Salut, tout le monde!

Bon, pour commencer, je suis VRAIMENT désolée d'être aussi en retard dans la publication de mes chapitres! Mon amie Leyounette (dont je vous recommande une fois de plus les fanfictions : de pures merveilles!) tenait absolument à corriger ce chapitre avant que je ne le poste : je l'en remercie du fond du cœur, car je pense pouvoir affirmer qu'à présent, il ne contient plus la moindre faute d'orthographe!

Sinon, rien de particulier à dire sur ce chapitre à part que pour une fois, il est moins centré sur nos deux bestioles à écailles favorites. J'espère cependant qu'il vous plaira.

Et bien entendu, avant de commencer, un petit mot à mes gentil(le)s lecteurs(rices) qui ont laissé des commentaires :

silinde-kun : Contente de savoir que mon Kanon plaît : personnellement, je trouve que c'est un personnage dont j'ai tendance à exagérer le caractère. J'avais songé un instant à faire intervenir un mini-Cerbère, en effet, puis j'y ai renoncé : un seul, ça suffit largement! XD Merci pour avoir reviewer, en tout cas!

Manuka : Tu ne peux même pas imaginer à quel point cette review m'a fait plaisir : savoir que cette fic peut permettre à quelqu'un de commencer sa journée aussi bien, c'est une véritable source de bonheur pour moi! Pour Aphrodite, c'était une idée qui me trottait dans la tête depuis longtemps et je suis contente que ça t'ai plu! Sinon, le livre en question existe réellement et je le conseille à toute personne ayant envie de passer un bon moment!

Hemere : Eh, oui, ça avance en effet pour nos petits chevaliers handicapés sur le plan sentimental! Donc, je présume que ce chapitre devrait te satisfaire! Encore merci d'avoir pris le temps de commenter!

Blue Kaminari : Mariée? Argh, tant pis! XD Blague à part, je suppose donc que ton chat s'appelle «Chibi Neko» ou «Chibi Nyanko»? (je ne suis pas très douée en japonais...) Mon Mû est très naïf, je te l'accorde! XD Cependant, je ne dirai pas de Pandore que c'est une cruche et pour être honnête, je ne la déteste pas totalement : c'est juste que j'adore me moquer d'elle! Voilà, encore merci, et en espérant que ce chapitre te plaira!

Loynis : Tu as lu les six à la suite? Wouah, ça me touche sincèrement, merci! Tes résumés de chacun des chapitres m'ont bien fait rire et m'ont vraiment touché : vraiment, merci de tout cœur pour cet adorable commentaire!

Baella : Je crois que c'est, sur ce site, l'une des reviews les plus longues que j'ai jamais reçu! XD Et ça me fait un immense plaisir, merci! Je suis vraiment contente que tu ai pris le temps de faire autant de citations et, en plus, d'y ajouter tes commentaires et tes impressions! (bon, c'est pas la première fois, mais tout de même, qu'est-ce que ça fait plaisir!) Donc, un immense merci! J'espère que ce chapitre sera à ton goût!

Chikara Ao : Le point de vue de Kanon (si on peut appeler ça comme ça) sera disponible dans ce chapitre, tout comme la suite des merveilleuses aventures de Camus à la découverte des sentiments humains! Heureuse de t'avoir fait rire et merci pour la review!

Je remercie également xzaboo (Que de compliments : merci beaucoup!), Papillon25 (tu as raison : ce ne serait pas drôle s'ils se rendaient compte de leurs sentiments!), Jalexa Uchiwa (en lisant ta review, je me trouve de plus en plus méchante avec Rhadamanthe... Et ça m'amuse toujours autant! Merci!), Seveya (en espérant que tu aimeras autant le septième chapitre que les six premiers) , Gemini'sfan (Pauvre Rhad' , en effet! Mais bon, c'est plus amusant comme ça, non?), Lorine (Merci pour ce bref, mais gentil commentaire! Ça m'encourage vraiment à continuer) et Jaolian (j'espère que je vais alléger le suspens dans ce chapitre, j'espère également que cela te plaira!) : je manque, hélas, de temps pour répondre correctement à chaque review, mais sachez malgré tout que vous m'avez fait un immense plaisir en me laissant vos impressions et vos encouragements! Merci à tous!

Sur ce, passez un agréable moment et bonne lecture!

Chapitre 7 : Inseparable Hearts

Si la nuit qui avait suivi leur séparation s'était surtout révélée terrible pour Rhadamanthe, elle n'en fut pas moins éprouvante pour Kanon.

Sans qu'il ne comprenne réellement pourquoi, le trajet pour revenir jusqu'au Temple des Gémeaux lui prit beaucoup plus de temps que d'habitude et ce ne fut que vers deux heures du matin qu'il se présenta à l'entrée de la troisième Maison.

Ce fut un Saga fou d'inquiétude qui l'accueillit, toujours aussi persuadé que même si son frère était l'un des hommes les plus puissants du monde, il ne serait jamais en parfaite sécurité sans lui.

Cependant, une fois la crise d'angoisse terminée, un drôle de sourire se dessina sur le visage de Saga et il fit signe à son frère d'aller s'asseoir dans le salon et de l'y attendre. Kanon, surpris mais trop épuisé pour chercher à refuser, obéit et alla s'effondrer devant la table basse. A peine dix secondes plus tard, le chien, couché dans un coin de la pièce dans un panier improvisé, se leva d'un bond et sauta immédiatement sur les genoux de son maître en aboyant d'un air joyeux. Un faible, très faible sourire prit alors place sur le visage de Kanon.

Une minute après, Saga revint auprès de lui avec entre les mains, à la grande surprise du cadet, une bouteille de champagne de qualité largement supérieure à tout ce qu'il avait pu boire jusqu'à présent :

-C'est la fête, ce soir? Demanda-t-il en souriant bizarrement tandis que son frère faisait sauter le bouchon.

-On peut dire ça, oui. Répondit Saga en le servant.

Après quoi il fit légèrement tinter son verre avec celui de Kanon. Ils burent leurs premières gorgées silencieusement, puis le cadet demanda :

-Alors? On boit à quoi?

-Eh bien, pour commencer, au simple fait que la vie est merveilleuse!

Kanon scruta son frère un moment, étonné, puis lui adressa un petit sourire narquois :

-Toi, tu as dû passer une très bonne journée, non?

-Je ne le nierai pas, répondit Saga en levant les yeux au ciel d'un air rêveur, ses songes probablement peuplés de petits béliers.

Mais lorsqu'il vit le regard que lui lançait son cadet, il secoua vivement la tête et leva de nouveau son verre :

-Et puis, il y a un autre événement de taille à fêter!

-Ça y est? Saori Kido est enfin morte?

-Crétin! Le réprimanda son aîné sans pour autant pouvoir dissimuler un léger rire. Je parlais du fait que plus jamais on ne reverra cette maudite Whyvern!

Silence.

Très long silence.

-Ah... Ouais... C'est vrai...

Le manque d'enthousiasme de Kanon laissa Saga bouche bée :

-...C'est tout? Ça n'a même pas l'air de te faire plaisir...

-Si, si! C'est... Super, vraiment...

De nouveau, un silence s'installa entre les deux frères, Kanon ayant baissé les yeux d'un air blasé. L'ex-Grand Pope n'en fut que plus perturbé :

-Qu'est-ce qu'il t'arrive, Kanon?

-Ben...C'est ça le problème, en fait.

Sous les yeux inquiets de Saga, le cadet commença à faire tourner lentement le liquide dans son verre, avec une expression indéchiffrable :

-C'est que je ne sais pas ce qu'il m'arrive...

-Ça ne va pas? Tu as l'air si... Triste.

Kanon réfléchit un moment, silencieux, puis secoua mollement la tête de gauche à droite :

-Non, je n'ai pas l'impression d'être triste. Mais j'ai... Comment dire... Le sentiment d'avoir manqué quelque chose. Et ce quelque chose, je crois que c'était vraiment important, alors que je n'arrive même pas à mettre un mot dessus...

