Les Caprices du cœur

La haine se nourrit de peur et d'amour


Me revoilà ! Comme promis, les 10 (en fait 12 pour un découpage plus logique) prochains chapitres sont là. Pour répondre à certaines de vos reviews anonymes, oui j'ai été un peu déçue de constater que certaines lectrices sont impatientes et très peu ouvertes d'esprit, mais tant pis. C'est vrai que ça me fait bizarre de republier une version non corrigée mais c'est peut-être mieux comme ça. Pour le moment, je ne compte pas mettre l'autre version en ligne.

Merci à tous les lecteurs qui aiment mon histoire ! Petit rappel : www facebook com /EmmaLaviche (lien direct sur mon profil).


Chapitre 11

Angoisse. Doute. Incompréhension. Perdition. Destin. Désir. Raison. Passion. Haine. Peur. Douleur. Solitude.

Tous ces mots se bousculaient dans mon esprit sans pouvoir former une phrase cohérente. Depuis que l'accident, comme je l'appelais, était arrivé, je m'étais enfermée chez moi et n'en étais plus ressortie. Le week-end avait défilé sous mes yeux à vive allure et j'avais préféré le prolonger jusqu'à mercredi, quitte à mentir à Monsieur Banner qui me croyait malade.

Je devais pourtant me rendre à l'évidence, il m'était impossible de continuer ainsi. Cependant, la simple idée de revoir Edward me paralysait. J'étais terrifiée, perdue.

Ce que nous avions fait était contre nature. Je le détestais, il me haïssait. Rien ne pouvait justifier notre acte irréfléchi. Pourtant, lorsque je repensais à ce moment tant complice que nous avions partagé, je n'avais qu'une seule envie : recommencer.

Lorsque j'avais ce genre d'égarement, les mêmes symptômes revenaient me hanter et le corps nu d'Edward terrassait mon esprit. Mon cœur cognait plus fort dans ma poitrine, mon pouls s'accélérait, mes poils se hérissaient. Ma peau devenait moite et une chaleur incommensurable venait se loger dans mon bas ventre.

Mais je n'avais pas le droit de me laisser aller. Celui qui me faisait trembler était aussi mon pire ennemi et je le détestais encore bien plus pour cela. Oui, le simple fait d'admettre que j'avais pris du plaisir avec lui me rendait folle. À aucun moment je n'avais été écœurée ou même repoussée, bien au contraire. Ce constat était d'ailleurs bien trop effrayant.

J'avais adoré faire l'amour avec Edward…

Sur cette dernière pensée, je soufflai un grand coup et quittai mon lit calmement en constatant au passage qu'il n'était pas encore sept heures du matin. Je pris tout mon temps pour me préparer, n'ayant pas la moindre envie de retrouver Barclays (ou plutôt Edward) après ces quelques jours de congés forcés.

Malgré tous mes efforts, j'arrivai sur place près d'une heure plus tard, soulagée qu'il y eût déjà pas mal de voitures garées ici et là. Je frémis intérieurement en apercevant la Volvo de mon coéquipier et mon angoisse amplifia gravement.

Après m'être encouragée mentalement, je sortis de mon véhicule et empruntai les escaliers sans plus attendre. Je filai dans mon bureau à toute allure et soufflai de soulagement après avoir refermé la porte derrière moi.

Cependant, cette quiétude ne dura pas et ma panique refit surface au moment où trois coups francs résonnèrent dans la pièce.

« Bella ? » m'appela la voix d'Alice depuis le couloir.

Soulagée, je m'autorisai enfin à reprendre mon souffle et allai ouvrir à mon amie.

« Tu es passée si vite que tu n'as même pas eu le temps de me voir, me dit-elle tout en me faisant la bise. Comment vas-tu ? Est-ce que tu es toujours malade ?

― Non rassure-toi. J'avais juste un petit rhume » mentis-je mal-à-l'aise.

Elle ne savait pas pour Edward et moi. Personne ne savait. Personne mis-à-part lui et moi.

« J'ai quelque chose à te raconter.

― À propos de ?

― Jasper ! » m'annonça-t-elle toute guillerette.

Malgré mon humeur maussade, je lui souris et me mis à l'écouter d'une oreille peu attentive comme la fois où elle m'avait narrait sa première fois avec Jasper, le lendemain du mariage de Rose.

« Et il m'a offert ce bracelet, regarde ! » s'exclama-t-elle quelques minutes plus tard.

