Les Caprices du cœur
La haine se nourrit de peur et d'amour
Chapitre 15
Des rouleaux de tapisserie traînaient par-ci par-là, des hommes habillés en salopette bleue couraient dans le couloir central du deuxième étage. Des pots de peinture jonchaient le sol et toutes sortes de pinceaux décoraient le petit banquet qui faisait office d'accueil.
« Qu'est-ce qui se passe ? demandai-je à Alice qui sortait de son bureau.
― Tu n'es pas au courant ?
― Je ne pense pas…
― Ils ont décidé de rénover l'immeuble. Monsieur Banner nous a envoyé un courriel il y a une semaine.
― Je ne savais pas. »
Je saluai mon amie puis zigzaguai entre les artisans pour rejoindre mon bureau en faisant attention de ne rien renverser sur mon passage.
La réunion hebdomadaire débuta une heure plus tard et, dès mon arrivée dans la salle, mon regard fut immédiatement attiré par celui qui me dévisageait sans gêne depuis l'autre bout de la pièce. Mon cœur cogna fort et ma température corporelle augmenta.
J'allai m'asseoir à sa droite, voulant lui prouver que je n'avais pas peur de lui ni même de ses menaces qui avaient suivi notre dernier accident.
« Salut, lui dis-je d'une voix désinvolte.
― Bon dimanche ? me demanda-t-il l'air de rien.
― Excellent, et toi ?
― Passionnant. »
J'étalai mes affaires sur la grande table pendant que les autres s'installaient tranquillement.
Demetri arriva lui aussi et les choses ennuyeuses reprirent le dessus. J'essayai d'être attentive durant les premières minutes mais ce fut peine perdue dès lors qu'une main chaude se posa sur ma cuisse dénudée. Je reportai mon attention sur mon voisin de table et le repoussai sèchement.
« Arrête, murmurai-je en essayant d'être discrète.
― De quoi as-tu peur ? me demanda-t-il gravement tout en fixant le tas de feuilles entreposé face à lui.
― Je n'ai peur de rien Edward. N'inverse pas les rôles » lui répondis-je, prête à le rendre fou moi aussi.
Je me décalai légèrement vers lui et décroisai les jambes. D'un mouvement habile, je retirai l'une de mes chaussures. Mon pied nu glissa sur le côté et j'atteignis enfin sa cheville. Je le vis tressaillir et n'en fus que plus réjouie. Je remontai le long de sa jambe de manière sensuelle, observant sa réaction d'un regard curieux.
« Cela ne me fait aucun effet, souffla-t-il peu après en faisant mine de m'emprunter un stylo.
― Tu es sûr ?
― Sûr et certain. »
Vicieuse jusqu'au bout, je fis volontairement tomber ma trousse par terre.
« Je suis désolée » m'excusai-je auprès de l'assemblée qui ne me prêta pas pour autant attention.
Je quittai mon siège et m'agenouillai à même le sol. Je ramassai bien vite mes affaires et m'aventurai plus encore sous la table. Après avoir hésité un instant, ma paume cramponna la cuisse de mon coéquipier et se retrouva à quelques centimètres seulement de l'endroit fatidique. Il plaqua sa main sur la mienne et me tira vers le haut précipitamment, si fort que je me cognai la tête.
« Aïe !
― Est-ce que tout va bien ? » me demanda Rosalie en passant la tête sous la table.
Je lâchai la main d'Edward en vitesse.
« Oui, je me suis cognée » lui expliquai-je embarrassée.
Je retrouvai ma place rouge de honte, n'oubliant pas de lancer un regard assassin à mon partenaire visiblement fier de lui.
« Idiot, pestai-je tout bas.
― Idiote, m'imita-t-il.
― La guerre est ouverte Edward, le menaçai-je.
― Parfait.
― Bon, parlons maintenant de choses moins pénibles, dit Demetri. Les travaux ont commencé ce matin. Les ouvriers ont décidé de retaper les bureaux situés du côté est en premier, continua-t-il. Pour plus de facilité, ceux qui sont concernés vont déménager dans le bureau ouest d'un collègue. Je vous ai associés du mieux que j'ai pu, voici la liste. »
Il tendit une feuille à Emmett et ce dernier constata ravi qu'il allait partager son bureau avec sa femme pendant plusieurs jours. Lorsque j'attrapai enfin le papier, je déglutis péniblement en voyant mon nom écrit en face de celui d'Edward. Ce dernier se pencha au dessus de mon épaule et eut la même réaction que moi en grimaçant exagérément.
