Les Caprices du cœur

La haine se nourrit de peur et d'amour


Chapitre 14

Ce matin-là, ce fut la sonnette de mon appartement qui me réveilla en sursaut. Trop fainéante pour me lever, je grognai intérieurement et ne bougeai pas. Mais lorsque le tintement aigu se fit de nouveau entendre, je me résignai et quittai mon lit chancelante.

Encore nauséeuse, je me dirigeai vers le hall d'entrée et regardai à travers le judas optique pour découvrir l'identité de mon visiteur.

« Je sais que tu es là, cria Edward en tambourinant à ma porte, un sac de voyage sur l'épaule.

― Qu'est-ce que tu fais ici ? lui demandai-je un instant plus tard, à la fois surprise et paniquée.

― Ouvre-moi !

― Réponds-moi, il est à peine… Huit heures du matin ! réalisai-je en jetant un coup d'œil à la pendule murale. Tu es complètement fou, nous sommes samedi !

― Bella, ouvre cette putain de porte » s'énerva-t-il.

J'hésitai et me décidai finalement. Je déverrouillai la serrure et le laissai entrer peu après.

« Merci » pesta-t-il.

Il m'observa des pieds à la tête et son regard s'attarda un instant sur mes jambes nues que ma nuisette ne cachait pas.

« Je te réveille ?

― À ton avis ?

― Habille-toi, m'ordonna-t-il comme si de rien n'était.

― Pourquoi ? lui demandai-je incrédule.

― Nous n'avons pas le temps de discuter, je suis venu chercher tes affaires, m'apprit-il.

― Mes affaires ? J'ai peur de ne pas comprendre… éludai-je tandis qu'il fourrait déjà les babioles du salon dans son sac.

― Arrête, ne touche pas à ça, l'arrêtai-je en m'emparant de son bagage sans précaution. Explique-moi ! »

Il se tourna vers moi et inspira profondément, sans doute pour me montrer son agacement.

« Mes parents arrivent vers midi.

― Où ça ?

― Chez moi.

― Et alors ?

― Je te rappelle que nous sommes censés habiter ensemble ! s'exclama-t-il énervé.

― Depuis quand ? plaisantai-je d'un air sérieux.

― Est-ce que tu le fais exprès ? reprit-il.

― Oui.

― Tu n'es pas marrante » protesta-t-il en m'arrachant son sac des mains.

Il reprit le cours de son travail en saisissant cette fois-ci quelques livres posés sur l'une de mes étagères.

« Arrête ! m'énervai-je. Ne touche à rien, tu n'es pas chez toi. »

Il m'ignora complètement et fila dans la cuisine avec précipitation.

« Est-ce que tu m'écoutes ? Edward ! »

Je l'attrapai par la ceinture et il fut bien obligé de stopper sa course folle.

« Bella, ne rends pas les choses plus difficiles, pesta-t-il. Je te rappelle que cette merveilleuse idée vient de toi.

― Je sais mais ce n'est pas une raison pour la mettre en pratique, le contrai-je.

― J'ai bien peur que si.

― Nous devons leur dire la vérité, tentai-je.

― Pas aujourd'hui, s'il te plaît.

― Je…

― Va te préparer et fais ta valise. Quelques vêtements feront l'affaire, nous les éparpillerons dans ma chambre, ajouta-t-il en ignorant mes propos. N'oublie pas de prendre des produits de beauté et toutes ces choses que les femmes utilisent, continua-t-il en me poussant vers le couloir.

― Edward, écoute-moi…

― Je t'attends.

― Nous ne pouvons pas continuer ! criai-je plus fort pour me faire entendre. Arrête de leur mentir.

― Bella…

― J'en ai marre de jouer la comédie ! » m'emportai-je.

Il ouvrit grand les yeux face à ma réaction sans doute excessive et se recula d'un pas.

« Je déteste mentir. J'en ai ras le bol de toute cette mascarade !

― Calme-toi ! hurla-t-il.

― Non, je ne veux pas me calmer. Assume tes actes pour une fois, répliquai-je.

― Pour une fois ?

― Oui, pour une fois.

― Qu'est-ce que tu entends par là ? Est-ce que tu me reproches quelque chose ? me demanda-t-il en colère.

― Tu n'es même pas capable d'être honnête envers tes parents, lui rappelai-je.

