Les Caprices du cœur
La haine se nourrit de peur et d'amour
Chapitre 6
J'étais prête.
Une robe noire et bleue sublimait mon corps, s'accordant à la perfection avec mes chaussures à talons. Ma chevelure ondulée, légèrement maintenue par une bandeau noir, cascadait sur mes épaules. Mes pommettes resplendissaient, mes cils étaient recourbés à l'infini, un trait de crayon noir soulignait mon regard, du rouge sang habillait mes lèvres pulpeuses et, pour finir, un nuage de parfum m'enveloppait de la tête aux pieds. Seul le plâtre qui recouvrait mon poignet faisait tâche.
Assise sur le rebord de mon lit, j'attendais un quelconque appel d'Edward me signifiant son arrivée.
Je ne m'étais encore jamais aventurée dans ce genre de situation mensongère. Plus je réfléchissais, plus le stress m'envahissait. J'avais la folle envie de tout annuler même si, quelque part, ma bonne conscience me l'interdisait. Je tapais nerveusement du pied, jetant plusieurs coups d'œil à mon réveil posé sur ma commode de nuit. Les minutes filaient doucement, sans le moindre signe de vie d'Edward.
Puis la sonnette de mon appartement retentit et je me relevai rapidement, espérant qu'il ne s'agît point de l'un de mes voisins farfelus.
« J'arrive ! »
Je déverrouillai la porte d'entrée puis l'ouvris à la volée, me retrouvant face à un Edward plus beau que jamais.
Il portait une chemise bleue assortie à ma robe et dont les premiers boutons étaient ouverts. Son pantalon noir moulait impeccablement sa silhouette, me faisant fantasmer un court instant. Il affichait un air indéchiffrable, me dévisageant sans prétention.
« Que faites-vous ici ? lui demandai-je timidement, ayant pensé le rejoindre au pied de l'immeuble.
― Je viens vous chercher » me répondit-il d'une voix tout aussi basse que la mienne.
Notre accord me revint en mémoire et, sans lui laisser le temps de réagir, je disparus dans ma chambre afin de prendre mon sac ainsi qu'une petite veste en laine. Je fis un détour par la salle de bains afin d'inspecter une dernière fois mon apparence puis rejoignis le salon.
Debout au milieu de la pièce, Edward observait les alentours d'un regard attentif.
« Je n'imaginais pas votre appartement comme ça, m'apprit-il.
― Comment alors ?
― Plus… Je ne sais pas, finit-il.
― Je suis prête, lui appris-je alors qu'il s'apprêtait à entrer dans la cuisine.
― Parfait, allons-y. »
Je montais à bord de sa Volvo peu après, respirant machinalement l'odeur de l'habitacle à plein poumons.
« Est-ce que vous êtes en train de renifler ma voiture ? me demanda-t-il tout à coup.
― Pas du tout, non. Je… Je suis asthmatique, inventai-je sans réfléchir après avoir quelque peu sursauté. Où habitent vos parents ? continuai-je afin de divertir son attention.
― Dans une petite ville à quelques kilomètres de Londres, me précisa-t-il.
― Comment s'appelle votre mère ?
― Esmée.
― Avez-vous des frères et sœurs ? le questionnai-je ensuite.
― Non, je suis fils unique, me répondit-il. Pourquoi ?
― Je me renseigne. Ce sont des choses qu'une petite amie doit connaître. »
Il n'ajouta rien, se contentant de fixer la route d'un regard vague.
Près de vingt minutes plus tard, il se gara sur le parking privé d'une grande bâtisse blanche entourée d'arbres et de multiples fleurs colorées. Nous sortîmes du véhicule d'un même élan et il me fit signe de le suivre. Paniquée, je le retins avant qu'il n'eût fait un pas de plus.
« Est-ce que vous êtes sûr de vouloir faire ça ? m'enquis-je, effrayée à l'idée de mentir à ses parents durant toute une soirée.
― Oui.
― Vraiment sûr ?
― Sûr et certain » conclut-il en plongeant son regard déroutant dans le mien.
Nous demeurâmes silencieux et immobiles durant plusieurs secondes, ayant sans doute la même appréhension. Mais bientôt, une voix cristalline mit un terme à nos songes.
