Les Caprices du cœur
La haine se nourrit de peur et d'amour
Chapitre 12
J'arrivai chez les parents d'Edward vers seize heures, ayant promis à Esmée de l'aider à tout préparer. Après avoir bu un verre dans le salon avec elle, nous décidâmes de nous mettre au travail sans plus tarder.
Pour commencer, nous libérâmes de l'espace dans la pièce principale en poussant les meubles sur le côté. Nous ouvrîmes en grand la baie-vitrée attenante au jardin et plusieurs tables furent disposées en cercle à l'extérieur afin de créer un endroit convivial capable de réunir de nombreuses personnes. Je m'attelai ensuite à la décoration des lieux et Esmée décida de se mettre en cuisine.
Lorsque, quelques heures plus tard, l'essentiel fut fin prêt, la mère d'Edward disparut à l'étage pour se changer et j'en profitai pour aller chercher ma robe de soirée dans la voiture. Une fois seule dans les toilettes, je la revêtis avec délicatesse en faisant attention de ne pas la froisser. Je rangeai mes vêtements dans mon sac et allai rapidement retoucher mon maquillage face au grand miroir du salon
« Bella, tu es superbe ! s'exclama bientôt Esmée.
― Merci, toi aussi, la complimentai-je.
― Ta robe est très belle. »
Celle-ci était noire et plusieurs bouts de dentelles étaient cousus ici et là. Le décolleté était relativement prononcé, mon dos était à découvert. Ce bout de tissu était certes très chic mais peu confortable.
« Il est presque dix-neuf heures, les invités ne vont pas tarder, m'informa-t-elle ensuite. J'ai dit à Edward de venir vers vingt heures pour dîner tranquillement avec son père et moi. Mais il n'est pas dupe, je lui fais le coup depuis des années » rit-elle.
Sur ce, le claquement d'une portière de voiture attira notre attention et Carlisle entra dans la maison sans tarder.
« Te voilà, j'avais peur que tu ne puisses pas te libérer, lui dit Esmée en allant l'accueillir chaleureusement.
― Tu sais très bien que je m'arrange toujours pour ne pas rater l'anniversaire d'Edward, la rassura-t-il. Bonsoir Bella, ajouta-t-il après m'avoir aperçue.
― Bonsoir. »
Et, une poignée de secondes plus tard, les premiers invités arrivèrent. La foule se densifia peu à peu et mon mal-être augmenta graduellement.
Malgré les présentations qu'Esmée s'efforçait à faire pour moi, je restais en retrait et ruminais en silence, plus stressée que jamais du fait de l'apparition prochaine d'Edward. Autour de moi, j'observais tous ces gens qu'il connaissait depuis sans doute plusieurs années. Étrangement, j'avais l'impression d'en apprendre plus sur lui. J'avais l'impression de m'immiscer dans sa vie si secrète et mystérieuse.
« Bella ? »
Cette voix féminine que je connaissais bien me fit légèrement sursauter et je vis Alice arriver droit sur moi, suivie de près par Jasper, Rose et Emmett.
« Salut, lui souris-je gentiment.
― Je croyais que tu ne devais plus jouer le jeu, me dit-elle discrètement en comprenant vite la cause de ma présence ici.
― Je le fais pour Esmée, lui chuchotai-je à l'oreille. Edward n'est pas au courant. »
Je saluai mes quatre collègues de travail, heureuse de ne plus airer seule. Les hommes nous laissèrent papoter entre filles et Rosalie se dépêcha de me parler de Bob.
« Est-ce que tu l'as revu ?
― Non, je ne l'ai pas revu, lui répondis-je pensive, un verre d'alcool à la main.
― Pourquoi ? s'enquit-elle surprise.
― Je n'en ai pas envie » ajoutai-je, ne pouvant m'empêcher de repenser à l'accident.
Immobile, j'avalai un biscuit salé et fixai un point imaginaire, me remémorant une fois de plus le corps d'Edward en tête et son désir pour moi.
« Tu mens. Cet homme te fais rêver sans arrêt, m'interpella Alice en agitant sa main devant moi.
― Non, je ne pensais pas à lui, mentis-je en me rongeant un ongle comme pour me donner une contenance.
― Tu t'enfonces ma vieille, rit-elle, imitée par Rosalie.
― N'importe quoi » plaisantai-je avec elles.
Un bruit de cristal frappé attira notre attention et Carlisle s'empressa de prendre la parole.