― Je ne parlais pas de ça » grogna-t-il.

Je me tus durant une courte minute puis me décidai enfin à lui avouer mes tracas.

« Oui j'ai quelque chose à te reprocher. Tu t'es servi de moi !

― Je me suis servi de toi ?

― Tu voulais du sexe et…

― Arrête, tu dis n'importe quoi !

― Non, je…

― Tu mélanges tout. Arrête, me coupa-t-il.

― Tais-toi !

― Ne me dis pas que tu n'étais pas consentante parce que c'est faux ! Tu voulais du sexe toi aussi. Je ne t'ai pas mis le couteau sous la gorge » ajouta-t-il.

Ne sachant pas quoi dire, je me tus et baissai la tête, honteuse de ma situation. Alors qu'il s'apprêtait à reprendre la parole, il ferma la bouche et se rapprocha de moi lentement. Ses doigts chauds accrochèrent mon menton et il m'obligea à relever le visage vers lui.

« Viens avec moi, j'ai besoin de toi, me dit-il calmement. Mes parents étaient tellement contents au téléphone.

― Non.

― S'il te plaît, me supplia-t-il.

― Je n'ai aucune raison de leur mentir plus longtemps, chuchotai-je.

― Bella, continua-t-il perdu en posant une main sur ma taille. Ne leur dit rien. Ne gâche pas tout.

― Tu ne m'auras pas encore une fois, lui répondis-je sèchement en essayant de m'éloigner de lui.

― S'il te plaît, répéta-t-il pour la énième fois. Si tu ne le fais pas pour moi, fais-le pour Esmée. »

Sans prendre le temps de lui répondre, je le repoussai sèchement et me dirigeai vers ma chambre à grands pas pour pouvoir réfléchir calmement. Après avoir ruminé un instant, une force bien particulière m'incita à continuer ce jeu.

Quelque part, je ne voulais pas m'éloigner d'Edward ni de sa famille. Esmée était adorable et je m'étais déjà attachée à elle. Quant à Carlisle, je le connaissais moins mais je savais qu'il était heureux pour son fils.

Cette situation n'était pas la meilleure mais elle me permettait de passer du temps avec Edwardet, même si nos disputes étaient fréquentes, je me sentais vivante lorsqu'il était près de moi. En manque d'affection, j'adorais bien trop ses câlins truqués. J'aimais beaucoup l'homme qu'il était lorsque nous jouions la comédie mais mon orgueil m'empêchait de le lui avouer.

Sur cette dernière pensée, je me dépêchai de rejoindre le salon où Edward était en train de replacer à leur place les objets qu'il m'avait empruntés.

« Je vais me préparer, lui dis-je timidement en déposant une statuette en bronze dans son sac pour lui faire part de ma décision. Tu peux vider cette étagère et débarrasse-moi de cette table de chevet » conclus-je en lui désignant le meuble du doigt.

Je ne lui laissai pas la possibilité d'ajouter quelque chose et courus en direction de la salle de bains sans plus attendre. Je pris une douche rapide, enfilai un pantalon noir ainsi qu'un débardeur rose pâle. J'attachai mes cheveux en un chignon lâche et me maquillai sommairement. Je filai dans ma chambre pour remplir une petite valise de vêtements. J'ajoutai mes affaires de toilette à l'intérieur de celle-ci et retournai dans la pièce à vivre où Edward m'attendait sagement, assis sur le canapé.

« Je suis prête.

― Merci, me dit-il nerveusement en se grattant la nuque.

― Allons-y. »

Nous entrâmes dans son appartement près de vingt minutes plus tard. Sans attendre, il m'incita à le suivre jusque dans la salle à manger où il vida son sac en un temps record. Je l'aidai à disposer mes objets un peu partout pour que les choses fussent réalistes.

« Passons à la salle de bains » décréta-t-il ensuite en s'emparant de ma valise.

Une fois dans la petite pièce, il ouvrit mon sac sans la moindre hésitation et déballa mes affaires une à une comme si elles lui appartenaient.

« Qu'est-ce que c'est ? s'enquit-il bientôt en brandissant un objet sous mes yeux.

― De la cire. Passe-moi ça, lui répondis-je gênée en lui arrachant le pot des mains.

― Et ça ? reprit-il en attrapant cette fois-ci une petite boîte rose qui contenait des tampons.

