Bonjour, tout le monde (enfin, plutôt bonsoir)

Tout d'abord, je suis vraiment désolée de poster aussi tard ce cinquième chapitre (l'inconvénient de se trouver un boulot pendant les vacances, c'est qu'on a moins le temps d'écrire...) et je tiens à m'excuser si son contenu n'est pas à la hauteur de vos attentes : en manque total d'inspiration, j'ai demandé un conseil à une amie pour ce chapitre. L'ayant suivi, j'espère que le résultat ne sera pas navrant (si tel est le cas,Itami-senpaï, je te tiendrai pour responsable! XD)

Maintenant, pour ne pas perdre les bonnes habitudes, un petit mot à tous ceux qui ont eu la gentillesse de me laisser des reviews :

ariesnomu : c'est un vrai bonheur pour moi de savoir que cette fic te plaît autant! Merci mille fois pour tes gentils commentaires! (Quant à ta version Saint Seiya du Lac des Cygnes, je l'avais déjà vu sur un forum : toutes mes félicitations, les dessins étaient vraiment superbes et Minos était à tomber!)

Alb1 : Un grand merci! Mais quant à la proposition "crapuleuse" de Kanon... Eh bien, tu risques d'avoir une surprise! XD J'espère que ce chapitre te plaira malgré tout!

Manuka : Tu as "Adoré" ? Merci beaucoup, cela me touche énormément! Vis-à-vis de Mû, je n'irais pas jusqu'à dire que j'en fais un personnage "bêta" ... Mais insupportablement naïf, je te l'accorde! XD Voila, en espérant que la suite sera à la hauteur de tes attentes!

obsalys : Ma façon de représenter Kanon te plaît? Merci, car j'avoue qu'il n'est pas un personnage facile à utiliser dans une fanfic, même humoristique. Encore merci pour la review!

Camus scorpio : Tes compliments me vont droit au coeur! Vraiment, ce genre de reviews donnent envie à un auteur de poursuivre son travail, alors merci mille fois! Je prends effectivement tout mon temps pour le rapprochement Kanon/Rhadamanthe car j'ai également du mal avec les fics ou un seul chapitre suffit à mettre en place le couple principal, et je vais m'efforcer de ne pas tomber dans cette tendance! Encore merci pour ton soutien, moi et Rhadamanthe allons en avoir bien besoin! XD

Baella : Ravie de voir que ces quatre premiers chapitre t'ont plu! Tu auras d'ailleurs la réponse à ta question dans ce chapitre! Encore merci et bonne lecture!

HEROICA FANTASIA 8 : "Superbe histoire" ? N'exagérons rien! XD J'espère cependant parvenir à finir cette fic, mais cela risque de prendre du temps car elle s'annonce plus longue que prévu... Enfin, encore un grand merci!

Egalement un immense merci à ma chère Ley-san qui une fois de plus, à corriger ce chapitre! Merci infiniment, Ley-san!

Et enfin, je m'excuse sincèrement auprès des fanes de Milo : Milo, sérieusement, je t'adore! Pardonne moi d'être aussi cruelle avec toi...

Tout ceci étant dit, je vous souhaite à tous et à toutes (enfin, surtout à toutes) une bonne lecture!

Chapitre 5 : Them in The Sunset

Pour la première fois depuis la fin des Guerres Saintes, une grande agitation secouait le Sanctuaire d'Athéna, lieu supposé sacré et vierge de toute bassesse humaine.

Il fallait aussi dire qu'il s'y déroulait des évènements plutôt surprenants, ces derniers temps : Milo du Scorpion, considéré comme le plus jovial des chevaliers d'Or, passait son temps à broyer du noir seul dans son temple, Saga des Gémeaux et Mû du Bélier ne se lâchaient plus d'une semelle (au grand désarroi de Kiki, qui paraissait convaincu que Saga le tuerait s'il s'approchait de lui), Shura du Capricorne semblait avoir désormais élu domicile dans la Maison du Sagittaire (après d'innombrables supplications de son gardien), des cris étranges s'élevaient tour à tour de la Maison du Cancer puis de celle des Poissons, etc...

Mais l'évènement le plus choquant était sans doute celui-ci : Kanon des Gémeaux, à présent fier et vaillant défenseur de la justice et de la Déesse Athéna, avait entamé une liaison avec Rhadamanthe de la Whyvern, infâme et perfide protecteur du Royaume des Morts et de l'empereur Hadès.

Saga avait beau démentir vivement ce fait tandis que Kanon se contentait de rester silencieux, le couple ne tarda pas à devenir officiel aux yeux de tous. L'affaire prit une telle ampleur qu'un beau matin, le cadet des Gémeaux se fit convoquer par Athéna elle-même, qui le félicita de ce choix : toute alliance entre Saints et Spectres était bénéfique à la paix universelle et c'était très courageux de sa part de montrer le bon exemple en fréquentant «cette espèce d'horrible bourrin mono-sourcil» (d'après ses termes). Aiolia, lui, signala à Kanon qu'il avait totalement perdu l'esprit, appuyé par son frère qui se demandait si les Gémeaux n'étaient pas en réalité deux masochistes en puissance. Shaka, en apprenant la nouvelle, se contenta d'un vague haussement d'épaules avant de reprendre ses débats mentaux sur le sens de la vie. Milo se morfondit encore davantage, à présent persuadé que tout le monde parviendrait à trouver l'amour sauf lui. Camus prétendit s'en moquer. Shura l'accusa d'abord de trahison puis, apprenant que même Athéna encourageait cette union, se mit à le considérer comme un véritable martyr. Mû et Aldebaran lui adressèrent leurs plus sincères félicitations et pour finir, Aphrodite et Deathmask lui demandèrent si des parties de jambes en l'air avec Rhadamanthe de la Whyvern valaient le coup au point d'officialiser une relation avec lui.

Face à tout cela, Kanon préféra demeurer muet : l'expérience lui avait appris que dans ce genre de situations, il valait mieux se taire que de laisser échapper une parole malheureuse... Et puis, de toutes façons, il aurait eu du mal à en placer une entre le flot ininterrompu de commentaires de ses collègues et les discours moralisateurs quotidiens de Saga.

Son frère semblait s'être mis en tête de dresser une liste des innombrables défauts du juge, histoire de lui «ouvrir les yeux», et Kanon dut se résoudre à le voir débarquer à n'importe quel moment devant lui pour lui exposer ses nouvelles trouvailles concernant le Spectre.

C'était encore le cas cet après-midi là : à peine était-il rentré dans la Maison des Gémeaux après avoir tenté de remonter le moral de Milo (sans succès) que Kanon vit son frère se précipiter vers lui dans le but de démonter le juge une fois de plus.

Il commença par quelques banalités (agrémentées de commentaires aussi charmants que «Quel crétin, ce spectre!») que Kanon ignora royalement. Mais lorsque Saga en vint à des arguments valables, il lui offrit une once d'attention et daigna «commenter» les propos de son frère, sans réussir à s'empêcher de bâiller de temps à autres :

-D'abord, on ne peut pas lui faire confiance : il a tenté de tuer notre Déesse bien-aimée!

-Ouais, c'est vrai, admit Kanon en se disant que son frère semblait avoir bien vite oublié leurs propres tentatives d'assassinat de Saori Kido.

-Et puis, il s'est attaqué à Mû, Milo et Aiolia! Tu te rends compte, Kanon? Il a osé lever la main sur Mû!

-Hm, hm..., fit Kanon en haussant les épaules et en se demandant si Saga n'avait mentionné les noms des chevaliers du Scorpion et du Lion juste pour la forme.

-Et il y a encore autre chose!

-Tiens donc...

-Tu ne peux quand même pas accepter de «fréquenter» un homme aussi laid : rien qu'à voir les sourcils, imagine un peu la pilosité sur le reste du corps!

