CHAPITRE 8 : « What a teenager want », Rêves adolescents

Lev parcourait l'Est de l'Europe depuis un peu plus d'un an, maintenant. Il était parti du centre de la Russie, marchant toujours vers l'Ouest. Il avait peut-être pris neuf mois pour atteindre la frontière de son pays natal car, à pied et dans les meilleurs cas, pris en stop, la route n'était pas facile.

Ne serait-ce qu'à cause du climat, Lev avait eut d'énormes difficultés pour parcourir une telle distance. Mais la liberté était tout à fait enivrante. Elle avait été tout ce à quoi il aspirait pendant des années. Aussi, même si sa vie n'était pas devenue plus confortable, Lev se sentait enfin en paix avec lui-même. Il avait lutté pour décrocher son indépendance, il était heureux et fier d'être parvenu à un tel résultat. Il n'aurait échangé sa nouvelle vie contre rien au monde.

La période la plus difficile pour lui fut sans doute celle qui suivit son évasion du camp de redressement. Il devait se cacher, lutter contre le froid, et sa blessure à la jambe ne lui facilitait jamais la tâche. Mais quand il atteignit la province voisine de celle dont il provenait, la police perdit sa trace, et plus personne ne se soucia de son sort : après tout, comme il avait passé une frontière, ce n'était plus leur problème.

De plus, effrayés à l'idée que leur fils renié, rejeté et trahi ne soit retrouvé et ramené à leur domicile, et ait alors l'éventualité de se venger d'une façon ou d'une autre_ qui sait ce qu'il pouvait faire de ses étranges capacités_ les parents de Lev firent comprendre au chef de la police locale que c'était peut-être mieux ainsi. En fait tout le monde le supposa mort : survivre dans les steppes relevait de l'exploit d'un homme bien préparé, ou au moins habitué à ce rude climat.

Lev lui-même se trouvait extrêmement chanceux d'être encore en vie. Il n'avait cependant pas fait d'imprudences : dès qu'il comprit que plus personne ne lui courait après, il entreprit de se rapprocher des villes pour pouvoir dormir chaque soir dans des endroits abrités, et voler de quoi se nourrir à droite à gauche. Pour cela, il avait légèrement abusé de ses pouvoirs magiques et plus particulièrement du sort qu'il maitrisait le mieux : la lévitation.

Sa chance fut aussi de croiser les bonnes personnes sur son chemin : plusieurs familles acceptèrent de lui offrir le gîte et le couvert quand il prétendait être en route pour aider une grand-mère malade qui habitait à l'Ouest…

C'est donc un peu plus d'un an après avoir fuit le camp, que Lev se retrouva en Roumanie.

Un soir apparemment comme tous les autres, Lev marchait seul dans les rues d'une petite ville de Roumanie en quête d'un endroit où dormir. Il faisait froid et de la vapeur s'échappant de sa bouche à chaque expiration. Ses pas résonnaient dans la ruelle pavée, et son long manteau claquait doucement, un bruit étouffé auquel Lev ne prêtait pas attention.

Il avait quinze ans depuis un mois. Son visage avait changé, s'était affiné : ses pommettes étaient saillantes et ses joues légèrement creusées. Sa silhouette s'était étirée, car il avait rarement mangé à sa faim pendant tout ce temps mais cela ne l'avait pas empêché de prendre une dizaine de centimètres.

Il avait grandit de bien des façons. Il savait se débrouiller seul, se sortir de nombreuses situations perilleuses. Il avait aussi appris à se défendre, s'était battu quelques fois…

Ses cheveux fins et noirs lui arrivaient jusqu'en bas de la nuque. Et son regard sombre cachait des désirs plus ardents que jamais : il rêvait de développer davantage ses pouvoirs, de devenir quelqu'un, d'être utile à une noble cause, cesser cette vie insignifiante de vagabond rejeté par tous. Il aurait tant aimé avoir un ami avec qui partager toutes ces pensées, mais il n'en avait pas. Aucun.

