Les Caprices du cœur
La haine se nourrit de peur et d'amour
Chapitre 3
« Pour finir, un stage de remise à niveau est organisé de jeudi à vendredi, nous informa Demetri alors que nous étions tous rassemblés en salle de réunion.
― Où est-ce qu'il a lieu ? se renseigna Jasper.
― À Cambridge. Il concerne notamment le milieu informatique utile aux analystes. Il est donc obligatoire pour Mademoiselle Swan et Monsieur Cullen. Les autres peuvent également y participer mais sachez que le nombre de places est limité. La nuit d'hôtel et le trajet sont à nos frais. Vous utiliserez la voiture de service pour vous déplacer, précisa-t-il tout en jetant un coup d'œil rapide dans ma direction. Des questions ? »
Personne ne répondit, permettant alors de clôturer cette interminable réunion hebdomadaire. Je rangeais mes affaires en vitesse et retrouvai mon bureau après avoir échangé deux mots avec Alice, la persuadant de ne pas me laisser seule avec Edward pour ce stage de deux jours auquel je n'avais pas la moindre envie de participer. Et malheureusement pour moi, elle m'apprit que son jeudi soir n'était pas libre.
Comme toujours, je triai de la paperasse durant un long moment puis m'installai face à mon ordinateur afin de travailler.
•
Les jours suivants passèrent à une allure folle et, bientôt, mercredi pointa le bout de son nez.
« Allô ? m'enquis-je après avoir décroché un appel du secrétariat.
― Bonjour Bella, me répondit Madame Cope.
― Bonjour.
― Monsieur Volturi vous attend dans son bureau. C'est au sujet du stage qui débute demain.
― D'accord merci. »
Je verrouillai mon ordinateur puis quittai la pièce sans plus attendre. Je tapai timidement à la porte de Demetri puis entrai.
« Bonjour Bella. Comment allez-vous ? me demanda-t-il enthousiaste.
― Bien merci. »
Au même moment, trois coups francs se firent entendre et Edward apparut à mes côtés.
« Bonjour, nous salua-t-il rapidement.
― Je vous en prie, asseyez-vous » nous dit Monsieur Volturi en nous désignant les deux chaises confortables qui traînaient devant son grand et imposant bureau.
Nous nous exécutâmes silencieusement, non sans échanger un regard noir de manière discrète.
« Bien. Votre stage débute demain, commença notre supérieur.
― Oui.
― Et vous êtes les seuls à y participer.
― Quoi ? reprîmes Edward et moi en cœur.
― Personne ne semble intéressé, nous apprit-il tout en s'emparant d'un petit tas de feuilles. Vous devez signer ces papiers » continua-t-il.
Il les déposa face à nous et me tendit un stylo noir que je saisis après une courte hésitation.
« Merci. »
Je feuilletai le document puis apposai ma signature au bas de la dernière page malgré ma volonté. Mon coéquipier en fit de même peu après puis redonna l'imprimé à Demetri.
« Parfait. Voici les clefs de la voiture de service » ajouta-t-il en désignant un trousseau de clefs posé sur le rebord de son bureau.
Ni une ni deux, je tendis la main afin de m'en emparer mais elles disparurent avant que je n'eusse réussi à les saisir.
« Je conduirai » murmura Edward, un sourire narquois collé sur le visage.
Je fulminai intérieurement, attendant d'être sortie d'ici pour lui dire mes quatre vérités.
« L'adresse de l'hôtel est notée sur ce bout de papier. Le gérant est prévenu de votre arrivée. J'ai réservé deux chambre séparées pensant que ce serait plus correct.
― Encore heureux ! m'exclamai-je un peu trop fort tout en attrapant le dit bout de papier.
― Et voici l'adresse du centre de formation ainsi que les détails concernant votre court apprentissage, termina-t-il en offrant une feuille explicative à Edward.
― Merci.
― Vous devez êtres sur les lieux dès neuf heures. Je vous conseille de partir vers sept heures. La voiture est garée au sous-sol, je suis allé faire le plein d'essence ce matin.
― D'accord, soufflai-je.