« Edward ! Te voilà enfin ! »
À quelques mètres de là apparut une femme menue aux allures très distinguées. Lorsqu'elle m'aperçut, elle m'offrit un sourire des plus gracieux ce qui amplifia bien plus ma culpabilité. Sans prévenir, elle m'enserra dans ses bras et je répondis à son échange avec bienveillance.
« Bienvenue parmi nous, me dit-elle gentiment tout en desserrant sa prise autour de moi.
― Bella, voici ma mère Esmée. Et voici Bella, nous présenta Edward d'une voix tremblante.
― Je suis enchantée de te rencontrer enfin.
― Moi de même, lui répondis-je jovialement. Félicitations pour… commençai-je, ayant l'intention de féliciter Esmée pour son anniversaire de mariage.
― Ne restons pas dehors » me coupa subitement Edward.
Nous traversâmes tous trois le sublime jardin qui accompagnait la demeure puis entrâmes finalement à l'intérieur d'un imposant salon qui était anormalement désert pour une soirée festive.
« Je vais chercher mon mari » nous apprit Esmée en disparaissant rapidement.
De nouveau seuls, Edward et moi nous raclâmes la gorge au même instant ce qui me fit sourire intérieurement.
« Vos parents ont une très belle maison » lui dis-je.
Carlisle entra dans la pièce sans plus attendre, empêchant ainsi Edward de répondre à ma remarque.
« Bonsoir Bella.
― Bonsoir, le saluai-je poliment.
― Comment se porte votre poignet ?
― Mieux depuis quelques jours, mentis-je.
― Tant mieux. »
Il marqua une courte pause puis reprit aussitôt la parole à l'intention de son fils.
« Fais donc visiter la maison à notre invitée.
― Oui, très bonne idée, approuva Esmée depuis la cuisine.
― D'accord. Ven… Viens avec moi » se reprit Edward en m'offrant un sourire qui sonnait faux.
Il m'emmena à l'étage et je le suivis sagement, observant les lieux avec curiosité. Alors qu'il s'apprêtait à ouvrir une porte, il stoppa tout mouvement et se retourna vers moi brusquement.
« Qu'est-ce que vous faites ? m'enquis-je étonnée.
― Rien.
― Faites-moi visiter !
― Pourquoi ? Ce n'est pas comme si nous étions réellement en couple.
― Où sont les autres invités ? lui demandai-je vexée en m'appuyant contre un mur.
― Les autres invités ?
― Oui. Ce n'est pas un anniversaire de mariage ?
― En réalité… Non, ce n'en est pas un, m'avoua-t-il indécis.
― Non ? m'enquis-je un peu trop fort.
― Taisez-vous !
― Pour qui est-ce que vous me prenez ?
― Je suis désolé. Vous n'auriez jamais accepté de m'accompagner à un dîner de famille.
― Un dîner de famille ! De mieux en mieux… Vous êtes un sacré menteur, réalisai-je en le pointant du doigt de manière assassine. Je veux le double d'argent, ajoutai-je malgré moi.
― Le double !
― Non, le triple, surenchéris-je même si je n'avais que faire de son argent.
― À une condition.
― Laquelle ?
― Soyez crédible auprès de mes parents. »
Après m'avoir offert un regard noir, il s'empara de ma main valide et m'entraîna à sa suite jusqu'au rez-de-chaussée où Carlisle et Esmée nous attendaient sagement.
« Alors ? Comment est-ce que trouves la chambre d'Edward ? me demanda cette dernière d'un ton enjoué.
― Le bleu est une jolie couleur, inventai-je, sachant pertinemment que toutes les chambres masculines possédaient du bleu.
― Mais il y a surtout du vert dans la sienne, me rectifia-t-elle.
― Oui, bien sûr, rigolai-je bêtement, resserrant la paume d'Edward que je tenais toujours dans la mienne.
― Asseyez-vous » ajouta Carlisle à l'intention de son fils et moi.
Sans un regard vers moi, Edward enserra ma taille avec fermeté et ma respiration s'accéléra. Il me guida jusqu'au canapé le plus proche et nous prîmes place côte à côte, conservant une proximité anormale.
« Sers-toi Bella, m'invita Esmée en me désignant un bol empli de biscuits apéritifs.
