Bonjour, tout le monde!

A cause des examens de fin d'année, j'ai pris un peu de retard dans mes fanfictions : toutes mes excuses! Voici donc le quatrième chapitre des fabuleuses aventures de Kanon et du pauvre Rhadamanthe!

Mais, comme d'habitude, je tiens d'abord à remercier toutes les personnes qui ont pris le temps de laisser des reviews : Manuka (heureuse d'avoir réussi à te faire rire! En espérant que ce chapitre te plaira autant!), Gemini no Vanou (review simple, mais efficace! Merci beaucoup!), Camus scorpio (Contente de voir que la façon dont je dépeins Rhadamanthe te plait toujours! Quant à la relation entre mes deux souffres-douleurs, elle évolue lentement, mais surement! J'espère que ce chapitre te satisfera, et encore merci pour tes reviews!), fan de fanfic, thany, Mirana et history (Milo avec Rune? Désolée, mais n'ayant jamais envisagé ce couple et mon scénario étant fixé du début à la fin de cette fic, ce ne sera pas possible! Navrée, mais merci quand même d'avoir laissé un commentaire)!

Et juste avant de commencer, un immense merci à Leyounette, qui malgré les révisions du bac, a pris le temps de relire et de corriger de chapitre : Ah, Ley-san, que ferais-je sans toi? Encore merci!

Voilà! A présent, bonne lecture à tou(te)s!


Chapitre 4 : Holding my Thoughts in my Heart

Un échec complet.

Un fiasco monumental.

Un bide titanesque.

En tout cas, telles étaient les pensées de Rhadamanthe une fois rentré chez lui après cette éprouvante soirée.

Bon sang, et dire que son "plan" lui avait semblé parfait, dépourvu de la moindre faille! Comment les choses avaient pu dégénérer au point qu'Hadès ne se mette à éprouver de l'affection pour Kanon? Pire encore, qu'il décide de l'inclure parmi les membres de la grande famille des Enfers? Le Dieu des Enfers devait vraiment désespérer à l'idée de le voir finir cette vie complètement seul...

Rhadamanthe avait d'ailleurs la désagréable impression d'être plongé dans une autre dimension (sort que Saga aurait d'ailleurs adoré lui faire subir) mais hélas, tout ceci était bel et bien réel... Et maintenant, il se retrouvait obligé de retourner au Sanctuaire, dans le but ignoble de supplier Kanon de l'accompagner de nouveau aux Enfers... Et là, il semblait fort peu probable que l'ex-Marina accepte une fois de plus une telle proposition. Et quand bien même il serait d'accord, Rhadamanthe n'osait même pas imaginer ce qu'il pourrait lui demander en retour.

Mais bon, il n'avait plus vraiment le choix : Kanon était devenu son seul et unique secours... Autant dire qu'il était dans une situation VRAIMENT désespérée.

Il allait donc devoir le récupérer, au prix de sa propre dignité s'il le fallait... mais cela attendrait. Au moins demain : les événements de cette soirée l'avaient véritablement épuisé... Et puis, après tout, la nuit portait conseil...

XxXxXxX

Lorsque Kanon fut à son tour rentré au Sanctuaire, son humeur était à peu près aussi maussade que celle de Rhadamanthe. Il s'était attendu à voir son frère, fou de joie d'avoir passé la soirée avec Mû du Bélier, l'accueillir chaleureusement tout en maudissant la Whyvern et ses idées saugrenues. Mais la pièce centrale de la Troisième Maison était déserte et Kanon trouva finalement Saga dans le lit qu'ils s'étaient retrouvés contraints de partagerdepuis la fin de la guerre, en train de marmonner d'un air visiblement mécontent. Le cadet poussa un long soupir, se déshabilla sans bruit et se glissa à son tour sous la couverture, s'arrangeant pour tourner le dos à son frère. Il demeura un petit moment silencieux, puis demanda l'air de rien :

-...Alors, ta soirée?

-A ton avis? Grogna Saga.

Bon, c'était encore pire que ce que Kanon avait imaginé. Il se risqua malgré tout à demander :

-Détails?

-N'y compte pas.

-Pourquoi?

-Tu te moquerais de moi...

-Allons, allons! Pourquoi ferais-je une chose pareille?

-Je te connais, Kanon.

Inutile de contester : Saga avait totalement raison. Mais malgré cela, et bien que ce fut difficile à admettre pour Kanon, il détestait voir son frère aîné dans cet état. Aussi, il passa ses bras autour des épaules de son reflet et questionna :

-Tu es sûr que tu ne veux pas en parler?

Saga garda le silence pendant quelques minutes, puis se remit à marmonner :

-J'ai été pathétique...

-Plus que d'habitude?

-Kanon!

-Désolé...

Saga laissa échapper un léger soupir, puis reprit d'une voix pitoyable :

-Un peu après que tu sois parti, je suis allé voir Mû et je lui ai demandé s'il était d'accord pour que l'on passe la soirée ensemble.

-...Il a refusé?

-Il a accepté.

Dans l'obscurité, Kanon haussa un sourcil et pencha légèrement la tête sur le côté en reprenant d'une voix plus détendue :

-Ben alors, où est le problème?

-J'y viens... Il m'a donc dit qu'il acceptait avec plaisir : tu n'imagines même pas à quel point j'étais heureux...

Kanon imaginait surtout la tête de son frère à ce moment là : il n'avait aucun mal à voir le sourire stupide plaqué sur son visage ses yeux débordant d'étincelles. Il étouffa son ricanement dans les cheveux de Saga et poursuivit son interrogatoire :

-Ensuite?

-...J'ai attendu impatiemment, et j'étais tellement stressé que j'étais incapable de maîtriser mes gestes jusqu'à ce qu'il arrive.

-C'est censé m'expliquer l'hécatombe de vaisselle que j'ai trouvé en rentrant?

-Désolé...

-Pas grave, je détestais ce service à thé... Où t'as dégoté un truc aussi moche, d'ailleurs?

-Cadeau d'Aphrodite.

Kanon éclata de rire et Saga sembla enfin se détendre un peu. Le cadet en profita pour enchaîner :

-Et après?

