Je tiens à remercier Alice L. Nightray pour ses commentaires encourageants, sinon, je n'ai plus qu'à vous souhaiter une bonne lecture !


Chapitre 2 : Rattrapée par la Fatalité

Musique d'Ambiance : Vampire Knight - Mysterious Atmosphere

Tout ça était-il réel ? Avait-elle finit par passer un pacte avec cette étrange chain à l'apparence de poupée de paille et aux masques changeant d'émotions ? Jamais l'idée de devenir une contractante n'avait effleuré l'esprit de la jeune Vessalius, du moins, pas de manière illégale. Les livres qu'elle avait lu sur l'occulte qui la passionnait l'avait suffisamment mis en garde par rapport aux meurtres qu'elle devrait accomplir, par rapport aux gens qu'elle devrait trahir, et par la chute dans l'Abyss par laquelle elle devrait finir.

Mais à chaque fois qu'elle se changeait, à chaque fois qu'elle dévoiler la peau blanche de sa poitrine, elle voyait le sceau du contractant, l'horloge qui lui montrerait sa fin, et la trahison qu'elle avait faite. Elle pouvait encore reculer, le pacte venait d'être conclu, si sa chain mourrait, elle ne serait pas atteinte par ses blessures, c'était trop tôt dans le contrat. Ça la rassurait de penser qu'elle avait le temps d'y réfléchir ... Mais, le temps, c'est ce qu'elle cherchait à contrôler en faisant couler le sang, elle avait toutes les raisons de s'inquiéter du temps qui s'écoule !

- Miss Ada, vous allez bien ?

C'était la gouvernante, Miss Kate, qui venait voir ce qui retardait le jeune lady dans ses habillages. La jeune fille, apeurée par l'idée que sa vieille servante n'entre dans la pièce, ce qu'elle faisait normalement, pour l'aider à se changer puisque c'est ce qui se fait en temps normal chez la noblesse, malgré le fait qu'Ada refuse toujours, mais surtout qu'elle ne remarque ainsi le sceau sur l'emplacement du cœur de la Vessalius, elle répondit en vitesse :

- Ah, désolé ! Je vais bien, donnez moi deux minutes, Miss Kate !

Ada dut vite faire un trait sur toutes les questions de meurtres et de trahisons qui l'assaillaient. Le mieux était encore de ne rien dire, elle y réfléchira lorsqu'elle serait seule ... Mais elle n'en avait pas réellement l'occasion. Oz venait la voir de temps à autres, lorsque son emploi du temps chargé le permettait. Ça faisait très mal à la jeune fille de ne rien dire à son cher grand frère, et qu'elle devait lui mentir. Mais c'était d'autant plus douloureux de mentir à Gilbert qui venait souvent avec son jeune maître. À chaque fois qu'elle avait un problème dans son enfance, elle en parlait toujours soit à l'un, soit à l'autre. Mais cette fois, elle ne pouvait en parler à personne.

Le soir arriverait dans quelques heures, et la jeune fille décida d'aller passer la fin d'après-midi au petit manoir que tout le monde croit abandonné, que son père lui avait octroyé pour ne pas l'avoir sous son toit lorsqu'elle n'était pas à Lutwidge. C'était certainement le seule endroit où elle serait sure que personne ne viendrait, seul Vincent connaissait ce lieu, mais il ne semblait pas enclin à y revenir. Et puis, c'est là qu'elle aurait le plus d'informations sur le choix qu'elle avait fait, mis à part à l'Académie. Son cocher la déposa devant l'entrée.

- Merci beaucoup, le remercia-t-elle poliment. Vous n'avez pas à revenir me chercher à la nuit tombée, je dormirai ici ce soir.

- Comme vous voudrez, Mademoiselle Vessalius.

La carriole repartit, et cette fois, la Miss était bien seule pour penser à toutes les possibilités envisageables. Elle rentra dans le bâtiment, pleine d'apréhension alors qu'elle connaissait cet endroit comme sa poche, et rejoignit la pièce qu'elle consacrait à l'occulte. Sa bibliothèque en prit un coup lorsqu'elle récupéra tous les livres qui lui semblait concerner les chains, les pactes avec les contractants, et l'Abyss, particulièrement son pouvoir à changer le passé, à contrôler le cour du temps.

- Il doit bien y avoir quelque chose d'utile, là-dedans ! S'énervait-elle seule contre ses manuscrits.

Ses recherches ne la menant nul part après plusieurs heures de lectures attentives et désespérées, elle démoralisa. Finalement, elle se reposa encore une fois la question qu'elle s'était déjà poser au moins un millier de fois : était-ce le bon choix ? D'un côté, elle devrait tuer, trahir ses proches, mentir à Oz, et à Gil, mais en contre partie, elle pourrait obtenir la possibilité de changer le passé, et par conséquent, pourrait retrouver son enfance volée, son sourire d'antan, son grand frère joyeux, optimiste, et jovial, et son Gilbert, anxieux, inquiet, et protecteur.