― Je pense que tout est clair. Passez un bon séjour » conclut-il tout en se relevant.
Nous lui serrâmes la main à tour de rôles puis quittâmes son bureau d'un pas rapide. Après avoir atteint le bout du couloir, Edward ouvrit la porte de son bureau et, tandis qu'il s'apprêtait à la refermer, je m'immisçai dans l'entrebâillement en vitesse.
« Passez-moi les clefs, lui ordonnai-je.
― Il n'en est pas question, me répondit-il sèchement tout en plaçant celles-ci dans la poche avant de son pantalon.
― Je pense qu'il est plus prudent que je conduise.
― Je ne pense pas vu les dégâts que vous avez causés à ma voiture la semaine dernière. D'ailleurs, j'attends toujours des dédommagements.
― Et bien vous risquez d'attendre longtemps » répliquai-je.
Sur ces mots, je lui arrachai la feuille explicative des mains et pris connaissance du contenu de notre stage.
« Rien que je ne sache déjà, râlai-je.
― Étonnant vu votre niveau. Ce stage doit vraiment être pour les débutants, se moqua-t-il tout en reprenant la feuille. Quelle est l'adresse de l'hôtel ? » s'enquit-il, observant le bout de papier chiffonné que je tenais dans la main droite.
Je lui dictai les coordonnées de notre lieu d'hébergement à toute allure puis cachai moi aussi mon bien au fond de ma poche.
« Je n'ai rien compris. Montrez-moi.
― Non. Vous avez les clefs, je garde l'hôtel.
― Je vois, médita-t-il.
― À demain.
― Et je vous conseille d'être à l'heure » cria-t-il alors que je m'éloignais.
•
Après m'être réveillée en sursaut vers six heures trente du matin, je sautai hors du lit et filai sous la douche avec précipitation, repensant à la journée qui m'attendait. Une fois fait, je m'habillai en vitesse à l'aide d'une robe en laine de couleur claire puis bouclai ma valise après y avoir ajouté quelques maigres affaires supplémentaires. Constatant non sans surprise que j'étais en retard, je décidai d'emporter mon paquet de céréales avec moi afin de prendre mon petit-déjeuner durant le trajet de Londres à Cambridge.
J'entrai dans le parking souterrain à sept heures dix et me garai près de la voiture de service à l'intérieur de laquelle Edward était déjà installé face au volant. Je m'extirpai de ma Chevrolet en vitesse, déposai mon bagage à l'arrière du véhicule bleu nuit puis montai à bord de l'automobile où l'odeur de mon coéquipier avait déjà embaumé l'habitacle.
« Salut.
― Salut » me répondit ce dernier sur le même ton froid, ne faisant aucune remarque sur mon retard.
Sans plus de cérémonie, il démarra et quitta les lieux avec empressement, faisant ainsi crisser les pneus de l'engin. Nous mîmes un certain temps à quitter Londres à cause des embouteillages. Mais une fois fait, Edward emprunta l'autoroute et n'hésita pas à dépasser les limitations de vitesse. Je poussai un hoquet de surprise en constatant alors que nous roulions à plus de cent cinquante kilomètres par heure.
« Stop ! » hurlai-je, la bouche pleine de céréales.
Mon ordre le surprit mais il ne ralentit pas pour autant, dépassant tout un tas de voitures sans une once d'hésitation.
« Vous roulez beaucoup trop vite !
― Nous sommes en retard, m'expliqua-t-il d'un ton calme.
― Je m'en fiche, continuai-je, renversant malencontreusement le sachet de céréales.
― Pas moi. Et faites attention, vous être en train de pourrir la voiture !
― Edward !
― Quoi ? cria-t-il à son tour.
― Roulez moins vite !
― Non ! »
Je fulminais, cherchant un quelconque moyen de stopper cette course folle. Et une brillante idée me vint lorsque j'aperçus le panneau d'une aire de repos.
« Arrêtez-vous, je dois aller aux toilettes.
― Je suis sûre que vous pouvez vous retenir.
― Certainement pas.
― Il est déjà huit heures et demie !
