le fin croissant de lune pour toute lumière, s'il arrivait à la retrouver parmi toutes les cachettes qu'offraient ces falaises, c'était qu'il avait une chance de tous les diables.
Qu'il soit cocu était inconcevable vu son statut de célibataire endurci.
*******
Ambre se laissa tomber sur son rocher préféré. Elle avait eu du mal à le retrouver dans la pénombre mais ses peines furent récompensées. La roche offrait une petite cuvette sans relief, parfaite pour s'allonger. Le rocher était encore tiède de la chaleur accumulée durant cette journée ensoleillée. La jeune fille poussa un soupir de bien-être puis s'avança pour mettre ses jambes dans le vide avant de s'allonger de tout son long. En-dessous d'elle, les vagues s'écrasaient avec tellement de force qu'elles projetaient quelques gouttes sur ses jambes. Elle se tortilla pour s'installer plus confortablement mais la garde de son épée venait toujours se coincer entre ses côtes. Agacée, elle la détacha de sa ceinture et la posa à côté d'elle, un peu en arrière pour ne pas qu'elle glisse le long du rocher et finisse ses jours au fond de l'eau. Enfin bien installée, elle tenta de faire le vide dans son esprit, le regard perdu dans les étoiles brillantes au-dessus d'elle.
Elle était presque endormie lorsqu'un frottement venant de derrière elle sur sa gauche la mit sur ses gardes. Elle resta immobile, tâchant de contrôler sa respiration pour ne pas être repérée. Ce n'était peut-être rien mais son esprit virant vers la paranoïa, elle préférait être prudente.
Le frottement recommença et elle reconnut le bruit de semelles de cuir sur la roche. Elle se tendit, prête à se relever et à attraper son arme. Quelques secondes s'écoulèrent, puis les pas s'éloignèrent. Ce fut à ce moment-là qu'elle se rendit compte qu'elle avait retenu sa respiration. Elle relâcha doucement l'air de ses poumons et relaxa ses muscles.
Curieuse, même si la lumière faisait défaut, elle attendit quelques instants puis se redressa sur un coude pour tenter d'apercevoir l'intrus qui avait disparu sur sa droite. Mais à peine eut-elle le temps de tourner la tête qu'elle sentit le contact glacé de l'acier sur son cou. Elle se raidit.
« - On ne t'a jamais dit de ne pas te promener toute seule la nuit ? » lui susurra une voix fielleuse avec ironie, sur sa gauche, quelques pas seulement derrière elle.
Ambre se retourna pour voir qui osait s'en prendre à elle et la lame la suivit dans son mouvement. Elle venait d'être bluffée en beauté.
« - Qui…
- Ne me dis pas que tu ne me reconnais pas. »
Ambre tenta de discerner les traits dans la pénombre. La seule chose qu'elle pouvait jurer était qu'il ne s'agissait pas de Wulfran. L'homme était plus petit et plus large que le fils de Roberts. Et les accents de joie malsaine qui perçaient dans cette voix ne correspondait pas non plus au personnage. Puis elle aperçut à la lumière argentée de la lune une cicatrice en forme de S sur la main gauche de l'homme. Ce détail acheva de la persuader qu'elle avait à faire avec Henry Jones.
Et aussi improbable et idiot que cela puisse être dans une situation pareille, elle fut soulagée que ce ne soit pas Wulfran qui la menace de sa lame. Il avait eu raison et avait vraiment tenté de la protéger. Il n'avait donc pas menti sur toute la ligne. Peut-être qu'il disait vrai lorsqu'il disait ne plus vouloir aider Thérèse. Mais cela n'atténua pas la colère qu'elle ressentait à son égard pour avoir fomenté contre elle avec Thérèse par le passé.
Non pas que cela ait une importance quelconque à cet instant précis.
« - Pourquoi ? demanda-t-elle à Henry Jones en le regardant dans les yeux, en essayant de paraître la plus calme et détendue possible.
- Pourquoi ? répéta-t-il. Ose me dire que tu ne le sais pas !
- Je viens justement de vous le dire. »
La lame s'appuya brutalement un peu plus sur sa gorge et elle sentit un mince filet de sang couler et se perdre dans le col de sa chemise.
Henry Jones s'accroupit sans relâcher sa prise sur son arme. Il attrapa l'épée d'Ambre et la jeta au loin.
Merde.
Le pirate perçut le regard angoissé d'Ambre alors qu'il la privait de son seul moyen de défense et eut un rire amusé.