« Les choses vont se corser » chuchota-t-il.
Il était déjà difficile pour moi de résister à son charme, mais désormais, plus une seule seconde de répit ne m'était accordée.
« Les ouvriers vont vous aider à déplacer les meubles en début d'après-midi. Tout ceci n'est que provisoire bien évidemment. Sur ce, bonne journée. »
Chacun de nous quitta son siège. Je filai en tête et retrouvai mon bureau à vive allure.
Après avoir sommairement déjeuné, je rangeai mon désordre et débranchai déjà tous les appareils électriques. J'allai chercher quelques cartons solides pour vider mes armoires. Puis on toqua à ma porte.
« Entrez.
― Bonjour mademoiselle, commença un jeune inconnu.
― Je suppose que vous voulez débarrasser la pièce ?
― Exactement, sourit-il. Où est-ce que nous devons transporter les meubles ? »
Je rouvris la porte et lui désignai le bureau d'Edward du doigt.
« Parfait. Allons-y. »
Lui et son collège s'activèrent sans plus attendre et j'allai prévenir mon coéquipier qui était tranquillement installé dans son fauteuil de roi.
« Les meubles arrivent. Je vais chercher mes affaires. »
Il ne broncha pas d'une miette et je le regardai circonspecte.
« Ne bouge surtout pas tes fesses.
― Tu as besoin de moi ? s'étonna-t-il faussement.
― Oui ! »
Il se releva à contre cœur et me suivit à côté. Je lui tendis deux cartons qu'il saisit d'une poigne ferme. Les déménageurs nous devancèrent et déposèrent mon bureau près du sien.
Lorsque finalement tout fut déplacé, Edward et moi nous retrouvâmes seuls au milieu d'un bazar inquiétant. Il s'adossa contre un mur et je l'imitai.
« Commençons par déplacer nos bureaux, suggérai-je.
― Commençons par déplacer ton bureau, me rectifia-t-il.
― Le tien est en plein milieu. Il va gêner ! m'exclamai-je.
― Et alors ? Je te rappelle que tu es en quelques sortes chez moi, s'énerva-t-il en fronçant les sourcils.
― Je m'en fiche. »
Sans lui laisser le temps de répliquer, j'allai poser mes deux mains sur le rebord de son bureau et commençai à pousser de toutes mes forces sans grand succès.
« Aide-moi, lui ordonnai-je à bout de souffle.
― Non, protesta-t-il en croisant nonchalamment les bras.
― Je déteste ce bureau, ajoutai-je en réalisant combien il était lourd et encombrant.
― Tu ne disais pas ça le jour où…
― Chut, le coupai-je.
― Il nous a été bien utile, insista-t-il.
― Tais-toi et pousse ! Sinon je…
― Sinon quoi ? rigola-t-il.
― Je te déteste » chuchotai-je.
Il ne dit plus rien et vint près de moi pour m'aider à déplacer le meuble.
« Inutile de me le rappeler » me répondit-il durement.
N'étant pas d'une grande utilité, je m'éloignai et le laissai faire.
« Pas ici ! criai-je tandis qu'il poussait du mauvais côté.
― Je ne te demande pas ton avis. »
Plus têtu qu'une mule, il plaça son bureau près de la fenêtre et le mien se retrouva en face du sien. Il ordonna ensuite les armoires dans un coin et je commençai à vider mes cartons un par un.
« Ce que tu fais est complètement inutile, remarqua mon coéquipier en venant se poster près de moi.
― Je te demande pardon ?
― Tu es en train de vider les cartons que tu devras de nouveau remplir dans quelques jours.
― Je m'en fiche. En attendant, j'ai besoin d'avoir tous ces dossiers à disposition, lui expliquai-je. Ce n'est pas de ma faute si tes méthodes de travail sont mauvaises, ajoutai-je pour le titiller.
― Elles ne sont pas mauvaises. Elles sont même très efficaces, bien plus que les tiennes ! s'exclama-t-il en retournant s'asseoir.
― J'en doute. »
Lorsque finalement chaque pochette plastique retrouva sa place dans l'armoire, je soulevai l'imprimante que les ouvriers avaient posée par terre afin de la déposer sur un coin de mon bureau. J'attrapai le fil qui pendait dans le vide et cherchai une prise du regard.
Je fus obligée de m'accroupir par terre à plusieurs reprises pour brancher mes appareils électriques. Usant de ma posture pour attiser Edward, je ne fus que plus heureuse lorsque je le surpris en train de fixer mes fesses.
