Les Caprices du cœur
La haine se nourrit de peur et d'amour
Chapitre 16
À la sortie du travail, nous nous étions tous donné rendez-vous au pied de la cathédrale Saint Paul, en plein cœur de Londres. Assise sur un banc, j'attendais sagement depuis cinq bonnes minutes déjà, observant le ciel bleu de cette fin d'après-midi.
Une décapotable rouge se gara non loin de là et Rosalie sortit de l'habitacle suivie de près par Emmett qui avait revêtu un pantalon noir. Je me dépêchai de les rejoindre pour pouvoir poser mon bagage dans le coffre. Une superbe Volvo argentée ne tarda pas à faire son apparition elle aussi puis l'un des multiples taxis noirs de la ville déposa Jasper et Alice au coin de la rue.
« Qui monte avec qui ? s'enquit Edward.
― Les filles d'un côté, les mecs de l'autre, proposai-je.
― Parfait. Je vous suis puisque Alice connaît la route. »
Sans plus attendre, tout le monde prit place à bord d'une automobile et le périple commença.
« Alors les filles, quoi de neuf ? commença Alice enjouée et, comme toujours, agitée.
― Pas grand chose, songeai-je.
― Bob ? s'enquit-elle.
― Non, c'est finit.
― Finit comment ?
― Finit comme terminé.
― Dommage, ajouta Rosalie.
― Tant mieux, la rectifiai-je. Et vous ?
― Jasper m'a offert ce bracelet, reprit Alice en me montrant son poignet.
― Très joli, la complimentai-je. C'est de l'or blanc ?
― Oui.
― Et toi Rose, comment ça se passe avec Emmett ?
― Bien, nous répondit-elle aussitôt, l'air enjoué.
― Dis-nous en plus, insista notre amie. Est-ce que le mariage a changé quelque chose entre vous ? Il paraît que…
― Je l'aime encore plus » sourit-elle.
Et dans le rétroviseur, je vis ses yeux pétiller de bonheur.
« Est-ce que tu nous caches quelque chose ? lui demandai-je plus sérieusement en passant la tête entre les deux sièges avant.
― Non, tenta-t-elle.
― Tu mens, j'en suis sûre ! réalisa Alice.
― Bon d'accord…
― Explique-nous.
― Je suis enceinte » nous avoua-t-elle finalement en se mordant la lèvre tant son excitation était grande.
Alice et moi échangeâmes un regard surpris avant de reporter notre attention sur notre amie.
« Depuis quand ?
― Quelques semaines je pense.
― C'est génial Rose !
― Oui, c'est merveilleux. Je suis tellement contente pour toi, ajoutai-je.
― Est-ce qu'Emmett est au courant ? s'enquit Alice.
― Pas encore, j'attends d'en être certaine.
― Est-ce que tu as vu un médecin ? lui demandai-je.
― La semaine prochaine.
― Ton homme va être fou de joie !
― Oui. »
Nos conversations se diversifièrent, Rose alluma la radio et Alice trouva toutes sortes d'absurdités à raconter.
Après deux heures de route, elle se gara sur le bas-côté pour faire une pause. Les mecs nous rejoignirent quelques minutes plus tard.
« Vous êtes déjà fatiguées ? plaisanta Jasper.
― Il faut croire.
― Est-ce que quelqu'un a quelque chose à grignoter ? s'enquit Rose.
― Heureusement que ton mari est prévoyant, lui répondit Emmett en fouillant dans un grand sac plastique.
― Merci. »
Ils s'installèrent tous deux sur la banquette arrière du cabriolet. Ne voulant pas les déranger, je m'assis sur le capot de la Volvo, sous le regard sévère de son propriétaire.
« Ne t'inquiète pas, je ne vais pas l'abîmer, lui dis-je agacée. Est-ce que nous sommes bientôt arrivés ? continuai-je à l'intention d'Alice.
― Nous avons fait la moitié du chemin.
― Seulement la moitié ?
