Chapitre neuf : Transformations
Ou comment le vagabond devint apprenti, l'apprenti devint vagabond et la sorcière devint Shamane.
Depuis sa rencontre avec le jeune sorcier rouquin en Roumanie, qui n'était autre que Charlie Weasley, et le vol de son manuel de sortilèges de Défense Contre les Forces du Mal, Lev n'avait plus qu'une idée en tête : aller en Angleterre.
Il savait grâce à l'adresse de l'imprimeur du manuel sorcier qu'il trouverait des gens comme lui là-bas. Et en Europe de l'est, c'était aussi un pays réputé pour accueillir des sans papiers. Lev trouvait que c'étaient là deux raisons suffisantes de mobiliser tous ses efforts pour atteindre cette terre promise. Cela lui prit beaucoup de temps, car on ne traverse pas l'Europe à pied et sans argent en quelques jours...
C'est au mois de février 1995, deux ans plus tard, que Lev mit enfin les pieds à Londres.
Pour y arriver, il s'était mêlé à la foule dans un ferry partant du nord de la France, et lorsqu'on lui avait demandé ses papiers, Lev avait discrètement jeté un sort de confusion au contrôleur...
Il s'était servi du manuel scolaire de sorcellerie comme d'un guide de la truanderie. En un peu plus de deux ans, il avait appris toutes les techniques les plus intéressantes pour lui, c'est à dire tout ce qui pouvait l'aider à vivre comme il le faisait, en dehors de toute loi.
Une fois sur le sol Anglais, toutes ces petites actions frauduleuses réalisées au moyen de la magie furent très vite remarquées par les sorciers locaux. En effet, Lev reçu très vite un hibou : une lettre d'un certain Ministère de la Magie qui lui demandait de se présenter aux bureaux de la Régulation de l'Utilisation de la Magie par les Sorciers de Premier Cycle, et qu'il devrait alors décliner son identité car selon la lettre, il était impossible de décliner son identité.
Heureusement pour lui, sur cette lettre était indiqué le moyen de se rendre dans ce fameux Ministère. Il savait qu'il devrait traverser une sorte de passage secret situé dans un pub : le Chaudron Baveur.
Le lendemain, il entreprit donc de trouver ce pub. Il n'avait absolument aucune intention de se rendre au bureau du Ministère en question : l'administration et les autorités, très peu pour lui. En revanche, c'était la seule piste pour rejoindre le monde des sorciers qu'il avait obtenu depuis son arrivée à Londres. Il se dit qu'il devait tenter sa chance et qu'il verrait bien ce qu'il se passerait s'il ne se rendait pas au rendez vous.
Après tout, comme cela était spécifié dans la lettre officielle, ils n'avaient aucune idée de son identité, et pour cause : non seulement il était arrivé en Angleterre clandestinement, mais même dans son propre pays il devait être déclaré mort depuis son échappée du centre de redressement. S'ils ne savaient pas qui il était, ni à quoi il ressemblait, il ne devait pas risquer grand chose, du moins c'est ce dont il se convainquit pour se rassurer.
Il était très débrouillard et parvint en moins d'une heure à trouver l'emplacement du lieu dit. Cela se fit avec l'aide d'une charmante jeune fille qu'il rencontra par hasard, et qui ne cessait de battre des cils à chacun de ses mots. Elle trouva l'adresse qu'il lui demandait (le nom de la rue, pas celui du pub, bien entendu) sur un plan touristique de Londres. Elle se contenta d'un grand sourire charmeur de Lev comme remerciement et elle s'en alla.
Lorsqu'il parcourut la ville en direction du Chaudron Baveur, son coeur battait la chamade et son cerveau était en ébullition. Il imaginait comment cela pouvait être, à quoi ressembleraient ces gens, quel serait leur accueil... Puis des détails plus techniques lui vinrent à l'esprit. Cela ne faisait que deux jours qu'il était à Londres, et sa première nuit, il l'avait passée dans un bar. Mais ce soir, où dormirait-il ? Et surtout, où allait il trouver du travail pour renflouer les poches de son jean miteux ? Il nota dans un coin de sa mémoire de se mettre à la recherche d'une auberge de jeunesse dès qu'il aurait trouvé ce passage vers ... il ne savait pas vraiment quoi.
A mi-chemin de la rue pavée, il aperçu une enseigne sombre sur laquelle était représentée une espèce de marmite dégoulinant plutôt affreuse. Il se dirigea vers la porte de l'établissement, lentement. Il jeta un oeil par les fenêtre mais elles étaient si crasseuses et l'intérieur si sombre qu'il ne vit rien. Il n'entendait aucun bruit non plus en provenance de l'intérieur. Cela lui semblait étrange car tous les autres pubs de la ville étaient en effervescence en ce samedi après midi.
De plus, il nota qu'il était le seul passant à avoir remarqué ce pub. Et maintenant qu'il était sur le palier, plus personne ne semblait le remarquer lui non plus, comme s'il était séparé du reste du monde par un rideau invisible.
Lev sentit des papillons dans son estomac. C'était sûrement l'endroit en question. Il tourna la poignée de la porte, fit un pas en avant, et entra dans la pièce.
Une fois à l'intérieur, il eut le souffle coupé par ce qui s'étalait devant ses yeux. Il resta immobile pendant plus de dix secondes dos à la porte d'entrée. Au niveau du mobilier, c'était un pub comme un autre avec un bar et un barman, des tables et des chaises, des verres, des consommateurs... Sauf qu'aucun de ces éléments n'était normal en soi.
Le barman avait un air particulièrement antipathique et essuyait un verre avec un torchon digne d'une serpillière pendant que d'autres se lavaient tous seuls derrière lui. Les verres contenaient des liquides dont Lev s'étonnait qu'on puisse avoir envie de les porter à la bouche. Les consommateurs eux, étaient les êtres les plus étranges qu'il lui avait été donné de contempler. Il y avait des hommes et des femmes, étrangement vêtus et pas tous agréables à regarder, mais également des individus non-humains qu'il n'aurait su nommer. Il s'agissait en réalité de gobelins, gnomes et autres créatures plus ou moins courtes sur pattes. Certains clients étaient non identifiables car ils gardaient leurs longues capuches noires sur le visage. Et puis la salle n'était pas très bien éclairée.