― Merci. »
Je m'exécutai timidement, attrapant quelques cacahuètes du bout des doigts. Carlisle déboucha une bouteille de vin blanc et me servit poliment. Lorsque tous les verres furent pleins, nous trinquâmes avec enthousiasme.
« D'où est-ce que tu viens ? me demanda Esmée.
― Liverpool.
― J'y suis allée plusieurs fois durant ma jeunesse » m'apprit-elle.
S'ensuivit tout une série de questions du même genre auxquelles je répondis le plus exactement possible sous le regard faussement intéressé de mon partenaire.
« Mon père est shérif » répondis-je à l'interrogation de Carlisle un moment plus tard.
À ces mots, la main gauche d'Edward glissa entre nous et vint se poser sur ma cuisse dénudée. Je frissonnai, devenant soudainement très paniquée. Mon teint prit une teinte écarlate et j'avalai difficilement ma salive pendant que mon tyran caressait ma peau tendrement. Une sueur brûlante ne tarda pas à recouvrir mon front et je me paralysai, comme électrocutée. Afin d'empirer mon état, il pencha ensuite sa tête vers moi et déposa un baiser sur la courbe de mon cou, me faisant frissonner de la tête aux pieds.
« Passons à table » termina Esmée.
Son mari et elle se relevèrent d'un même élan, me permettant de repousser sèchement Edward. Je quittai mon siège avec empressement afin de m'éloigner le plus possible de lui.
« Est-ce que vous avez besoin d'aide ? demandai-je à la maîtresse de maison.
― Non, non ! Ne t'inquiète pas, tout est déjà prêt » me répondit-elle.
J'allai m'asseoir à table, à la droite de mon soit disant petit ami, face à Carlisle.
De ma place, j'avais une vue incroyable sur l'extérieur grâce à la grande baie vitrée qui occupait l'un des pans muraux de la pièce. Plusieurs lampions éclairaient le jardin, donnant une allure magique à la verdure alentour.
« Voilà l'entrée, revint Esmée un plat ovale à la main. J'espère que tu aimes le saumon, me dit-elle soucieuse.
― J'adore le saumon, la rassurai-je.
― Parfait. Sers-toi » continua-t-elle après avoir déposé le hors-d'œuvre au centre de la table.
Je décidai de sauter sur l'occasion pour attiser mon compagnon.
« Est-ce que tu peux m'aider chéri ? lui demandai-je en brandissant mon poignet blessé sous son regard surpris.
― Bien sûr » me répondit-il la gorge nouée.
Il s'empara de mon assiette d'un geste mal assuré et me servit avec une rapidité impressionnante.
« Merci, lui souris-je.
― De rien. »
Le plat principal ne tarda pas à faire son apparition lui aussi. De nouveau, Edward me servit gracieusement.
« Est-ce que tu peux couper ma viande ? » ajoutai-je d'un air malicieux.
Il m'arracha les couverts des mains et se pencha plus franchement vers moi afin de trancher finement ma part de rôti. Sa soudaine proximité me fit suffoquer et je perdis pieds lorsque l'odeur de son eau de Cologne atteignit mes narines.
« Voilà » finit-il.
Comme pour me mettre mal-à-l'aise, il déposa un doux baiser à la commissure de mes lèvres puis caressa calmement mon dos dénudé.
J'avalai une première bouchée, trouvant divin ce met culinaire préparé par Esmée.
« C'est très bon, la complimentai-je.
― Merci Bella. C'est une de mes spécialités » me répondit-elle d'un air enchanté.
Finalement, un fabuleux dessert au chocolat vint clôturer le repas.
Ne trouvant plus ma serviette, je glissai ma main sous la table et m'emparai maladroitement de celle d'Edward posée sur ses genoux, effleurant au passage son entrejambe. À mon contact, il sursauta puis rougit très légèrement. Je m'essuyai grossièrement, satisfaite de l'avoir embarrassé comme il l'avait fait plus tôt avec moi.
« Laisse-moi faire » me stoppa-t-il ensuite en attrapant mon bras.
Sur ces mots, il essuya ma lèvre inférieure à l'aide de son pouce humide. Mon cœur eut un raté et mes membres s'engourdirent aussitôt. Mais tout ceci empira bien plus encore au moment où il porta son doigt à sa bouche afin de lécher le chocolat fondu qu'il venait de récolter. Le temps stoppa sa course folle contre la montre et je demeurai pantoise, les yeux rivés sur l'objet de mon désir.