Saga écouta attentivement, mais ne parvint pas à comprendre ce que lui racontait son frère. Le chien, lui, poussa un petit gémissement :

-Ouais, c'est ça. Je crois que je suis passé à côté d'un truc... Mais je sais même pas ce que c'est...

Il s'interrompit, vida son verre d'une seule gorgée puis se releva et adressa un sourire d'excuse à son aîné :

-Je suis vraiment fatigué, Saga. Je crois que je ferais mieux d'aller me coucher tout de suite... Merci pour le verre, en tout cas...

Et il partit sans rien ajouter. Pas de «bonne nuit» et surtout, pas d'explications supplémentaires. Saga fixa obstinément son frère, à la démarche lente et aux épaules voûtées, jusqu'à ce qu'il ne disparaisse dans leur chambre.

Une fois la porte fermée, sûr qu'il était à présent hors de la portée du regard de son frère, Kanon s'avança vers le lit et s'y laissa tomber, aussi mollement qu'une poupée de chiffon. Ce ne fut qu'à ce moment là qu'il se mit à réfléchir activement à cette question : que lui arrivait-il vraiment?

Il n'avait pas menti à son frère : il n'était pas triste. Il ressentait plutôt... De la déception.

Pourquoi? Aucune idée, et c'était ça qui lui posait problème. Il s'était bien évidemment attendu à ce que cette rupture de contact avec le spectre le perturbe quelque peu, mais tout de même!

Était-il déçu de Rhadamanthe ou de lui même? Il ne le savait pas non plus. Et au fur et à mesure que les questions se multipliaient, les réponses commençaient à disparaître, comme si quelque chose ou quelqu'un s'amusait à les effacer de son esprit. Jusqu'à ce qu'il n'ait plus aucune certitude à laquelle se raccrocher.

A cet instant-là, l'appel irrésistible du sommeil, qui l'oppressait insupportablement depuis son retour, finit par avoir raison de lui et il s'endormit dans la seconde qui suivit, emporté par des rêves aux formes indéfinies et dont la signification n'avait jamais paru aussi distante qu'aujourd'hui...

XxXxXxX

Le lendemain matin, et pour la première fois depuis des lustres, Milo du Scorpion, lui, se réveilla le cœur léger.

Cette simple constatation le perturba au plus haut point : comment cela était-il possible alors qu'il lui semblait vivre un véritable Enfer depuis que Camus l'avait rejeté? ...Pourtant, c'était indéniable : il se sentait bien. Si bien qu'il refusa d'ouvrir les yeux pour le moment, de peur que cette béatitude ne s'évanouisse.

Il tenta alors vaguement de se remémorer ce qui, la veille, aurait pu influencer à tel point son humeur... Mais à part quelque chose de mauve qui avait foncé sur lui sans raison, rien ne lui revint à l'esprit et ce fut le trou noir. Il ne se rappelait même pas s'être couché.

Et pourtant, malgré ses paupières closes, il n'eut aucun mal à identifier les draps rêches de son lit, son matelas trop dur et son oreiller trop mou. Mais... Il y avait quelque chose de différent. Comme, par exemple, une respiration qui n'était certainement pas la sienne, une sensation de fraîcheur qui enveloppait sa main droite et enfin, quelque chose de doux et fin qui lui chatouillait délicieusement le cou.

Un peu surpris par toutes ces nouveautés, il se décida enfin à entrouvrir un œil.

Moins d'une seconde plus tard, ses deux yeux étaient grands ouverts et menaçaient de sortir de leurs orbites. Et pour cause, le visage endormi de Camus du Verseau à quelques centimètres du sien n'était pas une vision matinale courante... Ailleurs que dans ses rêves, en tout cas.

Presque involontairement, il se pinça le bras, histoire de s'assurer que tout ceci était bien réel. La douleur qu'il ressentit l'était, en tout cas.

Ce n'était donc pas un rêve : Camus était bel et bien là, assis à même le sol, sa tête reposant sur le lit et sa main serrant étroitement la sienne.

L'espace d'un instant, Milo se dit que finalement, il était peut-être parvenu à mourir et à atteindre son Elysion personnel. Car sa vision du Paradis était très proche de la situation actuelle, bien qu'il eut préféré trouver Camus bien plus dévêtu et allongé contre lui.

Oui, il devait être au Paradis : c'était, après tout, la seule explication logique, se dit-il en contemplant le bel endormi avec l'expression d'un enfant le jour de Noël.

Hélas, cette merveilleuse activité fut de courte durée car déjà, les paupières du Verseau tressaillirent avant de se soulever lentement pour révéler ses iris couleur cyan que Milo aimait tant.

Le reste se passa un peu trop vite pour l'esprit encore embrumé du Scorpion : moins d'une seconde après avoir ouvert les yeux, Camus s'était déjà relevé (un Chevalier d'Athéna se devait d'être toujours au taquet, mais quand même...), l'observant d'un air alarmé et le bombardant de questions :

-Milo! Tu es réveillé? Comment te sens-tu? Tu arrives à respirer? Est-ce que tu...

Mais Milo n'écoutait déjà plus et avait doucement fermé les yeux en souriant, ne prêtant attention qu'aux petites pointes d'inquiétude qu'il décelait dans la voix de Camus.

Camus s'inquiétait pour lui. Qu'il était fabuleux de pouvoir affirmer cela...

Pause.

Retour en arrière : Camus s'inquiétait pour lui... Il était donc encore vivant.

Son éden mental s'effondra d'un seul coup et il se tourna de l'autre côté, déçu par ce retour trop brutal à la réalité.

Réalité où Camus ne l'aimait pas.

Réalité où Camus ne l'aimerait jamais.

Il commença à enfoncer sa tête dans son oreiller, avec l'espoir qu'il finirait par mourir asphyxié. Mais deux mains glacées agrippèrent ses épaules et le forcèrent à se retourner, l'obligeant à faire face une fois de plus aux yeux cyan :

-Milo! Vas-tu un jour cesser tes enfantillages?

-...

-Bon sang, tu ne vois pas que je me fais du soucis pour toi? Est-ce que tu réalises à quel point j'ai eu peur quand on m'a appris que tu étais dans le coma?

-...Quel coma? Demanda alors le Scorpion en haussant un sourcil.

-...

-...

-...Ce n'était pas le cas?

-Ben, non.

Milo réalisa alors qu'il aurait mieux fait de se taire : car toute l'inquiétude et les bonnes intentions de Camus semblèrent s'évaporer dans les secondes qui suivirent, en même temps qu'une lueur meurtrière s'allumait dans ses yeux alors qu'il se jurait intérieurement qu'il tuerait Mû dès qu'il serait sorti de ce temple.

Mais ignorant tout ce qu'il pouvait se passer dans la tête du Français, Milo eut un sourire sarcastique et lui répondit simplement :

-Donc, il faut que je sois sur le point de crever pour que tu t'inquiètes pour moi.

Camus fronça les sourcils et se recula un peu, indéniablement blessé :

-Maintenant, ça suffit, Milo! Ces derniers temps, tu es vraiment exécrable! Tu comptes continuer ce petit jeu encore longtemps ou tu vas enfin te décider à me dire ce qu'il se passe?

-Comme si tu ne le savais pas..., grinça le Scorpion.

-Eh bien, figure-toi que non, je ne le sais pas.

Ce fut la phrase de trop. Milo se releva immédiatement et attrapa Camus par le col de sa chemise, avec l'impression qu'il était en train d'exploser intérieurement : comment était-il possible d'éprouver à la fois autant de haine et d'amour pour un seul homme?

Camus, de son côté, ne put réprimer un frisson devant le regard de (violeur) psychopathe que lui lançait le Scorpion. Il réussit néanmoins à conserver son visage glacial et lui demanda de sa voix tranchante :

-Qu'est-ce que tu essayes encore de faire?