L'immobilité de Lev éveilla l'intérêt. Quelques personnes levèrent le nez de leur verre ou de leur discussion. Il se décida donc à s'avancer vers le bar.
Il se glissa entre deux personnes couvertes de leurs capes, accoudées au bar crasseux. Il chercha du regard le panneau d'affichage avec les boissons et leur prix mais ne trouva rien de comparable. Le client à sa droite se fit servir. Pour payer il tendit des pièces que Lev n'avait jamais vu. Le barman mis les pièces dans la poche de son tablier sale et se tourna vers lui.
Lev dit :
« - La même chose ! », en désignant son voisin du pouce, d'une voix qui se voulait assurée.
Il avait pourtant imaginé tout un tas de choses... mais décidément, il ne s'attendait pas du tout à ça!
Il avait un peu l'impression d'être dans un film. Pas n'importe lequel : quelques semaines auparavant, il avait vu le film StarWars, et il trouvait vraiment que ce pub ressemblait au bar extra-terrestre où Hann Solo rencontra Luke Skywalker.
Cette pensée le fit sourire intérieurement : il trouvait les aliens du film bien moins bizarres que les clients de ce pub...
« - Ça vous f'ra dix mornilles. »
Le barman était revenu avec la commande de Lev. Celui-ci le regarda en haussant un sourcil.
« - Euh pardon ? ... Peut-être ai-je mal compris... ? Dix livres ? , demanda-t-il poliment.
- Dix mornilles ! On prend pas la monnaie moldue ici ! Qui c'est celui là ! », fit le barman à grand renfort de gestes explicatifs.
Comme Lev ne semblait pas plus éclairé par cette réponse, le barman remporta son verre et passa au client suivant. Mais Lev voulu lui demander autre chose, tant qu'il y était :
-Excusez-moi ?, le rappela-t-il.
L'homme revint en poussant un grognement, pour lui signifier qu'il n'avait pas que ça à faire.
-Je cherche du travail, pouvez vous m'aider?, demanda-t-il sur un ton un peu plus suppliant qu'il ne l'aurait souhaité.
-Quel genre de travail ? Qu'est ce que tu sais faire ?, demanda le barman en se radoucissant.
-Je ne sais pas trop, ce que vous voulez, j'ai travaillé dans des auberges, dans des boutiques euh...
-Mmmh. Je vois... Peut être sur le Chemin de Traverse... Tente ta chance à la librairie, il me semble que...
Lev le coupa en levant la main, comme pour l'arrêter :
-Une librairie, non merci ! J'aimerais quelque chose avec un peu plus ... enfin... plus vivant, plus d'action ! Vendre des livres, j'pense pas que ce soit mon truc !
Le barman lui répondit en se moquant:
-Eh bien ! Si tu as soif d'action deviens donc Auror ! T'auras plus qu'à t'enrôler dans l'Ordre du Phoenix ! Haha, il est drôle ce gamin..., fit le barman en se tournant vers les autres clients qui avaient écouté la conversation et qui riaient à leur tour.
Cela semblait être une bonne blague mais Lev ne compris pas du tout l'humour qu'il pouvait y avoir là dedans vu qu'il ne comprenait pas de quoi il s'agissait. En revanche il se rappela que l'endroit qu'il cherchait s'appelait le Chemin de Traverse, comme noté sur la lettre de convocation au Ministère .
-Ah... Mais c'est quoi un Auror ?, demanda-t-il en souriant gêné.
-Un Auror ? Demandes donc à cet homme là, ce que c'est qu'un Auror, fit le barman en pointant du doigt quelqu'un assis à une table derrière Lev.
Il se retourna pour voir de qui il s'agissait. Le client en question comprit que l'on parlait de lui et adressa un signe de la main au barman :
- Fais-en un peu moins, Tom. Tu vas l'effrayer, dit-il d'une voix calme.
L'homme replongea dans la lecture du journal qu'il avait quitté des yeux pour répondre, comme si cette conversation n'avait aucune importance.
Lev remercia le barman et s'avança avec hésitation vers l'homme qui lui avait en quelque sorte été présenté.
Les mains dans les poches, le regard bas, il avait l'air gêné d'un enfant timide.
-Bonjour, euh.. excusez-moi mais...
L'homme leva les yeux pour le regarder de la tête au pieds. Lev s'aperçut alors qu'il avait une longue cicatrice qui lui barrait le visage. Il avait aussi un teint très pâle et des cernes prononcées.
-Assis-toi, dit-il d'une voix autoritaire.
-Merci, fit Lev en tirant une chaise et en se dépêchant de s'y asseoir pour ne plus être le centre d'attention_ et des moqueries_ des clients du pub.
-Qu'est-ce que tu veux ?, demanda l'homme en le fixant, curieux.
Lev ne savait pas quoi répondre exactement, il avait beaucoup de questions mais ne voulait pas non plus passer pour un idiot ni faire perdre son temps à cet homme, qu'il n'avait pas du tout envie d'énerver. Son interlocuteur vint à son secours:
-Qui es-tu d'abord ?
-Je m'appelle Lev, dit-il en tendant sa main par dessus la table, tout sourire.
Remus Lupin, répondit l'autre en lui serrant brièvement la main.
-En fait je suis étranger et euh... je cherche du travail, un toit pour la nuit et le moyen d'accéder au « Chemin de Traverse » , lança Lev qui avait soudain retrouvé son assurance et son aisance.
-Je pense que pour le toit, tu peux demander à Tom de te louer une chambre à l'étage, fit Remus en désignant le plafond. Ce pub fait auberge aussi. Mais pour le reste je ne pense pas que tu aies l'âge de travailler. Comment se fait-il que tu ne soit pas à l'école d'ailleurs ?
-Oh.. c'est compliqué, fit Lev avec une moue, passant la main dans ses cheveux nerveusement. Mais je vous assure que je peux travailler, indiquez mois juste comment aller au Chemin de Traverse et je me débrouillerai.
