Les Caprices du cœur

La haine se nourrit de peur et d'amour


Chapitre 1

Ce matin-là, mon petit déjeuner fut bâclé en moins de cinq minutes ; je n'avais pas vraiment faim. Je pris une douche rapide puis coiffai ma longue chevelure brune en une belle queue de cheval. Après avoir hésité quelques secondes, j'enfilai un tailleur noir ainsi qu'un chemisier des plus chics qui mettait mon décolleté en valeur. Un voile de parfum plus tard, j'étais partie.

Dehors, en cette fraîche matinée de février, les premiers rayons de soleil se dessinaient peu à peu dans le ciel, décorant cette étendue bleutée avec magnificence. Un vent léger soufflait, faisant trembler les quelques arbres présents autour de moi. La ville de Londres s'éveillait calmement.

J'arrivai au travail près d'un quart d'heure plus tard, ayant fort heureusement évité les embouteillages encore inexistants de bon matin. J'ouvris la grande porte métallique qui menait au parking souterrain de l'établissement grâce à la carte magnétique que Monsieur Banner m'avait fournie lundi dernier, puis garai mon automobile près de l'unique voiture déjà présente sur les lieux. Au deuxième étage, la porte n'était pas verrouillée et quelqu'un avait allumé la lumière du couloir. De toute évidence, je n'étais pas la première pour une fois.

Comme tous les matins, je pris un café sans sucre au distributeur de boissons avant de rejoindre mon bureau un verre à la main. Au bout du couloir, la porte d'Edward Cullen s'ouvrit à la volée et quelqu'un me percuta de plein fouet. Le café chaud gicla entre nous et se répandit sur ma poitrine. Je poussai un cri de surprise en ventilant mon chemisier pour atténuer la brûlure.

« Et merde, pestai-je en sachant que je n'avais rien pour me changer sur place.

― C'est pas vrai, enchaîna une voix grave. Vous… »

Je relevai le nez vers mon interlocuteur et avalai péniblement ma salive en apercevant son beau visage. La fin de sa phrase mourut au fond de sa gorge dès lors qu'il plongea son magnifique regard dans le mien.

Sa mâchoire carrée s'accordait à la perfection avec sa barbe naissante. Ses cheveux désordonnés possédaient d'incroyables reflets blonds malgré une couleur dominante proche du châtain. Son nez était droit et sa bouche entrouverte laissait entrevoir de belles dents blanches. Ses yeux étaient d'un bleu étonnant, presque indescriptible.

Malgré ma volonté, mon cœur s'emballa et je mordis ma lèvre nerveusement pendant qu'il me dévisageait avec impolitesse. Mes joues s'empourprèrent et je baissai le regard, réalisant finalement que je n'étais pas la seule à être recouverte de café. En effet, les quelques feuilles qu'il tenait à la main étaient désormais illisibles et une large tâche marron arpentait le pan droit de sa chemise.

Pendant une courte seconde, j'eus presque envie de me jeter sur lui afin d'obéir aux lois fugaces que mes hormones me dictaient. Je me ressaisis bien vite en repensant à tout ce que m'avait raconté les filles sur lui. Je ne voulais pas faire partie des midinettes qui l'adulaient.

« Nom de Dieu ! Regardez où vous mettez les pieds la prochaine fois, reprit-il d'une voix bien moins accueillante, comme pour détourner mon attention.

― Je vous demande pardon ? Vous m'êtes rentré dedans ! m'exclamai-je ahurie, retrouvant enfin l'usage de la parole. Vous pourriez avoir la délicatesse de vous excuser, repris-je, déçue par son attitude qui ne cadrait pas avec son apparence de gentleman.

― Ce n'est pas à moi de le faire » répliqua-t-il de manière exaspérée, accordant quelques coups d'œil furtifs à mon décolleté humide.

Je continuai moi aussi à observer son torse à travers la transparence de sa chemise, n'ayant pas la force de détourner le regard. Mes yeux s'attardèrent une minute de plus sur ses pectoraux bien dessinés et mes pensées redevinrent impures en une fraction de seconde.

« Qui êtes-vous ? s'enquit-il, clôturant une fois de plus mes songes.

― Et vous ? Qui êtes-vous ? le contrai-je irritée, me rappelant alors que je devais rencontrer mon coéquipier ce jour-là.

― Je m'appelle Edward Cullen, se présenta-t-il enfin, confirmant ainsi mes soupçons.

― Bella Swan » lui répondis-je à toute allure.

Il sembla se concentrer un instant puis me tendit finalement sa main que je saisis suite à une longue hésitation. Lorsque nos peaux entrèrent en contact, des milliers de décharges électriques se répandirent à l'intérieur de mon corps et, surprise, je sursautai légèrement, relâchant sa paume en vitesse.

« Vous êtes donc ma nouvelle collaboratrice, enchaîna-t-il d'un air supérieur.