Milo ignora la remarque et éclata d'un rire absolument sinistre, qui ne lui ressemblait pas du tout :

-Alors, comme ça, tu ne sais pas pourquoi...

-Si tu te décidais enfin à me fournir quelques explications, nous n'en serions pas là.

L'ignoble rire résonna de nouveau dans la pièce, plus dément que jamais. Puis le Grec rapprocha son visage de celui du Verseau et lui chuchota avec un sourire de détraqué :

-Dois-je vraiment te rappeler cette fameuse nuit...? Celle où tu m'as infligé la pire blessure de toute mon existence?

Camus haussa d'abord un sourcil d'un air confus, ignorant où son compagnon d'armes voulait en venir. Puis il percuta.

Non, se dit-il alors, il ne voulait quand même pas parler de cette nuit-là?

Essayant (sans succès) de lutter contre la faible rougeur qui prenait place sur ses joues, Camus détourna son regard, mais daigna au moins lui répondre :

-S-Si tu fais référence à ce soir là, alors tes raisons de déprimer sont totalement injustifiées : tu étais complètement ivre et si tu le souhaites, nous ferons comme si tu n'avais rien dit.

Mais le Verseau réalisa assez vite que, bien que sa phrase n'ait eu pour unique but que de rassurer son ami, il n'avait en réalité fait qu'empirer la situation.

Certes, la colère de Milo en retomba d'un coup et il se décida enfin à le lâcher (il crut d'abord que c'était bon signe). Mais à peine quelques secondes plus tard, de grosses larmes se formèrent aux coins de ses yeux et il éclata violemment en sanglots, tapant du poing contre son lit qui menaçait de se casser à tout instant.

Outre ses tendances cyclothymiques, ce furent les paroles du Scorpion, visiblement désespéré, qui troublèrent réellement Camus :

-Qu'est-ce que je dois faire, bon sang? Qu'est-ce que je dois faire pour que tu comprennes?

-...Que je comprenne quoi?

C'était, précisément, la réplique à ne pas sortir. Car aussitôt, les larmes redoublèrent d'intensité et une plainte semblable à celle d'une bête à l'agonie s'échappa de la bouche de Milo, qui se roula en boule sur le lit en enfouissant son visage entre ses mains. Camus écarquilla alors les yeux, regardant avec effroi le fier et brave Chevalier d'Or du Scorpion adopter le comportement et la posture d'un animal meurtri, et consentit enfin à se demander si, peut-être, il n'était pas en partie responsable de ce changement.

Pour la première fois de la journée, il laissa une expression humaine prendre place sur son visage et il se mit à tapoter avec douceur (et maladresse) le dos de Milo en lui murmurant :

-Eh, Milo... Si j'ai fait ou dit quelque chose qui t'a blessé à ce point, sache que j'en suis désolé.

A ces mots, le Grec releva lentement la tête, révélant ainsi ses yeux larmoyants et ses lèvres tremblantes, qui donnèrent à Camus l'impression de se trouver devant un enfant puni. Milo le fixa un long moment, son regard animé d'un sentiment que le Français ne parvint pas à définir, puis essuya rapidement ses larmes et esquissa un triste sourire :

-Tu sais c'est quoi, le pire? ...C'est qu'en fait, je ne suis même pas capable de vraiment t'en vouloir.

A cet instant, Milo se sentit bête. Très bête, même. Normal, après tout : il était amoureux. Comment pourrait-il faire preuve d'un semblant de lucidité face à ce qu'il jugeait être la plus belle créature au Monde?

-M'en vouloir de quoi, Milo?

...Même là, le Scorpion fut incapable de lui hurler dessus. Il était fatigué... Si fatigué de ne rien obtenir, même pas la simple acceptation de l'amour qu'il lui portait.

-A quoi bon te répéter des choses que, visiblement, tu n'as envie ni de croire, ni d'entendre?

-Milo, pourrais tu m'expliquer ces choses clairement? Je ne vois pas du tout où tu veux en venir...

Le Grec soupira. C'était définitivement un combat sans espoir... Donc, il n'avait plus rien à perdre, n'est-ce pas?

...N'est-ce pas...?

Sur cette dernière pensée, il se remit à fixer obstinément le Verseau, puis déclara platement :

-Camus.

-Oui?

-Je t'aime.

Après quoi, il se rallongea et ferma les yeux, paisiblement : à quoi bon rester éveillé une seconde de plus puisque, de toute façon, c'était encore un regard noir et éventuellement une réplique glaciale qui l'attendait.

Mais ce ne fut pas le cas.

Au lieu de ça, il sentit la main de Camus agripper fermement ce qui lui servait de haut de pyjama pour le soulever à la hauteur de son visage. Visage qui ne manqua pas de surprendre le Scorpion, qui n'avait encore jamais vu une telle contradiction dans les traits du Verseau : son expression faciale témoignait d'une puissante colère, mais ses yeux étaient ceux d'un homme profondément apeuré.

-Une fois, passe encore. Mais maintenant, ça suffit! Siffla-t-il d'un air terrifiant. Ça t'amuse à ce point, de te moquer de moi?

Milo n'eut même pas le courage de protester : il se contenta donc de soupirer et de rouler des yeux. Il s'y était aussi attendu.

-Et c'est reparti..., marmonna-t-il.

-Quoi encore?

-Tu veux savoir pourquoi je vais mal et quand je t'en explique la raison, tu refuses d'y croire... Alors, oui, j'en ai un peu marre de me faire rejeter comme ça.

-Encore faudrait-il qu'il y aiT quelque chose à rejeter, insinua perfidement le Verseau.

Et là, c'en fut trop.

Il y a toujours un moment où trop de tristesse accumulée finit par provoquer un dérèglement mental total. Et au delà du stade du chagrin, il y avait celui de la souffrance.

Souffrance qui nous pousse parfois à commettre des actes stupides. Dans le cas de Milo, cela consista à se lever du lit, à s'avancer jusqu'à la fenêtre sans un mot, puis à se pencher lentement vers l'avant.

Presque aussitôt, la colère de Camus s'évanouit, en même temps que les couleurs de son visage déjà naturellement pâle. En prenant soin de ne pas paraître trop concerné, il demanda malgré tout :

-Milo...? Je peux savoir ce que tu as l'intention de faire?

-Vérifier la véracité de la loi de Newton.

Le Verseau pâlit davantage. Il eut un léger mouvement, comme pour le retenir, mais demeura immobile, le regard cependant en alerte :

-Milo... Ne sois pas idiot, cette fenêtre donne directement sur les massifs rocheux. Retourne te coucher.

-Oui, tu as raison, la chute ne serait pas assez haute pour un chevalier d'Or. Mais avec un peu de chance, je me fracasserais le crâne contre les parois...

Cette fois-ci, Camus ne put se retenir : un cri de rage s'échappa de sa bouche alors qu'il se précipitait pour rattraper in extremis le Scorpion par les cheveux.

L'infortuné laissa échapper un gémissement de douleur tandis que le Verseau le traînait jusqu'à sa couche, menaçant à tout moment d'arracher sa belle chevelure indigo. Une fois le suicidaire hors de portée de tout objet ou ouverture potentiellement dangereux, Camus laissa libre cours à sa fureur, se permettant pour la première fois de sa vie de hausser la voix :

-NON MAIS TU TE RENDS COMPTE DE CE QUE TU VIENS D'ESSAYER DE FAIRE, SINISTRE CRETIN?

-Sauter par la fenêtre.

-ET TU ARRIVES A LE DIRE AUSSI FACILEMENT?

-EH BIEN OUI, FIGURE TOI ! DEPUIS QUAND MA VIE A DE LA VALEUR, DE TOUTE FACON?

-BIEN SUR QU'ELLE EN A, SOMBRE IDIOT !