― Laisse tomber. »

Je saisis mon sac d'une poigne ferme et éparpillai moi-même mes affaires de toilette, au coin de sa baignoire, sur les étagères, sous le lavabo…

« Parfait, souffla-t-il une fois ma tâche achevée. Viens. »

Je le suivis jusque dans sa chambre et il ouvrit en grand son placard déjà bien rempli.

« Passe-moi tes vêtements.

― Tiens » ajoutai-je en lui tendant une première pile de linge qu'il déposa près d'une rangée de chemises.

Je lui donnai ensuite un gilet que ma mère m'avait offert pour mes vingt ans et il l'étala sur son grand lit. Je rougis jusqu'à la racine des cheveux lorsque, machinalement, je lui tendis un soutien-gorge. Il se racla la gorge nerveusement et déplia le bout de tissu avec délicatesse.

« Qu'est-ce tu fais ? Range-le, lui ordonnai-je paniquée.

― Jolie dentelle » me dit-il d'une voix rauque.

Je me rapprochai un peu plus de lui et tentai vainement de reprendre possession de mon sous-vêtement.

« Rend-le moi !

― Non, me répondit-il têtu.

― Allez, insistai-je.

― Attrape-le alors » me défia-t-il en levant bien plus les bras vers le ciel.

Même si j'étais plus grande que la majorité des femmes, il me manquait vingt bons centimètres pour être à la hauteur d'Edward. Voilà pourquoi j'étais persuadée de perdre.

« Arrête, tentai-je vainement.

― Tu es trop petite ? » se moqua-t-il.

Rusée, je passai une main sous son tee-shirt pour le chatouiller. Pris par surprise, il fit un bon sur le côté et buta contre le rebord de son lit en s'affalant sur le matelas. Je m'assis près de lui et continuai ma douce torture en admirant son torse découvert.

« Je ne crains pas, tu pers ton temps, me dit-il entre deux soubresauts.

― Rends-moi mon soutien-gorge.

― Non » persista-t-il.

Bien décidée à récupérer mon bien, je m'aplatit sur lui puis me penchai en avant afin d'atteindre sa main qui pendait dans le vide. Habile, je réussis enfin à attraper la dentelle noire. Il cessa de gigoter et je me figeai en réalisant combien nous étions proches.

Tout doucement, son index repoussa une mèche de mes cheveux sur le côté et il me fixa avec beaucoup d'ardeur. Sa proximité me donna chaud. Il caressa ma tempe et son regard s'attarda sur mes lèvres. Je rougis malgré moi, ma gorge se serra. Sa main libre rencontra mes hanches, il me pressa contre lui et ses formes masculines épousèrent les miennes.

« Je l'ai eu, le narguai-je en me relevant afin de faire diversion.

― Mets-le sur le lit, me répondit-il après un court silence.

― Non, m'entêtai-je en le replaçant dans mon sac.

― Où est le reste ? s'enquit-il en se relevant à son tour.

― Il n'y a plus rien, mentis-je, n'ayant pas envie de lui montrer mes strings ni même mes culottes.

― Donne-moi ton sac, je vais le cacher. »

Je pris soin de le refermer et le laissai faire.

« Et maintenant ? le questionnai-je indécise.

― Ils ne vont plus tarder. Allons préparer le repas. »

Une fois en cuisine, je le regardai sortir les ingrédients du réfrigérateur, attendant ses instructions.

« Qu'est-ce que nous allons manger ?

― Du magret de canard. »

Il découpa la viande et, me sentant inutile, je lui proposai de mettre le couvert. J'attrapai quatre assiettes et allai les disposer sur la grande table du séjour. La sonnette retentit presque aussitôt, me faisant sursauter.

« Est-ce que tu peux aller ouvrir ? me demanda Edward. J'ai les mains prises.

― J'y vais. »

J'allai ouvrir la porte d'entrée pour découvrir les parents d'Edward.

« Bonjour Bella, me dit Esmée en me saluant chaleureusement. Comment vas-tu ?

― Bien et vous deux ? lui répondis-je.

― Oui, merci. Où est mon fils ? me demanda Carlisle le sourire aux lèvres.

― Il arrive. Entrez. »

J'allai m'asseoir avec eux sur le canapé du salon et Edward nous rejoignit sous peu.

