Bonne rentrée, tout le monde!
Parce que, oui, nous voici déjà en septembre (enfin presque) : si ce n'est pas triste...
Enfin bref, voila enfin le onzième chapitre de The Price of Freedom, très en retard, je le sais (pourquoi changer les vieilles habitudes?)
Rien de particulier à en dire : des réponses pour certains, de nouveaux tourments pour d'autres, des complications, des résolutions, des malentendus et oui, vous pouvez me féliciter pour ce résumé digne d'un épisode des "Feux de l'Amour" ...
Sinon, encore et toujours, merci du fond du coeur à tous ceux et toutes celles qui ne se sont toujours pas lasser de me laisser des reviews :
Manuka : Si ça peut te rassurer, je pense pousser des "glapissements" similaires aux tiens lorsque je vois que tu as publié quelque chose sur le site! XD Quant à ta question "A quand la déclaration?" ... Eh bien, peut-être un début de réponse dans ce chapitre. Encore merci!
grandier : J'accueille chaque nouveau lecteur avec grand plaisir et je me réjouis d'apprendre que cette fanfic te plait autant! J'espère que ce sera encore le cas après ce chapitre! Merci d'avoir laissé un com' !
Baella : Moui, Rhada dort avec Kanon, mais seulement au premier sens du terme, désolée! XD Pour répondre à tes questions, je me suis toujours imaginé Rhadamanthe dormant en pyjama et Kanon en caleçon (aucune raison logique à cela U_U), Rune n'a pas peur des chiens mais éprouve une véritable aversion pour tout ce qui est potentiellement bruyant et quant au contenu du paquet de Rhadamanthe, essaye d'imaginer une panoplie costume/accessoires digne d'un site SM. XD Sinon, j'ignorais qu'il existait un film appelé "Prête-moi ton mari" : je me renseignerai à ce sujet, merci pour l'info' ! Et également merci de continuer à me laisser des reviews aussi géniales, ça me fait toujours un immense plaisir!
xzaboo : Ça me touche de recevoir d'aussi gentils compliments! Savoir que cette histoire est capable d'émouvoir quelqu'un, c'est juste merveilleux pour moi! Encore merci de laisser de telles reviews : ça m'encourage vraiment à poursuivre cette fic jusqu'au bout!
Seveya : Euh... Okay! XD En tout cas, ravie d'apprendre que le précédent chapitre t'a plu! Et pour les "catas/rebondissements/galères" que tu prévoies... Ma foi, tu as probablement raison! XD Merci pour la review!
Hemere : Ah, contente de voir que je ne suis pas la seule à rire des déprimes de Saga, je me sens beaucoup moins cruelle! XD En effet, ça s'améliore pour les deux dragons... Remarque, vu leurs rapports de départ, ça aurait difficilement pu empirer! XD Sinon, pour répondre à tes PSs : les roses explosives à retardement n'étaient, à la base, absolument pas prévues dans ce chapitre mais l'idée m'est venue d'un coup et je me suis dit que ça pourrait être amusant, alors autant essayer! Quant à la "perte" de Myu... Navrée, je n'ai jamais pu supporter ses saloperies de papillons! U_U Encore merci!
Gemini-fan : Waoh... Savoir que cette fic te plait alors que tu n'aimes même pas le couple principal, ça me comble de joie! T-T Merci pour tes compliments, en espérant que tu ne seras pas déçu par la suite!
mina : Merci pour ce bref, mais gentil commentaire! :) Voila la suite!
Et pour terminer les remerciements en beauté, Leyounette reçoit toute ma gratitude et mon dévouement éternel pour avoir une fois de plus et sans se plaindre corriger mes immondices! Tu es un ange! T-T
Ceci étant dit, bonne lecture à tous et à toutes!
Chapter 11 : Someday the Dream Will End
Au bout d'une semaine de cohabitation, Rhadamanthe et Kanon avaient fini par décider que le lit du Juge était bien assez grand pour eux deux et que cela leur faciliterait les choses s'ils le partageaient. (Rhadamanthe revenant toujours vers son lit dans ses mini-crises de somnambulisme et refusant pertinemment de laisser le canapé à un «invité»)
Les premières nuits passées ensemble furent plutôt tranquilles : une fois couchés, ils se disputaient sur des sujets idiots pendant environ 30 minutes, se lançaient un regard noir puis, trop fatigués pour chercher à contredire l'autre, retombaient dans le silence et finissaient par s'endormir en tentant de s'approprier la plus grande partie de la couverture.
Puis les choses prirent une tournure différente : les disputes finirent par disparaître totalement, laissant place à de longues conversations sur des sujets divers et variés. La couverture était à présent partagée de manière totalement égale (Rhadamanthe s'était même surpris une fois à la ramener sur les épaules de Kanon pendant son sommeil) et il sembla au Juge que la distance initiale imposée par le Gémeau, à savoir «chacun à un bord du matelas sinon je te tue» , s'était petit-à-petit transformée en «trois centimètres d'écart entre nos visages» .
Rhadamanthe commença alors sérieusement à s'interroger : plus le temps passait, plus la présence du Grec auprès de lui était devenue agréable et donc, par voie de conséquence, allait devenir indispensable.
Il s'était progressivement lassé des repas commandés chez le traiteur et avait appris à apprécier la cuisine de l'ex-Dragon des Mers (sans être un chef, Kanon savait au moins faire cuire des pâtes et de la viande, contrairement à lui), il avait sans vraiment s'en apercevoir cessé de fréquenter les bars et les établissements nocturnes, préférant à présent une soirée en compagnie de l'homme aux cheveux couleur océan...
Et ce qui commença à l'inquiéter vraiment, ce fut de découvrir que même l'odeur de Kanon s'était profondément intégrée dans son quotidien.
Une odeur intense, à la fois légère et étouffante, mais incontestablement envoûtante... A l'image de celui qui la possédait : mélange de senteurs marines, de myrte, d'oliviers, de miel, de thym, de vignes et, pour une raison inconnue et qui laissait Rhadamanthe perplexe, de térébenthine.
Non, ce n'était vraiment plus possible! Il fallait mettre un terme au plus vite à toute cette machination! ...S'il n'était pas déjà trop tard pour faire marche arrière.
Et c'est sur cette curieuse pensée que le spectre s'éveilla ce matin-là, avec un Kanon étroitement serré entre ses bras et dont la tête reposait contre sa poitrine.
Ça aussi, ça avait fini par devenir naturel. Il n'arrivait même plus à se rappeler à quoi ressemblait une matinée qui ne commençait pas par la vision d'une longue chevelure bleu océan éparpillée sur les draps. Vision des plus agréables, d'ailleurs, si bien qu'il parvenait à peine à porter attention à d'autres détails essentiels, à savoir la sonnerie incessante de son réveil (à laquelle Kanon s'était plutôt bien habitué, au point qu'elle ne réussissait même plus à l'éveiller) et la petite langue canine qui s'acharnait sur sa main, quémandant sa pitance.
Pour la première fois depuis bien longtemps, arriver en retard au Tribunal était le dernier de ses soucis et il aurait donné n'importe quoi pour prolonger ce moment de pure sérénité. Mais bien vite, le visage d'une Pandore furieuse s'imposa dans son esprit et il déglutit avec difficulté, se disant qu'il avait tout intérêt à se lever immédiatement.
Il arrêta donc le réveil, bâilla un long moment, embrassa rapidement le front de Kanon et se leva en direction de la cuisine, le chiot sur ses talons.
...
Temps mort.
Il venait de faire QUOI?
Paniqué, il se retourna brusquement vers le Gémeau, qui semblait toujours aussi profondément endormi. Il poussa alors un soupir de soulagement et sortit précipitamment de la chambre, son cœur battant la chamade.
Bon sang, avait-il complètement perdu l'esprit? Avait-il poussé les faux-semblants si loin que lui-même ne pouvait plus faire de distinctions entre la réalité et le rôle qu'il jouait, au point de l'embrasser sans raison?
Et ce serait quoi la prochaine étape, se dit-il en remplissant sans s'en rendre compte l'écuelle de l'animal à ras-bord : rentrer chez lui en clamant «I'm home, Honey!» et voir débarquer Kanon en tablier rose pour l'accueillir, suivi du chiot lui apportant son journal ou ses pantoufles?
Il interrompit ses gestes, considérant un moment cette éventualité...
Après quoi il se mit une baffe monumentale, se maudissant de laisser divaguer ainsi son esprit. Et puis, à quoi bon se faire des illusions? De toute façon, une fois leur affaire conclue, Kanon s'empresserait de retourner au Sanctuaire pour rejoindre son frère, et l'oublierait certainement au bout de quelques jours. C'était évident.
Et pourtant, se dit-il durant ses préparatifs, lui ne pourrait jamais oublier cette courte vie commune avec ce drôle de Dragon, si différent de tous les autres êtres qu'il avait pu rencontrer... Hadès avait peut-être eu raison, finalement, de le pousser à chercher un partenaire à long terme. S'il l'avait écouté, un bon nombre de ses soucis se serait envolé.
Mais le fait était là : Kanon prenait de la valeur à ses yeux. Et, une fois prêt à rejoindre le Tribunal des Morts, il ne put s'empêcher de jeter un coup d'œil discret dans sa chambre, histoire d'emporter une dernière image du bel endormi.
Après quoi il poussa un soupir, enfila un long manteau noir et sortit de l'appartement le moins bruyamment possible.
…Et lorsque le silence fut total, Kanon se permit enfin de soulever ses paupières, un air de profonde incompréhension dans le fond de ses yeux.
Non, impossible. Tout simplement impossible. Il avait dû rêver, voilà tout. Parce qu'il était absolument, totalement, définitivement IMPOSSIBLE que les lèvres du juge se soient posées sur son front quelques instants plus tôt!
Une hallucination, sans doute! Ou bien un rêve particulièrement tordu! Ou peut-être un truc qu'il n'avait pas digéré hier soir et qui le faisait délirer! Ça, c'était déjà nettement plus probable!
Et pourtant, il ne pouvait s'empêcher de penser qu'il y avait quelque chose de réel dans ce contact... Et c'était franchement perturbant. A un tel point qu'il fut tenté de se rendormir dans la seconde, histoire de ne plus y penser.