Heureusement, Carlisle fut là pour mettre un terme à tout ce manège.
« Est-ce que quelqu'un veut une tisane ?
― Oui, s'il vous plaît.
― Allons nous mettre sur la terrasse » proposa Esmée tandis que son mari allait préparer les boissons.
Une fois dehors, Edward m'incita à prendre place face à sa mère et je m'exécutai silencieusement. Il s'installa près de moi et passa un bras derrière mes épaules. Je frissonnai de par la fraîcheur de l'air mais également à cause de sa proximité déroutante.
« Tiens, prends une couverture » ajouta Esmée en me tendant un plaid en laine.
Mon compagnon s'en empara vivement et nous recouvrit tous les deux. Il me tira délicatement vers lui et m'obligea à poser ma joue sur son torse brûlant.
Au retour de Carlisle, je bus une première gorgée de tisane avec prudence, restant étroitement liée à Edward.
Même si je n'étais pas très à l'aise d'être si proche de lui, je devais avouer que son étreinte était confortable mais aussi très rassurante. Quelque part, je me sentais protégée et admirée.
« Tu sens bon, me dit-il bientôt alors qu'il reniflait mes cheveux, voulant sans doute paraître attentionné envers moi en présence de ses parents.
― Toi aussi » lui répondis-je timidement, ne pouvant guère mentir à ce sujet.
Cette fois-ci, je ne résistai pas à la tentation. Ce fut à mon tour de goûter à sa peau blême en embrassant sa pommette. Mon acte, bien que calculé, le surprit sans nul doute puisque je le vis écarquiller très légèrement les yeux. Ses doigts glissèrent le long de mon ventre et atteignirent mon nombril.
« N'allez pas plus loin, le prévins-je discrètement en faisant mine de lui faire un câlin.
― Qu'est-ce que vous craignez ? me demanda-t-il taquin en continuant la descendance de sa main, faisant pulser le sang à travers mes veines.
― Ne me touchez pas » chuchotai-je mauvaise.
Après mûre réflexion, il replaça correctement son bras et je terminai enfin ma verveine devenue tiède.
« Votre dîner était très bon, remerciai-je Esmée tandis que la soirée touchait à sa fin.
― Merci. Je suis contente d'avoir enfin fait ta connaissance.
― Moi aussi.
― À bientôt Bella » me salua Carlisle.
Tous deux nous raccompagnèrent jusqu'à la voiture et je montai sans plus attendre à bord de celle-ci, pressée de mettre un terme à toute cette mascarade.
Edward démarra peu après et nous retrouvâmes enfin nos rôles respectifs.
« Tout ceci m'a épuisée, soufflai-je.
― Et moi donc, m'imita-t-il.
― Vos parents sont très gentils. Je ne comprends pas d'où provient votre mauvais caractère.
― Je n'ai pas mauvais caractère.
― Et vous êtes menteur par dessus tout, ajoutai-je.
― Je ne mens que lorsque cela est nécessaire.
― Nous n'avons pas la même notion de nécessité.
― Sans doute » trancha-t-il.
Durant la suite du trajet, nous demeurâmes muets. Ce ne fut que lorsque j'aperçus le bout de ma rue qu'Edward reprit la parole.
« Ouvrez la boîte à gants. »
Je m'exécutai et découvris un carnet de chèques aux couleurs de Barclays.
« Prenez-le » m'ordonna-t-il.
Je m'exécutai timidement et le posai sur mes genoux. Edward se gara sur le parking de ma résidence peu après et sortis un stylo noir de l'une de ses poches. Il me prit le carnet des mains puis l'ouvrit précipitamment. Avant qu'il n'eût le temps d'inscrire un quelconque montant sur le chèque, j'attrapai sa paume, l'obligeant à lâcher son stylo.
« Que faites-vous ? me demanda-t-il incrédule.
― Laissez tomber. Je ne veux pas d'argent. »
Il sembla méditer cette information durant quelques secondes puis se pencha vers moi afin de captiver mon regard.
« Pourquoi ? »
Sans même prendre la peine de lui répondre, j'ouvris la portière et quittai la voiture avec empressement, achevant pour de bon cette soirée placée sous le signe du mensonge.
