Les Caprices du cœur
La haine se nourrit de peur et d'amour
Chapitre 8
Je me réveillai en sursaut, ressentant une douleur vive au niveau de mon épaule gauche. Étendue sur le sol, j'observai les alentours d'un regard vague, me remémorant peu à peu les événements de la veille. En apercevant quelques gouttes de sang sur le rebord de la table basse, je devinai facilement que je m'étais cognée en tombant du canapé durant mon sommeil.
L'appartement était encore plongé dans le noir, seuls quelques rayons de lumière s'immisçaient à travers les persiennes des volets. Le silence était total, je ne percevais que le bruit sourd de ma respiration.
Je me relevai tout doucement pour ne pas réveiller Edward qui était très certainement encore en train de dormir puis jetai un coup d'œil à ma blessure. De ma main libre, je tapotai ma peau ensanglantée et poussai un faible gémissement. Je cherchai mon sac à main du regard afin de m'emparer de ma trousse à pharmacie mais me rappelai tout à coup que mes affaires personnelles étaient restées dans la chambre après que je me fusse changée.
Préférant tout de même stopper la faible hémorragie de mon épaule, je m'aventurai dans le couloir sombre à pas de velours. Je me dirigeai vers la salle de bains et entrai à l'intérieur de celle-ci en silence.
Après avoir ouvert différents tiroirs, je trouvai enfin mon bonheur. À l'aide d'un coton imbibé d'alcool, je désinfectai sommairement ma blessure puis apposai un pansement par-dessus. Je rangeai le nécessaire médical à sa place puis quittai la petite pièce discrètement.
Quelques secondes plus tard, je heurtai le corps d'un homme de plein fouet, poussant un cri aigu afin d'extérioriser ma surprise. Ce dernier alluma la lumière du corridor sans plus tarder et je me retrouvai face au héros de mes rêves les plus fous. Mon air hébété laissa bientôt place à de la colère dès lors qu'Edward ouvrit la bouche pour parler.
« Regardez ce que vous venez de faire ! » me réprimanda-t-il en pointant le sol du doigt.
Plusieurs pièces détachées de son téléphone portable était éparpillées sur le carrelage et j'observais les dégâts causés par notre carambolage d'un regard vague.
« Je…
― Qu'est-ce que vous faisiez dans ma salle de bains ? » reprit-il énervé.
Je ne lui répondis pas et m'agenouillai face à lui afin de ramasser son cellulaire, ou du moins ce qu'il en restait. Je rassemblai du mieux possible toutes les pièces de son appareil mobile et tendis les bras vers lui afin qu'il récupérât le tout. Relevant le visage vers lui, mon regard se retrouva au même niveau que sa ceinture et je déglutis difficilement en apercevant la bosse que formait son sexe à travers le boxer qu'il portait. Il se racla la gorge avec impatience et réajusta discrètement son tee-shirt afin de masquer partiellement son anatomie. Je me relevai en vitesse, rouge de honte.
« Il ne s'allume plus, me prévint-il sèchement en parlant de son téléphone.
― Que voulez-vous que j'y fasse ?
― Qu'est-ce que vous avez sur l'épaule ? me questionna-t-il en observant ma plaie.
― Un pansement. Je suis tombée du canapé, lui avouai-je.
― Vous n'êtes vraiment pas douée.
― J'ai besoin d'espace pour dormir, répliquai-je. Quelle heure est-il ?
― Il est bientôt midi, m'apprit-il en observant la petit cadran de sa montre de luxe.
― Je dois absolument appeler Alice, pensai-je. Toutes mes affaires sont dans votre chambre, est-ce que je peux les récupérer ? »
Pour simple réponse, il disparut lui-même à l'intérieur de la pièce et je le suivis sans y avoir été autorisée. Son odeur m'assaillit de toute part et, tandis qu'Edward était en train de rabattre la couette de son lit, je louchai déraisonnablement sur ses fesses fermes.
« J'étais justement en train de discuter avec Jasper avant que mon portable ne finisse en lambeaux, pesta-t-il.
― Où sont-ils ? lui demandai-je curieuse tout en saisissant mon sac.
― Je n'ai pas eu le temps de lui demander. Je vous laisse deviner pourquoi » me reprocha-t-il en avançant vers moi.
Stoïque, je composai le numéro d'Alice.