« - Tu pensais vraiment pouvoir t'en servir ? je ne suis pas idiot.
- Que me voulez-vous ? recommença la jeune fille, espérant gagner du temps pour…
Pour quoi d'ailleurs ?
- Tu m'as tourné en ridicule. J'ai perdu toute crédibilité à cause de toi et de… Wulfran. »
Il cracha ce dernier nom avec aigreur.
« - Je ne vois pas en quoi, répondit Ambre, sincère.
- Tu ne vois pas ? »
Il se rapprocha d'elle et elle put sentir son haleine avinée. Ses yeux luisaient d'un éclat mauvais et, pour la première fois depuis longtemps, elle eut peur. Il comptait la tuer mais elle n'était pas sûre que le simple fait de la voir morte le soulagerait du mal qu'elle avait pu lui faire. Elle se souvint de Thérèse et de l'état dans lequel elle avait été retrouvée et un long frisson parcourut son échine.
« - Toi et Wulfran m'avaient tourné en ridicule dans une taverne.
- Tourné en ridicule ? je vous ai juste empêché de le tuer. Avoir battu en retraite alors que nous étions une demi-douzaine n'a rien de déshonorant ! Il n'y a vraiment rien de… »
La claque fut tellement violente qu'elle vit des petites étoiles pendant quelques secondes.
« - Ce genre d'histoires passent peut-être pour d'autres pirates, mais pas pour quelqu'un comme moi. J'allais me rendre maître du Poséidon lorsque cette histoire est arrivée. Tous ceux qui étaient prêts à me suivre se sont dégonflés. Parce que je ne me suis pas mesuré à un groupe de gamins menés par une petite fille. Il m'a fallu plus d'un an pour reprendre mon statut et regagner la confiance des hommes pour qu'il y ait mutinerie et qu'ils m'élisent capitaine. On est revenu à Tortuga et j'ai débarqué les hommes contestataires. Et là ? qu'est-ce que j'apprend ? que, ivres morts, ils sont tombés sur un ange qui leur a trouvé un navire. Tous recrutés par Jack Sparrow. Et les voilà qui divulguent à qui veut l'entendre que je ne suis pas digne d'être capitaine, que j'ai gagné ce grade à force de menaces et que je me débarrasse de ceux qui sont contre moi.
- Mais c'est vrai, alors pourquoi… »
La main de Henry Jones vola de nouveau et Ambre sentit sa lèvre inférieure éclater.
« - Là n'est pas la question. Le problème est la crédibilité qu'ils apportent. Des marins rejetés et errants, ivres à longueur de journée par désespoir peuvent prêcher autant qu'ils le veulent, les gens cessent bientôt de les écouter. Et les histoires ne s'étendent pas. Mais là… est-ce que tu imagines seulement ce que tu as fait ? »
Ambre hocha lentement la tête, encore sonnée par le dernier coup. Mais elle comprenait désormais pourquoi Henry Jones lui en voulait à ce point. Les pirates qui avaient été débarqués avaient retrouvés un équipage à peine quelques jours plus tard. Ils n'avaient pas encore eu le temps de dépenser leur solde ou même de sombrer dans un désespoir apathique qui aurait servi Henry Jones. Ils avaient pu parler à leur nouveau capitaine, leur expliquer pourquoi ils étaient là. Ce n'était pas leur manque de compétence qui leur valait leur situation, juste leurs convictions. Et si Jack Sparrow les avait pris avec lui, cela voulait dire qu'implicitement, il trouvait immorale la conduite de Henry Jones. A moins qu'il ne cherchât désespérément un équipage, ce qui était sans doute l'explication la plus probable. Mais dans l'esprit des gens, c'était une dénonciation et les hommes nouvellement recrutés en tiraient une nouvelle force pour poursuivre leurs accusations. A partir de là, chacun prenait son parti. Et rares étaient ceux qui pouvaient justifier l'attitude de Henry Jones. Les mutineries étaient rarement acceptées. Si le capitaine n'était plus accepté de son équipage, un vote réglait l'affaire et cela se passait sans effusion de sang.
A peine Henry Jones avait-il pris le commandement de son vaisseau qu'il ne pouvait plus être accepté au sein de la communauté des capitaines.
« - … et depuis, mes hommes me rejettent la faute et ressortent cette histoire à la taverne comme une explication. Comme quoi je ne serais pas assez fort pour être capitaine. J'ai tout perdu à cause de vous. Enfin surtout à cause de toi.