« Edward vient de garer sa voiture de l'autre côté de la villa. Éteignez les lumières.
― N'oubliez pas qu'il s'agit d'une surprise ! » ajouta Esmée impatiente.
Lorsqu'enfin nous nous retrouvâmes dans le noir, je paniquai. Alors, je profitai de cette petite mise en scène pour m'éclipser discrètement et rejoindre la cuisine déserte.
J'entendis la porte d'entrée s'ouvrir puis quelques pas provenant du hall. Une fraction de seconde après, un brouhaha raisonna dans le salon et les applaudissements fusèrent. Nerveuse, je triturai l'emballage en carton d'une sauce au poivre qui traînait par là puis avalai durement ma salive, n'osant plus sortir de ma cachette.
« Merci à tous, commença Edward d'une voix forte. Je suis très heureux que vous soyez tous là. Maman, inutile de me mentir à l'avenir, ajouta-t-il d'un ton rieur. Merci d'avoir organisé cette soirée.
― De rien, lui répondit sa mère. Mais cette année, je ne suis pas la seule que tu dois remercier. Bella ? »
Je me figeai à l'entente de mon prénom et ouvris grand les yeux, prête à trouver une excuse idiote pouvant justifier ma disparition.
« Bella ? Où est-elle ?
― Elle était là il y a cinq minutes, lui apprit Alice.
― Je vais la chercher » termina Rose.
Voilà comment, Rosalie apparut face à moi en un temps record, un air grave sur le visage.
« Je t'ai vu partir, à quoi est-ce tu joues ? Edward est arrivé !
― Je téléphonais, mentis-je en brandissant mon cellulaire sous son nez.
― Viens. »
Je retrouvai le salon peu après et mon regard accrocha directement celui qui était à l'honneur ce soir-là.
« Te voilà ! Je me demandais où tu étais passée ! s'exclama Esmée. Elle m'a beaucoup aidée » reprit-elle en s'adressant à son fils.
Toujours muets, nous nous dévisageâmes sévèrement et des souvenirs gênants revinrent occuper mon esprit. Une émotion bien particulière me submergea et je dus me faire violence pour ne pas craquer.
Mon cœur était fou, ma respiration cinglée. Mon corps tentait vainement de réguler ma température interne. Pour la première fois depuis notre petite conversation qui avait suivi l'accident, il semblait faire attention à moi. Il ne m'ignorait plus. Ses yeux perçants étaient sincères et je ne savais trop comment interpréter le message qu'il me transmettait en silence.
Un toussotement grave mit un terme à notre échange et nous réalisâmes tous deux que plusieurs personnes nous observaient depuis plusieurs minutes. Comme par magie, le visage d'Edward s'adoucit légèrement et il s'avança lentement vers moi. Arrivé à ma hauteur, il m'offrit un sourire timide puis parut hésiter avant de me tendre la main. Je la saisis tout doucement et le laissai me guider au centre de tous. Une fois immobile, il plaça un bras dans mon dos pour finalement m'enlacer quelques secondes plus tard.
« Merci » me dit-il à l'oreille en humant mon parfum sans la moindre discrétion.
J'agrippai sa nuque, cherchant un quelconque soutient venant de lui. Il plaqua son front contre le mien et m'offrit un sourire radieux que j'espérais sincère.
« Encore merci à tous. La soirée peut continuer » s'adressa-t-il ensuite à la foule pour nous laisser un peu de répit.
Les conversations reprirent de plus belle et Edward m'incita à le suivre jusque dans un coin.
« Pourquoi est-ce tu es venue ? me demanda-t-il nerveusement sans pour autant être désagréable.
― Ta mère m'a appelée. Je suis là pour elle » lui avouai-je la gorgé nouée.
Il acquiesça d'un signe de tête et se mit à contempler le sol avec détermination, les mains dans les poches.
« Ce n'était pas prévu. Merci de ne rien lui avoir dit, ajouta-t-il gêné.
― Justement… J'ai essayé. »
Il releva le visage vers moi d'un air affolé.
« Mais je n'y suis pas arrivée, le rassurai-je. Nous étions en train de faire les boutiques ensemble pour ton anniversaire.
― Je vois, souffla-t-il.
― D'ailleurs, je… hésitai-je.
― Oui ?
― Je lui ai dit que…
― Qu'est-ce que tu lui as dit ? me demanda-t-il impatient face à mon mutisme.
