Chapitre Onze : Sur le Chemin de Traverse
Lev put observer la jeune fille qu'il n'avait pas encore rencontrée pendant un instant, car personne ne l'avait entendu pousser délicatement la porte. Il observait la scène depuis l'entrebâillement de la porte de la chambre. Il vit cette jeune fille aux cheveux longs, au visage fin et agréable à regarder, assise là à écouter Hermione. Les autres faisaient de même, Harry et Ron lançaient tour à tour des regards volés en direction de la nouvelle. Elle sourit lorsque Fred _ou était-ce George ?_ lança une blague sur un des professeurs de Poudlard. Etant donné l'attention que la nouvelle portait au récit, il en déduit qu'elle devait probablement découvrir son contenu, tout comme lui.
« - Et donc la bibliothèque contient tous les ouvrages que tu peux avoir besoin de consulter dans toute ta scolarité ! C'est juste génial, tu vois on peut même y aller étudier, ou juste profiter du calme et de l'ambiance douce et mystérieuse…
- Roohh, Hermione t'es incorrigible ! Passe donc la partie sur la bibliothèque, je suis sûr qu'elle s'en fiche royalement !, beugla George en faisant un signe dédaigneux de la main comme pour balayer le sujet de la conversation.
- Ah non ! , enchaîna Luce tout en posant délicatement le bout de ses doigts sur le genou d'Hermione. Raconte-moi tout, même la bibliothèque ! Tout m'intéresse je te jure !
Hermione afficha le sourire du vainqueur, heureuse d'avoir trouvé un public qui partageait son enthousiasme, puis elle reprit sa description des types d'ouvrages que l'on pouvait ou non y emprunter.
Lev se décida à approcher de plus près le petit groupe et fit grincer la porte en l'ouvrant davantage. La conversation s'interrompit et tous se retournèrent vers l'entrée d'un air curieux. Les jumeaux encouragèrent Lev à s'assoir à côté d'eux sur le lit de Ron. En passant devant Luce qui était assise sur le lit d'Harry à côté d'Hermione, il lui fit un signe de tête pour la saluer, et lui tendit la main une fois assis.
- Je m'appelle Lev Sviatoslav, dit-il d'une voix grave. Et toi ?
- Enchantée, je suis Luce. Luce Pangier, répondit-elle, souriante et surprise. Je suis étrangère, y compris au monde de la magie ! , ajouta-t-elle pour expliquer la situation.
- Moi aussi, dit-il avec un sourire complice, surpris à son tour. Je viens de Russie. Je n'ai jamais vraiment étudié la magie… Mais Remus a dit qu'ici on m'apprendrait !
Harry et Ron échangèrent un regard en coin. Allait-il intégrer Poudlard lui aussi ? Comment pourrait-il faire partie de l'Ordre sans aucune formation ? Harry ressentit à nouveau la pointe de jalousie qu'il avait connu plus tôt ce matin-là, mêlée à ce sentiment d'impuissance face au refus des adultes _ de Dumbledore_ de l'intégrer à l'Ordre du Phoenix.
Après une petite mise au point de qui était Remus, Luce put reprendre le fil des explications des jeunes sorciers à propos de Poudlard et du monde de la magie. Lev se félicita d'avoir rejoint la conversation car même s'il avait beaucoup parlé avec Sirius la nuit précédente, et avec Remus bien avant cela, la vision des jeunes sur leur école lui apportait beaucoup d'informations intéressantes sur son nouveau monde. Il avait connu le pensionnat : froid, austère, où les adultes essayaient davantage de les abrutir et de les endoctriner que de les éduquer. Il n'avait jamais eu aucun ami là-bas, alors qu'il passait son temps entouré d'autres enfants de son âge. Mais il avait toujours effrayé les autres, à cause des choses étranges qui avaient lieu dans le dortoir quand il faisait des cauchemars. Il sentait au fond de son cœur que tout cela était révolu. Pourtant, il craignait de ne pas être à la hauteur. Il craignait que les autres ne l'apprécient pas…
Lorsque leurs ventres firent signe qu'il était temps de manger, tous gagnèrent la cuisine. Molly Weasley avait préparé le repas. Remus, Sirius et Arthur Weasley étaient là également. Les discussions continuèrent bon train jusqu'aux environs de trois heures de l'après-midi, heure à laquelle Molly expédia chacun à sa tâche de la journée : Arthur à son travail, Remus à une mission et les enfants répartis en plusieurs équipes dans toute la maison pour la débarrasser des objets magiques plus ou moins dangereux qu'elle contenait avant de devenir le quartier général de l'Ordre du Phoenix. Fred et George quittèrent le repère pour travailler à leur boutique de farces et attrapes du chemin de Traverse.