Ce n'était pas l'important pour le moment, de toute façon. Il lui restait encore pas mal de travail à faire ici. Et pourtant, il pouvait désormais affirmer que ses efforts portaient leurs fruits :
Le lundi, c'était Valentine qui s'était présenté à la porte de l'appartement. Et même s'il éprouvait une vague animosité pour le Gémeau (les sentiments de la Harpie vis-à-vis de la Whyvern avaient toujours été quelque peu ambigus...), sa dévotion envers son maître était si grande qu'il était prêt à considérer Kanon comme un Dieu pour le bon plaisir de Rhadamanthe. Le jeune homme multiplia donc les courbettes et les compliments à l'adresse de l'ex-Général, qui les reçut avec toute l'indifférence dont il était capable. Puis, trouvant rapidement une façon simple de faire enrager la Harpie, il lui avait simplement dit en récupérant les dossiers :
-Merci, Valentine! Cet abruti de Rhadamanthe a bien de la chance d'avoir quelqu'un comme toi , qui accepte de faire tout le sale boulot à sa place!
La réaction de Valentine fut immédiate : dès que les mots «abruti» et «Rhadamanthe» furent associés, son visage se décomposa et une petite lueur de haine commença à briller dans le fond de ses yeux. Malgré tout, il demeura d'abord courtois :
-C'est que Sa Majesté Rhadamanthe a déjà tellement de travail au Tribunal... Il faut bien qu'il nous délègue quelques tâches...
-«Tellement de travail!», mima le Gémeau avec un air moqueur. Et en quoi consiste-t-il? Jouer au toutou avec Pandore? Épuiser les réserves de whisky du Royaume Souterrain?
L'espace d'un instant, Kanon eut l'impression que Valentine allait se jeter sur lui pour l'étriper. Mais la Harpie fit appel à tout son self-control, prit une immense inspiration, puis déclara :
-Je vous prierai de ne pas porter ce genre de jugement sur mon Maître, qui est -je vous le rappelle- l'un des trois Titans : l'élite de l'armée du Seigneur Hadès qui...
-Qui sait rien faire correctement sans les deux autres juges avec lui, qui s'est fait exploser la gueule en cinq minutes chrono pendant notre premier combat, qui passe son temps libre à picoler, qui...
Kanon s'était attendu à une réaction relativement excessive de la part du jeune homme. N'empêche qu'elle surpassa tout ce qu'il s'était imaginé : et pour cause, la Harpie poussa un hurlement de rage qui résonna dans tout l'immeuble, commença à concentrer son énergie (là, le Gémeau admit qu'il avait un peu flippé) mais se rappela à temps de l'identité de la personne qu'il s'apprêtait à frapper. Il abaissa donc le poing, le regarda comme s'il n'était qu'un tas d'ordures, puis quitta le couloir d'un air profondément vexé, quelques larmes commençant à perler au coin de ses yeux.
Les effets se firent rapidement sentir. Dès le lendemain, ce fut Sylphide qui lui apporta les dossiers du juge. L'échange fut bref : le Basilic le toisa d'un regard noir, lui fourra la paperasse entre les mains avec une expression de pur mépris, et partit dans la seconde qui suivit.
Le mercredi, ce fut au tour de Queen. Cependant, le jeune homme était venu sans la moindre appréhension : il avait bien évidemment eu droit au rapport désastreux de Valentine sur sa dernière visite, mais savait pertinemment que la Harpie avait tendance à tout exagérer dès que leur Maître bien-aimé était mis en cause. Et comme dernièrement, Sylphide avait pris la fâcheuse habitude de toujours se ranger du côté du Chypriote, Queen en avait tout bêtement conclu que le Gémeau avait dû laisser échapper une parole malheureuse, sans doute mal interprétée. Il arriva donc souriant et décontracté devant les appartements de son Maître et même lorsqu'il se trouva face à Kanon des Gémeaux, sa bonne humeur ne le quitta pas : ils se saluèrent poliment et il lui remit les dossiers sans problème. Queen fut alors persuadé que Valentine s'était encore fait des films pour rien... Du moins jusqu'à ce que l'ex-Dragon des Mers ne pose à nouveau son regard sur lui et ne se mette à susurrer :
-Merci encore, Queen... Tu es vraiment adorable.
L'Allemand haussa un sourcil, vaguement surpris. Puis, se disant que ce genre de compliments était peut-être fréquent au Sanctuaire, il décida de ne pas s'en formaliser et s'inclina légèrement :
-Ce n'est vraiment rien, Chevalier des Gémeaux. Sur ce, je vous souhaite une agréable fin de journée! Ce fut un plaisir.
Et lorsqu'il voulut s'éloigner, deux larges mains vinrent agripper ses épaules et il dut se retenir pour ne pas pousser un cri de jeune fille effarouchée. Ce qui s'avéra fort difficile lorsqu'en plus, les lèvres du Gémeau se posèrent sur la commissure des siennes et que la voix grave du Grec se mit à résonner :
-Tout le plaisir est pour moi, Queen...
Après quoi, il s'éloigna vivement, comme si rien ne s'était passé, lui adressa un large sourire et claqua la porte derrière lui, en se retenant d'éclater de rire.
Les répercussions ne se firent pas attendre. Le jour suivant, un Minotaure furieux l'attendait derrière la porte. Moins délicat que ses collègues, Gordon se mit à l'insulter copieusement, lui conseilla de se contenter de l'amour que lui portait le Seigneur Rhadamanthe, et affirma que s'il osait poser à nouveau les yeux sur Queen, traité de paix ou pas, un «Grand Ax Crusher» serait vite parti.
Après cela, on pouvait presque dire que l'affaire était dans le sac : car lorsque même les spectres personnels de Rhadamanthe furent persuadés que Kanon des Gémeaux était un être tout bonnement ignoble, la totalité des Enfers commença à s'interroger sur ce sujet. Si bien que le lendemain, il trouva les dossiers du juge posés derrière la porte, accompagnés d'une vague note de politesse plus que forcée à son égard.
Double avantage, se dit alors le Gémeau : non seulement cela accélérait le processus de haine contre lui aux Enfers, mais en plus, cela lui permettait de rester au lit jusqu'en début de soirée! Et puis, surtout, ça mettait temporairement un terme à cette mascarade, car son rôle était de plus en plus difficile à tenir...
Ceci dit, il n'eut pas vraiment le temps de se morfondre sur le sujet : car, peu de temps après le départ du juge, la porte d'entrée se fit marteler de coup de poings.
Kanon sursauta et jeta un vague coup d'œil au réveil, qui indiquait à peine huit heures (Rhadamanthe semblait avoir des horaires moins contraignant le week-end). Le Gémeau haussa un sourcil : jamais aucun spectre n'était venu aussi tôt jusqu'à présent... Quoique c'était peut-être leur façon de se venger.
Se disant que c'était là l'explication la plus plausible, il se releva en bâillant, attrapa quelques vêtements par terre (ceux qui étaient les moins froissés et qui ne sentaient pas trop mauvais), les enfila à la hâte, puis se dirigea en titubant jusqu'à la porte d'entrée, qui continuait à se faire agresser.
Kanon défit le verrou, tout en se demandant à qui il aurait à faire aujourd'hui. Dommage, se dit-il alors, que Zélos ne se soit jamais présenté ici : c'était bien le seul spectre qu'il aurait démembré sans le moindre remord!
Il eut un léger rire à cette pensée puis, d'un geste brusque, ouvrit enfin la porte, curieux de savoir qui avait encore assez de cran pour venir jusqu'ici.
En tout cas, rien n'aurait pu le préparer à la terrible épreuve qui l'attendait.
Complètement tétanisé, il ne put détourner son regard de la terrifiante apparition qui se tenait devant lui :
Pandore, la prêtresse des Enfers, aussi sublime qu'effroyable dans une robe couleur ébène, le fixant de ses grands yeux sombres.
Kanon, décontenancé, la contempla un long moment sans faire le moindre geste, puis s'inclina brièvement :
-Votre... Votre Majesté, commença-t-il d'un ton incertain en posant un genou à terre. Quelle bonne surprise!
-Pas de formalités, Kanon des Gémeaux, je t'en prie! Je suis ici incognito!
Le Grec voulut lui faire remarquer qu'une longue robe de satin noir surmontée de trois kilos de dentelles n'était pas l'idéal si elle voulait passer inaperçue, mais se ravisa : vingt huit ans, c'était encore trop jeune pour mourir.
Et puis, la situation lui paraissait tellement étrange qu'il eut du mal à aligner correctement trois mots d'affilée :
-Euh... Fort bien, articula-t-il alors qu'il se relevait et serrait la main qu'elle lui tendait, avec l'impression d'être passé dans la quatrième dimension.
-Parfait, déclara la jeune fille en s'essuyant malgré tout la paume sur le tissu de sa robe. Kanon des Gémeaux, mon cher, il me tardait de te revoir!
...Bon, ça, ça ne présageait rien de bon, en déduisit assez justement le chevalier d'Athéna.
-J'en suis très sincèrement flatté, dit-il prudemment en guettant les réactions de la jolie brunette.
-Cela va de soi. Mais depuis ton retour, tu n'as même pas pris le temps de passer aux Enfers pour nous saluer. Sa Majesté Hadès et moi-même en sommes très contrariés!
Un des locataires qui traversait le couloir à ce moment-là les regarda comme s'ils s'agissaient de deux fous furieux, puis s'empressa de monter dans l'ascenseur.
Kanon, lui, prit un moment pour réfléchir : Rhadamanthe et lui s'étaient mis d'accord sur le fait que, s'il souhaitait vraiment faire un retour fracassant aux Enfers, il valait mieux laisser à la rumeur le temps de bien se répandre.. Mais d'un autre côté, contrarier Hadès et Pandore avant sa disparition définitive relevait du suicide pur et simple. Que faire?
-Vous... m'en voyez navré, mais... Après tout ça, je ne me sentais pas vraiment prêt à revenir comme si rien ne s'était passé...
Pandore le regarda un long moment, sans chercher à cacher la lueur de soupçon au fond de ses yeux. Kanon rajouta donc, pour la forme :
-Mais vous, qui êtes si compréhensive et qui possédez une telle grandeur d'esprit, je suis certain que vous pouvez me comprendre.
