Les Caprices du cœur
La haine se nourrit de peur et d'amour
Chapitre 18
J'habitais chez Edward depuis presque une semaine.
Une routine bien particulière s'était très vite installée entre nous. Dès que nous étions seuls à l'intérieur de son grand appartement, le sexe allait bon train. Notre concept d'ennemis améliorés faisait son chemin et nous profitions des plaisirs de la chair sans scrupule. En dehors de ça, nous nous disputions toujours autant.
Ce samedi matin-là, je me réveillai seule dans son grand lit. Encore nauséeuse, je me levai tout doucement et traversai le corridor pour aller aux toilettes. Je rejoignis le salon à pas de velours et les premiers accords d'une douce mélodie me parvinrent. J'entrai dans la pièce et constatai stupéfaite que, pour la première fois depuis mon arrivée, le grand piano à queue chantait sous les gestes précis de son propriétaire. Dos à moi, Edward ne me remarqua pas et continua à balader ses doigts sur les touches ivoire de l'instrument.
Torse nu, il semblait très concentré, comme le jour où j'avais assisté à sa représentation. Aucune partition ne lui faisait face. Il composait et jouait de mémoire. Je l'observais avec admiration en ressentant tout le désarroi qu'il retranscrivait grâce à la musique.
Les notes s'envolèrent dans les airs, le silence revint.
« J'adore t'entendre jouer » lui avouai-je timidement pour lui signifier ma présence.
Il se retourna brusquement et me dévisagea impoliment.
« Est-ce que ça fait longtemps que tu es là ? me demanda-t-il surpris.
― Quelques minutes seulement » lui répondis-je.
Il se releva et vint se placer face à moi.
« Comment s'appelle le morceau que tu étais en train de jouer ? m'enquis-je hésitante.
― Je ne sais pas, m'avoua-t-il.
― Tu ne sais pas ?
― Non, je viens de l'inventer. »
Il regagna la cuisine, je le suivis de près. Il déposa deux tasses sur le comptoir et les remplit aussitôt.
« Au fait, Emmett m'a appelé, ajouta-t-il nonchalamment. Il va être papa.
― Je sais.
― Tu étais déjà au courant ? continua-t-il.
― Rosalie m'en avait parlé le week-end dernier.
― Pourquoi est-ce qu'elle a attendu si longtemps pour lui annoncer la nouvelle ? me questionna-t-il perdu.
― Elle voulait voir un médecin avant de le lui dire » lui expliquai-je.
Il n'ajouta rien et se contenta de boire sa boisson chaude. Au bout de plusieurs minutes, il fronça pourtant les sourcils.
« Je les plains, dit-il tout à coup.
― Pourquoi ?
― La mariage change déjà beaucoup de choses, avoir un enfant doit être pire.
― Pourquoi est-ce que tu ne veux pas vivre tout ça ? lui demandai-je soudain, me remémorant alors ses dires de la semaine passée.
― Ça ne te regarde pas, se renfrogna-t-il en retrouvant une voix ferme et menaçante.
― Je vis avec toi. J'ai le droit d'en savoir plus, inventai-je.
― N'insiste pas, reprit-il froidement.
― Edward…
― Stop ! » cria-t-il.
Je sursautai, il manqua de faire tomber la cafetière par terre en la rattrapant de justesse.
« Qu'est-ce qui ne va pas chez toi ?
― Tout va bien chez moi ! s'énerva-t-il.
― C'est faux, tu le sais très bien. Explique-moi, je suis sûre que je peux comprendre, le tempérai-je.
― Non, personne ne peut comprendre.
― Mais…
― Laisse tomber » trancha-t-il.
Je soufflai un bon coup, déçue de ne rien pouvoir obtenir de lui.
« J'ai compris, lui dis-je d'une voix dure.
― Tu es tellement têtue, ronchonna-t-il.
― Toi aussi. »
Déstabilisée, je quittai le tabouret sur lequel j'étais perchée et allai ouvrir le frigo quasiment vide. Après avoir cherché mon pot de confiture du regard, je constatai horrifiée que celui-ci avait disparu.
« Où est ma confiture d'abricots ? m'enquis-je agacée.
― Dans mon ventre, me déclara Edward tout sourire en faisant comme si notre précédente dispute n'avait jamais eu lieu.
― QUOI ?
― Il n'y avait plus de beurre de cacahuètes, se justifia-t-il.
― Mais je m'en fiche ! Je veux ma confiture, grognai-je.
― Va faire les courses.
― Non.
― De toute façon, il n'y a plus rien à manger. Il va bien falloir que tu y ailles, me contra-t-il.