Personne ne le connaissait. Personne ne faisait attention à lui. Quelques jeunes filles se retournaient parfois, en le croisant dans la rue, captivées par son charme mystérieux. Mais il n'avait jamais parlé sérieusement à qui que ce soit depuis tellement longtemps… Il était devenu associable, par la force des choses, et il en souffrait. La solitude lui pesait énormément. Surtout depuis qu'il avait rejoint les villes : où tout le monde s'occupe, discute, cours à un rendez-vous…

Ce soir là, il eut la chance de trouver une auberge accueillante. Accueillante non seulement par son atmosphère, mais aussi parce que le patron accepta de louer une chambre à l'adolescent effarouché qu'était Lev, en échange de quelques journées de travail comme plongeur. Une offre généreuse que Lev accepta sans hésiter. Il avait l'occasion de s'installer pour quelques temps : tant qu'il travaillerait pour le patron, une chambre lui serait réservée.

Il s'étonnait, à chaque fois que cela lui arrivait, de rencontrer encore des gens généreux sur cette Terre. Il l'avait été, par exemple, lorsqu'il avait trouvé refuge dans les familles russes qui se trouvaient sur son chemin. Certes il leur avait caché sa véritable identité et la véritable raison de son voyage, mais leur acte n'en était pas moins généreux : tout le monde n'est pas prêt à accueillir un inconnu chez soi même s'il prétend d'un air angélique être en chemin pour rejoindre une grand-mère malade…

Après avoir serré la main du patron de l'auberge en gage de reconnaissance pour cette proposition, Lev monta à l'étage pour s'installer dans la chambre dont il avait la clé, épuisé mais heureux d'avoir assuré un bon repas et une bonne nuit de sommeil pour ce jour là au moins.

Dans le couloir qui menait à la sienne, il passa devant la porte d'une autre chambre, qui était entrouverte. Il jeta un œil à l'intérieur, par curiosité, et ne vit personne. Aussitôt, son esprit pragmatique reprit le dessus.

Il continua son chemin l'air de rien jusqu'au fond du couloir, posa ses affaires dans sa chambre, la referma à clé, et fit mine de redescendre vers le salon bruyant de l'auberge, les mains dans les poches dans sa démarche la plus désinvolte.

Mais en repassant devant la porte entrouverte, il remarqua qu'il n'y avait toujours personne à l'intérieur. Aussitôt, il se faufila à l'intérieur, histoire de voler quelques billets ou quelques vêtements...

Il fit rapidement le tour des lieux, comme un voleur, pour trouver la table de chevet. C'est en général là que les voyageurs écervelés mettent leur argent. Sauf que lorsqu'il ouvrit le tiroir du chevet, il ne trouva ni porte monnaie, ni montre, ni quoi que ce soit a priori, ayant une valeur marchande intéressante.

En vérité, ce qu'il trouva alors le laissa perplexe quelques secondes : un vulgaire bout de bois, long et fin. Il n'eut pas davantage de temps pour imaginer à quoi ce bout de bois pouvait bien servir car des bruits de pas provinrent du couloir : le locataire de cette chambre était probablement sur le chemin du retour.

Pris au piège, il se cacha dans la penderie juste à côté du lit. Il se ratatina entre les manteaux et respira le plus silencieusement possible. Il y avait un petit trou à côté de la serrure qui lui permettait encore d'observer la pièce. Il pria pour que l'inconnu n'ait pas besoin de poser ni de prendre une veste dans cette foutue penderie_ et se dit d'ailleurs qu'il aurait put trouver une cachette moins débile…_ puis il songea à ce qu'il devrait faire si l'inconnu ouvrait la penderie pour reposer son vêtement.

Il n'avait vraiment pas envie de lui asséner un coup de poing, car cela l'obligerait à fuir cette auberge qui représentait une occasion de se poser pendant quelques jours, d'être au chaud, de bien manger et dormir, et de travailler pour quelqu'un_ ce qui équivalait à ses yeux à être utile, ce à quoi il aspirait.

Le locataire inconnu entra dans la pièce. C'était un jeune homme un peu plus âgé que lui, qui avait les cheveux longs et d'une couleur rousse flamboyante. Le bruit de ses bottes en cuir résonna sur le parquet tandis qu'il gagnait le centre de la pièce. Il s'assit sur son lit, ôta ses bottes et s'étala de tout son long sur la couette légèrement miteuse.

