Les Caprices du cœur

La haine se nourrit de peur et d'amour


Chapitre 5

« Venez » me dit Edward après avoir toqué à ma porte.

Je m'exécutai en silence et le suivis jusqu'au palier inférieur. Nous entrâmes bientôt à l'intérieur d'une petite salle sombre qui abritait de nombreuses étagères en fer et sur lesquelles étaient entreposées de vielles chemises archivées.

« Qu'est-ce que nous venons faire ici ? lui demandai-je surprise tandis qu'il allumait la lumière peu vaillante de la salle.

― Nous avons besoin de retrouver un dossier qui a été étudié il y a plus de trois ans.

― Parfait, soufflai-je. Le nom ?

― Justement, il n'y en a pas, m'apprit-il d'un air évident.

― Qu'est-ce que vous voulez dire ?

― Nous devons éplucher chaque dossier de l'année concernée afin de dénicher celui qui avait à l'époque un capital de deux millions cinq cent trois mille et deux cent cinquante-quatre livres. »

Confuse, je le regardai avec appréhension, attendant qu'il terminât sa plaisanterie.

« Je ne rigole pas, continua-t-il comme s'il avait le pouvoir de lire dans mes pensées.

― Mais regardez ces étagères ! Il y a des milliers de papiers entassés dessus ! m'emportai-je.

― Je sais. Voilà pourquoi j'ai besoin de votre aide. »

Sans un regard de plus, il s'immisça entre deux rangées et observa attentivement les intercalaires colorées qui permettaient de classer les archives par année.

« C'est ici » ajouta-t-il d'une voix basse tout en me désignant une quelconque étagère à l'aide de son index.

Je me rapprochai de lui afin d'y voir plus clair.

« L'année commence ici et se termine là, m'expliqua-t-il en désignant tour à tour deux petit papiers jaunes qui délimitaient plus de deux cents dossiers.

― D'accord. »

Il s'empara du tabouret qui traînait par là et le positionna face à lui afin de monter dessus peu après. De par sa taille, il réussit à saisir les premiers documents qui étaient perchés à plusieurs mètres de haut et, rêveuse, mes yeux s'attardèrent un instant sur ses belles fesses qui se trouvaient désormais au niveau de mon visage.

« Tenez. »

Sa voix mit un terme à ma contemplation et j'attrapai maladroitement la pile qu'il me tendait. Je m'assis bientôt sur le rebord d'un second tabouret et ouvris une première pochette plastifiée. La poussière vola dans les airs et j'éternuai bruyamment, imitée de près par Edward qui venait tout juste de s'installer face à moi.

« Deux millions cinq cent trois mille et deux cent cinquante-quatre livres » répéta-t-il ensuite en déposant un bout de papier chiffonné entre nous.

Je soufflai un bon coup et décidai finalement d'entamer mes recherches.

« Est-ce que vous trouvez quelque chose ? demandai-je à mon coéquipier quelques minutes plus tard.

― Non. Et vous ?

― Non plus. »

Il replaça sa pile de dossiers au sommet de l'étagère et en saisit d'autres qu'il déposa au sol. Préférant ne lui demander aucune faveur, je décidai de ranger mes quelques documents moi-même. Aussi, après être montée sur mon tabouret sans grande conviction, je tendis les bras vers le haut et réussis à placer le tas de papiers au bon endroit. Soulagée, j'attrapai de nouvelles pochettes et, tout en calant ces dernières contre mon buste, je remarquai qu'Edward était en train de contempler mes jambes nues. Gênée, je me raclai la gorge bruyamment. Il leva les yeux vers moi et me toisa d'un air dépourvu de sens.

« Aidez-moi » lui ordonnai-je d'une voix agacée en lui désignant les dossiers du regard.

Il resta assis et ne bougea pas même d'un millimètre tandis que je me faisais violence pour ne pas tout lâcher.

« Qu'est-ce que vous attendez ? » m'impatientai-je, serrant un peu plus fermement la tas contre moi.