-AH, TU TROUVES? J'AI CONSACRE TOUTE MON EXISTENCE A T'AIMER, A T'AIMER COMME UN DINGUE! AU POINT DE FAIRE N'IMPORTE QUOI POUR TOI! AU POINT DE MOURIR SI TU N'ES PAS AVEC MOI! ET NON SEULEMENT TU NE M'AIMES PAS, MAIS TU REFUSES MÊME DE CROIRE A MES PROPRES SENTIMENTS! ALORS POURQUOI J'AURAIS ENCORE DES RAISONS DE VIVRE? HEIN?

Silence de mort.

Ce calme trouble se poursuivit un long moment, uniquement perturbé par la respiration sifflante et saccadée de Milo, qui semblait avoir mis toutes ses dernières forces dans ce discours enflammé. Il lui fallut de longues minutes pour que son rythme cardiaque reprenne son allure habituelle et que ses poumons se remplissent à nouveau d'air. Il releva ensuite la tête, fixant l'homme de sa «vie» en faisant de son mieux pour contenir ses larmes.

Camus, lui, semblait toujours en état de choc :

-...Tu m' «aimes»? Demanda-t-il finalement, comme s'il admettait enfin que cela fut possible.

Et de nouveau, Milo explosa. Avec plus de violence que les fois précédentes :

-Mais évidemment que je t'aime, putain! Ça se voit pas? Ça se voit pas que JE T'AIME AU POINT D'EN CREVER ?

Sa voix s'était élevé si fort qu'on l'avait sans doute entendu dans tout le Sanctuaire. Mais il s'en foutait. Il se foutait de tout, d'ailleurs.

-Ça ne se voit donc pas...? Répéta-t-il d'un ton las, osant à peine regarder Camus dans les yeux.

Ce dernier ne répondit pas tout de suite. Il fallait lui laisser le temps d'analyser ces nouvelles informations et d'en tirer les conclusions et les solutions adaptées. C'était comme ça qu'il fonctionnait... Mais cette fois-ci, il ne parvint pas à appliquer cette méthode. Il ne parvenait même pas à réaliser tout ce qu'il était en train de se passer, d'ailleurs.

-...Tu m'aimes. Répéta-t-il alors, presque bêtement.

Mais au moins, cette fois-ci, c'était une affirmation. Plus de signes de questionnements dans sa voix. Ce simple fait représentait à lui seul la plus fabuleuse des constatations : Camus le croyait. Son amour était enfin reconnu.

Milo se sentit stupidement heureux.

Cependant, Camus redescendit rapidement sur terre : Une fois le choc passé, les questions reprirent de plus belle :

-Depuis quand?

-Depuis toujours.

-Et tu ne m'as jamais rien dit?

-T'as vu ta réaction?

-...

-...

-...Pourquoi est-ce que tu m'aimes?

-Si c'est pour poser des questions aussi stupides, autant te taire.

Camus s'exécuta aussitôt et Milo ne sut pas s'il devait s'en réjouir ou non. Ce fut donc lui qui reprit la parole :

-D'ailleurs, j'arrive pas à croire que tu t'en sois jamais douté...

A ces mots, le Verseau haussa un sourcil et pencha légèrement la tête sur le côté, pensif :

-Et comment aurais-je pu m'en rendre compte?

La réponse de Milo fut plutôt expéditive : moins d'une seconde plus tard, l'oreiller du Scorpion entra violemment en contact avec son visage.

«Très mature» songea le Français le temps que l'oreiller retombe et qu'il se retrouve une fois de plus face au visage furieux de son meilleur ami :

-MAIS T'ES AVEUGLE, OU QUOI?

-Ma vision n'a rien à se reprocher.

-Bon sang, toi qui es si doué pour tout analyser, qu'est-ce que tu penses d'un homme qui refuse de te lâcher d'une semelle depuis que tu as 6 ans? Qui ne supporte pas de passer plus d'une heure sans voir ton visage ou entendre ta voix? Qui t'a pris dans ses bras dans l'espoir que tu y demeures à tout jamais le jour de ton départ? Qui t'écrit une lettre de neuf pages quand tu es loin de lui et à laquelle il n'a jamais reçu la moindre réponse? Qui est devenu Chevalier d'Or dans le simple but de pouvoir être auprès de toi? Hein, qu'est-ce que tu en penses?

Après cette longue tirade, Milo s'interrompit pour reprendre sa respiration, bien que sa liste d'arguments soit loin d'être achevée.

Malgré tout, il ne flancha pas : son dos resta droit et son expression demeura tout aussi dure, alors qu'il fixait le visage de Camus, à l'affût de la moindre réaction de sa part.

Son changement d'expression fut très progressif : d'abord, ses pupilles se resserrèrent, avec une lenteur effarante, comme s'il s'était retrouvé face à une puissante lumière. Puis ses yeux cessèrent de fixer Milo pour se focaliser sur le sol de pierre, lui trouvant un intérêt soudain. Il joignit ensuite ses mains, frottant frénétiquement ses doigts, puis dit dans un souffle :

-T-Tu sais, Milo...

-Quoi? Demanda le Scorpion en scrutant le beau visage de son vis-à-vis.

-...Je l'ai encore, cette lettre.

Silence.

Lentement, les yeux de Milo s'ouvrirent grands, très grands. Il mit un certain temps à vraiment réaliser ce que le Verseau venait de lui avouer. Si bien qu'il ne parvint pas à faire le moindre mouvement, se contentant de bafouiller avec une émotion mal contenue :

-T-Tu... Tu l'as gardée?

-Deuxième tiroir de mon bureau, entre La Peste et L'Etranger. Tu peux vérifier.

Extase de la part du Scorpion.

Pour un peu, il se serait évanoui de bonheur. Mais il aurait été vraiment idiot de passer à côté de cette occasion : aussi il se redressa à la hauteur de son interlocuteur et murmura :

-Mais pourquoi tu ne m'as jamais répondu?

-Mais que voulais-tu que je réponde à un tel message? C'était comme si chaque ligne me hurlait «Tu me manques»! Comme si chaque mot voulait dire «Reviens»! Comment voulais-tu que je te réponde sans céder à la tentation de retourner au Sanctuaire?

-Tu veux dire que j'avais presque réussi à te faire revenir? S'exclama Milo qui n'en croyait pas ses oreilles.

-Comment peux-tu t'en réjouir, idiot? Nous sommes des Chevaliers d'Athéna et par conséquent, nous avons des obligations auxquelles nous ne pouvons nous soustraire! Oui, j'aurais voulu rentrer, c'est vrai, mais ma priorité était la formation de Hyoga et d'Isaac!

-Et alors? En quoi ça t'empêchait de revenir ne serait-ce que quelques jours? Continua le Scorpion d'un air obstiné. Est-ce que tu réalises à quel point tu m'as manqué?

-Mais tu me manquais aussi, crétin!

Cette dernière réplique mit un terme à ce charmant échange car à peine eut-il finit sa phrase que Camus avait plaqué ses mains contre sa bouche, regrettant aussitôt ses paroles. Milo, lui, dut résister à l'envie de se mettre une gifle, histoire de vérifier de nouveau qu'il ne rêvait pas.

Un silence assez désagréable se fit alors entre eux, puis Camus prit une profonde inspiration et se décida enfin à regarder le Scorpion dans les yeux. Il sembla hésiter un moment, puis murmura :

-Mais... Si jamais j'étais revenu auprès de toi... Je sais que je n'aurais pas eu la force de repartir.

Il se mit alors à joindre nerveusement ses doigts :

-Milo, tu dois comprendre qu'un Chevalier des Glaces n'a pas le droit de... d'éprouver le moindre sentiment. Notre entraînement nous enseigne à nous débarrasser de toute émotion superflue... Alors, de l'amour...

