Les Caprices du cœur
La haine se nourrit de peur et d'amour
Chapitre 17
Sans faire de bruit, je repoussai la main d'Edward qui avait atterri sur mon sein pendant la nuit. Je m'éloignai tout doucement de son corps bouillant et m'assis sur le rebord du lit à la recherche de mes pantoufles.
« Qu'est-ce que tu fais ? » chuchota une voix veloutée encore endormie.
Des doigts moites encerclèrent mon poignet et le matelas trembla.
« Désolée, je ne voulais pas te réveiller, m'excusai-je gênée en tournant la tête vers mon adversaire.
― Où est-ce que tu vas ?
― Dans ma chambre, il est bientôt huit heures. Les autres ne vont pas tarder à se lever » lui expliquai-je rapidement.
Sans prendre en compte mes avertissements, il m'obligea à me rallonger près de lui et vint me surplomber en encerclant mon visage à l'aide de ses bras.
« Reste encore un peu, insista-t-il.
― Je ne peux pas » murmurai-je sans grande conviction.
Il embrassa ma joue, ma tempe puis mon nez. Son bassin se rapprocha dangereusement du mien et je sentis son érection matinale pointer dans ma direction. Je me tortillai et frottai mes cuisses l'une contre l'autre afin d'apaiser le feu qui rongeait mon bas ventre depuis quelques minutes déjà.
« Tu tiens le coup ? me nargua-t-il en usant de sa posture pour me dominer.
― Allez, pousse-toi. J'ai des choses à faire » décrétai-je en me libérant de son étreinte pour l'empêcher d'en faire plus.
Plus ou moins prête, j'entrouvris la porte et glissai ma tête dans l'entrebâillement en constatant soulagée que la voie était libre.
« À tout à l'heure » souffla Edward.
Je m'engageai dans le corridor et, au même instant, Emmett apparut face à moi.
« Bella ? Je rêve ou tu viens de sortir de la chambre d'Edward ? s'enquit-il paumé.
― Non, je… En fait… » hésitai-je rouge de honte.
Edward débarqua dans le couloir la seconde suivante. Il se pencha vers moi l'air furibond et je reculai d'un pas inquiète, ne comprenant pas son soudain changement de comportement.
« Ne t'avise plus de venir me réveiller ! cria-t-il hors de lui. Le voilà ton foutu coussin, continua-t-il en brandissant un oreiller dans les airs.
― Qui est-ce qui crie comme ça ? s'étonna Rose en déboulant de nulle part.
― Personne, enfin…
― Bonjour la charité, si j'avais su je ne t'aurais rien demandé » reprit Edward en m'offrant un clin d'œil discret.
Je compris tout à coup à quoi rimer son petit manège. Il inventait un prétexte pouvant justifier ma venue dans sa chambre après avoir entendu Emmett me poser la question.
« Que se passe-t-il ici ? baragouina Jasper en sortant de la pièce voisine avec Alice.
― Rien. Monsieur m'a emprunté un coussin hier soir et il s'énerve parce que je reviens le chercher ! m'emportai-je à mon tour en jouant le jeu.
― J'avais mal au dos ! se justifia-t-il.
― Calmez-vous, ce n'est qu'un coussin après tout, nous tempéra Emmett.
― Au lieu de me remercier, il m'engueule, continuai-je faussement outrée.
― Tu aurais pu attendre quelques heures de plus pour venir le chercher, répliqua-t-il mauvais.
― En effet, pourquoi est-ce que tu es debout si tôt ? me demanda Alice en se grattant la tête.
― Je n'avais plus sommeil. Contrairement à vous, moi je dors la nuit, ajoutai-je, prête à exploser de rire d'une minute à l'autre.
― Merci, tu nous as déjà passé un savon hier matin, pas la peine d'en rajouter, protesta Rosalie. D'ailleurs cette nuit, j'ai été silencieuse.
― Pas de détail s'il te plaît, la supplia Jasper.
― Bref, je retourne dormir, décida Emmett.
