BONNE ANNEE, TOUT LE MONDE!
Et bonjour, en passant! XD Bon, pour fêter "dignement" cette année 2011, voila le huitième chapitre de cette fic! (qui arrive un peu tard, je suis désolée)
Là encore, rien de particulier à en dire, si ce n'est que je n'en suis pas vraiment contente... C'est un peu trop léger à mon gout, mais je n'ai pas réussit à trouver pourquoi. Je le poste donc tel quel, en espérant qu'il vous plaira malgré tout!
Et comme d'habitude, avant d'entrer dans le vif du sujet, un petit mot pour toutes les personnes qui continuent encore et encore à me laisser des commentaires, pour mon plus grand bonheur :
Manuka : Merci de continuer à suivre cette fanfic et à laisser des reviews à chaque fois : cela me touche beaucoup! Et oui, Rhada enchaîne les catastrophes : ce serait pas drôle, sinon! XD Enfin, je pense (j'espère) avoir été moins cruelle avec lui cette fois-ci! (...Quoique XD) Encore merci.
silinde-kun : Contente que ma façon d'interpréter le MiloxCamus te plaise! Je suis également très heureuse de savoir que tu as passé un bon moment en lisant ce chapitre : merci du fond du coeur!
Baella : ...34 citations? Et tu dis (enfin, écris XD) que c'est le chapitre qui t'a fait le plus rire? ...Je suis comblée de bonheur! Merci, merci, merci ! Tu n'imagines même pas à quel point tes reviews me rendent heureuse, ainsi que tes hilarantes petites comptines!
Seveya : Ravie de voir que la situation des Enfers t'amuse à ce point! Encore merci pour le commentaire et l'encouragement : je vais faire de mon mieux!
Hemere : Ma façon d'écrire te plait? Merci mille fois! Et je suis également ravie que tu apprécie mon sens de l'humour! Et également désolée de t'avoir donné une fausse joie, j'espère que tu me pardonneras! Encore merci! (ps : j'aime beaucoup ton image perso! XD)
millenium d'argent : Une auteure telle que vous prend le temps de venir lire et commenter cette fic? J'en suis très sincèrement flattée! Je suis également ravie qu'elle vous ai plu et fait rire autant. Merci du fond du coeur pour la review! Dès que j'en trouverai le temps, je m'empresserai d'en faire de même pour vos fantastiques fanfics!
Suraya2903 : Contente que cette histoire te plaise! Quant à savoir comment Saga et Mû vont finir... Moi même, je ne suis pas sûre de le savoir! XD Encore merci d'avoir commenter cette fic!
xzaboo : "Couillon" me semble également une parfaite définition de ces deux-là! XD Merci pour la review!
Et, pour ne pas rompre avec la tradition, mes plus sincères remerciements à mon irremplaçable Leyounette, ma correctrice attitrée dont, une fois encore, je vous conseille les formidables fanfics!
Ceci étant dit, bonne lecture à tous!
Chapitre 8 : The Place I'll Return To Someday
Aussi surprenant que cela puisse paraître, l'ambiance au Sanctuaire d'Athéna était ce jour-là aussi tendue que celle au Palais d'Hadès. Mais pas pour les mêmes raisons.
Aioros du Sagittaire, après moultes excuses et milles promesses absurdes, avait enfin convaincu son cher Capricorne de revenir à ses côtés. Mais loin de se laisser amadouer par le soit-disant repentir de son compagnon, Shura se montra plus autoritaire que jamais à l'égard de son aîné, lui prouvant clairement qu'il pouvait être aussi rancunier que son signe astrologique le prétendait. Si bien que l'infortuné ex-babysitteur d'Athéna en vint presque à regretter que Shura ne corresponde pas aux stéréotypes de son propre pays, c'est-à-dire fêtard, passionné et totalement décomplexé sur tout ce qui concernait les relations charnelles. Enfin bon, l'ambiance restait supportable au sein du neuvième temple et (aucun des deux n'en doutait) ne tarderait pas à redevenir la même qu'auparavant.
De son côté, Milo semblait plus rayonnant qu'il ne l'avait jamais été. Sans vraiment s'en rendre compte, le Scorpion avait répandu une véritable vague d'amour (et surtout de niaiserie) partout autour de lui au grand dam de Camus, qui avait toujours souhaité la plus grande discrétion le concernant. C'était, hélas, bien mal connaître Milo qui lui ne se gênait pas pour clamer haut et fort que la vie était magnifique maintenant qu'elle se faisait avec SON Camus. Après quoi, il ne manquait jamais de se tourner vers le Saint des glaces pour ajouter à son adresse :
-Tu es MON Camus et je suis TON Milo! Tu ne trouves pas ça merveilleux, de pouvoir se dire ces mots?
Et face au visage du Scorpion qui paraissait au comble du ravissement, Camus ne pouvait que soupirer et baisser la tête, dans l'espoir d'y dissimuler son sourire.
Jusqu'ici, tout semblait pourtant aller pour le mieux. Mais comme dit le proverbe, le bonheur des uns fait le malheur des autres. Et voir autant de joie et de bonne humeur autour d'eux rendait Deathmask du Cancer et Aphrodite des Poissons particulièrement irritables : franchement, quel était l'intérêt d'avoir autant de voisins s'ils ne pouvaient pas rire de leurs malheurs et de leur désespoir?
Mais fort heureusement pour eux, les deux ordures du Sanctuaire disposaient encore d'un sujet de distractions : car en effet, un temple plus bas, les jumeaux maudits constituaient une fort agréable vision pour ces deux sadiques.
D'abord, l'aîné : Saga, considéré comme étant le plus sage et le plus mature des Chevaliers d'Or (du moins, lorsqu'il n'était pas possédé), aurait dû en toute logique se réjouir du bonheur de ses pairs et égayer à son tour le Sanctuaire en affichant un visage comblé de joie. Mais bon, voilà, c'était bien beau de toujours être heureux pour les autres, mais il fallait tout de même parfois penser un peu à soi. Et pour Saga, penser à lui-même finissait par vouloir dire penser à Mû. Or, cela faisait près d'une semaine que le Bélier et son apprenti ne sortaient plus du premier temple,et Saga aurait tout donné à cet instant ne serait-ce que pour apercevoir sa longue chevelure parme.
Ensuite, le cadet : Kanon n'était pas non plus dans un état glorieux, mais pour des raisons différentes. Bien que sa mélancolie se fut légèrement calmée depuis quelques jours, la condition actuelle de son frère l'empêchait de retrouver son habituelle gaieté. Comme quoi, il était bien vrai que le malheur était contagieux.
Cependant, face à tout cela, les gardes du Sanctuaire n'étaient même plus choqués : ils n'ignoraient pas que leurs supérieurs étaient pour la plupart légèrement (pour ne pas dire carrément) étranges et la succession d'évènements extraordinaires qui se produisaient depuis quelques temps en ce lieu sacré avait fini par les habituer à toutes les bizarreries possibles et imaginables.
Aussi, ce fut avec un air profondément blasé qu'ils virent débarquer en fin d'après-midi Rhadamanthe de la Whyvern, vêtu d'un magnifique costume beige, un énorme bouquet de jonquilles dans une main, se dirigeant une fois de plus vers les douze temples du Zodiaque. Les gardes échangèrent un vague regard ennuyé, puis haussèrent les épaules : après tout, pourquoi pas?
Ils le laissèrent donc passer sans protester et le juge put à nouveau arpenter l'immense escalier de pierre en remerciant le Ciel d'avoir fait naître Kanon sous le signe des Gémeaux : la troisième Maison, ce n'était pas encore trop loin.
