Chapitre I
Campell
Frotter, frotter et encore frotter. Depuis quand n'avais-je pas eu une nuit complète? Je me relevai époussetant ma longue jupe et regardais par les grandes fenêtres de la pièce. Le soleil commençait doucement son ascension, le ciel était un parfait mélange de bleu nuit, de rose, d'orange, de violet et de tant d'autres couleurs que je ne pouvais toutes les citer. Ce phénomène ne dura que quelques minutes seulement. Spectacle magnifique aux yeux des chanceux. De fins nuages se formaient dans le ciel déjà près à cacher le soleil. Je soupirais. Une journée s'achevait, une autre débutait.
Mon regard dériva sur la grande pièce dans laquelle je me trouvais. La partie cuisine se trouvait dans un coin de la pièce, le comptoir séparait le coin cuisine et salle à manger. La cuisine n'était pas très luxueuse mais possédait le stricte nécessaire. La salle à manger était composée de deux ranger de tables en vieux bois, où trônait parfois un vase avec une fleur solitaire. Espoir fou d'apporter un peu de gaité dans cette prison. La peinture sur les murs s'écaillait, laissant des vides noirs dans le mur blanc. Le sol en bois, si vieux que tout le monde avait peur qu'il ne s'écroule un jour, il craquait sous nos pas prudents, bruit devenu insignifiant au fil des années. Les grandes fenêtres qui donnaient sur la rue n'étaient ni propre, ni sale. J'avais abandonné de leur rendre leur brillance d'antan. Un jour j'avais eu la folle idée de retaper la maison dans toute son intégralité, idée envolée après la constatation qu'il aurait fallut la démolir.
L'orphelinat de Campell était très ancien, insalubre, aucun enfant ne devrait vivre dans ce genre d'endroit. Mais où aurions nous vécu? Dans les rues? Nous n'aurions pas survécus, les plus jeunes auraient succombés à la maladie, les plus résistants les auraient suivis peu de temps après. Donc pour échapper à ce taux de mortalité infantile, les habitants avaient décidés de garder l'orphelinat – même délabré – tant qu'il était sur pied et protégeait les enfants abandonnés, il resterait.
J'attachais mes long cheveux bruns dans un chignon malhabile et commençai à préparer le petit déjeuné pour toute la maisonnée. Je n'avais jamais considéré cet orphelinat comme ma maison; bien que j'y ais vécu depuis toujours. Je la voyais plus comme une prison où mon rôle serait de jouer les cendrillon. Mais comme le disait si bien Mère Denise – étant l'aînée et que je ne servais à rien – je devais participer au bien être de notre grande « famille ». Alors que je mettais les couverts sur les différentes tables en bois, j'entendis la porte de la chambre de la doyenne s'ouvrir dans un grincement agaçant.
Et bien déjà levée? Me demanda innocemment Mère Denise.
Mère Denise, cette femme nous obligeait à l'appeler ainsi depuis le plus jeune âge. Elle n'était pas très jeune, ni très vieille, personne à Campell ne connaissait son âge. Mère Denise était grande au teint ambré, des cheveux bruns, roux, blond, sa variait au fil des jours. Ses yeux bleus devenaient plus clair avec les années, virant au gris orageux. La seule chose qu'elle savait faire était de donner des ordres et de flirter avec des hommes plus riches les uns que les autres. C'était une femme avare, sans scrupule et méprisable. On ne nous adoptait pas, mais on nous achetait comme du vulgaire bétail qu'on mettrait sur le marché. Les adultes préféraient les plus petits, sans souvenirs, c'était plus facile de les élever. Dans mon cas, c'était complètement l'inverse, mais je m'y étais faite. Elle me donnait un toit, je pouvait bien m'occuper de la maison, non?
Bonjour Mère Denise, bien dormi?
Mmh. Va réveiller les gamins. Une femme charmante n'est-ce pas?