― Au fait, à quelle heure est-ce que nous partons ? s'enquit Rose.
― En début d'après-midi, non ?
― D'accord.
― Je vais faire du café, conclus-je.
― Je viens avec toi. »
Tout le monde se dispersa, Alice et moi rejoignîmes le rez-de-chaussée pour préparer le petit déjeuner.
« Bizarre cette histoire d'oreiller » songea-t-elle en déposant une pile de bols sur la table de la cuisine.
Je ne relevai pas, préférant ne pas éveiller ses soupçons.
« Est-ce qu'il reste des œufs ? lui demandai-je l'air de rien en ouvrant le frigo.
― Non. »
Déçue, je me contentai du restant de céréales qui traînait au fond d'un placard.
Plus tard dans la journée, tout le monde s'activa pour redonner une allure convenable à la maison. Je nettoyai ma chambre de fond en comble après avoir fait ma valise. J'aidai ensuite Jasper à ranger le salon puis Alice me réquisitionna pour balayer la terrasse.
Au moment du décollage, Rosalie, Emmett, Alice et Jasper décidèrent de se regrouper dans la décapotable rouge pour plus de facilité à l'arrivée étant donnée qu'ils habitaient tous les quatre dans le même quartier. Malgré mes réticences, je déposai mon bagage dans la voiture d'Edward. Je m'installai à côté de lui sans un mot.
« Je passe devant, dit-il à Rosalie en abaissant sa vitre.
― Comme tu veux.
― Tu te rappelles de la route ? lui demanda Alice.
― Oui.
― Parfait, ne vous disputez pas trop tous les deux ! »
Il démarra en trombe et la poussière vola. Il sema très vite nos amis, fier de pouvoir rouler comme il l'entendait contrairement à l'aller où il avait dû suivre le rythme de Rose.
Le silence persista durant de longues et interminables minutes et j'en profitai pour observer Edward du coin de l'œil, l'eau à la bouche.
Il fixait l'horizon d'un regard impassible, les mains crispées sur le volant. Les premiers boutons de sa chemise étaient défaits et le pantalon qu'il portait lui allait à la perfection.
« Arrête de me reluquer, me dit-il tout à coup.
― J'ai mieux à faire » mentis-je.
Il sourit, je me mordis la joue confuse en reportant mon attention sur le paysage.
« Cet endroit ne me dit rien, tu es sûr de connaître la route ? m'inquiétai-je.
― Certain. »
Pourtant, plus nous étions censés nous rapprocher de Londres, plus j'avais l'impression de m'en éloigner.
« Edward, nous n'avons traversé aucune forêt à l'aller, insistai-je tandis que nous roulions dans les bois.
― Arrête de t'inquiéter pour rien.
― Est-ce que tu as une carte ?
― Une carte ?
― Oui, une carte routière, m'impatientai-je.
― Dans la boîte à gants. »
Je dépliai bientôt le plan sur mes genoux afin de repérer notre position.
« Où sommes-nous ? lui demandai-je.
― Quelque part en Angleterre, me répondit-il avec désinvolture.
― Merci, je suis rassurée maintenant, rétorquai-je ironiquement. Est-ce que tu vois des panneaux ?
― Aucun.
― Nous sommes perdus, déclarai-je.
― Mais non, passe-moi cette carte, cria-t-il en freinant brusquement.
― Tu es fou, ne t'arrête pas en plein milieu de la route !
― Tu vois des voitures ? s'enquit-il en s'emparant du plan.
― Non mais…
― Alors tais-toi. »
Énervée, je croisai les bras et poussai un juron indescriptible.
« Je pense que…
― Que ? l'interrompis-je promptement.
― Il doit y avoir une intersection à quelques kilomètres de là. »
Il redémarra sans attendre et la force centrifuge m'arracha une grimace. Les arbres se succédèrent, toujours plus grands. La route goudronnée laissa place à un chemin de terre peu commode et pour couronner le tout, le ciel se voila.
