Les Caprices du cœur

La haine se nourrit de peur et d'amour


Chapitre 10

Une nouvelle semaine attaquait, lundi était de retour. Assise derrière le volant de ma voiture dans le parking de Barclays, j'attendais nerveuse, n'osant pas rejoindre mon bureau par peur de croiser Edward.

Depuis le concert organisé vendredi dernier, nous ne nous étions plus revus. Mais étrangement, le souvenir de l'homme gentil et doux qu'il avait été ce soir-là ne me quittait plus. Aussi, je ne savais pas comment me comporter avec lui désormais. La simple idée de me retrouver de nouveau près de lui me rendait toute chose et j'étais presque effrayée par mes propres réactions.

Rassemblant mon courage à deux mains, je m'extirpai finalement de l'habitacle et empruntai l'ascenseur sans plus attendre. Arrivée au deuxième étage, je fonçai droit vers mon bureau, saluant quelques personnes à la volée. Et alors que j'étais presque arrivée à destination, la porte voisine s'ouvrit et Edward se retrouva face à moi en quelques secondes.

Je le vis déglutir mais il se reprit bien vite en me saluant poliment et gentiment.

« Bonjour.

― Bonjour » lui répondis-je dans un souffle.

Toujours immobile face à moi, il m'offrit un sourire inhabituel puis passa sa route. Je me retournai encore choquée et pénétrai à l'intérieur de mon bureau avec urgence.

La matinée se déroula calmement jusqu'à ce que la réunion hebdomadaire débutât. En retard, je courus rejoindre la salle bondée et m'excusai avant de prendre place entre Edward et Alice.

« Tiens, me dit cette dernière discrètement en me tendant une feuille de papier qui devait contenir les informations que Demetri retranscrivait à l'oral.

― Merci » la gratifiai-je.

Je compris rapidement que l'affaire du jour était ennuyeuse au possible mais également, et malheureusement, d'une complexité rare. Cependant, je n'arrivais pas à me concentrer, trop occupée à fixer la main de mon voisin de table qui s'accrochait désespérément au rebord de la table.

Ses doigts étaient longs, habiles et solides, cela n'avait rien d'étonnant qu'Edward fût bon pianiste. Même ses paumes étaient sensuelles et je me rappelais très bien de leur douceur particulière.

Songeuse, je poussai un gémissement aigu en espérant avoir été discrète.

« Comme vous dites » chuchota mon coéquipier.

Embarrassée, je mis un terme à ma contemplation ridicule, espérant de tout cœur qu'il n'eût rien remarqué.

« Je m'ennuie à mourir moi aussi » termina-t-il complice.

Je le gratifiai d'un regard inhabituel et me sentis rougir.

« Je vous accorde dix minutes de pause, dit bientôt Demetri à l'assemblée dont je faisais partie. À tout de suite. »

J'en profitai pour faire un détour par mon bureau puis rejoignis les toilettes afin de soulager ma vessie. Je ressortis bientôt de l'une des cabines individuelles et tombai nez à nez avec Demetri.

« Bonjour, le saluai-je.

― Comment allez-vous aujourd'hui ? me demanda-t-il chaleureusement, un peu trop à mon goût.

― Je vais bien et vous ?

― Dites-moi, reprit-il, ne répondant pas à ma question. Je me demandais… Que faites-vous demain soir ?

― Demain soir ? paniquai-je.

― Oui.

― Je… Je ne… Je dois voir une amie, mentis-je, n'ayant pas la moindre envie de sortir avec lui.

― Dans ce cas, est-ce que vous êtes prise jeudi ? »

J'avalai ma salive difficilement, craignant le pire.

« Je ne fais rien, fus-je forcée de lui avouer.

― Accepteriez-vous de venir dîner au restaurant avec moi ? » me questionna-t-il sûr de lui.

Voyant sans doute ma mine affreuse, il reprit la parole sans tarder.

« J'aimerais vous connaître mieux. Alors ? Est-ce que vous êtes d'accord ? »

Je restai silencieuse une fois de plus, n'osant pas le repousser sèchement à cause de son rang de directeur. Il interpréta très mal mon mutisme en avançant lentement vers moi d'une façon qui se voulait séductrice. Il leva le bras afin de caresser ma joue gauche, m'inquiétant un peu plus encore. Au même moment, la porte d'entrée des toilettes s'ouvrit et Edward apparut dans l'entrebâillement. Mais Demetri ne retira pas sa main pour autant, le moins du monde gêné par sa présence.