― Et oui. »
Sans trop tergiverser, nous reprîmes la route. À l'entrée de Camborne, Alice guida Rose et nous nous arrêtâmes une seconde fois pour faire quelques courses. Nous traversâmes ensuite la ville en gardant un œil sur Edward qui nous suivait toujours. Nous nous enfonçâmes dans une campagne profonde, roulant sur des chemins de terre peu commodes. Puis enfin, au milieu de toute cette verdure apparut une importante demeure construite en pierre.
« Nous y sommes ! » s'exclama Alice toute fière.
Je sortis de l'auto et observai les alentours avec délectation.
« Tu ne nous avais pas dit que la villa de ta tante était un château, remarqua Emmett dès son arrivée.
― Époustouflant, ajouta Edward en admirant les lieux.
― Et encore, vous n'avez rien vu. Venez. »
Nous suivîmes Alice de près. Elle déverrouilla la grande porte d'entrée et nous pénétrâmes dans le hall de la maison qui n'était pas moins impressionnant que l'extérieur.
« Alors voilà la cuisine, nous expliqua-t-elle en ouvrant les volets de ladite pièce. La salle à manger est juste à côté, suivez-moi. »
De pièce en pièce, mon émerveillement s'accrut.
Le rez-de-chaussée comportait les pièces à vivre principales ainsi qu'une salle de jeu. Au premier étage, un long couloir donnait accès à quatre chambres spacieuses qui possédaient chacune une salle de bains privée. Un long balcon décorait la façade sud. La vue était splendide : des arbres, des champs et pas le moindre vis-à-vis.
« Qu'en pensez-vous ? conclut Alice.
― J'adore. Merci de nous avoir emmenés ici.
― De rien. Allons chercher nos bagages. »
J'attrapai ma valise dans le coffre de la décapotable et la déposai dans la première chambre qui s'offrait à moi. Rose et Emmett s'installèrent à côte de moi, Jasper et Alice en face et Edward à l'opposé.
Une fois réunis au rez-de-chaussée, Alice se mit aux fourneaux aux côtés d'Emmett qui insista pour préparer un bon plat de pâtes. Rose mit le couvert sur la grande table du jardin, Jasper alluma les bougies censées faire fuir les insectes de mauvaise augure.
« Tu es prête ? me demanda Edward en profitant de notre moment de solitude pour me parler.
― Pour quoi faire ?
― Pour emménager chez moi lundi ? reprit-il sûr de lui.
― Ne rêve pas trop, le refroidis-je. Prépare-toi plutôt à dire la vérité à tes parents. »
Il grimaça exagérément.
« À table ! » cria Alice.
Je m'installai face à Edward en bout de table et bus un grand verre d'eau fraîche avant de me servir. Je lui passai le plat, il me l'arracha des mains.
« De rien, dis-je en mettant l'accent sur sa politesse excessive.
― Bon appétit » nous souhaita Rose.
Emmett et Jasper entamèrent une discussion passionnante sur le sport, les filles parlèrent mode. Pour ma part, je mangeai en silence, croisant et recroisant le regard noir de mon voisin. Je léchai ma fourchette sensuellement pour le provoquer. Il retira son tee-shirt en un claquement de doigts et je déglutis en admirant sa peau pâle qui brillait avec magnificence grâce aux reflets de la Lune.
« Il fait chaud, se justifia-t-il auprès de nos amis qui le regardaient étrangement.
― Pas vraiment, lui répondit Alice en déposant bientôt des yaourts au centre de la table.
― Tu as acheté des cônes au chocolat, non ? m'enquis-je.
― Oui, mais ça fait froid pour le soir…
― Je vais quand même en prendre un.
― Toi aussi tu trouves qu'il fait chaud ? s'étonna Emmett.
― Oui. Personne d'autre n'en veut ?
― Non merci. »
En cuisine, je me recoiffai rapidement et déboutonnai le deuxième bouton de mon chemisier. Je retournai dehors quelques secondes plus tard, l'arme à la main.
Je déballai mon dessert et donnai un premier coup de langue sur la glace. Edward me fixa impassible, je continuai.
« Excellente » chuchotai-je pour lui seul.