Il s'interrompit et son regard se fit soudain très doux. Et terriblement triste :

-Je sais bien que toi aussi, tu as eu la vie dure, mais moi... J'ai été trop seul pendant trop longtemps, Milo. La solitude, ça change radicalement la vision que l'on peut avoir de l'amour. Et maintenant, il est trop tard pour que je... m'engage dans quoique ce soit. Ou que je ressente quoique ce soit.

Et ce fut de nouveau le silence dans la chambre du Scorpion, Camus ayant tourné le dos à son «ami», le visage en feu et l'air plus embarrassé que jamais.

Milo ne chercha pas à reprendre la parole tout de suite. Ses yeux étaient à demi-clos, mais son regard restait fixé sur le dos du Français. Pendant un long moment, il ne prononça pas un mot.

Mais il souriait. Un sourire apaisé. Un sourire chaleureux. Un sourire tendre.

Le sourire d'un homme heureux.

Lentement, il tendit une main vers le Magicien de l'Eau et de la Glace et la laissa glisser dans les longs cheveux couleur outremer. Camus frissonna, mais ne chercha pas à rompre le contact. Puis, toujours aussi doucement, les doigts vinrent caresser la peau froide de son cou et penchèrent légèrement sa tête en arrière. Et cette fois-ci, ce furent les lèvres du Scorpion qu'il sentit effleurer sa nuque. Nouveau frisson.

La voix du Huitième Gardien résonna alors, plus chaude qu'elle ne l'avait jamais été :

-Comment peux-tu affirmer ça...

Un baiser dans le cou.

-...Alors que...

Un baiser derrière l'oreille.

-...Tu n'as jamais essayé?

D'un geste rapide, il fit pivoter la tête de Camus et acheva enfin son rituel.

Un baiser sur les lèvres.

Il sembla alors à Milo que l'atmosphère autour de lui devenait électrique. Et lorsqu'il comprit que Camus ne chercherait pas à se dégager, il perdit toute notion de rêve et de réalité.

Plus rien au Monde n'avait d'importance en comparaison à cet instant qui lui faisait presque monter les larmes aux yeux. Plus rien n'avait de valeur face au Verseau et à la douceur de sa peau, à ses lèvres entrouvertes qui lui faisaient complètement perdre la tête. Une nouvelle explosion s'opéra au plus profond de lui-même et fit trembler violemment son corps mais cette fois, ce fut pour son plus grand bonheur.

Puis, à regret, il détacha sa bouche de celle de Camus pour aller embrasser son oreille et y murmurer :

-...Alors?

Les yeux cyan se rouvrirent doucement et lorsqu'ils croisèrent ceux bleu nuit de Milo, ils surent tous deux quelle serait la réponse :

-Eh bien, je suppose..., commença Camus peu sûr de lui, ...Que je peux au moins «essayer»...

Pour toute réponse, Milo l'embrassa une fois de plus, scellant ainsi ce qu'il considérait comme la plus solennelle des promesses.

La suite fut un peu trop rapide pour la détailler précisément : Camus, ayant à peine eu le temps de sentir à nouveau les lèvres de Milo sur les siennes, se retrouva moins d'une seconde après allongé sur le lit, en dessous d'un Scorpion apparemment affamé qui commençait déjà à lui arracher ses vêtements.

-MILO ! S'exclama-t-il alors d'un air scandalisé (et surtout très embarrassé) en tentant de repousser son assaillant.

-Ah, désolé, si tu croyais que j'allais m'arrêter à la déclaration d'amour...

-Mais enfin! Le coupa Camus qui avait de plus en plus de mal à paraître révolté. Tu ne crois que ça va un peu trop vite...?

-Trop vite?

D'un geste rapide, Milo attrapa les poignets du Français et les immobilisa de chaque côté de sa tête. Après quoi il lui susurra :

-Quinze ans, Camus. Quinze ans que je t'aime et que j'attends le moindre signe de ta part. Et tu oses me dire que ça va «trop vite»? Ma patience mérite bien une petite récompense, non?

Bizarrement, ce dernier argument parut le convaincre de manière définitive, car il cessa aussitôt de se débattre et de protester.

Il s'en suivit alors la déclaration d'amour la plus implicite de l'Histoire de l'Humanité.

Et pour cause, Camus se contenta de renverser doucement sa tête sur le côté, pousser un soupir exagéré et marmonner quelque chose qui ressemblait à «Toi, alors...». Il n'en fallut pas plus à Milo, qui sourit face à ce qu'il estimait être la plus belle des confessions et se remit à débarrasser le Verseau de ses vêtements, avec l'impression d'être au Paradis.

Son Paradis.

Camus, de son côté, eut tout juste le temps de se faire une dernière réflexion censée avant de se laisser emporter par ces délicieuses sensations : finalement, peut-être que ça valait le coup de laisser au Bélier la vie sauve...

XxXxXxX

En dehors des périodes de Guerres Saintes et de tentatives d'enlèvements de Saori Kido, le Sanctuaire d'Athéna était réputé pour son calme et sa sérénité. Les rares personnes autorisées à pénétrer dans ce lieu sacré étaient d'ailleurs toujours impressionnées par la quiétude qui régnait sur les douze Maisons du Zodiaque.

Mais ce ne fut pas le cas ce jour-là!

La matinée avait pourtant bien commencé, baignée comme à son habitude dans le calme des montagnes Grecques. Puis, aux alentours d'onze heures, une puissante série de cris s'éleva du Temple du Scorpion, se répandant dans tout le Sanctuaire.

Pas le genre de cris que l'on avait l'habitude d'entendre lorsque deux chevaliers s'affrontaient dans les arènes, pas le genre de cris de douleur que poussaient les apprentis à l'agonie après des journées d'entraînement particulièrement ignobles, pas non plus le genre de cris de joie que les jeunes disciples laissaient échapper une fois leurs exercices terminés.

Non... C'était ce genre de cris. Autant dire qu'il n'était guère fréquent de les étendre résonner dans un tel lieu. Et que les réactions qu'ils déclenchèrent ne manquèrent pas d'être variées.

Effectivement, lorsque les cris (qui ne cessaient de s'intensifier) se firent entendre jusqu'à la Maison du Bélier, Mû, occupé à restaurer une armure sous les yeux attentifs de son élève, ne put retenir un petit sourire satisfait : un problème majeur venait ENFIN d'être résolu. Cependant, il se sentit d'un coup moins fier lorsque Kiki écarquilla les yeux et lui demanda innocemment :

-Maître Mû, qu'est-ce que c'est que ça?

Le petit Atlante ne comprit que bien plus tard pourquoi ce jour là, le visage de son maître s'était violemment empourpré alors qu'il avait bredouillé une réponse dont les seuls mots qu'il distingua furent «Tu comprendras quand tu seras grand.»

Quand ce fut au tour d'Aldebaran de prendre conscience des «prouesses vocales» de ses deux compagnons d'armes, il se contenta d'éclater d'un rire fort, mais chaleureux : avec un duo pareil, le Sanctuaire n'avait pas finit d'être animé!

De leurs côtés, depuis le quatrième temple, Deathmask du Cancer et Aphrodite des Poissons se délectaient des clameurs de leurs voisins avec un plaisir malsain, l'Italien insinuant sournoisement que finalement, c'était peut-être vrai que toute la force du Scorpion résidait dans la queue.

Dans le Temple des Gémeaux, Saga semblait hésiter entre laisser échapper un vague soupir de contentement ou carrément un cri de joie. Finalement, il se contenta d'un sourire satisfait, ravi de voir que ses efforts n'avaient pas été vains, et se tourna vers son frère, certain qu'il aurait un commentaire graveleux à faire : mais, à sa grande inquiétude, son jumeau demeura inerte, serrant sans s'en rendre compte son chien dans ses bras et marmonnant d'une voix dénouée de joie :

-C'est chouette pour Milo.

Ce furent les seuls mots qu'il prononça dans la journée.