Ginny voulut faire équipe avec Hermione, et Ron avec Lev car ils avaient entamé un vaste sujet de conversation, dont Ron ne se lassait jamais : le Quidditch. Du coup, Harry et Luce furent les deux derniers à former une paire de nettoyeurs. Chaque équipe fut chargée d'une pièce de la maison à nettoyer.
Luce aurait bien aimé discuter davantage avec ce Lev, qu'elle trouvait… disons… envoûtant. Mais c'était avant de plonger dans le regard émeraude d'Harry qui l'attendait juste à côté, et qui lui fit signe de le suivre jusqu'à la pièce qui leur avait été confiée. Luce baissa le regard, gênée, et le suivit. Gênée de quoi ? Elle ne le savait pas très bien. Elle l'avait repéré dans le groupe parce qu'il était très sympa. Non, elle l'avait d'abord remarqué parce qu'il était très beau et ensuite avait remarqué qu'il était sympa. Mais elle s'était sûrement fait des idées, emportée par toutes ces nouvelles rencontres excitantes. Il était plus jeune qu'elle, et probablement timide, incapable de sortir une phrase lorsqu'elle le regarderait dans les yeux, un peu comme son ami Ron… bref, assez décevant finalement.
Mais Harry n'était pas quelqu'un de timide ni d'ennuyeux, comme elle le découvrit ce jour-là. Il était curieux de la connaître, et il agrémentait la conversation de traits d'humour, pas toujours drôles certes, mais Luce nota l'effort. Elle le trouva charmant. Elle sentit qu'il cachait des choses, qu'il était triste … Mais elle ne posa aucune question déplacée. Elle comprenait.
Harry lui, luttait contre son cœur qui battait à cent à l'heure et ses joues qui pouvaient virer au rouge d'un moment à l'autre. Il ne savait pas très bien pourquoi, mais il ressentait le besoin de paraître intéressant, sûr de lui… Il voulait qu'elle l'apprécie. Puis il réalisa soudain qu'elle lui plaisait beaucoup parce qu'il ressentait un peu les mêmes papillons dans le ventre que lorsqu'il croisait Cho Chang à Poudlard. Cette pensée le rendit perplexe, ce qui se traduit par une expression rigolote sur son visage pendant quelques secondes : un sourcil relevé et un regard perdu dans le vide, signe d'interrogation intérieure.
Luce le remarqua et rit gentiment. Harry se rendit compte qu'il était resté béat un petit moment et s'en voulut immédiatement d'être passé pour un idiot. Ses joues se mirent inévitablement à rougir, ce qu'il dissimula habilement en faisant mine de fouiller sous la grande commode qui se tenait non loin d'eux.
A l'étage en dessous, Lev se faisait expliquer les ficelles du jeu complexe et passionnant qu'était le Quidditch. Ron était intarissable. Il connaissait les règles, les nouveaux équipements, le nom de chaque joueur et de chaque entraîneur, les résultats de chaque match (ou presque) des championnats … Une vraie mine d'or pour Lev. Ce sport totalement loufoque a priori lui paraissait tout à fait merveilleux : voler à plusieurs mètres au-dessus du sol, à toute vitesse, pour attraper une balle volante …. il avait déjà hâte de sentir cette décharge d'adrénaline ! La confrontation physique présente dans le jeu lui plaisait également. Il aurait aimé assister à un match. Ron lui expliqua qu'il en verrait peut-être un s'il allait à Poudlard. Ou plus tard, un véritable match de compétition ! Sinon ils avaient aussi prévu de jouer entre eux à l'occasion…
- Tu rigoles ? Vous y jouez toi et tes frères ?, demanda Lev en arrêtant de frotter la tapisserie noire de poussière et de suie de la salle à manger.