Lev le maudit intérieurement : s'il décidait de s'endormir maintenant, il ne pourrait pas sortir de cette penderie avant un bon moment… la situation était assez préoccupante, mais comme il n'avait pas de meilleure idée, il resta sagement immobile derrière les battants en bois clair.

Heureusement pour Lev, le jeune inconnu se redressa quelques minutes après. Il sortit un vieux livre d'un sac à dos, et se saisit du bout de bois que Lev avait trouvé dans le tiroir du chevet.

Lev ouvrit des yeux ronds comme des soucoupes en observant la scène par le petit trou : le rouquin lu une phrase du livre à voix haute tout en faisant un geste de la main qui tenait le bout de bois. Cela eut pour effet de transformer la tasse qui se trouvait sur la table de chevet en une grenouille grisâtre avec des anses à la place des pattes. L'étrange animal émit un croassement sonore.

« - Chuuut ! Foutue bestiole ! , dit le rouquin. Argh… je déteste la métamorphose…, ajouta-t-il en grommelant. Foutue grenouille, foutue matière, foutu examen ! »

Il mit un coup de pied dans son sac. Puis il prononça la phrase à nouveau, tout en reproduisant le même geste, le bâton pointé sur la grenouille, et elle reprit l'apparence d'une tasse en porcelaine.

Il attrapa alors une feuille de papier et un stylo, ou du moins quelque chose qui y ressemblait et se mit à écrire, assis sur le lit, le vieux livre dont la phrase était extraite servant d'appuis. Il rédigea un assez long texte car il remplit recto verso deux feuilles de papier. Puis, il regarda sa montre. Apparemment c'était l'heure de faire quelque chose : il se releva, laissa les feuilles sur la couverture, et sortit de la chambre en direction du couloir. Lev sortit de la penderie après avoir entendu la porte se refermer, et espéra qu'il n'avait (toujours) pas eut l'idée de refermer sa porte à clé auquel cas il devrait sortir par la fenêtre…

Puis il repensa à ce qu'il venait de voir : Il n'en revenait pas ! Etait-ce quelqu'un comme lui ? Mais à quoi servait ce bout de bois ? Et qu'avait-il lu dans ces pages ?

Lev s'approcha du lit et lut ce qui était écrit sur les feuilles jaunâtres qui s'avérèrent en fait être du parchemin. C'était visiblement une lettre, mais Lev ne pouvait pas la lire… Elle était écrite dans une autre langue. Pourtant l'inconnu avait bien parlé en roumain… Lev savait lire le roumain et le russe donc ce n'était ni l'un ni l'autre. Il feuilleta le livre à la couverture épaisse et cornée, cela semblait être les mêmes sortes de mots… Il retourna le livre dans tous les sens et trouva ce qu'il cherchait : une inscription au dos, dans le carton de la couverture : « Printed in England ». Lev comprit donc que l'inconnu savait lire et écrire en anglais, car il reconnu le mot « england » pour l'avoir vu sur plusieurs cartes routières de l'Europe. Mais le locataire parlait aussi roumain… Un bien étrange personnage décidément…

Dans l'esprit de Lev, la curiosité l'emporta sur le bon sens. Il s'empara du livre et du bout de bois, pour les cacher sous son T-shirt. Comme la couverture du livre était froide, le contact entre la surface de cuir rêche et la peau de son ventre généra une courte série de frissons.

Il regagna la porte d'entrée et appuya légèrement sur la poignée. Un clic se produit : la porte n'était pas verrouillée !

« Quel idiot quand même pour faire deux fois la même connerie… Ce n'est pas un touriste très expérimenté… »

Il referma silencieusement la porte derrière lui et alla s'enfermer cette fois-ci dans sa propre chambre, au bout du couloir, qui constituait tout de même un plus grand espace que la penderie de son voisin de palier.

Il passa toute une heure à dévorer le contenu du livre des yeux : il ne comprenait pas la langue mais il voyait bien les illustrations ! Apparemment c'était un livre qui enseignait comment se servir du bout de bois… Lorsque Lev empoigna le mystérieux objet, au niveau du manche, bien comme c'était montré sur le livre, des étincelles jaillirent de l'extrémité de ce qui était bien entendu une baguette magique. Il était totalement émerveillé. Alors d'autres gens pouvaient faire ce qu'il faisait… Même beaucoup d'autres gens, pour que des livres soient imprimés… Cela signifiait aussi qu'il existait un endroit en Angleterre où les gens comme lui ne se cachaient pas… Tant de bonnes nouvelles pour une seule soirée !