- Pourquoi avoir tué Thérèse dans ce cas ? demanda Ambre.
- La blonde ? cracha Jones avec mépris. J'ai cru que c'était toi. Elle était avec Wulfran. Rien que le fait qu'il y existe une femme pirate est atterrant, je n'imaginais pas qu'il puisse en avoir deux. Mais ce coup-ci, reprit en affirmant sa prise sur son arme, je ne te raterais pas. »
Il fit glisser sa lame le long de la gorge d'Ambre qui poussa un petit cri de douleur et y laissa un fin sillon vermillon.
« - Et après toi, ça sera le tour de ton copain. Mes hommes, ceux qui m'obéissent encore, sont partis à sa recherche en ville. Pauvre de lui, il mourra dans une rixe entre ivrognes. Une mort tout à fait digne de lui.
- Wulfran ? pourquoi ? je suis la seule à…
- Par simple vengeance. J'ai tout perdu à cause de vous deux. Il est juste que vous payez tous les deux. Le prix sera juste plus lourd pour toi… »
Ambre déglutit difficilement en voyant le regard brillant de malveillance et de haine de Henry Jones posé sur elle. Vif comme un serpent, il l'attrapa par le col et la remit debout. Ambre s'accrocha à son avant-bras pour le faire lâcher prise mais il releva son épée et la pointa juste sous son menton. La jeune fille arrêta de se débattre.
« - Bien. Maintenant, dis-moi ce que tu n'aimerais pas que je te fasse…
- Que tu la touches encore une fois, » répondit une voix vibrante de rage derrière lui.
Henry Jones se retourna d'un bloc, sans toutefois lâcher sa prise sur Ambre. Un mince sourire lui étira les lèvres.
« - Le prince charmant vient à la rescousse ? demanda-t-il d'une voix onctueuse. Quel dommage qu'il ne puisse rien faire.
- Ce que tu crois, fit un Wulfran grondant en s'avançant, menaçant.
- Tût tût tût, dit Jones en enfonçant sa lame dans la gorge d'Ambre, faisant perler une nouvelle goutte de sang. Si tu t'approches, elle va mourir. Trop vite à mon goût mais tant pis. Au final, cela ne changera pas grand chose.
- Si tu tiens à la vie, lâche-la, ordonna Wulfran.
- Pourquoi ferais-je une chose pareille ? demanda Henry Jones, faussement intéressé.
- Parce que si tu la laisses partir, je t'accorde la vie sauve.
- Comme si tu pouvais me tuer. Freluquet prétentieux. »
Puis, d'un geste, il fit passer Ambre devant lui, lui serrant un bras dans le dos, sa lame toujours posée sur sa gorge. Wulfran serra les mâchoires lorsqu'il vit le sang qui maculait le cou d'Ambre et qui commençait à imbiber sa chemise. Ses doigts se refermèrent convulsivement sur la garde de son épée à s'en faire pâlir les jointures lorsqu'il découvrit sa lèvre ensanglantée et tuméfiée, ainsi qu'un œil qui virait déjà au violet sombre.
« - Je ne te le dirais pas deux fois, gronda Wulfran.
- Je ne te tuerais pas deux fois non plus, et tu m'en vois navré.
- Lâche-la.
- Une fois morte, avec plaisir.
- Fais ça et…
- Et quoi ? » le coupa Jones avec un sourire ravi.
Il attira Ambre encore plus près de lui et fourra sa tête dans son cou, sentit ses cheveux d'un air outrageusement satisfait sans lâcher Wulfran du regard. Ambre se raidit, son esprit travaillant à toute vitesse pour trouver une solution. Mais avec une arme sous la gorge, désarmée, elle ne voyait pas quoi faire. Elle lança un regard désespéré à Wulfran qui le lui rendit. Il ne pouvait pas attaquer Henry Jones tant qu'il se servait d'elle comme d'un bouclier et il pouvait très bien lui trancher la jugulaire d'un coup sec et rejeter son corps tout en adoptant une attitude de combat dans la seconde pour parer la première attaque de Wulfran. Ils étaient coincés et ils le savaient.
« - Lâche-la, » répéta encore une fois Wulfran, un accent désespéré dans la voix.
Son impuissance fit rire Henry Jones aux éclats.