Il ébouriffa ses cheveux et s'agrippa au rebord de la table. Je léchai le cône avec plus d'avidité, Edward poussa un juron indescriptible lorsque je le pris à pleine bouche. Voulant l'achever, je déposai un peu de glace sur mon index et suçai mon doigt en gardant le regard rivé sur lui. Il renversa son verre d'eau et le brisa en deux au coin de son assiette.
« Merde. Je reviens, conclut-il en disparaissant à la vitesse de l'éclair.
― Qu'est-ce qui lui arrive ? se demanda Rosalie.
― Aucune idée. »
Il réapparut après un long moment, visiblement plus serein. Il essuya ses dégâts et ramassa les morceaux de verre. Je le regardai faire interdite.
« Je suis désolé pour le verre de ta tante, s'excusa-t-il auprès d'Alice.
― Ne t'en fais, elle en a des dizaines et des dizaines. »
Après avoir papoté pendant plusieurs heures, tout le monde décida d'aller se coucher. Je m'enfermai dans ma chambre et allai prendre une douche rapide dans la salle de bains attenante. J'enfilai un débardeur à fines bretelles ainsi qu'un short noir puis filai me mettre dans le lit.
« Oui, oui, encore » entendis-je crier depuis l'autre côté du mur après vingt minutes de silence.
J'écarquillai les yeux et me redressai légèrement pour être certaine d'avoir bien entendu.
« Oui, comme ça. »
Je refermai le bouquin que j'étais en train de lire et me relevai pour aller cogner contre le ciment. Les gémissements s'amplifièrent et je me bouchai les oreilles.
« Merde » grognai-je, n'ayant pas le cœur à écouter les ébats érotiques de mes amis.
Je cherchai mon baladeur dans mon sac, en vain. Alors, ne supportant plus ce vacarme, je quittai ma chambre et rejoignis le rez-de-chaussée pour regarder la télévision.
« Qu'est-ce que tu fais là ? m'étonnai-je en voyant Edward allongé sur le canapé.
― Et toi ?
― Je n'arrivais pas à dormir à cause…
― Alors toi aussi tu les as entendus, me coupa-t-il en s'asseyant plus correctement.
― Oui. »
Je m'installai à côté de lui.
« Ils sont insupportables. »
J'attrapai la télécommande qui traînait par terre et changeai de chaîne.
« Arrête, protesta Edward en reprenant la manette. Je te signale que je suis en train de regarder un match.
― Je déteste le soccer, par pitié change !
― Non, j'étais là avant toi, continua-t-il en se renfonçant dans le canapé.
― Allez, insistai-je. Tout sauf ça.
― Non.
― S'il te plaît.
― Non. Bon d'accord mais c'est moi qui choisit le programme » céda-t-il.
Il zappa rapidement et tomba sur un film d'horreur particulièrement sanglant qui me fit froid dans le dos.
« Parfait.
― Change.
― Pourquoi ? s'enquit-il.
― C'est nul, répliquai-je.
― Dis plutôt que tu as peur.
― N'importe quoi.
― Ne t'inquiète pas, je suis là pour te protéger, termina-t-il en riant.
― Idiot » souris-je à mon tour en lui offrant une tape sur le torse.
Il passa son bras autour de mes épaules et me rapprocha de lui. Je nichai mon visage dans son cou en humant son odeur le plus discrètement possible.
Dès les premières minutes, je me cachai les yeux pour ne pas voir les horreurs qui défilaient sur le petit écran. Edward en profita pour me serrer encore plus fort.
« Je déteste ce film » lui avouai-je.
Je m'agrippai à son chandail et posai mes jambes sur ses genoux pour me sentir plus en sécurité et profiter de sa chaleur. Il plaça sa main droite près de mes chevilles et commença à me caresser tout doucement. Ses doigts tracèrent des dessins imaginaires, il s'amusa à effleurer ma peau nue du bout de l'index pour me donner la chair de poule. Il atteignit mes genoux puis mes cuisses. Je frissonnai d'un coup sec.
« J'ai froid, inventai-je pour ne pas admettre la vérité.
― Je peux te réchauffer si tu veux, reprit-il d'un air triomphant.