Puis l'inconnu vint frapper à la porte. Lev alla ouvrir et écarquilla légèrement les yeux, feignant la surprise de recevoir de la visite. L'inconnu lui parla en roumain :

« - Excusez moi de vous déranger mais…euh, voilà je suis embêté… je viens de me faire cambrioler. Vous n'auriez pas vu quelqu'un, ni rien entendu de bizarre ?

Lev joua à la perfection :

- Ah vraiment ? Euh… laissez moi réfléchir… euh non… c'était quand précisément ?

- Il y a environ une heure, je suis descendu pour prendre mon diner et je viens juste de rentrer… C'est vraiment très ennuyeux, il m'a prit quelque chose de très précieux… je n'ai pas beaucoup d'argent sur moi… Je viens d'Angleterre….

- Ne paniquez pas, fit Lev en lui touchant l'épaule d'un geste fraternel. Je suis sûr que vous allez retrouver ce que vous avez perdu… Vous avez prévenu l'aubergiste ? La police ?

- Oh …. Non, euh, il ne vaux peut-être mieux pas…, dit-il l'air songeur, Enfin j'veux dire, ce serait bête de donner l'alerte pour un rien !, dit-il en esquissant un sourire forcé.

- Mais je croyais que l'on vous avez pris quelque chose de valeur… vous ne devriez pas hésiter, il y a de grandes chances pour qu'on le retrouve assez vite, vous savez.

- Oui, je sais … bon écoutez, merci en tout cas, fit-il en se grattant la tête, inquiet. Je vais retourner chercher dans ma chambre… après tout je l'ai peut-être manqué en fouillant tout à l'heure… c'est un tel désordre !, expliqua-t-il en souriant. Au revoir, bonne soirée !

- Au revoir !, fit Lev en lui rendant son sourire.

Il regarda le rouquin rentrer chez lui et referma sa propre porte. Il se trouvait légèrement ignoble d'avoir menti de cette façon, mais s'il était anglais, en voyage à son âge en Roumanie, habillé de cette façon, c'est qu'il devait être assez riche pour pouvoir se repayer un bouquin et un bout de bois ! Il trouva tout un tas d'idée de ce genre pour se déculpabiliser de cette arnaque osée. Puis, il alla manger en prenant bien soin de cacher son butin auparavant.

En attendant, dans le désordre qu'il avait mis en essayant de retrouver sa baguette, le jeune sorcier voisin de palier écrivait une nouvelle lettre.

« Chère maman, cher Papa,

Je vous écris pour vous dire que mon stage n'a même pas commencé mais que les ennuis eux, ne se sont pas gênés ! Je viens de me faire voler ma baguette et mon livre de métamorphose ! J'ai peur de me faire remarquer parce que je suis dans une auberge moldue, alors je vais trouver un autre endroit pour dormir le plus vite possible, au cas où le voleur ramènerait des moldus ici ou je ne sais quoi…

En plus de cela, j'ai eut plusieurs problèmes avec mon sortilège de traduction aujourd'hui et cela n'a pas été facile de trouver la destination de la ferme, même au bureau touristique sorcier de la capitale… En vérité je ne comprends pas bien d'où vient le problème car j'arrive parfaitement à lire le roumain, mais il semblerait que ce que je dis n'ai parfois pas de sens, car visiblement les sorciers roumains de l'office de tourisme ont eut beaucoup de mal à comprendre ce que je leur demandais.

Bref, j'espère que vous aurez cette lettre assez vite ! J'aurais bien besoin de réconfort de votre part…

Je vais maintenant devoir en plus trouver un fabriquant de baguette, comme si trouver cet élevage de dragon n'était pas assez difficile ! Ça pour être bien cachés, ils le sont au moins !

Embrassez les petits frères et Ginny pour moi,

A bientôt !