Sans même réfléchir, Ambre se planta sur ses pieds et balança la tête en arrière. L'arrière de son crâne atteignit l'homme sur la pommette, pas suffisamment fort pour lui faire mal mais créa un instant de déconcentration. A peine Wulfran avait-il vu le premier mouvement d'Ambre qu'il s'était jeté en avant. Son épée transperça la gorge de Henry Jones tandis que son autre main attrapait la lame du pirate. Celui-ci regarda Wulfran, hébété, comprenant trop tard que son temps était fini. Un dernier sourire crispa ses lèvres lorsqu'il tenta de tirer son arme pour trancher les jugulaires d'Ambre mais celui-ci se figea lorsqu'il comprit que Wulfran tenait fermement la lame et l'empêchait de glisser. Leurs regards se croisèrent. Wulfran, plus coléreux que jamais, retira son arme d'un coup sec. Un flot de sang jaillit à sa suite. Les yeux de Henry Jones prirent un aspect vitreux et il relâcha son emprise sur Ambre. La jeune fille se dégagea en tremblant et recula de quelques pas.
Elle regarda le corps du pirate, en tas sur le sol comme une marionnette dont les fils auraient été coupés, sans réaliser ce qui venait de se passer, hébétée. Puis soudain, elle se retrouva enfermée dans une prison de muscles. Wulfran la serrait à l'étouffer.
« - Oh bordel, oh bordel. Je le savais, » murmurait-il dans ses cheveux.
Reprenant ses esprits peu à peu, Ambre se débattit pour réclamer de l'air. Wulfran desserra son étreinte à contre-cœur mais ne la lâcha pas. Il plongea son regard dans celui de la jeune fille et leva une main pour lui caresser la joue.
« - Tu n'as rien ? demanda-t-il.
N… nan, ça va. Je crois. »
Elle se mit soudain à trembler, mais quand Wulfran voulut lui prendre le visage entre ses mains pour qu'elle le regarde, elle se déroba soudain et recula. Elle avait l'air effrayée, hagarde. Il fit un pas vers elle mais elle lui fit signe de s'arrêter. Elle se laissa tomber par terre et s'assit en tailleur puis leva les yeux vers lui. Désobéissant à son ordre, il s'approcha et s'assit sur ses talons en face d'elle, sincèrement inquiet.
« - Comment… pourquoi… commença Ambre, perdue.
- Je t'ai vue sur le quai tout à l'heure, j'étais en train de discuter avec mon père.
- Pourquoi m'as-tu suivie ?
- Tu ne me croyais pas et tu étais seule. Je voulais être sûr que…
- Pourquoi ? pourquoi fais-tu ça ? je n'ai pas rêvé cette discussion avec Thérèse… finit-elle en criant, au bord des larmes.
- Je… je suis désolé pour ça. Sincèrement désolé.
- Ça ne répond pas à ma question.
- Thérèse ne t'a jamais aimée. Elle s'est servie de toi uniquement pour pouvoir arriver à ses fins. Et puis, elle a voulu se débarrasser de toi. Je n'étais que trop heureux de pouvoir l'aider. Mais…
- Mais quoi ?
- Tout a changé, répondit Wulfran.
- Qu'est-ce qui a changé ? répliqua Ambre. Tu me détestes toujours autant, tu…
- Nan. Je… tu m'énerves mais… je ne te déteste plus. Je n'ai plus de raison de le faire. Roberts a raison de te faire confiance. Tu mérites l'attention qu'il te porte, tu…
- Arrête. Arrête, » répéta Ambre en baissant la tête et en posant le front sur ses genoux, l'esprit en ébullition.
Wulfran posa un main légère sur son épaule et la força à redresser la tête.
« - Lorsque tu nous as surpris, je ne savais pas quoi dire d'autre. Elle aurait agi sans me prévenir si je l'avais laissée tomber : je lui ai dit que je l'aiderais pour pouvoir gagner du temps et trouver une solution.
- J'ai envie de te croire mais… murmura Ambre tandis que des larmes commençaient à couler.
- Crois-moi, je t'en prie. Je suis désolé. Tellement désolé… » répondit-il en l'attirant dans ses bras.