« Arrête de mater, lui dis-je d'une voix sèche en exagérant encore bien plus ma cambrure, à quatre pattes sous mon bureau.
― Je n'y ai même pas songé.
― Je te vois, inutile de mentir » continuai-je en tournant la tête vers lui.
Il se mordit la joue en m'examinant d'une drôle de façon et, ne pouvant décemment pas rester ainsi toute la journée, je remontai légèrement ma jupe pour pouvoir me relever plus facilement. Il n'en perdit pas une miette malgré ses dires.
« Au travail, soufflai-je pour me donner du courage, sachant par avance que travailler dans la même pièce que mon coéquipier n'allait pas être chose facile.
― Le dossier dont tu dois t'occuper est sur mon bureau, m'apprit ce dernier après que je me fusse tranquillement installée dans mon fauteuil.
― Viens me le donner, répliquai-je.
― Non.
― Si.
― Non.
― Je suis épuisée ! m'exclamai-je.
― Et alors ?
― Comme tu veux » terminai-je finalement, ayant décidé de profiter une fois de plus de la situation pour le mettre mal-à-l'aise.
Je quittai mon siège d'une manière que j'espérais sensuelle et fis quelques pas vers lui. Je me penchai exagérément et attrapai le document d'une main ferme. Je saisis la première feuille du dossier et appuyai mes coudes ainsi que mon buste sur le rebord de son bureau afin de lire l'introduction.
« Tu peux retourner à ta place, grogna-t-il.
― Laisse-moi lire en paix, lui répondis-je en pressant un peu plus ma poitrine contre le meuble pour lui offrir une vue imprenable.
― Tu me gênes ! cria-t-il.
― Moi ? Pourquoi ?
― Tu prends trop de place, inventa-t-il en reportant difficilement son attention sur l'écran de son ordinateur.
― Je ne comprends pas tout, continuai-je en lui désignant un paragraphe du doigt. Explique-moi.
― Démerde-toi, chuchota-t-il.
― Je vois. »
Révoltée par son caractère de cochon, je n'insistai pas et retournai à ma place en vitesse. J'entamai un semblant de travail en essayant de rester concentrée.
Malgré tout, je ne cessais de jeter de brefs coups d'œil vers Edward et parfois nos regards se croisaient. Alors, je détournais rapidement la tête et faisais semblant de réfléchir.
Je voulais le faire craquer, lui prouver qu'il n'était pas infaillible comme il le prétendait. Parallèlement, je me sentais faiblir dès que je tentais quelque chose. Nous étions en guerre, ni lui ni moi ne voulions perdre la face.
Bientôt, il se racla la gorge et je fus bien obligée de le regarder. Il me fixa un moment puis déboutonna le premier bouton de sa chemise.
« Il fait chaud, tu ne trouves pas ? » s'enquit-il d'un air vicieux.
Je demeurai muette puis fronçai les sourcils lorsqu'il ouvrit complètement son vêtement, me dévoilant ainsi son torse musclé à souhait. Mes yeux se mirent à briller, mes pupilles se dilatèrent mais je ne craquai pas pour autant. Pas si vite.
« Tu as raison, il fait très chaud. »
J'attrapai ma bouteille d'eau et aspergeai mon décolleté sans complexe, allant jusqu'à caresser la naissance de mes seins. Je décroisai les jambes plusieurs fois, sachant parfaitement que rien ne l'empêchait d'apercevoir mes cuisses nues puisque nos bureaux se faisaient face.
Il répondit à mon attaque bien vite en se caressant sensuellement le ventre. Sa main dérapa de quelques centimètres et se posa ensuite sur son entrejambe qui devait être gonflée. Il poussa un grognement sourd et commença à toucher son sexe à travers l'épaisseur de son pantalon.
« Qu'est-ce que tu fais ? Tu n'es pas chez toi, paniquai-je en abandonnant la partie, n'ayant plus la force de me battre.
― Tu n'es pas au courant ? me demanda-t-il étonné.
― Au courant de quoi ?
― Une personne sur trois s'est déjà masturbée sur son lieu de travail, m'apprit-il sérieusement en augmentant la pression de sa main.
― Je m'en fiche complètement » répliquai-je mauvaise en attrapant mon sac à main qui traînait au pied de mon fauteuil.
Incapable d'en supporter d'avantage, je rassemblai mes affaires et me levai précipitamment.
« Et toi ? Qu'est-ce que tu fais ? me questionna-t-il à son tour en retrouvant une posture normale.