― Je vais m'en passer. »
Il grogna pour simple réponse et je reportai mon attention sur le film, sursautant une fois de plus à la vue d'un crime. Puis le générique de fin défila sous nos regards ébahis et nous restâmes encore quelques secondes collés l'un contre l'autre avant de nous détacher.
« Tu crois qu'ils ont fini ? me demanda-t-il.
― J'espère ! »
Il me suivit jusqu'au premier étage. Je tendis l'oreille mais aucun bruit ne m'alerta.
« Je crois que c'est bon maintenant, murmurai-je.
― Oui.
― Bonne nuit » ajoutai-je en ouvrant la porte de ma chambre.
Il me retint par le bras et me pressa contre lui sans me demander mon avis. Sa bouche fondit tout à coup sur la mienne et ma respiration devint erratique. Il m'embrassa juste quelques secondes. Quelques secondes qui suffirent à me rendre folle.
« Fais de beaux rêves » me nargua-t-il en disparaissant aussitôt.
•
Allongés sur nos serviettes de plage, à quelques pas de la mer, Edward et moi nous dévisagions sans mot pendant que nos amis papotaient ensemble.
« Je peux prendre ta crème solaire Bella ? m'interpella Rose.
― Oui, elle est dans mon sac, lui répondis-je sans bouger pour ne pas rompre le contact entre lui et moi.
― Laisse-moi faire ma chérie, ajouta Emmett.
― Viens dans l'eau avec moi » termina Alice en s'adressant sûrement à Jasper.
Toujours immobiles, Edward et moi étions captivés l'un par l'autre. La frustration qui me rongeait depuis quelques temps devait être palpable puisque je devinais la sienne dans l'iris de ses yeux. Mais il y avait autre chose que je n'arrivais pas à déchiffrer.
« Vous restez là ? s'enquit Rosalie en s'accroupissant entre nous, sur la serviette d'Alice.
― Oui, trancha Edward sans prendre mon avis en compte.
― Parfait, Emmett et moi allons promener. Je compte sur vous pour surveiller les sacs.
― D'accord. »
Le silence revint. Je continuai à fixer Edward en le détaillant de bas en haut.
Il était allongé sur le dos ce qui me permettait de contempler son torse nu qui reflétait la lumière du soleil de manière étonnante. Il portait un vulgaire short de bain aux motifs bleus qui laissait entrevoir ses aines. Quelques poils clairs traçaient une ligne imaginaire sur son bas ventre, disparaissant plus bas, sous le tissu de son maillot. Si nous avions été sur une plage tropicale, sans personne autour de nous, je lui aurais très certainement sauté dessus et il aurait alors gagné son pari.
Mais nous n'étions ni sur une plage tropicale, ni isolés des autres. Aussi, je résistais plus facilement à mes envies, ne pouvant me résigner à perdre la face.
Décidant d'adopter une position similaire à la sienne, je balançai mes bras dans mon dos pour essayer de rattacher le haut de mon maillot que j'avais défait pour bronzer. Il me regarda faire.
« Tu peux m'aider ? lui demandai-je après plusieurs tentatives vaines.
― Non.
― S'il te plaît. »
Il quitta finalement sa serviette pour venir s'agenouiller près de moi. Il fit une belle ganse avec les ficelles de mon maillot et j'osai enfin me retourner.
« Merci. »
Il retourna à sa place et chaussa sa paire de lunettes noires.
« Ma mère te passe le bonjour. Elle m'a appelé ce matin, commença-t-il.
― Elle va bien ?
― Oui.
― Tant mieux.
― Elle veut rencontrer tes parents, m'avoua-t-il ensuite quelque peu hésitant.
― QUOI ? m'affolai-je en me redressant sur mes coudes. Tu es malade ! Il est hors de question que je mêle Charlie et Renée à cette histoire délirante ! »
Tous les regards alentours se braquèrent sur nous et Edward sourit d'un air mal assuré pour ne pas les alerter.
« Ne t'énerve pas, me tempéra-t-il en venant s'installer à quelques centimètres de moi. Tout le monde nous regarde.
― Je m'en fiche ! Qu'est-ce que tu lui as répondu ?
