Les Caprices du cœur
La haine se nourrit de peur et d'amour
Chapitre 2
« Est-ce que vous allez bien ? me demanda Jacob tandis que nous sortions tous de la salle de réunion.
― Bien merci, et vous ? lui répondis-je enchantée, marchant le long du corridor derrière Rosalie et les autres.
― Oui » me répondit-il en empruntant la même direction que moi.
Côte à côte, nous avançâmes en silence. Lorsqu'enfin il atteignit son bureau, je le saluai d'un signe de main.
« Attendez, s'empressa-t-il d'ajouter alors que je disparaissais déjà.
― Oui ? » m'enquis-je étonnée, n'ayant jamais réellement conversé avec lui.
Il m'observa attentivement le temps d'une minute puis reprit la parole de manière incertaine.
« Est-ce que je peux vous inviter au restaurant ? »
Cette question me surprit mais ne me dérangea pas pour autant. La possibilité de sortir avec lui me traversa l'esprit et, après avoir réfléchi en vitesse, j'acceptai sa proposition.
« Oui, lui dis-je simplement.
― Disons, la semaine prochaine. Mardi soir ?
― D'accord » terminai-je les joues rougies.
À ces mots, Jacob m'offrit un sourire des plus gracieux puis pénétra à l'intérieur de son bureau. En me retournant, je remarquai qu'Edward était en train de discuter avec Emmett à seulement quelques mètres de là. Il me fixait étrangement. Je passai mon chemin sans lui adresser la parole, ne prêtant pas attention à son regard furieux.
Cependant, quelques minutes plus tard, il vint toquer à ma porte et se racla bruyamment la gorge avant de parler.
« Bonjour.
― Bonjour » lui répondis-je hésitante.
Contrarié pour une raison que j'ignorais, il fronça les sourcils puis s'assit face à moi.
« Je vous apporte les trois prochains dossiers à examiner, me dit-il sèchement.
― Merci, conclus-je tout en attrapant les fameux dossiers d'une main ferme.
― Ouvrez le premier, je dois clarifier certaines choses. »
Je m'exécutai et le laissai parler durant quelques minutes, n'écoutant absolument pas son monologue. Une fois de plus, sa beauté me stupéfiait et accaparait toute mon attention.
« Je veux des résultats dès ce soir, me précisa-t-il ensuite.
― Comme d'habitude, je n'ai pas le temps de souffler, maugréai-je.
― Nous ne sommes pas là pour souffler » termina-t-il avant de disparaître en vitesse.
Midi sonna bientôt et, comme à mon habitude, je rejoignis Alice et Rose au rez-de-chaussée afin d'aller déjeuner avec elles.
Vers quatorze heures, j'entamai enfin le travail que Monsieur Cullen m'avait fourni le matin même, remarquant étrangement que je ne disposais que de peu d'informations. Je mis plus d'une heure à déchiffrer certains points, me maudissant intérieurement de ne pas avoir écouté les explications de mon coéquipier.
Le temps défila à une allure vertigineuse sans que je ne réussisse à étoffer mon compte-rendu. Aussi, après avoir longuement réfléchi, j'allai toquer à la porte d'Edward.
« Oui ? »
J'entrai. Sans attendre la moindre permission de sa part, je pris place sur le siège situé face à son bureau et déposai un petit tas de papiers sur son plan de travail.
« Qu'est-ce que c'est ? me demanda-t-il curieux et mesquin à la fois.
― Vous ne savez pas lire ? lui répondis-je.
― Votre écriture est illisible.
― Elle est pourtant bien plus belle que la vôtre ! » tranchai-je vexée.
D'un air ronchon, il ne répliqua plus et demeura silencieux le temps de feuilleter le dossier.
« Il s'agit du dossier que vous m'avez apporté ce matin, lui dis-je.
― Votre comte-rendu ne pèse pas bien lourd, remarqua-t-il d'un air critique.
― Je sais. Je ne viens pas vous voir pour le plaisir, lui avouai-je honteuse, ne voulant pas admettre que j'avais besoin de lui. En réalité, j'ai de gros soucis, continuai-je, fuyant son regard. Je ne sais pas par où commencer. Rien n'est clair. Je n'ai pratiquement aucun indice concernant cette société. Leurs revenus actuels ne sont pas mentionnés, ceux de l'année passée sont inexacts. Je pense donc que…
― Chut, m'interrompit-t-il alors que je reprenais mon souffle. Auriez-vous besoin de moi ? reprit-il fièrement tandis que ses chevilles enflaient déjà sans peine.