A son grand soulagement, l'adolescente mordit à l'hameçon et s'adoucit immédiatement, lui offrant au passage un charmant sourire :
-Toi, au moins, tu es capable de voir mes qualités d'âme!
Le Gémeau se retint d'éclater de rire.
-C'est pourquoi, cher Kanon, tu dois savoir que je te pardonne tes torts, même si j'admets que j'attends avec impatience ton retour parmi nous!
-Je n'en mérite pas tant, répondit-il en se disant que cette affaire devenait de plus en plus suspecte.
-Ne sois donc pas si modeste! Après tout, nous sommes amis, non?
Bon. Là, c'était sûr, elle devait vraiment avoir quelque chose à lui demander. Alors autant rentrer dans son jeu tout de suite, ce serait plus vite terminé.
Le Gémeau réprima donc un frisson et répondit en inclinant légèrement la tête :
-Je suis très honoré que vous me placiez aussi haut dans votre estime.
-Mais voyons, c'est tout naturel! Et sache que si jamais un jour, tu as des problèmes avec cette espèce d'imbécile qui te sert de compagnon, tu pourras compter sur moi pour y remédier!
Tiens, tiens, se dit alors Kanon : il était désormais en son pouvoir de conduire Rhadamanthe à une mort certaine? Intéressant...
Mais bon, se rappela-t-il, ce n'était pas le plus important à l'heure actuelle :
-Euh... Je vous en suis reconnaissant.
-Bien entendu, clama la jeune fille. Et je suis persuadée que, de ton côté, tu serais prêt à me rendre service en cas d'extrême urgence! N'est-ce pas?
«Nous y voilà...» se dit-il simplement.
-Mais bien évidemment.
Cependant, Kanon, une fois sa phrase finie, se fit la réflexion qu'il aurait peut-être mieux fait de se taire. Car immédiatement, les yeux de Pandore devinrent humides et elle saisit les mains du Gémeau entre les siennes, lui lançant un regard désespéré :
-Eh bien, mon ami, il s'agit d'un cas d'extrême urgence!
Kanon se raidit immédiatement, se demandant ce que pouvait bien être une «extrême urgence» selon les critères de Pandore. Il décida donc de mettre de côté son animosité envers la jeune fille et se pencha à sa hauteur, lui demandant avec autant de douceur que possible :
-Et de quoi s'agit-il donc?
La gorge de la jeune fille sembla se nouer alors qu'elle faisait de gros efforts pour lui répondre et ne pas fondre en larmes :
-J-Je ne peux plus supporter cette situation!
Puis, après avoir gémi un moment, elle s'agrippa à la chemise de l'ex-Dragon des Mers (qui dut faire appel à tout son courage pour ne pas s'enfuir en hurlant devant une situation aussi étrange) et le regarda droit dans les yeux, une étrange lueur brillant au fond de ses pupilles :
-Kanon, tu dois me venir en aide!
-...J'en serais fort aise, répondit le Gémeau avec une certaine raideur. Le problème, c'est que j'ignore quelle est cette «situation» si insupportable à vos yeux...
Cette remarque eut ses bons et ses mauvais côtés : certes, elle permit d'obtenir enfin une réaction normale de la part de Pandore... Ainsi que le lot de méchancetés qui composait la quasi-totalité des paroles de la jeune femme :
-Es-tu donc aussi stupide? Ou bien tu le fais exprès?
-Je ne me permettrais pas, chère amie.
-Je l'espère pour toi!
-Et donc, ce fameux problème?
-Eh bien, il s'agit évidemment d'Ikki!
Blanc.
Ah oui, tiens! Se dit alors le Gémeaux. Il l'avait complètement oublié, celui-là! Il fallait dire aussi qu'avec toute cette histoire, il n'avait pas vraiment eu le temps de songer au Phénix... Ce qui n'était visiblement pas le cas de la jeune femme.
-...Ikki? Répéta-t-il donc, histoire d'être sûr.
-Oui, soupira avec tendresse la jeune intendante des Enfers. Je ne peux plus me contenter de cette relation par correspondance! Il FAUT que je le vois!
Bon, c'était bien joli tout ça, mais Kanon ne voyait toujours pas en quoi il était impliqué dans cette affaire. Pandore enchaîna donc rapidement :
-Et comme je sais que, non seulement tu es le seul à ne pas t'opposer à notre union, mais qu'en plus tu es un ami cher pour nous deux, je me suis aussitôt tournée vers toi!
Kanon ronchonna : ça lui apprendrait, à balancer des conneries plus grosses que lui juste pour «rendre service»! Au moins, une fois que toute cette histoire serait terminée, il aurait bien mérité sa récompense!
-Encore une fois, j'en suis flatté, mais je ne vois pas très bien en quoi je peux vous être utile...
-Kanon. Tu sais où se trouve mon cher Ikki en ce moment?
-Euh... Non, répondit sincèrement le Gémeau pour la première fois depuis le début de leur conversation.
-Mais tu es capable de le retrouver, n'est-ce pas?
Le Gémeau prit un moment pour réfléchir : il pouvait bien tenter de chercher les émanations de son Cosmos, mais c'était une technique efficace lorsque l'ennemi était proche. Et il était fort probable que le Phénix se trouve à quelques milliers de kilomètres de lui.
Enfin bon, l'énergie d'Ikki n'était quand même pas de celles qui passaient inaperçues, alors peut-être qu'avec un peu de concentration...
Il ferma les yeux un moment et posa deux doigts sur son front, Pandore l'observant avec attention, puis commença à chercher quelques traces d'émanation du Cosmos de son ancien adversaire.
Ce qui ne lui prit pas très longtemps. Ceci dit, il resta un moment sceptique lorsqu'il eut détecté l'endroit précis où se trouvait le Phénix, si bien qu'il rouvrit les yeux avec un air décontenancé. La jeune femme lui sourit aussitôt :
-Ça y est? Tu sais où il se trouve?
-...Ben... Je crois, oui. Mais...
-Oh, merci! Merci mille fois, Kanon! S'écria-t-elle alors que des larmes de joie commençaient à perler au coin de ses yeux.
–...Euh, de rien. Mais je peux vous poser une question?
-Bien entendu.
-Vous faites quoi, là?
Car tout en le remerciant, la jeune fille était venue placer un de ses bras sous celui de Kanon et était à présent agrippée à lui comme si sa vie en dépendait :
-Eh bien, n'est-ce pas évident?
-Pas vraiment, non! Rétorqua le Gémeau qui, s'il n'avait pas eu connaissance des sentiments de la brunette, aurait volontiers pris la fuite.
-Je souhaite que tu m'y emmènes. Maintenant.
A savoir que «Je souhaite» prononcé par Pandore s'assimilait davantage à «J'ordonne» : autrement dit, les chances déjà fort minces de Kanon d'échapper à cette situation devinrent carrément inexistantes.
Malgré tout, il ne pouvait s'empêcher de trouver un côté suspect à la localisation du Phénix et, si ses soupçons s'avéraient justifiés, il avait la très désagréable impression que toute cette histoire allait encore lui retomber dessus. Il demanda donc à la jeune prêtresse :
-C'est vraiment ce que vous désirez?
-Plus que tout autre chose au Monde, affirma la belle.
-Vous en êtes sûre?
-Certaine.
-Vous ne le regretterez pas?
-Comment pourrais-je regretter mes retrouvailles avec mon cher et tendre Ikki? Allons, cesse donc de poser des questions idiotes et escorte-moi!
L'idée d'escorter une aussi jolie fille avait sans nul doute quelque chose de tentant, mais il s'agissait tout de même de Pandore. Et si cette rencontre se soldait une nouvelle fois par un échec, il ne donnait pas cher de sa peau...
Mais le regard effrayant de la prêtresse s'intensifia et Kanon soupira, s'avouant enfin vaincu. Il attendit ensuite que Pandore soit fermement agrippée à lui et fila à la vitesse de la lumière en direction des quelques brides de Cosmos du Phénix, priant tous les Dieux et Déesses qu'il connaissait (et qui n'avaient pas encore une dent contre lui : cela réduisait considérablement la liste) pour que cette fois-ci, il ne déclenche pas de catastrophe.
XxXxXxX
L'Astrologie, parmi toutes les conneries qu'elle affirmait, avait toujours prétendu que les humains nés sous le signe des Gémeaux pouvaient créer entre eux des liens assez étroits pour que, d'une manière ou d'une autre, ils leur permettent de se partager la même Destinée.
Saga et Kanon en étaient la preuve vivante : car, à l'heure actuelle, il aurait été difficile de dire qui de l'aîné ou du cadet se trouvait dans la pire situation.
-Ah... On dirait qu'il revient à lui!
L'ex-Grand Pope fronça les sourcils lorsque la voix, familière mais trop forte pour ses tympans, résonna. Il ouvrit péniblement les yeux.
Il se sentit alors atrocement mal : la lumière décidément trop vive lui brûlait les yeux, son corps tout entier lui semblait pâteux, les rares voix qui se faisaient entendre lui donnaient une violente migraine et lorsqu'il ouvrit la bouche pour parler, seul un faible gémissement s'échappa d'entre ses lèvres :
-Ça y est, il s'est réveillé!
-Le pauvre chéri, il fait peine à voir!
-Saga, mon ami! Est-ce que ça va mieux?
Cela dépendait du sens de la question, se dit alors le Gémeau : est-ce que passer d'un grand flou blanc à une grosse ombre marron, c'était «aller mieux»?
Mais bien vite, quelque chose de froid fut déposé sur son front et la migraine commença à se calmer. Puis, petit à petit, ses yeux s'habituèrent à la luminosité et il lui fut enfin permis de reconnaître sa chambre, ainsi que la large silhouette qui lui faisait face :
-Al... Aldebaran? Marmonna-t-il.
Le visage du Brésilien se fendit d'un large sourire et il poussa un soupir de soulagement :
-Te voilà enfin réveillé! Tu nous as fichu une sacrée frousse, tu sais!
Saga ne comprit pas ce qu'il voulait dire par là, mais décida qu'il était préférable de ne pas gaspiller ses forces à poser des questions inutiles.