« Bella ? décrocha-t-elle bientôt.
― Alice, est-ce que ça va ?
― Oui, rassure-toi. Est-ce que tu es toujours chez Edward ? s'enquit-elle d'un air malicieux.
― Je… Oui, lui répondis-je septique, devinant que sa source d'information ne pouvait être que son compagnon de route.
― Jasper était en train de lui parler mais visiblement la communication a été coupée, reprit-elle.
― Oui, son téléphone est tombé par terre. Où êtes-vous ?
― Nous avons quitté Oxford il y a dix minutes. Je te rappelle dès que je suis à Londres.
― D'accord, merci.
― À tout à l'heure. »
Je raccrochai puis rangeai mon cellulaire au fond d'une poche.
« Alors ? reprit Edward impatient.
― Ils seront là dans une heure et quart environ » lui annonçai-je.
Il maugréa quelques paroles incompréhensibles puis souffla d'exaspération, me faisant clairement comprendre que ma présence ici le dérangeait.
« Mais ne vous en faites en pas, je pars tout de suite » ajoutai-je d'une voix contrariée.
J'attrapai ma robe, mes chaussures, mon sac puis retournai à l'intérieur de la salle de bains afin de me changer en vitesse. Lorsque je retournai dans la pièce à vivre, la lumière du jour provenant de la grande baie vitrée désormais entrouverte m'éblouit et je dus masquer mes yeux à l'aide de ma main. Je pliai la couette qui m'avait tenu chaud durant la nuit dernière et nettoyai le rebord de la table sali. En cuisine, je retrouvai Edward.
« Les vêtements que vous m'avez prêtés sont au sale, l'interpellai-je de manière assez rude, constatant qu'il avait enfilé un pantalon en coton. Je peux toujours les laver chez moi si vous préférez…
― Non, c'est inutile, ajouta-t-il en vérifiant la cuisson de ses œufs au plat.
― Est-ce que… Est-ce que vous pouvez remonter la fermeture éclair de ma robe ? » continuai-je timidement en lui désignant mon échine.
Il me regarda étrangement puis s'essuya sommairement les mains.
« Tournez-vous. »
Situé à quelques centimètres de moi, il repoussa délicatement mes cheveux sur le côté puis agrippa le fermoir de mon vêtement. En une lenteur incroyable, il fit glisser celui-ci le long de ma colonne vertébrale puis frôla la peau blême de ma nuque, me faisant frissonner légèrement.
« Voilà » ajouta-t-il d'une voix rauque.
Je me retournai pour lui faire face et me mordis la lèvre inférieure.
« Merci de m'avoir accueillie » lui dis-je finalement, avouant bien malgré ma volonté que son hébergement m'avait été d'un grand secours.
Sans plus de cérémonie, je quittai la pièce et me dirigeai vers l'entrée de l'appartement.
« N'oubliez pas que vous avez une dette envers moi » cria-t-il.
Je claquai la porte sans plus tarder, retrouvant enfin ma solitude habituelle.
•
En cette belle matinée d'avril, j'entrai dans mon bureau d'un pas incertain et posai mes affaires au sol. J'ouvris l'unique store qui plongeait la pièce dans le noir puis m'affalai dans mon fauteuil avec perte et fracas. Encore épuisée de la veille, je décidai de trier calmement les piles de dossiers qui traînaient ici et là.
Aussi, peu avant dix heures, je terminai le rangement de toute cette paperasse encombrante et filai en salle de réunion afin d'assister au rassemblement hebdomadaire qui avait lieu tous les lundis matins.
« Bonjour Bella » me salua Demetri en me reluquant des pieds à la tête.
Étrangement, il était encore seul dans la grande pièce.
« Bonjour. »
Je m'installai à sa droite et toussotai légèrement afin de meubler le lourd silence qui planait dans les airs.
« Vous êtes la première pour une fois » reprit-il.
Ne sachant que répondre, je lui souris timidement et reportai mon attention sur les quelques feuilles que j'avais apportées avec moi.
« Avec-vous passé un bon week-end ? me questionna-t-il d'un air faussement intéressé.
― Oui, merci, et vous ?
― Aussi. »
Au même instant, Alice et Tanya entrèrent dans la salle, rompant ainsi le semblant de conversation que j'entretenais avec le directeur.