Elle voulait tant les revoir, comme autrefois, être sure qu'ils ne s'éloigneraient pas, qu'il resterait liée à elle, au moins un peu ... Car en ce moment, ils disparaissaient de sa vie, de plus en plus. Oz était occupé par Pandora comme étant le réceptacle de l'âme de Jack Vessalius, le héros de la tragédie de l'an passé, alors que Gilbert, en tant qu'enfant adopté des Nightray, appartenait désormais à la maison ducale ennemie de la sienne. Elle les perdait, mais pouvait les retrouver, bien que, pour cela, elle devrait faire couler le sang. Elle ne s'en sentait pas capable, alors pourquoi avait-elle choisie la voix du sang. Parce-que, tout ce qu'elle voulait, c'est les retrouver !

- Ada, intervînt sa chain avec son masque de tristesse. Tu ne l'as peut-être pas remarqué, mais la nuit est tombée.

La noble ne répondit pas, mais ça ne l'empêchait pas de comprendre. C'est la nuit que les massacres durant lesquels les chains dévorent ce qu'elles peuvent doit avoir lieu, d'après les forces de Pandora. Ningyo n'avait pas à expliquer sa remarque, et sa contractante se leva pour repartir, et assumer les conséquences de son choix ... Bien qu'elle en tremblait d'avance.

- Oz, appela Gilbert en le voyant de loin au manoir Rainsworth où logeait le blond. Tu as prévenu Ada pour les fêtes de fin d'année ?

- Ah, Gil ! Répondit le concerné un sourire sur le visage en voyant arrivé son servant revenir de Pandora. Oui, elle m'a dit que tant pis, elle comprend parfaitement qu'on a pas le choix.

C'était tout à fait elle, ça. Elle ne ferait jamais de mal à une mouche. Un silence pensif revînt, et Oz sourit en repensant à sa petite sœur, plus adorable que jamais qui se jetait dans ses bras dès qu'elle en avait l'occasion. Gilbert n'en fit rien paraître, mais n'en pensait pas moins.

Il tourna le regard vers la fenêtre du manoir, celle-ci menait vers les magnifiques jardins bucoliques des Rainsworth, remplit de milliers de fleurs magnifiques de milles et une couleurs. Celles-ci, bien que splendides, n'était jamais parvenues à émerveiller le brun, insensible à ce genre de charme. Non, ce qu'il observait était plus haut de le ciel d'un noir d'encre, couverts par un orage qui se préparait à tomber. Après tout, c'est la saison, l'automne allait vers sa fin. Le vent dégageait un nuage de l'astre lunaire, laissant sa lumière illuminer un peu ce paysage nocturne, bien plus beau que celui-du jour ainsi plongé dans l'obscurité. Du moins, aux yeux du Nightray, dont l'avis n'était pas partagé de grand monde.

- Tiens, il fait nuit, remarqua Oz en suivant le regard de son servant.

- La Lune brille étrangement, ce soir, ajouta le domestique pour lui-même.

Son maître releva sa phrase de manière à se moquer de lui, encore et toujours, lui demandant si il avait l'habitude d'être un romantique à admirer le paysage et la nature sauvage, ce qui fit aussitôt rougir le concerné qui démentit vite ces propos. Ils rejoignirent tout deux Alice qu'ils avaient laissé aux "bons soins" de Break avec Sharon, Oz toujours en riant, et Gil repensant à l'éclat sombre qu'il avait aperçu dans les rayons lunaires qui ternissait sa pureté d'ordinaire.

- Ningyo, sais-tu par toi-même qui tu souhaites ... dévorer ? Questionna la toute nouvelle contractante, seule dans les rues de Réveil, pratiquement vide à l'heure qu'il était.

- Ce monde m'est inconnu, répondit seulement la poupée assise sur l'épaule de la jeune fille, ayant prit une petite taille pour ne pas attirer l'attention tant qu'elle n'aurait pas trouver son "repas du soir".

Et cette réponse suffisait à faire comprendre à la jeune noble de sang que la lourde responsabilité de choisir une victime, ou peut-être même plusieurs, lui revenait. Mais rien que de penser à ce que celle-ci allait subir, elle en avait des nausées. Le sang encore pourrait aller, si seulement il ne coulait pas à flot, mais elle savait qu'elle ne supporterait pas de voir quelqu'un mourir sous ses yeux. Pour autant, elle ne pouvait plus reculer, mais elle ne se sentait pas apte à décider de quelqu'un.