Mais cela ne sembla pas être l'avis de son second visiteur :
-Eh bien, Saga des Gémeaux! Est-ce là une attitude convenable à adopter devant mon illustre personne?
S'il en avait été capable, l'aîné des Gémeaux se serait levé d'un bond, puis jeté au sol pour se prosterner devant la divine apparition. Mais là, il dut se contenter d'ouvrir des yeux ronds et de fixer stupidement la jolie jeune fille à la longue chevelure lilas qui lui faisait face : Saori Kido.
Qui finit par s'impatienter et croiser les bras sur sa poitrine, en demandant d'un air hautain :
-Eh bien, j'attends, Saga!
Le troisième gardien retint un soupir exaspéré : un ordre de Saori Kido, aussi égoïste soit-il, restait un ordre divin. Il commença donc, d'une voix molle :
-Mes... Mes respects, Déesse Athéna...
Mais l'adolescente ne semblait pas encore tout à fait satisfaite. Estimant qu'elle voulait également qu'il s'incline, il fit un effort considérable pour se mettre en position assise sur son lit. Il tenta ensuite de se relever, mais la migraine l'assaillit de nouveau, lui faisant fermer les yeux sous la douleur, et il se sentit retomber en arrière.
A ce moment là, deux mains agrippèrent doucement ses épaules et l'aidèrent à se rallonger. Une fois cela fait, elles se retirèrent et Saga ne put que bredouiller avec appréhension :
-A-Acceptez mes excuses, ma Déesse... Je n'ai pas réussi à...
-N'en dis pas plus, Saga, mon cher chevalier! Je vois bien que tu n'es pas en état de respecter le protocole. C'est pourquoi, dans ma grande générosité et ma grâce infinie, je t'accorde mon pardon!
-Vous... Êtes trop bonne, Déesse Athéna...
-Je sais, Saga! Susurra la peu modeste réincarnation. Enfin, maintenant que tu as repris connaissance, tu vas peut-être enfin pouvoir me dire ce qu'il t'est arrivé?
-... Ce qu'il m'est arrivé?
-Déesse Athéna, intervint alors Aldebaran. Saga m'a l'air épuisé... Ne devrions-nous pas le laisser se reposer encore un peu avant de...
-Tu oses contester un ordre divin, Chevalier du Taureau?
-Non, mais...
-Bien! Alors nous t'écoutons, Saga!
Facile à dire, pensa le Gémeau en grimaçant : lui, il ne comprenait même pas de quoi elle parlait. Pour être franc, il ne savait même pas ce qu'il faisait là. Non pas qu'il était désagréable d'avoir au moins quelques personnes concernées par sa santé, mais il aurait bien voulu savoir ce qu'il avait bien pu lui arriver pour qu'il se retrouve dans un tel état...
Puis il se souvint.
Oh oui, ça lui revenait, maintenant! Tout avait commencé avec ce bouquet de roses plus que suspect que cet empoisonneur de Poisson lui avait laissé!
Accepter un cadeau d'Aphrodite était un acte suicidaire, comment avait-il pu l'oublier aussi facilement? ...La déprime, sans doute. Enfin, il l'avait bien vite regretté lorsqu'une légère fumée s'était mise à se dégager des fleurs... Le reste, il ne s'en souvenait pas.
Mais pas besoin d'être un génie pour comprendre que c'était forcément le mortel présent qui l'avait mis dans cet état! C'est donc fulminant de rage qu'il rouvrit les yeux et distingua Aldebaran du Taureau, appuyé contre le mur d'en face, Saori Kido, debout devant lui, et... Aphrodite des Poissons, assis sur le bord du lit, un sourire trop large pour être innocent plaqué sur son visage :
-Coucou, Saga-chéri!
-TOI !
Le cri fit sursauter Aldebaran et reculer de trois pas la Déesse de la Sagesse, qui jeta à Saga un regard outré. Mais Aphrodite, lui, demeura immobile, son sourire toujours en place :
-Tu me vexes, Sagounet! Moi qui suis resté à ton chevet pendant tout ce temps...
-T'es arrivé y a même pas dix minutes, fit remarquer Aldebaran, le tout sans la moindre méchanceté.
Le Suédois ne releva pas. «Sagounet», quant à lui, se tourna alors vers Saori et lui déclara, aussi rapidement que son état le lui permettait :
-Déesse! C'est lui... C'est Aphrodite, le responsable!
La Divinité secoua légèrement la tête sous le coup de la surprise, puis se tourna vers le douzième gardien :
-Aphrodite, qu'as-tu à répondre à cela?
-Que Saga ne me semble pas avoir toute sa tête et que je lui pardonne cette ridicule accusation, Votre Grandeur! Susurra le Poisson qui semblait beaucoup s'amuser.
-Ne l'écoutez pas, Déesse Athéna! Il...
Saga prit un instant pour reprendre son souffle, puis poursuivit :
-Il m'a donné des fleurs piégées, Votre Majesté! Des roses fumigènes, ou je-ne-sais-trop-quoi...
Le Gémeau réalisa alors qu'il aurait mieux fait de garder sa dernière phrase pour lui, car Aldebaran et Athéna se mirent à le regarder comme s'il avait totalement perdu l'esprit :
-...Aphrodite? Intervint finalement la réincarnation.
-Voyons, c'est ridicule, Déesse! Vous vous doutez bien que, si j'étais réellement capable d'une telle attaque, je vous en aurais fait part!
Saori, à cette pensée, eut un petit sourire satisfait et décida de s'en tenir à cette affirmation très discutable :
-Mon cher Poisson, je ne doute pas un seul instant de ta fidélité envers ta Déesse! Ce qui n'est pas le cas pour tous...
Elle lança alors un petit regard mesquin au Gémeau, dont le visage se décomposa. Blessé dans son orgueil et sa loyauté, il tenta une fois de plus :
-M-Mais enfin, Déesse Athéna...
-Il suffit, Saga! As-tu seulement la moindre preuve de ce que tu avances?
-Pour ma part, dit alors le Taureau, je n'ai trouvé aucune rose ici...
Une fois de plus, l'ex-Grand Pope se sentit fulminer : bien entendu, Aphrodite, malgré ses innombrables défauts, était loin d'être imbécile! Il avait évidemment fait disparaître toute preuve compromettante et pouvait donc sans risque se permettre le petit sourire narquois qu'il avait en ce moment même.
Tout en se jurant qu'un jour, il ferait bouffer au Suédois la totalité de ses tubes de rouge à lèvres, il inclina légèrement la tête en signe de défaite :
-...Je n'en ai pas, Votre Magnificence.
-Donc, tu admets que ton explication est ridicule, n'est-ce pas?
-Elle l'est, grinça le Gémeau en ignorant les yeux rieurs d'Aphrodite. J'ai dû imaginer tout cela...
-Parfait! Maintenant, présente tes excuses à notre cher Poisson!
Saga grimaça, puis articula avec une réelle difficulté :
-Je te demande pardon, Aphrodite...
-Allons, c'est oublié! Répondit le Suédois en se retenant de rire. Mais tout de même, moi qui fais partie des rares personnes concernées par ton état, je m'attendais à plus d'égard!
-Tu es resté inconscient pendant six jours, expliqua Aldebaran devant son regard interrogateur.
Ah, ça expliquait enfin cette dalle monstrueuse, se dit Saga alors que son estomac manifestait bruyamment ses exigences. Saori étouffa un petit rire.
-Et nous nous sommes tous relégués pour veiller sur toi! Termina le Taureau avec un bon sourire.
Saga en fut heureux, mais surpris : il restait donc encore tant de gens qui voulaient bien lui accorder leur confiance?
-Et par «tous», tu veux dire qui?
-Ben... Nous, avoua le Taureau d'un air gêné étendant ses bras, limitant aussitôt le terme à trois personnes.
Ah... Il aurait dû s'en douter.
-Oh, tu es bien gentil, Aldebaran, intervint ensuite Athéna. Mais inutile de nous compter : j'étais simplement partie faire les boutiques avec Aphro' et on s'est juste arrêtés pour vérifier que tu étais toujours en vie!
Le tout prononcé avec le plus charmant des sourires, qui donna à Saga une envie urgente de se pendre. Il demanda malgré tout, avec un faible espoir :
-Personne d'autre?
-Euh... Camus est passé hier...
-Camus? S'étonna ouvertement le Gémeau.
-...Pour récupérer un livre que tu ne lui avais toujours pas rendu.
-...Ah.
Il y eut alors un vague silence, au cours duquel Saga se demanda ce qui était le pire, entre le regard empli de pitié d'Aldebaran et les sourires extra-larges d'Athéna et d'Aphrodite. Puis il prit la parole une fois de plus :
-Et... Mon frère?
-Kanon? S'interrogea tout haut la Divinité. Ça fait un bout de temps que je ne l'ai plus vu au Sanctuaire...
Évidemment, songea-t-il alors avec amertume. Kanon devait encore être en compagnie de ce maudit Spectre, et qui savait quelles horreurs ce monstre lui faisait subir en prétextant de jouer aux amoureux...
Ses pensées s'interrompirent soudain, et un grand vide se fit au creux de sa poitrine. Il faillit alors relever la tête, et poser la question tant redoutée :
Et Mû?
Mais il choisit de se taire. Ça n'aurait servi à rien, de toute façon : franchement, pourquoi le Bélier se sentirait-il concerné par son cas, après leur dernier échange?
Dans un sens, se dit-il avec tristesse, il méritait peut-être de se retrouver dans un tel état de faiblesse, sujet à l'ignorance et au mépris de ses pairs et de sa Déesse.
Déesse qui ne tarda d'ailleurs pas à frapper ses mains l'une contre l'autre et à se diriger vers la porte :
-Bon, maintenant que nous avons la certitude que tu es toujours en vie et apte à remplir ta fonction, nous allons prendre congé. Tu viens, Aphro' ?
-J'accoure, ma Déesse! S'empressa de répondre l'hypocrite. Allez, bon rétablissement, Saga chéri!
Et les deux chevelures lilas et bleu azur disparurent de son champ de vision, laissant derrière elles une petite série de piaillements aigus que le Gémeau ne comprit pas.