Lorsque nous fûmes enfin au complet, ou presque puisque Rose et Emmett étaient en voyage de noces, je croisai le regard tueur d'Edward assis face à moi et répondis à son attaque silencieuse en fronçant exagérément des sourcils. Il ne releva pas et tourna la tête sur le côté, m'ignorant royalement.
« Nous ne pouvons pas laisser passer cette occasion, retentit la voix de Demetri. Cet homme gagne des millions, il vient d'ouvrir un compte au sein de notre banque, nous expliqua-t-il en me tendant une photo du millionnaire que je fis ensuite passer à mon voisin de table.
― Il a l'air jeune, reprit Jasper après avoir inspecté la dite photo.
― Trente ans, il tient sa fortune de son père qui est mort il y a deux ans environ, lui répondit Monsieur Volturi. Nous devons tout faire pour qu'il regroupe la totalité de son argent chez nous.
― Comment ? s'enquit Tanya.
― C'est à vous de le savoir. Alice, contactez Monsieur Goodchild le plus rapidement possible et proposez-lui un rendez-vous convenable. Bella, Edward, je compte plus particulièrement sur vous pour calculer le meilleur rendement possible et transmettre les informations à votre amie avant qu'elle ne rencontre son client.
― Bien.
― Sur ce, il est déjà plus de onze heures. Si personne n'a de question particulière, nous pouvons disposer. »
Chacun de nous quitta la pièce tour à tour et je regagnai mon bureau d'un pas rapide.
Dans l'après-midi, je reçu un appel de Madame Cope qui m'annonça que le rendez-vous fixé par Alice avait lieu dans deux jours. Je raccrochai tandis que quelqu'un toquait à ma porte.
« Entrez. »
Edward apparut face à moi, le visage impassible, et je soufflai d'exaspération malgré ce que mes bonnes manières m'inculquaient.
« Est-ce que vous savez que…
― Madame Cope vient de me prévenir, le coupai-je.
― Parfait. »
Il s'assit sur le siège réservé aux invités et débarrassa mon bureau d'un simple revers de main.
« Faites attention ! m'exclamai-je ahurie, posant délicatement quelques affaires au sol.
― Commençons par analyser le dossier que m'a donné Demetri, ajouta-t-il.
― Très bien, passez-le moi, lui répondis-je tout en lui arrachant les feuilles des mains.
― Vous êtes très mal polie » répliqua-t-il d'un ton mauvais, imitant ma gestuelle.
De nouveau, le dossier se retrouva en sa possession mais je ne me laissai pas faire et réitérai mon attaque sans plus attendre.
« Rendez-les moi ! s'énerva-t-il en tentant vainement de reprendre les feuilles de papier que je tenais désormais d'une poigne ferme.
― Non.
― Lâchez-les, continua-t-il en tirant plus sèchement.
― N'insistez pas ! »
Nous nous disputâmes pendant quelques secondes encore puis, soudain, le papier se déchira de toute part. Silencieux, nous nous dévisageâmes puis hurlâmes au même instant.
« Regardez ce que vous venez de faire !
― Vous êtes complètement fou ! »
Je lâchai mon malheureux butin dans les airs, me retenant d'étrangler celui-ci qui me faisait face. Heureusement pour lui, mon bureau faisait barrière entre nous.
« Et maintenant ? lui demandai-je, riant nerveusement.
― Chacun lit sa partie ! conclut-il rudement. Dommage que la vôtre soit éparpillée par terre, remarqua-t-il.
― Je… Ne vous en faites pas, j'ai une bien meilleure idée » lui dis-je alors qu'une lueur traversait mon esprit.
Je me relevai d'un bon et quittai mon bureau afin de rejoindre celui de Demetri. Après avoir toqué à sa porte, j'entrai timidement.
« Bella ?
― Je… Edward et moi sommes en train d'étudier le dossier de Monsieur Goodchild. Il serait tout de même plus pratique que nous ayons deux exemplaires du…
― Oui bien sûr, je comprends, m'interrompit-il. Je vous l'imprime tout de suite.
― Merci » terminai-je, satisfaite de moi.
Je retrouvai mon coéquipier qui n'avait pas bougé d'un millimètre, un dossier intact à la main.
« Que… commença-t-il stupéfait.
