Les Caprices du cœur
La haine se nourrit de peur et d'amour
Chapitre 13
J'arrivai la dernière dans la salle de réunion où Emmett, Alice et Edward m'attendaient sagement pour discuter d'un projet commun.
« Excusez-moi, leur dis-je en jetant un coup d'œil à ma montre.
― Nous venons juste d'arriver, me rassura mon amie tandis que je prenais place à sa droite.
― Madame Barnes nous a appelés ce matin, enchaîna mon coéquipier sans attendre. Nous devons faire une analyse complète de son portefeuille.
― Des placements ? m'enquis-je en feuilletant grossièrement le dossier de notre cliente.
― Une assurance vie et deux livrets d'épargne bien remplis » me répondit Emmett.
Sur ces mots, nous entâmes notre travail sans tarder en essayant de mettre en ordre les éléments que nous possédions. Tout se déroula comme prévu, ou presque…
« Les quarante mille livres qui se baladent sur son compte courant ne servent à rien, remarqua Edward.
― Elle a peut-être besoin de payer les réparations de sa maison, suggéra Alice.
― Elle veut sans doute acheter une voiture à son mari, rigola Emmett.
― Non, c'est complètement absurde.
― Je pense plutôt qu'elle ne sait pas où les mettre, complétai-je. Nous pourrions sans doute lui proposer de compléter son livret…
― Elle doit les placer en bourse, me coupa sèchement Edward en me jetant un regard noir.
― Ta proposition ne tient pas debout, repris-je sur le même ton.
― Et pourquoi ? me demanda-t-il vexé.
― Nous savons tous que nous sommes en crise, les taux n'arrêtent pas de chuter, lui rappelai-je. Et cette femme ne s'est certainement jamais intéressée à la bourse.
― Il faut une première fois à tout, me contra-t-il.
― Non, c'est bien trop risqué.
― Mais il faut savoir prendre des risques dans la vie ! » s'exclama-t-il énervé.
Je remarquai seulement à ce moment-là que nos amis nous dévisageaient étrangement.
« Vous avez tous les deux raison, trancha Emmett.
― Non, il a tort et ne veut pas l'admettre ! ajoutai-je en ruminant intérieurement.
― Tu as tort, me corrigea Edward en me pointant du doigt.
― Arrête ! m'emportai-je, cherchant à lui clouer le bec une bonne fois pour toutes.
― Non !
― Calmez-vous, tenta Alice.
― Tu m'énerves, dis-je à Edward d'un ton plus calme.
― Toi aussi.
― Stop ! cria Emmett, obligeant tout le monde à se taire. Vous ressemblez à deux ados en manque de sexe ! »
À cette remarque, j'avalai ma salive de travers et baissai la tête afin de fixer mes mains moites.
« Je suis bien d'accord, renchérit Alice. Bella, tu dois absolument revoir Bob » compléta-t-elle.
J'ouvris les yeux en grand et me sentis rougir la seconde suivante.
« Qui est Bob ? la questionna Emmett avec curiosité en levant un sourcil.
― Je ne le connais pas. Bella et lui ont eu une aventure d'un soir…
― Alice ! la coupai-je honteuse. Tais-toi, cela ne regarde personne.
― Ils ne le connaissent pas, ne t'en fais pas, me rassura-t-elle naïve. Tu as le droit de te faire plaisir, continua-t-elle sans se rendre compte de la conséquence de ses paroles.
― Il n'y a aucune honte à cela » s'esclaffa Emmett en m'offrant une légère tape sur l'épaule.
J'eus envie de disparaître sous la table tant mon embarras était de taille. Mais le pire survint ensuite, lorsque ce que je croyais impossible arriva.
« Une aventure d'un soir ? reprit Edward qui n'avait plus parlé depuis plusieurs minutes.
― Oui, il y a deux semaines je crois. Un vendredi, non ? » m'interrogea Alice.