― Je rentre chez moi.
― Tu n'as pas confiance en toi… songea-t-il en se levant lui aussi.
― Bien sûr que si !
― Alors pourquoi est-ce que tu fuis dès que les choses deviennent compliquées ? s'enquit-il d'une voix tremblante et incertaine.
― Je ne fuis rien du tout ! J'ai des choses à faire. Au revoir Edward. »
Sans me retourner, je franchis le pas de la porte et me dépêchai de rejoindre le sous-sol.
Je décidai d'aller faire quelques courses pour me défouler. Aussi, j'arrivai chez moi bien plus tard, après avoir airer sans but précis dans un grand centre commercial de la ville. Je me servis une tasse de café et allai m'installer sur le canapé en repensant encore et toujours à lui.
Le défi que nous nous étions lancé était stupide mais aussi, et surtout, difficile à tenir pour moi. Subir les mesquineries sexuelles d'Edward était une chose, y résister en était une autre. J'avais d'abord pensé le piéger en acceptant de jouer le jeu du chat et de la souris. Pourtant, j'étais bel et bien dans une sorte de tunnel dont je ne voyais pas la fin. Il me courrait après pour m'attraper, j'accélérais mais mon épuisement était proche.
Je fermai les yeux et me laissai aller un instant en imaginant ce qu'il aurait pu se passer si je n'étais pas partie si vite du bureau. En repensant à ses doigts longs, je fourrai instinctivement mon index dans la bouche pour le sucer. De ma main libre, je soulevai mon tee-shirt et déboutonnai les premiers boutons de ma jupe. L'esprit vagabondant à mille lieux d'ici, je me mis à caresser mon intimité timidement.
Les battements de mon cœur s'affolèrent, ma peau se mit à transpirer. Et mes joues rougirent lorsque le visage d'Edward m'apparut distinctement. Je tremblai et la frustration qui m'accompagnait depuis plusieurs jours trouva enfin un échappatoire lorsque je jouis en silence, seule dans mon appartement.
•
Je n'étais pas une grande adepte des sous-vêtements affriolants. Pourtant, ce matin-là, j'avais décidé d'enfiler les plus beaux dessous que je possédais. Un superbe soutien-gorge noir rehaussait ma poitrine, la culotte assortie épousait mes formes à la perfection. Une robe rouge constituait mon unique vêtement et s'assortissait avec mes chaussures hautes.
Levée aux aurores, j'arrivai au travail très tôt, sachant par avance que seul Edward devait être présent sur les lieux. Une fois sortie de l'ascenseur, je fis glisser quelques pièces dans l'embrasure de la machine à café et attrapai mon verre chaud du bout des doigts.
Je me recoiffai sommairement en passant devant le miroir de l'accueil et inspirai bruyamment avant de reprendre ma route. Moins d'une minute après cela, j'entrai toute guillerette dans mon bureau… Ou plutôt dans celui de mon coéquipier qui, comme prévu, était déjà là.
« Bonjour, le saluai-je d'un ton sec en posant mon gobelet en plastique sur une étagère.
― Salut » grogna-t-il, le regard rivé sur son ordinateur.
Je posai mon sac par terre puis me raclai la gorge pour l'obliger à me regarder. Il releva le nez et me détailla des pieds à la tête.
« Nouvelle robe ? s'enquit-il d'un air décontracté.
― Oui, je l'ai mise uniquement pour toi. Elle te plaît ? » osai-je lui demander malgré mon affolement intérieur.
Il ne répondit rien et quitta son siège pour venir se poster près de moi.
« Tu ne sais pas t'y prendre, me dit-il sérieusement. Cette foutue robe ne risque pas de me faire craquer. »
J'accusai le coup mais décidai d'être plus maline que lui.
« La lingerie a peut-être plus d'effet sur toi.
― Je ne crois pas » me répondit-il pris au dépourvu.
Je le dévisageai durant un moment, immobile face à lui. Puis, sans trop réfléchir, je relevai mon vêtement de quelques centimètres afin de retirer ma culotte.
« Qu'est-ce que tu fais ? » paniqua-t-il.
Je ne répondis rien et fis glisser le bout de tissu jusqu'à mes pieds.
« Arrête, tu as perdu la tête » continua-t-il tandis que je ramassais ma culotte par terre.