De plus, à son grand soulagement, lorsqu'il passa par le premier temple, Mû du Bélier semblait bien trop occupé pour faire le moindre commentaire sur sa tenue. Assis devant une armure fortement endommagée, les yeux cernés, le Tibétain prit tout juste le temps de le saluer d'un signe de tête et d'un sourire fatigué avant de se remettre au travail, sous les yeux attentifs de son disciple. Rhadamanthe, en essayant de s'imaginer le nombre d'armures brisées que Mû avait dû réparer depuis la fin de la dernière guerre, fut pris d'un soudain sentiment de culpabilité et quitta le temple aussi vite que possible.
Arrivé à la seconde demeure sacrée, il eut besoin de se frotter les yeux pour s'assurer qu'il ne rêvait pas : et pourtant, dans la pièce centrale se trouvait bel et bien une immense bassine remplie de sang au dessus de laquelle se trouvait Aldebaran, de larges entailles au niveau des poignets, occupé à essayer d'augmenter le volume de liquide carmin. Lorsqu'il aperçut son visiteur, son visage se fendit d'un large sourire amical et il s'expliqua rapidement :
-Ah, Rhadamanthe! Cela faisait longtemps! Avec les autres, on fait une petite collecte de sang pour filer un coup de main à Mû! Tu veux participer?
-Euh...
Il prit un instant pour réfléchir, se remémorant le visage épuisé de Mû et la quantité d'armures à restaurer. Il inspecta ensuite son costume impeccable et se rappela que le temple des Gémeaux n'était plus qu'à quelques milliers de marches, avec sûrement Kanon à l'intérieur.
Le choix fut vite fait.
-Je... Suis un peu pressé. Une autre fois, peut-être?
Nullement vexé, le Taureau lui annonça qu'il comprenait, toujours aussi souriant, et lui demanda de passer le bonjour aux jumeaux avant de partir pour le premier temple, l'énorme bassine entre ses bras.
Rhadamanthe reprit alors sa route pour la troisième Maison, perdant de son assurance à chaque fois qu'il grimpait une marche. Autant dire qu'il n'en restait plus grand chose une fois qu'il se trouva face au Temple des Gémeaux. Même les portes des Enfers lui paraissaient d'un coup beaucoup moins impressionnantes.
Et il lui sembla également que même Cerbère lorsqu'il montrait les crocs constituait une vision moins inquiétante que celle à laquelle il était actuellement confrontée : à savoir, le regard absolument furieux de Saga des Gémeaux, qui paraissait prêt à l'étriper au moindre geste brusque :
-TOI! Rugit-il d'un air terrifiant.
-Euh...Bonjour. Tenta le juge. Kanon est-il là?
Saga n'aurait pas réagi très différemment si la Whyvern lui avait donné un coup de poing. Il resta un moment sonné, comme s'il n'était pas sûr d'avoir bien entendu, puis son visage se fit encore plus effrayant, une lueur de haine apparaissant dans le fond de ses yeux :
-Comment oses-tu? Tu en crois pas que tu lui as fait suffisamment de mal comme ça? Il faut en plus que tu reviennes le tourmenter?
Rhadamanthe resta un moment sans réaction, plutôt choqué par les paroles du chevalier :
-...Pardon?
-Tu m'as très bien compris! Je ne sais pas ce que tu lui as fait, mais je ne reconnais même plus mon frère! Tu t'es bien amusé? Tant mieux! Alors maintenant, va t'en! Et ne reviens plus jamais!
Mais le juge ne bougea pas d'un pouce, trop occupé à essayer d'analyser ce que venait de lui dire l'aîné des Gémeaux.
Lui? Faire du mal à Kanon? …Oui, bon : deux «Greatest Caution» pendant leur combat aux Enfers, et alors? Depuis la fin de la guerre, il n'avait jamais levé la main sur le Gémeau!
A moins que... Saga voulait-il dire que Kanon n'allait pas bien depuis qu'ils s'étaient quittés? ...Et donc, en toute logique... Cela signifiait-t-il qu'il lui manquait?
Il se sentit si stupidement heureux qu'il ne put retenir un léger sourire de prendre place sur son visage. Malheureusement pour lui, cela n'échappa pas à Saga qui serra dangereusement les poings :
-Et en plus, ça te fait rire?
-Pas du tout, affirma-t-il en reprenant un air sérieux. Bon, c'était très «agréable» de discuter avec toi, mais je souhaiterais vivement parler à Kanon.
-Parce que tu crois que je vais te laisser passer? Jusqu'à nouvel ordre, JE suis le gardien de ce temple.
-Qu'il sorte, alors. Ça ne me dérange pas de discuter à l'extérieur.
-Est-ce que tu réalises seulement que même si je te laissais le voir, il refuserait de te parler?
-Vu que je ne l'ai pas encore payé, j'en doute.
-Vraiment?
L'aîné avait l'air si sûr de lui que Rhadamanthe ne put s'empêcher de douter légèrement de ses propres paroles. Mais refusant catégoriquement de perdre la face devant Saga, il entra d'un pas décidé à l'intérieur du temple.
Quelques secondes après, une petite boule de poils noire et blanche se précipita vers lui en jappant. Reconnaissant certainement l'homme qui l'avait sorti de la cage de l'animalerie, le chiot commença à bondir autour de lui en poussant une série d'aboiements d'un air joyeux. Le juge se sentit d'un coup un peu mieux : il y avait au moins quelqu'un (ou plutôt quelque chose) qui était content de le voir ici. Saga, lui, observait la scène avec un sourire moqueur :
-Ne rêve pas trop : je doute que mon frère te réserve le même accueil!
Les deux hommes se toisèrent alors, animés d'une pensée commune : l'envie de meurtre, qui se faisait à chaque seconde plus intense.
Ils détournèrent rapidement le regard, peu désireux de ranimer un conflit qui avait mis tant d'années à se clôturer, puis Saga désigna d'un vague geste de main une vieille porte en bois de l'autre côté de la pièce :
-Il est dans la chambre. «Bonne chance».
Après quoi il alla chercher une chaise et s'assit juste derrière lui, comme un spectateur attendant avec impatience le début d'une représentation. Rhadamanthe fit de son mieux pour l'ignorer (sans y parvenir) puis s'avança d'un pas décidé jusqu'à la porte, hésitant cependant à frapper.
D'abord, parce que le bois était en si mauvais état qu'il avait peur de briser la porte rien qu'en l'effleurant. Ensuite, et c'était là que ça se compliquait, parce qu'il commençait à se demander sérieusement s'il était possible que Saga ait raison. Et l'idée que Kanon refuse de le voir ou de lui parler lui faisait plus mal qu'il ne l'aurait cru.
Incapable de prendre une décision, il demeura un long moment immobile, fixant d'un air stupide le dernier obstacle qui le séparait du Dragon des Mers. Il dut garder cette position un certain temps, car Saga finit par dire d'un air ennuyé :
-Bon, on va pas y passer la journée, tout de même?
Rhadamanthe ne répondit rien, mais nota dans un coin de sa tête que Saga pouvait parfois se montrer tout aussi désagréable que son frère. Enfin, la remarque eut au moins pour effet de le faire réagir : car sa fierté l'emporta rapidement sur ses autres émotions et il frappa à la porte d'un air digne. Puis il attendit, son cœur battant inexplicablement la chamade.
Il distingua alors un léger son, comme un froissement de draps, suivi d'une série de pas très lents en direction de la porte.