- Ouais, on y joue, bien sûr ! Même ma petite sœur y joue… Tu sais, c'est pas aussi dangereux que ça en a l'air, maman nous laisse jouer : c'est bien un signe !, fit il en plaisantant.
Lev saisit l'occasion :
- La prochaine fois que vous jouerez pendant ces vacances, vous me montrerez ? Je pourrais participer un peu? Vous pourriez m'apprendre ?
- Oula… Attend, il faut peut-être déjà que tu apprennes à voler sur un balais. Tu dois apprendre étape par étape, c'est très important pour progresser, pour avoir une bonne technique de jeu… Et puis je ne sais pas quand est-ce qu'on retournera au Terrier_ c'est chez moi. Ici on ne peut pas y jouer dehors, les moldus nous verraient, et puis surtout, on ne doit pas être vus devant cette porte…
C'est ainsi que se déroula la journée au 12, square Grimmaurd. Il n'en était pas du tout de même pendant ce temps-là, à Poudlard.
Faisant les cent pas dans son bureau, Albus Dumbledore réfléchissait. Il parcourait la pièce d'un pas lent mais régulier, les mains dans le dos, le regard vers le sol, ses lunettes en demi-lune sur le bout du nez. Il était soucieux.
Le Ministère de la Magie n'avait cessé de faire publier des articles dans la Gazette du sorcier tentant de les décrédibiliser, Harry Potter et lui et jusque-là il n'avait pas trop mal réussi. Le professeur Dumbledore comprenait tout à fait la peur que ressentait le Premier Ministre de la Magie à propos du retour de Lord Voldemort et il voyait bien que tous refusaient de l'admettre, par crainte de sombrer à nouveau dans une période aussi noire que quelques années plus tôt …
Mais sa crainte la plus profonde venait du fait qu'il ne pourrait pas rester directeur de Poudlard pendant très longtemps encore. En effet il se doutait bien que le Premier Ministre planifiait de le détrôner de son poste, par peur que Dumbledore parvienne réellement à monter une attaque contre le Ministère. Comment diriger l'école et veiller au bien être des élèves tout en étant loin de Poudlard ? Qu'allait-il arriver à sa protégée, la fille de Lise Pangier ? Et Harry … Sa connexion avec l'esprit du Seigneur des Ténèbres était préoccupante… Il évitait Harry de toutes ses forces pour ne pas que Voldemort puisse utiliser des informations contre l'Ordre.
Il passa également de longues minutes à déterminer quels étaient les moyens que Tom Jedusor avait pu mettre en œuvre pour pouvoir revenir. Et quels étaient ceux à venir pour mener sa guerre contre le monde magique et pour l'élimination des moldus…
Ses tribulations spirituelles et pédestres finirent face à la fenêtre de son bureau qui donnait sur le parc de Poudlard. Albus Dumbledore debout, le menton relevé, scrutait l'horizon d'un air de défi. Un avenir sombre se dessinait, de toute évidence. Il savait d'ores et déjà qu'ils ne pourraient éviter le conflit avec Voldemort. Il devait simplement assurer son rôle le mieux possible et le plus vite possible… Former Harry, aider l'Ordre du Phénix, en découvrir davantage sur Voldemort et parmi toutes ces taches harassantes et terrifiantes le seul brin de lumière était l'arrivée de Luce !
Il s'était renseigné sur la magie shamane et il avait hâte d'en mesurer la puissance, de découvrir ses applications … La jeune fille aurait certainement besoin d'un entourage digne de confiance! Elle avait déjà un caractère assez rebelle, il espérait qu'elle réussisse tout de même à s'intégrer à l'école malgré son âge, son passé, le contexte politique du moment…
Au cours de ses recherches, il s'était rendu compte que la magie shamane était incomprise et qu'il existait des croyances erronées à son sujet. Cela s'expliquait par ce lien direct avec le monde des ombres : Styxe. Le shaman était un sorcier plus puissant que n'importe quel mage, une fois qu'il était formé et qu'il maîtrisait son pouvoir.
Le commun des sorciers croyait depuis toujours que la magie shamane était une science occulte et difficile à appréhender. Elle était même teintée de magie noire dans les dires de nombreuses personnes. Le contact avec le monde des ombres était quelque chose de craint et de mystérieux pour la plupart des sorciers et savoir que quelqu'un pouvait y accéder n'était pas rassurant.