« Salut papa, maman. »

Prise d'une pulsion incontrôlée, je me relevai et allai l'enlaçai le plus naturellement du monde. Il plongea son nez dans mes cheveux et me serra fort.

« Est-ce que vous voulez boire quelque chose ? reprit-il à l'intention d'Esmée et Carlisle.

― Avec plaisir. Tiens, j'ai apporté une bouteille de champagne, lui apprit son père.

― Et voici le dessert, une tarte aux fruits, conclut Esmée en lui tendant la pâtisserie.

― Merci, je vais la mettre au frais. »

Il m'abandonna à regret et disparut dans la cuisine.

« Beaucoup de choses ont changé, remarqua Esmée. Est-ce que ce joli petit meuble est à toi ? me demanda-t-elle.

― Oui, il est très ordinaire, lui dis-je.

― Il va très bien avec tous ces nouveaux objets, me dit-elle en désignant mes babioles du menton. Edward a dû te le dire, j'adore les meubles anciens.

― Oui, mentis-je, sachant seulement qu'Esmée était une excellente décoratrice d'intérieur.

― Par contre, je compte sur toi pour faire disparaître ces deux horribles tableaux, rit-elle. Edward n'a jamais voulu que j'y touche et crois-moi, ce n'est pas faute d'avoir essayé.

― En effet, ils sont vraiment très laids, lui répondis-je en observant attentivement les deux œuvres d'art accrochées au mur.

― Mes tableaux sont magnifiques ! » s'exclama Edward en revenant.

Il déboucha la bouteille et remplit quatre coupes propres.

« Merci, lui dis-je lorsqu'il me tendit la mienne.

― Merci à toi » me répondit-il discrètement en frôlant ma main au passage.

Je tremblai légèrement et reportai mon attention sur la télévision éteinte.

« Qu'est-ce que vous avez préparé pour dîner ? s'intéressa Esmée quelques minutes plus tard.

― Du magret de canard.

― J'adore le magret !

― Je sais papa.

― Au fait, je vous ai acheté quelque chose, reprit Esmée en allant chercher son sac à main.

― Il ne fallait pas, lui dis-je.

― Si si, je voulais marquer le coup. Voilà, termina-t-elle en revenant vers nous.

― Merci » conclut son fils en attrapant le petit paquet qu'elle lui tendait.

Il déchira l'emballage et découvrit bientôt un petit cadre photos numérique.

« C'est très gentil, merci beaucoup, la remerciai-je à mon tour malgré mon malaise.

― Ce n'est presque rien, me répondit-elle modeste.

― Nous allons devoir prendre plein de photos » termina Edward en passant un bras dans mon dos.

Je me raidis par habitude mais me détendis aussitôt au moment il se mit à dessiner des arabesques sur mon bras nu.

Lorsqu'enfin nous passâmes à table, les discussions fusèrent et devinrent parfois gênantes.

« Dis-moi Bella, est-ce que tu étais propriétaire avant d'emménager avec mon fils ? » me demanda Carlisle tandis que nous attaquions le plat principal.

Je toussai sèchement avant d'ouvrir la bouche pour parler.

« Non, je suis locataire, mentis-je.

― Tu l'as gardé ? s'enquit-il surpris en constatant que je parlais au présent.

― Je… Oui, je l'ai gardé, lui répondis-je, n'ayant pas d'autre réponse à donner.

― Mais…

― Le bail s'achève dans un mois, trancha Edward en reprenant un morceau de viande.

― Voilà, acquiesçai-je sans grande conviction, le gratifiant du regard.

― Je comprends mieux. Certains propriétaires sont invivables, comme si un mois de plus allait changer les choses…

― Je n'ai pas le choix, ajoutai-je perdue.

― Est-ce que tu as encore beaucoup d'affaires à toi là-bas ? s'enquit Esmée d'un air curieux.

― Non, il n'y a pratiquement plus rien. Aucun meuble ne m'appartient alors…

― Tant mieux, c'est plus simple comme ça.

― Oui. Je vais chercher les assiettes à dessert » terminai-je pour mettre fin à cette conversation.

J'ouvris plusieurs placards et trouvai enfin mon butin. Je sortis la tarte du frigo et amenai le tout dans la pièce attenante.

« J'espère ne pas l'avoir ratée » me sourit Esmée pendant que son fils tranchait la tarte.

Je la rassurai bien vite en avalant une première bouchée de pâtisserie.