Qui ne tarda pas à s'ouvrir, et la voix quelque peu blasée qui avait tant manqué à Rhadamanthe se fit de nouveau entendre :
-Saga? Depuis quand tu frappes à la porte de ta propre cham...
Mais la voix s'interrompit dès que les yeux turquoise croisèrent ceux dorés de son vis-à-vis.
Le Spectre eut bizarrement du mal à déglutir : les longues mèches couleur océan, la peau parfaite de l'ex-général (qui s'était contenté de nouer un drap autour de sa taille en guise de tenue) et son regard si intense manquèrent de nouveau d'avoir raison de lui.
Et ce sentiment innommable qu'il avait vainement tenté de repousser sembla s'embraser au plus profond de lui même, comme si cette simple vision avait ranimé toute la chaleur qui sommeillait en lui...
Cela dura environ cinq secondes.
Le temps que Kanon réalise qui se trouvait en face de lui et qu'il lui claque la porte au nez.
Silence.
Qui ne dura pas bien longtemps non plus, Saga ayant éclaté d'un rire méprisant :
-Au moins, tu ne pourras pas dire que je ne t'avais pas prévenu. Bon, je ne te raccompagne pas, tu sais où se trouve la sortie...
A la grande déception de l'aîné des Gémeaux, le spectre fit une seconde tentative, sans trop savoir pourquoi. Mais à peine s'était-il remis à frapper que la voix de Kanon s'éleva de nouveau :
-Casse toi!
Ça, c'était déjà plus clair. Et ça faisait aussi beaucoup plus mal. Mais il en fallait plus pour décourager un spectre d'Hadès :
-Bonjour, Kanon. Tu vas bien?
-Arrête ça tout de suite! Qu'est-ce que tu viens foutre là?
-J'aurais aimer discuter un peu avec toi.
Bien qu'aucun son ne se fit entendre, Rhadamanthe pouvait facilement imaginer l'expression outrée qui venait d'apparaître sur le visage du Grec. Lorsque ce dernier reprit la parole, il sut aussitôt qu'il avait vu juste :
-Non, mais... Tu me prends pour un con ou quoi? On avait dit un mois! Un mois et après, plus rien! J'ai respecté ma part du contrat! Je ne vois pas ce qu'on aurait de plus à se dire!
-Eh bien, déjà, régler le problème du paiement...
-Si ça avait été seulement pour ça, je sais que tu ne te serais pas donner la peine de te déplacer jusqu'ici!
«Pas faux» fut obligé d'admettre le juge qui commençait sérieusement à se demander si Kanon lui ouvrirait un jour. Et cette question lui infligea un nouveau pincement au cœur :
-Bon, c'est vrai, ce n'est pas pour ça que je suis venu...
-A la bonne heure.
-Il faut vraiment que je te parle. Alors pourrais-tu ouvrir, s'il te plait?
-Rhadamanthe. Donne moi une raison, une seule bonne raison de le faire.
Saga observa la scène avec un peu plus d'attention, ayant retrouvé son sourire, à présent certain que c'en était fini pour le spectre. Rhadamanthe devait d'ailleurs bien admettre que cette fois-ci, il ne savait absolument pas comment il allait s'en sortir. Des tas de réponses bizarres, crédibles ou non, se bousculèrent à une vitesse hallucinante dans son esprit et finalement, il en lâcha une au hasard, se disant qu'il n'avait plus rien à perdre :
-Je t'ai amené des fleurs.
…
Silence glacial au sein du Temple des Gémeaux.
Rhadamanthe se demanda alors s'il ne venait pas de sortir la plus grosse connerie de son existence. Cette pensée se trouva confortée par l'attitude de Saga : lui qui avait toujours l'habitude de le considérer comme la dernière des ordures, il le regardait à présent comme s'il était un handicapé mental. Et le juge commença à se demander s'il n'y avait pas du vrai là-dedans.
Mais contre toute attente, la porte se rouvrit soudain et Kanon réapparut sous ses yeux, l'air profondément choqué. Il resta un instant silencieux, puis demanda d'une voix étrangement calme :
-Qu'est-ce que tu viens de dire?
Le spectre hésita un instant, ne sachant pas trop si la réapparition du Gémeau était bon ou mauvais signe, mais répéta malgré tout :
-Je t'ai amené des fleurs.
Nouveau silence.
Qui se trouva troublé par une petite série de tremblements à peine perceptibles de la part de l'ex-Dragon des Mers qui, n'y tenant plus, éclata d'un rire sonore.
Ni Rhadamanthe, ni Saga ne surent comment réagir, fixant tous deux d'un air choqué le cadet des Gémeaux dont le rire s'intensifia. Il en vint même à se tenir les côtes alors qu'il s'écriait, comme s'il s'agissait d'une bonne plaisanterie :
-Des fleurs!
Il lui fallut plus d'une dizaine de minutes pour retrouver son calme. Mais il finit malgré tout par revenir à un état normal, essuyant les petites larmes de rire qui avaient commencé à perler au coin de ses yeux, puis se décida enfin à reprendre la conversation :
-Bon, ça ira pour cette fois!
Puis il pouffa de rire, marmonnant «Des fleurs...» à plusieurs reprises, et alla s'installer devant la table basse en souriant.
Rhadamanthe hésita un peu avant de le rejoindre, ayant du mal à réaliser ce qu'il venait de se passer. Finalement, il se dit que dans ce genre de cas, il valait mieux ne pas perdre une seconde à se demander pourquoi on avait autant de chance, et se dépêcha d'aller s'asseoir en face de l'ex-Général, qui s'arrêta aussitôt de sourire.
Ils se toisèrent un moment, puis Kanon, aussi perspicace qu'à son habitude, dit simplement :
-Ça n'a pas marché, c'est ça?
Le ton exprimait une telle compassion que le juge en fut surpris. Il ne répondit rien, n'ayant pas particulièrement envie de subir une fois de plus les moqueries de Saga, mais lança à son vis-à-vis un regard particulièrement explicite sur sa situation.
Kanon soupira, puis se tourna vers son frère :
-Saga, tu veux bien aller faire un tour, s'il te plaît?
L'aîné manqua de tomber de sa chaise, scandalisé par la demande. Il se releva d'ailleurs aussitôt, s'exclamant d'une voix forte :
-Hein? Pourquoi ce serait à moi de sortir?
-Parce que le crétin avec le bouquet de fleurs et moi, on va devoir discuter un moment.
Le crétin en question jugea préférable de ne pas relever la remarque.
-Kanon, je te rappelle que même si tu es devenu officiellement Chevalier des Gémeaux toi aussi, il s'agit encore de MON temple!
-Allez, sois sympa! Je ne pense pas qu'on va en avoir pour longtemps.
-Ça ne change rien! Je ne veux pas de lui chez nous!
-Il n'empêche qu'une petite promenade ne te ferait pas de mal! On arrive en début de soirée : passe donc au Temple du Bélier, peut-être que Mû acceptera de te recevoir...
La colère de Saga diminua d'un coup, alors qu'une petite lueur d'espoir commençait à apparaître dans le fond de ses yeux. Mais il ne se laissa pas pour autant prendre au piège :
-Ne me prends pas pour un idiot, Kanon!
-Je n'oserai jamais, grand frère! Affirma l'ex-Marina avec un regard qui disait tout le contraire. Mais ne crois-tu pas que ce pauvre Mû, accablé de travail, entre la réparation des armures et l'entraînement de son élève, serait vraiment heureux d'avoir enfin une vraie compagnie?
De nouveau, Saga se mit à douter et sa volonté commença à sérieusement flancher. Se laisser convaincre par les paroles de Kanon était parfois vraiment tentant...