― Chacun ses feuilles. Dommage que les vôtres soient déchirées » lui dis-je, resplendissante de victoire.
Il jura à voix basse puis ramassa les bouts de papier qui traînaient sur le carrelage.
« Vous avez oublié celui-ci » remarquai-je d'un air ironique.
Je me penchai, récupérai la pièce manquante et la tendis vers Edward.
« Je ne pense pas que… »
La fin de sa phrase mourut au fond de sa gorge au moment où il posa ses yeux sur moi. Il me détailla alors d'un regard perdu, face à un dilemme inconnu.
« Quoi ? m'enquis-je agacée.
― Vous… Rien, me répondit-il, jetant quelques coups d'œil discrets dans ma direction. Travaillons. »
Je reportai enfin mon attention sur le dossier que nous devions traiter et lus un premier passage en silence. Plusieurs fois, je surpris Edward en train de me regarder mais préférai ignorer son étrange réaction.
« Vous avez terminé ? lui demandai-je peu après.
― Pardon ?
― Est-ce que vous avez terminé de lire le dossier ? répétai-je d'un air faussement énervé.
― Oui et vous ?
― Aussi, lui appris-je.
― Parfait, je fais l'étude des recettes, vous faites le reste, décréta-t-il.
― Pourquoi est-ce que c'est vous qui choisissez ?
― Parce que c'est à moi de le faire, me répondit-il indécis.
― Et pourquoi devrais-je me taper tout le sale boulot ? insistai-je.
― Vous êtes novice, il faut vous entraîner, répliqua-t-il.
― J'ai suffisamment d'entraînement, croyez-moi. »
Finalement, après avoir bataillé un moment, j'obtins gain de cause. Nous décidâmes d'achever notre travail vers dix-huit heures.
« Au fait, commença Edward tandis qu'il s'apprêtait à rejoindre son bureau.
― Oui ? m'enquis-je surprise.
― J'aime beaucoup votre soutien-gorge. »
Sur ce, j'abaissai le regard avec curiosité et constatai avec effroi que la fermeture éclair de mon chemisier était ouverte, dévoilant ainsi la majeure partie de mon sous-vêtement et de ma poitrine par la même occasion.
« QUOI ! Espèce de… » hurlai-je, comprenant enfin pourquoi il n'avait pas cessé de m'observer en secret.
Mais déjà, il avait disparu.
Près d'un quart plus tard, je grimpai dans l'ascenseur et appuyai sur le bouton correspond au sous-sol.
« Attendez » cria Edward depuis le fond du corridor.
Étant d'une humeur massacrante et notamment envers lui, je le regardai courir vers moi sans même retenir les portes de l'ascenseur qui commençaient à se fermer. Malheureusement pour moi, il réussit tout de même à se glisser dans l'entrebâillement au dernier moment.
« Merci beaucoup, me dit-il tout en me fusillant méchamment du regard.
― De rien.
― Vous semblez avoir retrouvé une tenue correcte, remarqua-t-il. C'est bien dommage, continua-t-il plus bas.
― Je vous interdis de…
― De quoi ?
― Vous n'êtes qu'un sale pervers ! m'exclamai-je, ne sachant que répondre à son interrogation.
― Vous vous êtes dénudée toute seule, je n'y peux rien, rigola-t-il.
― Vous avez maté mes seins pendant plus d'une heure sans même que je ne sois au courant !
― Et alors ? Où est le mal ?
― Vous n'aviez pas le droit » ajoutai-je rougissante.
Arrivés au parking, nous nous percutâmes dangereusement en voulant sortir de l'ascenseur en même temps.
« Les femmes d'abord, déclarai-je en forçant le passage.
― Après m'avoir montré votre belle poitrine, vous vous frottez désormais contre moi » reprit-il, me talonnant de près.
Malgré le contexte, l'adjectif belle ne m'échappa pas et je souris intérieurement.
« Je vais finir par croire que…
― À demain, le coupai-je. Et ne rêvez pas trop de moi cette nuit » terminai-je audacieuse.
•
Ce soir-là, Madame Cope avait organisé un modeste buffet dans la salle de réunion afin de fêter son départ à la retraite. Quelque peu en retard, j'entrai discrètement dans la pièce où tout le monde était en train de bavarder. Je me saisis d'un verre de vin rouge puis rejoignis Alice ainsi que Rosalie qui était revenue de son voyage de noces depuis quelques jours déjà.