Remus Lupin observa le jeune homme qui était devant lui avec plus d'attention. Il n'était pas majeur. L'état de ses vêtements témoignait d'un grand manque d'argent. Il avait l'air sérieux et responsable. D'un côté son air espiègle ne lui inspirait pas complètement confiance, et d'un autre cela lui rappelait le visage d'un ami, il y a très longtemps.
- D'où viens-tu ?, demanda Remus sur un ton paternel.
Lev sentit que l'homme voulait l'aider. Mais il ne voulait pas non plus lui raconter toute sa vie. Pourquoi ce type ne se contentait-il pas de lui expliquer comment rejoindre le Chemin de Traverse pour se débarrasser de lui, comme l'aurait fait n'importe qui d'autre ?
-Je viens de loin... Mais, vous savez, je peux me débrouiller. Vraiment, je vous assure... Si vous pouviez seulement m'expliquer ...
-Ecoute petit, tu me demandes un service, moi je te demande d'où tu viens, dit Remus d'un ton qui n'appelait pas à la négociation.
Il commençait à comprendre que Lev était en fait complètement désoeuvré et seul dans cette ville. Il voulait l'aider. Il voyait en Lev un jeune coupé de la société, ce qu'il avait été lui-même, pour d'autres raisons. Il voulait lui donner l'aide que lui n'avait jamais reçue hors de l'école de Poudlard.
Lev se sentit obligé de répondre.
-Je viens de Russie, monsieur. Je suis venu parce que je voulais rencontrer des gens... comme moi. Et puis je voudrais travailler. Est ce que ce que le barman a dit est vrai ? Je pourrais m'enrôler dans l'Ordre du Phoenix ? C'est le nom d'une armée chez les sorciers ? Je sais me battre!
-Pas si vite, tu ne sais vraiment pas de quoi tu parles... Tu es venu de Russie tout seul ? Où sont tes parents ?
Lev s'appuya contre le dossier de sa chaise et croisa ses bras sur sa poitrine. De quoi est-ce que cet homme se mêlait après tout? Il n'était pas en train de demander à être adopté...
Remus perçut l'agacement de Lev et voulut se rattraper. Peut-être que ce garçon disait vrai. Peut-être leur apprenait-on à se battre en duel en Russie... L'expression de son visage et son regard déterminé, son allure et son assurance, tout portait à croire qu'il était beaucoup plus mature que les autres jeunes de son âge. Et Remus savait mieux que quiconque ce que cela pouvait-être. Pourtant, il était certain que personne au sein de l'Ordre n'accepterait d'enrôler un gamin de son âge. D'ailleurs...
-Quel âge as-tu ?,demanda Lupin.
- J'ai dix-sept ans m'sieur.
Finalement il n'était pas si jeune que cela. Lui même et ses amis, à l'époque de leurs dix-sept ans, avaient fait face à bien des dangers après tout.
- Et tu dis que tu sais te battre ... Si tu me montrais un peu de quoi tu es capable ?
Lev redonna toute son attention à Lupin, qui semblait enfin le prendre au sérieux. Il leva quand même un sourcil sceptique.
- Ce serait un peu comme un test de passage... et ensuite je verrai de mon côté ce que l'on peut faire pour toi, expliqua Remus.
Lev fit signe qu'il voulait bien. Remus lui sourit d'une façon assez espiègle que Lev ne comprit pas. Remus avait reconnu en lui le désir de faire ses preuves et cela lui plaisait beaucoup. Il posa le journal replié sur la table avec quelques pièces argentées pour payer sa consommation. Il remit sa cape sur son dos, et sortit par la porte de derrière, direction le Chemin de Traverse, Lev sur ses talons.
Remus ouvrit le passage vers la fameuse rue pavée, non sans émerveiller Lev qui décidément en prenait plein les sens aujourd'hui, ce qui était loin d'être terminé.
Lupin lui demanda s'il avait une baguette, histoire de vérifier. Lev ne s'attarda pas sur le sujet mais acquiesça. Ils prirent ensuite un portoloin. Il se retrouvèrent alors dans un décor complètement différent et beaucoup moins plaisant.
C'était une salle sombre au mobilier délabré voire littéralement pourri. Pendant que Lev reprenait ses esprits et se retournait dans tous les sens pour voir où était passée la ruelle de tout à l'heure, Remus jeta sa cape sur une chaise avec désinvolture. Il connaissait trop bien cet endroit. Il était un peu effrayant mais c'était l'endroit le plus tranquille pour un petit duel à l'improviste. Ils étaient à Pré-au-Lard, dans la très ancienne maison que l'on nommait la Cabane Hurlante. Après ces quelques explications, Lev rassuré, Remus sortit sa baguette de sa poche et le provoqua:
- Alors gamin, tu dis que tu sais te battre, prouve-le ! Essaye de me désarmer, pour commencer.
Lev n'en revenait pas. Il y avait quelques heures, il était encore en train de demander son chemin à une inconnue, pressé de rejoindre le monde des sorciers, et là il se faisait provoquer par un sorcier au visage balafré qu'il avait rencontré dans un pub sordide et qui l'avait emmené dans une pièce non moins glauque. Mais que se passait-il ?
-Euh... Vous êtes sûr ?, dit Lev. Vous voulez vraiment que je vous jette un sort ? Si c'est pour se moquer de moi...
-Tu peux avoir confiance en moi. Je fais partie d'un groupe de sorciers un peu spécial. Nous pourrions peut-être avoir besoin de quelqu'un comme toi. Je ne peux pas t'en dire davantage, ce ne serait pas très prudent. Je te promets que si tu es doué, que tu te bats bien, je ferai un effort pour voir si l'on peut ... faire quelque chose pour toi. Même si je suis convaincu que ta place est dans une école, et que je ne peux rien te promettre. Il faudra aussi que tu réponde à quelques questions après avoir bu du Veritaserum, histoire d'être certain que tu es celui que tu prétends être. Il s'agit d'une potion qui te fera dire la vérité.
Lev écarquilla les yeux et fit signe qu'il était d'accord. Puis il attrapa la baguette qu'il gardait dans sa poche de jean, leva la main et prononça la formule de désarmement qu'il utilisait pour la première fois sur un sorcier.