Surtout lorsqu'il rajouta, d'une voix doucereuse :
-Et puis, qui sait? Peut-être t'invitera-t-il à prendre un thé, après quoi vous resterez un long moment ensemble, rien que tous les deux une fois que Kiki sera couché... Et alors, peut-être que si tu restes suffisamment tard, il te proposera de passer la nuit là-bas...
Et lorsqu'un sourire idiot commença à se dessiner sur le visage de son aîné, Kanon sut aussitôt qu'il avait gagné l'argumentation. Mais Saga parvint à conserver toute sa dignité en sortant du temple d'un air noble, lançant sans se retourner :
-Fort bien, je pars! Mais uniquement parce que je ne veux pas passer une seconde de plus en sa présence!
Une fois encore, Rhadamanthe ne fit aucun commentaire : il commençait à avoir l'habitude. Il attendit donc que Saga sorte de son champ de vision et rapporta son attention sur le cadet, qui avait entre temps reprit une expression sérieuse :
-Bon. Fiasco total?
-Fiasco total.
Kanon soupira, ré-ajustant au passage le drap qu'il avait noué autour de sa taille (il n'avait pas pris la peine de se changer entre temps) et le spectre dut faire un énorme effort de concentration pour le regarder dans les yeux :
-Je peux avoir un peu plus de détails? Demanda l'ex-Dragon des Mers en attrapant le chiot qui courait autour de lui depuis quelques minutes, le posant sur ses genoux.
-Pour faire simple, je crois que je suis passé du statut de juge à celui de coupable.
-Comment ça? Répondit Kanon en penchant la tête légèrement sur le côté, bien vite imité par l'animal.
Là encore, Rhadamanthe dut faire appel à toute sa mauvaise foi pour ne pas reconnaître à quel point ce spectacle était adorable :
-Eh bien, comme prévu, j'ai annoncé notre «séparation» à Hadès... Mais ça ne s'est pas vraiment passé comme je l'avais espéré.
-J'avais cru comprendre. Mais concrètement, il a dit quoi?
-...En gros, que si tu étais parti, c'était de ma faute.
Kanon écarquilla les yeux et le fixa, bouche bée :
-Comment il en est venu à cette conclusion? Demanda-t-il après un court silence.
-On va dire que mon plan a un peu «trop» bien marché : tu as fait une telle impression aux Enfers qu'ils sont presque tous persuadés que tu es un ange et moi le pire des salauds pour t'avoir laissé filer!
-...Un «ange»? Répéta Kanon d'un air sceptique en haussant un sourcil.
-Hadès lui même t'a comparé à un être de lumière, si tu veux tout savoir.
Le Gémeau en demeura stupéfait. Il fixa un long moment le juge, cherchant la moindre trace d'humour sur son visage, mais n'en trouvant aucune, ses yeux se mirent à refléter une joie indescriptible :
-Qu'est-ce qu'il t'arrive? Demanda Rhadamanthe, plutôt surpris par le changement.
-Rien, c'est juste que... C'est plutôt gentil.
Le juge le regarda, hébété : il se trouvait dans une situation quasi-désespérée et lui, il débordait de bonheur pour un simple petit compliment au lieu de s'intéresser au problème?
Kanon sembla deviner ce qui était en train de se passer dans la tête de son vis-à-vis, car il se reprit aussitôt :
-Oui, enfin, peu importe! S'exclama-t-il, l'air gêné. On en était où?
-A mes soucis, au cas où tu l'aurais déjà oublié! Maintenant, Sa Majesté Hadès m'en veut à mort...
-Bon choix d'expression.
-Très drôle. Donc, Hadès ne veut plus me voir, Pandore veut me tuer et presque tout le monde me prend pour un connard!
Bref silence.
-Écoute, Rhadamanthe, je compatis -sincèrement, je t'assure- mais je ne vois pas trop pourquoi tu viens me dire tout ça...
-Tu ne vois vraiment pas?
-Non! D'ailleurs, c'est quoi, ces trucs? Ajouta-t-il en désignant le costume beige et le bouquet de jonquilles.
...
Rhadamanthe poussa un profond soupir :
-Ah, ça... Une idée de mes troupes.
-Tu m'expliques?
Rhadamanthe leva lentement les yeux au plafond, essayant vaguement de se souvenir du déroulement précis des évènements. Ce qui se révélait difficile en sachant qu'avant son départ des Enfers, ses Spectres personnels l'avaient pratiquement séquestré dans son propre bureau pour lui exposer leurs propres idées sur la meilleure façon de récupérer l'amour de Kanon :
-Nous sommes prêts à tout pour vous aider à le récupérer, Maître! Avait alors affirmé Valentine.
Mais c'était précisément ça qui effrayait Rhadamanthe.
Surtout lorsque les trois autres manifestèrent à leur tour leur avis sur la question :
-D'abord, attendez demain avant d'aller le voir! Avait suggéré Sylphide. Précipiter les choses ne servira à rien! Et si ça se trouve, peut être qu'il réalisera que vous lui manquez aussi!
-Et puis, essayez d'avoir l'air moins sinistre que d'habitude! Lui avait ensuite conseillé Gordon. Vous portez toujours des vêtements si triste quand vous n'êtes pas en Surplis : et si vous essayiez des couleurs plus claires?
-Et surtout, n'arrivez pas les mains vides! Un cadeau de réconciliation serait fortement apprécié! Avait finalement proposé Queen avec sagesse.
-Oh, bonne idée! Une boîte de chocolats, ce serait parfait! S'était empressé de dire Valentine.
-Oh, non! Avait protesté Queen. Plutôt un bouquet de fleurs!
-Des chocolats!
-Des fleurs!
-DES CHOCOLATS!
-DES FLEURS!
-SWEET CHOCOLATE !
-BLOOD FLOWER SCISSORS !
Une lutte acharnée avait alors commencé entre la Harpie et l'Alraune, à laquelle Rhadamanthe avait dû mettre fin à grand renfort de menaces de «Greatest Caution» (et de licenciement). Puis, se disant que donner encore davantage de sucre à Kanon était tout sauf une bonne idée, il avait fini par accepter la proposition de Queen, à la grande déception de la Harpie, qui s'était réfugiée dans un coin pour déprimer (bien vite rejoint par Sylphide qui lui murmurait de maladroites paroles de réconfort). Absolument ravi, Queen lui avait rapporté moins d'une heure après un gigantesque bouquet de jonquilles, dont la belle couleur jaune illuminait prodigieusement le grand bureau dont la teinte dominante était le noir :
-...Pourquoi des jonquilles? Avait simplement demandé Rhadamanthe.
-Je me disais que c'était plutôt original...
-Des roses, ça aurait très bien fait l'affaire, non?
-Allons, Maître, vous ne connaissez pas le langage des fleurs?
Rhadamanthe s'était de justesse retenu de lui signaler que non, sa formation de Juge des Enfers n'incluait pas ce genre de connaissances. Au lieu de cela, il avait simplement accepté le bouquet de son dévoué serviteur, le costume beige sur mesure que lui avait apporté Valentine (tout en se demandant comment le Chypriote pouvait bien connaître ses mensurations : la dévotion de la Harpie à son égard était parfois franchement flippante...) ainsi que les vifs encouragements des deux autres jeunes hommes avant de pouvoir enfin partir pour le Sanctuaire.