D'autre part, les quelques shamans qui avaient fait parler d'eux au cours de l'histoire n'avaient pas vraiment fait de leur mieux pour contredire ce genre de réputation. Certains, séduits par ce pouvoir obscur malgré l'enseignement qui leur avait été apporté avaient provoqué de grands trouble dans l'histoire du monde magique et moldu.
Un shaman devait maintenir une harmonie entre les êtres du Styxe, les Nahuallis, et ceux du Tsibal, les êtres vivants. Le trafic d'influence était quelque chose de très complexe et de dangereux à manipuler. Il était possible au sorcier Shaman d'utiliser sa magie, une énergie très complexe d'après ce qu'Albus avait compris jusque-là, afin d'influencer les évènements, le cours de la vie, dans un monde ou dans l'autre.
Le shaman Tezcalippi avait provoqué en son temps la chute de sa propre civilisation qu'il avait considérée comme décadente : la civilisation Maya. Lumenus, lui, avait été tenté d'abuser de ses pouvoirs dans une optique différente : il poussa la civilisation Romaine à s'étendre et à imposer ses principes philosophiques à tout un Empire, parce qu'il croyait fermement que ce modèle était le bon et qu'il mènerait l'humanité magique et moldue à son apogée. Un lointain disciple de ce shaman fut plus tard responsable de la Renaissance en Europe. Tandis qu'un lointain disciple de Tezcalippi était responsable de la guerre qui, dans le monde magique, opposa les géants et les sorciers.
Au repas du soir, Ron et Lev furent les derniers à se mettre à table, ce qui surprit tout le monde étant donné l'appétit ordinaire de Ron. Luce était assise entre Hermione et Harry et ils discutaient joyeusement tous les trois. Face à eux, Sirius observait la scène et se réjouissait de l'arrivée de ces nouveaux éléments dans la troupe car ils avaient l'air d'être aussi sympathiques que les autres.
Mais Sirius se demandait comment toute la troupe réagirait lorsqu'elle apprendrait que Luce était une apprentie shaman… Rogue avait partagé cette information avec Rémus et Sirius seulement, selon les ordres de Dumbledore, et ils étaient tous trois chargés de surveiller la jeune fille avec un peu plus d'attention que les autres membres de l'Ordre présents au QG. Sirius pensait que Harry et ses amis feraient preuve de compassion, comme ils semblaient l'avoir fait jusque-là. Mais à Poudlard, d'autres seraient-ils hostiles ? Les Shamans, Sirius ne savait pas trop qui ils étaient mais en tout cas, ils n'avaient pas bonne réputation…
Au cours de l'après-midi, même si Rogue n'était pas présent, ce dont Sirius ne se plaignait pas, ils avaient longuement discuté de la véracité des rumeurs que la communauté sorcière colportait depuis des centaines d'années sur cette forme rare de magie. Remus partait du principe que si Dumbledore avait choisi de s'en occuper personnellement, et ce depuis la naissance de la petite, c'était bien parce que cela impliquait de lourdes conséquences. Mais la jeune fille ne présentait aucun trouble particulier autant qu'ils avaient pu en juger au cours de la journée du moins. Sirius était d'avis que la gamine n'était pas dangereuse tant qu'elle n'était pas formée ni manipulée, et ils devaient donc particulièrement surveiller ses fréquentations à l'avenir. Elle ne devait pas être convaincue par le mauvais parti en jeu dans la guerre qui se préparait … jamais.
Hermione, Ron, Harry, Luce et Lev devinrent de bons amis au fil des jours. Ils passèrent deux semaines au Quartier Général de l'Ordre. Au grand désarroi de Lev, ils ne purent pas jouer au Quidditch. Et trop tôt pour certains, enfin pour les autres, ce fut la veille de la rentrée des classes à l'Ecole de Sorcellerie de Poudlard.
Luce dû partir pour le chemin de Traverse pour la première fois de sa vie afin d'acheter les affaires pour l'année d'étude qui l'attendait. Tandis que Harry, Ron, Hermione et Giny, accompagnés de l'omniprésente Mme Weasley, faisaient leurs propres courses, Luce s'arrêta devant la boutique de Ollivander's.