― Malheureusement, soufflai-je, détestant le ton de ses propos.

― Cette idée me déplaît tout autant que vous, répliqua-t-il en m'observant des pieds à la tête. Je n'ai besoin de personne, continua-t-il agacé.

― Vous êtes débordé, le contrai-je sûre de moi. Monsieur Banner ne m'a pas engagée pour rien.

― Il a sans doute eu pitié de vous.

― Inutile de défouler vos nerfs sur moi. Je n'y peux rien si vos vacances sont terminées, ajoutai-je énervée, sachant pourtant qu'il n'était pas préférable de jouer avec le feu.

― Ce n'était pas des vacances. Mêlez-vous de ce qui vous regarde » termina-t-il tout en m'offrant un regard des plus sombres.

Il m'observa quelques secondes de plus, le visage impassible, puis nous décidâmes de passer notre chemin au même moment, nous percutant une seconde fois. Il souffla bruyamment et finit par disparaître à toute allure en direction des toilettes, me laissant pantoise au beau milieu du couloir.

Je bouillais intérieurement, incapable de raisonner correctement. Pire encore, j'étais outragée par ce qu'il venait de se produire.

Edward Cullen n'était certainement pas le genre de coéquipier que j'avais espéré rencontrer. Les quelques paroles que je venais d'échanger avec lui me permettaient aisément de le qualifier d'égocentrique. Il était bien trop sûr de lui à mon goût. Certes, son physique était plus qu'avantageux, mais rien ne lui permettait de me rabaisser de la sorte.

Ayant finalement trouvé la force d'avancer, j'entrai à l'intérieur de mon bureau et m'emparai nerveusement de mon sac à main. Craignant ne pas être de retour pour neuf heures, j'hésitai longuement avant de rejoindre l'ascenseur, ne pouvant décemment pas garder ce chemisier sale sur moi. Une fois à bord de mon automobile, je regrettai bien vite mon choix en apercevant la longue file de voitures qui me précédait. N'ayant pas le temps de faire marche arrière, je pris mon mal en patience et arrivai chez moi près de trente minutes plus tard.

Je me changeai en vitesse, enfilant cette fois-ci un tricot de coton à col rond. Après avoir constaté qu'il était désormais plus de huit heures et demie, je dévalai précipitamment les escaliers qui menaient à mon appartement et retrouvai ma place initiale, au volant de ma voiture.

« Allez ! » criai-je énervée, klaxonnant plus que de raison.

Bloquée en plein embouteillage, mon humeur massacrante empirait de minute en minute. La réunion hebdomadaire qui avait lieu tous les lundis matins à neuf heures était sur le point de commencer et il me restait facilement dix minutes de trajet. Voilà pourquoi je paniquais, traitant Monsieur Cullen de tous les noms.

En définitive, j'aperçus l'imposant bâtiment qui abritait l'une des diverses filiales de Barclays et retrouvai ma place de parking peu après. Arrivée au second étage, je saluai Madame Cope d'un vague signe de main, trop essoufflée pour parler.

« La réunion a commencé » me prévint-elle gentiment.

Je lui offris un sourire chaleureux et me précipitai vers la salle de réunion. Après avoir inspiré bruyamment, je toquai à la porte et entrai timidement.

« Mademoiselle Swan, vous voilà enfin ! s'exclama Demetri.

― Excusez-moi, j'ai eu un contre-temps de dernière minute, lui appris-je à bout de souffle. Cela ne se reproduira plus, m'empressai-je d'ajouter.

― Je ne veux rien savoir. Asseyez-vous. »

N'ayant guère le choix, je m'installai entre Alice et Edward, remarquant bien évidemment que ce dernier portait une nouvelle chemise. Je me maudis intérieurement au moment où j'aperçus l'étiquette de son vêtement neuf. Il avait été plus malin que moi en se rendant dans l'un des magasins les plus proches. Magasins hors de prix qui, d'ailleurs, ne s'accordaient absolument pas avec mon budget de jeune diplômée.

« Je vous présente Edward Cullen » ajouta le directeur à mon intention, désignant mon coéquipier du doigt.

Ce dernier se tourna vers moi et j'aperçus son magnifique regard pour la deuxième fois de la journée.

« Enchanté de faire votre connaissance, me dit-il poliment, dissimulant ainsi notre altercation précédente.

― Tout le plaisir est pour moi, lui répondis-je d'un air faussement jovial.

― Bien, reprenons » conclut Monsieur Volturi.

Il entama un long et pénible discours concernant Barclays mais je ne l'écoutai pas, distraite pas mon voisin qui me fixait toujours.

« Les retardataires ne sont pas appréciés, chuchota-t-il bientôt au creux de mon oreille. Monsieur Banner s'en débarrasse au plus vite.