Le visage d'Edward se détendit tout à coup et une lueur de lucidité traversa son regard. Il déglutit difficilement et je compris sans peine qu'il venait de réaliser que Bob et lui ne formaient qu'une seule et même personne.
« Arrêtons de parler de ma vie privée, conclus-je d'un ton sans appel.
― Est-ce qu'il t'a contactée depuis la dernière fois ? reprit Alice comme si de rien n'était.
― Non, mais je m'en fiche complètement, insistai-je en regardant le principal intéressé droit dans les yeux.
― Pourtant tu as eu l'air d'apprécier, me fit remarquer Edward.
― Comment peux-tu le savoir ? s'enquit Emmett perdu.
― Je… Elle m'a raconté, inventa-t-il. Où en étions-nous ? »
Notre petite réunion s'acheva en fin d'après-midi. Chacun de nous retrouva son bureau et je décidai de rester là encore quelques heures afin de prendre un peu d'avance sur mon travail. Le soir venu, je rassemblai mes affaires en vitesse et longeai le couloir. J'appelai l'ascenseur qui avait été réparé durant la matinée et attendis patiemment que les portes s'ouvrissent.
« Il était temps » souffla une voix masculine derrière moi.
Je pivotai d'un quart de tour pour apercevoir Edward, immobile, sa veste sur le dos.
« Il était temps que l'ascenseur remarche » répéta-t-il devant ma mine renfrognée.
J'acquiesçai et m'engouffrai dans la cage malheureusement vide. Il me suivit de près et appuya sur le bouton censé nous amener au sous-sol. Les premières secondes de notre tête à tête furent silencieuses. Puis une secousse relativement violente me fit perdre l'équilibre et je m'écrasai contre le miroir latéral, manquant de tomber par terre.
« Qu'est-ce qui se passe ? m'enquis-je agacée.
― Aucune idée. »
L'ascenseur stoppa sa descente et je me tournai paniquée vers Edward qui fixait le plafond avec attention.
« Fais quelque chose ! » m'exclamai-je perdue.
Il ne répondit rien. J'appuyai sur tous les boutons disponibles, cherchant une issue.
« Arrête ! » s'exclama-t-il.
Suite à cela, la lumière s'éteignit brusquement et le rouge pâle provenant de la borne de secours envahit le petit espace cloisonné dans lequel nous nous trouvions.
« Ne me dis pas que… commençai-je.
― Si » me coupa-t-il en s'emparant de son cellulaire.
Affolée, je me rapprochai des portes métalliques et tapai dessus avec acharnement, hurlant toujours plus fort.
« Je n'ai pas de réseau. Et toi ? »
Je me dépêchai de trouver mon téléphone.
« Plus de batterie, lui appris-je désespérée en essayant vainement d'allumer mon mobile.
― MERDE ! » cria-t-il en donnant un coup de pied dans le mur.
J'appuyai une fois de plus sur l'alarme de l'ascenseur et attendis impatiente un signe quelconque, mais rien ne se produisit. L'interphone resta silencieux.
« Je n'y crois pas, pestai-je en tambourinant de nouveau contre les portes en fer.
― Inutile de taper comme une folle, il n'y a plus personne, me résonna-t-il d'un ton sec et autoritaire. Il est déjà tard.
― Qu'est-ce que tu en sais ? » lui demandai-je en stoppant tout mouvement.
Il souffla d'exaspération et s'adossa contre le miroir, les yeux rivés sur moi.
« Nous ne pouvons pas rester là sans rien faire, lui dis-je nerveuse.
― Propose une idée puisque tu es si forte.
― Je n'ai pas d'idée !
― Alors tais-toi ! »
Je le fusillai du regard et m'appuyai moi aussi contre un pan de mur.
« Bob » souffla-t-il après un long silence.
Je l'ignorai et reportai mon attention sur l'une des bretelles de ma robe qui glissait lentement.
« Je croyais que cela devait rester entre nous.