― Je n'ai pas dit ça.
― Vous avez besoin de moi » affirma-t-il ensuite l'air triomphant.
Il médita cette information durant un instant, cherchant sans doute le meilleur moyen de m'humilier.
« Vous n'êtes pas assez qualifiée pour…
― Laissez tomber » conclus-je rapidement, lui arrachant alors le dossier des mains.
De toute évidence, j'avais fait erreur en supposant pouvoir lui demander une faveur. Et tandis que je m'apprêtais à franchir le seuil de la porte, sa voix m'interpella pourtant.
« Attendez. »
Je me retournai brusquement, attendant la suite de son discours.
« Rasseyez-vous, m'ordonna-t-il en désignant du doigt la chaise que j'occupais un peu plus tôt.
― Inutile, je n'ai plus besoin de vous.
― Non, je vais vous aider » termina-t-il, mordant l'intérieur de sa joue.
J'hésitai puis refermai finalement la porte en entendant des bruits de pas dans le couloir.
« Je peux me débrouiller toute seule, crachai-je afin de conserver un minimum de fierté.
― Sans doute, mais ce sera plus long sans moi » ajouta-t-il d'un air que je ne lui connaissais pas.
Alors, malgré mes doutes, je repris place face à lui et croisai mes jambes nerveusement tout en tripotant le revers de ma jupe à l'aide ma main devenue moite pour une raison qui m'échappait.
« Reprenons à zéro, me proposa-t-il.
― Parfait. »
Il rangea un minimum son bureau afin de libérer le plus d'espace possible.
« Rapprochez-vous » me dit-t-il d'un ton autoritaire.
Je vins coller mon siège au bureau afin de me rapprocher de lui. Il attrapa le premier porte-documents et le déposa entre nous.
« Allons-y » souffla-t-il.
Je tendis la main afin d'attraper les premières feuilles mais mes doigts rencontrèrent ceux de mon partenaire qui venait d'imiter mon geste. Des étincelles dévastatrices se répandirent en moi et je reculai vivement, surprise par ce contact si soudain.
« Tenez » répliqua-t-il sèchement en me tendant mon butin peu après.
Je lui arrachai celui-ci des mains, pressée d'en finir.
« Dites-moi ce que vous ne comprenez pas. »
Je lui exposai alors mes problèmes et il hocha plusieurs fois la tête comme par réflexe.
« Je vois… Ce sont pourtant des choses fondamentales, se moqua-t-il. Et je vous ai expliqué certains points ce matin même.
― Je suis désolée ne pas être à la hauteur » répliquai-je durement, regrettant d'être venue lui demander de l'aide.
Sans une réflexion de plus, il entama de nouvelles explications sur le sujet afin d'éclaircir la situation. Et nous entamâmes notre travail ensemble malgré les multiples tensions qui régnaient toujours entre nous.
« Je vous ai dis de ne pas faire ça ! s'exclama-t-il près d'une heure plus tard, louchant sur ma feuille sans la moindre discrétion.
― Vous expliquez très mal, je n'y peux rien !
― Vous ne comprenez rien !
― Vous non plus » repris-je offensée.
D'un grand coup de crayon, il barra plusieurs lignes de mes écrits et reporta son attention sur son propre compte-rendu.
« Non ! Espèce de… m'emportai-je.
― De quoi ? Est-ce que je dois vous rappeler que j'ai accepté de vous aider ?
― Si j'avais su » ronchonnai-je.
Je posai mes deux mains sur mon front afin de souffler un instant. Et étrangement, lorsque je relevai le visage vers mon coéquipier, celui-ci était en train de me dévisager. Il détourna les yeux rapidement, comme pour ne pas être pris en flagrant délit et je cherchai vainement à comprendre pourquoi.
Quelqu'un frappa à la porte peu après, stoppant alors toutes mes interrogations intérieures.
« Oui ? » s'enquit Edward.
Alice apparut face à nous et prit un air étrange lorsqu'elle me vit à l'intérieur de la pièce.