En effet il avait lu plusieurs fois cette formule et avait répété plusieurs fois le geste de la main qui devait permettre de jeter le sort. Mais il n'avait jamais été certain de pouvoir réellement lancer ce sort... Jusqu'à ce moment là.
Remus Lupin fit exprès de se laisser toucher par le sort, pour jauger de sa puissance. Il fut surpris de se relever à quelques mètres de Lev, sa baguette à ses pieds. Il se dit que ce gosse avait vraiment un grand potentiel... Peut-être du même niveau que Harry.
Dumbledore, Arthur Weasley et surtout sa femme, sans parler de Rogue, n'accepteraient jamais de prendre un mineur dans ce groupe si doué soit-il. Mais Lev pouvait leur être utile comme espion, ou comme protecteur de Harry. Il allait devoir user de tous ses talents pour convaincre ses collègues et amis du bien fondé de sa demande...
Il se releva un peu étourdi et sourit à Lev qui lui rendit la pareille.
-Laisse-moi te montrer un sort de désarmement d'un sorcier expérimenté, petit...
-Envoyez , j'suis prêt !
Ils se faisaient face, tendus mais souriants. Remus était excité comme un enfant et Lev se concentrait pour ne pas prendre une trop grosse raclée... Même si ce sorcier ne pouvait pas le faire entrer dans cette compagnie mystérieuse, il lui apprenait comment se défendre et était très gentil avec lui. Il décida de jouer le jeu jusqu'à ce que Remus le raccompagne à l'auberge.
De son côté de l'Europe, Luce allait bientôt avoir dix-sept ans elle aussi. Elle se souvenait très bien des lettres de Dumbledore, et savait que c'était l'âge limite pour intégrer l'école de sorcellerie de Poudlard. Jusque là elle n'avait pas pu se résigner à abandonner sa mère malgré une envie immense de rejoindre cette académie si spéciale.
Elle avait donc poursuivit ses études au lycée, s'était orienté en filière scientifique... Quand on a un parent malade, soit on rejette complètement l'univers aseptisé de l'hôpital, soit on décide de faire partie de ceux qui se battent contre ces maladies qui emportent nos proches. Elle voulait devenir médecin, ou elle ne savait pas trop quoi précisément mais dans le domaine médical en tout cas.
Sachant que sa dernière, toute dernière chance approchait à grands pas, Luce était encore plus tendue que d'habitude. Sa mère savait très bien pourquoi, mais malheureusement, elle n'avait plus assez de forces pour vaincre l'entêtement de sa fille et la pousser à accepter avant qu'il ne soit trop tard.
En effet, Lise avait été admise à l'hôpital, quelques mois plus tôt, et elle n'était plus autorisée à en sortir. Trop fragile.
Luce était résignée, morne, elle refoulait la plupart des émotions qui l'envahissaient : c'était comme ça qu'elle avait survécu à ces deux dernières années. Elle vivait seule dans leur petite maison, avait un job à temps partiel pour faciliter les choses. Elle étudiait quand même beaucoup l'anglais, des fois qu'elle finisse par aller en Angleterre...
Luce se demandait comment il était possible qu'elles aient encore leur maison, et que sa mère aie été acceptée dans un des meilleurs hôpitaux du coin, tous soins payés, alors qu'elles n'avaient aucune famille ni aucun ami suffisamment intime pour les aider financièrement. Peut-être avaient-elle droit à des aides sociales dont elle n'avait pas connaissance.
Contrairement à ce qu'elle pensait, Luce et sa mère avaient un ami qui veillait, même de loin, sur leur bien-être. Albus Dumbledore n'oubliait pas la jeune femme qu'il avait rencontré et sauvée il y a dix-sept ans de cela.
Il pensait très souvent à cette petite famille de qui il aurait tant aimé se rapprocher. Il ne devenait pas gâteux, comme le croyait Severus Rogue. Simplement, il ne pouvait ni cacher ni repousser le sentiment d'affection qu'il éprouvait pour elles. Tout comme il ne pouvait en faire autrement de son affection pour Harry Potter.
Albus se posait beaucoup de questions depuis quelques semaines, enfin disons plus que d'habitude. Il guettait toujours des nouvelles des filles Pangier. Rogue n'y croyait plus vraiment mais le vieux sorcier barbu était plus têtu que la majorité des entêtés en vie sur cette planète. Il était même allé voir Firenze, le centaure qui acceptait d'être son messager et informateur.
Lors de la naissance de Luce, Firenze avait expliqué au professeur que l'enfant serait sorcier avant d'être shaman. En effet elle était née sorcière. Albus souhait savoir plus précisément quand est-ce qu'elle deviendrait un guide, un shaman : car une fois qu'elle disposerez, en plus de ses pouvoirs sorciers, de la capacité à utiliser la Magie Shamane, elle serait obligée d'intégrer Poudlard. Il aurait même le soutien de certaines autorités pour cela. Car la véritable aide que Albus pouvait apporter à Luce était de lui fournir un enseignement sur sa magie si spéciale...
Or Luce n'avait toujours pas présenté les signes de la transformation. Les centaures disaient que cela pouvait durer des années avant qu'un shaman ne se révèle. Il lui fallait un déclencheur. Parfois il ne venait jamais, et une génération de guides était gâchée. Le vieux professeur s'inquiétait à propos de ces histoires. Aussi, il avait affecté Severus Rogue à l'espionnage intensif des filles Pangier, sans en informer ni l'une ni l'autre. Rogue devait surveiller, et avertir le professeur Dumbledore si quoi que ce soit se produisait autour de la date d'anniversaire de Luce.
Severus, exilé dans le sud de la France, en mission de surveillance pour son directeur, réfléchissait aux meilleurs moyens de parfaire la sécurité de la compétition de la Coupe de Feu qui avait lieu en ce moment même, outre Manche. Le personnage improbable qu'était le professeur Maugrey Fol Oeil lui donnait la nausée. Les compétences de Potter et l'esprit sportif qui entourait la compétition aussi. De plus, il devait jouer son rôle mieux que jamais car il était constamment sous les yeux d'un mangemort encore actif qui n'était autre que le directeur de l'école Durmstrang.