― De quoi parles-tu ? » lui demandai-je l'air de rien.
Ma phrase eut le don d'attiser sa colère et je le regrettai bien vite.
« Tu sais très bien de quoi je veux parler !
― Personne n'est au courant pour nous deux alors arrête de me crier dessus !
― Je ne suis pas le seul à crier, reprit-il plus doucement.
― Je veux juste que tu me laisses en paix, lui expliquai-je la gorge nouée.
― Pourquoi ?
― Parce que. »
Je baissai la tête tristement en fixant la pointe de mes chaussures. Edward fit un pas dans ma direction puis un autre pour finalement se retrouver à quelques centimètres de moi.
« Je n'y arrive pas » murmura-t-il désemparé.
Je levai prudemment le nez vers lui et le fixai avec insistance.
« Je repense à notre accident sans arrêt, m'avoua-t-il. Dès que je te vois.
― Nous devons oublier…
― Mais je n'ai pas envie d'oublier ! » me contra-t-il sèchement.
Une main tremblante vint se poser sur ma taille et j'entendis sa respiration s'affoler. Je déglutis bruyamment, n'osant plus bouger.
« Et j'ai même envie de recommencer » m'avoua-t-il d'une voix à peine audible.
Tous mes sens s'éveillèrent en une fraction de seconde et je mordis ma lèvre inférieure afin de ne pas lui sauter au cou.
Je ne devais pas refaire la même erreur, stupide et irréfléchie. Edward m'avait utilisée. Il ne voulait rien de plus que du sexe. Je n'aimais pas ce genre de relation.
« Arrête » l'avertis-je donc lorsque son visage se pencha vers le mien.
Têtu, il embrassa bientôt ma joue.
« Edward, s'il te plaît, arrête » le suppliai-je avant qu'il ne fût trop tard.
Mais je savais déjà que ma carapace avait fondu.
Ses lèvres chaudes caressèrent ma peau avec délicatesse et vinrent s'écraser contre les miennes. D'abord inerte, je le laissai faire sans bouger. Sa langue humidifia timidement le pourtour de ma bouche et j'inhalai son odeur avec urgence. N'ayant plus la force de le repousser, j'abdiquai lâchement et répondis à son échange sans attendre plus longtemps.
À partir de là, tout s'enchaîna très vite.
Je plaquai brutalement mes deux mains contre son torse et commençai déjà à déboutonner sa chemise, ayant besoin de sentir sa peau sous mes doigts. Il longea mon échine et vint trouver la fermeture éclair de ma robe. Celle-ci atterrit par terre peu après et Edward me contempla des pieds et la tête avec adoration. Mes joues prirent une teinte rosée mais il ne remarqua rien puisque la pièce elle-même était emplie de rouge.
J'ouvris sa braguette en vitesse et fis disparaître son pantalon au plus vite. Je jetai moi aussi un regard intéressé vers son entrejambe et me léchai les babines en apercevant la toile tendue de son boxer.
Pratiquement nus l'un en face de l'autre, nos mains redécouvrirent le corps de l'autre et je gémis sourdement au moment où il empauma mes seins.
Je me frottais contre lui avec plus de conviction et il me serrait toujours plus fort. Je chérissais chaque parcelle de son corps, il haletait bruyamment en m'embrassant sans arrêt. Je retrouvais enfin celui qui faisait battre mon plus cœur plus vite, celui qui savait décrypter mes gestes, mes pensées. Pour la deuxième fois, je me sentais vivante.
N'y tenant plus, mes doigts s'immiscèrent sous l'ourlet de son boxer et j'attrapai son pénis afin de le cajoler avec attention. Je titillai son gland humide et l'entendis grogner près de mon oreille. Je commençai à le masturber lentement en faisant glisser ma main sur son membre dur et long.
À son tour, il glissa sa paume sous ma culotte et commença à toucher mon clitoris gonflé. Suffocante, j'accélérai le rythme et deux de ses doigts me pénétrèrent violemment.