« Et ton intersection, où est-elle ?
― J'ai dû me tromper » me dit-il en se mordant la lèvre.
Cette fois-ci, il se gara sur le bas-côté et coupa le moteur.
« Je reviens.
― Où est-ce que tu vas ? lui demandai-je.
― Je vais pisser.
― Ce n'est pas le moment ! » m'emportai-je.
Il claqua la porte sans me prêter cas et disparut derrière un grand chêne. Le tonnerre gronda, je sursautai. Edward revint au pas de course en se frottant les mains.
« Ne me regarde pas comme ça, j'ai juste voulu prendre un raccourci, m'expliqua-t-il en se réinstallant dans son siège.
― Un raccourci ? UN RACCOURCI ? hurlai-je à bout de nerfs.
― Oui, un raccourci. Tout le monde peut se tromper !
― Qu'est-ce que tu comptes faire ?
― Je vais trouver une solution.
― Laquelle ?
― Je ne sais pas encore.
― Commence par fermer ta vitre, il ne va pas tarder à pleuvoir si tu veux mon avis.
― Pour l'instant il ne pleut pas, ne dramatise pas toujours tout ! »
Comme pour compléter ses paroles, la pluie commença à tomber et un éclair déchira le ciel. Une coup de vent impétueux s'engouffra dans l'habitacle, je me mis à trembler de froid. Edward remonta sa vitre puis me regarda durement avant de se masser les tempes. L'orage empira, l'averse devint de plus en plus violente.
« Attendons que ça se calme, suggéra-t-il. Nous sommes à l'abri dans la voiture. »
J'acquiesçai silencieusement en enfilant un petit gilet.
« Et dire que nous sommes en plein été, remarquai-je.
― Comme tu dis. »
Il alluma le chauffage puis frictionna ses bras.
« Tu n'as pas arrêté de gigoter cette nuit, reprit-il d'un ton bas.
― Moi ?
― Et je ne préfère même pas te dire ce que tu as essayé de faire, continua-t-il suspicieux.
― Qu'est-ce que j'ai essayé de faire ? m'inquiétai-je.
― Si tu savais…
― Parle !
― Non.
― Allez, tu en as trop dit maintenant, tentai-je.
― Inutile d'insister. Je garde ça pour moi, décida-t-il en souriant.
― De toutes façons, je sais bien que tu m'as pelotée pendant que je dormais, me renfrognai-je.
― Tu délires.
― Absolument pas. »
Peu à peu, la pluie cessa, l'orage s'éloigna et quelques rayons de soleil revinrent briller dans le ciel. Nous reprîmes la route sans attendre.
« Arrête-toi, il y a un bar là-bas ! » m'exclamai-je, heureuse de retrouver un semblant de civilisation.
Pour une fois, Edward m'écouta sans rechigner et nous entrâmes bientôt à l'intérieur d'une petite salle quasiment vide. Nous nous installâmes face à face autour d'une table rustique et la serveuse vint prendre notre commande. Lorsque nos deux chocolats chauds furent servis, j'exposai notre problème à cette jeune femme.
« Pas étonnant que vous vous soyez perdus en passant par la forêt. Vous n'êtes pas les premiers, rit-elle.
― Où est-ce que nous pouvons rejoindre la nationale ? lui demanda Edward.
― À dix kilomètres d'ici, en continuant toujours tout droit.
― Parfait. Combien faut-il de temps pour arriver à Londres ?
― Vous y serez dans deux heures.
― Merci. »
En fin de compte, Edward se gara en bas de chez moi aux alentours de vingt heures. Il sortit de la voiture pour ouvrir le coffre, j'attrapai ma valise d'une main fébrile.
« Bon, à demain, commençai-je hésitante.
― Oui. »
Je le regardai un moment avant de m'éloigner à reculons, une boule au ventre.