•
Assise depuis quelques minutes derrière mon bureau, je farfouillai le fond d'un tiroir à la recherche d'une agrafeuse.
« Où est-elle ? » m'enquis-je tout bas.
Je tirai plus sèchement le tiroir vers l'arrière et, par une malchance peu courante, celui-ci se délogea de son emplacement, répandant toutes sortes d'objets sur le carrelage beige de la pièce.
« Merde ! »
Je remontai légèrement ma jupe puis me mis à quatre pattes par terre afin de rassembler diverses fournitures de bureau.
« Je hais les trombones » maugréai-je en constatant qu'il y en avait un peu partout.
Un raclement de gorge me fit sursauter et, dos à la porte, je tournai lentement le visage sur le côté afin de vérifier l'identité de mon visiteur.
« Belle position, me dit Edward qui matait ouvertement mon postérieur.
― Je ne vous permets pas ! » m'exclamai-je en essayant tant bien que mal de me relever décemment.
Une fois debout, je me postai face à lui de manière incertaine.
« Je vous écoute, commençai-je.
― Nous avons une nouvelle affaire sur le dos, m'informa-t-il. Tout est là.
― Merci » répliquai-je en lui arrachant des mains le dossier qu'il me tendait.
Je consultai brièvement les chiffres de cette société tandis qu'Edward me fixait impoliment, demeurant debout et immobile face à moi.
« Rosalie et Emmett vont se marier, finit-il par me dire incertain.
― Je sais, lui répondis-je distraite.
― Ils nous ont réunis pour… continua-t-il.
― Je sais, répétai-je.
― Mes parents sont invités eux aussi. »
Je relevai le nez vers lui, devinant ses intentions.
« Et ? m'enquis-je afin de confirmer mes doutes.
― Je vous demande simplement de jouer le rôle de ma petite amie. Pour la deuxième fois, se sentit-il obligé de préciser.
― Hors de question ! Je ne joue plus le jeu ! Dites-leur que nous avons rompu ! m'emportai-je, n'ayant plus le courage d'endurer de nouveaux gestes tendres de sa part.
― Impossible.
― Et pourquoi ?
― S'il vous plaît, continua-t-il en ignorant ma question.
― Vous êtes vraiment gonflé. Je ne veux pas, insistai-je.
― Je vous demande simplement d'être un peu plus affective qu'à l'ordinaire pour que mes parents ne se doutent de rien, m'expliqua-t-il en ignorant mes paroles.
― J'ai dit non ! m'exclamai-je.
― De quoi est― ce que vous avez peur ? reprit-il d'un ton menaçant, voyant qu'il était en train de perdre la partie.
― Je n'ai peur de rien. Je n'aime pas mentir contrairement à vous, ce n'est pas dans mes habitudes. »
Il fit un pas de plus vers moi et son visage se retrouva à seulement quelques centimètres du mien. Ma respiration redevint erratique, la chaleur de la pièce augmenta subitement.
« Je ne vous crois pas.
― Tant pis pour vous » répliquai-je durement.
Il garda le silence un moment de plus puis chuchota une phrase bien troublante à mon oreille.
« Vous avez peur d'y prendre goût. »
Je déglutis puis me reculai en vitesse, de multiples interrogations se mélangeant dans mon esprit.
« Je ne crois pas non, finis-je par lui avouer d'un air peu convaincu qui m'étonna moi-même.
― Dans ce cas, pourquoi est-ce que vous refusez ? »
Je méditai intérieurement, partagée entre l'envie de fuir et celle d'accepter. Au fond de moi, je ne voulais pas perdre la face. Je voulais lui prouver que mes raisons étaient tout autre. Je ne risquais pas d'y prendre goût, c'était plus que certain.
« J'accepte, cédai-je alors d'une voix sèche. Mais soyez prévenu, cela ne se reproduira plus jamais. Et nous en ferons le moins possible.
― Je ne comptais pas en faire plus que nécessaire, m'apprit-il nerveusement. Au fait, je veux votre rapport avant midi. »
Sur ce, il partit tel un éclair et je grognai d'énervement, trouvant stupide le fait de ne pas avoir réussi à refuser une proposition si sordide.
Son argument avait été intelligent. Il m'avait fait réfléchir plus que de raison, m'effrayant presque.