« Bella ? Je me demandais où tu étais…
― Je suis là.
― Je vois. Salut Edward.
― Salut.
― Devinez quoi ?
― Quoi ? lui demandâmes Edward et moi d'une même voix.
― Je fais une fête vendredi, nous apprit-elle vivement tout en tapant des mains joyeusement. Vous êtes tous les deux invités.
― Inutile de m'inviter si Bella l'est également » répliqua sèchement mon supérieur.
Je le regardai d'un air écœuré avant de reporter mon attention sur mon amie.
« Ne l'écoute pas, me conseilla-t-elle.
― Je suis du même avis que lui. Ne compte pas sur moi, lui annonçai-je alors.
― Quoi ? Mais pourquoi ? quémanda-t-elle déçue.
― Il nuit à ma santé mentale, lui expliquai-je tout en désignant le principal concerné du doigt.
― Et vous donc, ajouta-t-il froissé.
― Stop ! Je veux vous voir tous les deux chez moi vendredi soir !
― Impossible.
― Oui, c'est physiquement impossible, répétai-je.
― Et je vous autorise à inviter l'un de vos amis si vous le souhaitez.
― Alice…
― Je ne veux rien savoir. L'affaire est close, à vendredi » insista-t-elle avant de disparaître telle une furie.
Je restai stoïque le temps de quelques secondes puis sursautai légèrement à l'entente de la voix froide de mon partenaire.
« Au travail. »
•
Après avoir gravis une vingtaine de marches en compagnie d'Angela, je sonnai une première fois puis une seconde à l'appartement d'Alice lorsqu'enfin celle-ci vint m'ouvrir le sourire aux lèvres.
« Salut Bella ! Comment ça va ?
― Bien merci, et toi ? lui demandai-je, ayant finalement cédé à son caprice en décidant de participer à sa soirée.
― Super ! Tes chaussures sont sublimes, me complimenta-t-elle. Je suis Alice, continua-t-elle à l'intention de ma meilleure amie.
― Angela.
― Enchantée.
― Moi de même.
― Entrez les filles. Rose est déjà arrivée. »
Je retirai mon manteau puis suivis mes amies afin de saluer Rosalie qui était une fois de plus élégante et rayonnante.
« Ton appartement est très joli, ajoutai-je alors tout en observant attentivement les lieux.
― Merci. Suivez-moi, je vais vous faire visiter. »
Je découvris ainsi la cuisine attenante à la pièce principale ainsi qu'une grande salle de bains, une chambre qui abritait un imposant dressing mais également un balcon avec une très belle vue sur la Tamise. Le tout était décoré de manière chaleureuse, les tons vifs s'harmonisaient à la perfection avec la propriétaire de l'appartement.
En fin de compte, nous nous assîmes toutes les quatre sur les divans confortables qui ornaient le salon et commençâmes à papoter. Suite à cela, la sonnette résonna une nouvelle fois et Alice alla accueillir un couple que je ne connaissais pas. Jasper ne tarda pas à pointer le bout de son nez lui aussi, puis de nouveau deux personnes qui m'étaient inconnues se joignirent à nous.
Je commençai à piter deux trois toasts, un verre de vodka à la main. La foule se densifia encore et encore, de petits groupes de personnes commencèrent à se former.
« Je ne savais pas qu'Alice avait invité tant de monde, dis-je à Rose qui était assise à ma gauche.
― Elle fait toujours les choses en grand. »
Une tape légère sur l'épaule m'obligea à relever la tête.
« Bonsoir Bella, me salua Jacob.
― Bonsoir » continuai-je enchantée tout en faisant signe à Angela et Rose de m'excuser un instant.
Je me levai calmement et allai discuter avec mon collègue de travail.
« Je ne savais pas que vous étiez invité, lui dis-je.
― J'aime bien Alice, m'informa-t-il.
― Est-ce que vous êtes venu seul ?
― Non, un ami à moi m'accompagne, m'expliqua-t-il tout en me désignant un homme grand et brun du doigt.
― D'accord. »
Il marqua une courte pause puis reprit la parole avec enthousiaste.
« Nous devrions sans doute nous tutoyer.
― Vous… Tu as raison, me repris-je.
― Est-ce que notre rendez-vous tient toujours ? s'enquit-il avec hésitation.
― Bien sûr !