― Je lui ai dit que j'avais emménagé chez toi, déballai-je à toute vitesse.
― Quoi ? Mais pourquoi ?
― J'ai commencé à lui dire que nous avions menti à propos de notre relation et je n'ai rien trouvé de mieux pour me rétracter, lui expliquai-je en évitant soigneusement de croiser son regard.
― Je te félicite ! s'exclama-t-il ironiquement en levant les yeux vers le plafond.
― Est-ce que tu es train de me dire que j'ai mal agi ? m'énervai-je.
― Parfaitement, m'affirma-t-il.
― Non mais je rêve !
― Il fallait trouver une excuse moins embarrassante, pesta-t-il.
― Désolée, je manquais cruellement d'imagination, m'énervai-je en rejoignant les autres.
― Attends, Bella, me retint-il en passant un bras derrière mes épaules.
― Laisse-moi, je dois parler à tes parents, le menaçai-je en me débattant lamentablement.
― Non s'il te plaît, ne fais pas ça.
― Dis-moi ce qui me retient au juste ! criai-je, si bien qu'il plaqua sa paume contre ma bouche pour m'intimer le silence.
― S'il te plaît Bella. Je veux juste te faire comprendre que cette situation risque d'être très embêtante. Mes parents viennent me voir régulièrement, continua-t-il en décollant lentement sa main soudée à mes lèvres.
― Régulièrement ? C'est-à-dire ? m'inquiétai-je.
― Deux fois par mois environ, éluda-t-il.
― Je n'avais pas pensé à ça, lui avouai-je rougissante alors que j'étais toujours dans ses bras.
― Je sais.
― Comment allons-nous faire ? lui demandai-je timidement.
― Nous verrons bien » conclut-il en renforçant sa prise autour de moi le plus naturellement du monde.
Quitte à jouer le jeu, je posai ma joue sur son torse et écoutai attentivement les battements rapides de son cœur qui se répercutaient en moi. Et je souris, discrètement.
J'avais retrouvé mon Edward. Celui qui me criait dessus sans arrêt, celui qui jouait avec mes nerfs. La passivité qui avait suivi l'accident s'était enfin envolée, j'en étais convaincue. Nous étions de nouveaux détestables l'un envers l'autre, et j'aimais cela. Son ignorance m'avait rongée et même si j'avais d'abord cru que cette situation était plus simple pour nous deux, je réalisais désormais que ses mesquineries étaient bien mieux. Pathétique, je l'étais sans aucun doute.
« Viens avec moi » me dit-il peu après.
Muette, je le suivis et nous intégrâmes bientôt un petit groupe de personnes. Edward salua chaleureusement ses proches et se tourna vers moi pour me présenter officiellement. Ce manège se répéta plusieurs fois et s'éternisa plus d'une heure, me faisant languir à mourir.
Aussi, lorsqu'enfin le moment de souffler les bougies arriva, je me détendis. La pièce s'assombrit une nouvelle fois et Carlisle sortit de la cuisine en portant précautionneusement le gâteau. Tout le monde se mit à chanter et je m'éloignai d'Edward afin de ne pas lui voler son moment de gloire. Mais bien étrangement, il se dépêcha de me rattraper et me tint par la taille avec fermeté pour ne plus me laisser filer. Je souris niaisement et comptai vingt-sept bougies sur la pâtisserie géante.
« Bon anniversaire ! crièrent les invités en cœur.
― Et n'oublie pas de faire un vœux » s'empressa de crier Emmett depuis l'autre bout de la salle.
Après un court instant de silence, il plongea son regard dans le mien puis souffla de toutes ses forces. Les petites flammes s'évaporèrent dans les airs.
« Félicitations !
― Vingt-sept ans, déjà.
― Place aux cadeaux !
― Venez par là » nous ordonna Esmée en nous faisant tous les deux asseoir sur le canapé le plus proche.
Mais malgré tout, je me relevai et réussis cette fois-ci à me libérer de l'étreinte de mon petit ami fictif. Je me plaçai au milieu des autres, essayant vainement de me fondre dans la foule.
« Commençons par celui-ci » lui dit bientôt sa mère en lui tendant un paquet rouge.