Pendant que Rhadamanthe racontait cette petite anecdote, Kanon avait ramené un vase, rempli de roses rouges toutes plus resplendissantes les unes que les autres, et c'est avec stupeur que le juge le regarda en jeter le contenu par la fenêtre avant de le remplir à nouveau d'eau et d'y ajouter les jonquilles :
-Mais tu es malade!
-J'ai jamais aimé les roses!
-Ce n'était pas une raison pour les jeter comme ça.
-Ne t'inquiète pas, elles seront vite remplacées : chaque semaine, Aphrodite nous en amène un nouveau bouquet et comme je me méfie des cadeaux de ce type, je finis toujours par les balancer.
Se disant qu'il y avait en effet une très haute probabilité pour que quelques roses empoisonnées aient pu trouver leur place dans le bouquet, Rhadamanthe ne put qu'approuver la décision de Kanon et remercier Queen du fond du cœur :
-Par contre, il y a quelque chose qui ne me plaît pas dans ton récit...
-Ah?
-Ouais. C'est quoi cette histoire de me «récupérer»?
...Aïe! Mauvaise façon de démarrer les négociations. Et le regard que lui lançait Kanon lui signala clairement qu'il était trop tard pour faire marche arrière maintenant :
-Alors? J'attends.
-Eh bien, en fait... Il faut bien reconnaître que...
-Arrête de gagner du temps et réponds.
Soupir.
-Bon, très bien : j'ai encore besoin de toi! J'ai mis au point un nouveau plan pour m'en tirer, mais pour ça, il faut que tu reviennes.
-...
-...
-Dehors.
Le ton était si étranger à Kanon que Rhadamanthe en fut profondément choqué : l'espace d'un instant, il crut que c'était Saga qui se trouvait devant lui... Jusqu'à ce que le cadet des Gémeaux ne rajoute :
-T'es sourd ou quoi? Je t'ai dit de te barrer!
-Permets-moi de me répéter : j'ai besoin de toi, et tu n'imagines même pas à quel point!
-Permets-moi de me répéter : on avait dit un mois, et basta! C'est bon, j'ai fait ce que j'avais à faire! Alors, maintenant, tu te débrouilles tout seul!
Et en plus, il avait l'air sérieux, remarqua le Spectre en commençant à paniquer. Surtout lorsque les paroles de sa «chère» supérieure lui revinrent à l'esprit :
«J'ignore de quelle manière tu vas devoir t'y prendre, mais tu vas réparer ta faute! Excuse-toi mille fois, supplie-le, implore-le si nécessaire, mais récupère Kanon! Immédiatement!»
Et même si cela ne lui plaisait que moyennement (pour ne pas dire «pas du tout»), il n'avait pas vraiment le choix : il lui fallait récupérer le Dragon des Mers coûte que coûte!
-Kanon, je t'en conjure, il faut que tu m'aides.
-N'y compte pas.
-S'il te plaît?
-Non.
A présent désespéré, le juge en vint même à ajouter pitoyablement, les mots sortant avec difficulté de sa bouche :
-Demande moi ce que tu veux en échange.
-J'ai pas besoin d'un autre chien : tu joues déjà suffisamment bien ce rôle auprès de Pandore.
Et vlan! Elle avait fait mal, celle là!
Mais malgré tout, il en fallait plus pour achever un Spectre d'Hadès :
-Une rentrée d'argent supplémentaire ne t'intéresse donc pas?
-J'attends déjà que tu me verses la somme convenue. Après ça, je doute avoir encore besoin de quoique ce soit.
Aïe... S'il restait même insensible sur le plan financier, c'était très mauvais signe pour le juge. Ils se toisèrent un long moment, mais voyant que l'ex-Marina n'était toujours pas prêt à céder, le blond se surprit à lui demander :
-Ma compagnie te répugne à ce point?
Le regard de Kanon s'adoucit soudain. Il hésita un moment avant de reprendre la parole, puis une ébauche de sourire apparut sur son visage :
-Je te l'ai déjà dit : je suis désolé de ce qu'il t'arrive et je ne voulais pas que les choses prennent cette tournure.
La surprise de Rhadamanthe monta d'un cran : est-ce que Kanon venait de faire preuve de gentillesse?
-Mais ne me demande pas de t'aider de nouveau. Parce que plus j'interviens, plus les choses empirent... Ça a toujours été comme ça...
Un silence désagréable prit alors place dans le Temple des Gémeaux. Kanon avait baissé les yeux, un sourire mélancolique sur ses lèvres, inconscient du regard insistant que lui portait le Spectre et de toutes les pensées qui assaillaient son esprit. Parce que pas un seul instant Rhadamanthe n'avait imaginé que Kanon puisse également souffrir de cette situation. Pas une seule seconde il ne s'était dit que le Gémeau était fatigué de passer sa vie à jouer des personnages qui ne lui correspondaient pas.
Pour faire simple, il venait de réaliser que depuis le début, il ne s'était jamais vraiment soucié de Kanon. Et de ce qu'il pouvait ressentir une fois un nouveau masque placé sur son visage.
Aussi, il décida de se taire un moment, savourant sans réellement se l'avouer ce rare moment de paix où aucun des deux n'avait à se mentir. Où les notions de «Saint» et de «Spectre» ne possédaient plus qu'un sens très vague. Où le silence se présentait comme la libération qu'il avait espéré depuis si longtemps déjà...
Car, tant qu'il ne parlerait pas, Kanon ne songerait peut-être plus à le chasser... Et il était pratiquement certain que ce ne serait plus le cas lorsque son nouveau plan lui serait exposé...
XxXxXxX
Conformément aux ordres reçus de son cadet, Saga avait quitté le temple des Gémeaux et s'était éloigné suffisamment pour ne pas surprendre leur conversation.
Il ne savait pas trop lui même pourquoi il avait obéi, d'ailleurs : savoir son frère une fois de plus seul avec ce satané spectre ne le rassurait pas du tout. Mais bon, il se devait de respecter la volonté de Kanon. Après tout, c'était la moindre des choses après tout ce qu'il avait enduré en partie à cause de lui...
Il releva la tête et poussa un profond soupir, essayant de chasser les mauvais souvenirs qui commençaient à affluer dans son esprit. Ce ne fut qu'à ce moment-là qu'il sembla se rendre compte de l'endroit où sa promenade avait fini par le conduire : juste devant l'entrée du Temple du Bélier.
Il ne put retenir un nouveau soupir : même inconsciemment, il finissait toujours par se diriger vers Mû. La question était maintenant de savoir si oui ou non, il aurait le courage de rentrer.
Quoiqu'il n'eut pas à se le demander très longtemps. Car une faible voix se fit alors entendre à l'intérieur du temple :
-C'est toi, Saga...?
L'interpellé eut un violent sursaut et se retourna rapidement : le maître des lieux venait d'apparaître. Il eut un pincement au cœur à la seconde où il le vit. Les yeux cernés, le teint blême, l'air totalement épuisé, Mû s'avança jusqu'à lui, obligé de prendre appui sur les murs de son temple pour ne pas s'écrouler de fatigue.
Malgré tout, le Bélier trouva encore la force de lui sourire et de lui demander :
-Que fais tu ici tout seul?
-Euh... Je... Eh bien, Rhadamanthe est venu voir Kanon et...
-Ah. Je vois.
Et il eut un nouveau sourire, si bien que Saga jugea préférable de ne pas terminer sa phrase. Ils se regardèrent un moment en silence, puis Mû reprit d'un air désolé :
-Navré, mon ami. Je te proposerais bien de rentrer, mais j'ai encore tellement de travail...
-Tu es encore en pleine restauration?
-Il le faut, soupira le Tibétain. Merci beaucoup pour le sang, en tout cas.