Moins d'une seconde après, je m'appuyai contre le mur, enroulai mes jambes autour de lui et présentai son sexe à mon entrée. Il s'enfonça en moi durement mais en ressortit tout aussi vite comme électrocuté par la foudre. Je l'interrogeai du regard, ne comprenant pas.
« Capote, me dit-il simplement, ne voulant pas rompre la magie du moment.
― Pilule » lui répondis-je de la même manière.
Il reprit son avancée de plus belle et je poussai un cri de soulagement lorsqu'il fut entièrement en moi.
Ses allers retours étaient lents mais vertigineux et sa peau douce se frottait contre la mienne avec sensualité. Il nous faisait languir et cela me rendait dingue. Je me cramponnais à ses épaules et il me maintenait contre lui à l'aide de ses mains placées sous mes fesses. Sa bouche virevoltait autour de moi, suçant tour à tour mes mamelons tendus.
Il accéléra la cadence bien après, ses mouvements de hanches devenant presque violents. Son pouce vint caresser mon bouton de plaisir et je ne résistai pas longtemps. Les muscles de mon intimité se contractèrent, je me mis à trembler sèchement et l'orgasme me terrassa. Il exerça quelques coups de butoir en moi et jouit lui aussi.
Comme la première fois, il resta en moi encore un moment, appréciant sans doute la douceur de mon sexe autour du sien. Comme la première fois, la culpabilité me submergea et j'eus envie de courir loin. Mais cette fois-ci, je fus bien obligée de rester près de lui.
Nous nous rhabillâmes à la vitesse de l'éclair et j'allai m'asseoir dans un coin. Il s'installa face à moi et fit semblant de chercher quelque chose à l'intérieur de sa veste.
« Je… » commençai-je.
Le grésillement de l'interphone m'empêcha d'en dire plus et nous reportâmes notre attention sur le dit objet. Une voix féminine nous parvint et Edward s'empressa de lui expliquer la situation.
« Très bien, les secours vont arriver, conclut-elle bientôt.
― Merci. »
La liaison fut coupée et Edward reprit place au sol.
« Ils vont arriver, me prévint-il d'une voix neutre.
― Oui, j'ai entendu. »
J'attrapai mon sac à main et fouillai à l'intérieur afin d'occuper mes mains. J'attrapai mon mobile et constatai non sans surprise qu'il ne s'était pas rallumé tout seul.
« Tu sais, je… » hésita Edward.
Je relevai la tête pour observer son visage.
« Nous n'aurions pas dû recommencer, acheva-t-il finalement, visiblement déçu de sa propre réaction. J'ai perdu le contrôle.
― Moi aussi, ajoutai-je gênée. Alors, n'en parlons plus.
― N'en parlons plus » termina-t-il pensif.
Les dépanneurs arrivèrent dix minutes après notre brève conversation et nous rejoignîmes enfin le parking souterrain de l'établissement. Nous nous séparâmes sans un mot et j'arrivai chez moi en pleur…
Je ne voulais pas revivre tout ce qui avait suivi notre première fois. L'ignorance d'Edward m'avait fait beaucoup de mal, les conversations neutres et posées ne nous correspondaient pas. Non, je voulais me chamailler encore et encore avec l'homme arrogant qu'il était. Inconsciemment, cette routine était devenue une drogue. J'aimais cela de façon déraisonnable.
Et j'aimais plus encore passer du temps avec lui. Sa présence, bien qu'insupportable, faisait battre mon cœur plus vite.
•
Après avoir réfléchi toute une nuit, ce fut complètement déboussolée que j'arrivai au travail. Bien décidée à ne pas refaire les mêmes erreurs qu'auparavant, j'inspirai profondément et allai directement taper à la porte de mon coéquipier pour ne pas lui laisser la possibilité de m'ignorer. J'entrai sans attendre sa permission et ce que je vis me glaça le sang.