― Arrêtez-vous ! »
Sur ces mots, il s'exécuta à contre cœur et se gara bientôt sur un parking encore désert. Une fois sortie de la voiture, j'allai ouvrir la portière d'Edward.
« Qu'est-ce que vous faites ? me demanda-t-il incrédule.
― Je conduis.
― Quoi ? Hors de question, reprenez votre place !
― Je ne remonterai pas tant que vous n'aurez pas quitter votre siège.
― C'est du chantage !
― Oui. »
Et constatant sans doute que je n'étais pas prête à céder, il détacha sa ceinture avec rage et libéra sa place en un temps record.
« Merci. »
Je m'installai tranquillement, agréablement surprise par la chaleur du siège. Edward prit place à mes côtés et je démarrai, roulant à une allure bien plus raisonnable que la sienne.
« Nous arriverons peut-être avant ce soir, maugréa-t-il de manière exagérée.
― Sans doute. »
Finalement, nous atteignîmes Cambridge près de trente minutes plus tard et Edward m'indiqua le chemin à suivre pour rejoindre le centre de formation. Une fois arrivés à destination, nous nous dépêchâmes d'entrer dans le bâtiment. Nous suivîmes une jeune femme jusqu'au second étage puis entrâmes dans une grande salle où plusieurs autres financiers étaient en réunion.
Honteux d'être les derniers, nous prîmes place côte à côte avec discrétion puis écoutâmes les propos d'un grand homme blond.
Vers midi, nous eûmes la permission de faire une pause d'une quarantaine de minutes seulement. Tout le monde se dépêcha alors de quitter la pièce afin de rejoindre la cafétéria du rez-de-chaussée. J'achetai un sandwich au jambon. Après avoir médité un instant, j'allai m'asseoir près d'Edward.
« Bon appétit, lui souhaitai-je. Je ne connais personne d'autre, me justifiai-je ensuite, remarquant à quel point il semblait étonné de ma compagnie.
― Moi non plus. »
Nous déjeunâmes ainsi, n'échangeant pas le moindre mot. Ou presque.
« Vous ne savez pas manger, me dit-il tandis qu'une feuille de salade venait de s'échouer au sol.
― Tant pis, lui répondis-je, faisant cette fois-ci dégouliner de l'eau intentionnellement jusque dans mon décolleté.
― Et vous ne savez pas boire non plus, remarqua-t-il après avoir bruyamment avalé sa salive.
― Je l'ai fait exprès. J'ai chaud.
― Il ne fait pas chaud.
― Si » le contrai-je, ancrant mon regard dans le sien.
Il ne répliqua plus et se contenta de terminer son repas en silence.
L'après-midi se déroula de la même façon que la matinée. Malgré mes préjugés, j'appris quelques nouveautés liées à l'informatique.
« Parfait. Je pense que nous avons tous assez travaillés pour la journée. Je vous libère. Soyez présents demain matin dès huit heures trente » termina l'un des formateurs.
La tête prête à exploser, je regagnai la voiture en compagnie de mon coéquipier qui semblait plus décidé que jamais à me rendre folle.
« Vous ne pouvez pas conduire. Vous devez m'indiquer la route pour aller à l'hôtel.
― Mais je ne connais pas la route !
― Vous avez voulu garder l'adresse.
― Oui, et alors ? repris-je énervée tout en farfouillant à l'intérieur de mon sac.
― Passez-moi le papier, continua-t-il tandis que je me démenais pour retrouver ce fameux bout de papier.
― Je le cherche ! »
Et sans succès, je continuais mes recherches.
« Ne me dites pas que vous l'avez perdu…
― Non, je vais le retrouver » soufflai-je indécise.
Debout face à lui, je décidai de passer à la vitesse supérieure.
« Tenez » lui ordonnai-je alors tout en lui tendant un premier objet puis un second afin d'y voir plus clair.
Sous son air béat, je vidai ainsi mon sac à main, déposant ma trousse de maquillage, un petit carnet noir, un paquet de chewing-gum, une carte téléphonique, des mouchoirs, mon téléphone portable, une lettre, mon porte-monnaie, des crayons et mêmes un tampon sur l'espace que formaient ses bras musclés.