-J'aurais voulu faire tellement plus, marmonna le Gémeau en le regardant dans les yeux.
Un long moment s'écoula, au cours duquel aucun des deux ne fit le moindre geste, puis le Bélier détourna la tête, inexplicablement gêné :
-Bon, pardonne moi, mais il faut que je m'y remette...
-Je te conseillerais plutôt de te reposer : tu m'as l'air totalement épuisé.
-C'est vrai, admit l'Atlante en riant, mais je suis déjà suffisamment en retard... Seules les cinq armures de bronze et quelques armures d'Or sont de nouveau en état de combattre. Il m'en reste encore tellement à restaurer...
-Mû. Nous ne sommes plus en guerre contre qui que ce soit. Je pense que la priorité pour toi, c'est plutôt de dormir un peu...
-Pas tant que je n'aurai pas rattraper mon retard!
Le ton sous-entendait qu'aucune contestation ne serait prise en compte et Saga dut se résoudre à abandonner.
Aussi, il détourna quelque peu sa demande :
-Je ne te ferais pas la morale, je suis mal placé pour ça. Mais je t'en prie, fais au moins une pause.
-Saga, je viens de te dire que...
-Je sais, tu as du travail. Mais une courte pause ne te fera pas prendre un retard monstrueux. Sors au moins prendre un peu l'air! Depuis combien de temps n'es tu pas sorti de ton temple?
-...Cela va faire six jours, admit le Bélier à contre-cœur.
Six jours sans dormir, donc, en conclut le Gémeau, tout en contemplant d'un air inquiet le Tibétain au bord de l'épuisement physique et moral. Et lorsqu'il prit conscience de ce regard si tendre et étrangement coupable, le Bélier dut se résoudre à abandonner toute résistance :
-Eh bien... Je suppose qu'un peu d'air frais n'a jamais fait de mal à personne...
Face à cette soudaine résolution, Saga ne put retenir un sourire victorieux. Sourire qui s'élargit encore davantage lorsque Mû le lui rendit et commença à faire quelques pas hors du temple.
Ils n'allèrent cependant pas bien loin, la fatigue de Mû l'empêchant de faire un trop long trajet, et finirent par s'asseoir sur une des marches entre la Maison du Bélier et celle du Taureau.
Ils restèrent ainsi un petit moment, silencieux :
-Je suppose..., commença alors Saga pour lancer la conversation, que tu es au courant pour Milo et Camus?
-Je pense qu'il ne reste pas une seule personne au Sanctuaire qui ne soit pas au courant, remarqua justement le Bélier en souriant.
Ils rirent pendant quelques minutes, puis retombèrent dans un silence embarrassé, au cours duquel Saga se contenta de regarder les longs cheveux parme de son aimé voleter légèrement au gré du vent. Il soupira :
-Mû?
-Oui, Saga?
-Eh bien, je... Je suis très content pour Milo et Camus, hein, mais...
-...Mais?
-Maintenant qu'ils n'ont plus besoin de personne... Je suppose que nous ne nous verrons plus aussi souvent...
Mû se tourna immédiatement vers lui et, malgré la fatigue accumulée, se releva et répondit d'un air sincère :
-Que vas tu imaginer là, mon ami? Il est vrai que je n'ai pas beaucoup de temps libre en ce moment, mais je puis t'assurer qu'une fois que j'en aurai terminé avec la réparation des armures sacrées, nous continuerons à nous voir. Aussi souvent que tu le souhaiteras!
Et ces merveilleuses paroles, associées à son tendre sourire et à la douceur de son regard, provoquèrent enfin le déclic chez l'aîné des Gémeaux, envahi d'un soudain courage.
Il se releva brusquement pour lui faire face, avec l'impression que sa poitrine allait exploser : c'était maintenant ou jamais!
Oui, c'était sans aucun doute l'occasion parfaite : ce soir, il allait enfin lui faire part de ses sentiments!
Il essaya de calmer sa respiration déjà sifflante et commença par déclarer :
-Tu sais, Mû... Je me sens vraiment bien à tes côtés.
L'interpellé leva lentement les yeux vers lui. Un faible sourire apparut sur son visage et il répondit d'une voix quelque peu éteinte :
-Merci... J'apprécie également les moments que l'on passe ensemble...
Saga pouvait presque sentir son cœur bondir dans sa poitrine. Il gagna d'un coup en assurance et effleura doucement de sa main l'avant-bras du jeune homme :
-Écoute, Mû... Je sais que cela peut sembler soudain, mais je... Je souhaiterais... Entretenir une relation différente avec toi.
Il marqua une pause et attendit la réaction de son vis-à-vis, son cœur battant de plus en plus fort. Mais le Tibétain (majuscule) avait de nouveau baissé la tête et demeurait silencieux. En posant sa main sur la sienne, Saga put également le sentir trembler.
Mais il ne se découragea pas pour autant et, après une bonne inspiration, il se jeta à l'eau :
-Mû, je... Ce que je veux dire, c'est que... Je...
Il s'interrompit une dernière fois et enfin, les mots daignèrent s'échapper de ses lèvres :
-Je t'aime.
Saga ferma alors les yeux, se préparant à faire face à un visage outré ou à une gifle dans le pire des cas. Mais à peine eut-il finit sa phrase que le jeune homme se laissa tomber dans ses bras, sa tête reposant contre son torse.
Blanc.
Saga cligna stupidement des yeux et resta un instant sans réaction. Mais une fois le choc passé, il poussa un soupir de pur bonheur et serra Mû contre lui aussi fort qu'il le pouvait.
Tout semblait absolument parfait : le coucher de soleil en guise de décor, la brise fraîche qui le faisait délicieusement frissonner et surtout, Mû qui s'abandonnait dans ses bras, immobile et silencieux.
...Trop silencieux même.
Saga sembla alors enfin réaliser que les bras du plus jeune pendaient mollement de chaque côté de son corps et qu'il ne tenait debout que grâce à son étreinte, qui le maintenait fermement contre lui : la fatigue venait d'avoir raison du Bélier, et il s'était tout bonnement endormi sur place.
Le sentiment de béatitude qui l'enveloppait un instant auparavant laissa aussitôt place à une profonde déception : encore raté!
Restait à savoir ce qu'il allait faire à présent : Mû dormait comme un bien heureux entre ses bras et ça ne l'enchantait pas vraiment de se séparer d'un tel trésor... De plus, s'il le ramenait jusqu'à la Maison du Bélier et qu'il croisait Kiki au passage, le gamin lui ferait sans doute une crise et allait encore s'imaginer qu'il avait essayé de passer ses pulsions meurtrières sur Mû.
D'un autre côté, s'il l'emmenait jusqu'au temple des Gémeaux (il chassa du mieux qu'il put les idées douteuses qui se manifestèrent à cette pensée), il était certain que Kanon trouverait une bonne dose de remarques à faire, surtout si, comme il le craignait, le juge était encore présent à ce moment-là.
Mais bon, entre Kiki, qui se mettrait à crier sur tous les toits que Saga des Gémeaux était un kidnappeur de béliers doublé d'un fou furieux, et Kanon qui se contenterait de quelques petites vannes discrètes, le choix fut vite fait.
Soulevant Mû (le jeune homme n'eut aucune réaction tant son sommeil était lourd), Saga commença alors sa route jusqu'à la Maison des Gémeaux, priant simplement pour que le raisonnable Taureau ne fasse aucun commentaire en chemin.
Bon sang, se dit-il en chemin, mais qu'avait-il donc fait pour mériter cela?