A partir de cette phrase, Kanon se boucha mentalement les oreilles : Ça, il n'avait vraiment pas besoin de l'entendre. Il attendit donc patiemment la fin du discours de son frère et lui glissa, l'air de rien :

-Tu sais, Saga, toi qui répètes sans arrêt que seule la beauté intérieure est importante, je trouve ça assez drôle que tu m'empêches de voir un type simplement parce qu'il est moche!

-M-Mais... Mais ça n'a rien à voir! Tenta de se rattraper l'aîné. Dans son cas, ce n'est qu'un défaut supplémentaire parmi tant d'autres!

Soupir.

-Écoute, Saga : je veux juste que tu comprennes qu'il n'y a RIEN entre lui et moi! En ce moment, il est dans la merde et je lui file un coup de main, c'est tout. Mais dès que toute cette histoire sera terminée, je peux t'assurer qu'il ne cherchera plus jamais à me revoir!

Saga observa son frère d'un air soucieux puis, semblant enfin lui faire confiance, finit par se détendre un peu :

-Désolé, Kanon. Mais tu dois me comprendre : tu es mon frère et il est normal que je m'inquiète pour toi.

-Oui, oui, je sais, frangin! Et ça me gonfl... Euh, me touche sincèrement!

L'aîné ne sembla prendre en compte que la fin de la phrase et se permit un léger sourire : l'ambiance redevint alors convenable au sein du temple des Gémeaux...

...Pendant à peu près trois minutes.

En fait, jusqu'à ce que les deux frères entendent un son sec et régulier se rapprocher d'eux progressivement... Bruit de chaussures en cuir qui martèlent un sol en pierre. D'un pas énergique et décidé. En gros, une démarche qui ne pouvait appartenir qu'à une seule personne.

Regard exaspéré de Saga. Sourire d'excuse de Kanon :

-Devine où je dîne, ce soir?

Saga se mordit la lèvre inférieure pour empêcher quelques propos pas franchement élégants de sortir de sa bouche. Sentant que son frère serait capable de trucider leur visiteur dès qu'il entrerait dans son champ de vision, Kanon crut bon d'intervenir :

-Au fait, je viens de me rappeler que quand j'ai quitté le temple du Scorpion, c'était au tour de Mû d'aller essayer de réconforter Milo! Pourquoi n'irais-tu pas le rejoindre?

Bien que Camus se trouvait actuellement dans sa propre demeure, le sang de Saga parut se glacer instantanément : Mû, le doux et innocent Bélier, seul avec Milo du Scorpion, individu potentiellement dangereux aux tendances nymphomanes réputées incontrôlables?

La scène qui suivit sa réflexion fut jugée plutôt comique par le cadet : dans une remarquable imitation de Superman, l'aîné des Gémeaux s'élança à une vitesse hallucinante en direction de la huitième Maison du Zodiaque en poussant un cri de guerre, un bras tendu en avant.

Kanon regarda d'un air moqueur son jumeau gravir les immenses escaliers. Puis, avec une expression blasée, il se décida à se retourner et à faire face à son visiteur, plantant son regard turquoise dans les deux iris dorés qui l'observaient :

-Tu sais que t'as vraiment le chic pour débarquer au mauvais moment?

Devant lui, Rhadamanthe retint un soupir : il commençait à se dire que jamais il n'obtiendrait un accueil digne de ce nom au Sanctuaire d'Athéna. Il voulut d'abord ignorer la remarque de Kanon, mais il renonça à faire preuve d'indulgence lorsque son associé ajouta :

-D'ailleurs, je peux savoir ce que tu fous là? On ne devait pas se retrouver avant dix huit heures! Ne va pas me dire que je te manquais, j'aurais du mal à y croire.

Rhadamanthe sentit ses mâchoires se crisper sous le coup de l'exaspération et parvint de justesse à retenir un juron. Il se contenta d'avancer lentement vers le cadet des Gémeaux et lui tendit son seul bagage, un vieux sac de toile troué :

-J'ai ta commande.

Aussitôt, le regard de Kanon devint jovial et son visage s'éclaira, un large sourire ayant remplacé la moue incommodée. Le Spectre en demeura estomaqué : comment Kanon pouvait-il en un instant passer de l'apparence d'un démon à celle d'un ange?

Il contempla un moment ce sourire si lumineux, que Kanon perdit dès qu'il se sentit observé. Apparemment vexé de s'être fait prendre dans l'un des rares moments où il laissait tomber son masque au sourire hypocrite et au regard moqueur, le Grec lui demanda d'un ton peu affable :

-Il t'a fallu tout ce temps pour en trouver un?

-Je ne sais pas si tu as remarqué, mais ce n'est pas particulièrement courant aux Enfers!

-Vous en avez pourtant un assez imposant!

-...Tu ne t'attendais quand même pas à ce que je te le ramène?

-Ça aurait pu être drôle.

Rhadamanthe jugea préférable d'ignorer la remarque et lui tendit le sac de toile. Kanon l'entrouvrit et en admira un moment le contenu en souriant :

-Parfait.

Regard étonné du juge :

-Enfin un mot gentil!

-C'est pas à toi que je parlais.

Rhadamanthe soupira : visiblement, Saga était la seule personne au monde envers laquelle Kanon daignait se montrer sympathique. Espérer un semblant de gentillesse de la part de l'ex-Dragon des Mers relevait donc de l'utopie.

Kanon finit par s'emparer du sac et le posa négligemment sur la table basse, puis revint auprès de Rhadamanthe, lui proposant d'un ton presque aimable :

-Bon, nous avons un peu de temps devant nous. Une promenade, ça te tente?

Le choc fut si grand que Rhadamanthe manqua de faire une crise cardiaque, au grand amusement du Gémeau qui rajouta tout de même :

-Ne va pas t'imaginer n'importe quoi! C'est juste que je n'ai pas envie d'être surpris seul ici avec toi : j'ai déjà eu suffisamment d'ennuis par ta faute!

Le Spectre haussa brièvement les épaules, sous-entendant que c'était le dernier de ses soucis, et s'apprêtait à suivre l'ex-Marina, jusqu'à ce qu'un petit détail lui revienne à l'esprit :

-Et tu comptes laisser ça là? Demanda Rhadamanthe d'un air anxieux en désignant le sac que Kanon avait laissé sur la table.

-Bah, oui! Ça fera une chouette surprise à Saga quand il rentrera, tu crois pas?

-Pas trop, non...

-Ne t'inquiète donc pas! Tant qu'il ne t'aura pas croisé, il restera de bonne humeur toute la journée!

-Ça fait toujours plaisir.

-Estime-toi plutôt heureux de ne pas avoir croisé son champ de vision! Franchement, que ferais-tu sans moi?

-...Des économies.

Et pour la première fois depuis leur rencontre, Rhadamanthe eut le dernier mot face à Kanon.

Ce fut donc un Dragon des Mers un brin ronchon qui ouvrit la marche, bien vite suivi par une Whyvern aux anges. Ils sortirent alors du temple des Gémeaux pour se diriger vers les immenses escaliers, semblant avoir tous deux complètement oubliés le sac laissé à l'intérieur... Qui commença à remuer légèrement après leur départ.

XxXxXxX

Au même moment, mais quelques temples plus haut, Saga des Gémeaux, incarnation même de l'élégance et de la classe naturelle, se précipitait d'un pas boiteux vers la huitième Maison zodiacale, les yeux exorbités et l'esprit empli de scénarios tous plus improbables les uns que les autres.

Épuisé par le stress et l'inquiétude, il débarqua essoufflé dans la pièce centrale de la Maison du Scorpion, qu'il trouva déserte. Aussitôt, il s'en voulut d'avoir imaginé de telles horreurs au sujet de Milo : d'ailleurs, Mû n'était peut-être même plus ici à l'heure actuelle... Son anxiété, mais également son moral, retombèrent d'un coup.