― Je lui ai simplement dit que j'allais t'en parler.
― Mais tu es con ou quoi ? m'énervai-je en m'asseyant à mon tour.
― Non ! s'emporta-t-il lui aussi. Par contre toi, il est clair que tu as une case en moins !
― Je t'interdis de me parler comme ça !
― Je fais ce que je veux, se rebiffa-t-il.
― Qu'est-ce qui se passe ici ? nous demanda Jasper qui revenait trempé.
― Je vous ai entendus crier à l'autre bout de la plage, nous fit remarquer Alice en poussant Edward qui s'était installé sur sa serviette.
― Rien, laissez tomber, leur conseillai-je en lançant un regard assassin à mon coéquipier.
― Je vais me baigner » ajouta ce dernier en disparaissant aussitôt.
Je suivis sa trace jusqu'à ne plus l'apercevoir du tout. Mon amie m'interrogea quant à la raison de notre dispute, je haussai les épaules pour simple réponse.
« Votre relation ne s'améliore pas, ajouta-t-elle en s'essuyant.
― Comme tu dis, soufflai-je dépitée.
― Vous devriez peut-être discuter ensemble pour chercher à comprendre ce qui ne va pas depuis le début, me conseilla-t-elle.
― Ce serait peine perdue.
― Non.
― Si.
― Pourquoi est-ce que tu le détestes tant ? me questionna-t-elle sérieusement.
― Parce qu'il me déteste ! m'exclamai-je sans hésitation.
― Et qui te dit qu'il te déteste ?
― C'est tellement évident.
― Pourtant parfois, j'ai l'impression qu'il te couve des yeux. Et tu fais la même chose sans t'en rendre compte, m'expliqua-t-elle.
― Moi ? Mais non. »
Cette révélation, qui me paraissait complètement absurde, réussit tout de même à semer la pagaille dans ma tête.
J'adorais le regarder, mais je ne le couvais pas des yeux pour autant. J'admirais simplement les traits de son visage, sa mâchoire carrée, ses lèvres fines, son regard perçant… Il y avait quelque chose en lui qui me fascinait. Ses cheveux sans doute, qu'il ne réussissait jamais à dompter correctement.
Et puis il y avait aussi son corps, sa façon de me toucher. Parce que depuis que j'avais goûté au fruit défendu, j'avais l'impression de lui appartenir. Du moins, d'une certaine façon.
Je commençais à comprendre que j'étais dépendante de lui.
Une fois la fougue passée, Edward revint vers nous, dégoulinant des pieds à la tête. Il me regarda méchamment. Je lui rendis la pareille tout en admirant sa démarche et ses allures de mannequin.
« Ça y est, tu te sens mieux ? lui demandai-je hypocritement tandis qu'il s'asseyait sur sa serviette.
― Non, tu nuis à ma santé, répliqua-t-il.
― Toi aussi. D'ailleurs j'étouffe, tu es beaucoup trop près de moi, continuai-je alors que Jasper et Alice faisaient barrière entre nous.
― Personne ne te retient ici.
― Tu as raison, je vais visiter le coin » conclus-je.
Je m'éloignai à grandes enjambées en direction des falaises typiques de la côte anglaise. Bientôt, la plage publique et fréquentée s'effaça pour laisser place à un endroit plus calme et moins bruyant. J'avançai toujours tout droit en escaladant de grosses pierres. Mais lorsque j'arrivai au pied d'un énorme rocher, ma volonté flancha quelque peu et j'hésitai quelques secondes avant d'agripper la roche glissante.
« Je n'irais pas plus loin si j'étais toi. »
Je me retournai brusquement pour apercevoir Edward.
« Va-t'en ! Je n'ai pas besoin de toi.
― J'en doute… insista-t-il en venant me barrer la route.
― Et puis d'abord, pourquoi est-ce que tu m'as suivie ? l'agressai-je.
― Pour ne pas que tu fasses de bêtises.
― Je n'ai plus cinq ans » décidai-je en le contournant pour reprendre mon avancée.
Il me retint par le bras, fermement.
« Lâche-moi.
― Non.
― Lâche-moi ! répétai-je avec plus de conviction.