― Je suis arrivée en retard à cause de vous, lui répondis-je discrètement, essayant de tempérer mon humeur. Au fait, vous vous êtes fait arnaquer. Ce bout de tissu ne vaut pas quatre-vingt-dix livres » repris-je en faisant référence à l'étiquette de sa chemise que j'apercevais toujours.

Surpris, il leva rapidement un bras et dégrafa le petit papier en silence avant de le rouler en boule dans sa paume.

« Mademoiselle Swan, Monsieur Cullen » nous interpella le directeur.

Nous sursautâmes au même moment puis échangeâmes un regard lourd de sous-entendus.

« Oui ? m'enquis-je indécise.

― Je compte sur vous pour mener à bien ce projet, nous dit-il alors que j'ignorais totalement de quoi il s'agissait. Tout ce dont vous avez besoin de savoir se trouve là-dedans, reprit-il, tendant une pochette plastifiée à mon collaborateur. Je vous laisse une semaine.

― Très bien, acquiesça Edward tout en feuilletant grossièrement le dossier.

― Si personne n'a de question particulière, vous pouvez disposer » conclut finalement Monsieur Volturi.

Tout le monde déserta la salle en peu de temps et j'empruntai le corridor sans plus attendre.

« En quoi consiste ce projet exactement ? demandai-je à Monsieur Cullen après l'avoir rattrapé.

― Vous êtes bien curieuse, remarqua-t-il.

― Je vous rappelle que nous travaillons ensemble, répliquai-je.

― Il s'agit d'un projet informatique, m'apprit-il.

― Mais encore ? insistai-je.

― Je n'en sais pas plus que vous, nous verrons cela cet après-midi. Rendez-vous en salle de réunion à treize heures trente. Ne soyez pas en retard cette fois-ci » termina-t-il tout en disparaissant à l'intérieur de son bureau.

Je regagnai moi aussi mon espace personnel et m'affalai dans mon fauteuil avec empressement. Rassemblant mon courage, je poussai un dernier soupir d'agacement et décidai de continuer le travail inachevé que j'avais entamé vendredi dernier.

Lorsque midi sonna, je rejoignis Alice et Rose avec impatience puis nous filâmes déjeuner ensemble.

« Est-ce que tu as passé un bon week-end ?

― Oui, et vous ? leur demandai-je.

― Je suis allée voir mes parents pour leur anniversaire de mariage.

― Et moi j'ai visité plusieurs appartements avec Emmett. Nous avons décidé de déménager » ajouta Rosalie.

Une fois assises autour d'une petite table ronde, je commandai une salade mixte, préférant faire attention à ma ligne.

« Alors ? Comment est-ce que tu trouves Edward ? » enchaîna Alice.

Étant en train de boire un verre de limonade, je faillis m'étouffer à l'entente de son prénom, préférant ne pas repenser à notre rencontre catastrophique.

« Il est certes mignon mais vraiment insupportable. Non pire, il est exécrable ! m'exclamai-je hors de moi.

― Exécrable ?

― Edward ? Edward Cullen ? s'informa Rose visiblement surprise.

― Oui.

― Je ne comprends pas, il n'a jamais été méchant avec nous. Jasper est son meilleur ami. »

J'observai mes amies tour à tour, ne comprenant pas réellement la situation à laquelle je faisais face.

« Nous ne devons pas parler de la même personne, décrétai-je finalement.

― Pourtant je ne connais qu'un seul Edward Cullen qui travaille avec nous, m'informa Alice d'un air circonspect.

― Ma maladresse y est sans doute pour quelque chose, devinai-je d'un ton bas. Chemise et café ne font pas bon ménage.

― Quel café ? s'enquit-elle.

― Quelle chemise ? l'imita Rosalie au même instant.

― Comment dire ? m'interrogeai-je à voix haute après m'être raclée la gorge de manière indécise. Il m'est rentré dedans et j'avais un verre de café à la main. Je vous laisse deviner la suite, leur avouai-je tout en mordant l'intérieur de ma joue.

― Pourquoi est-ce que tu ne nous l'a pas dit plus tôt ?

― Je ne…

― Et comment est-ce qu'il a réagi ? reprit Rose avec impatience.

― Plutôt mal.

― Je comprends mieux pourquoi tu es arrivée en retard ce matin !

― Oui, j'ai dû retourner chez moi pour me changer, leur expliquai-je. Bref, cet homme est horripilant. »

Les filles échangèrent un regard des plus étranges puis reportèrent leur attention sur moi.

« Quoi ? les questionnai-je inquiète.

― Rien » répondirent-elles en cœur.

De retour à la banque, je rassemblai quelques unes de mes affaires et filai en salle de réunion malgré ma volonté. J'entrai sans frapper, découvrant mon coéquipier assis en bout de table. Sans un mot, je m'installai face à lui tout en maintenant une distance plus que correcte entre nous.