La tête baissée je sortis de la pièce plus vite que mon ombre. Je montai à l'étage et pénétrai dans la première chambre. J'ouvris doucement la porte et me dirigeai vers les fenêtres closes. J'ouvris en grand les rideaux et ouvris les volets. Une chose que j'avais appris avec les garçons d'ici, ne pas les ménager. Résultat? Concluant. Certes, ils râlaient tous, mais consentirent à se lever. Je répétais la même chose pour les autres chambres restantes de cet étage et partie pour l'étage des filles. J'entrais dans la chambre la plus proche et leur dis qu'il était l'heure de se lever tout en ouvrant les volets. La même chose pour les chambres suivantes. C'était encore embrumés par le sommeil que les enfants descendirent pour prendre leur petit déjeuné. Tous s'assirent à leurs tables habituels, puis le silence fit place aux bavardages de petits déjà bien en forme. Heureusement que Mère Denise n'était plus dans la salle à manger, elle aurait criée à en perdre la voix à cause du bruit et de l'agitation croissantes que produisaient les enfants.
- Tu aurais dû me réveiller pour que je puisse t'aider. Me réprimanda gentiment Éloïse. La deuxième après moi; elle fêterait ses 16 ans au printemps. Donc je n'étais pas seule dans cette situation...de servitude?
Éloïse était plus grande que moi, des cheveux blonds avec des mèches brunes. De grands yeux bleus, un teint crémeux. Elle possédait encore ce visage d'enfant, cette bouille craquante à laquelle on ne pouvait pas résister. Tout dans ses gestes, dans ses expressions rappelaient une fillette de six ans. Alors quand je l'avais vu endormie paisiblement après une journée éreintante, je n'avais pas eu le cœur à la réveiller.
- Je n'en ais pas eu le cœur.
- J'ai faim, allons manger. La blonde me prit par le bras et nous emmena à la table où deux places restaient vacantes. C'est donc dans la bonne humeur que se passa le petit déjeuné.
Aidée d'Éloïse, je débarrassai les tables, j'empilai les assiettes et mis les verres sur le plateau. Celui-ci bien rempli je l'emmenai en cuisine, en faisant très attention de ne pas le faire tomber par terre. À nous deux, nous fîmes la vaisselle en un rien de temps. Éloïse monta pour voir si il n'y avait pas de problème en haut alors que moi je continuais de nettoyer la salle à manger.
Dring!
La clochette de Mère Denise retentit dans tout l'orphelinat, signifiant qu'elle sortait. Moment où elle nous donnait les tâches de la journée et des jours où elle serait absente. Bien que Éloïse et moi, nous nous débrouillions très bien toutes seules. Quand je pénétrais dans le hall d'entrée, tout le monde se mettait en ligne devant la doyenne. Je pris place calmement à côté de Mère Denise.
- Bonjour les enfants. Sourit faussement la doyenne.
- Bonjour Mère Denise. Dirent en parfaite synchronisation les chérubins devant elle.
Dans leur regard on distinguait déjà cette grande lassitude de cette scène qui se répétait tous les jours depuis dieu sait quand. Lasse de l'attitude de cette femme tout simplement fausse.
- Bella, ma chérie tu m'accompagnes dehors? Plus un ordre qu'une demande, je hochais la tête pour seule réponse.
Je suivis Mère Denise jusqu'au portail, elle se retourna vers moi et me tendit la liste des choses que nous devions faire aujourd'hui.
- Je ne serais pas là pendant quelques jours, n'en profité pas pour faire ce que bon vous semble. Au moindre écart de votre part je serais au courant, et tu sais ce qui t'attends, n'est-ce pas? Se serait dommage de gâcher un si beau minois. Je frissonnais.
- Oui Mère Denise. Ma voix devenue tremblante face à ses menaces non dissimulées.
- Gentille petite.
La doyenne se retourna quand un véhicule klaxonna, elle partie en courant comme une potiche jusqu'à la voiture. Elle me lança un regard noir avant de s'engouffrer dans la vieille berline noir...et disparue. Je retournais dans la maison, personne n'avait bougé, attendant le verdict. La joie due se lire dans mes yeux car tout le monde se mit à crier et sauter dans tous les sens. Libre. Pendant quelques jours nous étions libre.
Alors que tout le monde vaquait à ses occupations je montais dans ma chambre me changeais pour aller au marché. Malgré la liberté nouvellement retrouvée, le moulin n'allait pas tourné tout seul. Je mis une robe d'un bleu délavé, le bas était sale et déchiré par endroit. Je brossais à la va vite ma longue chevelure – elle m'arrivait au niveau des fesses – Mère Denise nous disait de nous débrouiller pour ce genre de problème, donc Éloïse et moi nous nous occupions de couper les cheveux devenant trop long des enfants quand ils le réclamaient. Je descendis les marches vieillis par le temps deux à deux, prenant au passage le grand panier en osier.