Il s'apprêtait donc à repartir et à chercher un moyen de se remettre d'aplomb (botter le derrière d'un certain spectre et le jeter hors du Sanctuaire lui semblait un bon programme) mais un ignoble bruit de fracas en provenance de la chambre du Scorpion le fit changer d'avis. Après quoi il sentit tout son bon sens le quitter lorsque deux voix bien connues se firent brusquement entendre :

-...Milo? Milo, qu'est-ce que tu essayes de faire?

Saga sursauta en reconnaissant la douce intonation de la voix de Mû, dont l'interlocuteur ne tarda pas à répondre :

-Je m'en fous... De toute façon, plus rien n'a d'importance maintenant, alors autant le faire tout de suite...

-Milo, ne raconte pas n'importe quoi... Tout va s'arranger, alors je t'en supplie, rallonge-toi!

-Mû, si tu es vraiment mon ami, tais-toi et laisse-moi le faire...

-Milo... MILO, ARRÊTE! LACHE CA!

Après ce cri, le cerveau de Saga cessa de fonctionner normalement. Pris d'une rage sans précédent, il se rua vers la chambre du Scorpion, en fracassa la porte et s'annonça «sobrement» :

-MILO DU SCORPION, JE VAIS TE...

Il s'interrompit brusquement en réalisant que la scène à laquelle il était en train d'assister était TRES différente de ce qu'il s'imaginait : Milo, qui se tenait à une distance tout à fait raisonnable du Bélier, tenait dans ses mains un large couteau de chasse, lame dirigée vers sa poitrine, et semblait sur le point d'effectuer une nouvelle tentative de suicide tandis que Mû, visiblement désespéré, s'efforçait de le faire lâcher l'arme ou changer d'avis.

Mais ils cessèrent tous deux ce petit manège pour regarder d'un air étonné le Saint des Gémeaux, qui aussitôt s'en voulut d'avoir laisser son imagination divaguer. Puis, réalisant que les deux plus jeunes attendaient toujours la fin de sa phrase, il se rattrapa tant bien que mal :

-...Je vais te sauver! S'exclama-t-il alors d'un ton pas très convaincant.

Mais suffisamment pour récolter un sourire de pure gratitude de la part de Mû, qui à lui seul parvint à rendre à Saga toute sa vitalité.

Ensemble, ils réussirent enfin à convaincre Milo que la vie valait le coup, qu'il avait encore de belles années devant lui et que franchement, le suicide n'était pas une fin honorable pour un chevalier d'Athéna! (Saga préféra ne pas commenter cet argument)

Le Saint du Scorpion les écouta d'abord silencieusement puis, avec un énorme soupir, consentit à lâcher son couteau et à retourner s'asseoir sur son lit, sous le regard rassuré de ses pairs.

Il demeura malgré tout silencieux un long moment, les yeux rivés vers le plafond et la mine déconfite, jusqu'à ce que Mû ne lui demande gentiment :

-Milo... Te décideras-tu enfin à nous dire ce qui t'arrive?

Le Scorpion commença par lui lancer un regard qui semblait signifier «Et un coup de Scarlet Needle, ça te brancherait?» mais il finit par céder lorsque la main du Saint du Bélier se posa avec douceur sur la sienne : bizarrement, il était impossible de rester en colère contre Mû plus de deux secondes.

Milo consentit donc à formuler une réponse plus évoluée :

-Pas envie d'en parler...

-Permets-moi d'insister.

-Écoute, Mû : Kanon, qui est mon meilleur ami, n'a pas réussi à m'arracher la moindre information. Alors tu crois vraiment que vous deux, vous allez y arriver?

-Mais justement, répondit aussitôt Mû de son ton le plus doux, n'est-il pas plus judicieux de se confier à une personne moins proche de toi, afin de prendre plus de recul sur la situation?

L'argument sembla faire son bout de chemin dans l'esprit de Milo car après un instant de réflexion, il demanda d'un ton qui se voulait désintéressé, mais qui trahissait une certaine attention :

-...Tu crois vraiment?

-Mais oui! Une personne trop proche de toi n'est que rarement de bons conseils dans ce genre de circonstances : elle aura tendance à prendre ton parti sans raison ou à vouloir te ménager et donc, à ne pas avoir une vision objective de la situation.

Saga, qui commençait à se demander si Shion n'avait pas inclus dans le cursus de Mû une option psycho, se mit à contempler le jeune Bélier avec amour et admiration. Mais ces paroles sensées n'empêchèrent le Scorpion de lancer d'une voix légèrement moqueuse :

-Kanon? Ménager quelqu'un?

Mû, réalisant qu'il venait de se faire rembarrer, retomba alors dans le silence. Ce fut donc Saga, prêt à tout pour défendre les principes de son bien aimé, qui poursuivit l'argumentation :

-Milo, sache que malgré toute l'affection que j'ai pour mon frère, je doute qu'il soit la meilleure personne à contacter lorsque l'on est à la recherche de bons conseils.

Silence stupéfait de la part de Milo... Ça lui faisait vraiment mal de l'admettre mais sur ce coup là, Saga n'avait pas tort.

Il hésita encore un long moment avant de se confier, mais les deux regards bienveillants posés sur lui eurent raison de ses dernières résistances (le peu de tendresse et d'attention que recevait les Chevaliers d'Or était généralement bien accueilli) et il finit par céder :

-Bon, c'est d'accord... Mais pas de moqueries, hein?

-Milo! S'exclama Mû d'un air vexé.

-T'inquiète, Mû, c'est pas à toi que je parlais, lança le Scorpion d'un ton mauvais en fixant Saga, mais à cet espèce d'insensible qui, d'après ce que j'ai entendu, ne cesse de railler son beau frère!

-BEAU FRERE FACTICE!

-Tu vois!

-Saga, voyons! S'offusqua le Bélier. Rhadamanthe et Kanon ont l'air si heureux ensemble!

Voyant que même la personne la plus chère à son cœur s'était, sur ce sujet, liguée contre lui, Saga se tut et accorda juste un petit signe de tête à Milo, signe qu'il ne le jugerait pas, avant de retomber dans ses pensées moroses.

-Nous t'écoutons, Milo! Conclut simplement Mû qui ne semblait pas avoir pris conscience du changement d'état de Saga.

Le Scorpion se redressa légèrement sur son lit afin de leur faire face. Il hésita encore un instant, puis se jeta à l'eau, se disant probablement qu'il n'avait plus rien à perdre :

-Bon, très bien... J'admets que j'ai pas vraiment la forme, ces derniers temps...

Mû et Saga échangèrent un regard sarcastique, semblant se dire «Vraiment? On n'avait pas remarqué!». Mais ils ne firent aucun commentaire : il avait été suffisamment dur de pousser Milo à se confier, pas question de tout gâcher maintenant!

-Et, en fait, la source de mes soucis, c'est... Bah, c'est Camus.

Ce coup-ci, Saga se retint de lâcher un «Non, sans blague?» et se contenta de rouler des yeux : même après toutes ces années, Kanon avait encore une mauvaise influence sur lui.

-Enfin, pas directement... C'est compliqué, en fait... C'est à la fois vachement vieux et très récent, comme problème.

-Alors, n'hésite pas à tout nous raconter depuis le début! L'encouragea Saga. Nous avons tout notre temps.

Avec un peu de chance, se disait-il, il serait rentré au troisième temple suffisamment tard pour ne pas croiser Rhadamanthe.

Milo acquiesça et commença à remuer machinalement ses doigts, se demandant certainement par où commencer :

-Vous savez... Camus et moi, on s'est rencontré à six ans et je me suis toujours senti plus proche que lui que de n'importe qui d'autre. Et même lorsque je me suis rapproché de toi et d'Aiolia... Enfin, c'était pas pareil, quoi!

Mû eut un sourire un peu étrange : «Une petite Athena Exclamation, rien de tel pour se rapprocher de ses compagnons d'armes!» semblait vouloir dire Milo.