Alors que toutes ces pensées se bousculaient sous ses cheveux huileux, il arpentait la rue qui reliait le domicile où travaillait Luce et sa propre maison. Il maintenait une distance d'une dizaine de mètres entre elle et lui afin de ne pas se faire remarquer par l'adolescente. Il la suivait régulièrement sur ce trajet puisqu'elle y faisait de nombreux aller-retours au cours de la semaine. Elle avait trouvé un job de baby-sitter. Sauf que ce soir là, il était trop déconcentré pour ne commettre aucune faute.
Tandis que Luce cherchait ses clés pour ouvrir sa porte d'entrée, il continua d'avancer, dépassant l'angle de la rue qui le protégeait du regard de l'adolescente. Bien entendu, il n'y avait quasiment personne dans le quartier, et Luce se retourna vivement en entendant des pas derrière elle.
Elle aperçut cette silhouette élancée et effrayante de l'autre côté du trottoir, enveloppé de sa longue cape noire de voyage. Soudain une idée traversa son esprit : il était possible que cet homme qui la fixait du regard ait de mauvaises intentions. Elle trouva ses clé en moins de deux, ouvrit, entra, claqua et referma la porte sur elle, le coeur battant à cent à l'heure.
Severus se maudit. Maintenant qu'il était découvert et qu'il l'avait effrayée, il se devait d'aller lui parler pour lui expliquer sa présence_ au moins un peu_ et la rassurer.
Lui n'avait certes pas eut une adolescence facile. Mais Luce non plus, et il le savait. Il détestait tellement compatir avec des inconnus qu'il ajouta cette nouvelle raison aux multiples autres d'avoir la nausée...
Il imagina que la jeune fille de même pas dix-sept ans devait avoir eut la peur de sa vie en le voyant rôder ainsi.
Il se présenta donc sur le pas de la porte et frappa calmement, s'éclaircit la gorge et s'adressa à la porte :
« Je viens de la part du professeur Dumbledore, je ne vous veux aucun poil. »
Ah, encore le sortilège de traduction qui faisait des siennes ... « C'est malin! » se dit il. « Je ne vous veux aucun mal, excusez mon français approximatif ... »
Luce tendait l'oreille vers la porte, en appuis sur le mur, un couteau de cuisine à la main.
« Qu'est ce que vous voulez alors ?
-Vous parler... de votre prochaine année scolaire.
Severus venait d'avoir une idée. En pensant au choc qu'il avait dû lui faire en se faisant remarquer, il se souvint de ce qu'avait dit le professeur concernant la nécessité d'un déclencheur à la maladie initiatique, la crise qui devait permettre la transformation de la sorcière en shaman. « Et s'il fallait provoquer cette crise ? »
Avec un petit choc émotionnel, rien de méchant bien sûr ... Mais sur quelle piste pouvait il l'emmener pour susciter une réaction assez importante ? « Hah ! La bonne blague ! Comme si susciter une crise émotionnelle chez un ado était ce qu'il y avait de plus difficile au monde.! », se dit Severus Rogue, à qui la psychologie et les méthodes pédagogiques étaient complètement étrangères.
Il trouverait bien au fer et à mesure de la conversation le point sensible qui ferait faire à Luce une petite crise de nerfs.
Luce respira plus calmement. La voix de l'homme sur son palier lui était familière.
-Qui êtes vous ?
Severus regarda autour de lui, scruta les alentours de la maison. Il n'était pas conseillé de dire son nom et prénom dehors comme ça à la merci de n'importe quel moldu... ou Mangemort.
- Laissez moi entrer s'il vous plaît, Mlle Pangier. Nous nous sommes rencontrés il y a quelques temps.. Je ne pense pas que vous ayez gardé un bon souvenir de ma visite.
- Alors c'est vous !, fit-elle en ouvrant la porte à la volée.
Severus écarquilla les yeux en contemplant le long couteau de cuisine qu'elle tenait à la main, pointé vers son ventre. Il lui avait apparemment fait plus peur que ce qu'il croyait.
Il se présenta à nouveau, en bonne et due forme, et lui demanda de baisser son arme.
Cela faisait plusieurs jours déjà qu'il la suivait mais il n'avait pas eut l'occasion de la voir de très près, et pouvait remarquer les changements qui avaient eut lieu au cours de ces deux ans. Elle se tenait là devant lui, remontée à bloc et son regard d'effrontée en colère était la seule chose véritablement reconnaissable chez elle.
Elle avait les yeux d'une couleur d'ambre, bordés d'un orange vif assez étonnant qu'elle n'avait pas auparavant. Elle était très pâle, les joues creuses mais rien de disgracieux. Plutôt jolie en effet. Les cheveux courts, rougeoyant artificiellement dans les reflets de soleil qui filtraient par la fenêtre de la cuisine. La couleur de ses cheveux faisait ressortir celle de ses yeux. Elle faisait beaucoup plus âgée que son âge, avec sa mine déprimée et son regard si expressif. Ou peut-être était-ce lui qui la voyait ainsi parce qu'il savait pourquoi elle était déprimée. Pendant une fraction de seconde, Severus ne fut pas insensible au charme de la jeune femme.
Elle le jaugea du regard et se sentit mal à l'aise. Non seulement à cause des souvenirs de leur dernière et première rencontre, mais aussi parce qu'elle ne savait pas comment prendre sa venue.
-Alors que faites-vous ici ? C'est Dumbledore qui vous envoie me chercher de force cette fois-ci ? C'est la dernière année n'est-ce pas ?
C-'est bien votre dernière chance de rejoindre Poudlard, et même si je ne suis pas là pour vous y forcer, je ferais tout mon possible pour vous convaincre, et il ajouta, Croyez moi je sais être persuasif... D'autant que je suis habilité à utiliser la magie s'il le faut, dit-il sévèrement.
Elle avala sa salive de travers et son coeur se mit à nouveau à battre des records de vitesse.
-C'est pas vrai... Vous ne pouvez pas m'y obliger..., dit elle en cherchant dans ses yeux noirs la véritable raison de sa présence.
-Allons donc, ne le prenez pas comme ça. C'est une chance d'être admis dans cette école et vous faites preuve de mauvaise fois en refusant chaque année d'être inscrite. Cette école sera bientôt tout ce qu'il vous reste...
