Dans ce chapitre vous allez en apprendre un peu plus sur les personnages de cette histoire .. !
N'hésitez pas à me laisser un commentaire!
Bonne lecture !
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Chapitre Trois : Le faux démon et la fausse orpheline.
En Russie dans les années quatre-vingt, la vie n'était pas facile pour les gens modestes. Surtout dans les campagnes où l'on souffrait de pénuries de nourriture et de biens de consommation à cause des débuts de réformes du système soviétique.
La famille Sviatoslav vivait dans une petite ville perdue dans l'est de la Russie. Depuis que les kolkhozes n'existaient plus, les paysans russes avaient le droit de travailler pour eux-mêmes, ce qui signifiait clairement qu'ils devaient se débrouiller seuls et que s'ils crevaient de faim, personne n'en n'aurait rien à faire. Ils n'avaient plus d'outils ni d'engrais pour leurs champs, puisque tout cela appartenait à l'Etat, et devait improviser.
La petit ville était devenue quasiment autonome, à cause de son isolement, et fonctionnait un peu comme au dix-neuvième siècle. On vendait ce qu'on produisait, et on achetait ce dont on avait besoin et que les autres produisaient, ce qu'on ne fabriquait pas soi-même.
La vie de cette famille n'avait jamais était facile, quoi qu'il se soit passé au niveau politique dans leur pays. Ils avaient toujours dû se servir de leurs mains et de leurs forces pour gagner de quoi subsister. Mais depuis la naissance du petit dernier de la famille, ils avaient été comme frappés par une malédiction.
C'était une famille très catholique, et ils allaient tous les dimanches à la messe, priaient tous les soirs et avant chaque repas. Jamais ils n'avaient faits d'écart de conduite, ni les parents, ni les enfants. Ils ne comprenaient pas pourquoi Dieu leur avait envoyé un tel enfant, qui amenait le malheur parmi eux.
Ce malheur venait du fait que plus aucun habitant du patelin ne leur adressait la parole, mais bien pire encore, plus personne ne voulait commercer avec eux. En fait tout était bon pour éviter absolument d'être mêlé de près ou de loin aux Sviatoslav, et de ne surtout jamais entrer en contact avec leur dernier rejeton, Lev.
On leur refusait d'acheter dans les boutiques de la ville, et on refusait de leur acheter les produits de leur potager. Seuls quelques marginaux qui ne voyaient pas de danger à leur vendre ce qu'ils voulaient, à se faire de l'argent sur leur dos, leur permettaient de ne pas tomber dans la déchéance totale. Et pour vendre les produits de leur potager, ils s'en remettaient à un homme célibataire nommé Mikhaïl, qui vendait au marché leurs produits avec les siens et leur transmettait une commission. L'avantage qu'il en tirait été que les produits des Sviatoslav étant de meilleure qualité que les siens, en les vendant il se faisait beaucoup plus d'argent qu'avec ses produits seulement, surtout que la commission qu'il leur donnait était bien maigre par rapport à ses propres profits.
Le malheur de la famille était donc d'avoir eut un cinquième fils. Le garçon aux cheveux et aux yeux noirs était petit pour son âge, et maigre comme un clou. Mais aucun autre garçon n'aurait cherché à l'embêter, de peur de recevoir une malédiction.
Toutes les familles étaient catholiques et pratiquantes, et personne n'était allé suffisamment à l'école pour ne pas être superstitieux. Alors quand ils avaient vus ce dont le petit Lev était capable, ils avaient tous pensé qu'il était habité par le démon, et décidèrent de fuir cette famille et cet enfant comme la peste.
C'était arrivé sur la place du marché, au pied de l'église. La famille y tenait un stand et vendait ses légumes. Les habitants vaquaient à leurs occupations et faisaient leurs achats comme d'habitude. Le petit Lev avait cinq ans et jouait avec d'autres enfants de son âge à se bagarrer.