J'acquiesçai comme je le faisais depuis le début de son récit.

« Bella ? Est-ce que tu es sûre que tout va bien ? »

Je hochai la tête une fois de plus.

« Bella ? Qu'est-ce qui ne va pas ? me demanda-t-elle plus vigoureusement en me prenant par les épaules.

― Hein ? Quoi ?

― À quoi penses-tu ?

― Je… À rien, maugréai-je peu persuasive.

― Tu mens.

― Non.

― Je le vois. Que se passe-t-il ?

― Absolument rien !

― Réponds-moi Bella, tu sais que tu peux tout me dire, insista-t-elle. Est-ce que quelque chose ne va pas ? s'enquit-elle calmement.

― Non, je te jure que tout va bien, mentis-je.

― Comme tu veux, abdiqua-t-elle peu convaincue, comprenant sans doute qu'il ne valait mieux pas insister. Bon, j'ai du travail. À midi !

― D'accord, à tout à l'heure. »

De nouveau seule, je décidai de me mettre au travail afin de distraire mes pensées. Je m'attaquai ainsi à un dossier délicat pour lequel j'étais certaine de ne pas avoir le temps de m'égarer.

La journée se déroula normalement et je restai enfermée dans mon bureau pendant des heures, préférant ne pas faire de rencontres désobligeantes dans le couloir. Cependant, en fin d'après-midi, je paniquai à l'idée d'aller remettre mon étude à Edward afin qu'il pût la transmettre à Demetri.

Faisant les cent pas dans mon bureau, je cherchai tant bien que mal une issue de secours me permettant de l'éviter. Après avoir bien réfléchi, j'ouvris tout doucement la porte et passai le nez à travers l'entrebâillement afin d'inspecter les lieux. La voie étant libre, je me dépêchai de faire quelques pas vers le bureau de mon coéquipier tout en étant la plus silencieuse possible. Je fis glisser la pochette plastique qui contenait mon étude sous la porte et retournai me cacher à la hâte.

Au même moment, mon téléphone portable vibra dans ma poche et je sursautai déraisonnablement.

« Allô ?

Bella ! Est-ce que tu vas bien ? me demanda la voix d'Angela.

― Oui et toi ?

Toujours !

― Comment va ton petit ami ?

Il va très bien lui aussi, je crois que je l'aime vraiment, roucoula-t-elle. Bref, je trouve que nous ne nous voyons plus assez. Est-ce que tu as quelque chose de prévue ce soir ?

― Ce soir ?

Oui.

― Non.

Une soirée film, ça te tente ?

― Je suis partante ! m'exclamai-je, ayant trouvé une occasion idéale pour ne pas ruminer toute seule dans un coin. Chez moi, vingt-et-une heures ?

Parfait !

― Je vais demander aux filles si elles veulent venir, ajoutai-je.

D'accord, à ce soir ! »

Je raccrochai enfin puis prévins par téléphone Alice et Rose qui acceptèrent avec joie.

Finalement, je rassemblai mes affaires et enfilai mon gilet en laine. Je fermai les volets, éteignis mon ordinateur et attrapai mon sac à main afin de quitter cet endroit au plus vite, soulagée d'avoir réussi à éviter Edward. Je fermai la porte à clef derrière moi et marchai le long du couloir d'un pas précipité jusqu'à ce que mon cœur fisse un triple bon dans ma poitrine.

À quelques mètres de là, Edward venait de surgir de nulle part. Paniquée, je rebroussai chemin en manquant de m'affaler au sol puis bataillai avec mon trousseau de clef dans le but de rouvrir mon bureau qui était mon seul et unique échappatoire. Dans mon affolement, je jetai un coup d'œil sur le côté et crus défaillir en voyant mon coéquipier faire de grands pas dans ma direction, le regard rivé sur moi. Et ce ne fut qu'au dernier moment que je pénétrai dans la pièce, pensant être sauvée. Mais il fut assez rapide pour coincer son pied dans l'entrebâillement, m'empêchant alors de me cloîtrer totalement.

Sans même une parole, il poussa sèchement la porte et je la retins de toutes mes forces sans grand succès. Quelques minutes plus tard, il nous enferma tous les deux dans mon bureau et j'avalai ma salive difficilement, des tas de souvenirs se mélangeant dans mon esprit.

L'un en face de l'autre, nous nous toisâmes durant une éternité puis il prit enfin la parole.

« Pourquoi est-ce tu m'évites ? »

Entendre sa voix me fit du bien mais parallèlement, le ton sec de ses propos me blessa au plus profond de mon être.