« Intéressant » chuchota-t-il pour lui-même en observant attentivement chaque objet.
Malheureusement pour moi, aucun bout de papier n'apparut et, après avoir fouillé le fond de mes poches une dernière fois, je dus me rendre à l'évidence.
« Je… J'ai dû le laisser chez moi, lui appris-je honteuse.
― Quoi ?
― Je suis désolée, repris-je tout en replaçant le contenu de mon sac à sa place. Mais nous n'avons qu'à appeler Demetri, ce n'est pas bien grave.
― Il ne travaille pas aujourd'hui.
― Je ne vois pas d'autre solution. Voilà mon téléphone, continuai-je en lui tendant mon cellulaire.
― Non, vous l'appelez.
― Mais vous le connaissez mieux que moi !
― Et alors ? »
Malgré moi, je composai le numéro de notre patron qui décrocha sans tarder. Je lui expliquai notre problème plusieurs fois puis réussis finalement à décrocher l'adresse de l'hôtel. Je m'emparai rapidement d'un stylo et inscrivis les coordonnées sur mon bras, faute de support papier.
« Allons-y » conclus-je après avoir raccroché.
Alors que je m'apprêtais à ouvrir la portière, Edward vint se placer face à moi.
« Vous avez l'adresse sur le bras.
― Et ?
― Vous ne pouvez pas lire et conduire en même temps. »
Sans que je n'y prisse garde, il m'arracha les clefs des mains et je me retrouvai démunie.
« Rendez-les moi !
― Montez » ajouta-t-il comme si de rien n'était en me désignant la place passagère.
Résignée, je m'exécutai.
« Je vous préviens, si vous roulez trop vite…
― Ce n'est pas mon genre » me coupa-t-il.
Il démarra en trombe comme pour confirmer l'ironie de ses paroles et emprunta une rue au hasard.
« Où est-ce que nous allons ?
― Je n'en sais rien. Je ne connais pas Cambridge, lui répondis-je d'un ton sec, me demandant pourquoi cette voiture n'avait pas de GPS.
― Moi non plus. Mais, contrairement à vous, j'ai pris la peine de trouver l'itinéraire conduisant au centre de formation, râla-t-il.
― Je n'ai pas eu le temps de chercher, me justifiai-je lamentablement. Tournez à droite, lui ordonnai-je ensuite.
― Pourquoi ?
― Parce que, mon instinct me dit d'aller à droite.
― Dans ce cas, je vais plutôt prendre à gauche, décida-t-il en empruntant une nouvelle avenue.
― Crétin, murmurai-je pour moi-même.
― Pardon ?
― Rien. »
Nous roulâmes ainsi pendant plusieurs minutes, se disputant toujours plus sévèrement.
« Je vous dis de ne pas aller par là ! m'exclamai-je rudement, ma patience s'amoindrissant de seconde en seconde.
― Arrêtez ! C'est de votre faute si nous ne savons pas où aller, me contra-t-il d'une voix menaçante.
― Garez-vous ! Je vais demander de l'aide à un passant. »
Et étrangement, il se rangea sur la bas-côté peu après. Je sortis de l'automobile afin d'accoster une femme d'une quarantaine d'années qui marchait calmement. Après lui avoir dicté l'adresse de l'hôtel, elle sourit bêtement puis me désigna un grand bâtiment situé au bout du boulevard sur lequel nous nous trouvions. Me sentant quelque peu idiote, je la remerciai puis remontai à bord du véhicule.
« Il s'agit de cet immeuble, appris-je à Edward en désignant l'hôtel du doigt.
― Parfait. »
Près de cinq minutes plus tard, nous poussâmes l'imposante porte d'entrée ensemble et pénétrâmes à l'intérieur d'une salle richement décorée.
« Bonjour, dit le réceptionniste à notre intention.
― Bonjour, je suis Edward Cullen et voici ma… Coéquipière, Mademoiselle Swan. Deux chambres séparées ont dues être réservées à nos noms pour la nuit, commença Edward en déposant sa carte d'agent sur le comptoir.
