Titre du chapitre : L'affaire d'un rapprochement, l'affaire du mutant ultra-sensitif.
La Situation : Une semaine après le chapitre précédant plus ou moins.
Commentaire de l'auteur : Petit chapitre. Le suivant vient bientôt. J'espère que vous aimerez. Merci à tous ceux qui lisent et commentent. Ça envoie du pâté comme dit mon frère.
Mélanie baissait toujours la tête en pénétrant la cours de son lycée. Autour d'elle les autres adolescents discutaient en groupe. Elle fixait le sol en courbant le dos, pour être aussi invisible que possible. Certains jeunes se sentent oppressés par ces murmures, en se demandant s'ils ont quelques choses de travers, un pantalon sale, les cheveux broussailleux, des bourrelets qui se vomissent de leur hauts. Elle ne se posait pas ses questions : elle n'en avait pas besoin. Chaque son arrivait à son oreille, chaque parole s'enregistrait dans son cerveau et y résonnait lourdement. Quand plusieurs chuchotements s'infiltraient en elle, les mots se faisaient la guerre pour savoir lequel sera le plus bruyant. Aussi, quand il y avait autant de monde autour d'elle, Mélanie rêvait de s'évaporer quelque part où le silence régnerait.
Ses journées au lycée se suivaient et se ressemblaient comme un long fil d'eau. Elle évitait le contact des autres, physique, oral ou encore visuel, les autres l'ignoraient royalement. Elle ne pouvait presque pas avoir de conversation avec un autre être humain : si des sons confus et faibles lui paraissaient déjà trop forts, entendre quelqu'un lui parler avec un voix normale était une véritable torture. Un jour une fille a voulu l'accoster : elle lui a tendu une main chaleureuse en se présentant. Mélanie hurla aussi fort qu'elle en était capable pour couvrir le son. Quand elle ne put s'égosiller davantage, ce fut la première fois qu'un véritable silence régna dans le lycée. Elle souffrit deux jours d'un mal de crâne atroce, en plus des regards moqueurs des élèves qui la pensaient folle. Elle même n'essayait même pas de s'expliquer : elle avait tellement peur de s'assourdir avec sa propre voix qu'elle ne la levait jamais assez haute pour que les autres la comprennent. Cela avait commencé il y avait trois ans environs, à ses treize ans.
Pourtant, elle se sentait nostalgique de cette époque, parce que sa malédiction comme elle l'avait nommée ne s'arrêtait pas de si bon chemin : depuis quelque temps, lorsqu'elle regardait quelque chose, le moindre détail apparaissait. Lorsqu'elle regardait dans les yeux de quelqu'un, elle s'y perdait tout bonnement, et on devait la secouer violemment pour qu'elle réalise à nouveau le monde comme il était.
La dernière folie de ce corps incohérent, elle la découvrit quand son père caressait ses cheveux avec tendresse. Un frisson parcourut alors tous ses membres, elle ressentait la chaleur de ses doigts sur chaque parcelles de sa peau. Elle monta alors la tête sur son géniteur, les yeux humides et fermés avant de lui demander dans un murmure à peine audible :
« Est-ce qu'un jour on va venir me sauver? »
Comme réponse son père l'enlaça, sans comprendre les tremblements de sa fille. Elle étouffait avec tous ce tissu et cette peau contre elle, ses muscles se contractaient alors que son corps entier convulsait. Elle aurait pu lui dire de la lâcher, mais elle avait bien trop peur de perdre une des dernières personnes à l'aimer.
A partir de ce jour, son père chercha comment la soulager : des boules " quies " pour affaiblir son ouïe, des lunettes pour brouiller sa vue, des gants discrets pour ses mains. Il lui promit même d'apprendre le langage des signes si elle n'osait plus lui parler. Vincent pouvait se targuer d'être un bon père. Il donnerait tout pour sa fille. Il avait payé de nombreux médecins pour l'examiner, mais les examens semblaient être de véritables tourments pour sa fille. Tout l'argent qu'il possédait – une fortune intéressante depuis le départ de sa femme, avouons-le – n'arrivait pas à faire le bonheur de Mélanie.
Un jour, l'espoir frappa cependant à leur porte. Vincent alla ouvrir,il était peu habitué à recevoir de la visite : entre son travail de notaire et sa fille, sa vie sociale ressemblait à un désert, de même que pour Mélanie. Deux hommes se tenaient devant sa porte, il ne les avait jamais vu. L'idée qu'ils soient des clients lui traversa l'esprit, mais ils connaissaient chaque dossier par cœur, donc ne fut pas retenue.
« Je m'appelle Charles Xavier, se présenta le plus petit.
- Erik Lensherr. »
Il n'avait jamais entendu ses noms, et ne pensait pas avoir le temps pour deux religieux en manque de bonne poire pour les nourrir.