-J'ai réussi à me calmer à temps. Tu le connais, il est très ponctuel. Il est donc arrivé à l'heure désignée, mais...

Kanon, qui commençait à appréhender la suite, serra un peu plus son frère contre lui dans un geste qu'il espérait compatissant. Il préféra tout de même attendre un peu avant de demander :

-Mais?

-...Il a amené Kiki avec lui.

Silence.

Long silence.

Trèèèèès long silence.

-...Saga?

-Oui?

-Désolé.

Et après ce bref «avertissement», Kanon éclata d'un rire incontrôlable qui résonna jusqu'à la onzième Maison du Zodiaque (Camus du Verseau se demanda alors si l'ex-Dragon des Mers n'avait pas hérité de la même maladie mentale que son frère) et Saga enfouit davantage sa tête dans son oreiller, se maudissant d'avoir un jour supplié Kanon de revenir vivre avec lui.

XxXxXxX

Le lendemain matin, les gardes du Sanctuaire eurent droit à une vision assez inhabituelle : Rhadamanthe de la Whyvern, défait de son effroyable surplis, en costume trois pièces, s'avançant pour la seconde fois en moins d'une semaine vers l'immense escalier des Douze Maisons du Zodiaque. Ils en vinrent à formuler deux options : soit il s'agissait là d'une hallucination collective, soit il se passait vraiment des choses pas nets dans le coin... Par égard pour leurs supérieurs (et surtout par peur de représailles), ils choisirent la première solution.

Enfin bref, notre juge préféré arpentait donc les innombrables marches dans son plus beau costume en direction de la Maison des Gémeaux, faisant cette fois-ci le choix judicieux d'emprunter le chemin ordinaire : pour rien au Monde il ne reprendrait le risque de passer à nouveau par la Maison du Scorpion ou pire, celle du Cancer...

Il se présenta donc devant le Troisième Temple aux alentours de onze heures et y trouva sans trop de surprise l'ex-Grand Pope du Sanctuaire, assis sur les marches de l'entrée, en train de soupirer d'un air désespéré. Soupir qui se transforma en grognement lorsqu'il posa les yeux sur le visiteur :

-Alors, toi, ce n'est vraiment pas le moment!

-Bonjour, Saga des Gémeaux, répondit-il sarcastiquement. C'est également un plaisir de te revoir.

L'aîné de la fratrie Gémellaire releva alors brusquement la tête vers lui et le dévisagea, manifestement très surpris :

-...Comment as-tu su que c'était moi?

Ce fut cette fois-ci au tour de Rhadamanthe d'afficher une mine profondément perplexe.

Car après tout, Saga marquait ici un point : comment se faisait-il qu'il ne se soit pas trompé, alors qu'hier encore il n'aurait pas été capable de faire la différence entre les jumeaux maudits? D'ailleurs, il était absolument persuadé que la personne en face de lui n'était en aucun cas Kanon, bien que ce dernier lui apparaisse encore en tout point identique à son frère aîné. Alors, pourquoi...?

Il secoua vivement sa tête, chassant ces pensées superflues pour en revenir à l'essentiel :

-Peu importe, dit-il de son ton le moins antipathique, Kanon est là?

-Que lui veux-tu encore? Demanda Saga d'une voix bien plus hargneuse.

Rhadamanthe soupira et fit de son mieux pour ignorer le regard assassin que lui lançait Saga, atteint depuis quelques temps du syndrome protecteur du grand frère, dit "syndrome du Phénix" dans son entourage (une pathologie étant apparue avec beaucoup de retard, avaient l'habitude de signaler les mauvaises langues). Il s'apprêtait cependant à lui répondre, mais une voix pâteuse et aussi peu aimable que la sienne s'éleva de l'intérieur du temple :

-Sagaaaa... Tu t'es remis à parler tout seul?

Rhadamanthe et l'aîné des Gémeaux se tournèrent donc vers l'intérieur de la Troisième Maison... Et leur mâchoire manquèrent de se décrocher à la vue de Kanon, ex-général craint et respecté des troupes de Poséidon, en train de se frotter les yeux, un oreiller sous le bras, s'avançant vers eux avec une expression à moitié endormie qui aurait pu paraître mignonne... s'il avait fait l'effort d'enfiler autre chose qu'un simple caleçon.

Le juge ne put d'ailleurs s'empêcher de lancer un regard appréciateur à la créature de rêve qui ne semblait même pas avoir pris conscience de sa présence, mais Saga se précipita sur son frère pour le forcer à rentrer à l'intérieur :

-KANON! UN PEU DE DECENCE!

-Mais qu'est-ce que t'as? Marmonna Kanon qui semblait encore partiellement dans le monde des rêves. Toi, tu te ballades bien à poil quand tu sors de ton bain...

-PAS QUAND IL Y A DES INDIVIDUS DANGEREUX AUX ALENTOURS!

-Hein?

Kanon se décida enfin à ouvrir entièrement les yeux et, cette fois-ci totalement réveillé, les posa sur le juge qui le fixait toujours aussi intensément. L'espace d'un instant, il sembla surpris, puis lui offrit un charmant sourire qui, pour une étrange raison, troubla légèrement le rythme cardiaque de Rhadamanthe.

Jusqu'à ce qu'il ajoute en guise de salutations :

-Tiens, l'atrophié sentimental!

Aussitôt, les battements de cœur du jugereprirent un rythme habituel et une furieuse envie de frapper l'ex-Marina prit possession de lui. Malgré tout, il parvint à garder son sang froid et à accorder un faible sourire à son interlocuteur qui demanda aussitôt :

-Qu'est-ce que tu fais là, au fait? Même si je voulais être payé rapidement, ce n'était pas la peine de venir dès le lendemain matin.

-Ce n'est pas la raison pour laquelle je suis venu.

Surpris, Kanon haussa un sourcil, bien vite imité par son frère. Ils observèrent le juge un long moment, silencieux, puis le cadet dit simplement d'un ton un peu plus doux :

-Je t'écoute.