« Je me languis déjà d'être à jeudi soir » continua-t-il, me mettant bien plus mal-à-l'aise.

Edward me dévisagea durement, redevenant l'être froid que je détestais, puis disparut à l'intérieur d'une cabine d'un air furibond en claquant la porte de toutes ses forces.

« Je… »

Demetri ne me laissa pas le temps de finir, quittant les lieux en vitesse. Je le rattrapai dans le couloir.

« Pardonnez-moi mais… Je ne suis pas intéressée » lui avouai-je mal-à-l'aise, préférant ne pas lui donner de faux espoirs ou alimenter de quelconques rumeurs.

Il grimaça sans comprendre.

« Je croyais que…

― Je suis désolée. Votre proposition ne m'intéresse pas, insistai-je en remuant nerveusement mon pied droit.

― Dommage » conclut-il après un long silence.

Quelque peu déboussolée, je retrouvai ma place près d'Alice, un café à la main.

« Est-ce que tout va bien ? me demanda-t-elle septique.

― Je… »

Alors que je m'apprêtais à lui raconter ce qui venait de se passer dans les toilettes, la voix dure d'Edward me fit sursauter.

« Poussez-vous, j'aimerais m'asseoir. »

Je décalai ma chaise vers mon amie et le défiai du regard, déçue d'avoir perdu l'être aimable qu'il avait été le temps d'une soirée. Même s'il m'avait paru aimable ce matin, il était évident que rien n'avait changé. Son caractère détestable était de retour et cela me pinça le cœur.

« Alors ? reprit Alice curieuse.

― Je t'expliquerai plus tard » conclus-je tandis que la réunion reprenait son cours.

Demetri Volturi reprit le fil de ses explications, en croisant quelque fois mon regard. Il attribua un rôle bien particulier à chacun de nous afin de réaliser les meilleurs chiffres possibles. Entre autres, il associa Rosalie avec Tanya et les deux femmes parurent tout aussi dépitée l'une que l'autre. Mais le pire arriva peu après lorsqu'il annonça à Edward et moi notre nouvelle mission concernant la société qui posait problème à notre banque.

« Une réunion se tiendra dans le bâtiment administratif de cette société à quinze heures aujourd'hui même, le directeur est prévenu de votre arrivée, nous expliqua-t-il en me tendant gracieusement une feuille qui comprenait tous les renseignements nécessaires ainsi que la clef de la voiture de service que mon coéquipier m'arracha des mains. Je compte sur vous pour faire pencher la balance en notre faveur.

― C'est le rôle d'Alice, non ? s'enquit mon partenaire peu désireux à l'idée de partager un peu de son temps avec moi.

― En effet, mais Jacob et elle sont déjà très occupés avec Monsieur Smith.

― Dans ce cas, je peux y aller seul. Inutile d'être deux, insista Edward sans même me demander mon avis.

― Je regrette, mais il est impératif d'être deux pour ce genre d'affaire, lui répondit-il. La réunion est terminée, bonne fin de journée à tous » conclut-il peu après.

Nous désertâmes les lieux à tour de rôle et je profitai de ce remue-ménage pour m'éclipser avec Alice et lui annoncer notamment que je venais de refuser les avances de Demetri.

Ayant beaucoup de travail, je retrouvai mon antre sans tarder et sursautai tout en poussant un cri d'effroi en apercevant Edward adossé contre un mur, près de mon bureau.

« Je vous interdis d'entrer dans mon bureau sans y avoir été autorisé ! m'exclamai-je rudement.

― La porte était ouverte. Montrez-moi le papier que Demetri vous a donné » m'ordonna-t-il en s'avançant vers moi d'un pas rapide.

Je lui donnai à contre cœur et attendis sa réaction.

« Il nous faut une demi heure pour aller là-bas, m'apprit-il d'une voix toujours désagréable. Soyez prête à quatorze heures. »

Sans un mot de plus, il balança la feuille sur mon plan de travail et claqua la porte afin de disparaître.

Lorsque justement ce fut le moment pour moi de rejoindre le parking, j'enfilai ma veste à la hâte et fus contrainte d'emprunter les escaliers, l'ascenseur ayant eu quelques problèmes dans la journée. Chancelante, je me dirigeai vers la voiture de fonction dont le moteur tournait déjà. Je montai à bord en silence ne prenant même pas la peine de jeter un coup d'œil vers Edward.