...Ah, oui... Assassinats répétés et attentat à la vie d'une Déesse : c'est fou ce qu'il oubliait vite, ces derniers jours...
XxXxXxX
Pendant tout ce temps, la situation n'avait absolument pas évolué dans le troisième Temple.
Toujours assis l'un en face de l'autre, dans le silence le plus total, Rhadamanthe et Kanon fixaient respectivement le sol et le plafond, se jetant un coup d'œil à l'occasion.
Cette activité sembla leur avoir fait perdre toute notion du temps car ce ne fut que lorsque des bruits de pas se firent entendre à l'entrée du Temple qu'ils réalisèrent que la nuit était sur le point de tomber.
Malheureusement pour le juge, cela fit également revenir Kanon à la réalité. Ou en tout cas, suffisamment pour qu'il se rende compte que depuis tout ce temps, Rhadamanthe n'avait toujours pas quitté les lieux :
-Bon, allez, ça suffit maintenant! Il est tard, et j'ai bien l'intention de rattraper le temps de sommeil que tu m'as fait perdre!
-Tu n'as toujours pas changé d'avis?
-Nan!
-Bon. Je vais devoir m'imposer, alors.
-...Hein?
-Je te l'ai dit : tu es mon dernier recours. Aussi, je resterai ici jusqu'à ce que tu acceptes.
Kanon, sidéré, écarquilla les yeux et sentit presque sa mâchoire se décrocher : il n'était pas sérieux, tout de même?
Mais à l'instant où il s'apprêtait à sortir une réplique peu aimable à l'adresse du squatteur, son frère, qui venait de pénétrer dans la salle principale, entra dans son champ de vision. Et il se trouva incapable de prononcer le moindre mot.
Ce n'était cependant pas la vue de Saga qui rentrait au Temple qui le pétrifia, mais plutôt celle de la personne qu'il gardait précieusement dans ses bras, à la manière d'un jeune marié portant sa femme : Mû du Bélier, profondément endormi.
Le Dragon des Mers et la Whyvern contemplèrent ce surprenant spectacle, bouche-bée, jusqu'à ce que l'aîné des Gémeaux ne déclare d'une voix presque caverneuse :
-Que les choses soient claires : un seul commentaire, un seul, et je vous envoie dans une autre Dimension. Compris?
-Euh, Saga...
-Compris?
Nos deux protagonistes déglutirent avec difficulté et se contentèrent de secouer machinalement la tête de haut en bas : réveiller le second Saga ne leur paraissait pas vraiment une bonne idée.
L'ex-Grand Pope les toisa un moment, l'air de s'assurer que le message était bien passé, puis partit immédiatement vers la chambre à coucher, le jeune bélier toujours endormi, fermant la porte derrière lui.
Rhadamanthe et Kanon fixèrent encore un moment la porte close, abasourdis. Mais ce fut finalement le Gémeau qui reprit le premier ses esprits.
Il s'ensuivit alors une petite série de geste jugée étrange par le Spectre : lentement, Kanon tourna la tête et se mit à le regarder longuement.
Très longuement.
Il avait l'air en proie à une profonde réflexion et Rhadamanthe décida que ça ne pouvait pas être une bonne chose pour lui. Le Gémeau se mit alors à se frotter machinalement le menton, la bouche entrouverte et à la grande inquiétude du juge, son expression à ce moment-là était indéchiffrable.
Puis, au bout de plusieurs minutes, il se désintéressa totalement de lui et saisit le petit chiot entre ses mains, le porta à hauteur de son visage et le fixa droit dans les yeux. Sans doute les Chevaliers des Gémeaux possédaient ils des capacités télépathiques car, comme s'il avait deviné et compris les pensées de son maître, l'animal leva légèrement la patte en poussant un petit aboiement, qui ressemblait étrangement à une réponse affirmative.
Kanon eut alors un petit rire et reposa le canidé au sol, puis se tourna vers le juge avec une ébauche de sourire :
-Rhadamanthe?
-...Oui? Répondit le Juge, un peu surpris qu'il lui ré-adresse la parole.
-Tu veux bien m'attendre dehors, s'il te plaît?
Se demandant s'il ne s'agissait pas la d'une ruse pour le faire quitter le Temple, le Spectre hésita un moment avant d'accéder à la demande.
Mais finalement, se disant qu'il était plus prudent de ne pas trop le contrarier, il se releva et alla se poster à la sortie de la Maison des Gémeaux, son rythme cardiaque s'étant inexplicablement accéléré entre temps.
Kanon le rejoignit quelques minutes plus tard, correctement vêtu cette fois-ci, et lui adressa un nouveau sourire, un peu plus prononcé que le précédent :
-Bon, tu vas me trouver un peu cyclothymique (je suis Gémeaux, après tout), mais est-ce qu'on pourrait reparler de ta proposition?
La surprise fut si grande que le juge sentit presque ses jambes se dérober. Il secoua vivement la tête et se pinça même légèrement le bras, peu sûr de se trouver dans le Monde réel. Kanon éclata de rire.
-Je... Tu es sérieux?
-Cela m'arrive, en effet.
-...Je peux savoir ce qui t'a fait changer aussi vite d'avis?
-Ça, ça ne te concerne pas.
Il était parfois troublant de voir Kanon passer d'un voix joyeuse à un ton glacial et impitoyable. A croire que c'était héréditaire.
D'ailleurs, moins d'une seconde plus tard, son visage avait déjà repris une expression joviale :
-Nous disions donc?
-Excuse moi, mais j'ai du mal à croire que tu changes d'avis aussi rapidement...
Puis, après un instant de réflexion :
-Non, en fait, je crois que ça ne me surprend même plus...
-C'est que tu commences à me connaître.
Rhadamanthe médita un moment sur ces paroles : y avait-il seulement une seule personne au Monde capable de connaître, ou simplement de comprendre Kanon des Gémeaux? ...Il en doutait. Mais ça ne l'aurait pas vraiment dérangé d'être la première personne à accomplir cet exploit...
-Et donc, puisque tu me connais bien maintenant, tu en conclus que...
L'ex-Général laissa sa phrase en suspend, attendant que le juge trouve la réponse de lui même :
-...
-...
-...Tu vas poser tes propres conditions, n'est-ce pas?
-Bien entendu!
Bien qu'il s'y était attendu, Rhadamanthe ne put retenir un regard inquiet à l'adresse du cadet des Gémeaux : qu'est-ce qu'il allait encore inventer?
Mais la question que lui posa le Grec ne faisait pas partie des possibilités qu'il avait envisagé :
-Tu vis où en temps normal?
-...Euh..., commença le juge, pris de cours. A Kensington, dans le centre de London.
-C'est bien, là bas?
-...C'est un bel appartement, répondit prudemment le juge.
Dès que Kanon faisait preuve d'un peu de curiosité, ce n'était pas bon signe, se rappela le juge en l'observant d'un air méfiant. Ses craintes se trouvèrent d'ailleurs confirmer quand le Gémeau plissa les yeux malicieusement en lui déclarant :
-Bon, alors c'est réglé : je viens m'installer chez toi!
Le spectre ne répondit pas tout de suite, penchant légèrement la tête sur le côté comme pour sous-entendre qu'il avait peut-être mal entendu. Mauvaise stratégie, car Kanon ne se gêna pas pour continuer :
-J'espère qu'il y a plusieurs chambres, par contre! Remarque, ça ne me dérange pas de dormir par terre. Est-ce que tu as...
-Attends une seconde! Tu es sérieux, là?
-Bah, oui!
-M-Mais enfin, pourquoi tu veux venir chez moi?