La Whyvern sembla hésiter à répondre à sa demande. Il jeta un vague coup d'œil vers Saga, puis rapporta son attention sur Kanon avec cette surprenante demande :

-Tu accepterais une invitation à déjeuner?

...Blanc.

L'expression qui prit place sur le visage de Kanon, bien qu'indéchiffrable, valait clairement le détour. Mais celle de Saga était parfaitement reconnaissable : à savoir, indignation à l'état pur.

-Que... Mais pour qui te prends-tu? Tu crois que parce que mon frère a accepté de marcher dans ton jeu puéril, ça te donne le droit de le fréquenter?

-Il me semble que c'est à lui que ma question était destinée.

-Eh bien, vas-y! Fit Saga en se tournant vers son frère. Réponds-lui que tu ne veux plus jamais entendre parler de lui.

Kanon regarda tour à tour le Saint et le Spectre, comme indécis sur la conduite à suivre. Il finit malgré tout par hausser les épaules en soupirant et demanda à Rhadamanthe, la voix posée :

-Tu me laisses le temps d'enfiler quelques fringues?

Le juge dut faire un énorme effort pour se retenir de sourire et de lever les bras en signe de victoire, ce qui le laissa avec une expression faciale terriblement crispé. Kanon choisit de ne pas en tenir compte et se tourna ensuite vers son frère, au bord de la crise de nerfs, pour lui dire sans grand enthousiasme :

-Je vais t'emprunter une chemise, ça ne te dérange pas?

-M-Mais... Tu n'as quand même pas l'intention de le suivre?

-Tu me connais, je ne vais quand même pas refuser un repas gratuit.

-Kanon!

-Écoute, Saga, ça ne me fait pas spécialement plaisir non plus, mais s'il est venu jusqu'ici, je suppose qu'il y a une bonne raison.

Ne sachant visiblement pas quoi répondre, Saga resta donc devant le temple, tétanisé, et regarda sans réagir partir son frère quelques minutes plus tard, cette fois-ci décemment vêtu, aux côtés de Rhadamanthe, qui semblait avoir encore un peu de mal à réaliser sa victoire.

Cependant, Kanon ne lui adressa pas un mot jusqu'à ce qu'ils soient sortis du Sanctuaire, ce qui calma rapidement la joie du juge. Entre temps, il marqua un arrêt dans la Première Maison, pour y trouver Mû du Bélier et Aldebaran du Taureau, les deux amis occupés à prendre le thé, comme à leur habitude.

Le maître des lieux s'avança alors vers eux et les salua avec un doux sourire :

-Kanon des Gémeaux et Rhadamanthe de la Whyvern, dit-il de sa voix si calme, Désirez-vous vous joindre à nous?

Sa demande fut vivement appuyée par son meilleur ami, qui prétextait que plus on était de fous, plus on riait. Mais Kanon agita vivement la main devant son visage en signe de négation :

-Désolé, ce sera pour une autre fois. On est un peu pressés.

-Je comprends...

Kanon se demanda ce que Mû pouvait bien y comprendre mais à son avis, c'était assez éloigné de la vérité. Il profita cependant de cette petite halte pour essayer, de nouveau, d'arranger une affaire qui à son goût commençait à s'éterniser :

-Mû, j'aimerais te confier quelque chose d'important... C'est au sujet de Saga.

L'espace d'un instant, Rhadamanthe se demanda s'il s'agissait d'une bonne chose de faire une confidence devant deux autres personnes... Jusqu'à ce qu'il se rappelle qu'Aldebaran restait probablement la personne la plus fiable à des kilomètres à la ronde et que Kanon le tuerait sûrement si jamais il osait ébruiter cette affaire. Mû l'observa un instant d'un air soucieux, puis dit simplement :

-De quoi s'agit-il?

Kanon changea alors totalement d'expression, prenant la mine attristée du petit frère se souciant du bien-être de son aîné. Une expression faciale que Shun d'Andromède n'aurait pas rejeté :

-Tu sais, les choses ne sont vraiment pas faciles pour lui... Bien que la guerre soit terminée, il ne cesse de se blâmer et il n'arrive pas à se pardonner ses erreurs du passé. A part moi, il ne voit presque personne au Sanctuaire et ça me désespère de le voir chaque jour s'enfermer un peu plus dans la solitude...

Rhadamanthe leva les yeux au ciel (ou plutôt au plafond) : pour un manipulateur, Kanon jouait extrêmement mal la comédie... Du moins, le pensait-il. Car aussitôt, Aldebaran et Mû eurent l'air terriblement peinés et échangèrent un regard coupable :

-Il a raison, murmura Mû, j'ai vu Saga hier soir... Il semblait étrangement mal à l'aise, et j'avais l'impression qu'il n'osait pas me regarder...

-Et puis, ajouta Aldebaran après un instant de réflexion, il ne sort presque jamais de la Maison des Gémeaux, lui qui allait si souvent aider les villageois ou accompagner les enfants en promenade.

-C'est terrible.

-Pauvre Saga...

Les deux bêtes à cornes hochèrent la tête d'un accord commun et eurent l'air encore plus malheureux qu'avant. Kanon se retint de sourire et attendit que la gentillesse naturelle de Mû ne fasse effet... Mais c'était sans compter la dévotion (sincère, mais ô combien agaçante) d'Aldebaran :

-Je pense que nous devrions en faire part aux autres... Et faire comprendre à Saga que nous ne lui en voulons pas et que nous sommes tous à ses côtés dans ce moment difficile!

-NON!

Kanon n'avait pu s'empêcher de hurler, et Aldebaran et Mû se tournèrent vers lui, profondément choqués par la violence de sa réaction. Le cadet des Gémeaux se mit alors à réfléchir à toute vitesse pour trouver une excuse crédible :

-C'est que... vous connaissez Saga : il ne supporte pas que les autres se fassent du soucis pour lui. Ça le rendrait encore plus malheureux s'il apprenait que vous avez de la peine à cause de lui.

Pour une fois, c'était non seulement crédible, mais aussi tout à fait vrai. Aldebaran et Mû l'approuvèrent d'un signe de tête et se perdirent de nouveau dans leurs réflexions sur le sujet.