― Dans ce cas, je me languis d'être à mardi » termina-t-il d'un ton gai.
Je papotai avec lui durant plusieurs minutes puis décidai finalement de retrouver ma place initiale.
« Est-ce que c'est lui qui t'a invitée à dîner ? me demanda Angela en faisant référence à Jacob.
― Oui.
― Il est plutôt mignon.
― Oui, en effet » approuvai-je.
Sur ce, Alice débarqua de nulle part et s'installa près de nous en soufflant un bon coup.
« Cette fois-ci je crois que tout le monde est là. »
Et, tandis que je commençais réellement à croire qu'Edward était absent, mes espoirs s'envolèrent lorsque la sonnette retentit de nouveau.
« Et non ! » s'exclama Rose pour contrer notre amie qui filait déjà vers l'entrée.
Mes doutes se confirmèrent peu après, à l'instant même où j'aperçus Tanya au bras d'Edward entrer dans la pièce.
« Pitié.
― Ne t'en fais pas. Je ne pense pas qu'il ose venir te voir. Il est avec Tanya, me rassura Rosalie.
― Il aurait pu éviter de la ramener, ajouta Alice qui revenait d'un pas rapide.
― Pourquoi ?
― Je déteste cette fille.
― C'est sa petite amie ? m'enquis-je curieuse.
― Non, Edward n'aime pas les relations.
― Mais ils couchent ensemble. Ils se rendent service, enchaîna Rosalie.
― Je vois. Cet homme n'a rien vraiment rien pour lui, décrétai-je.
― Il est pourtant très beau » me rappela Angela qui se releva sans plus tarder afin d'aller discuter avec un homme assis seul près d'une table.
Suite à cela, Emmett rejoignit sa compagne et passa un bras tendre autour de ses épaules afin de lui offrir un baiser.
« Toujours célibataire ? continua Alice à mon intention.
― Oui.
― Moi aussi. Mais je suis certaine de faire un grand pas ce soir. Il est tellement beau. Je ne sais pas comment m'y prendre.
― De qui est-ce que tu parles ? lui demandai-je perdue.
― De Jasper bien évidemment, me souffla-t-elle à l'oreille.
― Depuis combien temps est-ce que…
― En fait, depuis plus d'un an. Il me rend dingue. Mais je perds tous mes moyens dès que je suis près de lui.
― Toi ? Tu perds tes moyens ?
― Oui ! Ne rigole pas, me dit-elle, m'offrant une tape amicale sur le bras.
― Je suis juste… Surprise.
― Je vais chercher un plateau de toasts. Ne bouge pas. »
Je me réinstallai confortablement au fond du canapé puis bus une nouvelle gorgée de mon verre à moitié vide. Mon regard plongea alors dans celui d'Edward qui me fixait à l'autre bout de la pièce, une main sur la taille de Tanya.
« Bella ? Bella ? m'appela Alice tout en faisant de grands signes près de mon visage.
― Hein ? Oui.
― Je vais finir par croire que tu es heureuse qu'il soit là, ajouta-t-elle en constatant qu'il était le centre de mon attention.
― Pas du tout. »
Nous continuâmes à discuter quelques minutes puis Alice m'abandonna afin d'aller s'occuper de ses invités. Préférant ne pas rester seule, je me relevai moi aussi afin d'aller chercher un second verre d'alcool à la cuisine.
« Puis-je vous offrir un verre de vin ? me demanda alors un jeune homme qui débarquait de nulle part.
― Oui merci » répondis-je après une brève hésitation.
Il s'empara alors de la bouteille de vin posée sur le petit comptoir qui séparait la pièce du salon puis me tendis un verre plein peu après.
« Merci.
― De rien. Comment est-ce que vous vous appelez ?
― Bella.
― Comment connaissez-vous Alice ? reprit-il d'un ton aimable.
― Je travaille avec elle. Et vous ?
― Je suis un ami de Jasper. Je m'appelle Peter, se présenta-t-il.
― Enchantée.
― Moi de même » me répondit-il avec un grand sourire.
Cinq minutes plus tard, une musique entraînante se mit à résonner dans l'appartement et Alice poussa un cri aigu afin d'attirer notre attention.
« Il est l'heure de danser ! » s'exclama-t-elle tout en commençant à se dandiner au milieu de tout le monde.