Suite à un trajet calme et silencieux, nous arrivâmes à destination et il gara le véhicule au pied d'un immeuble imposant. Je poussai la porte d'entrée quelques secondes plus tard, talonnée de près par mon coéquipier.

« Bonjour, nous représentons Barclays, commençai-je à l'intention d'une secrétaire peu accueillante. Nous avons rendez-vous à quinze heures.

― Quatrième étage, deuxième porte à droite, me renseigna-t-elle rapidement en dévisageant Edward qu'elle devait sans doute aduler.

― Merci. »

Nous empruntâmes l'ascenseur et Edward tapa bientôt à la porte du directeur prévenu de notre présence par la jeune femme que nous venions de croiser au rez-de-chaussée. Ce dernier nous expliqua brièvement la situation financière dans laquelle la société se trouvait puis, peu avant quinze heures, nous rejoignîmes une grande salle où quatre autres personnes nous attendaient déjà.

À partir de là, je devins un véritable automate contraint de devoir participer à une réunion pire que celle endurée durant la matinée. Mais au moment où le contrat préparé par Demetri fut signé et rangé dans une pochette plastique, je m'autorisai enfin à souffler.

« Nous avons réussi, dis-je à mon partenaire tandis que nous reprenions la route en direction du centre d'affaires de Londres sous une fine pluie.

― Ce n'est pas grâce à vous, me cracha-t-il à la figure.

― Vous savez très bien que vous avez tort. Nous avons réussi à les convaincre tous les deux, le contrai-je.

― Pensez ce que vous voulez si cela peut vous faire plaisir » termina-t-il, retrouvant un mutisme total.

Nous entrâmes dans le parking souterrain vers dix-huit heures trente mais lorsque je voulus sortir de l'habitacle, Edward verrouilla les portières pour m'en empêcher.

« À quoi jouez-vous ? » lui demandai-je étonnée.

Il me fixa longuement comme pour déceler le fond de mes pensées puis parla enfin.

« Depuis quand couchez-vous avec ce type ? »

Décontenancée, j'ouvris de grands yeux ronds afin de comprendre le sens de ses propos.

« Qu'est-ce que vous dites ?

― Depuis quand est-ce que vous couchez avec Demetri ? répéta-t-il d'une voix basse et distante.

― Je ne couche pas avec lui ! m'emportai-je, comprenant désormais qu'il avait tiré des conclusions hâtives après m'avoir aperçue avec lui dans les toilettes.

― Vous mentez ! hurla-t-il hors de lui, me faisant faire un bon dans mon siège.

― Parlez-moi sur un autre ton ! » finis-je par ajouter, n'aimant pas la tournure que prenait cette conversation.

Il renforça sa prise autour du volant de la voiture, les jointures de ses doigts devinrent anormalement transparentes et je devinai facilement le parcours de ses veines violacées. Il serra la mâchoire et ferma les yeux brusquement.

« À combien s'élèvent vos primes ? s'enquit-il d'un ton explosif.

― Taisez-vous, lui ordonnai-je au bord de l'implosion, cherchant désespérément à ouvrir la portière.

― Quel effet ça fait d'être la putain du directeur ? »

Ni une ni deux, je le giflai de toutes mes forces, bouillant intérieurement comme si une force invisible s'acharnait à me réduire à l'état de poussière. Quelques larmes invisibles vinrent perler au coin de mes yeux et je me retins de ne pas craquer face à l'être ingrat que je supportais depuis plusieurs mois déjà.

Quant à lui, il me dévisagea surpris et fronça les sourcils comme jamais en plaquant une main contre sa joue endolorie.

« Vous ne me connaissez pas, Monsieur Cullen. Sachez que j'ai refusé les avances de cet homme, lui appris-je tremblante. Mais ne cherchez plus à vous mêler de ma vie privée, celle-ci ne vous regarde pas » terminai-je à bout de souffle.

Je réussis enfin à m'échapper et courus en direction de ma vieille Chevrolet à toute allure, une rage effroyable ayant prit possession de moi.

J'étais en colère contre Edward. Je lui en voulais beaucoup. J'avais d'ailleurs passé une nuit affreuse à cause de lui. Certes, je savais qu'il ne m'aimait pas mais cela ne lui conférait aucun droit. Il m'avait insulté. Il m'avait rabaissé plus bas que terre. Si ma haine envers lui avait quelque peu diminuait ces derniers temps, elle venait de resurgir plus forte et plus puissante que jamais.