Victoria était en train de masser Edward qui était confortablement installé dans son fauteuil, chemise ouverte.
Une lame aiguisée me transperça de part en part et je fermai les yeux pour retrouver mes esprits. Même si je savais depuis tout temps qu'Edward aimait papillonner à droite à gauche, cela me déplut totalement qu'il le fisse le lendemain de notre second dérapage.
« Bonjour ! m'exclamai-je comme si de rien n'était tandis qu'il repousser vivement la secrétaire. Comment vas-tu Victoria ?
― Bien et toi ?
― Super, j'ai une pêche d'enfer, mentis-je. Et toi Edward ? continuai-je en essayant de paraître la plus détachée possible.
― Aussi.
― Parfait, à tout à l'heure » clôturai-je, ne sachant plus que dire.
Je refermai la porte et soufflai un bon coup pour finalement m'engouffrer à l'intérieur de mon bureau. Nerveuse, je jetai violemment mon sac par terre et ouvris les volets bruyamment.
« Bella. »
Je sursautai en entendant la voix d'Edward derrière moi.
« Je t'ai déjà dit de taper avant d'entrer ! m'énervai-je.
― Je sais.
― Qu'est-ce que tu veux ? repris-je tout en me tournant vers lui.
― Nouvelle étude, ajouta-t-il en me tendant un dossier rouge. Tout doit être terminé demain.
― Merveilleux, pestai-je tout bas. Tu n'as pas honte ! m'exclamai-je moins d'une demi seconde après, ayant tout à coup besoin d'extérioriser ma frustration.
― De quoi ? me demanda-t-il surpris.
― De te permettre de ne pas mettre de capote alors que tu traînes avec n'importe qui ! m'emportai-je, ne pouvant garder ce genre de pensées pour moi.
― Je ne traîne pas avec n'importe qui !
― Tanya, Victoria ! Et j'en passe !
― Il y a longtemps que je ne touche plus à Tanya, et Victoria n'est pas du tout mon style ! vociféra-t-il.
― N'essaie pas de mentir ! répliquai-je. Tu étais en train de te faire tripoter par cette…
― Elle était juste en train de me masser. J'ai le dos en compote, m'expliqua-t-il.
― Menteur !
― Je ne mens pas. Et je te signale que tu étais consentante pour continuer sans capote ! » me rappela-t-il.
Je me tus, en repensant à la veille. Notre emportement m'avait fait oublier les bonnes manières.
« Je…
― Je peux te retourner le problème, me coupa-t-il sèchement en tapant du poing sur le mur. Qui me dit que tu ne t'es pas envoyée en l'air lundi soir ? Ou mardi soir ?
― Ce n'est pas le cas, espèce de… tentai-je en attrapant son bras pour lui faire mal.
― Alors admets que ce ne soit pas le cas pour moi non plus » plaida-t-il en se libérant de ma poigne avec brutalité.
Nous nous toisâmes durant plusieurs secondes puis il se dirigea vers la sortie à grands pas.
« Pour ta gouverne, je n'ai couché avec personne durant les trois derniers mois. Mis-à-part avec toi » conclut-il en colère.
Il claqua la porte avec fureur et je m'autorisai enfin à respirer normalement. Mais mon vilain caractère refit surface très vite et, n'aimant pas ce renversement de situation, je retournai dans son bureau d'un air furibond.
« Pour ta gouverne, je n'ai couché avec personne durant les douze derniers mois ! lui avouai-je désarmée. Seulement avec toi. »
Et cette fois-ci, ce fut à mon tour de déguerpir en vitesse. Il me suivit mais je le repoussai, en vain.
« Nous sommes quittes, me dit-il en m'empêchant de faire un pas de plus. D'ailleurs, nous ne devions plus parler de…
― C'est toi qui a commencé !
― Non, c'est toi Bella, me rectifia-t-il.