― Je suis sûre que tu vas te faire un plaisir de me remplacer, ajoutai-je.
― Peut-être pas.
― Si si, je t'assure.
― Non.
― Si.
― Non. »
Et à force d'arguments, nous nous retrouvâmes tous deux au supermarché.
Edward disparut au milieu des produits laitiers, je rejoignis le rayon beauté pour choisir un nouveau gel douche capable d'hydrater ma peau. Je me fis un plaisir de les sentir un par un pour être certaine de faire le bon choix. Après avoir hésité un certain temps, j'optai finalement pour le savon parfumé à la cerise que je déposai dans mon panier.
En me retournant, je butai contre une masse dure à l'odeur bien connue. Je relevai le nez pour apercevoir le regard noir d'Edward.
« Ne me dis pas que tu es dans ce rayon depuis que nous sommes arrivés… éluda-t-il.
― Pourquoi ? hésitai-je.
― J'ai déjà rempli le chariot alors que ton panier est encore vide ! s'emporta-t-il.
― Il n'est pas vide » le contrai-je sûre de moi en brandissant le fameux flacon sous ses yeux.
Il plissa le front.
« Est-ce que tu te fous de moi ?
― Ce n'est pas parce que j'avance lentement que je ne suis pas efficace. Qu'est-ce que tu as pris ? » repris-je en zyeutant le contenu de son caddie.
J'attrapai une bouteille de jus de carottes en grimaçant.
« Tu bois vraiment ce truc ? m'enquis-je.
― Les carottes rendent aimable, tu devrais essayer.
― Ça ne marche pas sur toi, tu devrais arrêter, répliquai-je. Tu as oublié de prendre du fromage blanc, remarquai-je ensuite en attrapant des yaourts aux fruits.
― Puisque tu es si forte, continue sans moi je t'attends ici. J'ai un shampoing à choisir » conclut-il mauvais.
Je pestai en silence avant de m'aventurer seule dans les rayons. Je choisis mes aliments favoris en remplaçant parfois certains produits par d'autres que je jugeais meilleurs.
Nous arrivâmes à la caisse après deux heures trente de courses intensives.
« Où est passé le gruyère râpé ? me questionna Edward lorsque tous nos achats furent étalés sur le tapis roulant.
― J'ai pris du parmesan à la place.
― Non mais je rêve ! J'avais pris du gruyère parce que je préfère le gruyère ! s'exclama-t-il un peu trop fort, attirant ainsi l'attention de tous.
― C'est presque la même chose au final, me rattrapai-je.
― Parfait, dans ce cas le beurre de cacahuètes peut très bien remplacer la confiture d'abricots, décida-t-il en déposant le pot orange au coin d'un étalage à bonbons.
― Ton beurre de croquettes est dégueulasse ! m'énervai-je en reprenant la confiture.
― Tu n'y comprends rien ! cria-t-il à son tour.
― Toi non plus ! »
La caissière essaya d'en placer une, sans grand succès. Les clients suivants commencèrent à s'impatienter en émettant quelques remarques désobligeantes.
« Je n'ai pas toute la journée.
― Laissez-nous passer ! ajouta un vieux ronchon. Allez vous disputer ailleurs !
― Ne vous mêlez pas de ça, lui répondis-je.
― Tenez, voici du gruyère, continua une jeune femme en sortant un paquet de son panier. Prenez-le. Prenez aussi le parmesan, la confiture, le beurre de cacahuètes et avancez ! »
Nous nous excusâmes en vitesse puis décidâmes d'écouter les conseils de cette inconnue.
De retour à l'appartement, la tension se dissipa et le calme revint peu à peu. Nous étalâmes nos achats sur la banque centrale de la cuisine. Je rangeai les produits frais au frigo, Edward s'occupa du reste.
« Qu'est-ce qu'on mange ? » demandai-je finalement en constatant qu'il était déjà plus de midi.
Mon colocataire arqua un sourcil avant de brandir le pot de farine sous mes yeux.
« De la farine ? »
Sans même une parole, il fit un pas de plus vers moi et se pencha en avant pour rapprocher ses lèvres de mon oreille.
« Tu veux bien me faire un gâteau au chocolat ? »
Je mordis ma joue.
« À condition que tu m'aides » lui répondis-je presque aussitôt.
Il acquiesça en silence puis déposa un baiser sur ma tempe, me faisant frissonner quelque peu.
« Qu'est-ce que je dois faire ? me demanda-t-il impatient.
― Sors un saladier et fais bouillir de l'eau. »
Pendant ce temps, je regroupai six œufs, du sucre, de la levure et tous les autres ingrédients nécessaires à la préparation.