« Où comptez-vous partir cet été ? nous demanda Carlisle.

― Nous n'y avons pas encore réfléchi, lui répondit Edward d'un ton serein.

― Est-ce que tu aimes la mer Bella ?

― Oui, j'adore la mer. Mais j'aime autant la montagne. »

À cette révélation, mon voisin de table se pencha vers moi et embrassa ma joue rougie. Ses doigts effleurèrent ma cuisses, je sursautai légèrement.

« Edward aussi » m'expliqua sa mère.

Je souris timidement et attrapai mon verre d'eau pour occuper mes mains.

Carlisle et Esmée quittèrent les lieux en début d'après-midi. Indécise, je restai stoïque sur le pas de la porte, Edward à mes côtés. Nos regards s'accrochèrent et tout redevint flou dans mon esprit.

« Je vais débarrasser la table, lui dis-je finalement pour rompre le silence pesant qui s'était installé entre nous.

― Je vais t'aider. »

Je récupérai les couverts avec précaution et allai les mettre dans le lave-vaisselle. Je passai devant l'évier pour me laver les mains et tous mes sens s'éveillèrent en une fraction de seconde lorsque deux bras costauds encerclèrent ma taille. Surprise, j'eus le réflexe de tourner la tête sur le côté.

« Ne bouge pas, chuchota Edward à mon oreille en collant son corps contre le mien.

― Qu'est-ce que tu fais ? » lui demandai-je d'un ton quasiment inaudible.

Pour simple réponse, il enfouit son nez dans ma chevelure brune et ses lèvres effleurèrent bientôt le lobe mon oreille. Je déglutis péniblement et plaquai mes mains sur ses avants-bras pour me donner une contenance. Malgré toutes mes bonnes résolutions, mon désir prit le dessus et j'osai pousser un gémissement de plaisir.

« J'ai envie de toi Bella, m'avoua-t-il tout bas.

― Lâche-moi » répliquai-je en gigotant.

Il relâcha sa prise mais au lieu de fuir, je restai dos à lui, face à l'évier.

« Pourquoi ? m'enquis-je hésitante.

― Le désir est incontrôlable, grogna-t-il en promenant son index sur mon épaule.

― Pourquoi ? » répétai-je.

Il replaça ses bras autour de moi.

« Arrête de réfléchir, laisse-toi aller. »

Il massa mes côtes et picora mon cou de doux baisers. Lâche, j'écoutai ses conseils et décidai de profiter du moment.

Ma respiration, déjà erratique, accéléra encore. Je reculai légèrement pour être encore plus près de lui et mes fesses rencontrèrent son bas ventre qui ne laissait aucun doute sur son niveau d'excitation. Ses doigts glissèrent sous l'ourlet de mon vêtement et remontèrent le long de mon ventre. Il sembla hésiter un instant mais finit par empaumer mon sein gauche et, instinctivement, je plaquai ma main par dessus la sienne pour que la pression fût plus intense encore. Son pouce s'immisça sous la dentelle de mon soutien-gorge et il se fit un plaisir de titiller mon mamelon.

Il souffla bruyamment et sa main libre s'aventura plus bas. Je me cambrai et ondulai les hanches pour lui faire part de mon impatience. Il défit la braguette de mon pantalon avec précipitation et je poussai un petit cri au moment où ses doigts chauds atteignirent mon clitoris. Je penchai la tête en arrière et relevai un bras pour m'accrocher à sa nuque. Ses baisers caressèrent mon cou et je tremblai pendant qu'il affectionnait mon intimité.

Même si une partie de mon cerveau m'implorait de le repousser, je ne voulais pas le faire. J'avais conscience qu'Edward allait une fois de plus redevenir froid et distant dès le lendemain, mais j'avais pourtant très envie de profiter de sa douceur le temps de quelques minutes. Je savais par avance que nous allions faire l'amour, échanger un regard soupçonneux puis nous séparer. Mais peu m'importait. J'étais prête à tout donner pour lui…

« Tu me fais du bien » admis-je.

Nos mouvements se synchronisèrent et, toujours dos à lui, j'allai trouver son entrejambe pour tâter son sexe à travers ses vêtements. N'ayant sans doute plus le courage d'attendre, il fit glisser mes habits le long de mes cuisses. Mes fesses devinrent le centre de son attention, il les caressa plusieurs fois avec délicatesse et je fermai les yeux.