Dans le Temple du Lion, Aiolia s'était simplement bouché les oreilles aussi fort qu'il le pouvait tout en espérant que le silence reviendrait au plus vite (quoique, si tout ce que l'astrologie disait concernant le signe du Scorpion était vrai, il pouvait encore attendre...) tandis qu'une Maison plus haut, Shaka commençait à envisager sérieusement la possibilité de s'ôter lui même le sens de l'ouïe.

Enfin, lorsque le cri atteignit le neuvième Temple, Aiolos du Sagittaire tendit attentivement l'oreille, à l'opposé de Shura du Capricorne, qui fit ce qu'il put pour ignorer la longue série de hurlements. Il y parvint à peu près jusqu'à ce que son «camarade» ne prenne la parole :

-Dis, Shu' ?

-Qu'y a-t-il?

-Tu les entends, hein?

L'Espagnol dut faire appel à toute sa force intérieure pour ne pas piquer un fard à cet instant :

-De toute évidence. Pourquoi?

-Ben, voilà... Je me disais...

Le plus vieux des deux se tut un instant, ne sachant visiblement pas comment continuer sa phrase.

-Parle, Aiolos. Dit alors le Capricorne tout en redoutant la suite.

-Pourquoi tu cries jamais comme ça quand nous, nous le faisons?

Un silence glacial se fit alors dans la neuvième Maison du Zodiaque. Et quelques minutes plus tard, les infortunés Chevaliers d'Or eurent tout le loisir de se faire à nouveau agresser les oreilles par une série de cris, de rage cette fois-ci, poussés par Shura, poursuivant à travers tout le Sanctuaire le malheureux Grec qui commençait à regretter sa question tandis que l'Espagnol le pourchassait avec dans l'idée que ce coup-ci, sa tentative de meurtre d'Aiolos du Sagittaire serait une réussite.

XxXxXxX

Quelques jours plus tard, la vie semblait toujours aussi rose bonbon pour le Verseau et le Scorpion.

D'ailleurs, nombreux furent ceux qui restèrent sceptiques devant le rétablissement éclair du huitième gardien : alors qu'il semblait avoir plongé définitivement dans un état de dépression aggravé, il clamait à présent que la vie était merveilleuse et qu'il était l'homme le plus heureux et le plus chanceux que la Terre abritait!

Malheureusement, il n'en était pas de même pour tout le monde.

D'abord pour Saga car une fois le problème «Milo/Camus» réglé, Mû se remit à consacrer la totalité de ses journées à la réparation des armures et à l'entraînement de son disciple. Et malgré la présence rassurante et réconfortante de son frère, le manque de son bien aimé se fit très vite sentir.

Ensuite pour Kanon, qui ne parvenait toujours pas à se débarrasser des sentiments déplaisants qui l'assaillaient sans cesse et qui étrangement le rendaient incapable d'évoquer le nom du Juge sans se sentir mal.

Également pour Aioros, à qui Shura refusait encore d'adresser la parole et qui se contentait de lui lancer des regards signifiant : «Un pas de plus et je te tranche la tête». Même si le Sagittaire savait que ce n'était là qu'un coup de colère passager, son temple lui paraissait atrocement vide depuis que l'Espagnol s'en était retourné à sa propre demeure.

Et enfin, ces quelques jours furent tout simplement ignobles pour Rhadamanthe.

Ses moments de malaise qu'il avait considéré comme temporaires n'avaient fait que s'intensifier au fil du temps, et chaque jour lui paraissait plus déprimant que le précédent.

Une semaine s'était écoulée depuis le départ de Kanon... Et cela faisait également une semaine qu'il se trouvait dans un état de morosité et d'amertume assez inquiétant. Mais bien évidemment, il refusa jusqu'à la possibilité d'un lien entre ces deux faits.

Ce n'était qu'un coup de blues parfaitement normal, essayait-il de se convaincre : il avait passé plus d'un mois en compagnie du Gémeau et leur séparation avait été plus brusque qu'il ne le pensait. Il était donc tout à fait logique qu'il en soit quelque peu troublé. Tout comme il était évident qu'il l'oublierait très bientôt!

...Sauf que «très bientôt» commençait à devenir vraiment long...

Au bout de quelques jours, son changement d'humeur commença à alerter ses collègues, ainsi que le Dieu des Enfers en personne, qui n'avaient encore jamais vu le spectre de la Whyvern aussi abattu. Ils se mirent alors à chercher ce qui aurait pu le mettre dans un tel état mais de nouveau, l'hypothèse que cela eut pu avoir un rapport avec le si merveilleux Kanon ne leur vint même pas à l'esprit.

Cependant Hadès, trop orgueilleux pour admettre la présence de dépressifs dans sa propre armée (elle grouillait déjà suffisamment de psychopathes, sadiques, masochistes, polymorphes et autres bizarreries du même style...), parvint à calmer ses Spectres et leur imposa de patienter jusqu'à la prochaine descente de Kanon aux Enfers : Rhadamanthe devait tout simplement se languir de son compagnon, rien de plus! Aussi, tout rentrerait dans l'ordre dès qu'ils seraient réunis!

Cela suffit à rassurer ses sbires, qui se mirent à considérer l'état pourtant alarmant de la Whyvern comme une petite déprime amoureuse : dès samedi, se dirent-ils, Kanon reviendrait parmi eux et Rhadamanthe retrouverait du même coup toute sa vitalité.

De son côté, le Juge était tout à fait conscient du mode de raisonnement de ses confrères. Il avait déjà tout calculé depuis le début : les réactions qu'il susciterait, les hypothèses qui se développeraient dans la tête de ses collègues, l'attitude à adopter au cours de cette période... Sauf que, contrairement à ce qu'il avait pronostiqué, il n'avait nullement eu besoin de se forcer pour prendre une mine contrite et mortifiée.

Et même lorsque le week-end arriva, il n'avait toujours pas réussi à chasser la mélancolie qui s'était emparée de lui. Ce qui était peut-être une bonne chose, se dit-il, car il allait vraiment avoir besoin de l'expression la plus morose pour se présenter devant Hadès ce soir-là.

Ce fut Charon qui le vit le premier : le passeur, d'abord surpris de le voir arriver seul, haussa les épaules et se dit que le Gémeau aurait peut-être un peu de retard. Il attendit donc que le juge s'installe dans l'embarcation et commença à s'éclaircir la voix, mais lorsqu'il vit le regard assassin que lui lançait son supérieur, il estima préférable de garder sa chanson pour une prochaine fois.

Sur l'autre rive, il fut ensuite rejoint par Valentine, Queen, Gordon et Sylphide qui s'étaient tous préparés à accueillir leur maître et son compagnon... Mais leurs sourires se décomposèrent petit à petit en voyant leur juge bien aimé arriver seul, avec un air aussi morose que celui qu'il arborait depuis quelques temps. Ils le suivirent malgré tout en jetant de temps à autres des coups d'œil furtifs autour d'eux, guettant l'arrivée du Gémeau, en vain.

Et lorsqu'ils arrivèrent tous jusqu'à la Giudecca alors que l'ex-Dragon des Mers restait introuvable, les quatre spectres personnels de Rhadamanthe commencèrent sérieusement à se poser des questions. Mais ils ne prononcèrent pas un mot.

Cependant, lorsqu'ils pénétrèrent dans le palais d'Hadès, ce fut un véritable concert de chuchotements lorsque la Whyvern arriva avec pour seule compagnie ses quatre fidèles serviteurs. Mais la seule personne à s'en réjouir fut Rune du Balrog : si Kanon était absent ce soir, il n'avait aucune raison de faire bonne figure par un acte de présence! Ni une ni deux, il quitta le palais avec comme seul désir de retrouver sa chambre, seul lieu où il pouvait obtenir ce qui lui était le plus précieux au monde : du silence.