-En fait, reprit alors Kanon, je pense que c'est surtout de ta présence dont il a besoin, Mû!

Le Premier Gardien écarquilla les yeux puis, avec une expression insupportablement mignonne, se désigna de l'index en murmurant :

-...Moi? Mais enfin, pourquoi?

Kanon se retint de lui communiquer sa pensée (à savoir un charmant : «Putain, mais t'es aveugle, ou quoi?») et chercha une réponse un peu plus élaborée :

-Tu comprends, il se sent coupable vis-à-vis de toi... Pour ce qui est arrivé à Shion.

-Mais pourtant, nous savons tous que ce n'était pas vraiment lui, le responsable de cet acte!

-Hélas, ça ne l'empêche pas de se blâmer continuellement! Et ça ne m'étonnerait pas qu'il pense qu'au fond de toi, tu lui en veux encore. Il a donc vraiment besoin de toi en ce moment, Mû! Les liens qui vous unissent lui tiennent vraiment à cœur!

Rhadamanthe, qui comprit enfin le pourquoi du comment concernant cette affaire, hocha simplement la tête. Kanon, lui, attendit en croisant les doigts dans la poche de son pantalon. Aldebaran se jeta sur l'ex-Marina et le serra dans ses bras à lui briser les côtes tout en s'exclamant «Oh, Kanon! Quelle belle preuve d'amour fraternel!». Mû demeura un long moment interdit, puis demanda en rougissant très faiblement :

-...C'est vrai?

-Tout ce qu'il y a de plus vrai! Répondit Kanon sans le moindre scrupule (après tout, il ne mentait qu'en partie...) en se disant que finalement, les espoirs de son frère n'étaient peut-être pas totalement irréalisables.

-...Je n'avais jamais réalisé à quel point notre amitié était importante à ses yeux, se désola le Tibétain sans entendre Kanon pousser un gros soupir. Quel piètre compagnon d'armes je suis...

Il se lamenta encore quelques instants, puis releva la tête d'un air déterminé :

-C'est décidé. Dès aujourd'hui, je m'engage à lui apporter le soutien et l'affection dont il a besoin, et ce jusqu'à la fin de mes jours!

L'innocent Bélier ne semblait pas se rendre compte que ses paroles ressemblaient, à s'y méprendre, à une vive déclaration d'amour. Aldebaran non plus, car il lâcha enfin Kanon et se jeta sur son meilleur ami, qu'il serra à son tour dans ses bras en le félicitant pour cette magnifique démonstration d'amitié. Kanon retint un petit cri de victoire, mais crut tout de même bon d'ajouter :

-Et une dernière chose, Mû!

-Oui? Répondit immédiatement l'atlante, probablement prêt à croire tout ce que Kanon lui raconterait.

-Comment dire ça... Si tu vas le voir, tu devrais éviter d'emmener Kiki avec toi.

Mû pencha légèrement la tête sur le côté et demanda, surpris :

-Pour quelle raison?

Rhadamanthe jeta alors un regard intéressé à Kanon qui semblait réfléchir à toute vitesse : comment allait-il s'en sortir, ce coup-ci?

Malgré tout, il ne fallut pas plus de deux secondes à Kanon pour formuler une réponse extrêmement convaincante :

-Je ne pense pas qu'il soit en état de voir des enfants pour le moment : tu comprends, en tant qu'aîné, il prenait soin de vous lorsque vous étiez petits et je crois qu'il a l'impression d'avoir perdu cette place dans le cœur de certains... Je pense donc qu'être en face d'un enfant lui rappelle cette douloureuse vérité.

Le spectre devait au moins reconnaître à Kanon une imagination débordante et une capacité d'adaptation tout à fait surprenante. D'autant plus que Mû parut convaincu qu'il disait vrai :

-Mais oui! C'est certainement pour cela qu'il était si mal à l'aise hier soir. Et Kiki qui était persuadé que Saga dégageait des pulsions de meurtre qui lui étaient destinées! Je lui avais pourtant dit que ce n'était que son imagination...

Kanon, bien au contraire, se dit que le jeune Kiki avait une fichtrement bonne intuition, mais se retint bien de le faire remarquer. Au lieu de cela, il remercia abondamment Mû pour sa compréhension et ses résolutions, puis prit congé, bien vite suivi du juge.

Une fois les deux compères hors de leur champ de vision, Aldebaran et Mû retournèrent s'asseoir devant leur tasse de thé. Ils restèrent un moment silencieux, puis le Taureau remarqua :

-Dis-moi, Mû...

-Qu'y a t-il, Aldebaran? Demanda le Tibétain en lui resservant du thé au jasmin.

-Tu ne trouves pas que Kanon a... mûri depuis qu'il fréquente ce Spectre? Je ne l'ai jamais vu aussi préoccupé pour son frère, ou même pour nous, d'ailleurs...

-Oui, je pense que tu as raison. Sans doute le fait d'avoir enfin trouver le bonheur le pousse à essayer de rendre son entourage heureux.

-Certainement. N'empêche, si je m'étais attendu à voir un jour un Spectre d'Hadès et un Chevalier d'Athéna ensemble... Mais je dois bien reconnaître qu'il forme un couple surprennament bien assorti.

Mû étouffa un petit rire avec la paume de sa main et approuva à son tour. Étrangement, si le premier gardien savait faire preuve de logique et de bon sens dans de nombreuses situations, il ne voyait pas plus loin que le bout de son nez dès qu'il était directement concerné.

XxXxXxX

Pendant ce temps, Rhadamanthe et Kanon déambulaient dans les rues d'Athènes, l'un à la recherche d'un restaurant pas trop coûteux, l'autre probablement occupé à en dénicher un qui viderait le porte-monnaie du juge.

Cependant, à la grande surprise du Spectre, Kanon s'arrêta finalement devant un établissement dont les additions ne semblaient pas être excessives et se tourna vers le juge, lui adressant enfin la parole depuis leur départ du troisième temple :

-Ça te va?