Arrivée chez moi, je m'immobilisai en plein milieu de l'entrée en réalisant qu'il me manquait déjà. Et par dessus tout, j'avais envie de lui. Il régnait comme un sentiment d'insatisfaction en moi. J'avais beau vouloir me persuader du contraire, ses baisers, ses mains, son corps me hantaient.
Prise d'une pulsion incontrôlée, je repris mon bagage encore intact et refermai mon appartement à clef avant de dévaler les escaliers comme une dingue.
Déçue de constater qu'il était déjà parti, je montai à bord de mon auto en vitesse. J'empruntai des ruelles peu fréquentées pour arriver plus vite. Je klaxonnai sans raison et criai même sur des automobilistes qui ne pouvaient pas m'entendre. Je me garai soulagée au pied de son immeuble et me dépêchai de rejoindre son palier. Je tambourinai à sa porte sans ménagement et il vint enfin m'ouvrir.
Et tout à coup, je me pétrifiai. Mon empressement cessa d'une seconde à l'autre et je le dévisageai impunément, ne sachant plus que dire ni que faire. Il ne dit rien et se contenta de m'interroger du regard, tout aussi surpris que moi par ma venue.
J'ouvris la bouche pour parler mais aucun son n'en sortit. Honteuse, je rebroussai chemin et plaquai ma paume contre ma poitrine qui tambourinait à mille à l'heure.
« Bella, attends ! » cria-t-il.
Je ne me retournai pas.
« Ne pars pas » ajouta-t-il.
Il se mit à courir lui aussi. Malgré mon avance, il me rattrapa dans la cage d'escaliers et saisit brusquement mon poignet pour me retenir. Je stoppai mon avancée par force et baissai la tête, n'osant pas le regarder.
« Pourquoi est-ce que tu es là ? s'enquit-il d'une voix douce et inhabituelle.
― Je n'aurais pas dû venir, maugréai-je en voulant me défaire de son emprise. Laisse-moi partir.
― Réponds-moi » insista-t-il.
J'osai relever le nez vers lui et nos regards s'emprisonnèrent.
« Tu sais combien je te hais, commençai-je en retrouvant mes esprits.
― Plaisir partagé, répliqua-t-il ironiquement.
― Tu as gagné, j'ai craqué, continuai-je en augmentant le volume de ma voix. Tu n'es qu'un égoïste, m'emportai-je en le poussant contre un mur.
― Explique-moi.
― Je… Je ne voulais pas te laisser partir comme ça, lui avouai-je mal-à-l'aise en faisant sortir sa chemise de son pantalon.
― Pourquoi ? s'enquit-il la gorge nouée.
― Tu me manquais déjà ! » terminai-je en hurlant, sans doute pour dissimuler mon embarras.
Je retrouvai un stoïcisme parfait, la main sur son torse. Il déglutit péniblement et me saisit brusquement par la taille pour me rapprocher de lui.
« Tu es content ? le questionnai-je durement afin de ne pas abaisser mes barrières trop tôt.
― Et toi ?
― Moi ? Je te déteste encore plus maintenant, lui répondis-je avec sincérité.
― Moi aussi, tu n'imagines même pas à quel point » répliqua-t-il les yeux noirs.
Sur ce, j'ouvris sa chemise d'un coup sec et plusieurs boutons s'échouèrent au sol.
« Tu as eu ce que tu voulais, j'espère au moins que tu vas assurer » le provoquai-je.
Je nichai mon visage près de son cou et humai son odeur sans retenue. Après plusieurs secondes de silence, j'embrassai une première fois la courbe de son cou puis sa clavicule, ses pectoraux…
« Arrête, m'ordonna-t-il tout bas en me repoussant gentiment.
― Tu n'aimes pas ? m'enquis-je à la fois vexée et déçue.
― Pas ici, bégaya-t-il en proie à un dilemme intérieur. Viens. »
J'agrippai la main qu'il me tendait et il nous enferma dans son appartement peu après. Sans perdre une seconde, je me jetai sur lui et mes lèvres rencontrèrent enfin les siennes.