« Alors ça y est, le vous n'est plus de rigueur depuis que nous avons couché ensemble ? » lui répondis-je durement, me fustigeant mentalement de ressasser cet événement si particulier.

Il ferma les yeux un instant et les rouvrit rapidement, les poings serrés, les sourcils froncés.

« Tu n'as pas répondu à ma question, pesta-t-il.

― Je ne t'évite pas, m'énervai-je sans raison apparente.

― Est-ce que tu te fiches de moi ? s'emporta-t-il à son tour en cognant le rebord de mon bureau.

― Je…

― Tu n'es même pas capable de venir me remettre ton travail en mains propres ! me coupa-t-il.

― Je n'avais pas le temps, inventai-je à court d'argument.

― Et ton rhume ? J'espère que tu vas mieux » ajouta-t-il ironiquement en faisant référence à mes trois jours d'absence.

Je le fusillai du regard, ayant très envie de le gifler une nouvelle fois.

« Non justement, je ne vais pas mieux ! criai-je tout à coup, ne supportant pas ses moqueries.

― Quel dommage, répliqua-t-il méchamment.

― Je vais même très mal, depuis vendredi soir !

― Dans ce cas, nous sommes deux » trancha-t-il.

Le silence revint s'imposer entre nous et je méditai sa dernière affirmation secrètement.

« Nous n'aurions jamais dû, reprit-t-il plus calmement, en proie à un dilemme intérieur.

― Tu as raison, approuvai-je en essayant de contenir ma nervosité. C'était une erreur. »

Du moins, je voulais le croire.

« Une erreur » répéta-t-il septique, les yeux baissés.

Il se rapprocha tout doucement de moi et déjà ma respiration s'emballa. Ma chaleur corporelle augmenta subitement et des effluves de son corps nu revinrent me hanter. Alors, je plaquai ma paume contre son torse et le repoussai difficilement, ayant beaucoup de mal à faire ce geste pourtant anodin.

« Nous n'avons qu'à faire comme s'il ne s'était rien passé, suggéra-t-il ensuite. Et ne rien dire à personne, compléta-t-il d'un air froid.

― Je suis d'accord avec toi pour une fois. Oublions ce… Ce…

― Ce dérapage, reprit-il pour moi.

― Voilà. Oublions ce dérapage » continuai-je sûre de moi même si je savais très bien que cela était impossible.

Il acquiesça.

« Pourquoi est-ce que tu fais ça ? reprit-il d'un ton grave.

― De quoi parles-tu ? » hésitai-je.

Il ne me répondit pas et se contenta de m'observer avec attention.

« Rien, laisse tomber. Je crois qu'il vaut mieux nous ignorer à l'avenir » conclut-il, le regard vide de sens.

Il me dévisagea une dernière fois et partit tel un boulet de canon en claquant violemment la porte derrière lui.

Plusieurs heures après cette discussion perturbante, ma dernière invitée sonna à ma porte et j'allai lui ouvrir avec empressement.

« Alice, te voilà enfin !

― Désolée, Jasper m'a retenue, sourit-elle niaisement.

― Je vois. »

J'attrapai sa veste et lui fis signe de prendre place sur le canapé où Angela et Rosalie étaient déjà installées.

« Maintenant que nous sommes toutes réunies, nous devons choisir le film ! s'exclama cette dernière avec enthousiaste.

― Film d'amour pour moi !

― Pour moi aussi, ajouta Alice.

― Parfait, je suis d'accord » renchéris Angela.

Je les fixai tour à tour et soufflai de découragement, réalisant alors que j'étais désormais la seule célibataire du groupe. Leur engouement pour le romantisme ne coïncidait absolument pas avec mon humeur du moment.

« L'unanimité remporte la partie Bella.

― Je sais » grognai-je.

Voilà comment je me retrouvai bientôt face à deux acteurs très talentueux en train de se câliner sensuellement. La jeune femme affichait un sourire ravi et son partenaire lui caressait les cheveux avec patience, embrassant chaque parcelle de son corps.

« Ils sont trop mignons, souffla Alice en penchant légèrement la tête sur le côté.

― Bof, pourquoi ne pas sauter cette scène ? proposai-je boudeuse.

― Non !

― Tu es folle !

― C'est mon moment préféré. »

Face à leur réaction démesurée, je fis mine de me taire et fermai les yeux, repensant à l'accident qui s'était passé quelques jours plus tôt. Pour la première fois, je m'autorisai à me laisser aller, vantant même les mérites d'Edward.