-Enfin bref, à cause de son entraînement en Sibérie, je n'ai pas passé autant de temps que je le souhaitais avec lui, mais les moments qu'on partageait étaient sans aucun doute les plus beaux de toute ma vie! Même quand la bouffe était infecte, même quand l'entraînement relevait de la torture, j'étais heureux parce que je savais que de toute façon, si je résistais, je reverrais Camus.

Saga et Mû échangèrent un regard un peu sceptique, ayant l'un et l'autre l'impression de se retrouver en plein milieu de ces romans à l'eau de rose que lisait régulièrement leur vénérée Déesse. Mais ils demeurèrent silencieux, attendant la suite avec une impatience presque déplacée.

Fort heureusement, Milo ne sembla pas s'en apercevoir et poursuivit son récit :

-Aussi, vers l'âge de 12 ans... J'ai fini par réaliser que Camus était bien plus qu'un simple ami pour moi... Et que...

Il déglutit avec difficulté.

-Et que je l'aimais. Que je l'aime. Que je l'aimerai toujours comme un fou!

Après, sans crier gare et pour la plus grande surprise de ses deux collègues, Milo éclata violemment en sanglot et se jeta dans les bras de Mû, qui lui caressa maladroitement les cheveux sous le regard de pure jalousie de Saga : il faudrait qu'il essaye cette technique, un jour...

Au bout d'une dizaine de minutes, le Scorpion finit par se calmer et s'essuya les yeux avec un très faible sourire :

-Merci, Mû... Mais désolé, je préfèrerais mille fois les bras de Camus.

Le Bélier eut un petit rire tandis que Milo relâchait sa prise et se ré-installait plus confortablement sur son lit. Un silence était sur le point de s'instaurer, mais Saga, qui commençait à vraiment s'intéresser à l'histoire, reprit aussitôt la parole :

-Et que s'est-il passé ensuite?

-Ensuite? Bah, je me suis senti con!

-...Pardon?

-Ça faisait six ans que je l'aimais et je ne m'en étais même pas rendu compte! Et quand, finalement, je m'en suis aperçu, c'était à l'époque où il devait partir entraîner Hyoga et Isaac! Autrement dit, au moment où j'ai réalisé que j'allais passer minimum sept ans sans le voir!

-Alors, qu'as tu fait?

-Rien. Qu'est-ce que je pouvais faire, de toute façon? Je devais finir mon entraînement en Grèce, et lui là-bas! Alors je l'ai accompagné jusqu'à son train et juste avant qu'il ne parte, je l'ai serré dans mes bras. Tellement fort qu'il a cru que je le laisserai jamais partir... Il avait pas vraiment tort, d'ailleurs... Mais j'ai pas osé lui dire la vérité.

Il marqua une pause et contempla un moment le plafond d'un air morne, puis reprit d'un ton un peu plus lent :

-Alors il est parti. Pendant huit ans. Sans jamais me donner la moindre nouvelle.

-Il ne t'a jamais écrit? S'étonna Mû.

-Non, se désola le Scorpion. Mais moi, j'ai pas passé un seul jour sans penser à lui. Au bout d'un an sans nouvelles, je lui ai envoyé une lettre de neuf pages : soit il l'a jamais reçu, soit il a jamais jugé nécessaire d'y répondre.

Ses yeux commencèrent à redevenir brillants, mais il les essuya d'un air presque rageur. Saga et Mû attendirent la suite, tout en la redoutant.

-Et puis, huit ans après son départ, j'ai enfin reçu une lettre en provenance de Sibérie. J'ai tout de suite reconnu son écriture sur l'enveloppe.

Le Gémeau et le Bélier échangèrent un sourire : finalement, Camus n'était pas si cruel.

-Et que te disait-il? Demanda Saga sans parvenir à masquer sa curiosité.

-Deux mots : «Je rentre»

Aussitôt, les sourires se décomposèrent et ils regardèrent Milo d'un air consterné :

-...C'est tout?

-Tu veux une preuve?

Il ouvrit le tiroir du vieux meuble bancal qui lui servait de table de nuit et en déversa le contenu sur son matelas : parmi divers objets (bouchons de bouteille et biscuits à moitié moisis, entre autres) se trouvait une feuille de papier pliée en deux et qui demeurait la seule chose intacte au milieu du bazar. Milo la prit en main et avec un soupir, la déplia afin que ses visiteurs puissent lire les deux seuls mots qui la couvrait.

-Oh, Milo..., murmura Mû d'un air désolé.

-Comme tu dis. Et pourtant, quand je l'ai reçue, tu n'imagines même pas à quel point j'étais heureux!

-Quoi? S'exclama Saga. Tu n'étais pas indigné?

-Essaye de te mettre à ma place : je n'avais aucune nouvelle de lui depuis huit ans, alors tu te rends compte de la valeur qu'avait cette lettre pour moi? Ça voulait dire qu'il était vivant, qu'il se souvenait de moi et surtout, qu'il allait revenir! J'étais totalement comblé!

-Wah, Milo, fit l'ex-Grand Pope, je ne savais pas que tu pouvais être aussi... Romantique.

-On a des surprises tous les jours, hein? Répondit Milo d'un air ironique. Enfin, une semaine après, il était de retour au Sanctuaire. Dès que j'ai su qu'il était arrivé, je me suis précipité dans le temple du Verseau... Et je l'ai enfin revu. Pour la première fois depuis huit ans.

Il s'arrêta une fois de plus, et son regard se fit lointain :

-Mais il avait tellement changé... Il avait l'air si froid et ses yeux étaient si tristes. Et puis, il était devenu tellement beau... Enfin, il l'était déjà avant, mais là! Il était magnifique...

Milo se prit alors la tête entre les mains et poussa une série de petits gémissements plaintifs, qui inquiétèrent encore davantage Mû :

-Milo...

-Et moi, je me sentais si minable à côté de lui, qui était absolument parfait! J'avais préparé un tas de choses à lui dire, mais une fois en face de lui, les mots refusaient de sortir! Résultat, je suis resté là, à le fixer comme un con, sans bouger. Lui non plus n'a pas fait le moindre geste. Et j'avais honte, j'avais tellement honte que je me suis barré sans même lui dire un mot...

Le Scorpion se tourna alors vers Saga, qui entre temps était parti lui servir un verre d'eau, qu'il avala d'une traite sans prendre la peine de le remercier :

-Une semaine après, on nous a annoncé qu'une jeune femme prétendant être la réincarnation d'Athéna avait tenté de pénétrer dans le Sanctuaire et que cinq chevaliers de bronze avaient l'intention de traverser les douze Maisons et d'en éliminer les gardiens si besoin était : autrement dit, le début de la grande bataille du Sanctuaire.

Saga baissa la tête, honteux, et pour la première fois ne fit pas attention à la main de Mû qui s'était posée sur la sienne dans un vague geste de réconfort. Milo, qui ne semblait pas avoir fait ce résumé pour blâmer l'aîné des Gémeaux, continua son récit :

-J'ai donné l'impression de m'en foutre... Mais en fait, j'étais mort de trouille : ils avaient beau être de simples bronzes, ils avaient décimé un nombre incroyable de chevaliers d'argent... Alors pourquoi pas des chevaliers d'or? Et là, j'ai sérieusement commencé à avoir peur de mourir.

Mû n'en revenait pas : Milo admettait donc qu'il avait peur de quelque chose?

-Alors, je me suis fait une promesse : si jamais j'arrivais à m'en sortir vivant, j'avouerais la vérité à Camus! Et ça me semblait être une vision des choses parfaite, parce que... Parce que pas un seul instant, je n'avais envisagé que Camus pourrait... Mourir...

Il ne pleura pas. Mais son visage avait une expression si douloureuse que cela paraissait encore pire que les larmes :

-Et moi, j'avais laissé vivre Hyoga! J'ai laissé vivre l'assassin de Camus! J'ai été complice de son meurtre!