― Je ne te laisserai pas partir »
Je tentai de lui échapper sans grand succès. Notre petit combat nous emmena plus près de la rive et je m'acharnai contre mon adversaire redoutable. Et puis tout à coup, je glissai sur une grosse flaque de boue, entraînant Edward dans ma chute.
Étendu sur moi, il prit appui sur ses coudes pour ne pas m'écraser trop longtemps.
« Tu es contente maintenant ?
― C'est de ta faute » répliquai-je, ma bouche à quelques centimètres seulement de la sienne.
Pendant un court instant, nous restâmes immobiles et collés l'un à l'autre. Puis je décidai de mettre un terme à tout ça.
« Laisse-moi passer. »
Mais au lieu de se relever comme je l'avais prévu, il s'assit à califourchon sur moi pour m'empêcher de bouger. Il attrapa une grosse poignée de boue et l'étala soudain sur ma joue. Je sursautai, surprise de son audace.
« Non mais ça va pas ! m'exclamai-je déroutée.
― Tais-toi, tu me saoules. »
Il recommença et cette fois-ci, je répondis à son attaque en bombardant son torse. Ses paumes glissèrent dans mon cou, sur mes bras. Je me débattis mais rien n'y fit. Il atteignit bientôt mon ventre nu et ses doigts rencontrèrent ma poitrine par mégarde.
Il s'immobilisa gêné. Je profitai de son manque d'attention pour le pousser sur le côté. Je l'enjambai à mon tour. Sans ménagement, je rassemblai le plus de boue possible pour recouvrir chaque centimètre carré de sa peau.
« Arrête, tu ne fais pas le poids.
― Tu as tort » le contrai-je en redoublant d'efforts.
Il attrapa ma taille et m'obligea à m'allonger complètement sur lui. Nos jambes se disputèrent et au final, nous nous retrouvâmes recouverts de boue des pieds à la tête.
Mon nez caressa la courbe de son cou, sa tempe, sa joue. Il me renifla lui aussi et ses mains vinrent empaumer mes fesses. Comme par nécessité, mon bassin se frotta contre le sien et je sentis son sexe tendu à travers nos maillots. Mon cœur se remit à battre plus vite, toute logique déserta mon esprit et je donnai un coup de hanches vers lui pour mieux le sentir.
« Abandonne, m'implora-t-il d'un ton bas en faisant référence au défi que nous nous étions lancé.
― Je ne peux pas. Fais-le toi, le suppliai-je à mon tour en priant pour qu'il acceptât.
― S'il te plaît Bella, j'ai tellement envie de te faire du bien. »
Je gémis à ces paroles.
« Je… Je vais me rincer » bégayai-je mal-à-l'aise en trouvant la force de me relever pour ne pas flancher.
J'entrai dans l'eau froide et commençai à me nettoyer les jambes tout en essayant de faire abstraction de ma libido. Edward me rejoignit en silence et se plaça face à moi. Il lava son torse, son visage et ses bras sans faire la moindre remarque. Immergé jusqu'au bassin, il retira ensuite son short pour le rincer grossièrement et je crus m'écrouler sur place en apercevant le haut de son pubis.
« Rhabille-toi, n'importe qui peut arriver d'une minute à l'autre, le prévins-je déconcertée, ayant bien du mal à ne pas fixer son bas ventre.
― Je m'en fiche.
― Pas moi.
― Et pourquoi ?
― Parce que.
― Parce que quoi ? insista-t-il en se rapprochant de moi.
― Arrête.
― Dis-le.
― Non.
― Dis-le…
― Non » conclus-je d'un ton autoritaire, ne voulant pas admettre que j'étais indéniablement attirée par lui.
Il rumina puis finit par remettre son maillot de façon précipitée. Soulagée, je penchai la tête sur le côté pour nettoyer mes cheveux recouverts de boue. Edward fit un dernier pas vers moi puis repoussa mes mains pour s'occuper de ma tignasse lui-même. Il massa mon crâne et démêla les nœuds que je ne pouvais pas voir. Je le laissai faire sans rechigner en essayant de ne plus penser à rien.