Luce eut un hoquet d'horreur. Non mais quel culot et quel manque de tact de dire une chose pareille. Pourtant il continua :
-Vous pourriez au moins ne pas être égoïste une minute et faire plaisir à ceux qui s'inquiètent pour vous. J'entends par là votre pauvre mère et le Professeur Dumbledore qui n'a quand même pas que cela à faire de ses journées, vous comprenez. Il est las de devoir insister et souhaiterait que cette comédie cesse pour de bon. C'est pour cela que je suis là.
-Comment osez-vous...
Les mots se bloquèrent dans la gorge de Luce, outrée et furieuse.
- Comment pouvez vous me dire cela à moi ? Je ne vis que pour soutenir ma mère et c'est justement pour cela que je reste ici ! Et qui vous dis que votre école est si merveilleusement attirante à mes yeux ? Qu'est ce que j'en ai à foutre que votre directeur se soit lassé d'essayer de me convaincre, vous pouvez me le dire ? Gardez-la votre place si honorable dans votre école qui pue l'autosatisfaction ! Vous en êtes si fier que vous êtes arrogant!
La pression des émotions était en train de jouer son rôle. Severus se jugeait tout de même un peu rustre d'en être arrivé là. Mais après tout, le choc émotionnel existait maintenant. Restait à voir si cela pouvait être un déclencheur à la maladie initiatique.
Histoire d'être odieux jusqu'à la fin, il lui dit qu'elle était une adolescente capricieuse et qu'elle ferait mieux de céder et de s'inscrire avant de se retrouver sans personne ni lieu où aller.
Luce était au bord de la crise de nerf. Elle ne se contrôlait plus du tout.
-Sortez de chez moi vieux con !
Elle lui assena quelques autres noms d'oiseaux, en arriva même à le pousser vers la sortie mais il résista et joua très bien le jeu. Puis, comme elle ne semblait pas présenter de signe, il tenta le tout pour le tout : cela aurait été dramatique de lui détruire le moral en vain. Il se dit que la chose la plus frustrante et énervante qui soit, pour une personne dans la situation immédiate de Luce, c'était de ne pas pouvoir s'exprimer. Il lui jeta un sort de mutisme. Comme il l'avait fait la première fois...
Luce sentit ses mots se dérober. Les larmes coulaient sur ses joues mais sa voix avait disparu. Elle serra les poings et les dents pour ne pas céder à une folie meurtrière passagère. Puis elle voulut faire du mal à cet être abominable qu'elle voyait devant elle. Elle ouvrit les doigts, les paumes des mains vers le sol, aspirant toute l'énergie qu'elle pouvait, referma les poings et jeta cette force accumulée au visage de Rogue.
Il n'avait pas vu le coup venir et son nez laissa couler un petit filet de sang. Il se maudit encore une fois et se demanda comment il allait faire pour arranger les choses avant de s'en aller... Peut-être un sort pour lui faire oublier sa venue... Il leva le sort de mutisme, toujours dans ses pensées.
Luce, libérée du sortilège, cria comme une enragée en tombant genoux à terre. Elle sanglotait violemment. Il avait parfaitement réussi à la pousser à bout en tout cas...
Soudain, elle inspira bruyemment comme si elle suffoquait, la bouche grande ouverte et les yeux fixés au plafond, le corps arqué. Elle avait l'air de souffrir physiquement, comme si l'on venait de lui planter un couteau dans le dos.
Elle fut prise de tremblements. Elle tomba sur le côté, sa tête se cogna brutalement au sol et ses yeux se révulsèrent. Severus s'agenouilla pour lui soutenir le visage, afin qu'elle ne s'étouffe pas avec sa langue.
Si c'était cela la maladie initiatique, c'était absolument inattendu et il fut pris de panique. Il la fit transplaner avec lui jusque dans sa chambre, et s'adressa au chevalier du tableau. Il lui transmit un message urgent pour Dumbledore.
Luce était toujours secouée par les tremblements. Puis ses pupilles revinrent à leur place et elle reprit conscience, non sans trembler et se débattre. Rogue la laissa s' asseoir contre le mur. Elle prononça des paroles inintelligibles, certainement des appels à l'aide, et enfin, il se produisit un phénomène que Severus n'avait jamais vu ni jamais imaginé.
Alors que Luce, la sorcière, devenait shamane, des particules fumeuses et luminescentes vinrent s'accumuler autour d'elle, tout autour de son corps. Elle les regardaient avec une sorte d'affection étrange, en tournant et retournant sa main et voyant les particules suivre le mouvement. Severus Rogue ne pouvait pas les voir.
Elle adressa un regard au sorcier qui se tenait devant elle, visiblement inquiet et lui fit une sorte de sourire, pour lui dire qu'elle se sentait mieux.
Cette énergie magique qui l'entourait semblait se glisser sous sa peau et entrer en elle pour réveiller et réchauffer son âme. C'était exactement ce qu'avait décrit Firenze au professeur Dumbledore, dix-sept ans plus tôt : « Elle sera envahie par les esprits, tout d'un coup! Son enveloppe ne pourra pas contenir le flux de vie qui passera à travers elle. Alors elle tombera malade... A partir de ce moment là, elle sera shaman. »
Luce ne pouvait décrire ni même penser clairement à ce qu'elle ressentait mais c'était agréable, comme si ces petites étincelles avaient le pouvoir de tout réparer en elle, de lui donner une force qu'elle n'avait plus, la joie de vivre qui lui avait cruellement manqué depuis plusieurs années.
Elle se releva lentement et Severus la soutint par les épaules. Le chevalier féodal du tableau revint du bureau de Dumbledore à ce moment là :
-Alors, quelles sont les instructions du professeur Dumbledore ?, s'enquit Rogue.
Mais Luce n'écoutait pas. Elle percevait le monde d'une façon différente, en cet instant si spécial : elle distinguait non seulement chaque particule de magie contenue dans la pièce, mais aussi chaque goutte de vie .