Je la lui tendis gracieusement en souriant de toutes mes dents. Il eut un mouvement de recul et ses yeux s'écarquillèrent en grand. Il porta sa main à son cou et desserra le nœud de sa cravate comme pour mieux respirer. Il passa et repassa ses doigts dans sa chevelure cuivrée qui était évidemment en pagaille.
« Remets-la tout de suite ! m'ordonna-t-il sévèrement.
― Non.
― Je ne plaisante pas. »
Je balançai mon sous-vêtement sur son bureau. Il déglutit en s'approchant tout doucement de moi. D'un geste malhabile, il traça le contour de ma bouche à l'aide de son index et se pencha vers moi. Les battements de mon cœur redoublèrent d'intensité et je crus un instant qu'il allait enfin perdre la partie.
Mais au lieu de m'embrasser comme je l'avais prévu, son visage dévia sur le côté et il plaqua sa joue contre la mienne.
« Si tu veux vraiment jouer, il va falloir respecter certaines règles, chuchota-t-il.
― Lesquelles ? m'enquis-je presque instantanément, conservant une immobilité parfaite.
― Pour commencer, tout doit rester entre nous, m'expliqua-t-il.
― C'est déjà le cas, lui fis-je remarquer alors qu'il agrippait ma taille.
― Tout, et peu importe comment je m'appelle, insista-t-il en déposant ses lèvres près de ma tempe. Deuxièmement…
― Interdiction de fréquenter d'autres filles, le coupai-je impoliment, n'ayant pas l'intention de partager ce bel homme avec mes rivales.
― Quoi ? s'étonna-t-il en reculant légèrement la tête.
― Je trouve ça logique, lui dis-je gênée tout en évitant son regard.
― Et pourquoi ?
― Ce n'est pas difficile de me résister en ayant tiré son coup quelques heures plus tôt, déballai-je paumée.
― Tu te trompes, souffla-t-il. Mais j'accepte à condition que tu fasses la même chose.
― Rassure-toi, les femmes ne m'attirent pas, plaisantai-je.
― Ne fais pas exprès de ne pas comprendre.
― D'accord, abdiquai-je, n'ayant que peu de temps à consacrer aux hommes en ce moment. Quel est ton deuxièmement ?
― Nous avons le droit d'abandonner à tout moment.
― Il n'en est pas question ! m'emportai-je. Tu vas te défiler à la première occasion.
― Parle pour toi.
― Ou alors… hésitai-je.
― Quoi ?
― Celui qui abandonne perd la partie.
― Comme tu veux, ce n'est pas comme si nous avions parié quelque chose. »
Sur ces mots, nous échangeâmes un regard qui en disait long et j'enchaînai sans attendre.
« Si tu perds, tu devras dire la vérité à tes parents à propos de nous deux.
― Tu ne peux pas me demander ça.
― Si, au contraire. »
Il ferma les yeux et s'éloigna de moi afin de reprendre ses esprits.
« S'il te plaît, tout sauf ça, reprit-il inquiet.
― Non. »
Face à mon refus, il plissa les sourcils.
« Parfait. Si tu perds, tu viens habiter chez moi pour de bon.
― Est-ce que tu réalises seulement ce que tu est en train de dire ? Cela ne rime à rien !
― Moi je trouve justement que ma proposition s'accorde parfaitement avec la tienne.
― Je ne suis pas d'accord, m'énervai-je en allant observer la rue voisine depuis la fenêtre.
― Si je comprends bien, tu sais déjà que tu vas perdre ?
― Non.
― Alors accepte, me défia-t-il.
― Tout ce que je te demande, c'est de faire éclater la vérité, m'emballai-je. Toi tu veux que j'entretienne un mensonge qui n'a ni queue ni tête !
― Ce mensonge permet à ma mère de ne plus s'inquiéter pour moi, fulmina-t-il. Je ne l'ai jamais vue aussi heureuse depuis…
― N'essaie pas de décharger ta culpabilité sur moi.
― J'ai vingt-sept ans. Je n'ai jamais été capable d'avoir une relation sérieuse. La seule femme qui ait vraiment compté pour moi était une pourriture ! »
Je me tus, découvrant sans le vouloir la face cachée de cet homme que je croyais sans cœur. Pourtant, à en croire ses paroles, il avait déjà aimé.
« Esmée attend le jour de mon mariage depuis des années, reprit-il nerveux en haussant la voix. Elle veut avoir des petits-enfants pour pouvoir les voir jouer dans son jardin. Et je n'ai pas la force de lui dire que toute cette vie ne me correspond pas. »
Perdue et déstabilisée par ses aveux, je ne bougeais pas. À présent, les raisons de son mensonge m'apparaissaient plus claires. Certes, je savais déjà que notre relation était là pour satisfaire ses parents. Cependant, je n'avais jamais pris conscience que notre mascarade était d'une si grande importance à ses yeux.