-Milo, ne présente pas les choses de cette façon! Personne ne pouvait savoir que...

-Oh, si! Camus le savait! Il savait que l'un des deux devrait mourir! Et il savait que ce serait lui! Il n'en a jamais parlé, mais je suis certain qu'il le savait.

Il s'interrompit une fois de plus, le temps de pousser un soupir à fendre l'âme :

-Il était mort... Je l'avais perdu, sans même pouvoir lui dire à quel point je l'aimais. Pendant près d'un an, je me suis senti plus mort que vivant. J'étais si désespéré que je me suis mis à prier, comme un crétin! A prier pour qu'il revienne, peu importe de quelle manière du moment que je pouvais le revoir... Et, dans un sens, on peut dire que mes prières ont été exaucées.

-...Les douze heures accordées par Hadès?

-Bingo! S'exclama le huitième gardien d'un ton sinistre. Quand on m'a dit qu'il était ressuscité, j'ai d'abord cru à un miracle, au plus merveilleux des miracles... Jusqu'à ce que je découvre ces horribles Surplis... Et que je comprenne.

Il s'empara alors du verre que lui avait ramené Saga et avec un cri de rage le lança contre le mur. Ni Saga, ni Mû ne bougèrent : dans ce genre de situations, un coup de Scarlet Needle pouvait accidentellement partir.

-J'étais fou de rage! Et fou de chagrin! A tel point que j'ai... J'ai essayé de le tuer! Et là, il m'a regardé -je sais bien qu'il ne pouvait pas me voir, mais je vous jure qu'il m'a regardé- avec tellement de douleur dans les yeux... Que j'ai compris que jamais il n'avait souhaité tout cela. J'ai même pas pu faire un geste de plus. Je me suis mis à pleurer et je l'ai regardé, impuissant, disparaître une fois de plus. Loin de moi.

Il éclata d'un rire sans joie et se tourna vers ses deux collègues :

-Mais il me restait encore un espoir, vous savez : je savais très bien que cette fois-ci, j'allais mourir. Que nous allions tous mourir. Alors, je me disais que dans la mort, plus rien ni personne ne pourrait nous séparer! ...Mais non! J'ignore quel Dieu ou quelle Déesse je dois remercier, s'il s'agit là d'un coup du destin ou d'une simple fantaisie de l'auteur, mais je suis vivant. Il est vivant. Nous sommes tous vivants.

Enfin un point positif dans toute cette histoire, pensèrent avec soulagement les deux autres, qui se permirent un sourire. Que Milo ne leur rendit pas :

-Et tout est redevenu exactement comme avant : Camus et moi étions de nouveau tout le temps ensemble. On s'est efforcé d'oublier, ou tout du moins de ne pas mentionner ses (ces) horribles évènements et Camus s'est doucement, lentement remis à sourire et à perdre sa froideur... Avec moi, en tout cas.

Cette précision était effectivement nécessaire car ni Saga ni Mû ne se souvenaient d'avoir un jour vu Camus du Verseau souriant. Mais Mû n'insista pas sur ce fait et demanda à Milo, l'air radieux :

-Mais alors, tout s'est arrangé entre vous, non?

-...S'était arrangé.

Aïe. Saga se demanda quel désastre supplémentaire avait bien pu s'abattre sur ces deux malchanceux.

-Vous voyez, cette deuxième vie, je me suis mis à la considérer comme une seconde chance. La chance de pouvoir rectifier mes erreurs du passé... Et donc, de pouvoir enfin dire à Camus ce que je ressens pour lui. Alors, je me suis jeté à l'eau : je lui ai fait ma déclaration.

Silence impressionné... Suivi d'applaudissements sonores de la part du Bélier et du Gémeau. Qui s'arrêtèrent dès qu'ils remarquèrent le regard meurtrier que leur lançait Milo :

-Euh... Je devine que ça ne s'est pas bien passé? Fit Saga avec un sourire d'excuse.

Milo se remit à gémir pathétiquement et enfonça sa tête dans son oreiller, sans doute pour ne pas avoir à croiser le regard des deux squatteurs.

-Pour me donner du courage, j'avais un peu bu... Beaucoup bu, en fait. Mais j'étais pourtant parfaitement lucide! Alors, au beau milieu de la nuit, je me suis pointé devant son temple et il est apparu devant moi. Il avait l'air surpris, c'était si mignon... Puis la première chose qu'il m'a dit, c'est «Tu empestes l'alcool, Milo!»

-Romantique.

-Et là, je lui ai tout dit! Continua Milo s'en tenir compte de la remarque. Que je l'avais toujours aimé, que j'étais fou de lui, que je ne pouvais pas imaginer ma vie sans lui à mes côtés, qu'il était la seule raison de mon existence... Que ma vie, mon corps, mon cœur et mon âme n'appartenaient et n'appartiendraient toujours qu'à lui!

La poésie dont venait de faire preuve le Scorpion bluffa littéralement les gardiens de la première et troisième Maison du Zodiaque. Puis Saga demanda d'un air sincèrement navré :

-...Il t'a rejeté?

-Pire.

-Hein? Qu'est-ce qui peut être pire que ça?

-...Il ne m'a pas cru.

-...QUOI?

S'étaient exclamé Saga et Mû d'un même ton indigné, ce à quoi Milo répondit de son air le plus sombre :

-Il m'a d'abord dit que l'alcool me faisait délirer et que je ne savais plus ce que je disais. Ça m'a fait terriblement mal, mais j'ai insisté. Je lui ai répété que je l'aimais. Et vous savez ce qu'il m'a répondu? Il a dit «La plaisanterie a assez duré, Milo! Je ne sais pas si tu as perdu un pari avec Kanon ou si tu veux juste te moquer de moi, mais ça ne m'amuse pas! Cesse de raconter des idioties et rentre chez toi!»

Court silence.

-Alors j'ai compris. J'ai compris qu'il se moque pas mal des sentiments que j'ai pour lui, que si jamais il tombait amoureux un jour, ce serait certainement pas de moi... En fait, j'ai tout simplement compris que rien serait jamais possible entre Camus et Milo...

Après quoi Milo ne prononça plus un mot. Il jeta un vague coup d'œil par la fenêtre, poussa un soupir à fendre l'âme et se laissa retomber sur son oreiller. Mû et Saga demeurèrent un moment stupéfaits (voir Milo si sérieux n'était guère fréquent) même lorsque le Scorpion leur adressa un très faible sourire, qui signifiait que leur présence ici n'était plus nécessaire. Le Tibétain se leva en premier, posa avec douceur sa main sur celle de Milo et sortit de la pièce sans se retourner. Saga, lui, hésita encore un moment : sans doute à cause de sa propre situation, donner vie aux espoirs de Milo lui tenait à présent terriblement à cœur. Mais le Scorpion, avec un petit rire sans joie, trouva une façon plus subtile de le chasser :

-Allez, ne reste pas là, Saga! Toi, au moins, tu as une chance... Alors ne la laisse pas filer!

L'argument était plus que valable. Aussi, Saga n'insista pas davantage et quitta à son tour silencieusement la chambre.

Cependant, il le regretta aussitôt après, ayant le sentiment qu'il venait de laisser tomber son compagnon d'armes. Mû, qui l'avait attendu à l'entrée de la Huitième Maison, renforça cette impression lorsqu'il lui lança un regard peiné et coupable. Les deux compères poussèrent un soupir avec une parfaite synchronisation et commencèrent à prendre le chemin de leur demeure respective. (ce qui signifiait au moins 6000 marches en commun, pensa Saga pour se remonter le moral)

Hélas, la moitié du trajet se fit dans le silence, Mû ayant baissé la tête d'un air attristé, et Saga dut se charger de lancer la conversation :

-Eh bien... Je crois que l'on a eu notre dose de révélation pour la journée.

-Comme tu dis.

Silence.

-Et... Qu'est-ce que tu en penses?