Je ne voulais pas jouer le rôle de sa petite amie pour une raison évidente : il m'horripilait. Je ne le supportais pas et ce depuis le premier jour. Cependant, je n'arrivais pas à comprendre clairement pourquoi je m'affolais à chaque fois que nous étions un peu trop proches l'un de l'autre. Sa proximité me hérissait sans doute. Pourtant, je savais que mes réactions n'avaient rien de comparable au dégoût.
« Tu deviens folle Bella » me sermonnai-je moi-même.
Il ne m'attirait pas du tout. Du moins, je le croyais… Je l'espérais…
Préférant ne pas réfléchir plus longtemps, je ramassai les derniers trombones éparpillés sur le sol puis repris le cours de mon travail.
•
« J'adore cette robe ! s'exclama Alice qui portait une robe de cérémonie semblable à la mienne.
― Je ne sais pas, hésitai-je.
― Essayez celle-ci » nous ordonna Rose qui tenait absolument à ce que ces demoiselles d'honneur portassent la même robe.
Je me changeai pour la sixième ou septième fois, recouvrant cette fois-ci mon corps d'une soie peu ordinaire aux couleurs pâles. Un décolleté légèrement prononcé sublimait mes formes et la dentelle cousue ici et là donnait un côté glamour à cette tenue chic.
« Montrez-moi. »
Alice et moi sortîmes de nos cabines respectives en même temps, à la différence qu'il me restait une manche à enfiler. Mon poignet était malheureusement toujours plâtré. La vendeuse du magasin m'aida à passer le bras à travers le trou prévu à cet effet puis resserra les liens dorsaux de ma robe, faisant une belle boucle près de mes omoplates.
« Elles sont parfaites, décréta la future mariée après nous avoir inspecté de la tête aux pieds.
― Je trouve aussi, l'encouragea la jeune femme brune qui nous supportait depuis un certain temps déjà.
― Mais par pitié, fais-toi enlever ce plâtre avant le mariage Bella ! me sermonna Rose.
― Je le ferai, ne t'en fais pas.
― Combien vous en reste-t-il ? reprit-elle à l'intention de la commerçante en faisant référence à ma tenue.
― Il n'y en a plus que cinq, nous annonça-elle après avoir tapé quelques commandes rapides sur son ordinateur.
― D'accord. »
La clochette de la boutique tinta et deux femmes d'une trentaine d'années entrèrent dans la grande salle. La première était grande et blonde, ressemblant étrangement à mon amie. La seconde était légèrement plus enveloppée mais son visage d'ange lui conférait une beauté extraordinaire.
« Enfin ! » s'exclama Rose en allant accueillir celles que je devinais être ses cousines qui, au même titre qu'Alice et moi, étaient demoiselles d'honneur.
Ces dernières s'avancèrent vers nous et nous saluèrent jovialement.
« Je vous présente Alison et Elena, et voici Bella et Alice, nous présenta Rosalie en nous désignant tour à tour.
― Enchantée.
― Ne perdons pas plus de temps. S'il vous plaît, apportez-nous deux robes supplémentaires. »
Bientôt, nous nous retrouvâmes toutes les quatre habillées à l'identique et le sourire qu'afficha Rosalie fut indescriptible.
« J'imagine que nous sommes arrivées trop tard pour protester, rigola Alison.
― En effet.
― Tu as de la chance que j'aime cette robe. »
Finalement, cette fameuse robe remporta les votes de toutes et nous nous attaquâmes ensuite à la robe de Rosalie. Les premiers essais furent ennuyeux tant les parures se ressemblaient. Mais peu à peu les modèles se diversifièrent et j'admirai avec jalousie la reine de l'événement qui avait la chance de posséder un corps de rêve.
« Celle-ci est beaucoup trop verte, s'empressa de dire Alice à la vue d'un bout de tissu coloré.
― Tiens, prends celle-ci » ajouta Elena en tendant alors une pure merveille aux reflets argentés à sa cousine.
Et une fois sur Rose, cette merveille se transforma en miracle.
« Comment est-ce que vous me trouvez ?
― Tu es…
― Vraiment sublime !
― Je trouve le bustier trop lâche, bouda-t-elle face au grand miroir.