Il se releva enfin et vint se poster à quelques centimètres de moi. Sans plus attendre, je me penchai en avant et attendis qu'il ouvrît ses bras pour relâcher ma prise. Mais lorsque je pris conscience que ses bras ne voulaient pas bouger, je relevai le visage et constatai cette fois-ci que ses yeux semblaient obnubilés par mon décolleté qui était plus que jamais mis en valeur.

« Qu'est-ce que vous faites ? le questionnai-je d'un ton plus qu'étrange.

― Je… Passez-les moi » me répondit-il tout en ignorant royalement ma question.

Au moment où je lui tendis les dossiers, je perdis l'équilibre. En un mouvement brusque, je m'agrippai aux épaules d'Edward qui se mit à vaciller à son tour. Sans avoir le temps de réagir, je m'affalai sur lui et nous nous retrouvâmes allongés sur le carrelage froid quelques secondes plus tard après que j'eusse poussé plusieurs cris aigus.

Quelque peu assommée, je gardai les yeux clos un instant, comprenant rapidement que la situation ne pouvait être pire. Mon visage était niché au creux de son cou et, alors que je le surplombais, mes jambes entouraient ses hanches avec fermeté. Ma poitrine était dangereusement pressée contre son propre torse et l'un de ses bras entourait ma taille.

À cette constatation, mon pouls accéléra vivement et je décidai de relever le nez afin de prendre un peu de recul.

« Est-ce que vous allez bien ? m'inquiétai-je en voyant mon coéquipier grimacer.

― Non » pesta-t-il.

De sa main libre, il tapota son arcade sourcilière et j'aperçus du sang couler le long de sa tempe.

« Vous saignez !

― Vous êtes la fille la plus maladroite que je connaisse » m'apprit-il sèchement.

Sa remarque me remit les idées en place et j'appuyai mes mains contre le sol afin de me relever rapidement. Mais la vive douleur qui se répandit dans mon poignet gauche me fit hurler et je retombai sur le ventre d'Edward avec perte et fracas.

« Qu'est-ce qu'il y a ? me demanda-t-il d'une voix plus douce.

― J'ai mal.

― À quel endroit ? s'inquiéta-t-il.

― Au poignet, murmurai-je.

― Faites-moi voir.

― Qu'est-ce que ça peut vous faire ?

― Je veux juste regarder » conclut-il.

Nous nous assîmes côte au côte à même le sol et il s'empara de mon poignet sans prévenir.

« Est-ce que vous avez mal si je vous touche ? s'enquit-il d'un air sérieux tout en exerçant une faible pression sur ma peau.

― Oui » miaulai-je.

Il massa mon articulation fébrile avec tendresse puis stoppa ses mouvements après avoir croisé mon regard surpris.

« Je pense qu'il est cassé » me dit-il au bout d'un certain temps.

Une goutte de sang atterrit bientôt sur mon bras et je reportai mon attention sur son beau visage martyrisé. Du bout des doigts, je traçai le contour de sa blessure puis essuyai le liquide rouge d'un revers de manche.

« Pardon, m'empressai-je d'ajouter en voyant ses traits se raidir.

― Ce n'est rien.

― Je pense qu'une dizaine de points est nécessaire.

― Qu'en savez-vous ?

― Vous m'avez donné votre avis, je vous donne le mien. »

Nous nous dévisageâmes pendant un moment, demeurant pantois et muets. Il fut le premier à rompre le silence.

« Suivez-moi.

― Où est-ce que nous allons ? m'enquis-je tout en attrapant la main qu'il me tendait.

― Aux urgences. »

Voilà comment, après avoir emprunté l'ascenseur, je me retrouvai à bord de son automobile luxueuse à l'intérieur de laquelle son odeur était étouffante. Il démarra en vitesse et emprunta diverses rues de Londres, klaxonnant plus que nécessaire.

« Je hais les embouteillages, médita-t-il.