Trop surpris pour formuler une réponse intelligente, Rhadamanthe se contenta d'un hochement de tête puis le suivit à l'intérieur du bâtiment. A peine entrés, une jeune serveuse, ayant tout de suite repérer le magnifique spécimen que représentait le Gémeau, se précipita vers eux avec un air radieux... Qui se transforma en une expression profondément déçu quand elle vit le grand blond qui l'accompagnait. Elle soupira : quand les plus beaux hommes n'étaient pas déjà pris, ils menaient un mode de vie alternatif... Dans le cas présent, c'était un mélange des deux.

Elle les accueillit cependant d'un air jovial et les fit s'installer à une table qui ne tarda pas à devenir le centre d'intérêt générale de toute la gent féminine (et parfois masculine) de l'établissement. Rhadamanthe en fut d'ailleurs légèrement vexé : d'habitude, c'était lui qui attirait la majorité des regards dans les lieux publics! (en tout cas, lorsqu'il n'était pas avec Eaque ou Minos). Cependant, il ne pouvait contester le fait qu'il faisait pâle figure comparé au charme envoûtant de Kanon et de ses grands yeux turquoises, ses longs cheveux océan, sa peau satinée, ses...

-Qu'est-ce que t'as à me regarder comme ça?

Rhadamanthe redescendit aussitôt sur terre et se mit une gifle mentale pour avoir laisser vagabonder son esprit de la sorte : bon sang, mais que lui arrivait-il donc?

Kanon haussa un sourcil :

-Tout va bien?

-Juste un moment d'absence.

L'ex-Dragon des Mers l'observa un moment d'un air suspicieux, puis cacha son visage derrière son menu jusqu'à la commande, ce qui inquiéta légèrement le juge : qu'est-ce qu'il s'était encore imaginé?

Il demeura cependant dans l'incapacité de trouver une réponse à cette question existentielle car une jeune serveuse, désireuse d'approcher de plus près le bel homme à la chevelure couleur océan, se présenta devant eux en lançant un traditionnel :

-Vous avez fait votre choix?

Kanon, ignorant du regard brûlant que la jeune fille lui lançait, choisit un plat au hasard sur la carte. Il fut bien vite imité par Rhadamanthe, qui avait jusqu'ici davantage dirigé son attention sur son invité que sur le menu.

Ce ne fut qu'une fois la jeune fille repartie vers les cuisines que Kanon daigna adresser de nouveau la parole au Spectre :

-Alors?

Ne sachant pas trop ce que le Grec sous-entendait, Rhadamanthe jugea plus prudent de demander préalablement :

-Alors quoi?

-Tu vas peut-être enfin m'expliquer pourquoi je perds mon temps ici : je croyais que mon travail était terminé!

Le juge se mordit un moment la lèvre inférieure, cherchant à tout prix un prétexte pour retarder l'inévitable ou pour reculer sa réponse... En vain. Il prit donc son courage à deux mains, plongea son regard dans celui de Kanon et commença par ce simple avertissement :

-Je vais avoir pas mal de choses à te raconter...

Le cadet des Gémeaux poussa un soupir, tandis que le Spectre débutait son récit : encore une affaire qui paraissait loin d'être réglée...

XxXxXxX

Au même moment, mais cette fois-ci au Sanctuaire, ce fut au tour de Saga de soupirer. Environ une demi-heure plutôt, alors qu'il était resté seul dans son temple et perdu dans ses pensées (centrées sur un ravissant Bélier et sur un Spectre tournant un peu trop autour de son frère), un visiteur peu fréquent se présenta devant lui : Camus du Verseau.

D'un ton froid et sobre, il lui expliqua qu'il avait besoin d'aide avec Milo, qui avait encore passé la nuit précédente à boire en quantité fort peu raisonnable et qui était au bord du coma éthylique.

Toujours prêt à voler au secours de la veuve, de l'orphelin, ou même du premier imbécile qui croiserait sa route, Saga s'empressa de suivre le Magicien de l'eau et de la glace jusqu'à la huitième Maison, dont ils trouvèrent le gardien en train d'essayer de se fracasser le crâne contre l'un des murs. Alarmés, les deux compères s'empressèrent de l'immobiliser et, après une longue argumentation, parvinrent à le convaincre de s'éloigner de tout objet potentiellement dangereux tant qu'il n'aurait pas complètement décuvé. Une fois cela fait, ils transportèrent l'épave humaine jusqu'à son lit. Milo se laissa docilement bordé par Camus, mais continua à geindre et à marmonner des choses incompréhensibles pour ses deux compagnons d'armes. Il finit par se calmer au bout d'une quinzaine de minutes, et commença doucement à fermer les yeux, prêt à rejoindre le monde des rêves pour un certain temps. Saga s'éloigna alors du lit et se tourna vers le Verseau :

-As-tu encore besoin de mon aide?

-Non, je pense que je saurais me débrouiller. Mais merci beaucoup, Saga, je savais que je pouvais compter sur toi.

Bien que ses paroles aient sans doute été sincères, elles étaient encore difficiles à accepter pour celui qui n'estimait même pas mériter le droit de vivre à l'heure actuelle. Il jugea donc préférable d'ignorer la remarque :

-Bien. Tu comptes rester à son chevet?

-Au moins jusqu'à ce qu'il s'endorme, ça me semble être la moindre des choses. Après tout, Milo est mon meilleur ami.

A peine sa phrase terminée, Milo, qui semblait s'être calmé, éclata en sanglot puis se mit à s'agiter violemment sur son matelas. Aussitôt, Camus essaya de l'empêcher de faire une nouvelle bêtise, mais Milo se contenta de s'agripper au onzième gardien comme si sa vie en dépendait, ponctuant son geste d'un «Crétin de Camus! Pourquoi tu comprends rien?».

Il s'agita pendant encore plusieurs minutes, puis laissa sa tête reposer sur les genoux du français, qui l'observait d'un air décontenancé, et finit par s'endormir, le visage ruisselant de larmes : il n'avait jamais eu l'air aussi abattu.