- Bella, je peux venir avec toi? Me demanda la petite Lola.
Lola avait 6ans, sa grand mère – seule parente – était décédée l'an passé, alors l'orphelinat l'avait accueillit. Lola était une petite brune aux yeux verts. Elle portait une petite robe bleu, des collants blancs avec des ballerines de même couleur que la robe. Je lui souris et lui tendis ma main qu'elle prit presque immédiatement. J'avertis à Éloïse que je sortais et partie accompagnée de Lola vers le marché.
Malgré les épais nuages, il faisait très chaud, le temps était lourd mais agréable. Nous passâmes devant la maison des Whitlock, c'était la famille la plus ancienne du village, tout le monde connaissait l'histoire de cette famille, mais bientôt la famille y résidant allait déménager dans la ville d'à côté.
Lola et moi rentrâmes vers les coups de midi, parfait pour préparer le déjeuner. Je déposais le panier remplit de diverses choses et montait me rafraîchir. Je redescendis en cuisine pour ranger ce que nous avions achetés avec Lola. J'aimais beaucoup cuisiner, chose qu'Éloïse détestait faire, ce fut dans la bonne humeur que je m'attelais à faire 20 pains garnis. Je devais respecter les souhaits de chacun – mais ils n'étaient pas difficiles – et leur besoin. Certains étaient allergique à des aliments spécifiques, d'autre avaient besoin de plus de lactose, de protéines, mais avec le temps ça venait naturellement. Je déposais les pains terminés sur le plateau et sortis les verres que je mis sur le comptoir à côté des sandwichs que j'avais pris soin d'emballer avec des étiquettes avec les noms des enfants.
J'allais dans le jardin à l'arrière, je crus m'évanouir quand je vis l'état des garçons recouverts de terre. Je leur dis de filer à la douche avant d'aller manger. Je montais au second pour trouver les filles en train de jouer tranquillement et parler de leurs avenirs, je les informai que leur déjeuné les attendait en bas. Elles se levèrent et descendis dans des cris de joie. Je souriais, mais déchantais. Pourquoi? Les rêves de ses petites filles deviendraient inaccessibles, intouchables. Campell n'offrait pas de vie futur aux orphelins, il fallait partir, partir loin. Mais nous avions la chance de pouvoir aller à l'école. Une chance. Pensais-je.
Je secouais la tête repartie vers la cuisine. Les garçons étaient tous lavés et assis en train d'attendre avec impatience le repas et les filles chahutais gentiment de leur côté. Je fus rejoins par Éloïse pour prendre le second plateau et nous commençâmes à servir le déjeuné. Ceci fait, mon amie et moi nous mîmes derrière le comptoir pour avoir une vue globale sur la salle.
- Alors que comptes-tu faire? Me demanda-t-elle.
- Le ménage et lire si j'en ais l'occasion et toi? Lui demandais-je, entamant mon sandwich.
- Tu es étrange. On n'ait libre pendant quelques jours et tu comptes combler cette liberté par des tâches ménagères? Tu n'es pas une femme à tout faire, Bella, cette vieille vipère se sert de toi.
Je ne répondis pas, cette « vielle vipère » comme elle le disait si bien, s'était – même à contre cœur – occupée du bébé que j'étais. Elle m'avait nourrit, habillé, mit un toit sur la tête. Mère Denise avait fait ce que mes parents avaient été dans l'incapacité de faire. La seule chose que je regrettais vraiment, c'était de ne pas connaître le sentiment d'être aimé, de cet amour maternelle, protecteur et bienfaiteur. Amour que toute nouvelle mère possédait quand on leur mettait ce bébé – qu'elles avaient pendant neuf mois portées en elle – dans leurs bras aimants. Mes parents m'avaient-ils aimés? J'aimais penser qu'ils n'avaient pas eu d'autre choix de me laisser devant cette grande porte en bois.
- Passons, moi j'ai un rendez-vous. M'informa-t-elle en tapant dans ses mains, excitée.
- Et qui est le chanceux? Demandais-je, heureuse qu'on ne s'éternise par sur mon cas.
- Jonathan Green. Dit-elle rêveuse.