― Heureusement qu'ils sont là. Ça vous empêche de conduire comme un bolide » lui dis-je.

Il ne releva pas et se contenta d'observer la route qui nous menait à l'hôpital. En chemin, j'allumai le poste et une mélodie jouée au piano emplit bientôt l'habitacle de notes légères.

« Qui vous a permis d'y toucher ? me questionna-t-il rudement.

― J'aime beaucoup Debussy » lui répondis-je posément, faisant alors référence à l'auteur de cette composition.

J'étais d'ailleurs bien surprise par le style de musique qu'écoutait Edward Cullen.

« Clair de Lune » souffla-t-il tout bas.

En définitive, nous arrivâmes à destination près de vingt minutes plus tard. Une fois à l'intérieur du bâtiment, Edward indiqua notre arrivée à l'accueil et, alors que nous étions sur le point d'entrer à l'intérieur de la salle d'attente bondée, un homme grand et blond interpella Edward.

« Edward ? Que fais-tu ici ?

― Salut papa. Rien de grave, rassure-toi, lui répondit-il tandis que j'observais les deux hommes d'un air timide.

― Tu es blessé, remarqua-t-il en jetant un bref coup d'œil à la plaie de son fils.

― Ce n'est rien » insista-t-il.

Le médecin remarqua finalement ma présence et je lui offris un sourire crispé.

« Excusez-moi. Je manque à tous mes devoirs. Je suis Carlisle Cullen, le père d'Edward, m'apprit-il en me tendant une main ferme.

― Je m'appelle Bella Swan, lui répondis-je en saisissant sa paume du bout des doigts afin de ne pas raviver la douleur de mon poignet.

― C'est une collègue de travail. Et son poignet est très certainement cassé, fais attention, continua Edward en repoussant la main de son père sans plus de cérémonie.

― Qu'est-ce qui vous est arrivé ?

― Nous sommes tombés l'un sur l'autre.

― Je vois. Suivez-moi. »

Nous longeâmes un couloir tapis de blanc puis pénétrâmes à l'intérieur d'une pièce lumineuse.

« Attendez-moi ici, je vais demander à l'un de mes collègues de m'assister. »

Carlisle referma la porte et j'allai m'appuyer contre un mur.

« Je ne savais pas que votre père travaillait ici.

― Depuis presque trente ans maintenant.

― Nous avons évité une file d'attente abominable grâce à lui. »

Sur ces mots, le docteur réapparut accompagné d'un jeune homme.

« Voilà Marc. Il va s'occuper de vous Bella pendant que je soigne la blessure de mon fils.

― D'accord, acquiesçai-je.

― Venez avec moi. Vous allez devoir passer une radio » m'expliqua ce dernier en me faisant signe de le suivre.

Je patientai dans le couloir pendant plus de vint minutes puis entrai finalement dans une pièce sombre et vaste. Une fois assise, je posai mon poignet au centre d'un appareil étrange que Marc referma peu après. Il appuya sur divers boutons et, après avoir entendu un bruit bizarre, l'examen se termina enfin.

« Parfait » dit-il lorsque l'impression fut terminée.

Après avoir confirmé mes craintes en me certifiant que j'avais le poignet cassé, il me fit découvrir une nouvelle pièce bien plus petite que la précédente. Après avoir rassemblé le matériel nécessaire au plâtrage de mon articulation, il nettoya mon poignet à l'aide d'un coton imbibé d'alcool puis enroula une bande épaisse autour de ma peau. Lorsque le plâtre fut suffisamment chaud, il étala la pâte par dessus le tissu blanc pendant de longues minutes jusqu'à ce que je ne puisse plus bouger la main.

« J'ai fini, m'apprit-il fier de lui. Vous devez garder ce plâtre pendant au moins trois semaines.

― Trois semaines ? m'enquis-je affolée.

― Au moins.

― Mais comment est-ce que je vais me déplacer ? Je ne peux pas conduire avec ce truc ! m'exclamai-je alarmée.