Charlie. »

La famille du jeune sorcier ne tarda pas à lui envoyer des fonds de secours et une lettre de réconfort, et il put rejoindre l'élevage de dragon qu'il cherchait : le lieu de son stage préprofessionnel. Il jura de ne plus jamais se faire avoir de la sorte, et se dit que le jeune homme brun du bout du couloir avait été bien gentil de lui donner ses conseils et de répondre à ses questions…

C'est ainsi que Lev commença à apprendre la langue anglaise : grâce au manuel de métamorphose de dernière année de l'école Poudlard, qu'il avait volé à Charlie Weasley. Et comme la baguette du rouquin ne fonctionnait pas si mal avec lui, il commença aussi à apprendre comment jeter des sortilèges.

A plusieurs centaines de kilomètres de cette auberge, dans le sud de la France, quelques mois après ces évènements, Luce passait un après midi horrible.

Depuis la visite du professeur Rogue, et les aveux de Lise, la vie de Luce avait changé. Elle avait compris beaucoup de choses d'un seul coup, sur la vie, sur les gens… surtout sur sa mère.

Elle s'était promis de faire tout son possible pour l'aider.

Maintenant elle était au courant que même Lise ne savait pas qui était son père et qu'elle ne recevrait jamais rien de la part de ses grands parents. Elle prenait enfin la mesure de l'expression « se sentir seul ». Personne d'autre ne regretterait Lise, apparemment. Et elle était très inquiète de perdre celle qui représentait tout à ses yeux.

Ce jour là, elle avait accompagné sa mère à l'hôpital car celle-ci avait attrapé une maladie assez grave des poumons, une sorte d'infection, qui durait depuis une semaine déjà.

Il ya quelques temps de cela, Luce n'y connaissait pas grand-chose en médecine, en sciences… Mais ça aussi, ça avait changé. Elle maitrisait tous les éléments nécessaires pour comprendre ce qui arrivait à sa mère : une maladie opportuniste s'attaquait à son système immunitaire. Et comme disaient les infirmières dans le couloir, croyant qu'elles étaient seules alors que Luce était accroupie en train de pleurer non loin de là : « C'est le début de la fin ».

Luce se sentit alors affreusement seule, cet après-midi là. Personne ne pouvait aider sa mère, personne ne pouvait l'aider elle à surmonter tout ça. Plus personne ne s'intéressait à elle dans son lycée depuis qu'elle ne sortait plus avec ses amis pour être au chevet de sa mère. Et plus personne ne comptait pour elle. Plus rien ne pouvait l'atteindre : elle touchait le fond. Du moins c'est ce qu'elle ressentait.

Et le jour d'anniversaire de ses quinze ans, qui arriva peu après cet après midi là, elle ne put s'empêcher de ressentir une haine profonde envers la personne qui lui envoyait la même lettre depuis ses onze ans. Albus Dumbledore.

Il réitérait son offre d'inscription tous les ans. Même pas un mot pour sa mère. Même pas un petit « P.S. : comment ça va ce S.I.D.A., vous vous en sortez ? » ni un « P.S. : pourriez vous crever plus vite pour que je puisse avoir votre fille dans mon école ? ». Bref, rien.

Luce avait tellement peur et mal qu'elle en voulait à la terre entière. Elle devenait de plus en plus mince et pâle au fer-et-à-mesure qu'elle perdait le sommeil et l'appétit, comme sa mère. Elle devenait plus dépressive aussi.

Sa mère se rendait bien compte qu'elle était la cause de toutes les souffrances de sa fille. Elle en avait tellement honte...Lise évitait, à chaque fois qu'elle le pouvait, de croiser le regard de Luce.

Jusqu'au jour où Luce évoqua la lettre d'inscription de Poudlard, le fameux jour de ses quinze ans, pour une fois de plus maudire cet Albus Dumbledore qui tout en continuant sa petite vie tranquille dans son école, ne se souciait pas du mal que cette foutue lettre pouvait leur faire à elles. Ce jour là, Lise regarda sa fille dans les yeux de façon très intense.

« Luce, je veux que tu ailles dans cette école. »

Celle-ci haussa un sourcil, et dit avec un air cynique :

« Ouais, et moi je veux le dernier modèle de walkman qui vient de sortir, chacun sa merde hein…

- Je suis très sérieuse Luce, fit Lise d'une voix grave, allongée sur le canapé du salon, recouverte d'une longue couverture en laine. Je ne serai pas là éternellement…

- Chut !, la coupa Luce. Bon c'est quatre heures, tu veux un thé ? Moi oui.