Ambre résista instinctivement mais céda en un instant, encore sous le choc. Ses larmes coulèrent avec plus de force et elle s'accrocha à la chemise de Wulfran, comme un naufragé à son radeau. Le jeune homme la laissa pleurer son content en lui caressant doucement ses cheveux de neige, l'entourant de ses bras. Puis brusquement, reprenant ses esprits, elle se dégagea de lui, les mains posées à plat sur son torse et les bras tendus pour mettre le plus de distance entre eux. Wulfran laissa lentement retomber ses bras le long de son corps, sans la lâcher du regard. Une seconde passa avant qu'elle ne cesse de maintenir cette barrière, sûre qu'il ne bougerait pas. Se faire réconforter par Wulfran dépassait ce que son esprit pouvait accepter après tout ce qui s'était passé entre eux.
Elle sécha ses larmes du revers de la main puis prit une profonde inspiration et se leva. Wulfran voulut l'aider mais elle l'ignora. Elle fit un détour pour éviter le cadavre de Henry Jones et chercha son épée dans la direction où il l'avait envoyée. Elle ne mit guère de temps à la retrouver, la lumière de la lune se reflétant doucement sur la lame à demi sortie de son fourreau. Elle la rattacha à sa ceinture. Wulfran attendit qu'elle eut fini et vint la rejoindre. Il lui posa une main sur l'épaule.
« - Viens, je te ramène chez toi. »
Ambre hocha lentement la tête en jetant un dernier coup d'œil au cadavre du pirate.
Wulfran passa un bras par-dessus ses épaules et l'entraîna avec lui. Elle le suivit passivement. Ils passèrent par le passage escarpé entre les rochers et rejoignirent bientôt le quai.
« - Tu devrais rester à bord de l'Ecumeur ce soir, lui dit Ambre, les premiers mots qu'elle prononçait depuis qu'ils avaient quitté les falaises.
- Pourquoi ?
- Ils te cherchent. Les hommes de Henry Jones. Il me l'a dit.
- Je te ramène chez toi et je me préoccuperais de ça après.
- Tu fais exactement comme moi, tu n'écoutes pas. »
Il fallut quelques instants à Wulfran pour comprendre où elle voulait en venir. C'est vrai que la situation se répétait, en inversée.
« - Je ne te laisse pas rentrer toute seule. Ils te connaissent aussi et tu ne me sembles pas en état de combattre. D'ailleurs, fais-moi voir ces coupures. »
Il obligea Ambre à s'arrêter et lui leva le menton. Son cou était balayé par trois entailles, heureusement peu profondes. Elles avaient saigné abondamment, mais c'était tout. Il eut un sourire moqueur.
« - Tu vas faire peur à Doris en rentrant. Tu devrais avoir honte de toi. »
Ambre se vengea d'un coup de coude dans les côtes qui arracha au jeune homme un grognement de douleur. Et brusquement, il éclata de rire, d'un rire totalement incongru en regard de ce qui venait de se passer. Ambre le foudroya de ses yeux de miel.
« - Quand je pense que pendant un moment, j'ai eu peur qu'il t'ait traumatisée à vie, mais non, tu réagis comme avant. »
La jeune fille sourit à son tour, d'un petit sourire mi-figue mi-raisin.
« - T'es con, dit-elle simplement.
- Je sais. »
Ils mirent un petit moment pour rejoindre la maison de Doris. Ambre insista pour emprunter des petites rues peu fréquentées où elle pensait que les pirates à la recherche de Wulfran ne le chercherait pas. Elles étaient effectivement désertes mais rallongèrent considérablement le trajet. En chemin, Ambre demanda comment il avait fait pour la retrouver. Qu'il ait suivi Henry Jones de loin, passe encore, mais qu'il ait réussi à la retrouver parmi tous les creux et bosses de la falaise l'étonnait.
« - Lui y a bien réussi, répliqua-t-il.
- …
- Je connais l'endroit où tu vas habituellement. Je t'y avais déjà retrouvée. J'espérais que tu y serais. Mais j'avouerais y être passé une première fois. Je ne t'y ai pas vue. »
A peine avait-il fini sa phrase qu'il la sentit se raidir.
« - Qu'est-ce que y'a ? fit-il, inquiet.
- Rien, dit-elle trop vite.
- Non, il n'y a pas rien. Dis-moi.
- … je t'ai entendu venir puis repartir. Et quelques minutes plus tard… »
Wulfran s'arrêta net. Il la regarda, atterré.
« - Il m'a suivi ? »
Ambre acquiesça sombrement. Henry Jones n'avait pas eu une chance divine.
Wulfran se renfrogna mais Ambre pouvait lire sur ses traits qu'il se sentait coupable.