― Il y a des milliers de taxis qui circulent dans la ville.

― Je sais mais…

― Vous n'avez pas le choix » trancha-t-il d'une voix posée tout en m'offrant un sourire compatissant.

En fin de compte, je retournai dans le hall d'entrée du bâtiment afin de régler les frais médicaux relatifs à mon auscultation. Étant quasiment certaine qu'Edward était déjà parti, je sursautai violemment lorsque j'entendis sa voix veloutée résonner près de mon oreille.

« Où comptez-vous aller ? me questionna-t-il alors que je poussais la porte d'entrée de toutes mes forces, sans grand succès.

― Je… Je ne… bégayai-je tout en me tournant vers lui.

― Alors ? Est-ce qu'il est cassé ? s'enquit-il en jetant un coup d'œil vers mon poignet recouvert de plâtre.

― Malheureusement oui. Et vous ?

― Vous aviez raison. Carlisle m'a mis quelques points de suture.

― D'accord. »

Le silence s'installa entre nous et je décidai de le rompre sans plus attendre.

« Je vais appeler un taxi.

― Hors de question. Je ne vous ai pas attendue pour rien, me contra-t-il. Venez. »

Sans rechigner, je retrouvai le confort de sa voiture et son odeur envoûtante qui l'accompagnait. Le trajet fut bercé par la délicate musique qui s'échappait de son poste. Et je constatai bientôt qu'il était déjà plus de dix-huit heures.

« Est-ce que vous voulez que je vous ramène chez vous ? me demanda-t-il en ayant suivi mon regard.

― Ma voiture est toujours au travail.

― Mais vous ne pouvez pas conduire donc… Quelle est votre adresse ? »

Après avoir hésité un court instant, je lui dictai mon adresse et il fit demi tour sur place sans se soucier du code de la route.

« Vous êtes fou » éludai-je à voix basse.

Il rigola.

« Je suis sérieuse. Vous êtes inconscient.

― Pourtant, de nous deux, ce n'est pas moi qui attire le danger.

― Pensez ce que vous voulez. »

Les premières bâtisses de mon quartier firent leur apparition peu après.

« Tournez à droite » lui indiquai-je.

Sans doute pour me faire rager, il utilisa son frein à main afin que le virage fût rude et je le fusillai de mes yeux noirs.

« La délicatesse n'est pas votre fort, remarquai-je.

― Détrompez-vous. Je peux être très doux quand je le veux.

― J'en doute, répliquai-je. À gauche » continuai-je.

Et comme pour me prouver sa bonne volonté, ce virage fut bien moins fracassant que le précédent.

« Satisfaite ?

― Pas tout à fait » mentis-je.

Il marmonna quelque chose d'incompréhensible et j'aperçus au même instant mon immeuble qui n'avait rien de moderne.

« J'habite ici » m'empressai-je d'ajouter en pointant l'établissement du doigt.

Il se gara au pied du lotissement puis se tourna vers moi afin de m'offrir un sourire inhabituel. Sans un mot il s'empara de ma paume valide et la porta à sa bouche. Avant même que je n'eusse le temps de réagir, il déposa un baiser sur le revers de ma main ce qui me fit frissonner de la tête aux pieds.

« Et maintenant ? » me demanda-t-il.

Voyant que je ne comprenais pas, il reprit la parole.

« Satisfaite ?

― À vous de le deviner. »

Sur ce, je m'extirpai du véhicule et disparus de son champ de vision en une fraction de seconde, moi-même pétrifiée par cet échange anodin qui venait d'avoir lieu.

« Si tu savez comme je suis heureuse ! s'exclama Angela à l'autre bout du fil après m'avoir fait part de sa relation avec Ben.

― Je suis heureuse que tu sois heureuse, répondis-je machinalement tout en dessinant un soleil sur l'épaisse couche de plâtre qui recouvrait toujours mon poignet.

― Et toi ? Personne en vue ?