Aussi, je dus rassembler beaucoup de courage pour aller toquer à sa porte le lendemain soir tard, ayant besoin de lui remettre un dossier important qui ne pouvait malheureusement pas attendre.

« Entrez » héla-t-il.

J'entrai à l'intérieur de son bureau d'un pas plus qu'incertain et le trouvai assis face à son plan de travail. Épuisée par cette rude journée, je lui tendis mon compte-rendu d'une poigne faible tout en lui offrant un regard assassin. Au lieu de le saisir, il se releva calmement et vint se poster face à moi.

« Je suis désolé, pour hier » finit-il par m'avouer d'une voix douce.

Je déglutis difficilement, n'ayant pas la moindre envie de reparler de cet épisode désobligeant.

« Vraiment, insista-t-il en se rapprochant de moi, la tête baissé comme s'il avait honte de lui.

― Je ne veux pas de vos excuses, répliquai-je froidement.

― Bella, je suis désolé… Je me suis trompé, continua-t-il visiblement sincère.

― Vous n'avez pas compris ? Je me fiche que vous soyez désolé ! m'énervai-je en reculant d'un pas, ne supportant pas l'idée qu'il eût pu me traiter de femme facile et encore moins de profiteuse.

― S'il vous plaît, pardonnez-moi. Je ne sais pas ce qu'il m'a pris, me dévoila-t-il troublé en abaissant ses barrières.

― Jamais je n'accepterai quoi que ce soit venant de vous ! Vous m'écœurez comme jamais personne ne l'a fait avant ce jour » criai-je, heureuse que plus personne ne fût dans les locaux à cette heure-là.

Il mordit le creux de sa joue et je crus déceler une pointe de tristesse dans son regard. Mais, voyant sans doute qu'il n'obtiendrait rien de moi, ses traits redevinrent durs et il m'arracha brutalement le document des mains.

« Rien ne va » finit-il par m'avouer d'un ton exécrable après l'avoir feuilleté un instant.

Stupéfaite, je le dévisageai durant un court instant avant de reprendre la parole.

« Je vous demande pardon ?

― Votre analyse ne vaut rien, répéta-t-il en souriant de toutes ses dents, voulant sans doute se venger. Je ne…

― Stop ! le coupai-je hors de moi. Comment osez-vous me dire une chose pareille ? Je travaille sur ce dossier depuis le début de la semaine !

― Dans ce cas, vous êtes encore plus mauvaise que je ne le pensais, me répondit-il visiblement fier de sa réplique.

― Je ne vous permets pas !

― Je n'ai pas besoin de votre permission. Recommencez tout, je veux des résultats ce soir.

― Ce soir ? Vous êtes complètement détraqué ! m'énervai-je. Il est déjà vingt heures, tout le monde est parti ! Je ne compte pas passé ma nuit ici ! Une fois m'a suffi.

― Je ne vous demande pas votre avis, me contra-t-il sèchement en faisant un pas de plus vers moi.

― Allez vous faire voir ! » criai-je en appuyant mon index contre son torse.

Je me dirigeai vers la sortie à toute allure, prête à partir. Mais de longs doigts chauds s'enroulèrent autour de mon poignet et m'empêchèrent d'avancer.

« Lâchez-moi, je pars, lui déclarai-je. Je ne vous supporte plus ! »

Ma remarque empira les choses et il resserra sa prise, me rapprochant dangereusement de lui.

« Moi non plus ! hurla-t-il en colère.

― Arrêtez de crier ! m'exclamai-je à mon tour.

― Je ne supporte plus rien en ce qui vous concerne ! s'emporta-t-il. Vous aussi vous me dégoûtez ! Vous êtes une vipère, je comprends mieux pourquoi vous vivez seule. Personne ne veut de vous ! »

Ses paroles me blessèrent au plus profond de mon être parce qu'elles étaient véridiques.

À vingt-quatre ans, les rares relations amoureuses que j'avais connues dans ma vie avaient été catastrophiques. Je n'avais jamais réussi à retenir un homme dans mes bras. Je n'avais jamais aimé. Je ne connaissais pas cette folie dont les femmes de mon âge parlaient tant.

Tout en ressassant de mauvaises pensées, des larmes invisibles vinrent perler au coin de mes yeux et je baissai timidement la tête afin de ne rien laisser paraître.

« Laissez-moi, chuchotai-je la gorge nouée.

― Non.

― Laissez-moi, je veux partir » répétai-je d'un ton rude, me débattant telle une enfant.