« Où étais-tu ? me demanda cette dernière.
― Je n'avais pas terminé mon travail » lui appris-je.
Le son de ma voix alerta Edward, debout à quelques centimètres de là. Il se tourna vers moi et m'offrit un sourire des plus froids. Je l'ignorai et allai féliciter Madame Cope.
« Vous allez nous manquer.
― Vous aussi, me dit-elle, une pointe de tristesse dans sa voix.
― Vous avez été formidable, repris-je. Votre remplaçante ne vous égalera jamais.
― Merci Bella. »
Je la saluai une dernière fois et me rapprochai de la table afin d'attraper une pâtisserie miniature. Cependant, une main inconnue déroba le met que j'avais l'intention de prendre avant même que je n'eusse le temps d'agir.
« Ce gâteau est délicieux. Dommage qu'il n'y en ait plus » me dit Edward en portant la fameuse part de gâteau à sa bouche.
Indignée, j'attrapai un petit four au hasard et l'écrasai contre son torse sans la moindre hésitation.
« Pardon, je suis tellement désolée ! » m'exclamai-je d'un air ironique, retenant difficilement mon rire en voyant la grosse tâche qui arpentait désormais le pan droit de sa chemise.
Il me fusilla du regard puis disparut en direction des toilettes à toute allure.
« Bella ! Nous avons décidé d'aller au bowling. Est-ce que tu veux venir ? me demanda Alice enchantée alors que nous étions les dernières à quitter l'établissement.
― Oui pourquoi pas, lui répondis-je en montant dans l'ascenseur avec Rosalie et elle.
― Parfait, tu n'as qu'à nous suivre en voiture. Les gars sont déjà en chemin » conclut-elle.
Une fois à bord de mon véhicule, je démarrai rapidement et talonnai l'automobile de mon amie de près. Nous nous retrouvâmes sur le parking du bowling et j'eus un hoquet de surprise en apercevant la Volvo d'Edward.
« Qu'est-ce qu'il fait ici ? m'enquis-je paniquée.
― Emmett a dû l'inviter, me répondit Rosalie.
― Je dois partir, décidai-je alors, faisant marche arrière.
― Hors de question, tu restes ici, me contra Alice en me retenant par le bras.
― Mais je…
― Vous êtes assez grands pour vous ignorer » décréta-t-elle.
À contre cœur, j'entrai dans le bâtiment.
« Vous voilà ! » s'exclama Emmett, assis près d'un table ronde en compagnie de Jasper et Edward.
Rose alla l'embrasser et Alice s'installa sur les genoux de son petit ami, passant un bras autour de ses épaules.
« Misère, je vais devoir tenir la chandelle toute la soirée, se plaignit Edward qui ne m'avait pas encore remarquée.
― Vous serez deux » remarqua Jasper en me désignant du menton.
Edward, qui était dos à moi, se retourna enfin et me dévisagea impoliment avant de reprendre la parole d'un ton rude.
« Est-ce que vous me suivez ?
― J'ai autre chose à faire, croyez-moi, répliquai-je.
― Allons chercher nos places » trancha Emmett en se relevant d'un bon.
Après avoir payé, j'enfilai la paire de chaussures obligatoire pour jouer puis allai choisir une boule adaptée à mes performances.
« Vous devriez prendre celle-ci, me dit Edward en me tendant une boule destinée aux enfants.
― Allez vous faire voir, m'énervai-je. Je suis certaine de vous battre.
― Je suis convaincu du contraire. »
Nous rejoignîmes nos amis qui occupaient désormais l'un des bancs qui faisaient face à la piste. D'après l'écran de télévision qui nous surplombait, j'étais la dernière à passer. Je décidai donc de m'asseoir en attendant.
« Edward, c'est à toi ! » s'exclama Rosalie après avoir tiré.
Il s'approcha à pas lents de la ligne de départ, se pencha exagérément vers l'avant et lança sa boule noire. Cette dernière déquilla la totalité des quilles en un seul jet, au grand dam de tous.
« Bravo ! applaudit Alice.
― Merci.
― À toi Bella. »
Je me relevai à mon tour et bousculai Edward qui se trouvait sur mon passage.
« Je me languis de voir vos exploits, rigola-t-il.