― Peu importe, abdiquai-je alors qu'il me lâchait enfin. Comment vont tes parents ? lui demandai-je à tout hasard pour changer de sujet de conversation.
― Comme toujours je suppose.
― D'accord. »
Je triturai mes mains un instant et constatai que les premiers boutons de sa chemise étaient toujours défaits.
« Pourquoi est-ce que tu as mal au dos ? le questionnai-je gênée et curieuse.
― J'ai mal dormi, m'avoua-t-il tout aussi embarrassé que moi.
― Te faire masser par n'importe qui n'arrangera pas ton problème ! m'exclamai-je, haïssant plus que jamais notre nouvelle secrétaire.
― Elle au moins s'occupe de moi, répliqua-t-il d'un ton bas en tournant la tête sur le côté.
― Si c'est pour te faire plus de mal, je ne vois pas l'intérêt.
― Qui te dit qu'elle ne m'a pas fait du bien ?
― Est-ce que c'est le cas ? m'inquiétai-je sans raison, ne voulant pas admettre que Victoria pouvait avoir des qualités.
― Non.
― Je le savais, soufflai-je. Laisse-moi faire, ajoutai-je perdue, voulant lui faire comprendre que mes mains n'avaient rien de comparable.
― Qu'est-ce que je suis censé te laisser faire au juste ? s'enquit-il avec hésitation, une lueur d'espoir traversant ses yeux clairs.
― Assis-toi » chuchotai-je en lui désignant mon fauteuil du doigt.
Il avala sa salive avec difficulté et prit place sur mon siège en cuir. Je croisai son regard interrogateur mais n'en tins pas compte. J'allai me poster derrière lui et ma respiration redevint erratique lorsque je réalisai ce que je m'apprêtais à faire.
D'un mouvement lent et malhabile, je me penchai vers lui et posai ma main sur son torse. Il tressaillit et j'en fis de même, incapable de refréner les battements de mon cœur. Mon index s'immisça sous sa chemise et je déboutonnai quelques boutons de plus en tremblant. Calmement, je fis glisser son vêtement sur ses épaules et dévoilai ses omoplates bien dessinées.
« Est-ce que tu peux te reculer un peu ? » murmurai-je, le souffle court.
Il hocha la tête et s'exécuta. J'inspirai profondément et plaquai mes paumes contre sa peau chaude. Il frissonna, je les retirai immédiatement.
« Pardon, j'ai les mains froides.
― Recommence » m'incita-t-il.
Je réitérai mon geste avec plus de douceur et caressai un moment le haut de son dos. Il ferma les yeux et j'en profitai pour tâter plus fermement ses cervicales. Il grimaça et j'en déduisis que je venais de toucher un point sensible. Alors, je me mis à malaxer sa chair avec tendresse et patience, essayant de faire de mon mieux. Cependant, lorsque un grognement s'échappa de sa bouche, je stoppai tout mouvement.
« Continue, souffla-t-il. Tu me fais beaucoup de bien. »
Cette révélation déclencha un véritable feu d'artifice en moi et je repris les devants en insistant plus particulièrement sur l'arrière de son cou qui formait un véritable sac de nœuds.
« Détends-toi, lui conseillai-je.
― J'essaie mais ce n'est pas facile, crois-moi. »
Je voulais bien le croire. J'étais moi-même totalement déboussolée de pouvoir le toucher ainsi. Le désir montait et j'essayais de distraire mes pensées pour ne pas succomber. Pas encore une fois.
Mais tout cessa bien vite lorsque quelqu'un toqua à ma porte. Je sursautai nerveusement, Edward aussi.
« Une minute » criai-je après m'être raclé la gorge.
Il se releva et reboutonna sa chemise en vitesse. J'attrapai un dossier qui traînait sur ma paillasse et le lui remis pour justifier sa venue. Il me gratifia du regard et j'allai ouvrir.
« Bonjour Bella, me salua Jacob.
― Salut, comment vas-tu ? lui demandai-je en le laissant entrer.