-Honnêtement, je n'en sais rien, Saga. Pour ma part, j'imagine mal Camus entretenir une relation amoureuse durable avec qui que ce soit... Mais Milo avait l'air si sincère et si malheureux...

-Hélas, tu as raison : je doute que Camus puisse un jour avoir de tels sentiments... A moins que...

-A moins que quoi?

-Non, rien. J'ai eu une idée stupide...

-Je te prie de m'en faire part, mon ami! Au point où en est Milo, toute idée est bonne à prendre!

«Comment dire «non» à une personne aussi adorable?» songea Saga, qui ne trouva pas le courage d'ignorer la supplication de son jeune pair :

-Eh bien, je me disais... Camus s'est tout de même beaucoup inquiété pour Milo, ces derniers temps. Alors, peut-être que si...

-Saga, rassure moi, le coupa Mû d'un air inquisiteur, tu n'as quand même pas l'intention de pousser Milo à faire ENCORE une tentative de suicide, juste pour alarmer Camus?

-Euh... Non, non! Pas du tout!

En fait, c'était EXACTEMENT ce qu'il avait à l'esprit. En télépathie, Mû se débrouillait plutôt bien aussi. Saga s'empressa donc de formuler un nouveau plan :

-Je pensais plutôt à ça : et si on... «guidait» Camus pour qu'il comprenne la véritable raison de la déprime de Milo? On pourrait tenter de lui faire réaliser que ses sentiments sont sincères!

-Saga, sans vouloir t'offenser, je pense que Milo a déjà essayé tout ce qui était possible et imaginable pour le lui faire comprendre, et les résultats n'ont pas vraiment été concluants...

«Aussi bien pour lui que pour moi» se lamenta Saga en laissant son regard se perdre dans celui de Mû.

-Ceci dit, reprit soudain le Bélier, j'admets que Milo, malgré toutes ses qualités, n'a jamais été très doué pour la communication... Et que, peut-être, nous pourrions effectivement tenter de l'aider.

-Alors tu serais d'accord pour m'assister?

-J'ai une totale confiance en toi, Saga. Et si tu as une solution aux problèmes de Milo, sache que je suis à tes côtés!

Mû semblait attendre une réponse ou un commentaire de sa part, mais l'aîné des Gémeaux n'avait enregistré qu'une partie de la réplique du Bélier : ce qui se résumait à «Je suis à tes côtés».

Il finit par reprendre ses esprits et demanda à son vis-à-vis, avec un peu plus de confiance que les fois précédentes :

-Et que dirais-tu de venir dans mon temple afin que l'on mette un plan en place?

-Oh, ce serait avec plaisir! Fit le Bélier en souriant. Hélas, je dois décliner ton invitation : ce soir, je dois absolument m'occuper de Kiki, il faut qu'il s'entraîne à la réparation des armures.

Saga fut pris d'une furieuse envie d'égorger le pauvre petit garçon... Du moins, jusqu'à ce que Mû ajoute :

-Mais sois sans crainte! Je serai demain devant ton temple à la première heure!

Cela lui mit aussitôt du baume au cœur et c'est avec bonne humeur qu'il accompagna le Tibétain jusqu'à la sortie de son temple et le regarda disparaître dans la Maison suivante.

Après quoi, il laissa échapper un soupir, plus vraiment habitué à se retrouver tout seul, et alla s'asseoir dans la pièce centrale, n'ayant plus rien à faire que d'attendre le retour de Kanon... Cependant, un petit détail attira son attention et le fit sortir momentanément de son ennui : un vieux sac de toile, vide et troué, que Kanon avait probablement oublié de ramasser, se trouvait sur la table basse.

Enfin, ce ne fut pas vraiment ça qui capta son attention, mais plutôt les légers glapissements qui semblaient s'élever de sous la table... Glapissements?

Saga hésita un moment, se demandant ce que son frère avait encore fait, puis se pencha dans l'espoir de découvrir ce qui pouvait bien émettre de tels sons.

Il le découvrit bien vite.

Après quoi, il se redressa lentement, trèèèès lentement, sortit de la pièce et se posta à l'entrée du troisième temple. Il prit une profonde inspiration et, ses traits déformés par la colère, cria aussi fort que possible :

-KANOOOOOOOOOOOOOON !

XxXxXxX

Exactement au même moment, Kanon éternua si violemment que Rhadamanthe en sursauta :

-Tout va bien?

-Depuis quand tu t'inquiètes pour moi?

Le juge se tut aussitôt et détourna son regard du chevalier d'Athéna pour résister à l'envie de le frapper. Il se rendit alors compte que l'heure était déjà bien avancée, à en juger la couleur du ciel, et qu'ils avaient tous deux fini par arriver sur la plage, après la «promenade» qui s'était révélée être une véritable séance d'escalade à travers les interminables massifs rocheux qui entouraient le Sanctuaire.

Il se surprit alors à attarder son regard sur le ciel rosé, vierge de tout nuage (c'était pas en Angleterre qu'il pouvait voir ça!), et la légère teinte orange que le soleil couchant donnait à la surface de l'océan. Kanon, lui, semblait se moquer du paysage et, évitant soigneusement de regarder la mer, donnait quelques coups de pied dans les rares coquillages qui avaient le malheur de se trouver un peu trop près de lui.

L'ignorant momentanément, Rhadamanthe se sentit obligé de faire une remarque :

-Joli paysage... Mais pas vraiment adapté à la situation.

-Comment ça? Demanda Kanon sans le regarder et en envoyant d'un coup de pied un coquillage s'écraser 800 mètres plus loin.

-Tu avoueras tout de même qu'un coucher de soleil sur la plage, c'est une image plutôt romantique.

Kanon haussa un sourcil, sceptique.

-Tu trouves?

-La majorité des gens le pense, en tout cas.

-C'est débile.

-Quelle sensibilité, lança le juge d'un air sarcastique.

-Venant du seul type insensible à la musique d'Orphée, ce genre de remarque est assez marrante.

-J'ai le droit de ne pas aimer la musique.

-J'ai le droit de ne pas aimer les couchers de soleil.

Les «amants» échangèrent un regard noir et se tournèrent le dos, dans une imitation parfaite de deux enfants venant de se disputer sur un sujet puéril... Ce qui n'était pas si éloigné de la réalité.

Ce fut finalement Rhadamanthe qui reprit la parole le premier (il avait eu l'occasion de vérifier que Kanon était capable de faire la gueule TRES longtemps) :

-Bon, et si on revoyait un peu le programme?

-C'est toi qui vois.

Rassuré de voir que son associé daignait encore lui adresser la parole, Rhadamanthe sortit de la poche intérieure de sa veste une trentaine de petites fiches soigneusement écrites et agrafées qu'il tendit à son interlocuteur. Kanon ne put retenir un léger rire :

-Quoi encore?

-Cette manie que tu as de toujours tout retranscrire sur papier!

-Déformation professionnelle. On commence?

-Quand tu veux, répondit le Gémeau en haussant les épaules et en s'asseyant dans le sable.

-Alors, la première personne visée pour réussir notre plan est bien évidemment le Seigneur Hadès.

-Sans déconner? Fit Kanon d'une voix ironique. Je n'aurais jamais deviner tout seul...

Le regard que lui lança le juge lui fit comprendre que, malgré leurs différends et leur relation basée uniquement sur la raillerie, ce n'était vraiment plus le moment de plaisanter. Kanon demeura donc silencieux, après avoir laissé échapper une petite expression de mécontentement :

-Donc, reprit le spectre en dissimulant son exaspération, tu dois être irréprochable : ne lui adresse la parole que s'il te sollicite, ne le contredis jamais, écoute le moindre de ses mots, exécute toutes ses demandes, ne le...

Kanon interrompit Rhadamanthe par un hochement de tête, lui signalant qu'il avait compris l'idée : pour lui, ce n'était pas très différent du comportement qu'il devait adopter avec Saori Kido.