Elle se leva. Elle atteignit la cuisine sans même s'en rendre compte. Elle remplissait les tasses machinalement.

Si elle acceptait, est-ce que cela voulait dire qu'elle l'abandonnait ? Car au fond d'elle, elle avait envie de connaître cette vie-là, celle qu'on lui proposait depuis si longtemps… Est-ce que cela faisait d'elle une lâche ? Quelqu'un qui fuit devant une situation désespérée est-il lâche … ? Est- ce que saisir sa chance, faire la seule chose qui lui tenait à cœur, en dehors de veiller le chevet de sa mère, faisait d'elle une égoïste ? A quoi bon …

- Je te jure Luce, il faut que tu ailles dans cette école. Albus Dumbledore m'avait expliqué qu'on ne peut y aller que jusqu'à dix-sept ans. Il ne te reste que deux années… la rentrée c'est dans deux mois tu as encore un peu de temps pour y penser…

- C'est … Je … Tiens, prends ton thé.

- Réfléchis-y ma puce…

Luce déposa la tasse sur la table basse à côté de sa mère, et s'en alla dans sa chambre, l'esprit aussi brumeux qu'allaient l'être ses poumons dans moins d'une minute.

Luce fumait des cigarettes depuis un an environ… depuis … toujours la même date marquante : la visite de Rogue et l'aveu de sa mère. Penchée, appuyée sur le rebord de sa fenêtre, elle regardait le décor : quelques arbres, le vent dans les feuilles, les nuages. Elle entendait sans vraiment écouter le bruit de la ville environnante, les chants étouffés des oiseaux, le ronronnement urbain du trafic routier. Elle réfléchissait malgré elle à cette foutue lettre.

D'un côté elle souhaitait rester proche de sa mère jusqu'à la fin. Elle savait avec certitude maintenant que les années, peut-être même les mois étaient comptés. Que ferait-elle si sa mère s'en allait sans qu'elle ait pu lui dire au revoir ? Sans qu'elle lui ait tenu la main ? Seule, pauvre femme qui paye les erreurs du passé au prix le plus cher, dans une chambre blanchâtre et impersonnelle d'un quelconque hôpital … C'était une mort affreuse que Luce rejetait en bloc. Cela ne devait pas se passer comme ça.

D'un autre côté, déjà qu'elle ne savait pas quoi faire de sa vie une fois qu'elle serait complètement_ et irrémédiablement_ seule, refuser d'intégrer une école de qualité qui voulait d'elle était légèrement inconscient. Disons plutôt, irresponsable. Après tout, sa vie à elle ne s'arrêterait pas là. Elle devrait avoir une formation, un job, un appart…

Mais toutes ces choses lui semblaient tellement futiles, distantes, elles semblaient ne pas être peintes de vraies couleurs dans son esprit. Elles semblaient inaccessibles et étrangères, même pas vraiment perceptibles. Sa vie à elle c'était ça dorénavant : appeler les urgences une fois par mois, dormir sur un fauteuil à côté du lit de sa mère, ne lui préparer que ce qu'elle aimait à manger, faire le ménage, penser… déprimer et pleurer aussi…

Cela ressemblait à un gouffre sans fin. Si seulement elle pouvait compter sur quelqu'un, se confier, être soulagée d'une manière ou d'une autre. Elle avait le sentiment d'avoir quatre-vingt ans au lieu de quinze ce jour là… L'avenir était morne, noir, triste et plus que douloureux.

« Joyeux anniversaire… » Se souhaita-t-elle, sarcastique.

« Joyeux anniversaire, Luce ! » répondit son tableau ensorcelé.

Luce sursauta et lâcha sa cigarette, qui fit une trace de brûlure sur la moquette.

- Non de dieu ! Tu m'as fait une de ses peurs ! Je croyais que tu étais dans le bureau de Dumbledore.

- Justement, j'en suis revenu. Figures-toi qu'il se passe des choses très intéressantes là-bas…

Luce haussa fébrilement un sourcil. Elle n'avait même plus la force d'être étonnée. Elle ramassa le mégot et le jeta à la poubelle.