Il déballa une cafetière automatique très moderne et remercia longuement ceux qui lui avaient offerte. Il découvrit ensuite un parfum, des films, le jogging qu'Esmée lui avait acheté la veille, et toutes sortes de cadeaux divers. Mais lorsque sa mère lui tendit la petite boîte que j'avais moi-même empaquetée, je me reculai lentement et voulus plus que jamais disparaître dans un trou de souris.
« De la part de Bella » lui dit-elle, me faisant grimacer intérieurement.
Il croisa mon regard le temps d'une seconde mais je détournai bien vite la tête, plus gênée que jamais.
J'entendis un bruit de papier froissé et le silence. Peureuse, je me retournai tout doucement vers lui et aperçus un magnifique sourire sur son beau visage. Il se releva et vint m'enlacer sans crainte, le bijou à la main.
« Tu peux m'aider ? » me demanda-t-il en me montrant son poignet.
Sans un mot, j'attrapai la gourmette en argent que j'avais choisie et la lui attachai avec prudence, les mains tremblantes.
« Merci ma chérie » conclut-il en penchant la tête vers moi.
Sa bouche se rapprocha dangereusement de la mienne et je m'affolai. Alors, au dernier moment, j'esquivai son baiser en lui présentant la courbe de mon cou à la place. Ses lèvres humides s'écrasèrent contre ma peau brûlante et l'une de ses mains remonta mon échine nue pour venir caresser mes cheveux. Des éclairs de notre accident revinrent me hanter et je haletai bruyamment à son toucher délicat.
« Qui veut du gâteau ? » s'enquit Carlisle depuis l'extérieur afin d'attirer l'attention de tous.
Les convives se précipitèrent dehors et je soufflai un bon coup en réinstaurant une distance convenable entre Edward et moi.
« Ne t'en fais, je te rembourserai » me chuchota-t-il peu après, la voix éteinte.
Je ne lui répondis rien et acceptai avec joie la pâtisserie que Rosalie me tendait.
« Merci.
― Alors, comment vas-tu Edward ? lui demanda-t-elle.
― Comme quelqu'un qui vient de prendre un coup de vieux, rit-il.
― Vous jouez bien la comédie, ajouta Emmett qui nous avait rejoints.
― Tais-toi, le réprimanda sa femme en lui offrant une tape amicale.
― Qu'est-ce que j'ai dit ? la questionna-t-il incrédule.
― Rien, oublie. »
Nos amis disparurent peu après mais les parents d'Edward vinrent les remplacer bien vite.
« Je n'ai même pas encore eu le temps de profiter de toi, le taquina son père.
― Papa…
― J'espère que tu as eu ce que tu voulais, ajouta-t-il en parlant des cadeaux.
― Oui, ils me plaisent tous. Merci.
― Au fait, tu ne m'avais pas dit que Bella habitait avec toi maintenant. »
À ces mots, j'échangeai un regard lourd de sous-entendus avec mon compagnon.
« Je n'ai pas pu tenir ma langue Bella, j'espère que tu ne m'en veux pas, hésita Esmée en posant une main maternelle sur mon épaule.
― Non, bien sûr que non.
― Mon fils devient raisonnable, reprit Carlisle souriant. Il faudra fêter ça !
― Oui » termina Edward mal-à-l'aise.
Nous discutâmes pendant un bon moment, riant parfois de bon cœur. Et lorsque je me retrouvai de nouveau seule en compagnie d'Edward, je me crispai. Alors, j'attrapai un verre de vin pour occuper mes mains vides et immobiles.
« Quelle heure est-il ? lui demandai-je à tout hasard.
― Bientôt une heure du matin » m'apprit-il en faisant un pas vers moi.
Il se racla la gorge et s'approcha encore de moi.
« Tu sais, je n'ai… commença-t-il perdu.
― Au revoir Edward » nous partons, le coupa l'un de ses proches en lui faisant la bise.
Il fut soudain accaparé par plusieurs personnes que je saluai guère après lui. La foule s'amoindrit progressivement. Alice et Jasper quittèrent la villa près de dix minutes plus tard tout comme Rosalie et Emmett. Ses cousins en firent de même et, pour ne pas rester pantoise, je commençai à ranger la pièce.
Ce ne fut que lorsqu'Esmée m'interrompit que je réalisai qu'il ne restait plus qu'Edward et ses parents dans la salle.
« Je crois que je vais y aller moi aussi, leur dis-je timidement.
― D'où sors-tu cette ânerie ? Tu dors ici bien évidemment, me contra Madame Cullen toujours radieuse.