« J'ai feuilleté quelques dossiers de la semaine passée, commença-t-il tandis que j'allumais mon ordinateur portable.

― Et ? l'interrogeai-je impatiente tout en l'observant curieusement.

― Votre travail est tout juste passable et il y a beaucoup trop d'incohérences à mon goût, m'apprit-il d'une voix claquante.

― Que voulez-vous dire ? repris-je, à la fois stupéfaite et outrée.

― Il n'y a pas assez de détails, la rédaction est peu formelle. Je vous conseille fortement d'améliorer vos méthodes de travail, continua-t-il apparemment fier de lui.

― Je pense que vous faites erreur Monsieur Cullen. Mon travail n'est sans doute pas parfait mais ce n'est…

― Je sais de quoi je parle. Je travaille ici depuis plus de trois ans » me coupa-t-il impoliment.

Sidérée, j'entrouvris la bouche d'un air béat.

« Qu'attendez-vous de moi exactement ? lui demandai-je après mûre réflexion.

― Perfectionnez-vous. Le projet sur lequel nous devons travailler est plus que délicat, m'expliqua-t-il. Lisez ceci » ajouta-t-il ensuite en me tendant le dossier que lui avait remis Monsieur Volturi.

Je m'en emparai brusquement et me dépêchai de lire la page principale. Il ne me fallut que peu de temps pour comprendre les enjeux de ce projet qui consistait à développer un logiciel capable de simuler les pertes mais aussi les bénéfices relatifs aux comptes budgétaires de diverses sociétés.

« Je vois, soufflai-je une fois ma lecture achevée. Occupez-vous de…

― Je décide, m'interrompit-il tout à coup.

― Non, nous décidons, le corrigeai-je surprise.

― Je décide, répéta-t-il plus sévèrement.

― Et pourquoi ? m'enquis-je agacée.

― Je suis plus expérimenté que vous, me répondit-il sans l'ombre d'un doute. Je suis aussi votre supérieur, reprit-il, souriant de toutes ses dents.

― Parfait ! m'énervai-je. Quel est votre plan ?

― Plusieurs idées me traversent l'esprit, me précisa-t-il.

― Lesquelles ? »

J'écoutai ainsi ses théories qui, je devais l'avouer, étaient très bien expliquées mais également très prometteuses.

Peu à peu, ma concentration diminua et mes yeux se mirent à fixer ses lèvres rosées qui bougeaient de façon sensuelle. Malgré la rangée de trois ou quatre chaises qui nous séparait, je distinguais très nettement les contours de sa bouche, remarquant ainsi que sa lèvre inférieure avait une courbure particulière qui le rendait encore plus beau. Et la façon qu'il avait de mordre l'intérieur de sa joue me rendait dingue malgré toute la haine que j'éprouvais pour lui.

« Qu'en pensez-vous ?

― Quoi ? De quoi ? bégayai-je, sortant progressivement de mes rêveries à l'entente de sa voix énervée.

― De mes idées, ronchonna-t-il.

― Est-ce que je peux avoir plus de détails » m'empressai-je d'ajouter, ne sachant que répondre.

Suite à un court moment d'hésitation, il se releva, fit quelques pas vers moi puis s'installa à ma droite de manière à me faire respirer sa délicieuse fragrance. Il saisit alors un stylo qui se trouvait dans l'une de ses poches intérieures puis s'empara du dossier que j'avais rangé près de mon ordinateur. Il commença à griffonner quelques schémas sur le dos d'une feuille et ce fut cette fois-ci ses mains qui devinrent mon obsession.

Elles étaient grandes et viriles, laissant parfois deviner une veine bleutée. Ses ongles étaient soigneusement coupés, s'accordant parfaitement avec ses longs doigts pâles et fins qui étaient actuellement en train de manier la plume avec élégance.

« Tout est expliqué sur ce schéma » conclut-il finalement.

Je jetai un premier coup d'œil à ce fameux schéma et compris rapidement le sens qui en découlait.

« D'accord. Nous n'avons qu'à coder une première méthode prenant en charge les différents éléments du compte bancaire. »

Sur ce, il retrouva sa place initiale en peu de temps et nous entamâmes notre travail dans le silence le plus total. Nos regards se croisèrent plus d'une fois, tantôt insistants, tantôt discrets.

Étrangement, j'adorais le regarder, le trouvant fascinant malgré son mauvais caractère. Tout en lui attisait ma curiosité et sa beauté ne me laissait pas indifférence.

« Envoyez-moi votre méthode » me dit-il bientôt.

Je m'exécutai, ne trouvant rien à répliquer.

« Elle ne marche pas » gronda-t-il peu après en implémentant mon programme informatique à l'intérieur du sien.

Je me relevai sans plus de cérémonie et agrippai bientôt l'écran de son ordinateur afin de l'orienter vers moi.