- Du genre ? Quelqu'un est mort ?, se moqua Luce.

- Tu ne crois pas si bien dire…, répondit le chevalier avec un regard sévère en guise de réprimande.

Elle regarda le chevalier avec insistance, les yeux légèrement écarquillés, pour lui dire de continuer son récit.

- En vérité, je ne t'en avais pas parlé avant, car je n'ai jamais vraiment trouvé le moment opportun, mais l'année dernière déjà, des choses terribles se sont passées à Poudlard. Je sais de source sûre, fit-il en indiquant du pouce l'arrière plan du tableau pour désigner le bureau de Dumbledore _ dans lequel se trouvait son autre tableau _, que ce qui a perturbé la vie des étudiants à Poudlard l'an dernier était le fait du Mage Noir dont on ne doit pas prononcer le nom …

Luce se souvint d'une brève conversation à ce propos.

- Tu veux dire, celui qu'on pensait disparu à jamais depuis qu'il s'était attaqué à une famille de puissants sorciers ? Comment ils s'appelaient déjà …

- Les Potter !, la coupa-t-il en secouant la tête devant tant d'ignorance. Oui c'est de lui qu'il s'agit. Je disais donc que l'année passée à été le théâtre d'évènements tragiques… un basilic résidait dans le sous-sol et la Chambre secrète existait en vérité, alors même que le professeur Dumbledore l'ignorait et …

- Wow ! Stop ! Ralenti un peu s'il te plait, fit Luce en levant la main. Qu'est ce que c'est un « basilic »… ? Parce que pour moi tu vois c'est une herbe aromatique… et cette histoire de « chambre cachée »… ?

Le chevalier du tableau se rendit compte que malgré toutes leurs conversations sur le monde magique, énormément de détails historiques restaient obscur à la connaissance de Luce. Il entreprit donc de lui expliquer les évènements qu'il venait de décrire. Il lui expliqua ce qu'avait fait Celui-dont-on-ne-doit-pas-prononcer-le-nom : que par l'intermédiaire d'un de ses serviteurs, un dénommé Malefoy, il avait mis une jeune fille en possession d'un vieux carnet ensorcelé très puissant. Son but était d'atteindre l'élève qu'était devenu le bébé qui l'avait autrefois réduit au quasi néant.

Il lui raconta également ce qu'il s'était passé cette année-ci, celle qui venait juste de s'achever, l'année des quinze ans de Luce et des treize ans du jeune Harry Potter. Il lui expliqua que l'adolescent avait découvert la vérité sur les causes du décès de ses parents, qu'il s'agissait d'une trahison de la part d'un proche, et qu'un innocent avait purgé la peine du traître. Enfin, il expliqua à Luce tout ce qu'elle avait besoin de savoir pour comprendre la situation à Poudlard en ce mois de juillet, fin de l'année scolaire.

Il en profita par ailleurs pour laissez entendre que si Dumbledore n'en faisait pas plus pour elles deux, Lise et Luce, ce n'était par manque d'intérêt ni d'affection. En réponse il reçu un coussin en pleine toile, envoyé avec élan par Luce qui écoutait le récit, jusque là passionnant, allongée sur son lit.

Elle questionna ensuite son fictif-et-preux-chevalier à propos du genre de matières que l'on enseignait à Poudlard. Il ne sut pas tout lui expliquer car lui-même n'avait pas accès aux salles de classes. En revanche il mémorisait assez bien les noms des professeurs et le nom de la matière qu'ils enseignaient. Luce entendit donc, pour la première fois de sa vie, les noms de sorciers célèbres outre-manche tels que Minerva MacGonagal, Gilderoy Lokhart et autres Remus Lupin…

Si elle demandait ces détails, ce n'était pas seulement dans le but de se distraire ni de rêver de Poudlard toute éveillée. Non, en vérité, elle réfléchissait au choix qu'elle devait faire…

En ce mois de juillet donc, Harry Potter finissait sa troisième année d'études à l'école de sorcellerie de renommée mondiale Poudlard. Ce qui lui importait dorénavant n'était plus essentiellement les ennuis causés par son oncle, sa tante et son cousin au cours de l'été à venir, ni même la sombre présence du sorcier qui voulait sa mort.