Rhadamanthe, quant à lui, s'efforçait d'ignorer les différentes réactions qu'il déclenchait au sein de l'armée d'Hadès alors qu'il avançait à travers l'immense couloir qui le mènerait bientôt à la salle du trône. Peut-être même un peu trop tôt à son goût.

Mais il n'était plus question de reculer maintenant. Plus maintenant que toute cette histoire était sur le point d'être enfin réglée! Il prit donc l'expression la plus désespérée possible alors que l'un des gardes l'annonçait et que, à peine quelques secondes plus tard, les larges portes de pierre s'ouvraient pour le laisser entrer. Il hésita encore un peu, un mauvais pressentiment s'emparant de lui durant un bref instant... Puis prit une profonde inspiration avant de pénétrer dans l'immense salle, ses Spectres sur les talons.

A peine eut-il fait un pas dans la pièce qu'Hadès s'était levé de son trône, un grand sourire affectueux sur son visage :

-Ah, mes chers petits! Vous voilà enfin, je...

Mais il s'interrompit bien vite, voyant que son juge venait d'arriver seul. Malheureusement pour ce dernier, le Dieu des Enfers n'en tira pas les bonnes conclusions et n'abandonna pas son doux sourire :

-Oh, Kanon n'est pas avec toi? Je suppose qu'il aura un peu de retard. Un problème au Sanctuaire, peut-être?

Rhadamanthe ne répondit pas et baissa légèrement la tête, se demandant au passage pourquoi les paroles de son maître le faisaient autant souffrir. Face au silence du juge, Hadès commença à s'inquiéter :

-Qu'y a-t-il, mon petit Rhadamanthe? Tu m'as l'air bien triste...

-Votre Majesté, l'interrompit la Whyvern en posant un genou à terre.

Hadès haussa les sourcils, surpris :

-Que t'arrive-t-il donc? Demanda le Dieu de sa voix la plus douce, troublé par le désarroi qui émanait de son juge.

Rhdamanthe n'eut pas le courage de relever la tête, certain qu'il n'aurait pas la force d'achever son rôle face aux yeux verts profonds d'Hadès. Ce fut donc nuque baissée qu'il finit par avouer, sa voix rendue rauque par son inexplicable tristesse :

-Kanon ne viendra pas.

-Oh, il a un empêchement? Ne comprit pas le Seigneur des Ténèbres. Eh bien, c'est fort dommage, mais inutile de prendre un air aussi désespéré! Tu le reverras bient...

-Votre Altesse! L'interrompit-il de nouveau, sachant qu'il n'aurait pu supporter les paroles à venir.

Bon sang, pourquoi cela devait-il être aussi dur?

-Kanon..., commença-t-il.

-Oui? Demanda alors le Dieu des Enfers d'un air passablement inquiet.

-...Ne reviendra plus. Plus jamais.

Voilà.

C'était dit.

Maintenant, tout était définitivement clos. D'ici quelques secondes, tout le monde s'apitoierait sur son sort et éviterait à l'avenir de mentionner le nom du Chevalier d'Athéna...

Du moins, le pensait-il. Car ce ne fut pas le cas.

-C'est une plaisanterie?

Le Juge releva la tête, choqué, et lança un regard d'incompréhension à la personne qui venait de l'interroger. En l'occurrence, Hadès.

-Mais..., commença-t-il, incertain, ...Bien sûr que non, Votre Altesse.

Moins d'une seconde après cette réponse, le Dieu des Enfers s'était levé d'un air majestueux et s'avança vers son juge, une expression d'anxiété totalement inédite sur son visage :

-...Est-ce de notre faute?

Blanc.

-...HEIN? S'écria Rhadamanthe, trop stupéfait pour trouver autre chose à dire.

-L'avons-nous offusquer? L'ambiance des Enfers lui déplaît? Ou bien, serait-ce une interdiction de son frère?

Et alors qu'il continuait à le bombarder de questions, la Whyvern se rapprochait de plus en plus de la syncope : bon sang, son Dieu était-il vraiment aussi débile qu'Athéna? Il s'était pourtant montré clair! «Plus jamais», ça voulait tout dire, non?

Apparemment non, car bien vite, les autres Spectres commencèrent à s'interroger entre eux, essayant de deviner lequel aurait pu mettre le Gémeau mal à l'aise. Une telle invraisemblance avait quelque chose d'effrayant.

De si effrayant que Rhadamanthe se dépêcha de reprendre la situation en main, sentant qu'elle était une fois de plus en train de lui échapper :

-Je... J'ai bien peur de ne pas m'être fait comprendre.

-Alors exprime toi plus clairement, imbécile!

Ce charmant conseil venait de lui être donné par Pandore, qui avait pris une expression terrifiée : si Kanon refusait de revenir aux Enfers, comment allait-elle faire parvenir sa prochaine lettre à son bien aimé Ikki? Sans la présence de son messager personnel, leur relation était vouée à l'échec! C'était une véritable catastrophe pour la jeune femme, dont les yeux se mirent à lancer des éclairs. Rhadamanthe se sentit d'un coup beaucoup moins confiant :

-J-Je crois que vous vous méprenez : ce que je veux dire, c'est que...

-Que quoi? Demanda aussitôt Pandore qui avait de plus en plus de mal à dissimuler son inquiétude.

-Que Kanon et moi, nous nous sommes... Séparés.

Le dernier mot avait bizarrement eu beaucoup de mal à sortir.

Il secoua la tête à plusieurs reprises, s'efforçant de chasser la désagréable sensation qui était venue une fois de plus se caler dans sa poitrine.

Il fit de son mieux pour l'ignorer et releva finalement la tête vers ses collègues, qui l'observaient comme s'ils avaient du mal à y croire :

-Vous vous êtes séparés? Demanda Hadès comme si cela lui paraissait totalement invraisemblable.

-Hélas, oui, Votre Majesté! Fit «semblant» de se lamenter la Whyvern.

-Tu veux donc dire... Que tout est terminé entre vous?

-C'est cela même...

Le Dieu des Enfers se tut, observant alors son vis-à-vis très différemment. Hadès, au cours des innombrables années durant lesquelles la Whyvern l'avait fidèlement servi, avait gratifié ses juges de beaucoup de regards différents : satisfaits, reconnaissants, contrits, parfois indifférents, et bien d'autres encore. Mais lorsque le Dieu reprit la parole, son regard était animé d'un sentiment totalement inconnu pour le juge, puisqu'il n'avait jamais eu la moindre raison de le faire naître dans les yeux de son maître :

Le reproche.

Mais c'était pourtant bien la seule émotion qu'il pouvait distinguer dans les deux iris couleur émeraude de son Dieu alors qu'il s'adressait enfin de nouveau avec lui, avec une froideur qu'il ne lui avait jamais connu :

-Que lui as-tu fait?

C'était un cauchemar.

Un véritable cauchemar, ce n'était pas possible autrement! Tous ses «camarades» étaient donc persuadés que cette rupture était entièrement de sa faute? Que Kanon était bien trop parfait pour le quitter sans raison? Qu'il l'avait forcément fait atrocement souffrir pour que l'ex-Dragon des Mers ne veuille plus jamais le revoir?

Un simple coup d'œil aux regards accusateurs des autres Spectres lui prouva que la réponse était «oui».

-M-Mais rien, voyons! Il est parti du jour au lendemain, sans me donner de raisons!

-Sans te donner de raison, dis-tu? Intervint soudainement Hadès d'un air dubitatif.

-Oui!

-Bon, ben, c'est forcément de ta faute, alors! En conclut Eaque avec une rapidité effrayante, appuyé par Minos.

Rhadamanthe manqua de s'effondrer, tant le choc avait été violent : même les deux seules personnes qu'il aurait pu considérer comme ses amis se liguaient si facilement contre lui?

-Mais enfin, je...

-Tu l'as trompé? L'interrompit le marionnettiste.

-Non!

-Tu le battais?

-No... Attends, tu te rends compte de ce que tu dis? Il est aussi fort que moi!