Puis le silence refit surface dans la chambre, uniquement troublé par la lourde respiration du Taureau, son malgré tout plus apaisant que la voix haut perchée d'Aphrodite et le rire exaspérant de sa supérieure.
Il s'écoula plusieurs minutes, pendant lesquels Taureau et Gémeau se fixèrent sans prononcer le moindre mot, mais finalement le plus jeune reprit la parole :
-Bon, eh bien, je ne vais pas déranger plus longtemps...
-Mais tu ne me déranges pas, voyons! Répliqua aussitôt Saga, peu désireux de se séparer de ce qu'il considérait être la seule présence réconfortante à l'heure actuelle. (Mû refusant sans doute de le voir et son frère étant parti il-ne-savait-où)
Cependant, Aldebaran le regarda d'un air légèrement taquin et répliqua avec un large sourire :
-Ah bon? Pourtant, j'ai clairement l'impression d'être de trop...
-Mais... Mais qu'est-ce que tu racontes, enfin?
Son air incrédule devait avoir quelque chose de comique, car le Taureau éclata de rire. Après quoi, il lui adressa un petit signe de la main et se dirigea à son tour vers la sortie :
-Allez, je vous laisse! A plus tard!
-... «Vous» ?
Mais ce ne fut que lorsque le Brésilien quitta la pièce que Saga eut le bon sens de faire abstraction sur sa migraine et de tourner la tête vers la gauche pour la première fois depuis son réveil... Et si son mal de crâne n'avait pas été aussi violent, il se serait volontiers mit une claque, histoire de s'assurer qu'il ne rêvait pas!
Et pourtant, il n'y avait aucun doute possible : cette belle et longue chevelure parme, cette peau blanche et ces deux yeux couleur jade ne pouvaient appartenir qu'à une seule personne.
-M-Mû? Bredouilla-t-il avec une émotion mal contenue.
Oui, la présence du jeune homme n'était pas une illusion. Mais bien vite, Saga comprit qu'elle n'était guère synonyme de réconciliation.
En effet, depuis son réveil, le Bélier n'avait pas prononcé le moindre mot, était resté à l'écart des autres et s'était arrangé pour éviter constamment le regard de Saga, cloîtré dans un coin de la chambre et ses yeux continuellement rivés vers le sol.
Pas très engageant.
Mais peu importait, dans le fond! Car il était là, à ses côtés. Et même s'il ne s'agissait là que d'un acte de charité de la part du Bélier (qui était malgré tout l'un des rares chevaliers d'Or à se sentir concerné par l'état de santé de ses collègues), pouvoir contempler son visage était un plaisir que Saga estima à sa juste valeur, et il sentit un sourire naître sur ses lèvres :
-Tu... Tu es resté à mon chevet depuis tout ce temps? Demanda-t-il avec un vague espoir.
Le Tibétain ne répondit pas et son regard demeura fixé vers le sol de pierre, mais la fatigue qui se lisait sur son visage, ainsi que les cernes qui commençaient à apparaître sous ses yeux, répondirent à sa place. Le sourire de Saga s'élargit davantage :
-Merci...
Il n'obtint toujours aucune réponse vocale mais cette fois-ci, le Bélier se redressa et haussa vaguement les épaules, une faible rougeur ayant remplacé son teint pâle.
C'était un début.
Et Saga, de son côté, décida également de garder le silence, histoire de savourer pleinement le bref instant de joie qui s'offrait à lui.
Vraiment, il n'y avait rien de plus fabuleux que de redécouvrir, après toutes ces années, ce qu'était le bonheur.
XxXxXxX
-Kanon, ne vois pas dans cette remarque un terme à notre amitié, mais dorénavant, je choisirai moi-même le moyen de locomotion si nous devons de nouveau faire route ensemble.
Kanon fit un gros effort pour ne pas rouler des yeux. Au lieu de ça, il observa d'un air amusé la jeune fille qui tentait tant bien que mal de retrouver une apparence décente.
Avant de critiquer les déplacements à la vitesse de lumière, elle aurait dû songer aux désagréments qu'ils pouvaient causer... Notamment sur une coiffure minutieusement préparée et une robe admirablement bien repassée : à présent, elle donnait l'impression d'être passée dans une centrifugeuse.
Malgré tout, il ne lui fallut pas plus de deux minutes pour redonner à ses cheveux et à ses vêtements un aspect acceptable. Et ce ne fut qu'à ce moment-là qu'elle daigna prendre connaissance des lieux :
-Bon alors, Kanon, où sommes-nous?
-A votre avis, Altesse?
Pandore se décida enfin à observer un peu plus attentivement le bâtiment dans lequel elle se trouvait. Un couloir sombre, d'une bonne vingtaine de mètres, parsemé d'immenses colonnes de marbre blanc et de quelques torches aux flammes mourantes, donnant à la pièce un aspect particulièrement sinistre. Le manque de luminosité fit plisser les yeux de la jeune femme, qui commença à se sentir légèrement étourdie : d'épais volutes de fumée formaient une brume presque compacte, rendant chaque mouvement périlleux et diffusant autour d'eux une forte odeur de jasmin. Pandore prit un moment pour réfléchir, puis déclara :
-J'avais d'abord pensé au Sanctuaire d'Athéna... Mais maintenant, j'ai davantage le sentiment d'être dans la cave d'un bar mal famé d'Amsterdam.
-Restez sur votre première impression.
Cette remarque rassura le jeune fille autant qu'elle l'inquiéta : que pouvait donc bien faire son cher Ikki dans un lieu aussi rustre et aussi nocif pour toute personne possédant un tant soit peu de bon sens?
-Je croyais qu'il était impossible d'utiliser la téléportation ou la vitesse de lumière pour traverser les Maisons du Zodiaque?
-En cas d'alerte ou en période de guerre seulement. Le reste du temps, Athéna se contrefiche pas mal de maintenir son cosmos autour du Sanctuaire...
C'était plus que crédible, selon Pandore.
Enfin, cela n'avait que peu d'importance! Bientôt, elle aurait le plaisir d'être entre les bras de l'homme de sa vie, et cette simple constatation réussit à balayer d'un coup toutes ses autres pensées, bien plus raisonnables.
Elle se tourna de nouveau vers le Gémeau et lui demanda, pleine d'espoir :
-Alors, où est-il?
D'un geste nonchalant, Kanon désigna une vieille porte en bois du côté gauche du couloir, à peine distinguable à travers l'épaisse brume parfumée. Pandore passa de nouveau ses mains dans sa longue chevelure, rajusta les manches de sa robe et murmura :
-Comment me trouves-tu?
-Ravissante, admit le Gémeau avec un regard appréciateur. Mais, encore une fois, Votre Altesse, êtes-vous bien sûre de vous?
-Tu ne te lasses pas de toujours poser les mêmes questions? J'ai fait tout ce chemin pour mon Ikki et je ne repartirai pas avant de l'avoir vu! Me suis-je bien fait comprendre?
Kanon la contempla un moment puis, une fois certain que sa décision était irrévocable, poussa un long soupir :
-C'est on ne peut plus clair, chère amie... Eh bien, bonne chance!
Et il commença à concentrer son énergie pour repartir, sous l'air interrogateur de la jeune fille :
-Kanon, attends!
-Qu'est-ce qu'il y a?
-Comment ça, «qu'est-ce qu'il y a»? Si tu pars maintenant, comment vais-je rentrer au palais?
-Avec votre intelligence et votre capacité d'adaptation hors du commun, vous trouverez bien une solution, persiffla le Gémeau. Et puis, je suppose que maintenant, vous désirez un peu d'intimité, non?
En fait, c'était surtout parce qu'il n'avait pas la moindre envie d'assister aux retrouvailles des deux anti-sociaux. Mais une fois de plus, Pandore se laissa amadouer et répondit d'une voix douce :
-Tu as tout à fait raison! Et je remercie les Dieux de m'avoir accordé l'amitié d'un être aussi généreux que toi!
Kanon se dit assez justement que les Dieux devaient sans doute utiliser un autre adjectif que «généreux» pour le définir, mais resta muet.
Au lieu de ça, il s'inclina une dernière fois devant la jeune fille et disparut dans un éclair doré, priant simplement pour que son frère n'ait pas détecté sa présence.
Pandore se retrouva donc seule, et regretta un instant de ne pas avoir retenu le Gémeau auprès d'elle : ce lieu n'avait strictement rien de rassurant!
Mais elle braverait tous les dangers pour son Phénix, se dit-elle en se redressant et en avançant fièrement à travers les épais nuages de fumée. Cela fait, elle remit en place une mèche de cheveux derrière son oreille et, d'un geste vif, enclencha la vieille poignée en s'exclamant :
-Ikki! Tu es là, mon ChériiiIIIIIIIIIHHH !
La réaction pouvait au moins être considérée comme compréhensible! N'importe quelle fille aussi aveuglement amoureuse que Pandore aurait réagi de manière semblable en découvrant l'homme de sa vie... Nu, dans un lit qui n'était définitivement pas le sien, accompagné d'une sublime créature à la chevelure blonde d'une longueur improbable, le tout en lui lançant un regard hébété accompagné d'un charmant :
-...Putain, mais qu'est-ce que tu fous là, toi?
Au moins, cette fois-ci, la situation n'admettait aucune possibilité de malentendus. Et pour la première fois depuis bien longtemps, la Prêtresse eut une réaction sensée.
A savoir, laisser deux grosses larmes couler le long de ses joues, hurler un «ESPECE D'ENFOIRE!» bien senti, puis quitter le bâtiment à toute vitesse en se cachant le visage entre les mains.
A la sortie, elle bouscula quelqu'un sans y prêter la moindre attention et se mit à dévaler les escaliers des douze Maisons du Zodiaque en sanglotant.
Le «quelqu'un» n'étant autre que le Chevalier du Lion, parti rendre une petite visite à son cher frère, et très choqué de croiser la sœur d'Hadès à l'entrée de la Maison de la Vierge.
Aiolia prit un instant pour réfléchir : Shaka semblait s'être pris d'une vive affection pour les oiseaux, dernièrement. Alors, maintenant qu'il ramenait des Phénix chez lui, pourquoi pas des pigeonnes?