Toujours impatients, nous rejoignîmes le salon au pas de course. Je pris le dessus dès le départ en l'obligeant à s'installer sur le divan le premier. Il s'exécuta septique et j'eus enfin l'occasion de m'asseoir à califourchon sur lui. Je repartis à l'assaut de son cou en me frottant déraisonnablement contre lui. Il me repoussa une fois de plus en prenant mon visage en coupe.
« Quoi encore ?
― Tu sais ce que cela signifie ? me demanda-t-il, inquiet pour son pari.
― Je n'ai pas repris ma valise pour rien » lui fis-je remarquer en essayant de contenir ma respiration affolée.
Sans lui laisser le temps de répliquer, je le débarrassai de sa chemise puis ouvris la braguette de son pantalon. Il passa ses mains sous mon tee-shirt et dégrafa mon soutien-gorge pour mettre ma poitrine à nu. Il embrassa mon sein droit, mon téton durcit presque instantanément.
« Tu me rends fou. »
Je relevai les fesses pour lui permettre de me déshabiller entièrement. En me réinstallant sur lui, j'eus enfin le courage de plonger ma main dans son boxer pour caresser son sexe. Il grogna en venant lui aussi apprivoiser mon intimité.
Quelques secondes plus tard, je m'empalai brusquement sur sa verge en gémissant sans retenue. Je lui mordis la langue tant mon soulagement fut de taille. Il grimaça et commença à se mouvoir sous moi. Je remuai toujours plus vite, toujours plus fort, prête à exploser d'une minute à l'autre.
Je me sentais vivante, en harmonie avec lui. De toute ma vie, je n'avais jamais prit autant de plaisir avec un homme. Edward avait quelque chose de spécial qui me faisait décrocher les étoiles. Mon ventre picotait, mes pensées étaient troubles et tous mes sens en alerte.
Je le vis fermer brusquement les yeux, il jouit. Je me frottai contre lui et mon paroxysme ne tarda pas à suivre. Je tremblai comme une feuille d'automne, il essuya mon front transpirant puis me serra fort. Je m'agrippai à lui comme s'il était ma bouée de secours.
« Je meurs de faim, finis-je par lui avouer au moment où mon ventre grogna.
― Qu'est-ce que tu veux manger ?
― Peu importe.
― Je vais voir ce que j'ai. »
Il renfila son boxer puis fila dans la cuisine. Je regagnai la salle de bains pour prendre une douche. Dans ladite pièce, je retrouvai quelques unes de mes affaires qui étaient là depuis le jour où Esmée et Carlisle avaient rendu visite à leur fils. J'enjambai le rebord de la baignoire et allumai l'eau. Une fois propre, j'enroulai une serviette autour de mon buste. Je démêlai grossièrement mes cheveux mouillés puis étalai une crème hydratante sur mes jambes.
De retour au salon, je m'installai à table, face à Edward, puis commençai à manger.
« J'ai gagné » me déclara-t-il tout à coup.
Je le fusillai du regard.
« Je m'en fiche, tranchai-je. Avec tout ce que je fais pour entretenir ton mensonge, tu vas devoir me traiter comme une princesse, ajoutai-je mesquine.
― Tu es une très mauvaise perdante, constata-t-il.
― Absolument pas.
― Je suis irrésistible, avoue-le.
― Loin de là, ris-je.
― Ce n'est pas ce que tu disais tout à l'heure.
― J'étais sous le coup de l'émotion, me justifiai-je.
― Quelle émotion ?
― Tu m'énerves » conclus-je.
Après avoir débarrassé la table, j'allai chercher mon bagage dans l'entrée pour le déposer dans sa chambre un peu plus tard. Je mis mon pyjama et me glissai dans son lit encore frais.
« Tu veux déjà dormir ? s'enquit Edward en me rejoignant.
― Oui.
― Je t'ai épuisée » se vanta-t-il.