― Une petite minute. »
Le réceptionniste chercha des informations à l'intérieur d'un ordinateur portable puis reprit la parole.
« Oui en effet. Voilà les clefs, continua-t-il après avoir attrapé deux trousseaux de clefs différents. Vos chambres sont côte à côte, au cinquième étage.
― Merci » terminai-je après avoir saisis l'un des deux trousseaux.
Je fis rouler ma valise jusque dans l'ascenseur où Edward me rejoignit sans tarder. Une fois arrivés au dernier étage de l'établissement, nous nous percutâmes dangereusement en voulant sortir de cette petite cage en même temps. Sans un mot d'excuse, je forçai le passage pour être la première.
« Aucune galanterie, remarquai-je en avançant rapidement.
― Pas avec vous » me rectifia-t-il.
Je repérai enfin la porte numéro cinq cent vingt-deux et glissai la clef à l'intérieur de la serrure, imitant Edward qui se trouvait sur ma droite. Et nous pénétrâmes dans nos chambres respectives d'un même élan.
La mienne était relativement petite mais très bien décorée. Un lit simple occupait la majeure partie de la pièce et une large baie-vitrée donnait accès à un balconnet. Une porte bleue permettait de rejoindre la salle d'eau où une douche italienne était installée.
Après avoir inspecté les moindres recoins de cette chambre, je posai mon unique bagage sur le rebord du lit puis décidai de me laver afin de me détendre. Le jet d'eau eut un effet incroyable sur les muscles de mon corps et ce fut entièrement relaxée que j'enfilai un peignoir chaud après m'être séchée. Je me maquillai précautionneusement, peignai ma chevelure ondulée puis enfilai un jean ainsi qu'un top noir.
Décidant de rejoindre le restaurant de l'hôtel vers vingt heures trente, je profitai de mon temps libre pour aller respirer la fraîcheur du soir depuis mon balcon. Des vitres teintées étaient installées de chaque côté de celui-ci, permettant ainsi de protéger l'intimité des voisins. Mais je remarquai bien trop rapidement que l'une d'elles était partiellement fendue, donnant une vue imprenable sur la terrasse voisine, et plus particulièrement sur l'intérieur de la chambre puisque le rideau n'était pas tiré.
Et soudain, Edward apparut dans la pièce, une serviette enroulée autour de la taille. Je déglutis avec difficulté en apercevant son torse nu ainsi que ses cheveux trempés. Il farfouilla dans sa valise durant un instant puis en sortit des vêtements propres qu'il déposa sur le lit. Désormais dos à moi, il enfila une chemise bleu nuit et, avant qu'il n'eût le temps de défaire le nœud de sa serviette, je fermai les yeux, les battements de mon cœur s'affolant sans raison. Je me reculai vivement, préférant ne pas en voir plus. Ma santé mentale risquait de ne pas tenir le coup.
« Quelle idiote » me sermonnai-je à voix basse.
En fin de compte, les grognements de mon ventre me ramenèrent à mon but premier et je quittai ainsi la chambre d'un pas précipité, n'oubliant pas d'emporter mon sac à main avec moi.
« Bonsoir Mademoiselle, me salua l'un des serveurs du restaurant.
― Bonsoir, une table pour une personne s'il vous plaît.
― Très bien, suivez-moi. »
Je m'installai finalement près d'une fenêtre, profitant ainsi d'une vue dynamique sur l'une des rues principales de la ville.
Autour de moi, la plupart des tables étaient occupées, et la plupart des clients étaient des couples d'une trentaine d'années.
« Voici la carte, m'apprit un nouveau serveur en me tendant un petit livret rouge relativement épais.
― Merci. »
Je feuilletai la dite carte pendant un moment, indécise comme à mon habitude. Mais bientôt une voix familière résonna à quelques centimètres de moi et l'une des chaises alentours fut bruyamment tirée vers l'arrière.
« Quelle surprise ! s'exclama enfin Edward qui venait de prendre place à ma gauche, près de l'une des rares tables inoccupées de la salle.