― Mais je n'ai aucun rechange pour la nuit, paniquai-je à l'idée de dormir dans la même pièce que mon coéquipier.
― Ne dis pas de bêtise, ajouta Edward le sourire aux lèvres. Tu sais très bien que ce n'est pas un problème. »
Sa dernière phrase trotta dans mon esprit pendant quelques secondes et mon esprit tordu reprit le dessus.
« Il faut ranger tout ce bazar, tentai-je afin de changer de sujet.
― Ne t'en fais pas, nous nettoierons la maison demain, me rassura Esmée. Allez vous coucher. »
N'ayant pas le choix, je suivis Edward à l'étage et nous longeâmes le long couloir que j'apercevais pour la deuxième fois. Mais cette fois-ci, j'eus le privilège d'entrer dans la chambre d'Edward.
« Voilà » dit-il après avoir refermé la porte dernière nous.
Il s'agissait d'une pièce de taille moyenne qui comprenait un lit double, un bureau, plusieurs étages et une grande armoire. Comme me l'avait déjà dit Esmée, le vert dominait. Une porte-fenêtre donnait accès sur un petit balcon richement fleuri.
Je contemplai les lieux muette et la réalité revint s'imposer à moi dès lors que je posai mes yeux sur Edward.
« Tu es complètement fou ! Pourquoi est-ce tu ne leur a pas dit que je préférais dormir chez moi ? le questionnai-je haut et fort en m'agitant nerveusement.
― Heureusement que la pièce est insonorisé, maugréa-t-il.
― Réponds-moi ! m'impatientai-je.
― Nous sommes censés habiter ensemble maintenant. Ils auraient trouvé étrange le fait que tu rentres à l'appartement sans moi » me fit-il réaliser.
Je pestai silencieusement et me rapprochai du balcon, découvrant alors une piscine entourée d'arbres et de fleurs, invisible depuis l'autre côté de la maison. Cependant, je ne fis aucun commentaire même si je rêvais depuis toujours de posséder ma propre piscine.
« Et maintenant ? » repris-je plus calmement.
Il ouvrit son placard et me tendit bientôt un tee-shirt tout simple ainsi qu'un boxer relativement ample.
« Je n'ai que ça, alors…
― Où se trouve la salle de bains ? le coupai-je impoliment.
― Suis-moi. »
Nous retrouvâmes le corridor et il poussa la porte voisine afin de me faire découvrir un petit espace bleu qui comprenait une douche, un lavabo et des toilettes.
« C'est ma salle de bains privée, me dit-il.
― D'accord. Je… Je reviens. »
Je m'enfermai à double tour et me déshabillai malhabilement tout en m'agrippant à la poignée de la porte. Une fois nue, j'enfilai les vêtements d'Edward et pliai soigneusement ma robe. Je me postai face au miroir et décidai de ne pas en faire plus. Sans démaquillant ni brosse à dents, je ne risquais pas d'aller loin.
Je retournai dans la chambre à pas de velours et découvris Edward torse nu, uniquement vêtu d'un vulgaire pantalon de coton. Je me raclai la gorge pour lui signifier ma présence pendant qu'il fouillait dans son armoire.
« J'ai fini » lui dis-je niaisement, angoissée, stressée et complètement déboussolée.
Une chose était sûre, il était toujours aussi beau et mon corps le réclamait. Mais je n'étais certainement pas prête à refaire la même erreur. Nous étions deux adultes faits pour se détester, pas pour se chercher.
Il enfila un tee-shirt semblable au mien et me rejoignit près de son bureau.
« Tu peux prendre mon lit, murmura-t-il après un long silence.
― Et toi ? »
Il me désigna le sol à l'aide de son index.
« D'accord » acceptai-je gênée.
Je le regardai étaler une couverture par terre et prendre un coussin. Il remarqua mon inactivité et reporta son attention sur moi.
« Quoi ?
― Rien. »
Ni une ni deux, je m'approchai de son grand lit et m'assit dessus avec délicatesse. Après avoir médité un instant, je me glissai sous la couette unie et enfonçai ma tête dans l'oreiller.
Une odeur incroyable s'empara de moi et je fermai les yeux pour mieux aspirer ce parfum si subtil. Je serrai les poings et promenai mon nez sur le tissu clair afin de m'en imprégner.
« Bonne nuit, me souhaita Edward en s'allongeant près de moi, à même le sol.