« Pourquoi ? demandai-je incrédule.

― Vous avez dû faire un tas d'erreur !

― Pardon ? Qui me dit que ce n'est pas votre programme qui ne fonctionne pas ? Mon code marche très bien sur mon ordinateur, m'énervai-je.

― Et le mien aussi. Qu'en déduisez-vous ? » me menaça-t-il d'un air mauvais.

Je le fixai durant un court instant puis finis par lui répondre d'un ton sec.

« J'en déduis que nous ne sommes pas faits pour être ensemble, m'emballai-je tout en m'incendiant intérieurement. Nous ne sommes pas faits pour travailler ensemble, me repris-je bien vite.

― Je suis bien d'accord avec vous pour une fois, grommela-t-il.

― Pour une fois. »

Sur ce, je me rassis sans la moindre délicatesse et soupirai bruyamment.

« Très élégant, remarqua-t-il.

― Allez vous faire…

― Je ne parlerai pas de cette façon-là à mon supérieur si j'étais vous, me coupa-t-il soudainement.

― Vous n'êtes pas moi, lui rappelai-je écœurée.

― Encore heureux » grimaça-t-il.

Sans un mot de plus, je replongeai le nez à l'intérieur de mon ordinateur portable afin de régler le problème soulevé par mon partenaire. Je rougis de honte en apercevant une faute de frappe quelques secondes plus tard.

« Je viens de vous renvoyer mon code » lui appris-je bientôt tout en évitant soigneusement de croiser son regard.

Après avoir testé le tout, il eut un rire septique qui me fit bouillir de rage.

« Je savais bien que le problème venait de vous.

― Bien évidemment » maugréai-je.

Le lendemain matin, j'inspirai profondément avant de sortir de l'ascenseur, prête à endurer une nouvelle journée de torture en compagnie de Monsieur Cullen.

« Courage » soufflai-je tout bas en avançant vers mon bureau d'un pas incertain.

Par chance, je ne croisai personne en chemin. Une fois à l'abri des regards, je me débarrassai de ma veste afin de la suspendre à la patère prévue à cet effet.

Après m'être confortablement installée face à mon ordinateur portable, je consultai mes mails en vitesse et, alors que je m'apprêtais à écrire les coordonnées d'une société sur un bout de papier, quelqu'un frappa à ma porte, me faisant légèrement sursauter.

« Entrez » hélai-je, me ressaisissant en vitesse.

Monsieur Cullen pénétra à l'intérieur de la pièce sans tarder et je déglutis péniblement à ce constat, n'ayant point anticipé cette rencontre prématurée.

« Bonjour, me salua-t-il après quelques secondes de silence.

― Bonjour » répétai-je tout en restant scotchée à mon siège, incapable de faire le moindre mouvement.

Il avança vers moi calmement et observa mon bureau avec attention, constatant sans doute que celui-ci était encore bien vide.

« Nous avons une nouvelle mission, commença-t-il après avoir pris place sur l'unique chaise réservée aux visiteurs.

― Mais nous n'avons pas terminé notre projet, réalisai-je.

― Nous ne sommes pas ici pour nous tordre les pouces, m'apprit-il. Voilà donc les revenus financiers d'une entreprise réputée, reprit-il. Leurs différents placements sont très risqués. Nous devons calculer le meilleur rendement possible afin de prévenir les risques encourus par le cours de la bourse, m'expliqua-t-il tout en feuilletant un classeur rouge qui contenait les informations relatives à cette société.

― Je sais en quoi consiste mon métier, affirmai-je vexée.

― Je préfère vous prévenir.

― Parfait. Comment est-ce que vous voulez partager cette étude ?

― Faites la première partie, je préfère m'occuper de la fin.

― Qu'est-ce que vous entendez par le mot fin ?

― Je croyez que vous saviez déjà tout » me nargua-t-il.

Sans plus attendre, je lui arrachai le dossier des mains et le plaçai sur mes genoux.

« Passez me rendre votre compte-rendu en fin de matinée.

― Très bien, lui répondis-je disciplinée. En ce qui concerne le projet…

― Même heure, même endroit » me coupa-t-il.

Il se releva calmement et quitta la salle d'un pas décidé, me permettant ainsi de retrouver une respiration convenable.

Je toquai sèchement à la porte de son bureau près d'une heure plus tard puis entrai non sans avoir attendu sa permission.

« Tout est là, m'exclamai-je en lui tendant une pochette cartonnée d'une main ferme.

― Merci Isabella » me répondit-il d'un air las tandis que j'observais les lieux avec curiosité.

Son bureau était légèrement plus grand que le mien et son propriétaire possédait bien plus de babioles que moi. Les étagères étaient pleines à craquer contrairement aux miennes qui étaient encore désertes. Et je remarquai bien vite qu'aucune photo ne décorait la pièce.