Mais le jeu innocent dégénérait, et les garçons se mirent tous contre lui, l'écrasant littéralement. Lev leur criait d'arrêter et qu'il ne voulait plus jouer, mais les petits monstres, qui ne se rendaient pas compte de leur force et qui éprouvaient un plaisir sauvage à frapper leur bouc émissaire préféré, n'arrêtaient pas de donner des coups. Bien entendu cela se passait sous le regard inattentif de quelques adultes qui marchandaient et n'avait que faire de jeux d'enfants si violents soient-ils…
La colère et la peur montaient en Lev. C'était une force puissante et mauvaise qui l'envahissait et qu'il ne contrôlait pas. Et comme le petit Lev était un sorcier, il arriva ce qu'il devait arriver : il jeta un sort sans rien contrôler. Un éclair rouge et une détonation éclatèrent aux yeux et aux oreilles de tous.
Les adultes portèrent alors leur attention sur le groupe d'enfant, d'où provenaient le bruit et la lumière. Lev était assis par terre au milieu des corps des autres enfants, surpris et apeuré. Les autres enfants étaient immobiles, face contre terre, éparpillés en formant un cercle de plus de deux mètres de diamètre. Heureusement pour lui, ils n'étaient pas morts, non, mais tellement assommés qu'ils mirent une minute à gigoter de nouveau, avant de se réfugier dans les jupons de leurs mères en pleurant.
Tous les adultes étaient sûrs d'avoir vu cet éclair rouge, et le bruit puissant, personne ne l'avait imaginé. Lev était la source de tout cela, ils l'avaient vu. Le petit garçon lui-même confirma leurs pensées :
« - J'l'ai pas fait exprès ! » gémit-il les yeux pleins de larmes, terrorisé, seul au milieu de tous.
A partir de cet épisode, chaque habitant de la petite ville fut convaincu que le petit Lev n'était pas aussi innocent et mignon qu'il le paraissait.
Le dimanche qui suivit l'évènement, le prêtre évoqua le thème de la possession par le démon. Tout le monde compris où il voulait en venir, et ils jetèrent des regards équivoques aux membres de la famille Sviatoslav, assis sur un banc au milieu d'eux. Le père comprit, se leva, et emmena tous les siens avec lui. Ils quittèrent la messe le regard bas et les joues rouges, et ne revinrent plus jamais dans l'église. Dès lors, chacun fut persuadé que Lev était possédé par le démon, ses parents, et ses frères aussi. Et Lev lui-même pleurait de peur dans son lit le soir.
Ses parents n'allèrent pas jusqu'à l'abandonner dans la forêt, mais finalement leur comportement vis-à-vis de leur cinquième fils fut bien pire que tout. Ils ne lui adressaient la parole que quand ils y étaient obligés. Ses frères l'évitaient. Sa mère le repoussait quand il demandait une étreinte, un baiser… Mais ils ne l'avaient pas abandonné, certes. Ils continuèrent à le nourrir. Ils réussirent même à ne pas faire attention à ses pleurs, ses cris de désespoir et ses crises violentes de sanglots.
Lev faillit devenir fou, comme n'importe quel enfant de cinq ans qui aurait vécu ce traitement. Il trouva néanmoins un moyen de supporter cette nouvelle vie.
Il avait besoin de contact physique, de chaleur, d'échange avec un autre être vivant. Comme personne ne voulait de lui, que sa présence même suffisait à interrompre toutes les activités et à faire fuir quiconque, il passait ses journées dans la steppe, hors du village, là où vivait un troupeau de chevaux sauvages. Il apprit aux chevaux à accepter sa présence. Et il parvint grâce à leur contact à se convaincre qu'il n'était pas si diabolique que tout le monde le croyait : sinon même les chevaux auraient senti cette influence du démon en lui.
Mais la persécution qu'il subissait chaque jour en ville le poussait à se détester et à culpabiliser, si bien que Lev, pendant toute son enfance, nourrit le rêve de partir vers l'ouest, là où il y avait plus de gens, et où il pourrait trouver quelqu'un qui l'aiderait à ne plus être … ce qu'il était. Changer pour être comme tous les autres : c'était tout ce qu'il demandait.
A l'ouest, dans un orphelinat moldu à Londres, la petite Luce écoulait des jours calmes. Elle allait bientôt fêter ses quatre ans.
Elle était la favorite des nurses de l'orphelinat. Toutes l'adoraient et se chamaillaient pour être celle qui la dorloterait le plus.