Enfin, se dit-il en haussant les épaules puis en reprenant sa route, du moment que personne ne touchait à son Aigle, il n'avait rien à redire!
XxXxXxX
Saga, de son côté, n'était pas vraiment dans une situation plus glorieuse.
L'atmosphère de la pièce ne s'était toujours pas réchauffée, en dépit de tous les efforts qu'il avait fourni pour essayer de rendre à Mû un comportement humain :
Décidé à tout faire pour ne pas laisser filer son infirmier, il multiplia les démarches pour tenter de le faire parler ou au moins le forcer à le regarder dans les yeux. Sans succès.
Il se plaint d'abord d'un violent retour de la migraine (qui au moins n'était pas feinte), mais le Bélier se contenta de tendre un doigt vers lui et un linge humide se posa de lui-même sur son front.
Il réclama ensuite un verre d'eau. Là encore, le Tibétain se limita à indiquer de l'index une carafe d'eau et un verre posés sur la table de chevet, sans même relever la tête.
Et lorsque Saga voulut lui demander quelque chose à manger, il réalisa qu'une assiette de tartines et de biscuits était posée sur un support au pied du lit.
Il soupira, encore plus démoralisé qu'avant. Oui, bien sûr, il était heureux que Mû soit auprès de lui et qu'il ait veillé sur lui durant sa convalescence, mais ce silence qu'il avait d'abord considéré comme une douce quiétude devenait de moins en moins paisible et donnait à Saga l'impression qu'une tempête pouvait éclater d'une minute à l'autre. Il aurait vraiment tout donné en cet instant pour entendre la douce voix du Bélier...
Finalement, il se laissa retomber sur son oreiller en soupirant une fois de plus, son regard rivé vers le plafond et les quelques fissures qui s'y trouvaient. Puis, sans vraiment s'en apercevoir, il laissa échapper d'une voix lente :
-En fait, je crois que je vais finir par m'habituer à ce genre de situations...
La phrase retomba lourdement dans la pièce, et l'oppressant silence s'instaura de nouveau. Saga ferma alors les yeux, découragé. Il s'écoula plusieurs minutes sans que rien ne se passe... Mais finalement :
-...Comment ça?
La surprise fut si grande que le Gémeau manqua de tomber de son lit. Il se rattrapa de justesse au matelas et se releva d'un coup pour faire face aux deux yeux couleur jade qui s'étaient posés sur lui. Mû avait enfin décidé de sortir de son mutisme et son regard, bien que légèrement fuyant, lui était à présent entièrement destiné.
Et bien qu'il en fut ravi, Saga se trouva décontenancé par ce soudain changement et il eut du mal à formuler une réponse correcte :
-Eh bien, je veux dire... Nous deux seuls dans ma chambre, dans des circonstances des plus étranges...
Le Gémeau s'interrompit alors, se demandant au passage s'il n'aurait pas mieux fait de se taire. Il en fut persuadé lorsque le visage du Bélier devint légèrement rouge et que ses yeux se baissèrent de nouveau, avec obstination.
Le silence reprit alors place dans la pièce, et il sembla à l'aîné qu'il était encore plus oppressant qu'auparavant : bon sang, mais pourquoi avait-il répondu un truc pareil? Pourquoi n'avait-il toujours pas compris que se la fermer était ce qu'il pouvait faire de mieux, en ce moment?
-Écoute, Saga...
Ah, tiens : écouter! Oui, pourquoi pas? Au moins, il ne risquait pas d'aggraver les choses, avec ça!
Il lui fallut malgré tout un certain temps pour comprendre que ces deux mots ne lui avaient pas été soufflés par son subconscient, mais par un jeune Atlante qui avait de nouveau levé des yeux inquiets vers lui.
Aussitôt, Saga se redressa, prit son air le plus solennel et plongea son regard dans celui du Tibétain tout en croisant nerveusement ses mains. Cela sembla amuser Mû, qui ne put retenir un très bref sourire. Hélas, son expression redevint bien vite terriblement sérieuse et il reprit la parole :
-Tu m'as... Surpris.
Délicat euphémisme pour désigner l'état d'extrême confusion dans lequel il avait mis le Bélier après leur dernière «discussion». Saga jugea cependant préférable de ne pas lui en faire la remarque et le laissa poursuivre :
-Je dois t'avouer que... C'est une situation dans laquelle je n'imaginais pas me retrouver un jour.
Il passa distraitement une main dans ses cheveux et marmonna :
-Est-ce que ça... Ça fait longtemps que...?
Mû s'interrompit, ne sachant pas vraiment comment terminer sa phrase. Il ne fallut cependant pas longtemps à Saga pour deviner de quoi il était question :
-Tu viens d'avoir 21 ans, c'est ça?
-Euh... Oui, en effet, répondit le Bélier avec une certaine surprise.
-Bon... Ça fait à peu près 21 ans, alors.
La réaction de Mû fut assez similaire à celle que le Gémeau avait imaginé : il eut un vif mouvement de recul et se plaqua encore davantage contre le mur de pierre, l'air terriblement confus. Enfin, se dit Saga, au moins, il ne s'était pas enfui à toutes jambes. Il en profita donc pour poursuivre :
-Je t'aimais déjà quand tu étais tout juste assez grand pour tenir au creux de mes bras, quand tu as prononcé mon nom pour la première fois, quand tu as commencé ton entraînement, quand Aldebaran te fabriquait des couronnes de fleurs et que tu te sentais obligé de les porter toute la journée pour ne pas le vexer, quand tu boudais parce que Milo et DeathMask t'entraînaient dans des histoires pas possibles. Je t'aimais quand tu es parti. Je t'aimais quand tu es revenu. Et là, en ce moment, je continue à t'aimer... Donc, oui. A peu près 21 ans.
De toute évidence, Mû ne savait plus où se mettre. Saga aurait également donné cher pour disparaître le plus vite possible : avouer à un homme qu'il était l'amour de votre vie depuis sa naissance, c'était plutôt embarrassant.
Mais ils restèrent à leur place, yeux rivés vers le sol ou vers le plafond, dans un silence des plus inconfortables. Si inconfortable que Saga consentit finalement à se tourner vers le Tibétain... Puis à lui souffler d'un air résigné :
-Tu sais, Mû, tu n'as pas à te sentir forcé à quoique ce soit.
Après un mouvement d'épaules hésitant, le Bélier se décida lui aussi à se retourner, sa curiosité ayant pris le dessus sur son embarras :
-Je te demande pardon?
Saga poussa un soupir à fendre l'âme et déclara, avec un ton trop abattu pour être en accord avec ses paroles :
-Eh bien... Oui, c'est vrai, je t'aime. Mais ça ne veut pas dire que je vais pour autant cesser d'être ton ami. Et vu que tu ne veux pas dépasser ce stade, on peut très bien continuer à «faire comme avant»...
-Mais enfin, Saga, je...
Déjà surpris par l'interruption, le Gémeau fut clairement choqué par le regard fixe de Mû et la détermination avec laquelle il se tenait devant lui, malgré son visage rosissant :
-Je... Je ne t'ai jamais dit «non», tu sais...
Une profonde vague de silence s'abattit alors sur le Sanctuaire sacré d'Athéna.
Bien vite suivi d'un «SÉRIEUX?» hurlé assez fort pour exploser une nouvelle fois les tympans d'Aldebaran, qui commença à regretter d'avoir laissé son meilleur ami seul avec un Saga dans un tel état.
Mais Mû était tout à fait parvenu à gérer la situation seul, en assommant Saga avec son oreiller avant que le Gémeau n'ait pu faire le moindre geste et en s'exclamant :
-Eh, minute! Je n'ai pas non plus dit «oui», à ce que je sache!
Déçu de s'être fait rembarrer une fois de plus, Saga se rassit en se disant qu'il ne devrait pas être permis de donner aux gens de tels faux espoirs. Enfin, en tout cas, Mû n'était pas parti. Il avait donc encore quelque chose à lui dire :
-Tu es calmé, maintenant?
-Navré, mais ça fait plus de 20 ans que je t'aime, alors...
-Oui, mais moi, ça fait à peine une semaine que je le sais, lui rappela Mû avec un léger sourire. Essaye de t'en souvenir!
Saga se reprit aussitôt et s'estima heureux que le Bélier se soit remis à sourire : peut-être que tout n'était pas complètement perdu, finalement...
-Enfin..., reprit alors le Tibétain. Je peux comprendre que tu attendes une réponse rapide, ...Mais tout cela me semble si soudain!
-Mais je ne te pousse pas à me répondre immédiatement, Mû! Je...
Le mensonge était tellement gros que Saga ne parvint même pas à le faire sortir de sa bouche. Il prit un instant pour réfléchir puis, se disant qu'il ne risquait rien à être franc, déclara :
-Non. En fait, oublie ce que je viens de dire. Après 21 ans, je ne me sens plus vraiment la force d'attendre encore... Je suis désolé.
Saga s'était attendu à faire face à un visage outré. Autant dire que sa surprise fut grande lorsque l'Atlante laissa échapper un petit rire : c'était bon signe ou pas?
-...Mais l'ennui, Saga, c'est que j'ignore moi-même ce que je voudrais te répondre...
Bon, c'était prévisible... Trop prévisible, peut-être. Si bien que Saga fut davantage déçu que surpris par la réponse. A cela, Mû se contenta de lui adresser un regard désolé auquel il ajouta, pour la forme :
-J'ai besoin d'y réfléchir.
-Moi qui croyais que les Béliers étaient impulsifs...
-Il ne faut pas toujours croire ce que racontent les étoiles, Saga! Mais nous pouvons l'être, c'est vrai...
-Alors pourquoi ne laisses-tu pas ton instinct te guider?
-Je ne m'appelle pas Milo.
-Heureusement, lui accorda Saga avec un léger rire. Mais pour une fois, ne pourrais-tu pas essayer?
Un bref silence lui répondit, bien vite suivi d'un énième soupir :
-Je ne sais pas, Saga... On m'a toujours enseigné à agir de manière réfléchie et avec la plus grande sagesse. Alors, mon instinct...
-Mais rien ne t'empêche de tenter le coup, n'est-ce pas?