― Vous allez être surpris. »
Je me concentrai plus que jamais et tirai lentement. La boule dévia plusieurs fois de sa trajectoire initiale mais réussit finalement à atteindre la quille centrale. Toutes les autres tombèrent ensuite ce qui me permit de décrocher la première place, à égalité avec Edward.
« Félicitations » cria Jasper.
Je pivotai sur moi-même et aperçus le visage colérique d'Edward. Je retournai m'asseoir près de lui, fière de moi.
« Alors ? le défiai-je.
― Un coup de chance.
― Sûrement pas. »
Lors du deuxième tirage, Alice envoya sa boule dans la rigole ce qui la plaça en dernière position et Edward réalisa encore un sans faute. Pour ma part, je réussis à faire tomber neuf quilles sur dix.
Près d'un quart plus tard, Edward manqua enfin un premier lancer et je m'esclaffai, le détrônant avec plaisir.
Prête à jouer, je tendis mon bras vers l'arrière mais sursautai déraisonnablement lorsqu'une voix résonna au creux de mon oreille. Ma boule atterrit au sol avec brutalité et rejoignit la rigole sans tarder.
« Je suis désolé » plaida Edward coupable, un sourire vainqueur illuminant son visage.
Je le poussai sans ménagement et récupérai ma boule afin d'exécuter mon deuxième lancer.
« Partez, ordonnai-je à Edward qui restait planté à quelques centimètres de moi.
― Laissez-moi vous aider.
― Non, je me débrouille très bien sans vous. »
Sans ma permission, il vint se poster derrière moi et entoura ma taille à l'aide de son bras.
« Lâchez-moi, repris-je en tentant vainement de me dégager de sa prise.
― Ne bougez pas » m'intima-t-il, resserrant fermement notre étau.
Sa proximité me fit bouillir intérieurement mais je gardai la tête froide malgré tout. Il posa sa paume contre le dos de ma main et m'obligea à lâcher ma prise n'importe comment. Par sa faute, je réalisai un score nul.
« Ravi d'avoir pu vous aider, termina-t-il triomphant en s'éloignant de moi.
― Regardez ce que vous avez fait ! Tricheur ! »
Énervée contre lui, je décidai moi aussi d'être déloyale. Aussi, lorsque son tour arriva, je me levai peu après lui et allai me poster à ses côtés alors qu'il s'apprêtait à tirer.
« Votre position est très mauvaise, lui dis-je d'une voix sensuelle, me penchant exagérément vers l'avant afin de mettre mon décolleté en valeur.
― Dégagez » me dit-il, louchant gravement sur ma poitrine.
Je profitai de son inattention pour le bousculer et ainsi faire tomber sa boule par terre.
« Mince, que je suis maladroite. »
Son second essai fut tout aussi mauvais que le précédent et nos scores s'égalisèrent de nouveau.
En définitive, la partie s'acheva peu après et Edward et moi remportâmes le jeu au même titre.
« Je ne vous félicite pas, lui dis-je sèchement.
― Moi non plus, me répondit-il sur le même ton.
― Faisons un billard » suggéra Rosalie.
Nous récupérâmes nos chaussures puis empruntâmes trois queues de billard.
« Je me mets avec Jasper ! s'exclama Alice enjouée.
― Je suis avec ma femme, reprit Emmett en souriant de toutes ces dents.
― Pitié, jura Edward en se retournant vers moi d'un air agacé, comprenant que nous devions faire équipe.
― Je suis tout aussi enchantée que vous » le prévins-je.
Rose entama la partie et réussit à mettre une première boule dans un trou. Alice l'imita peu après et ce fut à mon tour de jouer.
Contrairement au bowling, le billard n'était pas fait pour moi. Les rares fois où j'avais testé ce jeu, je m'étais ridiculisée en public.
Ainsi, j'attrapai la queue appuyée contre un mur avec peu d'assurance et me postai près de la table. D'un geste incertain, je tirai dans la boule blanche et celle-ci bougea d'une dizaine de centimètres environ. Edward rit de toutes ses forces et Jasper l'imita bientôt.
« Je préfère le bowling » leur dis-je vexée.
Emmett réussit son tir et Jasper également. Lorsque ce fut le tour de mon partenaire, je lui tendis la queue avec grâce. Il la saisit brusquement et joua sans plus tarder. Deux boules disparurent en même temps et les félicitations fusèrent.