- Désolée, je préfère ne pas avoir à choisir, rétorqua Ada en tournant à un angle de rue. De toute façon, j'en suis incapable.

La chain venait de se cacher dans l'écharpe qu'avait mis la noble par le froid qui arrivait. D'abord étonnée, Ada comprit pourquoi en voyant une petite fille d'environ six années, et un petit garçon d'à peu près deux ans de moins. Son jeune frère sans doutes au vue de leur ressemblance. Ils vendaient des petits objets artisanaux qu'ils avaient fait eux-mêmes, afin de survivre. Ada leur sourit en passant devant leur étalage.

- Bonjour Mademoiselle, annonça poliment la sœur ainée. Est-ce que vous voulez bien nous acheter quelque chose, s'il vous plaît ?

- Ah, non, je suis déso ...

- S'il vous plaît, Madame ! Reprit le cadet d'un air insistant, on en a besoin pour manger !

Ada, qui n'avait jamais connu la vie dure qui persistait dans la rue, qui n'avait jamais eut à se battre pour gagner son pain, fut d'abord choquée par ce qu'elle entendait. Pour autant, elle en avait déjà entendu parler, dans les livres notamment. Elle s'arrêta alors au stand des deux enfants, les regardant un par un avec chagrin.

- Dîtes moi, tous les deux. Pourquoi continuer vous de travailler à une heure aussi tardive ?

Ce n'était après tout pas humain que de devoir laisser des enfants travailler dehors, avec la lumière de la Lune pour seul éclairage, et les lucioles pour seul compagnie. Surtout avec un froid pareil.

- On a pas eut beaucoup de ventes aujourd'hui. On espérait se rattraper un peu en travaillant plus tard, expliqua la petite fille aux cours cheveux couleur de brique.

- Parce-que, si on gagne pas assez d'argent, on ne pourra pas avoir de pain demain, et comme on en a pas eut aujourd'hui ...

La jeune fille ne dit rien, abasourdie. Étaient-ils tout deux orphelins, ou leurs parents n'avaient-ils pas de quoi les nourrir ? Peut-être avaient-ils été abandonné ? Mais qu'elles qu'en soient les raisons, la noble trouvait honteux de laisser mourir de faim ces deux enfants, pourtant courageux de continuer à travailler dans la nuit noire et dans le froid qui règne malgré ces conditions.

- Mais vous devriez rentrer chez vous, maintenant. Vous savez, plus personne ne passe dans les rues, à cette heure de la nuit.

- Alors, qu'est-ce que vous faîtes ici, Mademoiselle ? Demanda le petit garçon, un air surpris sur le visage.

Ada ne sut pas quoi répondre. Finalement, elle ne dit rien, se contentant de leur sourire. Mais prise de pitié pour ces deux enfants malchanceux, elle leur donna la plupart de l'argent qu'elle avait sur elle, sans pour autant leur acheter quoi que ce soit. Bien sûr, ce n'était pas une somme colossale, mais c'est tout ce qu'elle pouvait se permettre de leur donner, sachant qu'elle devrait prendre une calèche le lendemain matin. Pour autant, les deux enfants n'en croyaient pas leurs yeux, ils n'avaient jamais vu autant d'argent !

- Mais, vous êtes sure, Mademoiselle ?

- Ne t'en fais pas, en échange, promettez-moi tous les deux de vite rentrer chez vous, avant de tomber malade.

- Promis, cria le petit frère, avec un sourire rayonnant.

Après ce cours entrevue, Ada reprit son chemin voyant les deux garnements fermer leur stand, serrant fort les quelques pièces dans leur mains gercées. Elle en avait presque oublié la présence de la chain sous son écharpe blanche. Mais celle-ci ne tarda pas à rappeler son existence et sa présence à la blonde, avec son masque souriant, qui ne rassura pas sa contractante.

- Nous avons trouvé ce que nous cherchions, Ada, prononça-t-elle en observant les pauvres gamins qui souriaient toujours.

Craignant le pire, Ada refusa d'entrée l'offre de sa chain.

- Mais voyons, Ada, tu peux comprendre par toi-même que ces enfants n'ont que très peu de chances de survivre au-delà de l'hiver. Et encore, dans des conditions déplorables, justifia la poupée de paille. Leur mort ne changera rien. Non, j'irai plus loin encore, ce serait leur rendre service que de les tuer maintenant !

Au fond d'elle, la noble se doutait que dans ce froid et cette misère, ils n'avaient pas grandes chances de survivre. Mais elle se refusait à devoir les voir mourir. Que ce soit égoïste ou non. Et elle l'ordonnait à sa chain avec un air déterminée qui n'apparait que rarement sur son visage de poupée de porcelaine. Mais celle-ci n'en fit pas une grande affaire, puisqu'elle sauta de l'épaule de la noble, rejoignant les deux enfants qui rangeaient, de suite poursuivit par sa contractante.