― Bien. Edward, ajouta-t-il en remarquant la présence de mon coéquipier.
― À plus tard » termina ce dernier en disparaissant.
Jacob déposa quelques feuilles sur mon bureau.
« Je suis venu t'apporter les renseignements que tu m'as demandés.
― Merci.
― Est-ce que les choses s'arrangent entre lui et toi ? reprit-il plus sérieusement en désignant la porte que venait de franchir Edward.
― Pas vraiment. Comment va ton amie ?
― Elle va bien. Tout se passe bien.
― Tant mieux.
― Je dois te laisser. J'ai un boulot monstre.
― Moi aussi, à bientôt Jacob. »
•
« Regarde-la Rose, je suis certaine qu'elle l'a revu, chuchota Alice qui imaginait sans doute être discrète.
― Tu crois ?
― J'en suis sûre. »
Nous étions toutes trois réunies pour déjeuner et je n'avais pas décrocher un mot depuis le début du repas. Mes pensées étaient à des milliers de kilomètres de là mais cela ne m'empêchait pas d'écouter les propos de mes amies.
« Je vous entends, leur appris-je le sourire aux lèvres, amusée par leur comportement.
― Je… De quoi parles-tu ? feinta Rosalie.
― Arrêtez, je sais très bien que vous parliez d'Ed… De Bob » me rattrapai-je rougissante.
Elles échangèrent un regard complice et reportèrent leur attention sur moi.
« Est-ce que j'ai raison ? me questionna Alice avec curiosité.
― Peut-être…
― Peut-être ? Tu l'as revu ! s'exclama mon amie.
― Oui, leur avouai-je enfin.
― Mais je croyez que tu ne voulez plus entendre parler de lui.
― Je le croyais aussi, soufflai-je.
― Qu'est-ce qui t'a fait changé d'avis ?
― Je n'en sais rien. Je ne suis plus moi-même quand je suis près de lui. Je n'arrive plus à me contrôler, déballai-je perdue.
― Est-ce que vous avez…
― Oui, répétai-je en sirotant ma limonade.
― Sérieusement ? s'extasia Rose.
― Oui.
― Je le savais ! Est-ce que c'était aussi bien que la première fois ?
― Oui.
― Alors maintenant vous êtes ensemble… éluda Alice.
― Non, bien sûr que non, lui appris-je d'un air triste.
― Tu tiens à lui.
― Non, je me fiche de ce type, mentis-je sans même le savoir.
― Ce n'était pas une question » me rectifia-t-elle.
Je restai silencieuse et reportai mon attention sur le contenu de mon assiette quasiment vide.
« Qui a fait le premier pas cette fois-ci ?
― Encore lui, lui appris-je hésitante.
― C'est un bon point, résuma Rosalie. Quand est-ce qu'il t'a appelée ?
― Il ne m'a pas appelée, la contrai-je.
― Mais alors…
― Je l'ai croisé par hasard, inventai-je.
― Surprenant.
― En effet. »
Le serveur vint débarrasser la table et j'en profitai pour commander une part de tarte aux pommes.
« Il faut que tu nous le présentes !
― Oui, quelle bonne idée ! »
Je crus m'étouffer en les entendant parler ainsi.
« Rien n'est sérieux entre nous.
― Bella !
― Nous avons juste couché ensemble deux fois.
― S'il te plaît, je veux savoir à quoi il ressemble, me supplia Rose.
― Non, hors de question que je vous le montre, tranchai-je d'un ton sans appel.
― Tu n'es pas marrante, bouda Alice.
― Je sais.
― Allez, fais un effort !
― Je ne peux pas, répétai-je la gorge nouée.
― Pourquoi ? Est-ce qu'il moche ? s'emporta Rosalie.
― N'importe quoi, il est même très beau. Trop beau, songeai-je.
― Dans ce cas, où est le problème ?
― N'insistez pas les filles.
― Nous t'aurons à l'usure. »