Jonathan était une personne très...physique dans le sens où il faisait beaucoup de sport – un cavalier hors paire – et faisait attention à son apparence. Ce n'était pas une personne loquace mais il était très intelligent. Il était de deux ans mon aîné. La première fois que je l'ais rencontré c'était quand j'avais coupé à travers champs après les cours et m'étais arrêtée à cause d'un sublime cheval. J'avais toujours été émerveillée par ses animaux fiers. L'animal était scellé pourtant il n'y avait pas de cavalier, alors que j'allais partir j'étais tombée – au sens propre du terme – sur lui. Nous avions juste échangés nos noms et depuis ce jour là, nous nous saluions et discutions quand l'occasion nous le permettait. Jonathan m'avait proposé de m'apprendre à monter mais je savais que Mère Denise aurait été contre; donc ce fut sans joie que j'avais refusé son offre. C'était un garçon bien pour Éloïse, droit, drôle, fidèle malgré sa réputation de Dom Juan, gentil et très respectueux.
- C'est un bon choix. Dis-je simplement.
- Ça ne te gène pas que je te laisse toute seule? Me demanda-elle, inquiète.
- Mais non, à quelle heure dois-tu le rejoindre?
- Dans une heure, donc je dois commencer à me préparer.
Éloïse sauta du comptoir où nous étions perchées toutes les deux et couru vers le couloir avant de s'arrêter brusquement. Je me relevais et la regardais interrogative. Elle se jeta dans mes bras et me souffla un merci plein de gratitude. Elle se dirigea vers sa chambre chantant une chanson que je ne connaissais pas, et je rigolais devant tant d'innocence. Les filles ayant compris l'attitude d'Éloïse se précipitèrent avec elle dans sa chambre, alors que les garçons les regardaient partir, l'air de dire qu'elles étaient folles. L'amour est la plus douce des folie. Pensais-je.
Les garçons sortirent de table et allèrent dans le jardin jouer à je ne sais quel jeu, mais je pariais qu'ils reviendraient encore plus sale que tout à l'heure. Je débarrassais les tables des emballage désormais vide quand la porte s'ouvrit laissant apparaître l'adjoint du shérif.
- Coucou Bell's. Me salua chaleureusement celui-ci. Je meurs de faim. Dit-il en s'asseyant au comptoir.
- Bonjour, Tom. Tu sais que c'est un orphelinat et pas un bar/restaurant ici?
- Bien sûr mais j'adore ta cuisine.
- Fais attention je pourrais le rapporter à Ambre – sa fiancée. Rigolais-je. Que veux-tu? Lui demandais-je en mettant mes coudes sur la matière lisse du comptoir, le visage dans les mains.
- Je vois que tu leur à fais des sandwichs, j'en voudrais bien un s'il te plaît. Et un café, merci.
Tom venait de fêter ses 24ans et il allait bientôt se marier avec Ambre Whitlock, la benjamine de la famille. Depuis un an il passait à l'orphelinat pour prendre son déjeuné – quand la doyenne n'était pas là s'entend. On discutait beaucoup tous les deux, il me donnait des nouvelles de ce qu'il se passait en ville, des rumeurs, de ce qu'il faisait au travail, etc... Tom me considérait comme sa petite sœur et moi comme le grand grand frère que je n'avais jamais eu. Mais bientôt je devrais lui dire au revoir. Ambre n'en pouvait plus de Campell, elle voulait changer d'horizon, voir le monde.
Je préparais ce qu'il m'avait demandé tout en l'écoutant me raconter sa matinée. Je déposais une assiette et sa tasse fumante devant lui.
- Voilà. Je partie m'assoir à côté de lui.
- Merci Bell's. Il commença à manger son repas. La silence n'était pas gênant avec lui, c'était ce qui me plaisait avec lui. Aucune gêne. Une nouvelle famille s'installe aujourd'hui. Me dit-il après avoir bu une gorger de son café.
- Vraiment? Et alors? Demandais-je. Ils repartiront quand leur besoin de nouveauté sera comblé. Ajoutais-je.
C'était toujours la même chose ici, les nouveaux arrivants venaient pour changer de paysage, pour la nouveauté texane, mais ils se lassaient bien vite de la tranquillité du Texas.
- Toujours aussi pessimiste à ce que je vois.
- Et toi toujours aussi gourmand. Rigolais-je en lui tapant gentiment la main qui glissait malicieusement vers les petits biscuits que j'avais sorti.
- Que veux-tu? On ne se refait pas. Dit-il, la mine faussement triste.