Il se déshabilla sous mes yeux et mon désir pour lui revint au pas de course lorsque j'aperçus ses fesses nues. Il enfila un short en coton puis s'allongea près de moi. J'éteignis la lumière presque aussitôt pour ne pas lui montrer mon embarras.
« Ne fais pas comme la nuit dernière, me dit-il.
― Je n'ai rien fait.
― Tu n'en sais rien. Tu dormais.
― Bonne nuit. »
•
« Tu aurais pu me réveiller ! cria Edward en entrant dans son bureau à neuf heures passées.
― Chacun sa merde, lui répondis-je en souriant glorieusement.
― Bonjour à toi aussi, ironisa-t-il.
― J'ai terminé le dernier rapport que tu m'as demandé, continuai-je d'un ton professionnel.
― Pour une fois que tu termines quelque chose à temps » se plaignit-il en s'installant face à son ordinateur.
Je le regardai retirer sa veste en admirant sa classe naturelle.
« Montre-moi.
― Qu'est-ce que tu dis ? bégayai-je en sortant de mes rêveries.
― Montre-moi ce que tu viens de faire. »
Un peu honteuse, je me relevai pour lui apporter le dossier que je venais juste de clore.
« Assieds-toi » ajouta-t-il en désignant du menton la chaise réservée aux visiteurs.
J'accolai cette dernière à son fauteuil et attendis ses instructions tout en zyeutant son corps de bas en haut.
« Déficit ?
― Plus de deux millions » lui annonçai-je.
S'ensuivit tout un tas de questions du même genre auxquelles je répondis sans hésitation malgré ma maigre concentration. Le savoir si près de moi me rendait toute chose et les souvenirs de la veille affluaient par milliers à l'intérieur de mon esprit.
Aussi, lorsque ma cuisse rencontra la sienne, je frémis et stoppai le flot de mes paroles. Il se racla la gorge, je me mordis la lèvre. Presque imperceptiblement, il posa sa paume sur mon genoux dénudé et longea ma jambe en s'immisçant sous ma jupe bleue. J'entrouvris la bouche pour mieux respirer.
« Tu as la peau douce » chuchota-t-il en retrouvant une intonation calme et sensuelle.
Je fermai les yeux, transportée par ses caresses. Il atteignit ma culotte et son pouce titilla la dentelle un instant. Il m'obligea à décroiser les jambes, je m'exécutai telle un automate. Ses doigts atteignirent mon entrejambe humide, je l'entendis grogner.
« Viens là » reprit-il en me désignant ses genoux.
Je me relevai rapidement pour m'asseoir sur lui. Je passai un bras autour de son cou et posai ma tête sur son épaule.
Avec une infinie douceur, sa main revint flatter mon centre et il glissa bientôt un doigt sous le tissu de ma culotte pour pouvoir toucher mon sexe avec plus de conviction. Je tremblai sèchement au moment où il rencontra mon clitoris. Incapable de parler ni même de le repousser, j'agrippai son poignet pour l'inciter à en faire plus. Il cajola mes lèvres intimes et s'enfonça en moi lentement, comme pour me faire languir.
Sous mes fesses, je sentis son pénis augmenter de volume malgré les vêtements qui nous séparaient encore. Je me léchai les lèvres de désir puis déposai un baiser au creux de son cou.
Il continua à me masturber, mon euphorie empira. Lorsque j'atteignis mon paroxysme, je mordis fort le col de sa chemise. Il se retira de moi et porta ses doigts trempés à sa bouche pour les lécher goulûment. Encore déboussolée, je me contentai de le fixer d'un regard étonné en restant collée à lui.
Puis soudain, quelqu'un toqua à la porte. Nous sursautâmes en même temps. Je me relevai en un quart de seconde et réajustai ma jupe au plus vite. Edward sortit sa chemise de son pantalon pour pouvoir masquer la belle bosse que formait son érection.
« Oui ? » héla-t-il enfin.
Alice apparut face à nous. Elle nous dévisagea un instant avant de prendre la parole.
« La réunion a commencé depuis un quart d'heure ! Qu'est-ce que vous faites encore ici ?