― Les retouches sont gratuites, s'empressa d'ajouter la vendeuse. Il suffit de poser deux trois points de chaque côté, comme ceci, nous montra-t-elle en resserrant légèrement le tissu
― Je préfère.
― Je la trouve vraiment jolie, soufflai-je rêveuse.
― Oui, elle est faite pour toi ! » renchéris Alice.
À force d'arguments, Rosalie céda et opta pour cette élégante robe.
Après avoir versé un acompte à la patronne du magasin, nous quittâmes enfin les lieux et décidâmes d'aller boire un verre toutes les cinq.
« Tu n'imagines pas à quel point je suis contente que tu te aies trouvé l'homme de ta vie, annonça Alison à sa cousine, une main rassurante sur son épaule gauche.
― Oui. Mais j'ai… Peur, nous confia Rose indécise.
― J'avais les mêmes craintes il y a quelques années, lui répondit Elena. Je suis mariée depuis trois ans, se sentit-elle obligée de préciser pour Alice et moi qui la connaissions depuis un peu plus d'une heure.
― Et moi donc. Je me suis mariée l'année dernière, ajouta Alison.
― Vous avez beaucoup de chance les filles, les complimenta Alice.
― Tout dépend du point de vue. Mon mari n'a encore jamais touché à l'aspirateur de la maison, rit Elena.
― Le mien non plus, rassure-toi.
― Croyez-moi, je ne me laisserai pas faire, protesta Rosalie d'un air décidé.
― Est-ce que vous êtes célibataires ? s'adressa la plus âgée des cousines à Alice et moi.
― Oui, mais je sais déjà qui est l'homme de ma vie, songea Alice. Je le vois tous les jours.
― Et moi pas du tout, maugréai-je.
― Tout viendra en temps et en heure, me rassura Alison.
― Au fait, est-ce que je vous ai dit que Jasper et moi avions enfin trouvé un terrain d'entente ?
― À propos de quoi ?
― De notre rendez-vous, s'extasia-t-elle. Nous allons au cinéma vendredi soir.
― Quoi ? Et tu ne nous le dit que maintenant ! Alice Brandon, la grondai-je.
― Mais il ne me semble pas être la seule à faire des cachotteries…
― De quoi parles-tu ? lui demanda Rosalie.
― Bella a rencontré les parents d'Edward !
― QUOI ? s'égosilla la future mariée.
― Non ! Non, bien sûr que non, mentis-je.
― Tu mens ! N'oublie pas que c'est grâce à moi qu'il a obtenu ton numéro ! me rappela Alice d'un air furibond.
― Est-ce que tu es vraiment allée chez lui ?
― Je… Oui, cédai-je lamentablement.
― Qui est cet Edward ? s'intéressa Elena.
― Le pire ennemi de Bella.
― Je vois.
― Attendez les filles, je dois comprendre. Bella, pourquoi est-ce que tu es allée chez lui ?
― Il a dit à ses parents qu'il avait rencontré quelqu'un alors que ce n'était pas vrai. Et il n'avait personne d'autre sous la main pour l'accompagner à un dîner de famille déjà reporté maintes fois.
― Tu veux dire… Esmée et Carlisle pensent que tu es sa petite amie ! réalisa-t-elle.
― Malheureusement. Et figure-toi que je suis obligée de jouer le jeu le jour de ton mariage puisque qu'ils sont tous les deux invités.
― C'est génial ! s'exclama-t-elle en me prenant dans ses bras.
― Pourquoi ?
― Vous allez former un couple d'enfer ! J'avais peur que vous me détestiez pour vous avoir mis ensemble.
― Ne t'en fais pas, je prendrai sur moi, la rassurai-je. Vous n'imaginez pas à quel point je suis gênée de mentir à ses parents, repris-je.
― Si, j'imagine très bien. Et tu vas devoir endurer cela des dizaines de fois.
― Non, j'ai été claire. Après le mariage, je ne céderai plus.
― Nous verrons ça… »
Suite à cela, notre conversation se limita à quelques banalités sans importance. Rose me déposa chez moi vers dix-neuf heures quinze et je lui jurai de prendre rendez-vous avec un médecin le plus rapidement possible afin de faire disparaître ce bout de plâtre encombrant. Le mariage avait lieu dans quelques jours et je devais être parfaite.
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