Parce que oui, il m'avait offert un orgasme fulgurant, plus intense que tous les précédents. Aussi, je n'avais plus couché avec un homme depuis des mois. Cela expliquait sans doute d'où provenait la folie qui avait pris possession de moi ce jour-là.

Bien qu'insupportable, Edward avait un corps parfait pour moi. Ses mains avaient su pétrir mes formes avec détermination, ses doigts avaient ravagé mon intimité, son torse musclé à souhait avait renforcé son côté protecteur tout comme ses bras qui avait su me serrer avec force. Quant à son sexe, il était long, large. Il s'était emboîté à la perfection avec moi, raclant mes parois vaginales avec volupté.

Mais ce que j'avais préféré était encore autre chose. Ce qui m'avait donné le plus de satisfaction était sa bouche. Elle s'était baladée sur moi avec tant de tendresse que j'en frissonnais encore. Il m'avait embrassée comme personne ne l'avait fait auparavant. Ses baisers avaient été doux, chauds, savoureux, coquins.

J'avais adoré.

« Bella ?

― Hein ? Quoi ? m'enquis-je en sortant de ma torpeur.

― Tu fixes le générique de fin d'un regard inquiétant » m'annonça Alice.

Je m'aperçus alors que le film était fini et que mes amies m'observaient étrangement.

« Je…

― Que se passe-t-il ? me questionna Angela.

― Rien, pourquoi ?

― Tu nous caches quelque chose.

― Je suis du même avis, ajouta Alice qui m'avait cuisinée le matin même.

― Est-ce que quelque chose ne va pas ? me demanda Rose en posant une main sur mon épaule.

― Les filles, je vous assure que tout va bien.

― Tu ne sais pas mentir.

― Elle n'a jamais su, l'informa Angela qui me connaissait depuis plusieurs années.

― Mais je… tentai-je.

― Crache le morceau !

― Quel morceau ? ris-je d'un air mal assuré.

― Bella !

― Je… C'est juste… Non, laissez tomber, abandonnai-je, incapable de leur avouer une chose pareille.

― S'il te plaît, insista Alice.

― Tu sembles tellement perdue.

― Tu as besoin de nos conseils. »

L'idée d'entendre quelques uns de leurs conseils m'incita à en dire plus.

« J'ai… J'ai couché avec… Un mec. »

Durant plusieurs secondes, elles parurent choquées mais leurs cris vinrent envahir mon appartement sans tarder.

« Quand ? Où ?

― Est-ce que je le connais ?

― Comment est-il ? Est-ce que c'était bien ? »

Je les dévisageai affolée, plaquant une main contre ma joue.

« Dis-nous en plus !

― Il n'y a rien à dire de plus.

― Qui est-ce ?

― Vous ne le connaissez pas.

― Comment est-ce que tu l'as rencontré ? s'intéressa Rosalie.

― Par hasard, hésitai-je. Dans un bar.

― Dans un bar ?

― Oui.

― Quand ?

― La semaine dernière, répondis-je.

― Combien de fois avez-vous fait l'amour ?

― Une seule !

― Vous avez ça dans un lit ?

― Je… Non.

― Non ? Sur une table ?

― Oui, presque.

― Est-ce que tu l'as revu depuis cette fois-là ?

― Non et je ne compte pas le revoir, inventai-je pour couper court à la conversation.

― Quoi ? Mais pourquoi ? Il est si nul que ça ?

― NON ! Non mais… Il voulait juste s'amuser le temps d'une soirée, leur avouai-je.

― Je vois. Comment s'appelle-t-il ? » reprit Angela.

À cette question, je me pétrifiai.

« Alors ?

― Il s'appelle… Bob.

― Bob ? Tu es sûre ?

― Oui.

― Quel horrible prénom, rigola Alice.

― En effet » approuvai-je en me grattant la nuque mal-à-l'aise.

Malgré tout, elles parurent me croire et bientôt ce fut au tour de Rose de nous raconter en détail sa nuit de noce. Nous papotâmes pendant plusieurs heures puis elles partirent à tour de rôle.

Une fois seule, je me démaquillai sommairement, enfilai mon pyjama et filai me coucher exténuée.

Les jours passaient lentement, Edward et moi nous évitions le plus possible. Seul le travail nous obligeait à communiquer, et ce sur un ton relativement neutre. Un ton qui ne nous correspondait absolument pas.