•
« Rejoins-moi sous le grand cerisier, à minuit. »
Après avoir relu maintes fois le message qu'Edward m'avait remis discrètement en sortant de table, j'enfilai mes sandales sans faire de bruit pour ne pas alerter les autres. Je fourrai le bout de papier dans la poche de mon jean puis ouvris la porte de ma chambre.
Une fois dehors, je traversai le grand champ situé côté nord de la demeure dans une pénombre inquiétante. Craintive, je sursautai comme une folle en entendant le cri d'un oiseau. J'accélérai ma course, peu habituée à ce genre de virée nocturne. Grâce à la luminosité de la pleine Lune, je poursuivis mon chemin. J'arrivai bientôt sous l'arbre en question et fis le tour du tronc. Personne.
« Quel con » pestai-je tout bas.
Alors que je m'apprêtais à faire demi tour, une branche craqua, les feuilles papillonnèrent puis quelqu'un m'enlaça par derrière.
« Edward ? m'enquis-je sur la défensive.
― Chut » m'intima-t-il.
Il pressa son corps contre mon échine et fourra son nez dans mon cou. Sa bouche glissa sur ma peau, ses doigts caressèrent mes cheveux. Je l'encourageai à continuer en savourant nos retrouvailles. Je ne l'avais plus vu depuis deux heures tout au plus, une éternité en somme.
« Tu es en retard, me dit-il en se détachant un peu de moi.
― Je sais. D'où est-ce que tu sors ?
― De là-haut, me répondit-il en levant l'index vers le sommet du cerisier.
― Tu voulais m'espionner ? repris-je en tournant la tête vers lui.
― Non, je regardais la mer.
― Tu arrives à voir la mer d'ici ?
― Oui. Monte, tu vas voir.
― Quoi ? Non, j'ai le vertige, lui expliquai-je tandis qu'il m'incitait à grimper.
― Allez, accroche-toi à cette branche, insista-t-il.
― Non, s'il te plaît. J'ai peur, repris-je en me raidissant.
― Tu ne risques rien, je te le promets.
― Mais je ne vois rien…
― Fais-moi confiance. »
Je fermai les yeux durant une fraction de seconde pour me concentrer. Lui faire confiance, je ne demandais pas mieux.
« D'accord » acceptai-je finalement.
Il guida chacun de mes mouvements et, malgré mon appréhension, j'atteignis mon but sans trop de difficultés. Je m'assis la première, il s'installa à ma droite en se collant volontairement à moi.
« Il n'y a rien, lui dis-je étonnée, face à un rideau de feuilles.
― Attends. »
Il poussa une branche sur le côté et j'aperçus enfin la mer, les étoiles, l'horizon.
« C'est sublime, chuchotai-je ébahie.
― Je te l'avais dit.
― Est-ce que tu emmènes toutes tes conquêtes dans un arbre en plein milieu de la nuit ? plaisantai-je.
― Pas toutes, seulement celles qui me résistent, me répondit-il en esquissant un sourire.
― Et après ça, elles tombent dans tes bras ?
― Oui toujours.
― Elles sont naïves, pas comme moi, répliquai-je pour bien lui faire comprendre que je n'étais pas du genre à me faire berner.
― Tu dis ça aujourd'hui, nous en reparlerons dans quelques jours.
― Oui, quand tes parents sauront la vérité. »
Son visage se crispa mais il ne se démonta pas pour autant.
« Ou quand les tiens viendront fêter notre crémaillère.
― Non mais je rêve ! Je t'ai déjà dit que…
― Ça va, j'ai compris » me coupa-t-il sèchement en plaquant sa paume contre mes lèvres.
Je continuai à pousser des gémissements incompréhensibles derrière sa main brûlante.
« Qu'est-ce que tu dis ? Je n'entends pas très bien » rit-il.
Alors, pour le faire lâcher prise, ma langue se balada sur sa paume salée et je chatouillai sa peau pendant quelques secondes.
« Je rêve ou tu viens de me lécher la main ? s'enquit-il en libérant enfin ma bouche.
― Non tu ne rêves pas.