« Rassurez-vous, nous n'appartenons à aucunes sectes et ne sommes même pas de la même religions, sourit le dénommé Charles. »
Vincent fronça les sourcils. Une coïncidence sûrement. Le plus grand des deux expliqua alors :
« En vérité, nous sommes là pour votre fille, peut-on la voir s'il vous plaît?
- Avec vous, évidemment. »
Mélanie arriva à ce moment, ses boules quies dans les oreilles, mais entendant tout de même les trois hommes discuter. Son père l'interrogea du regard.
« Elle ne nous connaît pas, poursuivit Charles. Pour l'instant.
- Si vous êtes des enseignants de son lycée, je peux vous expliquer son comportement...
- Ah vous le pouvez? Questionna Erik avec un air presque sarcastique qui lui valu un coup de coude de son ami.
- Nous sommes enseignants, mais pas dans l'école de votre enfant. Notre école est plus spécialisée pour les gens aux aptitudes extraordinaires. Erik, je vais avoir une conversation avec cette jeune fille, explique la situation à son père. »
Charles posa sa main sur la tempe et entra dans le cerveau de sa futur élève potentielle. Dans sa tête, il parla calmement.
« Bonjour, je suis Charles Xavier, et je suis comme vous : un mutant. Une personne aux gênes plus évolués qui permettent d'avoir des capacités incroyables. Dans mon cas, je suis télépathe, c'est pour cela que vous m'entendez sans avoir mal au crâne. Il vous suffit de penser pour me répondre.
- Vous m'entendez là?
- Aussi discernement que possible. »
Mélanie croyait rêver : pour la première fois depuis plusieurs années, elle communiquait avec un autre être humain sans douleur et en plus, quand elle répondait, il l'entendait et lui répondait à son tour.
« C'est génial ! Vous... Vous m'entendez toujours? Nous pouvons bavarder ensemble comme ça?
- Bien sur. C'est pour te parler que le professeur Lensherr et moi même sommes ici.
- Alors vous êtes les bienvenus ! Ce que vous avez dit avant... La malédiction frappe d'autres personnes? Ils y a d'autres gens comme nous?
- Il y a de plus en plus d'humains avec des capacités inimaginables. Mon ami et moi avons décidé de chercher les plus jeunes pour leur proposer de se réunir chez nous pour habiter avec nous et apprendre à maîtriser leur pouvoir.
- Vous voulez que je vienne avec vous?
- Dans notre école, tu n'auras plus jamais à souffrir des autres. On te construira de quoi régler la puissance de tes oreilles, et des lentilles spéciales pour tes yeux. Progressivement tu maîtriseras tes pouvoirs par toi même, mais ce serait plus pratique non?
- Je dois en parler avec mon père, mais ce que vous me dites là c'est... Merveilleux ! »
Charles sortit de son esprit, et aussitôt Mélanie vint se poser un instant contre lui pour le remercier, reculant aussi vite qu'elle l'avait touché. Vincent eut un hoquet de surprise, mais Erik le rassura avec un sourire confiant. Le jeune femme s'approcha de son père, souriante pour la première fois, le regardant avec espoir au travers de ses lunettes. Elle ouvrait la bouche pour communiquer, mais comme toujours des soupirs s'extirpaient de sa gorge avec difficulté.
« Je lui ai parlé de l'école, elle a l'air plutôt d'accord.
- Vous voulez dire... Vous étiez vraiment dans sa tête? »
Vincent observa sa fille qui hochait vivement la tête.
« Comme je vous l'ai dit, vous pouvez visiter les locaux immédiatement si vous le souhaitez. »
Le père sembla hésiter, mais sa fille prit sa main au travers de ses gants et le dirigea vers la sortie en gratifiant Erik et Charles de sourires.
Deux jours plus tard, elle emménageait, changeait son lycée pour l'école la plus proche de la pension, et s'armait de la dernière technologie de Hank pour pouvoir s'adapter au monde. Une semaine plus tard, elle pouvait parler avec d'autres personnes.
Les deux directeurs étaient fiers d'eux. Leur pension se remplissait. A la prochaine année scolaire, ils la transformeraient certainement en école. Comme souvent, ils dînèrent ensemble, en tête à tête. Ils utilisaient ces moments pour parler des élèves et de gestion.
« Au fait, on a un généreux donateur depuis quelques temps : le père de Mélanie trouve notre projet génial et tient à offrir de l'argent tout les mois, selon ses dépenses. Des sommes coquettes, informa Erik en buvant sa bière.
- Il ne faudrait pas qu'il se ruine non plus. Mais c'est normal qu'il nous aide à sa façon s'il juge qu'on le mérite. C'est vrai que Mélanie fait de gros progrès en plus avec nous.
- Avec toi tu veux dire ! Elle rayonne depuis que vous faites vos séances de communications par télépathie.