Avant toutes choses, elle devait se procurer une baguette magique, comme on le lui avait expliqué. Quelle ne fut pas sa surprise lorsqu'elle contempla cette vitrine étrange, aux murs de travers, présentant des boites empilées sur deux mètres de haut. Elle poussa la porte d'entrée qui claqua contre un objet qui trainait, apparemment une autre boîte en carton. Elle entendit au fond du couloir formé par deux rayonnages des bruits de pas qui se rapprochaient précipitamment. Mr Olivander's vint saluer sa cliente et se plaça derrière son comptoir pour lui demander de quoi elle avait besoin.
Je crois qu'il me faut une baguette magique, expliqua Luce. Je vais à l'école de sorcellerie cette année…
Ollivander la regarda par-dessus ses lunettes en haussant un sourcil comme pour dire qu'elle n'avait pas l'air d'avoir onze ans. Mais il ne posa pas plus de questions. Il prit des mesures : la longueur de son bras, de son avant-bras, la hauteur de ses pieds à son épaule… Puis il partit dans les sombres rayonnages tout en lui précisant bien que « c'est la baguette qui choisit le sorcier, et non l'inverse ».
Luce acquiesça mais ne pouvait s'empêcher de douter : elle avait toujours exercé ses talents sans l'aide d'aucun objet et ne voyait pas pourquoi elle devrait s'en servir à présent. Elle considérait qu'une baguette magique serait davantage un obstacle qu'un outil pour pratiquer la magie. Mais les adultes avaient longuement discuté le sujet entre eux et avec elle et ils pensaient tous qu'elle devait quand même acheter une baguette car d'après eux, comme tous les enfants sorciers du monde, Luce avait exercé de la magie involontaire occasionnellement et ceci n'avait jamais constitué une preuve qu'un sorcier n'avait pas besoin de baguette jusqu'à présent ! Dumbledore restait évasif sur la question et avait finalement tranché en disant que la visite chez Ollivander's serait déterminante.
Il avait envoyé Severus Rogue pour superviser cela, mais ce dernier ne pouvant pas être vu dans la rue en compagnie de Remus Lupin, les Weasley et les autres sans que cela n'éveille de soupçons, il la rejoint quelques minutes après son entrée, via l'arrière-boutique qui donnait sur une cour et d'autres ruelles.
Bonjour Mr Ollivander's, salua Rogue en approchant d'un pas régulier les deux individus, mais en restant caché dans l'ombre d'un rayonnage pour ne pas être vu à travers la vitrine.
Luce voulut lui sourire amicalement mais son regard se perdit dans le vide puisqu'elle ne distinguait que le bas de sa robe de sorcier noire, et pas son visage. Elle lui était reconnaissante d'être présent car elle ne savait pas du tout comment cela aller tourner ni ce qu'elle devait faire. Et malgré ses airs hautains et ronchons, elle appréciait Rogue, tout au fond d'elle-même. Elle ne savait pas très bien pourquoi pour le moment. Il était sinistre… Mais il lui avait manqué pendant les deux semaines passées au Square Grimmaurd.
Ollivander apporta une baguette de vingt-trois centimètres de long, en bois de noyer contenant un crin de licorne. Luce la saisit et agita la main doucement, comme on le lui prescrivait : il ne se passa rien. L'expression sur le visage de M. Ollivander en disait long ! Jamais il n'avait vu que rien ne se passait lorsqu'un sorcier tenait une baguette ! Une explosion, un ridicule filet de fumée, un son embarrassant ou bien une étincelle mais rien ?! Il saisit lui-même la baguette pour vérifier et la lui remit dans les mains. Luce s'exécuta de nouveau et rien ne se produisit _encore.
Ollivander repartit dans ses étagères en marmonnant et revint avec une baguette en cerisier de vingt-cinq centimètres de long contenant un ventricule de dragon… rien ne se produisit lorsque Luce l'agita en l'air.