-Ensuite, continua le juge, tu dois impérativement plaire à Sa Majesté Pandore, bien que ce ne soit guère plaisant : même si elle te traite comme le dernier des imbéciles, adule-la comme une Reine. Et si jamais elle t'insulte ou t'offense, fais comme si elle avait raison et prie pour son pardon, quitte à mettre ta dignité de côté.

-D'accord, je ferai comme toi.

-Exactement, tu fais comme m... KANON!

L'interpellé éclata d'un rire sonore, ce qui eut pour seul effet d'intensifier la colère du juge. Il s'apprêtait d'ailleurs à l'étrangler lorsque le Gémeau lui fit remarquer très justement :

-Vois le bon côté des choses : c'est la première fois que tu m'appelles par mon nom depuis le début notre «association»!

La colère du Spectre en retomba d'un coup : Kanon disait vrai, il n'avait jamais jugé nécessaire de prononcer le nom de l'ex-Général lorsqu'il s'adressait à lui. D'ailleurs, ce dernier ne s'était pas gêné pour en faire de même.

Rhadamanthe se mit à réfléchir sur le sujet : était-ce pour marquer la distance convenue entre un Spectre et un Saint qu'il avait adopté cette attitude? Il ne savait même plus... Mais dans ce cas, ne venait-il pas de briser une des barrières qui les séparaient? Et Kanon, par son attitude, approuvait-il cet acte? Ou peut-être que le fait de ne jamais avoir prononcé son nom auparavant n'était qu'un simple oubli de leur part? Mais alors, pourquoi Kanon s'en serait-il rendu compte? Ou bien, se foutait-il tout simplement de lui une fois de plus?

Rhadamanthe commença à avoir mal au crâne.

Il décida donc de simplement laisser tomber, avant de reprendre ce qu'il jugeait être sa priorité :

-Peu importe. Et si nous reprenions... Kanon? Ajouta-t-il finalement, guettant la réaction de son vis-à-vis.

Mais il demeura profondément choqué lorsque le rictus moqueur de l'ex-Dragon des Mers se métamorphosa en un large sourire enfantin qui transforma totalement son visage : Kanon qui souriait sincèrement deux fois dans la même journée, cela devait-il être considéré comme un miracle?

-Continue, je t'écoute... Rhadamanthe.

Et pour la première fois depuis de nombreuses années, un vrai sourire se dessina sur les lèvres du juge alors qu'il reprenait sa liste presque joyeusement : oui, décidément, Kanon était un vrai miracle dans son genre.

XxXxXxX

Une fois la nuit tombée, les deux compères se présentèrent donc pour la seconde fois aux Enfers sous le statut officiel de couple. Mais la réception fut très différente de celle de la semaine passée : Kanon fut cette fois-ci accueilli à bras ouverts, concept totalement nouveau pour lui, et lorsque même Hadès se leva de son trône pour le saluer en posant affectueusement ses mains sur ses épaules, Rhadamanthe se demanda l'espace d'un instant, d'un très bref instant, si Kanon n'était pas sur le point de pleurer.

Mais lorsque le Grec baissa humblement la tête devant le Dieu des Enfers en l'inondant de remerciements et de discrètes flatteries, avec une hypocrisie subtilement dissimulée, le juge se dit que ses yeux lui jouaient encore des tours.

D'ailleurs, le Seigneur du monde souterrain ne décela pas les soupçons d'ironie présents dans la voix de Kanon et lui offrit un grand sourire chaleureux, qu'il ne réservait habituellement qu'à sa sœur ou ses juges : il était sur la bonne voie.

Minos et Eaque furent d'abord un peu déçus du changement : l'animation que leur avait offert Kanon la dernière fois était bien plus amusante que cette scène digne d'un feuilleton télé bas de gamme. Mais leurs visages s'éclairèrent à nouveau lorsque, au moment de passer à table, Kanon s'assit entre les deux juges et, avec un sourire complice, leur glissa divers commentaires douteux (et sans aucun doute médisants) à l'oreille qui les firent éclater de rire tous les trois : s'attirer la confiance des Juges Suprêmes était la seconde étape, et Kanon venait de la remporter avec succès. Rhadamanthe se frotta les mains d'un air machiavélique.

L'ex-Dragon des Mers jugea cependant préférable de ne pas tenter d'établir un contact avec Rune du Balrog ce soir-là. Le jeune homme, assis à l'autre bout de la table, le fixait d'un air mauvais, estimant que c'était de sa faute s'il était obligé de passer sa soirée en compagnie de ses collègues ignares, grossiers, potentiellement violents et surtout, bruyants! Obtenir un peu de silence, c'était visiblement trop demandé, même aux Enfers.

Kanon fit donc mentalement une croix sur le Balrog et guetta une occasion d'éveiller l'attention de Pandore, certainement la plus difficile à convaincre. En effet, la jeune fille l'observait de loin, les mains croisées devant ses lèvres, ses yeux méchamment plissés comme si elle était à l'affût du moindre faux pas de la part de l'invité. Aussi, lorsque Kanon eut le malheur de laisser tomber une goutte de sauce hors de son assiette, elle en profita pour l'arroser d'insultes, insistant sur son «inaptitude à adopter un comportement civilisé», sa «maladresse digne d'un attardé mental» et sa «bêtise absolument intolérable dans un milieu aussi évolué».

Silence gêné, suivi d'un petit sourire d'excuse d'Hadès. Rhadamanthe, qui commençait à prendre son rôle un peu trop à cœur, s'apprêtait à prendre la défense de Kanon, mais un violent coup de pied de ce dernier en plein dans son tibia le fit changer d'avis. Il étouffa un grognement de douleur et se dépêcha de se rasseoir, tandis que les spectres assis à côté de lui se demandaient ce qui avait bien pu se passer sous la table.

Kanon se tourna alors vers Pandore, la mine contrite et les yeux presque larmoyants, et lui dit d'un air extrêmement sérieux :

-Vous avez tout à fait raison, Votre Majesté. Ah, comme je regrette de ne pas être au même niveau que mon cher ami, Ikki du Phénix!

Le changement de ton et d'expression de Pandore se fit à une vitesse spectaculaire. En une fraction de seconde, ses lèvres s'étirèrent pour lui offrir le plus charmant sourire dont elle était capable et, s'efforçant d'oublier ses précédentes remarques, elle se mit à le traiter comme son plus proche ami, lui parlant avec une politesse qu'elle ne réservait habituellement qu'à son frère et lui annonçant, avec le peu de subtilité qui la caractérisait, qu'il serait toujours le bienvenu aux Enfers, surtout s'il décidait de venir accompagner de son ami Phénix.

Un silence sidéré s'ensuivit et une centaine de regards admirateurs se posèrent sur Kanon des Gémeaux.

Ce dernier échangea un petit sourire avec Rhadamanthe : pour la première fois, c'était une réussite totale!

Puis, vers vingt trois heures, Kanon se retira, après moults remerciements, pour la grande déception de la majorité des personnes présentes. Hadès le pria de rester plus longtemps la prochaine fois tandis que Pandore lui glissait dans la main une lettre, et Kanon n'eut aucun mal à deviner à qui elle était réellement destinée.

Rhadamanthe le raccompagna ensuite jusqu'à la porte mais attendit un long moment avant de la lui ouvrir :

-Qu'est-ce qu'il y a? Lui murmura Kanon, conscient que tous les regards étaient tournés vers eux.

-Eh bien..., commença Rhadamanthe à voix basse, le Seigneur Hadès vient de me faire remarquer que pour deux amants... Nous n'avions pas l'air très proches...

-...Ce qui veut dire?

Le juge eut soudain l'air un peu gêné :

-Ben, que pour que l'on ait l'air plus crédible, tu pourrais, par exemple... Me laisser t'embras...

-Si ta bouche se retrouve à moins de trente centimètres de la mienne, je te tue!