Bizarrement, les taquineries de mon coéquipier me manquaient et j'avais très envie de me disputer avec lui comme nous le faisions si bien avant. Mais quelque chose était mort, comme si nous n'osions plus être spontanés depuis notre accident. Son mauvais caractère, que j'avais d'abord détesté, était en fait bien moins désagréable que son ignorance. Être invisible aux yeux d'Edward me faisait mal, j'avais l'impression de n'être plus personne.

Néanmoins, je lui en voulais toujours. Je me sentais humiliée avant tout. Alors, dans le fond, il était peut-être plus raisonnable de jouer la carte de l'indifférence en sa présence. Du moins, je le pensais jusqu'à ce que je reçusse un appel bien particulier.

Allongée sur mon lit, je décrochai d'une main fébrile, constatant au passage que le numéro affiché sur l'écran de mon téléphone ne faisait pas partie de mon répertoire.

« Allô ? m'enquis-je d'une petite voix.

Bonjour Bella. C'est Esmée, la mère d'Edward » se présenta mon interlocutrice.

À ces mots, la panique me submergea et le culpabilité refit surface à l'intérieur de mon esprit.

« Bonjour, lui répondis-je après quelques secondes de silence.

Comment vas-tu ?

― Bien et vous ?

Bien merci. Carlisle m'a donné ton numéro, l'hôpital possède tes coordonnées, me renseigna-t-elle. J'espère que cela ne te dérange pas ?

― Non, pas du tout, continuai-je mal-à-l'aise. Est-ce que tout va bien ? hésitai-je, cherchant vainement les raisons de son coup de fil.

Oui oui, ne t'en fais. Est-ce qu'Edward est près de toi ? » me demanda-t-elle indécise.

Anxieuse, je ruminai intérieurement.

« Non, il n'est pas là, lui avouai-je d'un ton qui se voulait serein.

Parfait, souffla-t-elle contre toute attente. Alors voilà, pour son anniversaire je pensais…

― Son anniversaire ? repris-je.

Ne me dis pas que vous avez déjà prévu quelque chose ? s'inquiéta-t-elle.

― Non mais…

Tu me rassures, souffla-t-elle. Est-ce que tu serais d'accord lui pour organiser une soirée avec moi ? J'ai l'habitude de le faire seule mais je serais ravie que tu m'aides cette année ! s'exclama-t-elle enthousiaste. Et je suis sûre qu'Edward serait très content, ajouta-t-elle.

― Je… Je ne sais pas quoi dire, bégayai-je à la fois étonnée et perdue.

Ce sera super, tu verras !

― Mais je…

S'il te plaît !

― Bon, d'accord, me sentis-je obligée de lui dire, n'ayant pas le courage de lui avouer la vérité et encore moins à travers le combiné de mon cellulaire.

Génial ! En général tout le monde se réunit à la maison mais peut-être que tu préfères louer une salle…

― Non, ce sera parfait, rassurez-vous, la coupai-je.

Son anniversaire tombe samedi prochain, me renseigna-t-elle. Est-ce que tu penses pouvoir me consacrer une après-midi d'ici là ?

― Pour…

Pour faire les magasins, trouver son cadeau, le gâteau… Est-ce que tu lui as déjà acheté un cadeau ? reprit-elle soucieuse.

― Non, lui dis-je, réalisant enfin que son anniversaire tombait le vingt juin.

Nous réfléchirons à tout ça ensemble alors. Est-ce que vendredi te convient ?

― Je vais poser ma demi journée.

Merci, je te rappellerai vendredi matin. Je me charge de prévenir les invités.

― Très bien, au revoir Esmée.

Bonne soirée. »

Complètement déboussolée, je raccrochai enfin et inspirai un bon coup.

Cette situation ne pouvait plus durer et notamment depuis l'accident. Les parents d'Edward devaient être mis au diapason, il devenait trop difficile de leur mentir.

Sur cette dernière pensée, je me promis de mettre au courant Esmée vendredi prochain lors de notre après-midi en tête à tête.

Assise à la terrasse d'un café en plein cœur d'un grand centre commercial londonien, j'attendais Esmée impatiente et stressée, ayant répété mille fois mon discours censé la mettre au courant de la relation truquée qu'Edward avait mis au point entre nous. Je tapais du pied frénétiquement, essayant vainement de garder contenance. J'avais commandé un café ce qui n'arrangeait rien à mon état.