― Tu es vraiment une fille bizarre, remarqua-t-il.
― Et toi tu es un mec bizarre.
― Nous sommes tous les deux bizarres donc.
― Il faut croire. »
Le silence revint, le vent souffla et je me mis à fixer le ciel avec attention.
« À quoi est-ce que tu penses ? me demanda-t-il en calant son bras dans mon dos.
― Je ne pense à rien.
― Non, tu ne peux pas ne pas penser, me contredit-il.
― Je te dis que si.
― Tu mens.
― Pourquoi est-ce tu m'as fait venir ici ? » tentai-je pour changer de sujet.
Pour simple réponse, il agrippa ma taille et me tira délicatement vers lui. Je me laissai bercer dans ses bras un moment, sans chercher à rompre notre contact. Ses mains, d'abord immobiles, se mirent à caresser mon ventre. Il releva mon tricot et dessina des arabesques autour de mon nombril.
Je frissonnais tant la sensation était grisante. Ma culotte était à coup sûr trempée et ma respiration s'emballait à chacun de ses mouvements.
« Dis… commençai-je tout bas.
― Quoi ?
― Si tu me touches sans pour autant passer à l'acte, personne ne perd, pas vrai ? m'enquis-je timidement, au bord de l'implosion.
― Essaierais-tu de me corrompre ?
― Je cherche juste un terrain d'entente.
― Dommage pour toi, ça ne marche pas » conclut-il en intensifiant ses caresses.
Lorsque mon excitation fut à son comble, je l'obligeai à arrêter afin de ne pas me laisser emporter. Il descendit de l'arbre en premier et je tombai dans ses bras peu après en manquant la dernière branche. Sur le chemin du retour, je le suivis à la trace pour ne pas me perdre. Nous entrâmes à pas de velours dans la villa endormie. Avant d'emprunter l'escalier, il s'immobilisa.
« Viens coucher dans mon lit, chuchota-t-il.
― Risque pas, lui répondis-je aussitôt.
― Juste pour dormir, précisa-t-il.
― Mon œil, tu vas encore profiter de la situation.
― Et alors ? Je te croyais assez forte pour résister.
― Bonne nuit. »
Je le contournai et disparus dans ma chambre sans un parole de plus. Une fois à l'abri, je m'appuyai contre le mur pour reprendre mon souffle. Plus ou moins déboussolée, je me mis en pyjama rapidement et me démaquillai ensuite sans faire de bruit. Au lieu de m'allonger directement sous la couette, je m'assis sur le rebord du lit pour réfléchir.
La vérité était telle : je mourrais d'envie de le rejoindre, même si ce n'était que pour dormir près de lui. Mon corps réclamait déjà le sien, sa voix me manquait, ses mains aussi. Parallèlement, nos câlins improvisés rendaient la situation très délicate et je savais parfaitement que je courrais à ma perte si je continuais ainsi.
Sur cette dernière pensée, je me relevai pourtant et refermai la porte derrière moi en me dirigeant vers sa chambre. Après avoir traversé tout le couloir, je me ravisai en rebroussant chemin dans le noir. Et lorsque je fus de retour dans ma chambre, je ressortis une nouvelle fois complètement indécise.
Je me postai face à sa porte en silence, sans rien faire. Puis sans prévenir, celle-ci s'ouvrit à la volée et Edward apparut. Il me regarda surpris, je haussai les épaules.
Nous nous dévisageâmes jusqu'à sursauter à l'unisson en entendant la voix de Jasper depuis la pièce voisine. Edward agrippa mon bras et me poussa à l'intérieur en refermant sa chambre à clef derrière moi. Il éteignit la lumière pour ne pas alerter nos amis et m'entraîna avec lui sur son lit défait.
« Tu as changé d'avis ? murmura-t-il à mon oreille.
― Seulement pour dormir » m'empressai-je d'ajouter.
Hésitante, je posai finalement ma tête sur son épaule pendant qu'il rabattait la couette sur nous. Nos jambes se mélangèrent, nos mains se lièrent. Ma bouche caressa sa clavicule et, complètement euphorique, je m'endormis en écoutant les battements de son cœur.