Rosalie la rejoignit sans tarder puis Emmett décida également de se montrer, n'ayant pas peur du ridicule. D'autres personnes les imitèrent ensuite, créant ainsi une ambiance des plus joyeuses.
« Allons danser, affirma alors Peter.
― Bonne idée. »
Une fois sur la piste de danse improvisée par Alice, je me mis à bouger au rythme de la musique aux côtés des autres. L'alcool aidant, mes mouvements devinrent de plus en plus osés et je tirai la langue à mes amies qui se trouvaient à ma droite afin de participer à leur hilarité.
Mais quelque chose, et plus particulièrement quelqu'un, vint perturber ma bonne humeur. Tanya et Edward se postèrent face à moi et j'eus droit à un regard menaçant de la part de ce dernier. Tout en continuant à me dévisager, il posa ses mains sur les fesses de sa partenaire qui, contrairement à lui, était dos à moi. Il plaqua son bassin contre le sien et se mit à bouger sensuellement, me faisant déglutir bruyamment sans que je ne comprisse réellement pourquoi. Décidée à ne pas me laisser manipuler, j'exagérai mon déhanchement sous son regard dévastateur. Et j'osai même toucher l'arrondi de ma poitrine afin de lui rendre la monnaie de la pièce.
Il fut le premier à détourner les yeux et, heureuse de ma victoire, je me rendis aux toilettes d'un pas rapide pour soulager ma vessie. Une fois fait, je retournai dans la pièce principale et décidai de m'asseoir un instant. Et je regrettai mon choix en apercevant Edward à mes côtés, visiblement rêveur.
« Est-ce que vous avez décidé de ruiner ma soirée ? me questionna-t-il d'un air grave.
― Oui, tout comme vous avez décidé de ruiner la mienne.
― Vous n'aviez qu'à rester chez vous.
― Je ne comptais pas rester enfermée chez moi pour vous faire plaisir » répliquai-je.
Énervée, j'attrapai une canette de bière encore intacte qui traînait sur la table basse et bus la moitié de son contenu d'une traite.
« Quelle descente ! Vous allez le regretter, me dit Edward.
― Voyons si vous pouvez faire mieux, le défiai-je en lui tendant une autre canette.
― Vous ne faites pas le poids, rit-il.
― Montrez-moi. »
Après un dernier regard vers moi, il s'empara de la dite canette, l'ouvrit précautionneusement puis but une grosse gorgée de bière jusqu'à ce que le récipient fût entièrement vide.
« Je vous l'avais dit » ajouta-t-il sûr de lui.
Désespérée et complètement vaseuse, je m'appuyai contre le dossier du divan, imitée de près par mon pire ennemi. Je croisai les jambes et, malencontreusement, mon mollet nu entra en contact avec son genoux durant une fraction de seconde, me faisant frissonner de la tête aux pieds.
« Où est passée votre petite amie ? lui demandai-je méchamment afin de faire diversion.
― Je n'ai pas de petite amie » me rectifia-t-il tout en louchant sur le bas de mes cuisses dévêtues.
Exaspérée, je décidai de me relever rapidement. Mais les effets de l'alcool se répercutèrent sur mon équilibre et je retombai sur le canapé de tout mon poids, ou plutôt sur Edward. Instinctivement, ses deux mains se posèrent sur ma taille afin de me retenir et mes fesses s'écrasèrent sur son bas ventre, accélérant ainsi le rythme de ma respiration.
Nous demeurâmes un court instant immobiles puis il s'emporta une nouvelle fois en me repoussant un peu trop sèchement à mon goût.
« Vous ne tenez même pas sur vos pieds !
― Chut, articulai-je difficilement tout en retrouvant ma position initiale.
― Vous êtes complètement saoule. Ce n'est pas croyable, continua-t-il.
― Taisez-vous, repris-je d'une voix plus brutale. Je ne suis pas saoule.
― Si vous l'êtes, reprit-il tout en se penchant vers moi. Arrêtez les frais.
― Je fais ce que je veux Edward. »
Sans un mot de plus, il abandonna sa place et disparut à travers la petite foule que formaient les invités d'Alice.
•
Nous étions mardi. Jacob devait passer me prendre vers dix-neuf heures trente. Aussi, en fin d'après-midi, je rangeai mes affaires afin de rentrer chez moi plus tôt que d'habitude.