Il venait juste d'arriver à Privet Drive, de retour du nord de l'Angleterre, là où se situait la fameuse école. Entre la gare et sa chambre, il avait échangé au maximum deux phrases avec sa famille de substitution, comme il aimait l'appeler : « Bonjour » et « Je vais dans ma chambre, ne me dérangez pas ».

Il avait ensuite trainé des pieds dans les escaliers moquettés de la maison parfaitement entretenue des Dursley. Arrivé en haut, un coup de pied dans la porte en bois de sa chambre suffit pour l'ouvrir à la volée, et avec mauvaise humeur, il balança sa valise dans le coin entre son placard et son chevet, et posa la cage de son animal de compagnie adoré_ avec précaution cette fois-ci_ à son emplacement.

Il s'allongea sur son lit trop moelleux pour être vraiment confortable. Face au plafond, les bras repliés derrière la tête, il pensait à la personne de sa véritable famille qu'il avait rencontré il ya quelques mois de cela, après moult quiproquos et aventures en tout genre.

Cette personne, si chère à son cœur, et dont le portrait, quand il s'imposait à ses yeux, inspirait une série de battements frénétiques exprimant une joie immense ; cette personne-là n'était autre que son parrain : Sirius Black.

Harry resta allongé ainsi, à revivre par la pensée les moments difficiles qu'ils avaient vécu, Hermione Ron et lui, au cours de cette année. Il se demanda s'il passerait une seule année normale dans cette école. Mais cette pensée le fit ricaner : « Ce serait tellement banal, de passer l'année simplement à suivre des cours de magie… », se dit-il en pensant à l'année de cours qu'avait vécu son cousin, Dudley, qui devait comprendre des mathématiques, de l'histoire et autres sujets qu'il était bien heureux de ne plus avoir à fréquenter chaque jour.

Il se remettait doucement de toutes ces émotions qui faisaient parties de lui à présent. Dans le calme morose et déprimant de sa chambre à coucher, de la prison_ certes en rien comparable avec celle que son parrain avait connue_ qu'il allait devoir supporter pendant deux mois, il pensait à son ami Ron qui retrouvait en ce moment même sa famille et sa maison si accueillante et chaleureuse. Il espéra alors que celui-ci l'invite à passer quelques jours au Terrier…

Il l'enviait quand même un peu, malgré ce dont il essayait de se convaincre. Il rêvait lui aussi d'avoir des parents attentifs, chaleureux, qui lui demanderaient ce qu'il avait fait pendant l'année et qui le gronderaient pour avoir eut de mauvaises notes… en somme il rêvait tout simplement d'avoir des parents.

Mais déjà il revoyait le visage de Sirius et un large sourire étira ses lèvres fines : il n'avait peut-être pas de père ni de mère, mais maintenant il avait un parrain. Quelqu'un qui s'intéressait réellement à lui et à son bonheur. Quelqu'un avec qui il espérait partager beaucoup plus à l'avenir, quand il pourrait le revoir…

Il rêvait de l'image qu'il s'était mis dans la tête depuis que Sirius avait évoqué la possibilité qu'ils vivent ensemble un jour : il se voyait, lui, à côté de son parrain, devant une petite maison isolée…

Si seulement Sirius n'avait pas à fuir, ils pourraient être heureux. Alors Harry se mit à rêver du jour où tout serait fini : où Voldemort aurait disparu pour de bon, où il partirait loin de cette maison atroce des Dursley, où ils pourraient enfin être libres, tous les deux, Sirius et lui.

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Voilà la suite de ma petite fanfic ! J'espère que cela vous a plu !

Laissez moi votre avis en commentaire.

SInon, en ce qui concerne la suite, elle risque d'arriver dans quelques semaines car je suis plutôt prise par mes études ! voilà :)

_ Adenoide : je ne l'ai pas fait avant, mais "merci" pour ton commentaire : ça fait toujours plaisir ^^. Comme tu as pu le constater, la famille de Lev a mal agi mais là où tu avais tort c'était en disant que Luce avait une vie douillette :p A bientôt !!

Bonne continuation !

ShinYuMe