- Alors, cette famille tu l'as vu? Demandais-je en emballant les gâteaux.
- Ils sont de la ville...ils sont sept...et ben... Il se gratta l'arrière de sa tête penaud de pas pouvoir m'éclaircir.
- Je vois – je regarde l'horloge suspendu au mur, 14h00 – allez zou tu vas finir par être en retard. Lui dis-je en le pressant vers la sortie. Je lui fourrais le petit panier qui comportait les fameux biscuits. Tu diras bonjour à Ambre de ma part.
- Compte sur moi. Il commençait à partir, puis se retourna, me fixa l'air grave. Prend soin de toi Bell's, tu risques d'y laisser des plumes.
Je lui souris pour le rassurer et lui dis qu'il allait vraiment finir en retard. Je rentrais dans la grande bâtisse en ruine – c'était tout comme – et fis un tour pour voir ce que faisaient les plus petits. Ce fut attendrie que je les découvris, tous, endormis à même le sol sur des oreillers qu'ils avaient dispersés partout autour d'eux. Alors que je sortais du salon après leur avoir mis une couverture sur eux, je tombai sur une Éloïse dans toute sa splendeur.
Ses cheveux blonds relevés en un beau chignon où quelques mèches s'échappaient le long de son visage fin faisaient rayonner son visage. Elle portait une longue robe rose pâle avec des ballerines blanches. Un boléro légèrement plus foncé que la robe en guise de gilet. Elle tournoya devant moi en me demandant ce que j'en pensais et je lui répondis :
- Tu es sublime, si il ne le voit pas, il est aveugle.
- Je suis anxieuse. Me confia-t-elle.
- Il n'y a pas de raison, allez file.
- Je t'adore, à plus tard. Et elle disparue derrière la porte que se refermait sur son image radieuse.
Je montais silencieusement dans ma chambre et appuyais mon dos contre la porte en bois sombre. Je m'affalais sur mon lit, regardant fixement le plafond. Je repensais à ce que m'avait dit Éloïse plus tôt dans la journée. Elle avait raison. Le peu de liberté que je possédais, ses doux moments éphémères s'échappaient lentement de mon emprise. J'avais tant perdue dans cette vie. Mon enfance, mon adolescence, ma vie complète était en train de me glisser entre mes doigts. Mais cela faisait longtemps que j'avais perdue espoir. La vie n'était plus qu'un mot, survivre était la devise de mon monde. Tous mes gestes, mes sourires, tous n'étaient que mensonges. Je montrais ce que l'on voulait voir de moi, mais dans le noir...les personnes se révélaient être des personnes complètement différentes – j'étais complètement différente, tellement que je ne me reconnaissais plus – ou pire. Vraiment. Pire. Je me souviens de comment j'avais découvert cette face cachée de la nuit. Paisible et sereine en apparence, mais tourmentée et cruelle dans les tréfonds de sa noirceur.
À l'époque je ne devais être âgée que de six sept ans et pourtant cette époque continuait à hanter mes nuits qui ne demandaient qu'à oublier. Nous n'étions pas plus de dix à ce moment là, Mère Denise n'était pas là, elle nous avait confiés à son frère Joe. Alors que je dormais d'un sommeil léger, j'avais entendu du bruit au rez-de-chausser, curieuse de nature j'étais – à pas de loup – aller voir l'origine du bruit. Joe était avachi sur l'un des canapés du salon, une bouteille de whisky à la main. Joe était un homme très grand, il frôlait les deux mètres, une musculature bien développée, mais ce n'était pas ça qui m'avait fait le plus peur. Non, c'était ses immenses mains grandes et puissantes, je n'aurais pas aimé me retrouver à leur contacte. Un simple contacte, une seule pression et il nous déboitait quelque chose. Je savais qu'il ne fallait pas le déranger quand il avait bu. J'avais entendu Mère Denise lui dire de ne pas nous approcher quand il était dans cet état là, qu'il devrait même partir pour plus de sécurité, comme quoi elle ne voulait pas que son frère se retrouve derrière les barreaux.
Le matin, Joe avait montré quelqu'un de gentil et de patient. Joueur et mangeur. Avec sur son visage d'homme un grand sourire avenant. Sincère? Je me posais encore la question. Le soir venu, il semblait être une toute autre personne, obscure et malveillante. Son sourire doux avait été remplacé par un plus sombre, malsain. Ses yeux au matin rieur et joueur était devenu froid – glacial – où brillait une lueur de folie.