Prête à partir, j'ouvris la porte de mon bureau et tombai nez à nez avec Edward.
« Où est-ce que vous allez ? me questionna-t-il perdu en constatant sans doute que j'avais revêtu mon manteau.
― Je rentre chez moi, lui répondis-je comme s'il s'agissait d'un évidence.
― Vous ne pouvez pas.
― Théoriquement si. Il est déjà dix-sept heures » lui appris-je en jetant un rapide coup d'œil à ma montre.
Sur ces mots, je fis quelques pas mais il n'hésita pas à me suivre.
« Nous avons une urgence de dernière minute, m'informa-t-il affolé.
― Une urgence ? repris-je en stoppant mon avancée.
― Je… Oui. Nous devons terminer… Ce dossier, hésita-t-il en brandissant une pochette sous mes yeux. Ce soir, précisa-t-il ensuite.
― Je ne peux pas, débrouillez-vous sans moi.
― Restez ici.
― Non, insistai-je.
― Dois-je vous rappeler que vous êtes sous mes ordres ?
― Je ne compte pas passer ma nuit ici. J'ai d'autres projets figurez-vous ! m'emportai-je, craignant de devoir annuler mon rendez-vous avec Jacob.
― Dommage pour vous. Je vous attends dans mon bureau » conclut-il en disparaissant tel une fusée.
Durant un court instant, j'eus envie d'ignorer ses avertissements et de partir. Mais ma raison rattrapa bien vite ma folie et, après avoir poussé un long soupir de frustration, je fis marche arrière.
« Finissons-en au plus vite ! » m'exclamai-je passablement énervée après avoir rejoint mon coéquipier.
Je m'assis face à lui et croisai les jambes nerveusement, tapant du pied pour lui montrer mon impatience.
« De quoi s'agit-il exactement ? » lui demandai-je.
Il m'expliqua en détails le but de notre étude et nous commençâmes à travailler ensemble.
Près d'une heure plus tard, mes derniers espoirs de dîner avec Jacob s'envolèrent et je m'éclipsai dans le couloir afin de lui passer un coup de fil. Compatissant, il me proposa de reporter notre rendez-vous à une date ultérieure et j'acceptai avec joie. Je profitai de ma petite escapade pour aller me chercher un paquet de biscuits, constatant non sans surprise que tout le monde avait déserté les lieux. Tout le monde mis-à-part Edward et moi.
De retour dans son bureau, ce dernier m'offrit un regard des plus étranges, m'obligeant à réagir.
« Quoi ? m'enquis-je alors.
― Jacob… commença-t-il d'un air écœuré. Vous n'avez pas bon goût.
― Comment savez-vous à qui je viens de téléphoner ? m'enquis-je pour le moins étonnée.
― Les nouvelles circulent vite, me coupa-t-il.
― Vous… Vous l'avez fait exprès ! réalisai-je hors de moi, comprenant qu'il m'avait retenue ici dans l'unique but de ruiner ma soirée.
― Vous ne perdez pas grand chose. Cet homme est un crétin, m'affirma-t-il.
― Vous êtes vraiment incroyable ! m'énervai-je. Comment pouvez-vous être aussi égoïste ? »
Il demeura silencieux et, remontée, je me relevai d'un bon, prête à partir.
« Ne partez pas, m'interpella-t-il alors.
― Pourquoi ?
― Vous savez très bien pourquoi » conclut-il.
Frustrée de ne point pouvoir agir librement, je fis les cent pas telle un lion en cage puis me dirigeai finalement vers la fenêtre afin de divertir mes pensées un moment.
Dehors, la ville de Londres était illuminée grâce à des milliers de lumières. Une fine pluie s'échouait au sol et les rares personnes visibles à cette heure-là marchaient à vive allure dans les rues. Les voitures se succédaient, décorant les lieux par habitude.
« Nous avons du travail » chuchota une voix velouté à mon oreille.
Je sursautai et me retournai afin de tomber nez à nez avec mon tyran.
« Je suis nulle d'après vous. Vous devez très bien vous débrouiller sans moi, répliquai-je de mauvaise humeur.