― Non, personne. Le travail accapare toutes mes pensées.

― Je vois…

― Quoi ?

― Je n'ai rien dit, se reprit-elle.

― D'ailleurs, je dois te laisser. J'ai des tas de choses à faire.

― D'accord. Appelle-moi demain » clôtura-elle.

Je raccrochai et reportai mon attention sur l'écran de mon ordinateur, remarquant très vite que je venais de recevoir un nouveau courriel.

« Les heures de travail sont faites pour travailler et non pour parler au téléphone…

Edward. »

Je râlai intérieurement avant de répondre à mon interlocuteur.

« Depuis quand écoutez-vous aux portes ?

Bella. »

La réponse ne se fit pas attendre.

« Je suis passé devant votre bureau. Ce n'est pas de ma faute si vous parlez trop fort. »

Ne trouvant rien à répliquer, j'abandonnai la partie en soufflant d'exaspération.

Alors que je m'apprêtais à reprendre le cours de mon travail, ce fut ensuite Rose qui m'en empêcha en tambourinant à ma porte.

« Salut, lui dis-je après qu'elle fût entrée dans mon bureau. Comment vas-tu ?

― Bien et toi ? me répondit-elle d'un air pensif.

― Aussi.

― Est-ce que tu es prise pour le déjeuner ?

― Non pourquoi ? m'enquis-je avec curiosité.

― Je vous invite Alice et toi. J'ai quelque chose à vous annoncer, m'apprit-elle légèrement tendue.

― Rien de grave ? tentai-je de me rassurer.

― Non, rien de grave, sourit-elle. Je file, à tout à l'heure ! »

Elle disparut en une vitesse effarante et j'eus enfin la possibilité de me pencher plus sérieusement sur mon travail.

Lorsque midi sonna enfin, je rejoignis les filles à l'entrée du bâtiment et nous marchâmes ensemble pendant plusieurs minutes pour finalement pénétrer à l'intérieur d'un restaurant chaleureux.

« Alors ? Qu'est-ce que tu voulais nous dire ? s'impatienta Alice tout en prenant place face à Rose.

― Apportez-nous trois coupes de champagne, ajouta Rose à l'intention du serveur, ignorant ainsi la question de notre amie.

― Du champagne ?

― Oui.

― Que fêtons-nous ? insista Alice d'un ton joyeux. Ta promotion ?

― Non, lui répondit la principale intéressée.

― Est-ce que tu as gagné au Loto ?

― Non plus.

― Dis-nous !

― Oui, crache le morceau, l'encourageai-je.

― D'accord » abdiqua-t-elle finalement.

Le serveur nous interrompit une seconde fois afin de déposer nos boissons au centre de la table.

« Je…

― Tu ?

― Emmett…

― Emmett quoi ?

― Il m'a demandée en mariage… »

Suite à une courte seconde de réflexion, un cri perçant déchira les airs, émis bien entendu par Alice.

« Tu vas te marier ! Elle va se marier ! C'est génial ! s'exclama-t-elle en tapant des mains. À vous deux ! ajouta-t-elle en s'emparant de sa coupe de champagne.

― Oui, félicitations ! À vous deux ! l'imitai-je.

― Merci les filles. »

Nous trinquâmes de bon cœur, le sourire aux lèvres.

« Quand a-t-il fait sa demande ?

― Dimanche dernier, nous apprit-elle fièrement.

― Dimanche dernier ? Tu as gardé ce secret pour toi pendant trois jours ! s'indigna faussement Alice.

― Oui.

― Comment est la bague ?

― Comment s'y est-il prit ? enchaînai-je.

― La bague est sublime, en or blanc. Il m'a offert une soirée au restaurant, sur un bateau.

― Tu as tellement de chance, rêva Alice.

― En effet, approuvai-je à mon tour, espérant vivre une telle expérience un jour.

― Ne vous en faites pas les filles. Votre tour viendra.

― Je l'espère » conclus-je.