Et ainsi de suite pendant presque une heure. Luce était vraiment impatiente d'en finir et ne cessait de répéter que cela ne servirait à rien d'en essayer d'autres. Ollivander marmonnait de plus en plus. Rogue restait parfaitement immobile et silencieux dans son coin d'ombre, adossé à une étagère. Luce se demanda s'il s'était endormi d'ennui…
Finalement, Ollivander cessa ses aller et venus dans toute sa boutique. Il s'assit derrière son comptoir et grommela quelque chose comme « Jamais-vu-ça-d'ma-vie » en guise de conclusion. Rogue se redressa sur ses jambes, adressa un signe de tête à Luce qui vit apparaître ses cheveux longs et noirs dans la lumière de la boutique et il s'en alla sans plus de commentaire. Il devait rendre compte précisément de ce uqi s'était passé à Albus Dumbledore. Luce haussa les épaules, outrée de n'avoir pas droit à plus d'explication et sortit en disant au revoir à M. Ollivander.
Hermione et Harry s'étaient chargés de lui acheter ses livres et quelques fournitures de bases : le chaudron en étain, les ingrédients de potion, des parchemins, plumes et encre qui change constamment de couleur, des livres...
Ils s'étonnèrent de la voir revenir sans paquet de la boutique où elle avait passé presque une heure. Elle dû leur expliquer qu'il ne s'était strictement rien passé et que par conséquent, elle n'aurait pas de baguette magique pour étudier, que de toute façon cela lui convenait parfaitement, point final.
Lev était aussi allé chez Ollivander's. Il avait eu droit à une magnifique baguette en acajou, sertit de fines ciselures en spirale vers l'extrémité de la baguette, et contenant un fragment de dent de dragon. Après plusieurs essais sur d'autres baguettes, lorsqu'il avait prise celle-ci dans la main pour la toute première fois, il avait senti comme une décharge d'adrénaline et une vague de chaleur partir de la paume de sa main, en contact avec la baguette, vers tout le reste de son corps. Il avait senti un courant d'air l'entourer et virevolter autour de lui. Il ressentit de la puissance et la magie qui émanait de la baguette. Puis la baguette avait émis un son doux et voluptueux juste avant de projeter des étincelles dorées et argentées. Ollivander lui avait dit que c'était une baguette puissante et légèrement téméraire. Elle convenait parfaitement à Lev qui était effronté et qui avait le goût du risque, et le jeune sorcier se félicita que ce soit cette baguette qui l'ait choisi.
Après quelques cocktails et jus de fruits à la terrasse du café où ils s'étaient retrouvés, l'équipe se sépara à nouveau et Hermione et Luce purent enfin jeter un œil aux boutiques qu'elles avaient prévu de voir tandis que Harry, Ron et Lev entrèrent d'un pas décidé dans la boutique de Quidditch pour que Lev puisse acquérir un balai d'occasion, généreusement co-financé par Harry, Sirius et Remus.
Lev fut émerveillé par tout ce qu'il voyait dans le chemin de Traverse et ses boutiques délirantes. Il avait réuni ses économies et s'était fait prêter un peu d'argent par ses amis afin de se procurer quelques essentiels. A présent qu'il avait sa baguette et son balai, il voulait s'offrir une robe de sorcier et un manuel de Défenses contre les Forces du Mal. Mais comme il était impatient de fouiner, il n'attendit pas que Harry et Ron sortent de la boutique de Quidditch et partit sans eux vers la première boutique qui lui sembla digne d'intérêt. Il se trouva les vêtements qu'il souhaitait, d'occasion mais en bon état. Il s'agissait d'une robe longue, noire avec des poches extérieures et intérieures pour la baguette et pour un petit carnet ou autre chose de ce gabarit. Elle était en coton, rapiécée aux coudes. Elle avait une grande capuche souple et un fin liserait argenté sur toute la bordure du tissu. Il se trouvait très séduisant dans le miroir de la cabine d'essayage et d'après les regards des jeunes filles présentes dans la même boutique, il n'était pas le seul de cet avis.
Il était presque l'heure de rentrer mais Lev ne voulait plus s'arrêter de fouler les pavés et de découvrir tout ce qui existait dans la ruelle. Il remarqua une ruelle qui partait du chemin de traverse, tordue et mal éclairée. Peu de gens y entraient et ceux qui en sortaient cachaient leurs visages sous des capuches ou étaient des créatures si laides qu'elles auraient mieux fait de se dissimuler également sous des capuches! Lev ne put résister à l'appel de sortir du sentier battu, et entra dans l'allée des Embrumes.