« Que faites-vous ? me demanda-t-il alors.

― J'observe.

― Et qu'est-ce que vous voyez mis-à-part un bureau similaire au vôtre ? s'enquit-il de façon moqueuse.

― Rien de très intéressant justement, le narguai-je.

― Dans ce cas je ne vous retiens pas plus longtemps, conclut-il dédaigneux.

― Vous ne vérifiez pas mon travail ?

― Inutile, je sais déjà à quoi m'attendre » ajouta-t-il d'un air désapprobateur.

Sur ce, après avoir échangé un regard sévère avec lui, je quittai les lieux d'un pas décidé.

Ayant entendu parlé d'un nouveau restaurant, Alice, Rose et moi pénétrâmes à l'intérieur de celui-ci vers midi et quart, impatientes de découvrir ce nouvel endroit. Nous nous installâmes à une table d'angle puis commandâmes quelques boissons rafraîchissantes.

« Ne bougez pas, je vais passer un coup de fil » prévins-je bientôt mes amies en constatant que j'avais deux appels manqués provenant du cellulaire de mon père.

Une fois de retour, tandis que je m'apprêtais à retrouver mes collègues de travail, je m'immobilisai en apercevant Emmett, Jasper mais également Edward assis en leur compagnie. Pire encore, ce dernier était assis à ma place, dos à moi.

Je repris rapidement mes esprits et avançai vers eux d'un pas rapide. Me postant derrière mon coéquipier sous le regard attentif d'Alice, je me penchai légèrement vers l'avant et chuchotai bientôt à son oreille.

« Qu'est-ce que vous faites ici ? »

Il sursauta puis tourna vivement le visage sur le côté, faisant s'entrechoquer nos fronts. Comme électrocutée, je me reculai avec entrain puis posai mes deux mains sur mes hanches afin de feinter l'énervement.

« Les restaurants sont faits pour manger, me répondit-il en s'adressant à moi comme s'il parlait à une idiote.

― Pourquoi ici ? Sur ma chaise ? insistai-je.

― Votre chaise ? Je ne savais pas que celle-ci vous appartenait, reprit-il tout en désignant la dite chaise de la main.

― Et pourquoi venez-vous déjeuner avec nous ? Est-ce que je vous manque à ce point-là ?

― J'ignorai que nous nous retrouverions dans le même restaurant. Au même instant. Croyez-moi, j'aurais préféré éviter ça. »

Mes yeux se noyèrent dans le vert des siens et durant un moment j'eus l'impression d'être connectée à lui d'un manière bien moins antipathique que d'habitude. Mais tout ceci s'évapora en un quart de seconde lorsque la voix grave d'Emmett résonna dans la pièce, me faisant alors redescendre sur Terre avec empressement.

« Tiens, voilà ma chaise Bella. Je vais en chercher une autre. »

Edward et moi détournâmes le regard au même instant et je réalisai enfin que nos amis nous dévisageaient étrangement, un air béat régnant sur leurs visages.

« Je… Merci » finis-je par dire après m'être raclée la gorge.

À contre cœur, je pris place entre Edward et Rosalie, collant mon siège le plus près possible de cette dernière afin d'éviter le moindre contact avec mon coéquipier.

« Tu ne mentais pas en disant que vous vous détestiez » m'interpella-t-elle bientôt d'un ton bas.

Je lui offris un faible sourire puis me repris aussitôt lorsque ma main qui cherchait à agripper le rebord de la table rencontra quelque chose d'incroyablement doux. Il ne me fallut que peu de temps pour réaliser qu'il s'agissait de la main d'Edward qui était d'ailleurs en train de faire glisser mon verre de jus de fruits vers moi.

« Je pense que c'est à vous.

― Merci » crachai-je avec amertume.

J'attrapai finalement la carte des menus qui se trouvait au centre de la table afin choisir mon repas au plus vite. Mais comme toujours, je mis une éternité à me décider. Si bien que, lorsque le serveur vint passer commande, j'écoutai les différents choix de mes amis afin de trouver un peu d'inspiration.

« Un filet mignon pour moi, ajouta Rose.

― Très bien. Ensuite ? s'enquit le jeune homme blond tout en notant soigneusement quelques mots sur son petit carnet blanc.

― Je…

― Je vais… commença Edward en même temps que moi.

― Une salade gourmande, répondis-je finalement afin de le devancer d'un air vainqueur.

― Un quart de poulet » conclut-il.

Les plats furent servis sans tarder et, ayant une faim de loup, j'entamai la dégustation de ma salade avec rapidité.

Tout en vidant peu à peu mon assiette, je remarquais qu'Edward discutait avec Jasper de manière tout à fait naturelle et polie. À mon plus grand étonnement, il semblait parfaitement aimable envers les autres personnes présentes à cette table. Alice et Rose ne m'avait pas menti. Le problème résidait bien en moi.