Saga estima que c'était le bon moment pour filer. Sans prendre la peine de dire au revoir à Camus, qui essayait périlleusement de se libérer des pinces de Milo sans le réveiller, il sortit avec empressement et réalisa qu'il n'avait jamais eu aussi hâte de retrouver l'obscurité et la solitude de sa propre demeure (bien qu'elle devenait chaque jour un peu moins austère depuis que Kanon y avait élu domicile).

Seulement, voilà, comme rien ne se passait jamais comme prévu au Sanctuaire d'Athéna, son besoin de silence et de solitude ne se trouva pas satisfait. A la place, il eut droit à une vision qu'il jugea enchanteresse, une fois arrivé à l'entrée de son temple : Mû du Bélier, dans ses plus beaux vêtements tibétains, visiblement en train d'attendre. De l'attendre.

Cette hypothèse se trouva confirmer lorsque les yeux couleur jade se posèrent sur lui et qu'un sourire angélique se dessina sur les lèvres du jeune homme :

-Saga! Je te trouve enfin.

L'aîné des Gémeaux crut que son cœur allait exploser sous l'effet de la joie lorsque Mû s'avança à sa hauteur et lui demanda :

-As-tu déjà déjeuné?

Saga commença par bafouiller quelques débuts de réponses complètement incompréhensibles, puis s'éclaircit un long moment la gorge, avant de hocher stupidement la tête de gauche à droite. Le visage de Mû s'illumina alors et, prenant les mains de Saga dans les siennes (ce dernier retint de justesse un cri de joie), l'interrogea à nouveau :

-Dans ce cas, accepterais-tu de te joindre à moi? Mes talents culinaires ne sont pas comparables à ceux d'Aldebaran, mais...

-J'ACCEPTE.

Les deux chevaliers d'Or sursautèrent, le premier de surprise, l'autre d'embarras : à cet instant, n'importe qui aurait pu comprendre quels étaient les sentiments du chevalier des Gémeaux... Sauf Mû, apparemment.

Car le Tibétain se contenta d'un large sourire et, saisissant la main de Saga dans la sienne, le conduisit jusqu'à son temple, sans se rendre compte des réactions que ses gestes engendraient chez Saga qui se demandait s'il n'était pas en train de rêver.

Tout lui parut encore plus féérique lorsqu'il s'aperçut que, une fois arrivés dans la Maison du Bélier, la table n'avait été mise que pour deux et qu'il n'y avait apparemment aucune trace de la petite teigne qui servait de disciple à son bien aimé.

Craignant une fois de plus de se faire de faux espoirs, Saga demanda, l'air de rien :

-Kiki ne déjeune pas avec toi, d'habitude?

-Il préfère parfois aller chez Aldebaran.

Saga leva brièvement les yeux au ciel tout en remerciant silencieusement le chevalier du Taureau, qui savait parfois se rendre utile sans même le réaliser. Mais une fois encore, toutes ses pensées se dissipèrent dès qu'il se retrouva assis en face de Mû et de son si joli sourire. Pour la première fois depuis longtemps, il avait vraiment l'impression d'être vivant.

Ou tout du moins, il en eut l'impression un très bref instant. Jusqu'à ce que Mû ne reprenne ses mains dans les siennes et lui annonça d'un air à la fois attristé et solennel :

-Saga, je dois te parler de quelque chose de très important...

Et à cet instant précis, Saga douta fortement que la suite des événements allait lui plaire. Surtout lorsque le Bélier reprit la parole :

-Vois-tu, ton frère est passé me voir, il y a peu de temps...

Et alors que Mû commençait à lui narrer la conversation qu'il avait eu avec Kanon plus tôt dans la matinée, toute trace de couleur s'effaça du visage de l'ex-Grand Pope. Car à présent, une seule pensée animait son esprit : qu'est-ce que son abruti de frère avait ENCORE fait?

XxXxXxX

-D'accord, je vais essayer de résumer : en gros, alors que le plan était de faire en sorte qu'Hadès me déteste, il m'aime à présent comme son propre fils.

-Exact.

-Donc, le plan a échoué et tu te retrouves une fois de plus dans une impasse.

-Oui.

Kanon hocha la tête un instant et retomba dans le silence. Il joua pendant quelques minutes avec sa fourchette, et reprit d'un air extrêmement sérieux :

-Donc, tu me proposes à présent un nouveau contrat. N'hésite pas à m'interrompre si je dis une connerie.

Le juge hésita l'espace d'un instant, se demandant comment Kanon allait encore présenter les choses, puis finit par hocher la tête d'un signe affirmatif. L'ex-Marina enchaîna donc, visiblement pressé de mettre un terme à cette conversation :

-Alors que tu m'avais d'abord payé pour qu'Hadès me déteste... Tu veux maintenant me ré-engager pour qu'il m'adore.

Bien qu'agacé par l'esprit de synthèse de Kanon, Rhadamanthe approuva d'un signe de tête :

-Bon, je dois être un peu con, mais tu veux bien m'expliquer les raisons de ce changement?

-Seulement un peu?

-Moins que toi, en tout cas.

Rhadamanthe s'apprêtait à lui offrir une réponse pas vraiment polie, puis se rappela que s'il voulait obtenir l'aide de Kanon, il n'avait pas vraiment intérêt à le vexer. Il consentit donc à lui expliquer de manière plus détaillée son nouveau plan :

-Voila comment je vois les choses : tu m'accompagnes de nouveau aux Enfers, et je t'explique précisément de quelle manière te comporter avec chacun pour qu'au final, tu apparaisses comme absolument parfait.

-La perfection n'existe pas.

«Pourtant, sur le plan physique, tu n'en es pas si loin...» songea Rhadamanthe en manquant de se laisser une fois de plus transporté par les yeux envoûtants de Kanon.

Nouvelle gifle mentale.

-Et après?

-Après, continua Rhadamanthe en essayant de se remettre les idées en place, ils finiront tous par t'aimer et Hadès sera persuadé d'avoir réglé mes «problèmes sentimentaux». Ce petit manège durera environ un mois.

Son vis-à-vis le regarda bizarrement, comme s'il se demandait si Rhadamanthe de la Whyvern n'était pas devenu complètement fou. Malgré tout, il l'interrogea de nouveau :

-Et une fois le mois écoulé?