― Bonne nuit » conclus-je même si je n'avais pas du tout envie de dormir.
Je tournai plusieurs fois afin de trouver une position convenable, en vain.
« Arrête de bouger ! » chuchota le propriétaire de la chambre visiblement agacé.
Je soufflai d'exaspération et rabaissai la couette qui me tenait trop chaud. Pourtant, il ne devait pas faire plus de vingt degrés dans la pièce…
« Tu le fais exprès ? » s'enquit-il en se relevant légèrement.
Je m'appuyai sur mon coude et me penchai pour l'apercevoir plus facilement.
« Je ne fais rien ! plaidai-je en agitant la tête, si bien que mes cheveux longs rencontrèrent son visage.
― Quel culot ! pesta-t-il en repoussant délicatement ma chevelure.
― J'ai besoin de prendre mes marques, me justifiai-je.
― Si mon lit ne te convient pas, je peux toujours te céder ma place, répliqua-t-il fier de lui.
― Non merci. Bonne nuit, terminai-je en me réinstallant du mieux possible.
― Fais de beaux rêves.
― Toi aussi. À demain.
― J'espère que tu n'es pas somnambule, relança-t-il la conversation.
― Pas que je sache. Mais par contre, je parle.
― Tu parles ? Comment ça tu parles ?
― Je parle en dormant.
― Quoi ? Misère, je vais passer une nuit blanche, se plaignit-il.
― Mais ça n'arrive pas toujours.
― Dans ce cas, espérons que tu restes silencieuse cette nuit.
― J'essaierai, tentai-je.
― Bonne nuit.
― Et toi ? Est-ce que tu ronfles ?
― Bien sûr que non !
― Comment peux-tu le savoir ? lui demandai-je curieuse.
― Je le sais, voilà tout. Et pourquoi est-ce que tu me demandes cela si tu ne me crois pas ?
― D'accord, je te crois, abdiquai-je.
― Bonne nuit.
― Oui, bonne nuit. »
Le silence se réinstalla entre nous et je fermai les yeux. Cependant, je ne pus m'empêcher d'ajouter deux mots pour clôturer cette journée.
« Bon anniversaire.
― Merci. »
•
Le lendemain matin, je me réveillai le sourire aux lèvres en ressentant une douce chaleur au niveau de mon bas ventre. Quelque chose de dur était agréablement pressée contre mon pubis et, inconsciemment, je remuai les hanches pour satisfaire mes envies en gémissant tout bas.
Encore nauséeuse, j'inspirai profondément et agrippai plus fermement l'oreiller étrangement musclé. Essayant de rassembler mes esprits au plus vite, je tentai de me décaler sur le côté mais une poigne ferme m'obligea à rester immobile. Un grognement résonna dans la chambre et je me décidai enfin à ouvrir les yeux.
J'étais plaquée contre Edward qui dormait toujours, les deux mains sur ma taille. La chose dure et longue qui frictionnait mon entrejambe n'était autre que son sexe en érection et cela avait le don de m'exciter de manière étrange.
Cependant, alors que j'étais prête à feinter le sommeil pour profiter encore un peu de son corps viril, il remua et ouvrit tout doucement les paupières. Paniquée, je poussai un cri et nous bondîmes hors du lit au même instant.
Debout de part et d'autre de sa couchette, nous nous dévisageâmes sans complexe et je me décidai enfin à parler.
« Que fais-tu dans ton lit ?
― J'avais mal au dos, me répondit-il nerveux.
― Et pourquoi est-ce que… Pourquoi est-ce que tu me collais ? repris-je faussement agacée.
― Quoi ? Je te signale que tu es venue m'agripper en pleine nuit ! s'emporta-t-il.
― J'ai dû te prendre pour un coussin ! m'exclamai-je tout en réalisant que mon excuse ne tenait pas la route.
― Un coussin ? Un coussin avec… »
La fin de sa phrase mourut au fond de sa gorge et il pesta d'une voix basse en attrapant la couverture qui se trouvait à ses pieds. Il la plia maladroitement et alla la ranger au fond de son armoire comme pour se distraire.
« Est-ce que tes parents sont déjà levés ?
― Mon père a déjà dû partir. »
Les gargouillements de mon ventre vinrent me rappeler à l'ordre et, quelque peu embarrassée, je fis mine de chercher mon sac.
« Allons manger » me dit-il peu après.