Le temps d'une seconde, j'eus envie d'être amie avec cet Edward qui semblait gentil et galant. Et, perdue dans mes pensées, je me mis à le contempler sans aucune discrétion.

Son sourire me narguait avec élégance, sa voix velouté résonnait en moi telle une douce berceuse, faisant écho aux battements de mon cœur. Ses mains dessinaient des formes imaginaires dans les airs et il retroussait sans cesse les manches de sa chemise, comme si celle-ci lui tenait trop chaud. Ses lèvres gesticulaient de façon délicate, ses yeux fuyaient l'horizon sans jamais me remarquer. Je le trouvais simplement beau, ne décelant aucune imperfection en lui.

Un cou de coude plutôt bref mit un terme à mes songeries et je tournai rapidement la tête vers Rosalie qui échangeait à présent un regard étrange avec Alice.

« Oui ?

― À quoi est-ce que tu penses ?

― Moi ? m'enquis-je faussement surprise.

― Bella ? s'impatienta Alice en grimaçant.

― Je ne pense à rien, éludai-je peu sûre de moi.

― Tu ne sais pas mentir » constata-t-elle évasive.

La fin de la semaine ne tarda pas à pointer le bout de son nez et, heureuse d'avoir un peu de temps libre devant moi, j'appelai Angela afin de planifier une sortie.

« Où est-ce que tu veux aller ? me demanda-t-elle après avoir accepté mon offre.

― Je ne sais pas. Chez Tyler ?

― Non, je préfère changer d'endroit. Pourquoi ne pas inaugurer le bar qui se situe près de Saint James, en face du cinéma ? Nous n'y sommes jamais allées.

― Comme tu veux. Je te rejoins là-bas.

― À ce soir. »

Sur ce mots, je filai me relaxer en prenant un bain chaud puis enfilai ensuite une robe noire qui tranchait nettement avec la blancheur de ma peau. Je me maquillai plus qu'à l'ordinaire et coiffai mes cheveux en un chignon lâche.

Lorsque je fus fin prête, j'abandonnai mon studio pour monter à bord de mon automobile. Je roulai dans les rues fréquentées de Londres pendant une dizaine de minutes environ, écoutant la radio avec entrain. J'arrivai à destination sans tarder, garant mon véhicule le plus près possible de ce bar visiblement bondé.

Une fois à l'intérieur, je cherchai mon amie du regard et soufflai de soulagement après l'avoir aperçue assise à quelques mètres de moi.

« Coucou ma belle, la saluai-je bientôt tout en prenant place face à elle.

― Comment est-ce que tu vas ? me questionna-t-elle enthousiaste.

― Bien et toi ?

― Idem. »

Nous passâmes bientôt commande auprès d'une serveuse grande et mince et j'entamai ma boisson sans tarder.

« À nos futures carrières ! m'exclamai-je bientôt.

― En espérant être à la hauteur, ajouta mon amie tout en buvant une première gorgée de bière. Au fait, est-ce que les choses s'arrangent entre toi et Monsieur Parfait ? s'enquit-elle avec curiosité, connaissant le récit de notre rencontre par cœur grâce aux nombreux coups de fil que nous échangions régulièrement.

― Pas vraiment, rigolai-je face à l'ironie du mot parfait qu'elle venait d'employer pour désigner Edward.

― Je vois.

― Et toi ? Comment se passent les choses ?

― En réalité, je craque pour…

― Tu craques pour quelqu'un et tu ne me l'as même pas dit ! la coupai-je enthousiaste.

― Justement, je suis en train de te le dire. Laisse-moi parler !

― D'accord. Qui est-ce ? m'enquis-je avide de curiosité.

― Ben.

― Ben ?

― Oui, un collègue de travail.

― Comment est-il ?

― Il est super mignon.

― Mais encore ? insistai-je.

― Grand, brun, musclé, commença-t-elle le regard dans le vague. Gentil, intelligent, drôle.

― Stop, j'ai compris. Est-ce que vous êtes déjà allés quelque part ensemble ?

― Non mais…

― Est-ce que tu as son numéro ?

― Oui.

― Et lui ?

― Aussi.

― Et ?

― Et quoi ? répéta-elle intriguée.

― Quand est-ce que vous comptez sortir ensemble ? lui demandai-je comme s'il s'agissait d'une évidence.

― Je ne sais pas, me répondit-elle bêtement, peu sûre d'elle.

― Bouge tes fesses ma vieille.

― Tu peux parler ! » s'exclama-t-elle amusée.

En effet, ma dernière relation sérieuse remontait à plus d'un an, à l'époque où je sortais encore avec Mike Newton. Mais après m'être aperçue de son infidélité, notre séparation avait été des plus rudes et je gardais une très mauvaise expérience de cette histoire. Depuis ce jour, mon célibat persistait.