Mais bientôt, une voix familière m'appela et Esmée me fit de grands signes pour finalement prendre place face à moi, le sourire aux lèvres.

« Je suis tellement contente de passer du temps avec toi, commença-t-elle après m'avoir chaleureusement saluée.

― Merci.

― Je tiens à mieux connaître celle qui fait chavirer le cœur de mon fils, plaisanta-t-elle. Tu es seulement la deuxième qu'il me présente officiellement, me précisa-t-elle ensuite.

― La deuxième ? répétai-je surprise.

― Oui, il s'attache difficilement, m'expliqua-t-elle quelque peu gênée. Mais heureusement que tu es là maintenant. »

Ses paroles amplifièrent mon mal-être mais je me repris bien vite.

« Justement, j'ai quelque chose à vous dire, lui annonçai-je tout bas.

― Je t'écoute.

― Je… En fait…

― Tu es enceinte ? s'emporta-t-elle. Est-ce qu'il est au courant ? Ne t'en fais, ce n'est pas grave, je suis certaine que…

― Non ! Je ne suis pas enceinte ! m'exclamai-je alarmée. Je prends la pilule.

― Dans ce cas, de quoi s'agit-il ?

― Nous avons…

― Que voulez boire ? m'interrompit le serveur.

― Une grenadine, lui répondit Esmée avec nonchalance.

― Un autre café pour moi.

― Bien, conclut-il en disparaissant sans plus tarder.

― Tu disais ?

― Depuis quelques temps, Edward vous cache la vérité et moi aussi, débitai-je à toute allure pour ne plus être coupée.

― À propos de quoi ? me questionna-t-elle surprise.

― À propos de…

― Vous vous êtes mariés en cachette ? s'inquiéta-t-elle, plaquant ses mains sur ses joues de façon incontrôlée.

― Bien sûr que non ! la rassurai-je, hébétée qu'elle eût tant d'imagination.

― Tant mieux parce que je veux que ce jour soit inoubliable. Je n'ai qu'un enfant à marier. Et je suis persuadée qu'il te choisira toi. Vous êtes faits l'un pour l'autre, c'est évident, rêvassa-t-elle en attrapant ma main. J'ai bien vu la manière dont il te regardait, il est fou de toi. »

Je me tus et finis ma boisson chaude d'une traite, cherchant à me raccrocher à n'importe quoi.

« Bref, donc ? reprit-elle.

― J'ai… commençai-je, la peau moite. J'ai emménagé chez lui, déballai-je, me demandant d'où provenait cette ânerie, faute de vérité et de courage.

― Mais je croyais que vous préfériez attendre encore quelques mois pour cela, me dit-elle étonnée, ressassant le discours que nous lui avions tenu lors du dîner de famille que nous avions partagé.

― Oui mais… Nous avons changé d'avis il y a quelques jours et j'ai pris mes bagages pour m'installer chez lui » mentis-je, mordant ma lèvre inférieure pour punir ma lâcheté.

Elle demeura muette durant un court instant puis m'offrit un sourire ravi.

« Je suis très heureuse pour vous deux.

― Merci.

― Bon, parlons de choses sérieuses. Est-ce que tu as une idée de cadeau à lui offrir ?

― Pas du tout et vous ? Que voulez-vous lui offrir ?

― Et cesse de me vouvoyer, me gronda-t-elle gentiment.

― D'accord, abdiquai-je.

― Je pense lui acheter une nouveau survêtement pour courir. Tu as sans doute dû voir dans quel état était le sien » se moqua-t-elle.

Je me rappelai soudain de notre rencontre dans le parc et son jogging usé me revint en mémoire.

« Oui, lui dis-je alors.

― Et toi ? Quel genre de budget as-tu ? me questionna-t-elle curieuse.

― Je ne sais pas, lui répondis-je, prise de court. Nous devrions peut-être regarder quelques vitrines pour nous inspirer, suggérai-je.

― Tu as raison, allons-y. »

Suite à cela, le temps passa à vive allure. Vagabondant de boutique en boutique, nous achetâmes quelques éléments décoratifs pour habiller la demeure familiale, Esmée dénicha un survêtement de sport luxueux. Nous commandâmes le gâteau ainsi que plusieurs petits-fours pour les trente personnes que nous devions accueillir et, malgré toute ma perplexité, je fus bien obligée de choisir un cadeau. Je décidai donc d'acheter un bijou à Edward, sans grande conviction malgré les encouragements d'Esmée.