Contrairement au chemin de Traverse, les gens étaient moins souriants. Ils se saluaient parfois d'un signe de la tête respectueux mais distant. Il aperçut un jeune homme et une belle femme qui semblait être sa mère devant une boutique. Le jeune homme semblait avoir le même âge que Harry et les autres, mais son visage était beaucoup plus froid. Ses cheveux blonds presque gris, son teint pâle et ses yeux acier contrastaient avec sa tenue noire et verte. Lev lui trouva une prestance peu commune ! Il se tenait droit et le menton relevé, fier et un peu snob. Lev se dit que ce jeune homme avait déjà l'air influant et respecté. Il souhaité être comme lui. Quelqu'un d'important, de respecté. Soudain, il sentit une main se refermer sur son bras fermement.
Qu'est-ce que tu fais ici ?, s'enquit Molly Weasley. Ce n'est pas un endroit pour les enfants ! Cette rue est mal famée !
Lev se sentit humilié par cette bonne femme qui utilisait son autorité sur lui alors qu'il n'était pas son fils. Déjà pendant ces deux semaines, il avait remarqué qu'elle se mêlait beaucoup de toutes sortes de choses. Il ne l'aimait pas vraiment. Elle le maternait. Il détestait ça.
Il fit un geste violent pour retirer son bras de la prise de Mme Weasley et lui lança un regard noir. Il était plus grand qu'elle. L'espace d'un instant, même si elle n'en fit part à personne après cela, Molly eut peur… Elle vit une leur dans les yeux gris de Lev qu'elle se sut pas identifier. Puis Lev reprit son expression charmeuse et partit devant elle en direction du chemin de Traverse, comme si rien ne s'était passé.
Ginny et Hermione amenèrent Luce jusqu'à la boutique de Farces et Attrapes pour Sorciers Facétieux de Ferd et George. Elles s'achetèrent quelques gadgets.
Et c'est en revenant de la boutique des Weasley vers le Chaudron Baveur, pour rentrer au Quartier général de l'Ordre, que Luce Pangier passa devant la Ménagerie Magique du chemin de Traverse.
Elle entra et remarqua que les murs étaient couverts de cages de toutes tailles. Dans l'animalerie flottait une très forte odeur d'excréments… Mais Luce n'y prêta pas attention. Elle avait toujours rêvé d'avoir un animal de compagnie mais sa mère étant malade et pas très riche, elles n'avaient jamais adopté d'animal. Luce allait vivre sa vie à présent, et comme Hermione le lui avait raconté : à Poudlard étaient accepté les hiboux, les crapauds et les chats !
Luce n'avait que peu d'attirance pour les batraciens et les oiseaux ne lui semblaient pas vraiment affectueux… Par contre, elle avait toujours adoré les chats ! Dans un coin de la boutique, un panier recouvert d'une couverture crasseuse ne contenait plus qu'une créature. L'écriteau au-dessus disait : « Chatons croisés Fléreurs ! Offre à saisir ! ». Luce ne savait pas trop ce qu'était un fléreur mais elle s'en fichait : le petit animal qui était allongé dans ce panier, seul au monde, la regardait dans les yeux. Elle craqua tout de suite pour le chaton et se mit à lui caresser le dessous du menton. Voyant une cliente intéressée, la vieille dame de l'autre côté du comptoir s'adressa à Luce.
Ma demoiselle, si j'étais vous, je ne prendrais pas celui-là ! C'est le dernier, il est chétif et pas très joli ! Nous aurons une nouvelle portée prochainement, peut-être que vous aurez plus de chance avec les nouveaux.
Luce lui adressa un regard noir. Elle était blessée par ce que cette vendeuse venait de dire. Le pauvre chaton était seul, sans ses frères et sœurs et espérait un peu de réconfort et d'affection… tandis que cette mégère le déconseillait car il était « pas très joli » ?! Luce fut très sensible à cette injustice. Elle s'empressa de prendre le petit animal contre elle et de lui faire un abri de ses bras. Il se mit à ronronner. Elle jeta les pièces qu'elle devait à cette commerçante sur le comptoir et claqua la porte derrière elle sans commentaire.
Comme vous voulez…, fit la vieille vendeuse avec un geste de la main. Ah ces jeunes…
Les jeunes sorciers se rejoignirent au Chaudron Baveur où les attendaient Molly et Lev, muets, assis à une table. Molly les raccompagna jusqu'au Square Grimmaurd où après un bon repas, chacun alla à sa chambre pour une bonne nuit de sommeil avant la rentrée.