Mû ne répondit pas tout de suite et se contenta de fixer Saga avec insistance : laisser son instinct le guider... C'était bien plus facile à dire qu'à faire! Surtout que son instinct faisait naître dans son cerveau quelques idées pas très nettes...
Il secoua vivement la tête et fit de nouveau face à Saga, qui semblait toujours attendre qu'il prenne une décision : ...Bah, ça ne pouvait pas être si terrible que ça, non?
-Oh, et puis, après tout, au point où nous en sommes rendus!
Un sourire un peu plus large prit place sur le visage du Gémeau alors que Mû s'asseyait de nouveau sur un bord du matelas, face à lui. Ils se contemplèrent un moment, dans le silence le plus total.
Le Bélier commença alors à faire taire les multitudes de questions sordides qui s'étaient nichées dans son crâne et à laisser l' «instinctif» se mettre en place.
...
Bon... Pour le moment, le résultat n'était pas très concluant : la seule chose que son instinct créa dans son esprit fut un soudain désir de valériane et, pour des raisons beaucoup plus claires, une furieuse envie d'étrangler Aphrodite des Poissons.
...Et également une étrange impression que les yeux de Saga semblaient encore plus brillants que d'habitude, aujourd'hui. Bizarre, d'ailleurs : il n'avait jamais distingué ces subtiles nuances de bleu et de vert qui composaient les iris du Gémeau, jusqu'à aujourd'hui! Ou bien était-ce la lumière qui lui donnait quelques hallucinations? Possible... Le seul moyen d'en être sûr, c'était sans doute de les regarder de plus près.
Ah. Maintenant, il en distinguait beaucoup plus clairement les différentes teintes, passant du turquoise au céladon. Et, en s'approchant encore davantage, il put également y discerner une légère touche de gris. Un tableau des plus envoûtants.
Si envoûtant qu'il mit un certain temps à réaliser que ce petit quelque chose qui lui chatouillait le nez depuis un moment n'était autre que celui de Saga, contre lequel il avait fini par se heurter au cours de sa contemplation.
Mais le contact n'était pas désagréable... Il avait déjà pu se rendre compte, les quelques fois où Saga avait rassemblé assez de courage pour lui tenir la main, que la peau du Grec était loin d'être déplaisante au toucher. Plutôt le contraire, même. Et c'est donc tout naturellement que sa main trouva son chemin jusqu'à la joue du Gémeau pour appuyer ses pensées. Mû ferma un instant les yeux, savourant la douce chaleur qui se dégageait de la peau de son aîné.
Il les rouvrit un peu plus tard, et ne put s'empêcher de sourire en découvrant de nouveau deux superbes iris le fixer avec insistance : c'était une sensation si apaisante, ce regard qui semblait lui dire qu'il n'y avait absolument rien à craindre, que n'importe quelle barrière pouvait se briser d'un claquement de doigts, qu'il n'avait jamais été autant désiré qu'aujourd'hui...
Il se sentait bien, avec ses yeux rivés dans ceux de Saga et ses deux mains posées sur les joues du Grec. Si bien. Au point que son cerveau ne se scandalisa même pas lorsqu'il se demanda s'il était possible d'accentuer cette sensation en se rapprochant encore davantage...
Tiens? Cette fois, c'était contre sa bouche qu'il sentait une légère pression... Un contact qui ne lui était pas inconnu, d'ailleurs : celui des lèvres de Saga.
Curieux, pourtant : cette fois-ci, il ne ressentait aucune surprise, ni aucune crainte à ce sujet. La sensation lui semblait à présent tout à fait naturelle. Si naturelle qu'il ne s'offusqua pas lorsqu'il sentit la main de Saga s'appuyer derrière sa tête pour accentuer le contact. Le souffle chaud du Grec contre son visage et les lents mouvements de ses doigts dans ses cheveux eurent bien vite raison des vagues protestations lancées par ses derniers neurones actifs, et il s'abandonna avec délice dans ce plaisir de plus en plus familier.
Du moins, jusqu'à ce que le contact prenne fin, que la main de Saga ne glisse le long de ses mèches, donnant à son corps la soudaine impression d'être glacé, et que la voix grave qu'il appréciait tant ne résonne jusqu'à ses oreilles en un doux murmure :
-Mû...
L'appel de son nom sembla avoir l'effet d'un coup de fouet pour le Tibétain, car il eut enfin l'air de réaliser ce qu'il venait de faire.
Bienvenu dans le monde réel, chantonna joyeusement son cerveau.
La réaction ne se fit pas attendre : en moins de trois secondes, ses joues pâles se teintèrent d'un rouge carmin que Saga jugea ravissant, et il plaqua ses mains sur ses lèvres avec une expression délicieusement choquée.
Il se releva immédiatement et, après avoir bafouillé quelques débuts de phrases incompréhensibles, réussit à articuler :
-Je-Je dois partir!
Il avait d'ailleurs déjà fait trois pas en direction de la porte lorsque Saga lui lança avec un sourire de pur bonheur :
-Est-ce que je peux considérer ça comme un «oui»?
-Ce n'était rien d'autre qu'une impulsion! Rétorqua aussitôt le Bélier en continuant d'avancer.
-Mais je pense pouvoir affirmer que ce n'était pas un «non», n'est-ce pas? Poursuivit Saga d'un air taquin, qui le fit aussitôt ressembler à Kanon.
A cet instant, Mû se décida à se retourner, lui jetant au passage un regard furieux, qui n'allait malheureusement pas avec son nouveau teint. Il le dévisagea un moment, l'air au comble de l'embarras, puis s'écria:
-C'était un «peut-être»! Voilà, tu es content?
Après quoi il reprit sa route vers la sortie, en prenant bien soin de baisser la tête au maximum, pour ne pas croiser le regard lumineux que Saga lui lançait : «content»? Lui qui n'espérait même plus une poignée de main, il avait obtenu un baiser et un début de réponse! Autant dire que «content», c'était faible. ...Mais comme la chance semblait enfin lui sourire, pourquoi ne pas la pousser encore plus loin..?
-Mû!
L'interpellé fit un nouvel arrêt, mais ne se retourna pas : il pensait s'être suffisamment humilié pour les dix années à venir. Aussi ne fit-il pas à Saga le plaisir de lui répondre et le laissa continuer :
-Je ne me sens pas encore parfaitement rétabli, marmonna le Gémeau avec une agonie feinte. Aurais-tu la gentillesse de revenir me tenir compagnie demain?
Silence.
Saga attendit patiemment, croisant les doigts sous sa couverture et observant avec attention les moindres mouvements effectués par le Tibétain : le léger sursaut de ses épaules, ses genoux qui se pliaient légèrement, un visage hésitant, à demi-tourné vers lui à plusieurs reprises, de brefs tremblements de mains, ses doigts indécis frottant ses lèvres avec acharnement, …
En bref, le langage du corps du Mû. Et Saga comprenait ce langage (et n'aurait pas été contre un approfondissement de ses connaissances).
Aussi, en fin de compte, ne fut-il pas étonné de la réponse qui suivit ses gesticulations :
-...Peut-être.
Et sur ces paroles, il reprit une fois encore son chemin jusqu'à la porte, dissimulant son visage dans ses mains et pressant le pas. Mais pas suffisamment pour quitter la chambre avant que Saga ne s'exclame joyeusement :
-Eh bien à demain, alors!
-PEUT-ÊTRE!
Mais le sourire qui s'était dessiné sur le visage du jeune homme à ce moment-là apporta à Saga la certitude que demain à la première heure, le Bélier serait présent à la troisième Maison!
Et lorsqu'il fut certain que Mû eut bien quitté le Temple, il croisa ses bras derrière sa tête, contemplant le plafond fissuré avec un parfait air d'imbécile heureux tout en se disant que, décidément, il aurait un tas de choses à raconter à Kanon à son retour!
XxXxXxX
Quelques heures plus tard, Rhadamanthe de la Whyvern se trouvait devant la porte de son appartement, après une journée de travail des plus remplies.
Il eut cependant la grande satisfaction de trouver le couloir vide, sans la moindre trace de petits garnements ou de tout individu de sexe féminin : la soirée ne commençait pas trop mal. Elle se poursuivit plutôt bien lorsqu'en ouvrant la porte d'entrée et lançant un vague «Bonsoir», une petite boule de poils se jeta à ses pieds en jappant joyeusement. Mais le silence qui suivit était bien moins plaisant.
Sans paraître affectueux ni même amical, Kanon avait au moins pris l'habitude de l'accueillir avec plus ou moins d'entrain lorsqu'il rentrait du Tribunal. (ça pouvait aller de «Salut! T'as passé une bonne journée?» à «Oh merde, encore toi...») Or, ce soir-là, aucune réponse. Ce ne fut que lorsqu'il arriva dans le salon qu'il trouva Kanon, avachi dans le canapé, qui se contenta de lever un œil ennuyé vers lui et d'agiter vaguement la main.
Démarrage de soirée extra, en conclut le Juge.
-Bon... Je ne te demande pas si tu as passé une bonne journée?
-Évite, s'il te plait.
-Qu'est-ce qu'il t'est encore arrivé?
-Pas vraiment envie d'en parler.
-...D'accord.
Silence.
-Tu sais que nous sommes vraiment sur la bonne voie?
-Ah.
-Eh bien, oui. Il a suffi que je prononce ton nom au Tribunal et tous les spectres présents m'ont jeté un regard noir! Gordon a même fait éclater un mur!
-Youpi...
Silence.
-Tu sais... C'est demain qu'a lieu notre grand final.
-Je sais.
-Et... Tu es au point?
-Je pense, oui.
-Très bien.
Silence.
-Donc... Dès demain soir, toute cette histoire sera close.
-Ouais.
-Et tu pourras enfin partir.
-Pas trop tôt.
-Et on ne se reverra plus.
-Génial.
-Parfait.
-Merveilleux.
-Fantastique.
Silence.
-Eh, Rhad'?
-Quoi?
-...Non, laisse tomber.
-Trop tard. Qu'est-ce que tu veux?
-Ben, en fait... C'est l'une des dernières nuits que je passe ici, alors... Je me suis dit que peut-être...