Elle ressentait la présence de Severus et celle du tableau ensorcelé à travers les particules qui constituaient leurs silhouettes. C'était comme si Severus Rogue était rempli de particules lumineuses colorées, concentrées, mouvantes... Elle était hypnotisée ! Elle observait le décor qui l'entourait à travers un filtre qui ne laissait voir que la vie et la magie, les deux énergies qui régissaient le monde auquel elle appartenait, et qu'elle devait à présent rejoindre.
Elle avait délaissé la vie pendant trop longtemps : la tristesse ne devait plus la posséder. Elle accomplirait sa tâche, celle que l'existence lui avait décernée, comme l'avaient prédit les centaures. Elle était une sorcière shamane.
Quand l'année scolaire fut terminée ainsi que le Tournoi des Trois Sorciers, deux mois plus tard, Harry rentra au 4, Privet Drive pour passer le pire été de sa vie chez son oncle et sa tante. Plusieurs semaines après son arrivée, il rêvait encore du visage de Cédric Diggory, assassiné par sa faute...
Les remords, les regrets, le désespoir, aucun des charmes de Poudlard ou de l'année scolaire à venir ne pouvait lui remonter le moral. Quand il pensait à ses amis, Ron et Hermione, il entrait dans une colère sourde. Non seulement ils ne l'avaient pas invité au Terrier alors qu'ils y étaient tous les deux, mais en plus leurs lettres ne contenaient aucune nouvelle du monde sorcier. « Nous ne pouvons pas te parler te tu-sais-quoi... à part ça ici tout va bien... ». Autant ne rien lui envoyer du tout puisque apparemment, ils n'avaient que faire de ce qu'il pouvait ressentir ici, seul, sous la chaleur accablante de l'été. Ils lui avaient bien envoyé une boîte de chocolat de Honeydukes pour son anniversaire avec une petite carte, mais Harry les avaient jetés à la poubelle sans même ouvrir les paquets. Le jour de ses quinze ans ne fut pas plus joyeux que les autres.
Aucune nouvelle non plus de Dumbledore, qui semblait avoir mieux à faire qu'à lui parler des derniers évènements. Comment avait-il pu l'oublier si vite ? Pourquoi ne le tenait-il pas informé afin qu'il puisse les aider à faire face au retour du mage noir ? N'avait-il pas prouvé qu'il été capable, et bien plus que quiconque, de se battre, d'être utile à la cause ?
Quant à son parrain, il lui avait envoyé un mot de soutien, ce qu'Harry avait apprécié. Cependant, la lettre de Sirius disait « ... ne fais rien de stupide... » ce qu'Harry trouvait très déplacé de la part d'un homme qui avait été enfermé à Azkaban puis s'en était échappé pour commettre le meurtre dont il avait été accusé premièrement. Non content de cela, il était dorénavant en fuite, avec l'aide notamment de Harry... Bref, encore des vacances scolaires qui s'annonçaient ennuyantes à mourir.
Quand il n'était pas en colère, ou que son sentiment de frustration s'estompait un peu, il se sentait affreusement coupable de tout ce qui était arrivé.
Si seulement il n'avait pas partagé la Coupe de Feu avec Cedric, dans cette impasse du Labyrinthe. Si seulement il avait été plus rapide et plus fort, pour empêcher que Queudver ne le tue...
Sa chouette hulula doucement comme pour lui dire d'arrêter de se torturer. Il lui sourit tristement et lui donna un biscuit en la caressant sur la tête. Il prit le parti de se changer les idées et chercha dans sa valise s'il n'y avait rien d'intéressant qui pourrait lui faire oublier sa vie quelques instants. Il ne trouva que ses vêtements et ses manuels scolaires. Il y avait bien son balais m'enfin ce n'était pas une bonne idée et il le savait.
Alors il feuilleta à nouveau la Gazette du Sorcier. Mais il regretta bien vite de l'avoir fait car dès la troisième page ses yeux tombèrent sur un article consacré à la démence sénile du professeur Dumbledore et à un peu plus de propagande visant à cacher le retour de Celui-dont-on-ne-doit-pas-prononcer-le-nom, et à décrédibiliser le directeur de Poudlard.
Il était seul, trahi par ses amis et abandonné par son mentor. Enfermé dans cette prison qui plus est ! Avec son cousin idiot et ses parents odieux. Comme il aurait aimé rejoindre ses amis ou son parrain pour le reste es vacances.
Il regarda la photo mouvante de ses parents qui lui faisaient de grands signes de la main et de grands sourires. Harry voulait intégrer l'Ordre du Phoenix pour aider à faire avancer les choses. A quoi cela servirait-il d'être à Poudlard alors que la guerre allait éclater d'un moment à l'autre. Ils devaient trouver le moyen de vaincre Voldemort et pour cela il fallait unir les efforts de tous les volontaires. Il y avait également de nombreux mangemorts à arrêter... Notamment Lucius Malefoy et Bellatrix Lestrange... deux redoutables serviteurs de Voldemort, aussi détestables que les idéaux qu'ils embrassaient.
Finalement, Harry choisit de faire un tour dans les environs, de respirer l'air un peu moins brûlant de ce début de soirée. Il attrapa ses baskets et mit sa baguette dans la poche de son jean. En passant dans les escaliers, il aperçut son reflet dans un miroir de la salle à manger. Sa silhouette avait bien changé. Il avait pris quelques centimètres en un très court laps de temps. Comme il n'avait jamais été bien épais, et qu'en plus, cet été là, tante Petunia avait décidé de mettre tout le monde au régime, son T-shirt flottait et son jean tombait un peu en dessous de ses hanches. Fidèle à lui même, il portait ses cheveux au naturel, c'est à dire ébouriffés et mi-longs. Son regard vert émeraude en disait long sur son humeur et lorsque son oncle lui demanda où il allait comme ça Harry se contenta de claquer la porte d'entrée.
Il erra dans les rues jusqu'à atteindre le parc de jeu pour enfants. Il restait une balançoire que Dudley et sa bande n'avaient pas encore détruite et il s'assit dessus, laissant traîner ses pieds dans le sable encore chaud. Il se balançait avec nonchalance, la tête vide, le regard perdu vers les étoiles. Il écarta une mèche de cheveux noirs du milieu de son visage et contempla avec plus d'attention la voûte étoilée.