« - Il m'aurait trouvée, même si ce n'était pas aujourd'hui, tenta-t-elle de le réconforter. Et je n'aurais peut-être pas eu d'arme ce jour-là. Ni un Wulfran caché dans les buissons…
- Je suis désolé.
- Tu n'as pas à l'être. »
Ils tournèrent à un dernier croisement et rejoignirent la petite place. Ambre se dégagea de son bras toujours passé par-dessus ses épaules. Wulfran ricana.
« - Tu as peur qu'ils s'imaginent des choses ?
- Non. Je ne veux pas qu'ils posent de questions auxquelles je n'ai pas de réponse. »
Alors qu'ils atteignaient la porte, Ambre aperçut un mouvement du coin de l'œil. Au fond de la ruelle d'en face qui menait à la place, elle aperçut deux visages, ovales blanchâtres sous la lumière de la lune. Elle fronça les sourcils, en proie au doute, et posa sa main sur la poignée. La porte s'ouvrit en grand à peine avait-elle commencé à baisser la poignée. Elle se retrouva nez à nez avec Fred. Il avait l'air furieux mais toute sa colère s'évanouit lorsqu'il vit l'état dans lequel rentrait Ambre.
« - Que s'est-il passé ? s'écria-t-il, rameutant son frère par la même occasion.
- Henry Jones l'a trouvée sur les falaises, répondit Wulfran. Je suis arrivé à temps. Enfin presque.
- Mais… où est-il ? demanda George, alarmé.
- Il est mort, répondit Ambre d'une voix atone.
- Je voulais la ramener saine et sauve, poursuivit Wulfran. Maintenant que c'est fait…
- Merci beaucoup, » remercièrent les jumeaux en chœur.
Wulfran n'avait pas franchi le seuil. Il adressa un signe de tête à Ambre puis fit demi-tour. Ambre pâlit au souvenir des hommes qu'elle avait vu dans la ruelle. Elle se précipita à sa suite et l'attrapa par la manche.
« - Attend !
- Qu'est-ce qu'il y a ? tu m'aimes tellement maintenant que tu ne veux plus que je parte ? répliqua-t-il avec son habituel sourire moqueur.
- Non, je… je n'ai pas confiance. J'ai vu des hommes là-bas, dit-elle en désignant le coin de la rue désormais désert. Je ne sais pas qui ils sont, ni ce qu'ils font, mais ça me paraît louche.
- Tu deviens trop gentille, tu sais ?
- Tu m'as sauvée la vie cette nuit, répliqua-t-elle, insensible à ses traits d'humour. Je préfère que tu ne prennes aucun risque. Reste ici cette nuit.
- C'est une invitation ?
- Dans tes rêves.
- Dans ce cas, d'accord. Mais c'est bien uniquement parce que ce soir, tu n'es pas dans ton état normal. »
Il sourit puis lui fit signe de la précéder. Lorsque la porte se referma derrière eux, les hommes cachés dans la ruelle ressortirent, frustrés. Cette occasion était ratée.
Ambre, Wulfran et les jumeaux se retrouvèrent dans le petit salon. Fred et George échangèrent un regard que surprit la jeune fille. Elle les pointa du doigt et dit d'un air sévère.
« - Pas de remarque de mauvais goût et le premier que j'entend pouffer, je l'étrangle.
- Jamais on n'aurait osé… » commença George
Un regard glacé le fit taire. Fred rigola tandis que Wulfran essayait de masquer un sourire hilare. Ambre leva les yeux au ciel puis prit une bougie dans le placard.
« - Que vas-tu faire avec ça ? lui demanda Fred.
- Je ne suis pas comme vous, je n'aime pas être couverte de sang, » répliqua Ambre avant de filer dans la petite pièce du fond qui servait de salle de bain.
Des bruits de bassine en fer déplacée et d'eau qui coule leur firent comprendre qu'ils ne verraient pas la jeune fille pendant le prochain quart d'heure. George se tourna vers Wulfran.
« - Alors si j'ai bien compris, tu restes ici cette nuit ?
- Elle m'y force.
- Tu t'es laissé convaincre facilement, je note, le taquina Fred en se curant les ongles, l'air de rien.
- Elle dit avoir vu des hommes dans la ruelle d'à côté et Jones en avait envoyés après moi. Dans le doute, elle ne voulait pas me laisser filer jusqu'au port.
- Elle a eu raison, répondit Doris, en chemise de nuit en haut de l'escalier. Que s'est-il passé ? où est Ambre ?