Il s'était relevé brusquement, serrant très fort la bouteille vide entre ses main blanchis par la pression qu'il exerçait sur sa prise. Sur le coup de la surprise – mais surtout de la peur croissante dans mon petit corps – j'avais – évidemment – renversé le vase qui se trouvait près de moi. Explosant dans un bruit sourd sur la parquet en million d'éclats, je sentais son regard fou sur moi. Je n'avais pas bougé, tétanisé par le peur qu'il faisait naître en moi. Il s'était avancer lentement vers moi, le son de ses pas résonnait dans ma tête. Je voyais la scène comme au ralentit. J'aurais pus profité de cet excès de lenteur pour m'enfuir pas la peur, mais je ne contrôlais plus mon corps. Les battements de mon petit cœur dans ma poitrine menaçait de partir loin, très loin de cet homme au regard de tueur. Ensuite je ne me souvenais pas trop de la suite. Juste que je m'étais retrouvée au sous sol, la respiration difficile. Quand j'avais rouverts les yeux, je tombais sur un spectacle des plus immondes, je me demandais encore comment j'avais fais pour ne pas vomir tout ce que j'avais dans l'estomac et m'évanouir pour m'échapper de ce cauchemar. À à peine quelques mètres de moi se tenait un chien au pelage roux baignant dans une marre de rouge. L'odeur âcre et nauséabonde me signalait que c'était du sang. Je reconnue immédiatement le chien de la voisine qui venait souvent à l'orphelinat. Je tremblais de tout mon corps, les larmes naissantes me brouillaient et me piquaient les yeux mais je ne fis rien, trop heureuse de ne pas en voir plus. Puis tout ce dont je me souvenais c'était des coups à répétions que me donnait cet homme qui n'en n'était plus vraiment un. Des lames qui tranchaient ma peau, de mes cris de mes supplications qui ne faisaient que le rendre plus euphorique que jamais. Puis enfin, le noir.
Quand je m'étais réveillée, je me trouvais à l'hôpital, un des voisins m'avait entendu et m'avait directement amené ici. Une chance. Avait dit l'homme en blouse blanche. Depuis ce jour là, le comité de Campell avait voulu fermer l'orphelinat disant qu'entre ces murs les enfants n'étaient pas en sécurité. Pourtant, l'orphelinat de Campell était encore là. J'avais perdue mon âme dans cette cave, mon innocence qui faisait de moi une enfant, de rebelle à fort caractère j'étais devenue aussi docile qu'un agneau. Mon affaire n'avait pas fais de bruit, personne n'était au courant que la petite Bella avait été torturée. Le comité avait changé mon presque meurtre en un besoin d'assouvir des pulsions meurtrières sur un animal mutilé dans la cave de l'orphelinat. Alors je me taisais, toutes les personnes au courant pour moi devaient être six pieds sous terre maintenant. J'emporterais moi aussi ces secrets dans ma tombe. Le premier, le mien. Le second, celle où la nuit était une illusion calme et sans histoire à l'extérieur mais spectatrice des pires faces de l'humanité.
Ce fut en sueur que je me réveillais dans mon lit. Le même cauchemar, encore. Je me levais et pris le chemin de la douche. J'entrais dans la cabine laissant couler l'eau chaude sur mon corps fiévreux. Je sentais mon cœur pulser plus que la normal dans ma poitrine meurtrie, le sang tapant dans un rythme infernal dans mes tempes. Je soupirais. Je devais me reprendre et oublier jusqu'à la prochaine nuit. Je mis mon pyjama et mes tennis et sortie prendre un peu l'air. Je tombais sur un mot d'Éloïse :
Demain il faut qu'on parle.
Fais attention !
Je souris devant tant de désinvolture et sortie de la maison. Je ne faisais pas trop attention où j'allais mais tant pis, je ne risquais pas de me perdre. Lorsque je revins à moi je me trouvais à la sortie de la ville devant la grande maison nouvellement occupée. Les lumières étaient allumées mais je ne voyais rien, je détournais le regard vers les arbres, croyant avoir entendu quelque chose. Je laissais vite tomber et me demandais comment j'étais partie aussi loin. Secouant la tête je fis demi-tours, le cœur lourd.
Derrière les arbres un homme au regard hypnotisant la suivait du regard.
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