Nous passâmes commande peu après et nos plats ne tardèrent pas à être servis.

« Bon appétit.

― Merci, vous aussi.

― Au fait, vous faites partie de mes demoiselles d'honneur, nous renseigna-t-elle tout à coup.

― Est-ce que tu es sérieuse ?

― Bien sûr !

― Merci, merci, merci ! s'extasia Alice.

― Merci, répétai-je moi aussi.

― De rien.

― Avec qui comptes-tu nous associer ?

― Oui, qui sont les garçons d'honneur ? renchéris-je.

― Certains de mes cousins, Jasper et Edward. »

Je laissai tomber ma fourchette au sol, devinant facilement que j'allais de paire avec Edward.

« Je suis désolée Bella. Edward est une très bon ami à Emmett et je n'ai trouvé personne d'autre pour…

― Ce n'est pas grave, la coupai-je, prête à faire un bel effort pour son mariage.

― Si tu veux, je peux toujours… reprit-elle contrariée.

― Non, ne t'inquiète pas.

― Quand a lieu le mariage ? s'intéressa Alice afin de changer de sujet.

― Dans un mois environ. La date n'est pas encore précise, lui répondit Rose.

― Parfait ! Je vois déjà la décoration de l'église et celle de la limousine, s'emporta une fois de plus Alice.

― Alice…

― Le violet est très tendance en ce moment. Qu'en penses-tu ?

― J'aime bien, lui avoua la future mariée.

― Tout doit être superbe ! As-tu déjà pensé à la robe ?

― Pas vraiment.

― Tu ne dois pas perdre de temps. Nous viendrons la choisir avec toi.

― Mais…

― Est-ce que tu as fait une liste de…

― Alice, calme-toi ! » nous exclamâmes Rose et moi en cœur.

La petite brunette coupa court à ses propos et nous dévisagea tour à tour.

« Désolée, je m'emporte, rigola-elle ensuite.

― En effet.

― Ton mariage doit être un événement inoubliable, ajouta-t-elle.

― Je sais, et il le sera. »

Nous retrouvâmes notre lieu de travail près d'une heure plus tard et je passai l'après-midi à rattraper le retard accumulé durant la matinée.

Vers dix-huit heures, je quittai enfin l'établissement et rentrai chez moi en taxi, une habitude que j'avais adoptée depuis plusieurs jours à cause de mon poignet cassé.

Mes volets étaient déjà clos et j'avais revêtu l'une de mes nuisettes préférées en sortant du bain. Confortablement installée sur mon canapé deux places, je regardais la télévision depuis presque une heure, redécouvrant avec plaisir les scènes romantiques de ce célèbre film à l'eau de rose. Je dégustais une glace au chocolat pour parfaire le tout, plongeant et replongeant mon doigt à l'intérieur du pot.

Mais soudain, tandis que l'acteur le plus en vogue du moment s'apprêtait à embrasser sa partenaire, la sonnerie de mon téléphone portable retentit dans la pièce et je poussai un soupir d'agacement. Je soulevai un à un les coussins qui m'entouraient à la recherche de mon butin, en vain. Passablement agacée que quelqu'un osât me déranger un vendredi soir, je me relevai d'un bon et balayai les environs du regard. Après avoir fait quelques pas, je marchai sur un journal, et plus particulièrement sur mon cellulaire. Je le ramassai sans plus tarder à l'aide de ma main valide et le porter à mon oreille, constatant au passage qu'un numéro inconnu était affiché à l'écran.

« Allô ? m'enquis-je.

― Bonsoir, me salua une voix des plus viriles.

― Bonsoir.

― C'est Edward. Alice m'a donné votre numéro. »

Je poussai un hoquet de surprise, espérant avoir été discrète.

« Qu'est-ce que vous voulez ? lui demandai-je ensuite, jetant un coup d'œil à ma montre afin de constater qu'il était plus de vingt-deux heures.

― Je…

― Vous ?