Un étrange sourire se dessina sur le visage du juge, visiblement très content de lui, et Kanon se dit très sagement que ce n'était certainement pas bon signe.

Cette hypothèse se trouva bien vite confirmée :

-On arrête de se voir. Définitivement, cette fois.

Après cette simple phrase, le juge se tut et se rapporta son attention sur son assiette, comme s'il était persuadé que Kanon avait compris la suite de son raisonnement... Ce n'était visiblement pas le cas :

-Je ne suis pas sûr de bien de suivre... Si tu veux qu'on finisse par couper les ponts, pourquoi ne pas le faire maintenant?

-Mais enfin, ça ne te paraît pas évident?

-Tout le monde n'a pas l'esprit aussi dérangé que toi.

Pour un ex-manipulateur et fervent défenseur du mal, ce genre de répliques était de mauvaise foi, songea Rhadamanthe, qui consentit cependant à lui donner plus de détails :

-C'est bien simple : Hadès s'interrogera forcément sur la raison de notre séparation et je lui dirai que tu m'as quitté sur un coup de tête, sans la moindre raison valable.

-'Y a pourtant pas mal de raisons qui pourraient me faire partir dès maintenant...

-Je suis si repoussant? Demanda Rhadamanthe d'une voix qui se voulait ironique, mais qui trahissait un soupçon d'intérêt pour l'avis de son invité.

-Tu serais vexé par une réponse franche.

-...

-Alors, la suite?

Rhadamanthe masqua au mieux sa déception et reprit :

-Donc, forcément, j'aurais l'air très affligé par ta décision et je tomberai naturellement dans une «profonde dépression». Résultat, ils se sentiront coupables de m'avoir poussé à me stabiliser trop rapidement, et ils n'oseront plus me parler de relations amoureuses ou de mariage. Et le tour est joué!

-...

-Plutôt génial, non?

-T'as vraiment une case en moins.

Un silence très pesant s'installa entre les deux hommes et le juge eut du mal à ne pas céder à l'envie d'étrangler l'ex-général. Ce dernier devait probablement deviner la moindre de ses pensées, car un large sourire se dessina sur son visage.

Mais la pression finit par retomber lorsque Kanon reprit la parole, d'un ton pas vraiment rassurant :

-Et tu veux bien m'expliquer pourquoi j'accepterais un tel marché?

-...Parce que tu as déjà accepté la première fois?

-La première fois, tu m'as demandé de me faire détester. Ça, généralement, je sais le faire. Me faire aimer, ce n'est pas aussi simple.

-...Parce que tu n'as rien de mieux à faire?

-Oh, si! J'ai un grand frère, et crois-moi, ça demande beaucoup de travail.

Rhadamanthe se dit assez justement que Saga serait peut-être mieux placé pour sortir ce genre de répliques, mais se garda bien de le faire remarquer :

-De toute façon, peu importe les raisons que je proposerais, tu trouveras toujours une réponse négative, non?

-Bien deviné.

-Alors, tu n'aurais pas plus vite fait de me dire toi même sous quelles conditions tu accepterais?

-Qui a dit que j'allais accepter?

Cette fois-ci, Rhadamanthe commença sérieusement à paniquer : sans Kanon, il était complètement fichu, et ce dernier s'en était parfaitement aperçu et prenait un malin plaisir à rappeler au juge qu'il pouvait choisir de partir à tout moment.

Mais il finit malgré tout par lui demander :

-Et quels sont les critères du «fiancé parfait», selon Hadès?

Rhadamanthe, tout en prenant soin de masquer la petite lueur d'espoir qui venait d'apparaître dans ses yeux, se gratta la tête et prit un moment pour réfléchir :

-Bah, le stéréotype de base : gentil, souriant, attentionné, discret, délicat, …Le minimum, quoi.

-...J'ai le droit de savoir lire?

Le juge fit de son mieux pour ne pas céder à l'envie de lui mettre une claque :

-Peux-tu m'expliquer pourquoi il faut toujours que tu sois aussi négatif?

-Négatif? Non, réaliste.

-Et pourquoi il faut toujours que tu aies réponse à tout?

-Parce que j'ai toujours raison.

Silence. Rhadamanthe s'imagina pendant un instant en train d'arracher la langue de Kanon : exquise vision.

Mais il se contenta de donner un violent coup de couteau dans son morceau de viande, s'imaginant qu'il s'agissait de la gorge de son vis-à-vis. Kanon se permit un nouveau sourire :

-Bon, c'est d'accord. Je marche.

Il avait cependant attendu (intentionnellement) que le juge commence à manger, juste pour avoir le plaisir de l'observer s'étouffer sous le coup de la surprise. Après une longue série de toussotements et trois verres d'eau, Rhadamanthe se retrouva enfin en mesure de parler :

-Vraiment? Demanda-t-il d'une voix légèrement rauque.

-Tu peux compter sur moi!

Rhadamanthe se sentit forcé de se pincer le bras pour s'assurer qu'il ne rêvait pas. Cela fit rire Kanon pour la première fois de la journée, mais n'éclaira en rien l'esprit du Spectre :

-Je peux savoir ce qui t'a fait changer d'avis si soudainement?

-Rien de spécial, répondit Kanon en haussant les épaules, Je me dis, qu'après tout, ça peut être amusant... Et j'ai hâte que tout le monde sache que je t'ai «quitté sur un coup de tête» : j'imagine de là le coup que ta réputation va en prendre!

Il avait dit cela d'un air tout à fait honnête, mais Rhadamanthe le soupçonnait plutôt d'avoir toutes sortes d'autres idées farfelues en tête. Et il n'avait pas spécialement envie de les connaître.

-Et puis, ajouta soudain le cadet des Gémeaux, je n'ai jamais dit que j'allais faire ça gratuitement.

Faute d'être délicat ou consciencieux, Kanon avait cependant l'art de toujours sortir la bonne réplique au bon moment. Le spectre déglutit avec difficulté et demanda d'une voix qui se voulait neutre :

-Que veux-tu en échange?

-Bonne question... Je peux vraiment demander tout ce que je veux?