Elles étaient dingues de Luce non seulement parce qu'elle était belle et rigolote, mais parce qu'avec elle, il se passait toujours des choses bizarres et dans le quotidien d'une nurse d'orphelinat, tout ce qui peut lui faire oublier les choses tristes de sa vie est le bienvenu. Surtout pour l'une d'entre elle, petite blonde menue, que la vie n'avait pas vraiment gâtée. Son plus grand bonheur était cette petite fille extraordinaire.
La nurse directrice avait été prévenue deux jours auparavant, par téléphone, que la mère de Luce viendrait la chercher ce jour là. Il avait été convenu que cela se passerait ainsi dès que Luce était arrivée dans cet orphelinat, et la directrice n'en avait parlé à personne d'autre. Elle savait cependant qu'elle devrait l'annoncer aux nurses, surtout à Hélena, la petite slave blonde. Cette femme d'une trentaine d'année travaillait dans l'orphelinat mais y avait aussi trouvé refuge, en même temps que Luce était arrivée. Elle avait put laisser tomber son ancien travail grâce à la police : on avait arrêté le proxénète qui l'exploitait depuis quinze ans.
La nouvelle du départ de Luce serait certainement très dure à entendre pour celle-ci. La directrice prit son courage à deux mains et convoqua la femme dans son bureau pour lui annoncer que Luce allait quitter l'orphelinat le jour même. La petite slave ne dit rien.
Elle avait la tête ailleurs, lorsqu'elle sortit du bureau. Elle ne pouvait pas accepter ce départ. Elle ne supporterait jamais de vivre sans cette enfant en qui elle avait placé tout son amour. Cette enfant lui avait redonné goût à la vie, et elle le reperdait avec elle.
La mère de Luce entra dans l'orphelinat. Elle fut tout de suite accueillie par une des nurses à qui elle expliqua la raison de sa venue. Lise fut invitée à passer par le bureau de la directrice pour signer des papiers. La nurse accompagna Lise jusqu'au bureau puis fila en vitesse.
Dans le dortoir, Luce était entourée de toutes les nurses à qui elle allait manquer et qui voulaient lui dire au revoir. La nurse qui avait accueillit Lise réalisa soudain que la petite slave n'était pas là. Quand toutes eurent fini leurs adieux, elle prit Luce dans ses bras et partit à la recherche de la nurse blonde, au pas de course, avant que la mère de l'enfant n'ai fini de signer les papiers avec la directrice.
La nurse slave n'était dans aucune salle de jeu ni aucun dortoir, alors elle décida de vérifier sa propre chambre. Peut-être pleurait-elle sur son lit à cause du départ de la petite ?
Elle poussa la porte de la chambre doucement :
« - Helena ?, appela-t-elle, Tu devrais dire au revoir à … OH mon Dieu !! A L'AIDE ! »
Helena était assise sur son lit, le dos appuyé contre le mur au niveau des coussins. Elle avait la tête penchée en arrière et les bras le long du corps, l'intérieur tourné vers le plafond. Au niveau de ses poignets, plusieurs entailles profondes avaient été faites, probablement avec le couteau qui était à côté de sa main sur la couette rouge de sang. Helena remua la tête faiblement, elle respirait encore.
La nurse qui était venue la chercher était plantée à deux pas du lit, la petite Luce dans les bras, toutes les deux les yeux ronds et incapables de bouger.
« - Helena saigne ! Elle s'est fait mal ! » fit Luce de sa petite voix, effrayée. On entendait les bruits de pas dans le couloir, les autres n'allaient pas tarder à arriver.
Mais Helena ne tiendrait pas une seconde de plus, car elle s'était vidée de son sang qui était répandu sur le sol et la couette du lit. Elle regarda Luce dans les yeux et lui fit un sourire, puis sa tête tomba en avant, le menton sur la poitrine. Elle était morte.
A ce moment là, les nurses entrèrent dans la pièce, suivies par la directrice et Lise. La mère analysa la situation d'un rapide coup d'œil et prit son enfant des bras de la nurse en état de choc. Elle quitta les lieux précipitamment, la main sur les yeux de Luce qui pleurait.
Elles rentraient à leur nouvelle maison, pas exactement comme Lise l'avait imaginé, mais tout irait mieux à partir de maintenant : elles étaient ensemble.