Kanon roula des yeux, l'air agacé :
-Ça ne te paraît pas évident?
-Pas vraiment, non!
-Tu as bien vu la même chose que moi, tout à l'heure?
-Oui, et alors?
-Bon, et si je te dis que nous n'avons qu'un seul lit dans le Temple des Gémeaux?
-Ça, c'est votre problème!
-Et puis, réfléchis : tes copains t'en veulent à mort parce que je suis parti! Si d'un coup, je reviens et qu'en plus, je m'installe chez toi dans les jours qui suivent, ça effacera tes torts, non?
Là, Rhadamanthe commença à voir la proposition sous un autre angle : en effet, s'il ramenait Kanon aux Enfers tout en prouvant qu'ils vivaient à présent ensemble, il était certain qu'il serait pardonné.
Quoique, plus rien ne semblait certain, depuis quelques temps...
Mais bon, Kanon qui acceptait de revenir, même sous des conditions absurdes, c'était une occasion bien trop précieuse : inutile de la gâcher en commençant à se poser des questions existentielles!
-...Bon, ça me paraît une proposition honnête.
-Alors, marché conclu! S'exclama Kanon avec un sourire encore plus large.
-Par contre, je déduis de l'argent que je te dois une partie de mon loyer.
Le sourire se crispa un peu et perdit de son éclat, pour la plus grande satisfaction du Spectre :
-D'accord, mais je veux ma propre chambre.
-Accordé, mais accès interdit à mon espace personnel.
-Et j'emmène le chien avec moi!
-Bien, mais pour les repas, tu te débrouilles.
-Comme si j'avais envie de dîner avec toi...
-...
-...
-La cohabitation va être dure.
-C'est maintenant que tu t'en rends compte?
Le juge soupira :
-Bon, et tu t'installes à partir de quand?
-Bah, tout de suite!
Et pour justifier son propos, il agita joyeusement un sac de toile qu'il avait emmené avec lui, puis désigna d'un signe de main le petit animal qui les avait rejoint entre temps et qui secouait sa queue d'un air impatient.
Bizarrement, la rapidité des évènements ne parvenait même plus à surprendre Rhadamanthe et il se contenta d'un vague hochement de tête en signe d'acceptation :
-Très bien. Tu vas prévenir ton frère?
-Tu rigoles? Même moi, il me tuerait si je l'interrompais dans un moment pareil!
-...C'est juste. Mais il ne va pas s'inquiéter de ta disparition?
-Pas de soucis : je lui ai laissé un mot!
Le juge, essayant de s'imaginer quel genre de message Kanon avait bien pu laisser à son frère, se dit avec justesse que toute cette histoire allait encore lui retomber dessus.
Il finissait par avoir l'habitude, à force.
Apparemment conscient de tout ce qu'il se passait dans la tête de Rhadamanthe, le Gémeau pencha sa tête sur le côté et éclata une nouvelle fois de rire. Et le juge se surprit à penser que juste pour entendre ce son, ça valait la peine de prendre autant de risques.
Finalement, moins de quelques minutes après cet échange, les gardes contemplèrent avec le même air indifférent l'un de leurs «estimés» supérieurs quitter le Sanctuaire d'Athéna, aux côtés d'un des trois Juges des Enfers : ils n'étaient plus à ça près...
Au moins, le manque de réactions des gardes soulagea quelque peu la Whyvern : la présence d'un serviteur d'Hadès en ce lieu sacré n'était plus considérée comme hostile... Ou bien n'était même plus considérée du tout.
Et ce fut sur cette dernière pensée que le Spectre et le Saint échangèrent un regard furtif, puis quittèrent ensemble le Sanctuaire à la vitesse de la lumière : on avait beau dire, malgré tous les ennuis qu'apportait le statut de protecteur d'une Divinité, il restait tout de même des avantages non négligeables...
XxXxXxX
De son côté, Saga s'était enfin décidé à déposer son bel endormi dans l'unique lit que comprenait le Temple des Gémeaux, le libérant de ses bras à grands regrets.
Pendant tout ce temps, le Bélier n'avait pas bougé un cil, prouvant qu'il avait vraiment atteint sa limite au bout d'une semaine sans le moindre repos. Il risquait probablement d'être mécontent à son réveil, mais pour le moment, son visage endormi et serein fit soupirer une fois de plus le Chevalier des Gémeaux, qui ne parvenait déjà plus à se détacher de cette exquise vision.
D'ailleurs, ce ne fut qu'environ une heure après qu'il eut le bon sens de le lâcher des yeux et de quitter la pièce, avant d'être entièrement dévoré par les sentiments qu'il se forçait à réprimer depuis trop longtemps déjà : fort heureusement pour lui, les paupières de Mû demeurèrent closes car Saga était persuadé qu'à cet instant, un seul regard du Bélier aurait suffi à l'achever.
Il se dirigea donc silencieusement vers la porte (même s'il aurait fallu un tremblement de terre pour réveiller son jeune pair), le contempla une dernière fois en soupirant, puis sortit de la pièce en fermant la porte derrière lui.
Après quoi il s'adossa contre le mur et laissa échapper un gémissement pathétique : vraiment, il commençait à se dire que cette conquête amoureuse était sans espoir...
Ce ne fut qu'au terme de cette mini-dépression qu'il se rendit compte que le Temple des Gémeaux paraissait bien silencieux, ce soir...
Pas d'éclats de rire de Kanon, pas de grognements de chien à son égard (bizarrement, l'animal ne semblait pas le porter dans son cœur), même pas la voix grave et tranchante du spectre qui était devenu le squatteur officiel de la Troisième Maison. Il devait se rendre à l'évidence : il n'y avait plus que lui et Mû dans cette demeure... Mais alors, où était passé son frère?
Il se déplaça jusqu'à la pièce centrale, qu'il trouva naturellement vide : bien qu'il fut ravi du départ du Juge, l'absence de Kanon l'inquiéta légèrement : était-il parti rendre visite à Milo? C'était l'hypothèse la plus crédible, mais le Scorpion semblait depuis quelques temps réserver l'exclusivité de son temps à Camus du Verseau : ce qui, au bout de quinze ans d'attente, était parfaitement compréhensible.
Kanon s'était donc volatilisé. C'était du moins ce qu'il se dit jusqu'à ce qu'un morceau de papier posé négligemment sur la table basse ne retienne son attention.
Il l'observa un moment, silencieux, mais ne fit pas un geste pour s'en saisir : il avait un mauvais pressentiment...
Mais il finit par chasser cette pensée (il avait décidé de ne plus jamais écouter les petites voix de son esprit) et s'empara du post-it, dont le message se résumait à ces quelques mots :
«Saga,
Je vais rester quelques jours chez l'autre crétin. Inutile de me chercher ou d'essayer de me contacter. Tu as plus important à faire.
Bonne chance, frangin!»
Saga relut le message.
Puis recommença. Deux ou trois fois, histoire d'être sûr.
Puis, lorsqu'il fut certain que ce qu'il était en train de vivre faisait bel et bien partie de la réalité, il écrasa le morceau de papier entre ses doigts, ses yeux lançant des éclairs.
Et les pauvres serviteurs d'Athéna, qui n'avaient décidément plus la moindre occasion de percevoir les Chevaliers d'Or comme les dignes défenseurs de la Justice, eurent de nouveau le loisir de se faire déchirer les tympans par un hurlement qui résonnait de plus en plus fréquemment au Sanctuaire, ces temps-ci :
-KANON, ESPECE D'ABRUTIIIII !
A suivre...