- Ne t'inquiète pas maman, tout va bien. Elle se nettoie.
- On t'expliquera demain. Ce soir, je crois que nous sommes tous trop fatigués pour donner des explications.
- Allez viens Wulfran, qu'on te montre tes nouveaux quartiers. »
Doris regarda les garçons, inquiète puis haussa les épaules. Ils ne lui cacheraient rien s'il s'était produit quelque chose de vraiment grave. Ses fils lui avaient parlé de Henry Jones et des soupçons de Wulfran et elle comptait en parler à Ambre si jamais celle-ci refusait d'écouter les jumeaux. De plus, si elle était saine et sauve, elle n'avait pas à se faire du soucis. Elle n'endosserait son rôle de mère poule que le lendemain. Elle retourna donc se coucher.
Les jumeaux entraînèrent Wulfran à leur suite. Ils prirent au passage dans l'armoire du couloir une couverture et des draps. Une fois dans la chambre, ils donnèrent le tout au jeune homme et lui désignèrent un lit.
« - Takashi s'est trouvé une nouvelle donzelle, donc tu as même le droit à un lit. Sinon c'était le canapé en bas.
- Il faudra que je pense à remercier cette demoiselle alors… »
A peine le lit fait et un Wulfran affalé dessus que la porte de la chambre s'ouvrit. Ambre entra doucement et, voyant toutes les bougies encore allumées, se permit d'être moins discrète. Wulfran la contempla : elle n'avait revêtu qu'une simple chemise empruntée à un des jumeaux qui laissait voir ses jambes fines. Elle s'était lavée les cheveux et ceux-ci, encore humides, lui descendaient jusque dans le creux des reins. Il se secoua et se s'arracha à sa contemplation. Il ne voulait pas s'attirer des commentaires moqueurs des jumeaux et encore moins une remarque d'Ambre.
Ambre traversa la pièce et s'arrêta au milieu. Elle jeta un coup d'œil sur Wulfran installé dans leur chambre pendant un instant mais ne fit aucun commentaire. Après tout, c'était elle qui avait voulu qu'il reste. Elle gagna son lit et s'y laissa tomber de tout son long. Avec un effort, elle adopta une position plus confortable. Elle réarrangea son coussin et ferma les yeux.
Wulfran la regarda. Son cou ne portait plus de traces de sang mais on voyait nettement les coupures que Henry Jones lui avait infligées. Son œil droit était tuméfié et violacé, de même que ses lèvres. Il serra les dents. Si seulement…
Un coup de pied venant de George l'arracha à ses pensées.
« - Arrête un peu ou elle va changer d'avis et te foutre dehors, plaisanta-t-il.
- Tu n'aurais pas pu faire mieux, lui murmura Fred plus sérieusement. Dors.
- Un jour, je saurais comment vous faites, répondit Wulfran dans un chuchotement.
- Faire quoi ?
- Deviner à quoi je pense à certains moments précis alors que j'en ai pas envie…
- Ah ça… un don pour emmerder le monde. »
Fred lui sourit puis se laissa tomber sur son coussin. George souffla sur la bougie et plongea la pièce surpeuplée dans le noir. Wulfran garda les yeux ouverts dans l'obscurité longtemps après que les ronflements des jumeaux lui signalent que Morphée avait fait son œuvre, à ressasser ce qui s'était passé. Il n'avait pas menti, la situation avait vraiment changé avec Ambre mais il n'arrivait pas à voir jusqu'à quel point. Et cela l'effrayait. Il ne parvint à s'endormir que lorsque l'aube pointa à l'horizon, épuisé par toutes ses réflexions et ses aventures de la nuit.
******
23h et des broutilles. Il est temps d'aller faire dodo. Parce que demain c'est dimanche mais je bosse. La fille maso qui prolonge son stage même au dimanche.
Enfin voilà. Un nouveau chapitre qui m'a bien amusée, j'avoue. Le suivant est commencé, mais comme le stage est lui aussi commencé, ça va attendre un petit peu. Mais je vous rassure, ce sont les grandes vacances aussi pour moi (enfin presque) ! miracle !
Et dites-moi ce que vous en pensez, comme toujours.
Et pour ceux qui ont peur et qui me demande si j'abandonne, la réponse est non. C'est juste que j'ai beaucoup moins de temps qu'avant et plus de trucs à faire. J'ai la fin et tout et je compte bien l'écrire !