-Du moment que ça reste dans la mesure du possible.

-Ah? Dommage...

Rhadamanthe jugea préférable ne pas essayer de deviner ce à quoi Kanon pensait avant cette précision.

-Bon, très bien! Alors, je sais ce que je veux.

Il se pencha alors vers le juge avec une lenteur insupportable (et brisa du même coup tous les espoirs des quelques serveuses qui ne l'avaient pas lâché des yeux depuis son arrivée) et lui chuchota quelques mots à l'oreille, avant de se rasseoir rapidement, comme si de rien n'était.

Rhadamanthe cligna stupidement des yeux :

-Un problème? Demanda innocemment Kanon.

-...C'est vraiment ça que tu veux?

-Tout à fait! Répondit-il en hochant la tête. Ce n'est pas possible?

-Ça ne devrait pas me poser de problème, mais... Je t'avouerai qu'une telle demande venant de toi me surprend.

-Comme quoi, le Monde est plein de surprises. Je peux compter sur toi?

Rhadamanthe regarda un long moment Kanon avant de répondre, cherchant sur son visage un quelconque signe de plaisanterie, mais n'en trouva aucun. Il se résigna donc à répondre, assez soulagé que l'ex-Dragon des Mers ne lui ai fait qu'une seule demande, qu'il ne considérait pas comme particulièrement contraignante :

-Cela me va.

Pour la première fois, les deux associés s'adressèrent des sourires qui paraissaient presque sincères et levèrent leur verre dans l'intention de trinquer. Mais juste avant qu'ils n'entrent en contact, Kanon jugea bon de préciser, son sourire s'élargissant :

-Ah, j'oubliais un détail : il est évident que tu continueras quand même à me verser un salaire!

Les deux verres en contact produisirent un léger tintement et le chevalier d'Or porta le sien à ses lèvres, savourant davantage le visage décomposé de son vis-à-vis plutôt que le goût âpre du vin grecque.

XxXxXxX

Une fois la discussion close, Kanon quitta le restaurant en laissant Rhadamanthe en plan, prétextant qu'ils se verraient un peu trop souvent dans les semaines à venir et que le porte-monnaie du juge lui paraissait suffisamment plein pour régler l'addition tout seul.

Sur le chemin du retour, il se plongea cependant dans une profonde réflexion : un mois où il serait peu présent au Sanctuaire, c'était un mois de gagner pour Saga et ses plans de conquêtes amoureuses... Mais trente et un jours seraient-ils suffisant pour que son empatté de grand frère réussisse à séduire le jeune Bélier? Rien n'était moins sûr...

Mais bon, tout restait possible, se dit alors Kanon qui savait parfois se montrer optimiste... Et puis, avec un peu de chance, si Saga parvenait un jour à conclure avec Mû, peut-être qu'il partirait s'installer dans la première Maison et lui lèguerait le Temple des Gémeaux. Si une telle chose arrivait, il n'était cependant pas en mesure de garantir que la bâtisse tienne le coup très longtemps...

Perdu dans ses pensées, il mit un certain temps avant de revenir jusqu'à son domicile actuel et fut assez surpris de voir Saga, debout au milieu de la pièce centrale, qui semblait l'attendre depuis un bon moment, les bras croisés contre sa poitrine. Et ça, ce n'était pas du tout bon signe.

-Kanon?

Sa voix était dépourvue d'émotion et son visage semblait totalement inexpressif, ce qui inquiéta un peu le cadet :

-Mû est venu me voir tout à l'heure et m'a tenu des propos très surprenants.

Toute trace de couleur s'effaça sur le visage de Kanon, qui fit prudemment un pas en arrière. Malgré tout, il détourna le regard et demanda d'une voix légèrement tremblante :

-Vraiment?

-Vraiment. Il semblerait que vous ayez eu une longue conversation, tous les deux. A mon sujet.

Bon sang, se dit alors Kanon qui commençait sérieusement à paniquer, Mû n'avait quand même pas été assez bête pour aller tout répéter à Saga? …Si?

L'aîné fit un pas en avant, posa ses mains sur les épaules de son frère et se mit à les serrer dangereusement :

-Je n'arrive pas à y croire...

-Écoute, Saga, intervint alors Kanon qui craignait à présent pour sa vie, je peux tout expliq...

La fin de sa phrase mourut dans sa gorge lorsque les mains de son frère lâchèrent ses épaules pour l'attirer contre lui dans une étreinte presque désespérée :

-...Euh... Saga?

-Je n'en reviens pas... Moi qui croyais que tu te contrefichais de mes sentiments, alors qu'en réalité, tu te sentais si concerné par mon chagrin!

Bien que choqué, Kanon dut faire un gros effort pour se retenir de lui dire que, s'il avait essayé de développer sa relation avec Mû, c'était uniquement dans l'espoir que ça le fasse cesser de marmonner et de soupirer niaisement à longueur de journée. Mais son frère reprit, en resserrant encore d'avantage son étreinte :

-Et en plus, tu as réussi à deviner ce qui me tourmentait sans même que je ne t'en parle! Et dire que je pensais ne jamais réussir à me soulager de la souffrance que m'apportent les remords! Oh, Kanon, je suis vraiment un grand frère comblé!

Le cadet demeura un long moment interdit, puis donna une petite tape sur l'épaule de Saga dans l'espoir qu'il le laissera enfin partir. Mais le geste sembla chamboulé davantage l'ex-Grand Pope, car il resserra encore un peu plus sa prise :

-Et Mû m'a annoncé qu'il était prêt à tout pour me voir de nouveau sourire et qu'il souhaitait que nous passions davantage de temps ensemble! Mon cher petit frère, tu n'imagines même pas à quel point je suis heureux!

Au contraire, Kanon s'en fit une bonne idée à l'instant où il sentit les larmes de joie de son frère couler le long de son cou. Il soupira et se remit à tapoter gentiment l'épaule de Saga, tout en se faisant la réflexion que finalement, ce n'était peut-être pas le meilleur moment pour lui annoncer qu'il était de nouveau de sortie aux Enfers samedi soir.

A suivre...