Cette petite remarque refroidit aussitôt Rhadamanthe, qui regarda tour à tour Hadès et Kanon d'un air anxieux :

-Alors, tu proposes quoi?

-Une alternative.

Et sans rien ajouter d'autre, il posa sa tête sur l'une des épaules du juge et l'enlaça, déclenchant un «Oooooh» attendri général. Mais Rhadamanthe, choqué, ne fit pas la moindre geste, se demandant l'espace d'un instant s'il n'était pas en train d'avoir une hallucination :

-Fais comme moi, crétin! Lui souffla alors Kanon.

Sans trop savoir pourquoi ni comment, Rhadamanthe lui obéit et passa ses bras autour de la taille de Kanon, l'attirant contre lui et enfouissant son visage dans les cheveux du Grec. Un sourire ravi se dessina sur le visage du Dieu des Enfers, mais la Whyvern n'y prêta aucune attention, trop occupé à essayer d'analyser les curieuses sensations qui commençaient à s'emparer de lui : il n'aurait jamais cru que serrer Kanon dans ses bras pouvait se révéler être aussi... Agréable?

Si agréable que le Gémeau dut lui pincer le bras pour le faire lâcher prise, tout en lui chuchotant :

-Eh, n'en fais pas trop non plus!

-Quoi? ...Ah! Euh, oui, pardon.

Et il se dégagea aussitôt, troublé. Après quoi, ils échangèrent les banalités amoureuses qu'ils s'étaient efforcés d'apprendre par cœur quelques heures plus tôt et se séparèrent, chacun se posant de son côté un tas de questions... Qui demeurèrent toutes sans réponses.

Kanon se fit donc raccompagner par deux spectres jusqu'à l'embarcation de Charon, qui passa la moitié du trajet totalement silencieux, lui jetant de temps à autres des regards méfiants. Jusqu'à ce que le Gémeau, qui se dit qu'il était toujours préférable d'avoir un spectre de plus parmi ses adjuvants, ne lui dise cordialement :

-Mon cher Rhadamanthe m'a dit que vous aviez l'habitude de chanter une «ravissante» chanson pendant vos traversées... J'aimerais bien l'entendre.

Charon écarquilla d'abord les yeux d'un air stupéfait, puis se mit à regarder Kanon comme s'il s'agissait de la personne la plus merveilleuse au Monde. Le Gémeau s'installa donc plus confortablement dans la barque, satisfait de s'être fait un nouvel ami... Mais il regretta ses paroles dès que le Passeur se mit à chanter.

XxXxXxX

Kanon réussit tout de même à rentrer au Sanctuaire avant minuit (couvre-feu imposé par Saga) et s'apprêtait à se glisser silencieusement dans le temple des Gémeaux. Mais lorsqu'il vit que la lumière était encore allumée dans la pièce centrale, il demeura interdit : il n'était pas dans les habitudes de son frère de veiller aussi tard.

Cependant, Saga était bel et bien réveillé et l'attendait de pied ferme au milieu de la salle, ses yeux lançant des éclairs :

-Bonsoir, frangin! Tenta le cadet.

-Kanon..., gronda-t-il d'un air menaçant.

-Oui, Saga?

-C'EST QUOI, ÇA?

S'exclama l'aîné en désignant l'objet de sa colère... Qui se révéla être une petite boule de poils noire et blanche, tremblante et recroquevillée contre le mur, qui poussait de petits gémissements apeurés.

Kanon haussa les épaules :

-Un chien.

Saga crut qu'il allait exploser intérieurement :

-MAIS JE LE VOIS BIEN QUE C'EST UN CHIEN, CRETIN!

-Bah, alors, pourquoi tu poses la question?

-Ce que j'aimerais bien savoir, c'est ce que cet animal fait ici!

Kanon réfléchit un instant : pour la survie de Rhadamanthe, il n'était pas conseillé de dire à Saga que c'était le Spectre qui le lui avait amené. Il décida donc de mentir, pour changer :

-Je l'ai trouvé, abandonné devant le Sanctuaire, et j'ai voulu le garder.

-Abandonné, dis tu? Un Border Collie (apparemment un pur race) laissé devant le Sanctuaire, lieu totalement secret, et dont le plus proche village voisin se trouve à environ cinq kilomètres?

Kanon grimaça : pourquoi avait-il fallu que la seule personne capable de détecter ses mensonges soit son propre frère?

-Donc, je pense qu'un tel animal n'avait strictement aucune chance de se retrouver au Sanctuaire sans une aide extérieure... Et je me demande de qui il peut bien s'agir? Pourquoi pas un-certain-Spectre-dont-je-ne-citerai-pas-le-nom, par exemple?

Et pourquoi avait-il fallu que son frère soit la seule personne capable de tels raisonnements ici? Kanon dut donc se résoudre à faire ce qu'il détestait le plus dans ce genre de situations : être honnête.

-Bon, d'accord, j'avoue : c'est bien un «cadeau» de Rhadamanthe.

-MAIS QU'EST-CE QU'IL A DANS LE CRANE, CE CRETIN?

Kanon, sans trop savoir pourquoi, prit pour une fois la défense du juge :

-En même temps, c'est moi qui le lui avais demandé...

-Oh, désolé, je rectifie : MAIS QU'EST-CE QUE TU AS DANS LE CRANE? TU SAIS BIEN QUE LES ANIMAUX SONT INTERDITS ICI !

-Oh, je t'en prie, Saga! Si jamais Athéna l'aperçoit, elle risque davantage de le couvrir de bisous et de câlins -pauvre bête!- que de le jeter hors du Sanctuaire!

Profitant d'un moment de réflexion de Saga (incapable de contester les propos de son frère), Kanon en profita pour ramasser le chiot qui cessa aussitôt de glapir et commença à jouer avec les longues mèches de cheveux couleur océan qui lui chatouillaient le museau. Tentant tant bien que mal de ne porter aucune attention à ce tableau atrocement mignon, Saga reprit :

-Et puis, tu ne saurais pas t'en occuper! Tu n'as jamais eu d'animal de compagnie!

-Euh... Au Sanctuaire sous-marin, j'avais Thétis. Ça compte?

-...

-Oh, allez, Saga! S'il te plaît...

Aïe! Attaque combinée des yeux de chiot battu et de Dragon des Mers battu. Comment était-il humainement possible de résister à ça?

-Kanon... Arrête ça tout de suite!

-Allez, s'il te plaît, je suis sûr que tu l'aimes déjà!

-J'ai... J'ai dit non!

-Saga, mon grand frère adoré..., fit lentement Kanon en prenant bien soin de prendre une voix mielleuse et un regard larmoyant.

Saga déglutit avec difficulté. Il ne fallait pas céder... Ne pas céder... Céder.

-Je... Raaaah, d'accord, tu as gagné! Tu peux garder cette bestiole! Mais si tu as des problèmes, je ne veux en rien être concerné!

-Eh bien, Saga, tu es déjà concerné puisque tu viens de m'autoriser à le garder! Donc, maintenant, c'est toi le responsable!

C'était, approximativement, la façon de Kanon de vouloir dire «Merci, Saga». Aussi, l'aîné se contenta de soupirer, d'hausser les épaules et de regarder son frère disparaître dans leur chambre, le canidé toujours entre ses bras. Il demanda malgré tout :

-Mais je peux au moins savoir pourquoi diable tu voulais un chien?

Kanon ne prit pas la peine de lui répondre et claqua la porte de la chambre derrière lui. Après cela, il se laissa tomber sur le lit en soupirant, ignorant momentanément le chiot qui s'était mis à lui lécher affectueusement le visage. Il réfléchit un moment, puis se tourna vers son nouveau colocataire et lui dit :

-Il paraît que toi et les représentants de ton espèce, vous êtes des compagnons formidables pour les gens qui se sentent seuls... Alors, je sens que prochainement, je vais vraiment avoir besoin de toi ici.

A suivre...