― En effet, quelle surprise, répétai-je tout doucement en repensant au corps de rêve que j'avais entrevu un peu plus tôt dans la soirée.
― À croire qu'ils ont fait exprès de me placer ici » reprit-il songeur.
Au retour du serveur, je commandai une salade royale ainsi qu'un plat de pâtes afin de remplir correctement mon ventre.
Mon entrée fut servie rapidement et je m'empressai de saisir une première rondelle de tomate entre mes doigts sous le regard curieux de mon coéquipier.
« Quoi ? lui demandai-je la bouche pleine.
― Toujours autant de délicatesse, m'expliqua-t-il, entamant lui aussi son hors d'œuvre.
― Uniquement pour vous faire plaisir.
― C'est trop d'honneur. »
Je continuai la dégustation de ma salade en silence puis m'attaquai à un large plat de pâtes par la suite.
« Je ne pense pas que cela soit très bon pour votre ligne, me dit Edward tandis que j'avalai une seconde bouchée de mon plat.
― Que dois-je comprendre ? » m'enquis-je passablement énervée en remarquant qu'un beau filet de poisson ornait son assiette.
Il se contenta de faire une grimace peu gracieuse et cela attisa bien plus ma curiosité.
« Répondez !
― Non.
― Est-ce que vous me trouvez… commençai-je.
― Je ne sais pas, m'arrêta-t-il d'un signe de main.
― Je me fiche de votre avis de toute façon » mentis-je, vexée d'être rabaissée de la sorte.
Je bus une longue gorgée de vin blanc afin de me changer les idées et, près d'un quart d'heure plus tard, le dessert fut servi. Trois boules de glace ornaient ma coupe et je jetai un rapide coup d'œil vers la gauche afin d'apercevoir une part de gâteau au chocolat face à Edward.
« Le chocolat est à éviter dans votre cas, répliquai-je en guise de vengeance.
― Idem pour la glace. »
Tout en soutenant son regard, je léchai ma cuillère recouverte de sorbet à la framboise ce qui eut pour effet de lui intimer le silence.
« Bon appétit » lui souhaitai-je ironiquement.
D'une manière tout aussi sensuelle, sa langue se balada sur le dos de son couvert afin de récolter la mousse qui le recouvrait.
« Bon appétit » me répondit-il alors tandis que je me faisais violence pour ne pas fixer ses lèvres tentatrices.
Je raclai les parois du petit récipient en vitesse puis fis signe au serveur de m'apporter l'addition.
De retour dans ma chambre, je m'isolai sur mon balconnet afin d'observer les mille et unes lumières qui scintillaient de part et d'autre de la ville. Le vent éparpillait mes cheveux dans tous les sens et ma veste de laine me protégeait du froid. Les étoiles illuminaient le ciel de façon incroyable et la Lune était reine, me conférant un sentiment de bien-être. Mais tout ceci mourut dès lors que la voix de mon voisin se fit entendre.
« S'il te plaît Tanya. Arrête de crier » dit-il.
Je me penchai en avant et l'aperçus au téléphone, faisant les cent pas sur le minuscule espace que lui offrait sa terrasse.
« Je sais. Ce n'est pas une raison » continua-t-il, ne m'ayant pas encore remarquée.
À travers la fente que j'avais découverte quelques heures plus tôt, il m'était aisé d'observer le moindre de ses mouvements sans effort.
« Nous ne sommes pas ensemble. Je t'avais prévenue. »
Sur ces mots, il raccrocha violemment et appuya ses coudes sur la balustrade en fer de son balcon.
« Vous parlez beaucoup trop fort » me plaignis-je tout en adoptant une position similaire à la sienne.
Il sursauta légèrement puis m'offrit un regard des plus noirs.
« Ce n'est pas poli d'écouter les conversations des autres.
― Je ne sais pas comment Tanya arrive à vous supporter.
― Je suis le plus à plaindre des deux.
― Non je ne pense pas. Vous profitez d'elle.
― Non, elle profite de moi, me rectifia-t-il.
― Il n'y a pas grand chose à retirer de vous, le contrai-je.
― Vous n'en savez rien.