― Certes, mais les choses vont toujours plus vite à deux. »
Sur ces mots, nous retrouvâmes nos places initiales et, malgré mon épuisement, je me forçai à clôturer ce premier dossier une bonne fois pour toutes.
Vers vingt-deux heures, nous rangeâmes nos affaires en silence et empruntâmes l'ascenseur ensemble.
« À demain, râlai-je avant de me précipiter vers ma Chevrolet.
― Superbe voiture ! continua-t-il ironiquement.
― Je sais. Je l'adore » lui répondis-je comme si de rien n'était.
Je montai à bord de celle-ci sans plus de ménagement. J'attachai ma ceinture puis démarrai sans véritablement regarder devant moi tellement ma précipitation était de taille. Mais le sursaut qui s'en suivit m'alerta et je réalisai bien trop tôt que la voiture d'Edward et la mienne venaient de s'entrechoquer, diffusant un bruit sourd dans le parking souterrain.
Face à face, nous nous dévisageâmes durant plusieurs secondes, le souffle court. Son regard me laissa deviner toute sa colère. Je poussai alors un hoquet de surprise en le voyant sortir de son automobile tel une furie. Il inspecta les dégâts causés à sa voiture et poussa un grognement d'horreur alors que j'apercevais vaguement la carrosserie cabossée.
Il toqua à ma vitre un instant plus tard et, après avoir inspiré un bon coup, je m'extirpai moi aussi de l'habitacle afin de me poster à ses côtés.
« Nous sommes dans un parking énorme et totalement vide, et vous trouvez le moyen de me rentrer dedans ! Qu'est-ce qui ne va pas chez vous ? hurla-t-il tout en agitant les bras en l'air tandis que je constatais bientôt que mon pare-choc avant était complètement détruit.
― Je ne suis pas l'unique fautive, le contrai-je sur le même ton.
― Quoi ? QUOI ? s'emporta-t-il.
― Parfaitement ! Nous avons démarré en même temps, voilà tout ! répliquai-je les mains sur les hanches.
― Contrairement à votre déchet, ma voiture est pratiquement neuve ! Et j'y fais très attention ! m'expliqua-t-il dans une colère noire, passant et repassant ses doigts à l'intérieur de sa chevelure.
― Ma voiture n'est pas un déchet ! repris-je outrée.
― Bien sûr que si, continua-t-il en frappant légèrement le capot du dit engin, plus énervé que jamais.
― N'y touchez pas » m'empressai-je d'ajouter tout en m'emparant de ses deux bras musclés afin de le retenir.
Le temps d'une courte seconde, une nouvelle décharge électrique se répandit en moi mais je me repris bien rapidement, le relâchant avec urgence.
« Regardez ce que vous avez fait ! ajouta-t-il en allant caresser le devant de sa Volvo.
― Et vous alors ? Mon pare-choc n'est même plus droit !
― Cela s'accorde très bien avec votre voiture.
― Arrêtez de parler ainsi de ma Chevrolet ! le menaçai-je. Sinon…
― Sinon quoi ? » s'enquit-il sûr de lui tout en se rapprochant encore un peu plus de moi de façon à ce que je puisasse humer la délicieuse odeur masculine qui se dégageait de sa personne.
Préférant ignorer ses derniers propos, je plaquai mes mains contre son torse viril et le repousser sèchement, non sans avoir remarqué à quel point ses pectoraux étaient durs.
« Ça va vous coûter très cher, me prévint-il sur les nerfs et plus que contrarié que j'eusse abîmé son trésor ambulant.
― Je ne compte pas payer les réparations de votre voiture. Les miennes suffiront amplement !
― Non mais je rêve ! s'exclama-t-il hors de lui. Vous venez de massacrer ma Volvo !
― Elle n'a presque rien » insistai-je, balançant mon pied en avant afin de désigner la carrosserie cabossée.
Il me fusilla du regard puis retourna aussi vite que possible à l'intérieur de sa voiture. Je l'imitai, me dépêchant de mettre le contact en marche afin de quitter cet endroit maudit au plus vite. De nouveau, nous démarrâmes ensemble mais je l'obligeai à freiner pour éviter une nouvelle collision puis passai fièrement devant lui.