Je frappai son torse de toutes mes forces, voulant extérioriser ma soudaine mélancolie et toute la frustration qu'il avait fait resurgir en moi.

« Calmez-vous, reprit-il.

― Je vous déteste ! Je vous hais depuis le premier jour ! » vociférai-je hors de moi, me défoulant sans relâche.

Il attrapa mes deux bras à l'aide de ses mains viriles et m'obligea à rester immobile.

« Vous êtes égoïste, méchant, répugnant, égocentrique ! Vous avez tous les défauts du monde ! m'excitai-je, commençant à pleurer face à lui sans même m'en rendre compte. Vous êtes abominable, je vous hais de tout mon cœur » continuai-je à bout de force.

Il réduisit la faible distance qui nous séparait encore et mon dos butta contre la porte close de son bureau, me faisant sursauter légèrement.

« Qu'est-ce que je vous ai fait ? Dites-le moi ! Pourquoi est-ce que vous vous acharnez contre moi ? Pourquoi ?

― Parce que je… » commença-t-il hésitant.

Il plongea son regard vert émeraude dans le mien et déglutit bruyamment. La seconde suivante, ses lèvres s'écrasèrent contre les miennes avec brutalité, me faisant hoqueter de surprise. Une décharge électrique me traversa de la tête aux pieds et mon cœur se mit à cogner fort, comme jamais il ne l'avait fait auparavant.

Mais bientôt, il relâcha sa prise et me dévisagea sévèrement comme pour me demander la permission de continuer. À ce moment précis, une force inconnue prit possession de mon corps. Sans réfléchir, je me jetai à son cou et déposai ma bouche sur la sienne avec hargne. Il fut étonné à son tour mais répondit bien vite à mon baiser, agrippant ma taille avec férocité. Plaquée contre le bois d'ébène, je m'accrochai à sa chevelure désordonnée avec désespoir, ne sachant plus où donner de la tête.

Notre échange était fiévreux, nous nous embrassions si fort que j'en avais mal aux lèvres. Je le serrais avec exagération, cherchant à le faire souffrir inconsciemment. De son côté, il lacérait ma taille à l'aide de ses longs doigts et j'avais mal.

Une flamme venait de naître en moi et je me sentais vivante, entière, presque soulagée. Le désir me consumait de part en part, je ne préférais plus réfléchir tant mon impatience était grande.

Sa langue força la barrière de mes dents et vint butter contre la mienne en un mouvement violent. Je lui livrai une bataille des plus rudes, cherchant à fusionner avec lui. Ses mains glissèrent le long de mon ventre et vinrent empaumer mes seins. Il palpa ma poitrine impoliment et rapprocha son bassin du mien, me faisant prendre conscience de son propre désir. Je renforçai mon étau et enroulai mes jambes autour de lui, voulant le sentir bien plus encore. Ses doigts s'aventurèrent sous l'ourlet de ma jupe et vinrent pétrir mes fesses uniquement recouvertes de dentelle.

Nos respirations étaient entrecoupées, nos peaux transpiraient. Mes hanches ondulaient contre les siennes, cherchant une friction plus importante. Nos gestes n'étaient pas tendres. Non, ils étaient secs et caractérisaient parfaitement notre état de frénésie absolue.

Edward enroula ses bras autour de moi et me déposa sur le rebord de son bureau quelques secondes plus tard. Déchaîné, il fit disparaître mon débardeur en un temps record et extirpa mon sein gauche de son bonnet, titillant mon téton avec acharnement. Je poussai un gémissement de bien-être, déboutonnant sa chemise avec précipitation. Je caressai bientôt ses pectoraux musclés à souhait et mordis le lobe de son oreille.

Sa langue traça un ligne imaginaire de ma clavicule à ma poitrine, s'échouant sur mon mamelon tendu. Je plaquai ma paume contre la belle bosse que renfermait son pantalon, caressant son importante érection à travers le textile. Il grogna tel un animal féroce et je frissonnai de la tête aux pieds au moment où son index atteignit mon entrejambe. Il exerça une pression sèche sur mon clitoris encore recouvert de tissu. Je succombai, déverrouillant la boucle de sa ceinture au plus vite.

Mon cœur battait une chamade effrénée ; je suffoquais, au bord de l'implosion. Tout ce qui m'entourait n'avait plus lieu d'être, seuls Edward et moi comptions. La raison avait déserté mes pensées. Je n'arrivais plus à décrypter ce que mon cerveau me dictait. Je ne voulais plus rien comprendre, juste ressentir et être désirée le temps d'une étreinte, par Edward.