Ron rythmait le sommeil de tout l'étage par ses ronflements, et Lev faisait des rêves étranges en se tournant et se retournant dans son lit.
Harry était assis sur son lit, inquiet. Il décida de descendre prendre un verre d'eau pour essayer de se changer les idées. Dans les escaliers, il cogitait. Il se demandait quand Albus Dumbledore allait enfin lui adresser la parole. Il avait peur de l'accueil des autres après cet été plein de fausses rumeurs dans la Gazette du Sorcier. Et par-dessus tout il craignait de recroiser le regard de Cho Chang… Si elle lui semblait être un réconfort l'an dernier quand il la croisait, depuis la mort de son copain et de l'ami de Harry, Cedric Diggory, plus rien ne serait jamais pareil…
La cuisine de la noble et très ancienne maison des Black était allumée. Attablée face à un verre vide, Luce avait le regard perdu quelque part sur le mur d'en face.
Ah, salut. Fit-elle en chuchotant en voyant Harry. Je suis pas la seule à avoir le trac de la rentrée, hein ?
On peut dire ça oui !, répondit Harry en se remplissant son verre d'eau.
Il s'adossa à l'évier et porta le verre à ses lèvres quand Luce l'interrompit :
Vient t'assoir, il y a de la place, dit-elle en souriant. Tu ne me déranges pas, au contraire.
Elle se voulait rassurante mais le cœur d'Harry se mit à battre la chamade. Il s'assit sur le même banc qu'elle, en gardant une petite distance. Il releva les yeux et lui rendit son sourire. Luce remarqua alors la cicatrice qu'il avait sur le front.
Excuse-moi, dit-elle quand Harry fronça les sourcils. C'est juste que je ne l'avais pas vue avant. Je ne voulais pas te mettre mal-à-l'aise…
Harry ne répondit rien. Il porta à nouveau son verre à ses lèvres et but l'eau fraîche. Puis :
C'est pas grave, dit Harry en haussant une épaule. J'ai l'habitude. Toi au moins, tu t'excuses. Les autres se contentent en général de me fixer puis de détourner le regard comme si de rien n'était.
Surprise par cette remarque, elle se rappela que Harry Potter était connu dans le monde sorcier pour avoir survécu au mage noir Voldemort, et qui celui-ci lui avait fait cette cicatrice en essayant de le tuer. Elle comprit évidemment pourquoi Harry n'aimait pas spécialement être fixé à cet endroit-là.
Parfois, dans mon collège… Les autres me regardaient bizarrement. Ce n'est pas comparable bien sûr mais… Je crois que je sais quand même un peu ce que c'est que d'être différent des autres et … ça n'a pas dû être facile pour toi.
Harry ne répondit pas. Il avait peur que ce soit encore pire à la rentrée du lendemain…
Luce le regardait sans bouger, ses coudes appuyés sur la table et les mains entremêlées, le front posé contre ses mains, Harry semblait à nouveau perdu dans ses pensées. Il était descendu de sa chambre sans ses lunettes. Elle pouvait mieux voir ses yeux d'un vert profond. Quelques mèches noires tombaient devant son visage. Il avait l'air vulnérable et elle se sentit envahie par l'envie de le serrer dans ses bras. Ce qu'elle ne fit pas. Mais elle posa délicatement sa main sur son épaule et la pressa gentiment comme pour dire « ça va aller ».
Harry ressentit une véritable décharge électrique à ce contact inattendu mais agréable. Il tourna son visage vers Luce. Ils se regardèrent dans les yeux un moment, sans penser à rien de précis. Ils apprécièrent simplement le moment.
Puis Luce baissa les yeux, hésita, retira la main et se leva du banc.
Bonne nuit Harry, à demain, dit-elle en replaçant une mèche de cheveux derrières son oreille.
Bonne nuit, répondit-il.
Elle sortir de la cuisine pour regagner sa chambre et se coucha, le rouge aux joues. Harry attendit qu'elle soit couchée pour faire de même. Il s'endormit le sourire aux lèvres.
« - Finalement la rentrée de cette année ne sera peut-être pas aussi nulle que prévu … » songea-t-il.