Ne trouvant rien à redire, je le suivis jusqu'au rez-de-chaussée visiblement désert. Je m'assis dans la cuisine et le regardai s'activer aux fourneaux.
« Qu'est-ce que tu veux ?
― La même chose que toi, lui annonçai-je afin de lui éviter d'en faire trop.
― Des œufs avec du bacon ?
― Oui.
― D'accord. »
J'attrapai deux verres et les remplis de jus d'orange pendant qu'il préparait notre petit déjeuner. Je déposai deux assiettes sur la table et cherchai ensuite les couverts.
« Ici » m'indiqua-t-il en ouvrant le tiroir le plus proche de lui.
Je me postai à sa droite et tendis prudemment la main pour attrapai deux fourchettes sans le heurter. Une fois ma mission accomplie, je retrouvai ma place.
« Voilà, conclut-il en remplissant nos assiettes.
― Merci. »
Il s'installa face à moi et se mit à manger sans attendre.
« Bon appétit » lui souhaitai-je.
La bouche pleine, il me gratifia du regard. J'attaquai moi aussi la dégustation de mon plat en silence, le trouvant délicieux.
Après avoir avalé la dernière bouchée, je me relevai et déposai mon couvert dans l'évier. Sans attendre Edward, je filai dans le salon et soufflai de découragement en apercevant tant de désordre. Et lorsque je posai le pied dehors pour prendre l'air, je réalisai que le jardin était pire. Mes instincts reprirent le dessus et je commençai à ramasser tous les gobelets en plastique qui traînaient par terre.
Voilà comment je découvris où se trouvait le passage menant à la piscine que j'avais aperçue la veille. Curieuse, je franchis un petit amas de buissons et allai me mettre près du bord afin d'admirer l'eau claire et limpide. Ne pouvant résister à la tentation, je retirai mes claquettes.
« Fais attention, elle est profonde de ce côté-là » me déstabilisa tout à coup une voix masculine que je connaissais par cœur.
Effrayée, je perdis l'équilibre et agrippai instinctivement le tee-shirt de mon ami pour ne pas tomber. Pris par surprise, il vacilla à son tour et nous tombâmes dans la piscine quelques secondes plus tard.
Je bus la tasse et mis un certain temps à remonter à la surface. N'ayant pas pied, je me débattis un moment tout en cherchant une prise quelconque afin de garder la tête hors de l'eau. Aussi, lorsque Edward m'attrapa en passant un bras sous mes genoux et l'autre sous mon cou, je n'hésitai pas à le serrer fort pour me sentir en sécurité.
Je toussai plusieurs fois puis tournai la tête vers lui, rencontrant son regard noir.
« Bravo, commença-t-il grincheux.
― Regarde ce que tu viens de faire ! criai-je en renforçant ma prise autour de lui.
― Je n'ai rien fait.
― Tu m'as poussée, inventai-je pour me défendre.
― Tu délires ! Tu m'as entraîné dans ta chute, continua-t-il.
― Tu m'as fait peur, je ne t'avais pas entendu arriver » lui avouai-je plus calmement.
Il mordit l'intérieur de sa joue puis nagea doucement vers l'échelle la plus proche en gardant un bras autour de ma taille.
« Monte » m'ordonna-t-il bientôt.
Je m'exécutai tremblante de froid et glissai sur le deuxième barreau. Edward plaqua sa paume contre ma fesse droite pour me retenir mais je préférai ignorer ce geste.
« Fais attention » me réprimanda-t-il gêné.
Une fois hors de l'eau, je me tournai vers lui pour le regarder sortir à son tour. Et ma respiration devint erratique lorsque j'aperçus ses formes masculines à travers ses vêtements trempés. Il s'immobilisa face à moi et lui aussi m'observa attentivement. Alors, je jetai un coup d'œil à ma personne pour m'assurer que tout allait bien. Je réalisai bien vite que ma poitrine était visible à travers l'humidité du vêtement et pour parfaire le tout, mes mamelons étaient fièrement dressés.
« Ne regarde pas » paniquai-je en empaumant mes seins.
Je regagnai l'intérieur de la villa à grandes enjambées, talonnée de près par Edward. Après avoir retrouvé sa chambre, je m'emparai de mon sac en vitesse et dénichai mes habits de la veille que j'entortillai autour de moi.
« Est-ce que je peux me doucher ? » demandai-je nerveusement à Edward qui venait de refermer la porte derrière lui.