― En fait…

― Écoutez, il est tard et je n'ai pas de temps à perdre, m'impatientai-je.

― J'ai besoin de vous » m'avoua-t-il enfin.

Cette phrase me cloua le bec et, nerveuse, j'enroulai une mèche de cheveux autour de mon index.

« Vous avez besoin de moi, répétai-je songeuse. Je ne comprends pas.

― Ne prenez pas vos rêves pour des réalités, me dit-il d'un air cinglant afin de me remettre les idées en place.

― Vous ne connaissez pas mes rêves, le contrai-je sur le même ton.

― Vous avez tort.

― Je n'ai jamais tort !

― Comment va votre poignet ?

― N'essayez pas de changer de sujet !

― Je ne change pas de sujet, se justifia-t-il bêtement, affichant très certainement un sourire idiot à l'autre bout du fil.

― Il est toujours cassé » lui appris-je alors d'une voix sèche.

Un silence pesant s'installa entre nous et je m'empressai de le rompre.

« En quoi avez-vous besoin de moi ?

― Je me pose la même question, me répondit-il las. Vous êtes tellement insupportable.

― Au revoir » terminai-je vexée en raccrochant précipitamment.

Je me rassis sur mon divan et mon téléphone se remit à sonner frénétiquement.

« Quoi ? criai-je après avoir décroché au dernier moment.

― J'ai vraiment besoin de vous.

― Je m'en fiche.

― Laissez-moi vous expliquer. »

J'hésitai un instant avant de reprendre la parole.

« Allez-y mais faites vite !

― Mes parents organisent une soirée pour fêter leur anniversaire de mariage demain soir.

― Et en quoi est-ce que cela me regarde ?

― Il y a quelques semaines, je leur ai dit que j'avais enfin rencontré quelqu'un de sérieux. Et ce matin même, ils m'ont demandé d'inviter ma petite amie afin de faire connaissance avec elle, m'expliqua-t-il après s'être raclé la gorge.

― Où est le problème ?

― Je n'ai pas de petite amie.

― Je ne saisis pas très bien…

― Je leur ai menti, ma mère s'inquiétait pour ma vie sentimentale depuis trop longtemps. J'ai déjà annulé un rendez-vous qui devait alors lieu il y a deux semaines. Si je recommence, ils vont vraiment se douter de quelque chose.

― Dans ce cas, pourquoi ne pas leur dire la vérité ?

― J'ai l'impression de parler à un mur, maugréa-t-il pour lui-même. Je viens de vous dire que ma mère s'inquiétait pour moi ! Je ne peux plus reculer.

― D'accord. Et donc, quel est le rapport avec moi ?

― Je n'ai trouvé personne pour m'accompagner demain soir, éluda-t-il d'une voix plus que douteuse. Et mon père vous apprécie déjà, donc…

― Pardon ? m'affolai-je. Il est hors de question que je vous accompagne !

― Je le savais, pesta-t-il.

― Quoi ?

― Rendre service n'est pas votre fort, s'énerva-t-il.

Vous rendre service n'est pas mon fort, le rectifiai-je.

― Combien voulez-vous ?

― De quoi parlez-vous ? le questionnai-je surprise.

― Je parle d'argent. Combien voulez-vous ? Cent ? Deux cent ? Cinq cent ?

― Vous êtes définitivement l'homme le plus écœurant que je connaisse, lui avouai-je.

― Si vous voulez. Alors ? Combien ?

― Mais je…

― Répondez-moi.

― Mille livres. »

Les mots sortirent de ma bouche instinctivement et je le regrettai très rapidement.

« D'accord.

― D'accord ? m'enquis-je perdue, n'imaginant pas obtenir son accord.

― Vous devez être élégante et… Ne portez pas de jaune, ma mère déteste cette couleur. Je passe vous prendre vers dix-neuf heures trente » conclut-il.

Sans une parole de plus, il raccrocha et je demeurai pantoise, assise face à un écran de télévision qui affichait désormais diverses publicités.