― J'en ai suffisamment vu pour tirer des conclusions.
― Détrompez-vous. Vous ne savez rien de moi » s'énerva-t-il tout en disparaissant tel une fusée.
•
Le lendemain matin, je déposai ma valise dans le coffre du véhicule et m'installai aux côtés d'Edward qui m'attendait depuis quelques minutes. Sans un mot, nous pénétrâmes bientôt à l'intérieur du centre de formation et rejoignîmes nos compères qui étaient réunis dans la même salle que la veille.
La matinée s'éternisa. Et je déjeunai en compagnie de deux filles avec qui j'avais sympathisé plus tôt. L'après-midi me parut tout aussi interminable, si bien que, lorsque le stage se termina enfin, je saluai mes camarades et me précipitai sur le parking, impatiente de retrouver Londres. Edward me rejoignit sans tarder et, le voyant brandir les clefs dans les airs, je le stoppai rapidement en enserrant son bras à l'aide de mes doigts agiles.
« Je conduis.
― Non.
― Si.
― Non.
― Si.
― Non.
― Si » insistai-je.
Il abandonna la partie, à mon plus grand étonnement, et se libéra de ma poigne d'un geste vif. Je m'installai face au volant avec empressement puis démarrai peu après.
Nous demeurâmes muets durant une grande partie du trajet. Cependant, l'étrange vrombissement du moteur attira mon attention et je soupirai en constatant que le réservoir d'essence était pratiquement vide.
« Nous n'avons plus d'essence, le prévins-je en remarquant également que la nuit était désormais totale.
― Plus d'essence ?
― Regardez, lui répondis-je en désignant le tableau de bord de la voiture.
― Arrêtez-vous à la prochaine station service.
― Merci du renseignement. »
Par chance, je trouvai une station automatisée quelques kilomètres plus loin, en bordure de l'autoroute. Mais, tandis que j'étais prête à m'arrêter, Edward m'incita à accélérer.
« Continuez.
― Quoi ? Mais pourquoi ? lui demandai-je incrédule.
― Faites ce que je vous dis.
― Non ! Je ne veux pas tomber en panne ! » m'exclamai-je déterminée tout en ralentissant nettement afin de tourner vers la droite.
Contre toute attente, Edward braqua mon volant dans le sens inverse et je freinai brusquement.
« Vous êtes fou !
― Non, vous êtes inconsciente ! Il y a une unique voiture garée là et quatre hommes musclés comme des bêtes adossés au capot » hurla-t-il.
Je tournai la tête sur le côté afin d'apercevoir plusieurs hommes recouverts de tatouages dont l'un se dirigeait vers nous avec empressement. Sans plus réfléchir, je redémarrai en vitesse, préférant écouter les conseils de mon coéquipier pour une fois.
« Je n'avais pas fait attention à eux, me justifiai-je de retour sur l'autoroute.
― C'est inquiétant. »
Je ne relevai pas, préférant me concentrer sur ma conduite censée être économique. Je soufflai de soulagement lorsque nous abandonnâmes enfin l'autoroute, signe qu'il ne restait plus que quelques minutes de trajet. Mais mon soulagement fut de courte durée.
« Qu'est-ce qui se passe ? m'enquis-je effrayée alors que l'automobile commençait à faire des soubresauts inquiétants.
― Plus une seule goutte d'essence cette fois-ci » me répondit Edward.
La voiture stoppa bientôt sa course et j'eus à peine le temps de me rabattre sur le côté.
« Que… Qu'est-ce que nous allons faire ? repris-je perdue tout en donnant un coup franc sur le volant, klaxonnant sans le faire exprès.
― Je ne pense pas pouvoir pousser la voiture sur plus de vingt kilomètres.
― Donc ?
― Appelons une dépanneuse » suggéra-t-il en s'emparant de son cellulaire.
Il parla durant un moment au téléphone puis les traits de son visage devinrent tout à coup sévères, augmentant ainsi mon anxiété.
« La dépanneuse arrive dans une heure et demie ! s'affola-t-il après avoir raccroché.
― Une heure et demie ? repris-je d'un air ahuri.