•
Ayant enfin réussi à libérer l'une de mes soirées pour Jacob, je me dépêchai de monter à bord de ma voiture afin de ne pas être trop en retard au restaurant. Je me garai bientôt face à une bâtisse richement décorée puis sortis de mon véhicule d'un mouvement rapide. Et j'aperçus mon cavalier peu après, se tenant fièrement debout face à l'entrée de l'immeuble.
« Bonsoir, le saluai-je après avoir fait quelques pas vers lui.
― Bonsoir.
― Je suis désolée d'être en retard. Je…
― Ce n'est pas grave, je suis déjà très heureux que tu sois là, me coupa-t-il gentiment. Est-ce que tu as faim ?
― Je meurs de faim !
― Parfait, allons-y. »
Nous nous installâmes autour d'une petite table un instant plus tard puis passâmes commande par la suite.
« Alors, raconte-moi, entama mon ami.
― Quoi donc ? m'enquis-je étonnée.
― Ta vie. Je veux tout savoir.
― Tu vas vite être déçu, le prévins-je d'un air rieur.
― Je suis persuadé du contraire.
― D'accord. Je m'appelle Isabella Marie Swan. Je suis née à Liverpool un treize septembre. Je suis fille unique. Ma mère s'appelle Renée, mon père Charlie. Je n'ai ni chient, ni chat, ni poisson rouge.
― Où est-ce que tu vis maintenant ?
― Dans un appartement situé dans le centre de Londres. J'y habite depuis un moment déjà. Et toi ?
― J'habite en périphérie. »
Nous discutâmes ainsi pendant de longues minutes, ayant bientôt le privilège de déguster de très bons plats cuisinés avec finesse.
« Et aujourd'hui, est-ce que tu aimes ton métier ? continua-t-il tandis que les desserts venaient tout juste d'être servis.
― Oui, j'adore les mathématiques et l'informatique, lui avouai-je sans hésiter. Mais seulement…
― Tu n'aimes pas forcément les personnes avec qui tu travailles, termina-t-il pour moi.
― Exactement. En particulier Edward. »
À cette révélation non étonnante, Jacob m'offrit un sourire timide puis reporta son attention sur le contenu de son assiette.
« Je ne lui ai jamais vraiment parlé, le courant ne passe pas entre nous. Pour autant, je n'ai jamais rien entendu de mal à son sujet.
― Il faut croire qu'il me déteste vraiment !
― Peut-être pas.
― Quoi ? Comment peux-tu encore penser l'inverse ? rigolai-je.
― Je ne sais pas.
― Il fait tout pour transformer mes heures de travail en un véritable calvaire ! Il critique mes écrits, se permet de faire des réflexions déplacées sur ma vie, et je ne préfère pas imaginer ce qu'il raconte dans mon dos !
― Pour ma part, je n'ai rien entendu de mal sur toi.
― Tant mieux. Si tu savais à quel point il m'exaspère. Ses beaux yeux ne font pas de lui un être irrésistible. Et sa voix velouté me harcèle jour et nuit. Je n'en peux plus.
― Je vois » conclut-il d'un ton rêveur.
Finalement, nous quittâmes les lieux vers vingt-deux heures et après m'avoir raccompagnée jusqu'à ma voiture, Jacob se rapprocha un peu trop de moi. Et tandis qu'il s'apprêtait à m'embrasser, je me reculai de quelques centimètres.
« Je suis désolée.
― Non, je suis désolé, pardonne-moi.
― Je pense que nous sommes faits pour être amis » ajoutai-je en vitesse afin de justifier mes actes.
En effet, cette soirée avait été merveilleuse mais Jacob m'apparaissait désormais comme un ami et non plus comme un potentiel amant.
« Tu as raison. Quelqu'un d'autre accapare déjà toutes tes pensées, reprit-il d'une voix apaisée.
― Non absolument pas. Je suis célibataire. Mais je préfère rester amie avec toi.
― Fais-moi confiance, il y a quelqu'un d'autre mais tu ne t'en es pas encore rendu compte.
― Jacob ! Je te jure que non, insistai-je, déclenchant ainsi ses rires.
― En tout cas, merci d'avoir partagé cette soirée avec moi, continua-t-il.
― Merci à toi, j'ai passé un très bon moment.
― Passe une bonne nuit.
― Toi aussi. »
Et avec ce dernier échange, il disparut tranquillement pendant que je montais à bord de mon automobile, méditant ses dernières paroles.