-Remarque, fit soudain Eaque, je le comprends : depuis le temps que vous vous voyez, vous n'habitez même pas ensemble! Il a dû se lasser...

Et alors que divers commentaires commençaient à fuser un peu partout, Rhadamanthe sentit ses dernières brides de bon sens se volatiliser, et il explosa littéralement :

-MAIS PUISQUE QUE JE VOUS DIS QU'IL EST PARTI ! DEFINITIVEMENT PARTI ! IL M'A QUITTE, JE SUIS MALHEUREUX ET TOUT CE QUE VOUS TROUVEZ A ME DIRE, C'EST QUE C'EST BIEN FAIT MOI? IL EST PARTI, BON SANG! ET IL NE REVIENDRA JAMAIS!

Silence.

Il s'était brutalement interrompu : prononcer ses mots lui avait fait étrangement mal au cœur et avait ranimé tout la morosité qu'il s'était efforcé de chasser ces derniers jours. Mais pourquoi cela devait-il être aussi douloureux?

Mais pendant qu'il était en plein débat avec lui-même, Hadès avait baissé la tête, sa longue chevelure ébène dissimulant son beau visage :

-Je vois, conclut-il simplement.

D'un air encore plus sinistre que d'habitude, il se leva de son trône et adressa un dernier regard à son juge, vide de toute émotion :

-Comme c'est dommage... Sa présence apportait tant de lumière dans notre monde de ténèbres.

Il leva un instant les yeux vers le plafond de pierre sombre, et poussa un profond soupir :

-Je pensais que cette lumière finirait vraiment par avoir raison de cette obscurité... Enfin, je suppose que je me faisais de faux espoirs. Après tout, comment le Seigneur du Monde des Ténèbres pourrait oser demander un peu de clarté et de joie dans son Royaume...?

Et sur ses dernières paroles, il se retourna et disparut derrière les épais rideaux qui le séparaient de ses appartements personnels.

Moins d'une seconde plus tard, des regards meurtriers se tournèrent vers la Whyvern et Pandore, fulminante de rage, se leva d'un bond et déclara d'une voix forte :

-Rhadamanthe, suis-moi immédiatement! Minos et Eaque, vous nous accompagnez!

-Tout de suite, Votre Majesté. Répondirent avec une parfaite synchronisation le Garuda et le Griffon.

Et ils agrippèrent chacun Rhadamanthe par un bras, le traînant derrière eux jusqu'aux appartements de la grande prêtresse d'Hadès. Seul Valentine eut un regard compatissant pour son maître, mais il ne fit pas le moindre geste pour lui porter secours : Pandore pouvait être bien plus terrible que tous les démons des Enfers.

La Whyvern avait toujours eu horreur de cette grande salle circulaire, qui ne lui évoquait que des souvenirs désagréables et particulièrement douloureux. Il commença d'ailleurs à sérieusement paniquer lorsque Pandore s'installa derrière le seul objet présent dans la pièce. Sa harpe.

Elle approcha dangereusement ses doigts des cordes et le juge ne put retenir un frisson. Il tourna alors la tête vers les deux autres spectres présents, les suppliant presque du regard, mais ils se contentèrent de le toiser d'un air indifférent.

Pandore, entre temps, avait repris la parole :

-«Cher» Rhadamanthe, nous savons tous les deux ce qui se produira une fois que j'aurais commencé à jouer, n'est-ce pas?

Sa voix, encore plus glaciale que d'habitude, ne présageait absolument rien de bon, surtout assortie à son regard démoniaque, comme si elle l'imaginait déjà en train d'agoniser à ses pieds. Rhadamanthe déglutit avec beaucoup de difficulté :

-Au cas où tu ne t'en serais pas rendu compte, Kanon représentait beaucoup pour Sa Majesté Hadès. La garantie de son alliance avec Athéna et donc, l'espoir qu'il pourrait un jour remonter à la lumière de la surface. Et toi, tu détruis toutes ses espérances en le laissant partir?

Elle n'évoqua cependant pas ses raisons à elle de lui en vouloir, bien plus futiles et égoïstes. Sans Kanon pour jouer le rôle de messager entre elle et son Phénix, comment allait-elle lui remettre sa lettre, dans laquelle elle lui annonçait être prête à abandonner les Enfers pour le rejoindre?

Elle fronça les sourcils encore davantage : l'erreur de Rhadamanthe était impardonnable.

-Je vous implore, Votre Majesté! Tenta le juge, véritablement effrayé. Ce n'est guère ma faute si...

-SILENCE !

La Whyvern se tut aussitôt, toute son attention rivée sur les doigts de la jeune femme toujours aussi dangereusement proches des cordes :

-Tu n'as en aucun cas le droit de te défendre! Pas après ce que tu viens faire subir à Notre Seigneur! Dois-je vraiment te rappeler que je ne suis pas aussi miséricordieuse que mon frère?

-M-Mes excuses, Votre Majesté Pandore.

-Je n'ai que faire de tes excuses!

Mais au grand soulagement du Britannique, la jolie brune s'était éloignée de l'instrument et était venue se placer devant lui, l'observant avec mépris :

-Alors maintenant, écoute-moi bien, misérable! J'ignore de quelle manière tu vas devoir t'y prendre, mais tu vas réparer ta faute! Excuse-toi mille fois, supplie-le, implore-le si nécessaire, mais récupère Kanon! Immédiatement!

Rhadamanthe crut qu'il allait s'évanouir d'horreur : alors qu'il avait tout fait pour se forcer à couper tout contact avec l'ex-Marina, on lui demandait à présent de le faire revenir à lui? Ça devait être une mauvaise plaisanterie!

Hélas, non. Car les regards de la prêtresse et des deux autres juges ne manifestaient pas la moindre pitié à son égard : blesser Hadès, surtout sur le plan émotionnel, était la pire des fautes pour un Spectre. Et Rhadamanthe devait maintenant en supporter les conséquences.

Il essaya cependant d'ouvrir la bouche, dans une ultime tentative de contestation, mais Pandore ne lui laissa pas le temps de prononcer un mot :

-N'ai-je pas été suffisamment claire, Rhadamanthe? J'ai dit IMMEDIATEMMENT !

Et sur cette réplique, Pandore, Minos et Eaque sortirent de la pièce, laissant le pauvre juge dans un état de confusion total.

Il demeura un long moment immobile et silencieux, essayant de récapituler tout ce qui venait de se passer.

Récupérer Kanon... Il n'aurait pas réagi très différemment si on lui avait demandé de décrocher la lune. Sérieusement, comment pouvait-on lui ordonner une chose pareille? Cette histoire était censée se régler aujourd'hui! Il était supposé être enfin libéré de toute attache sentimentale et voilà qu'il devait de nouveau convaincre Kanon de le revoir et pire encore, qu'il aurait à supporter sa présence une fois de plus?

C'était un cauchemar, pensa-t-il une fois encore.

...

Et pourtant... La perspective de revoir le Gémeau, ne serait-ce qu'une dernière fois, lui apporta un bonheur si absurde qu'il sut aussitôt qu'il lui serait impossible de ne pas exaucer les attentes de Pandore.

Et le simple fait de pouvoir, peut-être, plonger à nouveau ses yeux dans les iris turquoise qui lui manquaient tellement lui fit enfin admettre ce qu'il avait nié jusqu'à présent : il était déjà rempli de joie à l'idée d'une nouvelle rencontre avec l'envoûtant Dragon des Mers. Avec Kanon des Gémeaux.

Mais pourquoi...?

Aussi, lorsqu'il quitta à son tour la salle, se préparant déjà à partir pour le Sanctuaire, une dernière pensée anima son esprit avant qu'il ne disparaisse des Enfers : les seuls Dieux de l'Olympe que Seiya de Pégase s'était permis d'épargner avaient vraiment décidé de lui pourrir la vie.

A suivre...