« Si seulement ce dingue n'avait pas existé... ou si seulement il n'avait pas emprunté la voie de la magie noire, tout serait si simple. » Il ne serait pas vraiment lui, c'était certain, mais qu'importe ? Qu'est-ce que sa vie avait de si enviable qu'il ne voudrait pas échanger ? L'image des personnes qui comptaient pour lui se mit en travers de ses pensées et Harry grimaça. Certes il était excessif et probablement un peu injuste d'oublier ses amis et ceux qui l'entouraient à Poudlard. Mais bon sang à quoi jouaient ils depuis le début de l'été ? Pourquoi le laissaient ils plonger dans l'ennui total sans même s'en soucier ?
Il entendit des voix s'approcher du parc. Il s'agissait de voix de garçons qui riaient et chantaient une chanson aux paroles assez grossières. Harry reconnut la bande de son cousin détesté. Il avait très envie de provoquer Dudley devant tous ses acolytes. En effet, le champion de boxe local serait partagé entre ne pas perdre la face devant ses amis et s'exposer à de graves conséquences vu qu'Harry avait sa baguette magique sur lui. Harry faillit céder à l'impulsion qui le possédait, puis Dudley et sa bande disparurent dans la nuit sans faire attention à lui. Harry laissa tomber sa tête en avant en se traitant d'idiot. Se battre avec un crétin pour se défouler ne valait vraiment pas mieux que ce que ces crétins en question faisaient aux plus jeunes et plus faibles qu'eux. Ceci dit, ils auraient bien mérité une leçon, ce que Harry pouvait leur donner sans trop de difficultés et lui procurerait une joie immense.
Ses lèvres fines s'étirèrent pour former un sourire en coin : Harry se rappelait l'intervention merveilleuse de Hagrid le jour de ses onze ans et la queue en tire bouchon de Dudley.
Il se releva pour prendre la direction de la maison, car les Dursley prenait l'heure à laquelle leur fils rentrait comme la bonne, et arriver n'importe quand après était beaucoup trop tard. Il avait assez de soucis comme ça et voulait éviter de se retrouver consigné dans sa chambre étroite du premier étage.
Il prit un raccourcit et maintint ses distances avec le groupe qui finit par se séparer à un coin de rue. Dudley était seul à présent, alors Harry le rattrapa.
Ils échangèrent quelques reproches sanglants. Mais Dudley réussit à mettre Harry dans une rage folle lorsqu'il mentionna les cauchemars de Harry, ses gémissements inquiets à propos de « Cédric » et ses appels à l'aide.
Même si Harry était plus petit et beaucoup plus mince que son cousin, lorsqu'il sortit sa baguette de sa poche et la pointa sur le visage de Dudley, celui-ci fut submergé d'une terreur telle qu'il se figea et cria d'une voix suraiguë : « Ne pointe pas cette chose sur moi ! » .
Harry ne contrôlait plus vraiment ses gestes et il continua de braquer son arme sur son cousin et de lui crier dessus. Il lui aurait probablement jeté un sort s'ils n'avaient pas été interrompus à ce moment là.
Un froid surprenant entoura les deux garçons et Harry se sentit tomber dans un abysse sans fond, sans même bouger de là où il était. Dudley se mit à geindre et à crier, les yeux écarquillés, le regard fou. C'est alors que Harry entendit la voix de sa mère qui hurlait. Il comprit tout à coup qu'ils n'étaient pas seuls dans cette rue. Des détraqueurs étaient là, autour d'eux, et Harry les voyait à présent. Il résista tant bien que mal à une vague de tristesse et de désespoir qui l'écrasa sous le poids de ses souvenirs les plus noirs, et il serra très fort sa baguette.
Une lumière blanche jaillit et prit la forme d'un cerf. Lorsque le patronus bougeait, cela faisait un bruit grave et presque métallique que Harry accueillit avec soulagement. Les détraqueurs poussèrent des cris déchirants et suraigus dans la nuit jusque là paisible de Little Whiging. Ils battirent en retraite, laissant les deux garçons seuls reprendre leurs esprits. Du moins un des deux, car Dudley ne semblait pas recouvrer sa lucidité et tremblait, recroquevillé sur lui même.
Harry eut le réflexe de prononcer Lumos pour vérifier qu'aucun autre ennemi n'arrivait pour les achever. Au bout de quelques secondes, il décida de retourner à la maison. Il devait ramener Dudley, prendre sa valise et s'enfuir d'ici à toute vitesse. Le moment était venu de quitter le 4, Privet Drive pour des horizons plus intéressants comme le Chaudron Baveur ou le Terrier.
Mais arrivé dans le salon, tentant de se débattre pour que son oncle le lâche et cesse de l'accuser injustement d'avoir fait du mal à son fils, Harry reçut un hibou qui compromit tous ses projets de fuite.
Il était convoqué au Ministère de la Magie pour avoir utilisé sa baguette sans y être autorisé, et Dumbledore lui demandait de rester chez sa tante jusqu'à ce que l'on vienne le chercher.
Résigné une fois de plus à faire ce qu'on lui demandait alors que cela le rendait dingue, il s'abattit sur son lit en ruminant contre le monde entier puis en réfléchissant à ce qu'il venait de se passer. Des détraqueurs étaient venus jusqu'ici pour l'attaquer. Comment étaient ils partis de la prison d'Azkaban ? Comment l'avaient ils trouvé ? Voldemort avait forcément commandé cette attaque. Et voilà que c'était sur lui que tombait la Justice en lui reprochant d'avoir jeté un sort devant un moldu...
Au moins s'il était renvoyé de Poudlard, il pourrait se consacrer entièrement à la tâche qu'il devait accomplir.
Il enfouit son visage dans ses mains et respira calmement pour ne pas céder à la panique qui germait dans son estomac. Dumbledore avait précisé que l'on viendrait le chercher. Il se leva lentement de son lit, fit sa valise et se tint prêt à quitter ce lieu maudit.
Je publie enfin la suite de ma fiction que je reprends, après 2 ans de hiatus. J'espère que vous aimerez la suite !
laissez un commentaire pour me donner votre avis ^^
Bonne continuation :)
Shin YuMe Nina