- Elle rayonne parce qu'elle se sent entourée et protégée ici. »
Erik se demanda si Charles n'avait vraiment pas réalisé que Mélanie avait un fort penchant pour lui. Il n'avait pas vraiment de problème avec ça : tomber amoureuse d'un enseignant à son âge n'avait rien de très étonnant, d'autant plus que Charles n'avait pas dix ans de plus qu'elle et était très séduisant. Oui, Erik pouvait très bien comprendre qu'on aime Charles. Il se décida à lui faire comprendre les sentiments de la jeune fille subtilement.
« De quoi vous parlez pendant tout ce temps au fait?
- De nos journées respectives, de ses amis, de son rapport aux autres. Je fais plus psychologue que professeur en fait la plupart du temps.
- De ses petits amis? »
Charles manqua de recracher sa boisson. Pas assez subtil semblerait-il.
« Pardon?
- C'est une jolie jeune fille, sociale du moment qu'elle porte un son appareil auditif, ce serait donc normal qu'elle...
- Tu la trouves à ton goût? Coupa Charles les yeux écarquillés. »
Bien sur, le télépathe pouvait considérer qu'on s'intéresse à cette jeune femme, mais cette idée l'irritait. Ou plutôt, l'imaginer avec Erik l'irritait. Il ne le comprenait pas vraiment : certes elle était plaisante, mais trop jeune ! Et une élève en plus? Ce n'était pas le genre de son collègue : il lui avait prouvé avec Raven. Plusieurs hypothèse s'insinuèrent dans son cerveau, et celle de la frustration sexuelle en premiers abords.
« Ce n'est pas ce que j'ai voulu dire.
- Erik, depuis combien de temps n'as-tu plus été avec une femme? »
La tournure de la situation ne plaisait pas au polonais. Il y avait un mal entendu énorme, et parler de son passé amoureux n'était pas vraiment son but. Surtout pas avec Charles d'ailleurs.
« On s'est mal compris je crois. Elle...
- Tu devrais sortir plus souvent je pense, c'est vrai, on est tout les deux des hommes, et on sait ce que des fois, on a des choses à faire pour...
- Stop Charles, ne dis pas un mot de plus. »
Bon sang, il allait mourir de gêne. En plus, son ami ne s'arrêtait pas, se levant même, comme pour donner un cours.
« Je peux comprendre que tu dois extérioriser ces pulsions qui sont le commun de tous les hommes bien sûr, mais toujours est-il que ce serait plus sain si tu avais quelqu'un pour faire sortir tout ça, tu vois? Quelqu'un de ton âge, qui n'est pas une... »
Erik s'était levé pour poser son doigt sur la bouche de Charles afin qu'il se taise finalement. Le télépathe s'immobilisa en le regardant avec interrogation. Il n'avait jamais eu l'occasion de voir ses yeux d'aussi près. Leur couleur virait entre le bleu, le vert et le gris, si bien qu'il se demanda si c'était son ami qui pouvait les changer pour les rendre plus captivant. Plongé dans cet pluie de nuances froides, Charles avait l'impression que tout son corps se détendait. Une sensation qui lui manquait depuis que la pension fonctionnait.
Ses bras descendirent le long de son corps sans qu'aucun des deux le remarque, trop enivré par leur contact visuel. Le doigt de son ami, toujours sur ses lèvres, apportait une dimension intime à ce moment. Il avait l'impression de vivre un échange bien plus important que lui même.
Le polonais expirait chaudement. Son trouble se lisait sur son visage. Charles lui semblait tellement à sa portée. Il lui aurait suffit d'approcher ses lèvres, de l'embrasser, de le faire sien. Il résistait à ses idées en s'imaginant vaguement les réactions négatives que pourraient avoir son ami.
Il n'avait pas envie de briser cet instant magique. Pourtant quand son index commença à parcourir les lèvres colorées de Charles sans même qu'il ne l'ait voulu, il comprit qu'il fallait qu'il s'éloigne. Ne pas faire d'erreur. Pas encore. Il retira sa main du visage de son ami et fit un pas en arrière.
« Mélanie, elle est amoureuse de toi, c'est ce que j'essayais de te faire comprendre. Pour le reste, je n'ai aucun problème à me maîtriser. »
Quand Charles se reconnecta à la réalité, se fut à son tour d'être mal à l'aise. Il avait presque fait un cours d'éducation sexuelle à son ami.
« Donc je pensais que tu devrais lui parler. »
Oui, Erik aurait pu se moquer de son ami. Surtout qu'en réalisant son erreur, il avait pris la teinte d'un coquelicot. Seulement, la scène plus que gênante entre eux lui interdisait de revenir dessus.
Ils devaient tous les deux se l'avouer : une proximité embarrassante se développait entre eux. Un peu d'espoir pour un contrôleur de métal.