« J'attends toujours mon prince charmant » ris-je.

Au même instant, mon regard plongea à l'intérieur d'un océan vert émeraude et je perdis toute notion de temps et d'espace durant plusieurs minutes.

Il était là, assis quelques tables plus loin, me dévisageant sans le moindre soupçon de gêne. Et je n'arrivais pas à détourner les yeux tant sa beauté me fascinait.

« Bella ? Bella ? s'inquiéta mon amie tout en me secouant activement par les épaules.

― Oui, lui répondis-je enfin après avoir mis un terme à cet échange silencieux entre Monsieur Cullen et moi.

― Qu'est-ce qui se passe ?

― Il est là, lui appris-je alors d'une voix basse.

― Qui est là ?

― Edward Cullen, il est juste derrière toi. Il porte un polo bleu.

― Tu veux dire… Ton tyran ?

― Oui. »

Sans plus attendre, elle pivota sur elle-même et observa mon coéquipier sans aucune discrétion. Heureusement pour moi, celui-ci était à présent en train de discuter avec la serveuse.

« Il est canon ! s'exclama-t-elle tandis que je plaquais rapidement ma main contre sa bouche.

― Je sais. Mais il est bien trop stupide, chuchotai-je.

― Dommage pour toi. »

Mon regard s'attarda une minute de plus sur celui qui faisait de mon quotidien un véritable enfer et je réalisai bien trop tôt qu'il était accompagné de Tanya.

« Est-ce que la fille qui l'accompagne est sa petite amie ? reprit Angela.

― Non ! Enfin, je ne sais pas. Elle s'appelle Tanya, c'est aussi une collègue de travail, lui précisai-je irritée.

― Si tu veux mon avis, ils ne sont pas venus là pour parler affaires.

― Je ne les ai même jamais vus discuter ensemble, la contrai-je.

― Dans ce cas, ils cachent bien leur jeu. »

De nouveau, j'observai Edward du coin de l'œil et mon étonnement fut de taille lorsque Tanya déposa un baiser au creux de son cou. Il croisa mon regard au même instant et, après avoir murmuré quelques paroles à l'oreille de sa partenaire, je déglutis difficilement lorsque cette dernière se mit à l'embrasser goulûment alors qu'il gardait ses yeux rivés sur moi.

« Tu as raison, ils cachent bien leur jeu, approuvai-je, un sentiment étrange m'envahissant alors. Ne bouge pas, je vais aux toilettes, ajoutai-je.

― D'accord. »

Je me levai sans plus de cérémonie et passai près de Monsieur Cullen peu après tout en l'ignorant royalement. Je me soulageai rapidement puis me recoiffai grossièrement face au grand miroir qui me faisait face. Tanya apparut bientôt près de moi, me saluant d'un vague signe de main. Je quittai les lieux sans attendre et repassai une nouvelle fois près de mon coéquipier. Et là, le plus improbable se produisit. Je sentis de longs doigts chauds se resserrer autour de mon poignet, m'obligeant à stopper ma course tout en m'électrocutant au passage.

« Bonsoir » murmura une voix sensuelle.

Je fis volte face afin d'apercevoir Edward qui était toujours assis.

« Quelle bonne surprise, ironisai-je le souffle court, libérant finalement mon poignet avec fermeté.

― Qu'est-ce que vous faites ici ? reprit-il curieux.

― Ça ne vous regarde absolument pas.

― Je préfère éviter ce pub si je dois vous y voir tous les vendredis soirs, répliqua-t-il sèchement.

― Je ne vous retiens pas, partez, continuai-je en lui désignant la porte d'entrée d'un regard vague.

― Pourquoi moi ?

― Pourquoi pas ? le contrai-je.

― Je ne compte pas quitter cet endroit pour vous faire plaisir, me dit-il d'un air convaincu.

― Ça tombe mal, moi non plus, lui lançai-je d'un ton froid. Et s'il vous plaît, efforcez-vous de ne pas me dévisager comme vous avez l'habitude de le faire » terminai-je, n'ayant pas envie d'être espionnée toute la soirée.

De nouveau, il me retint par le bras alors que je m'apprêtais à rejoindre Angela et je frissonnai brusquement de la tête aux pieds.

« N'inversez pas les rôles. Vous savez tout comme moi qui de nous deux observe l'autre, murmura-t-il à mon oreille.

― Lâchez-moi » conclus-je, gênée de par son étrange réflexion.

Je me libérai de sa poigne et me dépêchai de retrouver ma place initiale, quelque peu chancelante.

Edward Cullen avait un don dont j'ignorais tout. Son emprise sur moi m'effrayait. Son caractère ne m'inspirait que dégoût et haine. Tout en lui m'horripilait, jusqu'à la moindre de ses mimiques. Je le détestais.