« Penche-toi en avant » m'ordonna-t-il d'une voix rauque.

Je m'exécutai sans trop réfléchir et appuyai mes coudes sur le plan de travail. Je l'entendis abaisser son pantalon mais je n'osai pas me retourner. Une poignée de secondes après cela, sa verge tendue s'écrasa contre le bas de mon dos. Ses mains se baladèrent près de mes hanches et, comme pour être sûr que j'étais prête à l'accueillir, son index s'introduisit dans mon vagin.

« Vas-y » lui dis-je.

Il promena son sexe derrière moi et son gland butta bientôt contre mes lèvres intimes. Il s'accrocha à mon bassin. D'un coup sec et vif, il me pénétra en poussant un râle grave.

Il resta immobile plusieurs secondes puis commença enfin à bouger en moi. Je m'agrippai plus férocement au carrelage, la tête penchée en avant. Pour être comblée, j'allai chercher sa main près de ma cuisse et la positionnai sur mon bouton de plaisir. Il comprit bien vite que j'avais besoin d'être stimulée à cet endroit-là pendant qu'il me pénétrait. Alors, sans jamais stopper ses caresses, il accéléra le rythme de ses allers retours.

Lorsque je sentis son fluide gicler au fond de mon antre, j'osai regarder derrière moi. Son regard m'enveloppa et il se pencha vers moi afin de plaquer son torse contre mon échine transpirante. Malgré sa jouissance, il continua à remuer en moi. Son index redoubla d'effort, massant toujours plus vite mon clitoris. Il embrassa ma nuque et j'explosai enfin, devinant son soulagement.

Ses bras me pressèrent fort, sa bouche continua à chatouiller ma peau moite. Il se retira délicatement de moi et je me tournai vers lui indécise. Il remit son vêtement qui traînait près de ses chevilles puis promena ses mains sur mes jambes encore nues. Avec une sensualité inégalée, il remonta ma culotte puis mon pantalon. Je me laissai faire sans rien dire, plus habituée à me faire déshabiller.

Il se tint debout face à moi et je mordis ma lèvre inférieure. Il s'appuya sur le comptoir et souffla un bon coup.

« Je ne sais pas quoi dire, commença-t-il gêné.

― Moi non plus, m'empressai-je d'ajouter en pétrissant mes mains entre elles.

― Est-ce que tu veux… Boire quelque chose ? grimaça-t-il en réalisant certainement que sa question était absurde.

― Non. »

Je le dépassai et allai tripoter le poignée du réfrigérateur, la tête prête à exploser.

« Je vais rentrer chez moi » lui dis-je le dos tourné pour ne pas avoir à affronter son regard.

Je filai dans la pièce à vivre et récupérai mon sac à main qui traînait sur le canapé.

« J'ai adoré, reprit-il après m'avoir rejointe.

― Je récupérerai mes affaires plus tard, lui répondis-je en faisant la sourde, le cœur battant à cent à l'heure de par cette annonce déroutante.

― Et toi ? osa-t-il me demander en m'obligeant à lui faire face.

― Nous ne devons plus recommencer » me résonnai-je.

Il se recula violemment et baissa la tête.

« Arrête, me dit-il la voix tremblante.

― Je crois que…

― Arrête de te mentir ! s'exclama-t-il en colère en me faisant sursauter. Je sais que tu as aimé, continua-t-il la gorge sèche.

― Pour qui est-ce tu te prends ? lui demandai-je énervée, n'aimant pas la tournure que prenait cette conversation. Je ne te laisserai pas recommencer, soufflai-je mal-à-l'aise.

― Tu craqueras, me fit-il remarquer d'un ton plus que désagréable.

― Non.

― Si, me contra-t-il sûr de lui.

― Toi aussi tu craqueras ! m'énervai-je, avouant sans même le vouloir qu'il avait raison.

― Nous verrons bien qui de nous deux est le plus fort. »

Je le fusillai du regard. Sans prendre la peine de lui répondre, je passai le seuil de la porte puis dévalai les escaliers à toute allure…

Cette relation centrée sur le sexe m'avait d'abord paru absurde, humiliante puis déplacée. Mais désormais, elle m'apparaissait comme un jeu. Un jeu dangereux pour lequel je risquais de me brûler les ailes.