Edward ne voulait pas d'une vie de famille. Sa mère attendait cela comme le messie. En quelques sortes, le geste de son fils était beau, noble. Mais la chute allait être bien plus dure à surmonter.
« Pourquoi ? » murmurai-je craintive et curieuse à la fois.
Il se retourna vers moi.
« Pourquoi est-ce que tu ne veux pas de cette vie ?
― Est-ce que tu acceptes ? » me demanda-t-il pour faire diversion en redevenant plus ou moins serein.
Comprenant que je n'étais pas prête à lever le voile sur la mystérieuse vie d'Edward Cullen, j'acquiesçai d'un signe de tête pour lui signifier mon accord.
Au même moment, quelqu'un toqua à la porte et nous bondîmes tous deux sur place. J'allai ouvrir à notre visiteur.
« Bonjour Bella, comment vas-tu ? me salua Jasper en entrant dans la pièce.
― Super.
― Ed, qu'est-ce que tu fais ? reprit-il en observant Edward qui était en train de fourrer quelque chose dans sa poche.
― Rien. Quoi de neuf ?
― Pas grand chose. J'ai un dossier pour vous, poursuivit-il en tendant une pochette plastique à son ami. Tout est expliqué en première page.
― Parfait.
― À plus tard. »
Jasper disparut tout aussi vite qu'il était arrivé. Edward ressortit ma culotte (que j'avais oubliée) de la poche arrière de son pantalon et la déplia précautionneusement.
« Elle est transparente, remarqua-t-il.
― Oui.
― Tu es sûre de ne pas vouloir la remettre ?
― Sûre et certaine.
― Dans ce cas, je la garde, conclut-il en la cachant dans la poche intérieure de sa veste. Elle me sera utile ce soir.
― Ce soir ?
― Oui, lorsque je me caresserai en pensant à toi. »
Je compris rapidement que notre petit jeu ne faisait que commencer. Je souris en me mordant la lèvre.
Imaginer Edward en train de se masturber était déjà bien excitant. Le savoir en train de penser à moi m'euphorisait complètement.
À l'heure du déjeuner, Alice, Rosalie et moi nous retrouvâmes au café du coin pour manger un morceau. Après m'avoir convaincue, Rose téléphona à Emmett pour que les hommes se joignissent à nous. Mes amies ne savaient pas que, depuis quelques temps, la présence d'Edward n'était plus un problème à mes yeux.
Dès leur arrivée, ma respiration se troubla. Edward prit place à ma droite et frôla volontairement mon genoux découvert.
« Que faites-vous le week-end prochain ? s'enquit soudain Alice visiblement impatiente.
― Je compte bien dormir et profiter de ma femme, lui répondit Emmett.
― Pendant trois jours ? s'étonna-t-elle.
― Trois jours ?
― Barclays ferme ses portes lundi prochain, nous rappela-t-elle. Donc je me suis dit que nous pourrions passer ses trois jours ensemble.
― Qu'est-ce que tu veux faire ?
― Ma tante possède une grande villa près de la côte. C'est l'occasion ou jamais de profiter du soleil.
― Est-ce qu'elle peut nous recevoir tous les six ?
― Oui, elle doit se rendre en France pour régler une affaire personnelle. La maison sera à nous ! Qu'en dites-vous ?
― Je suis tentée, lui avoua Rose.
― Alors moi aussi, suivit son mari.
― Tu connais déjà ma réponse, continua Jasper en lui volant un chaste baiser.
― Je trouve que c'est une super idée, ajoutai-je, en sachant pourtant que cela allait rendre les choses encore plus difficiles entre Edward et moi.
― Moi aussi.
― Génial, je vous adore ! Ça va être de la dynamite ! s'extasia Alice. Je vous propose de partir vendredi pour éviter les embouteillages sur la route. Quelles voitures voulez-vous prendre ?
― La mienne, enchaîna Edward.
― Il nous en faut au moins deux.
― Je conduirai la seconde, proposa Rosalie.
― Parfait. Nous ferons les courses sur place. »
Et pendant plus d'une heure, Alice continua à jacasser entre deux bouchées de son plat préféré : l'escalope milanaise. Quant à moi, je décrochai bien vite en rêvant de mon avenir proche où Edward occupait une place primordiale.