Il resta silencieux et se reprocha de moi tel un félin en chasse. Je me reculai d'un pas et butai contre son armoire. Il tendit la main dans ma direction et ses doigts froids longèrent mon bras nu et humide.
Son pouce glissa sur mon décolleté et il défit le misérable nœud que je venais de faire avec ma veste pour cacher ma poitrine. Mon vêtement tomba au sol et je retrouvai bien vite mon embarras alors qu'il fixait mes formes visibles à travers le tee-shirt.
Plusieurs frissons parcoururent mon échine et je l'entendis déglutir difficilement. Ma tête se mit à bourdonner.
Il promena sa paume près de ma clavicule et je poussai un soupir lorsque son index frôla mon sein. Il s'appliqua à caresser ma poitrine et se mordit la lèvre en pinçant mon mamelon.
Puis je me rappelai de notre éloignement qui avait suivi notre première fois. Alors, je pris mon courage à deux mains et le repoussai d'un coup sec, l'obligeant à s'éloigner de moi. Ni une ni deux, j'allai me réfugier dans la salle de bains.
Encore déboussolée, je mis un certain temps à me glisser dans la cabine de douche. Je me lavai rapidement en utilisant le savon d'Edward et me rinçai à l'eau fraîche tout en songeant à ce nouveau dérapage qui venait d'avoir lieu. Je décidai de faire comme si rien ne s'était passé, pour ma santé mentale. Mouillée et frissonnante, j'attrapai une serviette propre posée sur l'étagère la plus proche et me séchai énergiquement.
De retour dans la pièce attenante, je ne trouvai personne ce qui m'enleva une épine du pied. Au rez-de-chaussée, je croisai Esmée pour la première fois de la journée. Elle avait déjà attaqué le ménage, vêtue d'une blouse bleue.
« Bonjour Bella, comment vas-tu ?
― Bien et toi ?
― Toujours. Est-ce que vous avez bien dormi ? me demanda-t-elle.
― Oui. D'ailleurs, où est Edward ? la questionnai-je à tout hasard.
― Il est en train de se laver dans l'autre salle de bains. Tu utilisais la sienne donc…
― D'accord. Je vais t'aider » terminai-je en attrapant un grand sac poubelle.
Je ramassai les déchets qui traînaient par ci par là puis m'appliquer à replacer chaque objet à sa place.
« Bonjour maman. »
À ces mots, je me retournai vers Esmée qui était en train de saluer son fils. J'inspirai profondément en le voyant venir vers moi. À en juger son comportement, il opta lui aussi pour la solution de facilité en préférant ne pas reparler de notre égarement et j'en fus soulagée. Il se mit à la tâche et vers onze heures, la maison retrouva enfin une apparence convenable.
« Cette fois-ci, je vais vraiment rentrer, dis-je en me lavant les mains.
― Je te retrouve ce soir, ajouta Edward en prenant son rôle de petit ami très au sérieux.
― Oui.
― Tu es sûre que tu ne veux pas rester avec nous pour déjeuner ? s'enquit Esmée.
― Une amie m'attend, mentis-je.
― D'accord.
― Merci pour tout, la remerciai-je.
― Merci à toi Bella, tu es la bienvenue, me répondit-elle. Nous allons te raccompagner jusqu'à ta voiture, conclut-elle décidée.
― Inutile, paniquai-je, sachant pertinemment que deux amoureux étaient censés s'embrasser pour se dire au revoir.
― Reste à l'intérieur maman, insista Edward.
― Voyons, je peux bien marcher deux secondes. Venez. »
Elle saisit un petit gilet afin de recouvrir ses épaules. Edward et moi échangeâmes un regard inquiet.
Une fois dehors, je saluai Esmée et elle n'hésita pas à me serrer contre elle. Edward l'imita peu après. Il souda son front au mien et me contempla en silence.
« À ce soir » me dit-il pour paraître crédible auprès de sa mère qui nous regardait.
Sans plus attendre, ses lèvres s'écrasèrent contre les miennes et je fermai les yeux tandis que mon cœur s'emballait. Ce chaste baiser ne s'éternisa pas et je grimpai dans ma voiture chancelante. Je leur souris une dernière fois et démarrai enfin.
Durant tout le trajet, une question bien particulière revint sans cesse me hanter. Une question sans réponse…
Pourquoi avais-je eu envie de prolonger ce baiser ?