- Eh, grande sœur, fit le cadet. Regarde, une poupée qui marche toute seule !

La jeune fille observa ce dont parlait son frère, et s'émerveilla en voyant qu'il ne mentait pas. Ningyo semblait les observer, ayant reprit un masque triste, et les deux petits s'approchaient pour observer, tandis qu'Ada accourait derrière. La poupée parla alors en changeant quasiment instantanément de masque pour celui de la joie :

- Bon appétit !

Aussitôt ces mots prononcés, la chain changea de taille, pour celle d'un grand homme de taille adulte, tout de noir, avec son seul masque théâtral sur le visage. Elle ressemblait à ces créatures qu'on appelle des "sans-visages" dont on parlait dans les livres d'occultes d'Ada. Les craintes de celle-ci redoublèrent en apercevant enfin la véritable forme de sa chain, et connaissant surtout ces légendes sur les "sans-visages". Les deux marchands étaient figés de peur, et n'hurlèrent qu'en apercevant une bouche gigantesque sortir, non pas de derrière le masque souriant de la créature, mais de sa poitrine, souriant de toutes ses dents. Leur cri transpercèrent les tympans de quiconque aurait été là, mais il n'y avait personne !

- Ningyo, arrête ça ! Hurla la noble.

- Ah, Mademoiselle ! S'aperçu le petite fille. Au secours, s'il vous plaît !

Ningyo sortit deux bras noirs présents à la hauteur de sa bouche pour prendre par les bras l'aînée des deux enfants, un sourire mauvais toujours là. Elle criait, elle hurlait, elle appelait à l'aide, et son jeune frère tremblait de peur, tirant sur sa sœur pour l'aider, en vain. La chain s'apprêtait à la dévorer. Après tout, elle préférait ses victimes encore vivantes.

- Ne fais pas ça, Ningyo !

- Tu connais les thermes de notre contrat, Ada. Tu ne devrais pas intervenir !

- Pas eux, ce ne sont que des enfants !

- Ils ne survivront pas à l'hiver de toute façon, autant les tuer maintenant ! Au moins, ils ne souffriront pas !

Ada, bien que sachant pertinemment qu'elle devait offrir des victimes en sacrifice à sa chain si elle voulait obtenir le pouvoir de changer son passé, et qu'elle devrait accepter de tuer, et d'observer la mort sans détourner les yeux, ne pouvait pourtant pas entendre les arguments de la chain. Ses seuls propos étaient horribles, elle n'accepterait pas qu'ils se réalisent.

- Si tu ne veux pas voir, ne regarde pas, tout simplement, répliqua la créature sans visage ouvrant la gueule sur le visage de fillette qui hurlait.

- Ningyo, arrête immédiatement !

Le ton utilisé par Ada fit stopper la chain dans son acte.

- Je te jure que si tu fais ça, je te rejetterai !

Dans les livres qu'elle avait lu plus tôt, elle avait appris qu'une chain sans contractant n'avait pas une existence stable dans ce monde et mourrait en entraînant la mort du contractant si le pacte était relativement avancé, ce qui n'était pas le cas ici, lui permettant de survivre alors. Finalement, ces études n'étaient pas vaines !

- Je t'offrirai d'autres sacrifices, mais pas eux !

La chain parut réfléchir, mais la lueur qui n'avait jamais été aussi forte dans les yeux d'émeraudes de la noble la convînt. Jusqu'ici, la blonde n'avait fait qu'hésiter, sas savoir quel était le bon choix, se perdant, n'étant sure et certaine de rien, doutant de tout ... Mais là, son regard reflétait sa conviction. C'est ce qui acheva de la persuader que ces paroles n'étaient pas lancées à la légère !

- Soit.

Ningyo lâcha la petite qui atterrit à côté de son frère, celui-ci se jeta dans ses bras. La poupée reprit sa forme miniature, et opta pour un troisième masque que la jeune fille n'avait encore jamais vu. Celui de la colère. La poupée revînt alors s'asseoir sur l'épaule de sa contractante. Celle-ci, rassurée, la porta pour la remettre à sa place, avant de jeter un dernier regard sur les deux enfants tremblants. Elle baissa la tête, en signe d'excuses, avant de se retourner et de partir. Mais la voix du petit frère, tremblante, l'interpela.

- Madame, vous ... Ses mots restèrent coincés dans sa gorge un instant ... Vous êtes un monstre ?

Ada se retourna, surprise, et les fixa tout deux. Elle fixa la Lune blanche que les nuages noirs venaient cacher, puis finit par répondre avec un sourire triste sur les lèvres.

- Oui, tu as raison. Je suis vraiment monstrueuse.