― Rien, nous…
― Nous étions en train d'étudier un dossier important, me coupa mon partenaire.
― Tout le monde vous attend, ajouta-t-elle. Dépêchez-vous ! »
Sur ce, elle disparut en claquant la porte derrière elle et je retrouvai une respiration convenable.
« Allons-y, dis-je timidement à Edward.
― Je te suis. »
Une fois dans la salle de réunion, je m'installai sur l'une des dernières chaises libres. Edward s'installa à l'opposé de moi, à côté de Tanya. Comme tous mes camarades, j'allumai mon ordinateur portable pour pouvoir visualiser le site de Barclays qui avait besoin de rénovation.
Tout en écoutant les propos de Demetri d'une oreille peu attentive, mon regard s'attarda un fois de plus sur mon colocataire qui était en train de discuter tout bas avec sa voisine. Lorsque celle-ci se rapprocha un peu trop près de lui, une rage indéniable prit possession de moi. Elle lui chuchota quelques mots à l'oreille et fit disparaître l'une de ses mains sous la table.
Folle, je toussai un bon coup pour essayer d'attirer l'attention de mon coéquipier. Mais il fut le seul à ne pas lever le nez, bien trop préoccupé par Tanya.
« Tu te laisses faire ? » lui écrivis-je à l'intérieur d'un courriel.
Son ordinateur émit un son strident. Edward regarda l'écran puis se mit à taper lui aussi sur les touches de son clavier tout en jetant quelques coups d'œil furtifs dans ma direction.
« De quoi est-ce que tu parles ? me répondit-il incrédule pendant que Tanya lui caressait la cuisse (ou autre chose).
― À ton avis ?
― Tu es jalouse ? reprit-il plus sérieusement.
― Nous avons conclu un accord, tu risques d'enfreindre certaines règles, lui rappelai-je en écrivant à toute allure afin d'extérioriser ma colère.
― Le pari est terminé, il n'y a plus de règles. »
Stupéfaite, je mis un certain temps à digérer la nouvelle.
« S'il n'y a plus de règles, je retourne vivre chez moi dès demain, décidai-je sur un coup de tête.
― Hors de question. Tu restes.
― Je n'ai pas l'intention de dormir sur le canapé dès que tu ramèneras une salope chez toi ! » m'énervai-je.
Alice sursauta au moment où j'appuyai brutalement sur l'une des touches pour envoyer mon message.
« Est-ce que tout va bien ? me demanda-t-elle inquiète.
― Oui, ne t'en fais pas. »
Edward me dévisagea durement et je reçus bientôt un nouveau mail de sa part.
« Pour ta gouverne, je ne compte pas faire venir la moindre femme chez moi. Et Tanya gratte sa propre cuisse depuis deux heures. »
Je méditai cette information pendant quelques secondes. Si tel était le cas, je devais avoir l'air bien ridicule à ses yeux.
« Dans ce cas, pourquoi est-ce que tu dis qu'il n'y a plus de règles entre nous ? osai-je lui demander.
― Parce qu'il n'y en a plus.
― Pourquoi ? insistai-je.
― Tu en as besoin ?
― Je ne sais pas. Au fait, qu'est-ce que nous sommes ? tentai-je en me mordant la lèvre.
― Comment ça ?
― Tous les deux…
― Des ennemis, je suppose.
― Des ennemis améliorés ? continuai-je, profitant de notre distance particulière pour lui poser certaines questions embarrassantes.
― Des ennemis qui partagent le même lit, me dit-il.
― Est-ce que tu penses que nous sommes normaux ?
― Non, absolument pas.
― Nous devrions peut-être arrêter.
― Arrêter quoi ?
― Arrêter de coucher ensemble.
― Oui, c'est ce que nous devrions faire. Mais nous ne le ferons pas, m'affirma-t-il en me foudroyant du regard.
― Tu crois ?
― De toute façon, il est trop tard. Je ne peux plus me passer de toi. »