Il abaissa finalement ma culotte noire et son pouce vint flatter mon intimité trempée. Après avoir ouvert sa braguette, je plongeai ma main dans son boxer et touchai enfin le fruit défendu, jurant intérieurement. Il enfonça deux doigts en moi et je saisis sa verge à pleine main. Nos râles s'unirent l'instant d'après et je dévorai sa belle bouche, ne supportant plus cette attente insupportable.

Comprenant l'urgence de la situation, il ouvrit un tiroir sans la moindre délicatesse et fouilla à l'intérieur pendant quelques minutes pour finalement brandir un préservatif sous mes yeux. Je l'attrapai et le déroulai sur son phallus avec empressement. D'un revers d'un main précipité, il éjecta tout ce qui trouvait sur sa paillasse, faisant trembler les murs. Il m'incita à m'allonger puis se pencha vers moi, plaquant son torse contre mon buste tremblant. Les jambes enroulées autour de lui, je resserrai notre étreinte comme pour me protéger d'une quelconque menace.

Son front rencontra bientôt le mien et notre précipitation cessa tout à coup. Nos regards s'accrochèrent, j'avalai ma salive avec difficulté tandis qu'il replaçait une mèche de cheveux humide derrière mon oreille. Il frotta son sexe contre le mien et plaça son gland à l'entrée de mon vagin. Il déposa un dernier baiser sur mes lèvres et me pénétra sans douceur, m'obligeant à pousser un râle de délivrance.

D'abord immobile, il me fixa éperdument puis réalisa un premier mouvement de hanches en moi et notre engouement reprit de plus belle.

Totalement à sa merci, mes ongles étaient incrustés dans la douce peau de son dos tandis que ses mains pétrissaient mon corps avec brutalité. Nous bougions l'un contre l'autre, ne faisant plus qu'un. Je respirais son odeur à plein poumons, m'asphyxiant de minute en minute. Il mordillait mon téton, répandant de douces ondes de plaisir en moi. J'avais chaud, mon échine commençait à souffrir à cause de la dureté de son bureau sur lequel j'étais appuyée. Mais parallèlement, je n'avais jamais été aussi bien. Je m'accrochais désespérément à mon partenaire qui était tout pour moi en cet instant précis.

L'instant était magique et me transportait vers un paradis inconnu. La haine que nous éprouvions l'un envers l'autre depuis le premier jour trouvait un échappatoire. Nous faisions l'amour, crûment. Cet acte était en quelques sortes notre défouloir commun, notre aboutissement.

Je réalisais à quel point le sexe m'avait manqué. Mais il n'y avait pas que ça. Un sentiment étrange prenait peu à peu possession de moi. Des milliers de papillons titillaient mon ventre à chaque fois que mes yeux plongeaient dans ceux d'Edward. J'essayais de lui transmettre silencieusement tout mon désarroi et son regard était toujours plus admiratif, aimant et doux, à l'inverse de son caractère.

Il accéléra le rythme de nos ébats érotiques, se frottant bien plus contre moi. Je haletai, sachant désormais que mon orgasme était proche. Il n'en fallut guère plus pour que je jouisse. J'extériorisai enfin ma frustration, gémissant sans retenue. Et bientôt, il vint à son tour, se déversant dans la protection.

Mes tremblements étaient semblables aux siens. L'un contre l'autre, nous nous fixions avec attention, ne sachant point que faire suite à cela.

Et puis, suite à une attente interminable, il fut le premier à réagir en se retirant délicatement de moi. Je me relevai calmement, à moitié comateuse. Je replaçai correctement mon soutien-gorge sur mes seins encore tendus et descendis du bureau chancelante. Il reboutonna sa chemise, remonta son pantalon. Je renfilai ma culotte ainsi que mon débardeur puis réajustai ma jupe nerveusement.

Debout, l'un en face de l'autre, nous ne bougions pas. Nous ne parlions pas, nous contentant de nous fixer avec insistance. Je n'arrivais même plus à penser, pétrifiée par ce qu'il venait de se passer entre nous.

Il ouvrit la bouche pour parler mais demeura muet. Je sentis le poids de la culpabilité m'envahir. Alors, prise de panique, je rassemblai le peu de courage qu'il me restait et quittai son bureau au plus vite, m'éloignant de lui afin d'oublier…