Il marmonna la fin de sa phrase, la rendant complètement incompréhensible pour le juge :
-Tu peux répéter?
-Raaah, puis non! Tu vas te foutre de ma gueule, c'est sûr!
Rien n'aurait pu attiser davantage la curiosité de la Whyvern, qui vint s'asseoir à côté du Gémeau, le scrutant avec attention : est-ce que, par hasard, Kanon songeait actuellement à la même chose que lui...?
Sans vraiment le réaliser, Rhadamanthe prit les mains du Chevalier entre les siennes, ignorant le regard sceptique de son vis-à-vis, et lui murmura d'une voix aussi douce que possible :
-Vas-y, je t'écoute.
Kanon sembla encore hésiter un moment, puis poussa un soupir résigné :
-Bon, commença-t-il, le visage rosissant. Est-ce que tu serais d'accord pour que... Ce soir, toi et moi...
-Oui?
-Enfin, je veux dire... Ça te dirait que, cette nuit, on...
-Oui?
-...On regarde un film ensemble?
Blanc.
-...Pardon?
-Ben... J'ai jamais vu un film de ma vie, alors je me suis dit que c'était l'occasion...
Aussitôt, le juge lâcha les mains de son colocataire et se frappa le front avec pour seule pensée «Mais quel con!». L'ennui, c'était qu'il ne savait même pas s'il faisait allusion à Kanon ou à lui même...
Puis, réalisant enfin ce que le Gémeau venait de lui dire, il se tourna vers lui et lui lança un regard stupéfait :
-Attends... T'as JAMAIS vu un film?
-Et voilà, j'étais sûr que t'allais te foutre te moi, grogna l'ex-Marina.
-Reconnais que c'est surprenant!
-Et je la branchais où, la télévision, au Sanctuaire sous-marin?
Un point pour le Gémeau, reconnut Rhadamanthe en se dirigeant vers le porte-manteau :
-Qu'est-ce que tu fabriques? Demanda le Gémeau en haussant un sourcil.
-On va faire ce que deux personnes normales sont censées faire un samedi soir, répondit le Juge en enfilant une veste.
-...C'est-à-dire?
-Je vais acheter des pizzas, de la bière et pendant ce temps, tu choisis un DVD. Ça te va?
Un air de profonde incrédulité lui répondit, mais bien vite suivi d'un large sourire alors que le Gémeau se dirigeait vers les étagères du Juge, observant d'un air curieux les quelques jaquettes qui s'étalaient sous ses yeux.
Et lorsque Rhadamanthe revint quinze minutes plus tard, trois cartons dans une main et un pack dans l'autre, Kanon s'était déjà ré-installé dans le divan et l'observait avec un sourire impatient, que le Juge ne put s'empêcher de trouver mignon :
-Tu as fait ton choix?
Pour toute réponse, Kanon eut un sourire encore plus large et désigna du doigt un des coffrets qu'il avait posé sur la table basse. Le visage de Rhadamanthe pâlit aussitôt :
-Euh... Tu es sûr que c'est ce que tu veux voir?
-J'ai aucune idée de quoi ça parle! Mais le titre me plaisait bien.
-...
-Quoi? C'est quand même pas un film porno?
-Pas vraiment, non, grinça le Juge. Mais tu sais qu'il y a trois films là-dedans?
-Et alors?
-Disons que ça va durer très longtemps...
-Ça pose un problème?
Rhadamanthe hésita. Son regard passa lentement de la jaquette au regard presque suppliant du Chevalier d'Or... Autant dire que le morceau de plastique ne fit pas le poids bien longtemps.
C'est donc en soupirant qu'il inséra le premier disque dans le lecteur et qu'il vint s'asseoir aux côtés de Kanon, qui fixait déjà l'écran avec une attention démesurée.
Et c'était partit pour plus de sept heures... Assaisonnées d'une pizza, d'alcool... Et d'un Dragon des Mers dont la compagnie n'était, en somme, pas aussi désagréable qu'il l'avait d'abord cru.
Ça aurait pu être pire.
XxXxXxX
Au même moment, à la Giudecca, Hadès, le Dieu Suprême du Royaume des morts, était en proie à une grande réflexion, qui pour une fois ne concernait ni les modalités administratives des Enfers, ni de nouvelles tentatives d'enlèvements d'Athéna. En effet, il avait, depuis maintenant plusieurs jours, reçu diverses plaintes au sujet de Kanon, Chevalier d'Or des Gémeaux.
Il avait d'abord ignoré les crises de Valentine, qui semblait avoir fait de l'ex-Général son ennemi juré après leur dernière rencontre : il avait conscience de l'admiration démesurée de la Harpie pour la Whyvern.
Puis les remarques et les plaintes s'étaient multipliées, toujours plus diverses et variées : comportement révoltant, tendances à se livrer à des plaisirs malsains, insultes, ignorance, harcèlement sexuel, meurtre de papillons, et il en passait.
Il commença alors à se demander s'il était possible que Kanon, si poli et si chaleureux, ait pu changer à ce point, et surtout en aussi peu de temps. Cela lui semblait fort peu crédible, et il décida d'écarter les blâmes.
Mais lorsque même sa chère Pandore revint ce soir-là, le visage inondé de larmes et une lueur de rage au fond de ses yeux, en clamant qu'elle ne voulait plus jamais entendre parler de «ce sale menteur de Phénix» ni de «cette enflure de Gémeau», Hadès s'interrogea sérieusement : bon sang, mais que se passait-il donc aux Enfers, ces derniers temps?
Et, du même coup, le Souverain du Monde souterrain dut remettre en question la perfection de Kanon des Gémeaux. Il était, bien entendu, inconcevable pour lui que l'ex-Général l'ait dupé : il n'était pas aussi stupide que son frère Poséidon, après tout!
Mais tout de même, un tel changement de comportement avait quelque chose de potentiellement suspect...
Enfin, se dit-il en haussant ses épaules divines, il aurait le temps de voir ça par lui-même. Demain soir, une nouvelle soirée avait été programmée aux Enfers et Rhadamanthe lui avait promis que Kanon les rejoindrait pour l'occasion. Il aviserait à ce moment-là.
A l'heure actuelle, il avait une préoccupation plus importante : à savoir, comment convaincre Cerbère de se laisser mettre une muselière lors de sa prochaine promenade.
XxXxXxX
-Alors? Ça t'a plu?
-... Donc, si j'ai tout compris, l'Univers a été sauvé il y a très longtemps par un abruti pré-pubère, sa sœur jumelle à tendance incestueuse, un capitaine incompétent, une espèce de serpillère géante, deux boîtes de conserve format XXL, et que pour fêter ça, ils sont tous allés s'installer sur une planète peuplée de nounours géants pour danser avec eux?
-... Tu sais que tu viens d'insulter trois des plus grands films de l'histoire du cinéma?
-Ah? Désolé.
-Et sinon?
-Bah, la musique était bien. Et puis, leur princesse à eux, elle ne se fait capturer que deux fois dans toute l'histoire, et sa tenue de prisonnière est quand même nettement plus intéressante...
Soudain pris d'une mauvaise humeur, Rhadamanthe se leva pour éteindre le lecteur DVD, tout en se jurant de ne plus jamais montrer un film avec Carrie Fisher à Kanon :
-Mais je pense toujours que leurs soi-disant «vaisseaux spatiaux» sont atrocement moches!
-Tu préfèrerais des cabines téléphoniques bleues? (1)
-...Hein?
-Laisse tomber.
Kanon n'insista pas : aux alentours de trois heures du matin, il n'était pas prêt à se lancer dans un débat là-dessus. Encore moins avec un être aussi têtu que Rhadamanthe. Aussi se contenta-t-il de bâiller et de se lever d'un pas titubant, se dirigeant jusqu'à la chambre d'une démarche plus ou moins assurée :
-Bon, j'y vais! A tout de suite.
-Okay, répondit le Juge en rassemblant les cannettes vides. Mais tu es sûr que tu vas réussir à atteindre le lit?
La seule réponse qu'il obtint fut un «boum!» sonore et c'est davantage blasé que surpris que Rhadamanthe se retourna pour découvrir Kanon, écroulé en plein milieu du couloir : près de huit heures de Georges Lucas, pour quelqu'un qui n'était pas habitué à la télévision, c'était un coup rude. Même le chiot s'était effondré sur le canapé et ne semblait pas près d'en bouger avant une bonne dizaine d'heures de sommeil.
Le Juge poussa un soupir, décida de remettre le ménage au lendemain et vint sans se presser aux côtés de l'endormi pour le traîner jusqu'à la chambre.
Enfin... Plus facile à dire qu'à faire : parce qu'il se rendit compte bien vite que Kanon n'avait pas menti sur son poids («rien que du muscle!» affirmait-il régulièrement, et c'était malheureusement indéniable) et que 87 kilos n'étaient pas particulièrement évident à charger, entraînement divin ou non. Il parvint malgré tout à le transporter jusqu'au lit sans le réveiller et une fois sa besogne accomplie, s'allongea à son tour en soupirant.
Il ferma les yeux et resta un moment immobile, laissant la paisible respiration du Grec le bercer. Histoire d'oublier ne serait-ce que cinq minutes que tout ceci n'était qu'une grotesque mascarade, qu'il avait lui-même orchestrée. Parce qu'il s'était découvert le besoin de chercher un semblant de vérité dans toute cette farce. Et qu'il peinait de moins en moins à le trouver.
Et lorsque dans son sommeil, Kanon se tourna sur le côté et agrippa sa chemise en marmonnant, il n'eut même pas besoin de réfléchir pour se tourner à son tour et l'entourer de ses bras.
Plus de faux-semblants, maintenant. Pas ce soir, en tout cas.
Alors inutile de chercher à dissimuler son sourire plus longtemps, à se retenir de plonger son visage dans la longue chevelure bleutée, ou à taire le petit soupir de satisfaction et la question qui s'en suivit :
-Qu'est-ce que je vais bien pouvoir faire de toi?
Afin de, finalement, dissimuler une fois de plus la véritable interrogation qui se cachait derrière tout ça :
Qu'est-ce que je vais bien pouvoir faire sans toi?
A suivre...
(1) Pour Leyounette XD Comprendra qui voudra.