« Heureusement que je suis là pour rattraper vos dégâts.
― Un coup de chance » lui dis-je à mon tour, jalouse de sa prouesse.
Mais lorsque je réitérai mon tir catastrophique, la tension monta et Edward n'hésita pas à me crier dessus.
« Vous allez nous faire perdre !
― Je ne sais pas jouer. Je n'y peux rien !
― Concentrez-vous ! »
Ayant droit à un deuxième essai, je m'apprêtai à tirer une seconde fois mais il m'arrêta bien avant que je n'eusse le temps d'agir.
« Laissez-moi vous guider. »
Il plaqua son torse contre mon échine et ma respiration redevint erratique. Ses bras se profilèrent le long des miens afin de guider mes mouvements.
« Penchez-vous » me chuchota-t-il à l'oreille.
Incapable de prononcer le moindre mot, je m'exécutai silencieusement. Mes fesses s'écrasèrent contre son bas ventre et je soufflai afin d'évacuer ma frustration.
« Écartez un peu plus les jambes, continua-t-il.
― Pourquoi ? m'enquis-je sur le défensive.
― Vous êtes instable » se justifia-t-il.
J'écartai légèrement les jambes comme il me l'avait demandé, ayant tout à coup très chaud.
« Descendez votre main, me dit-il ensuite, accompagnant ses paroles de gestes vifs. Placez vos doigts comme ceci » ajouta-t-il en s'emparant de mon index.
Je le laissai faire, attendez la suite de ses recommandations peu commodes.
« Regardez la boule blanche.
― Je la regarde, repris-je d'un ton rude, me consumant peu à peu de par sa dangereuse proximité.
― Faites glisser la queue sur vos doigts. »
Il exerça un mouvement d'aller retour sur le bâton de bois devenu très intéressant. Je fermai les yeux un instant, reprenant contenance.
« Parfait. Maintenant, mettez la boule dans le trou » termina-t-il d'une voix beaucoup trop sensuelle à mon goût.
Je m'exécutai, non sans son aide précieuse, et une boule alla droit dans le trou, à mon plus grand soulagement.
« Vous avez réussi, susurra-t-il à mon oreille avant de reprendre une position convenable.
― Quel tir Bella ! s'exclama Alice en m'offrant un clin d'œil discret qui en disait long sur ses pensées impures.
― Merci.
― Le professeur y est pour beaucoup, constata Jasper en offrant une tape amicale à Edward.
― Sans doute » acquiesçai-je rêveuse.
À moitié comateuse, je marchai en direction du bar afin d'aller chercher une bière. Me plaçant en fin de file d'attente, je sentis tout à coup une main s'échouer sur ma fesse droite. Je m'avançai brusquement et pivotai sur moi-même furieuse.
« Vous ? réalisai-je en me retrouvant face à Edward.
― Je n'ai rien fait, me dit-il en levant ses deux bras en l'air.
― Menteur ! Vous venez de me peloter, m'énervai-je.
― On m'a bousculé, se justifia-t-il.
― Quel culot !
― Croyez-moi, vous êtes bien trop repoussante pour moi, trancha-t-il. Mais cette petite blonde me fait bien envie » ajouta-t-il en fixant attentivement une fille de mon âge, assise à quelques mètres de là.
Béate, j'ouvris la bouche mais aucun son n'en sortit.
« C'est à vous » me fit-il remarquer.
Je payai quelques livres, attrapai maladroitement ma chope de bière et retournai dans la salle de billard, talonnée de près par mon partenaire de jeu.
« Arrêtez donc de dandiner vos fesses comme ça, c'est inutile puisque personne ne fait attention à vous, m'interpella ce dernier en passant près de moi.
― Fermez-la ! »
Je m'assis sur une chaise et bus un première gorgée de ma boisson rafraîchissante pendant que les autres continuaient à jouer. Le tour d'Edward ne tarda pas à suivre et, pour ne pas déroger à la règle, notre score augmenta une fois de plus grâce à lui. Mais ce fut Emmett et Rose qui remportèrent la partie quelques minutes plus tard.
La soirée s'acheva dans le calme et nous rejoignîmes le parking tous ensemble. Je saluai mes amis d'un signe de main et montai à bord de mon automobile, disparaissant peu après.