― Tout est de votre faute ! s'emporta-t-il.
― Absolument pas !
― Nous avons fait des milliers de détours pour trouver notre hôtel.
― Je n'y peux rien.
― Bien sûr que si. Il vous suffisait de trouver un itinéraire convenable la veille !
― Je n'aurais pas dû vous écouter tout à l'heure.
― Tout à l'heure ?
― À la station !
― Vous préfériez peut-être vous faire violer ? ajouta-t-il hors de lui tout en se penchant franchement vers moi.
― Non » lui répondis-je d'une petite voix après un court instant de méditation.
Il se recula brusquement et souffla sans aucune retenue.
« Je meurs de faim » reprit-il alors que ma montre affichait plus de vingt-et-une heures.
Pensant retrouver nos appartements respectifs à cette heure-là, nous n'avions pas pensé à manger avant de partir.
« Il doit me rester quelques céréales » pensai-je alors en détachant ma ceinture.
J'ouvris le coffre puis fouillai à l'intérieur de ma valise durant un moment. Mon butin en main, j'allai cette fois-ci m'installer sur la banquette arrière pour plus de confort.
« Est-ce que vous en voulez ? demandai-je à mon compagnon de route, mes bonnes manières refaisant surface.
― Oui » me répondit-il.
Je posai le sachet entre les deux sièges avant afin de nous permettre de piocher tous les deux. Je retirai mes escarpins puis m'allongeai sans aucune hésitation afin d'étendre mes jambes engourdies.
« Je vois » grogna Edward.
Et sans plus de cérémonie, il se débarrassa lui aussi de ses chaussures afin de poser ses jambes près du volant, me permettant alors d'apercevoir ses mollets.
J'avançai ma main vers le centre du véhicule afin de m'emparer d'une bonne poignée de pétales mais mes doigts heurtèrent les siens, déclenchant de légers tremblements dans l'ensemble de mon corps. Je me mordis la lèvre inférieure et fermai les yeux rapidement, heureuse que nos visages fussent séparés l'un de l'autre par le dossier de son siège.
« Vos céréales n'ont pas de goût, affirma-t-il bientôt, me sortant de mes songeries.
― C'est faux. Elles sont très bonnes.
― Pas vraiment.
― Dans ce cas, n'y touchez plus.
― Je me contente de peu lorsque j'ai faim » me contredit-il en replongeant sa main dans le paquet.
Au même moment, son téléphone se mit à sonner et il décrocha sans attendre.
« Allô ? »
J'essayai de me distraire d'une quelconque façon pour ne pas écouter ses paroles mais rien ne réussit à accaparer mon attention.
« Non, je suis encore dehors. Nous sommes tombés en panne, expliqua-t-il d'un ton posé à son interlocuteur. Rien de grave, la dépanneuse ne va pas tarder à arriver. Je t'appelle demain. »
La conversation se termina ainsi, me laissant penser que quelqu'un l'attendait.
« Est-ce que vous habitez seul ? lui demandai-je curieuse, ne trouvant rien d'autre à dire.
― Pourquoi cette question ? me questionna-t-il sur la défensive.
― Histoire de parler.
― Oui, j'habite seul, au sud de la ville. Et vous ? hésita-t-il.
― Aussi.
― Dans quel quartier ?
― Victoria » lui appris-je alors.
Suite à cet échange anormalement calme, le silence revint emplir l'habitacle et je fermai les yeux une nouvelle fois afin de me reposer un moment.
Complètement déboussolée, je fus réveillée près d'une heure plus tard par Edward qui m'indiqua la dépanneuse du doigt. Celle-ci nous ramena à bon port et, après avoir tous deux payé une somme exorbitante, nous eûmes enfin le privilège de retrouver nos véhicules respectifs, non sans avoir garé la voiture de service à sa place initiale.
Edward monta à bord de sa Volvo encore chiffonnée et je l'imitai, prenant place à l'intérieur de ma vieille Chevrolet. Garés non loin de l'autre, nous échangeâmes un regard vide de sens puis chacun de nous quitta le parking souterrain sans plus tarder.