Lorsque tout fut sur la table, Edward se plaça face à moi et me regarda briser une tablette de chocolat en petits morceaux pour la faire fondre. Je fis ensuite couler un peu d'huile au fond du saladier avant d'y ajouter de la farine.
« Tu peux me passer une cuillère s'il-te-plaît ? » m'enquis-je.
Mon assistant me tendit l'ustensile et je commençai à remuer la pâte.
« Il faut que tu ajoutes le sucre pendant que je mélange, repris-je.
― D'accord. »
Il s'exécuta docile. Il versa ensuite le chocolat fondu dans le plat puis les œufs. Je redoublai d'efforts pour faire disparaître chaque grumeau.
« Tu veux que je tourne à ta place ? me demanda-t-il finalement en remarquant sans doute que mon poignet commençait à faiblir.
― Oui. »
Je lui laissai les commandes et rangeai un minimum le désordre accumulé dans la pièce.
« Je crois que c'est bon » conclut-il quelques minutes plus tard.
Comme à mon habitude, je trempai mon index dans le saladier et le portai à ma bouche pour goûter au mélange. Je relevai les yeux pour apercevoir les yeux coquins d'Edward. Il hésita puis imita mon geste en léchant lui aussi son doigt. Ma température corporelle augmenta tout à coup et je rougis bêtement.
« Tu aimes ? repris-je timidement.
― J'adore » m'avoua-t-il.
Il replongea sa main dans la pâte et, cette fois-ci, j'interceptai son bras afin de sucer goulûment ses propres doigts. Il se laissa faire en me dévisageant gravement. Je l'entendis déglutir puis se racler la gorge.
« Je… » commençai-je en réalisant l'ambiguïté de mon geste irréfléchi.
Sans attendre la fin de ma phrase, il contourna la table et m'attrapa par la taille. Il fondit sur ma bouche en un temps record pour mêler sa langue à la mienne.
À bout de souffle, nous mîmes un terme à ce baiser. Edward déposa un peu de chocolat au creux de mon cou pour pouvoir lécher puis aspirer ma peau sans retenue. Mes mains agrippèrent ses cheveux, je tirai fort pour extérioriser mon désir. Une minute ou deux plus tard, il se recula de quelques centimètres pour contempler le beau suçon qui devait désormais arpenter ma jugulaire.
« Tu es fier de toi ?
― Oui » me répondit-il sûr de lui.
Il glissa ses paumes sous mon tricot et m'incita à lever les bras pour me le retirer. Je fis disparaître sa chemise dans la même foulée. Je griffai gentiment son torse nu tout en faisant couler mes lèvres le long de sa mâchoire.
Un peu téméraire, je déposai à mon tour du chocolat sur ses pectoraux pour le goûter plus intensément. Il grogna en palpant ma poitrine fermement. Je déboutonnai la braguette de son pantalon avec précipitation pour finalement découvrir son sexe quelques secondes plus tard. Du bout des ongles, je caressai sa verge palpitante en le regardant droit dans les yeux.
Ma langue lécha une fois de plus son cou, son torse puis traça un sillon imaginaire le long de son ventre. Je m'agenouillai finalement face à lui, prête à savourer tout de lui.
« Qu'est-ce que tu fais ? » s'enquit-il d'une voix mal assurée.
Sans l'écouter, mon visage se rapprocha de son centre et ma joue frôla son bas ventre. J'inspirai profondément avant d'effleurer son membre à l'aide de ma bouche. Nous frissonnâmes au même instant.
Je l'embrassai tout doucement au départ puis ma langue vint corser les choses. Je léchai toute sa longueur pour m'attarder sur son gland peu après.
« Bella. »
Je le titillai longtemps. Puis enfin, je l'avalai entièrement en mimant des allers retours avec ma tête, moi-même étonnée de prendre tant de plaisir à faire cela. Il se cramponna à mes cheveux et je le dévisageai attentivement, admirée par les traits de son visage si expressifs à ce moment-là. Mon rythme cardiaque frôla des sommets, à tel point que j'en eus presque mal.
« Mon Dieu » jura-t-il de nouveau en fermant les yeux.
Je continuai mon œuvre en redoublant d'efforts pour le satisfaire pleinement.
« Je vais venir, arrête » ajouta-t-il ensuite.
Je ne stoppai pas pour autant cette fellation qui semblait tant lui plaire.
« Bella, je veux jouir en toi » me déclara-t-il en se mordant la joue.
Il me tira vers le haut et je fus contrainte d'abandonner ma nouvelle friandise préférée. Il plaqua son front contre le mien et m'embrassa fougueusement en m'entraînant vers le salon.
Ma maladresse frappa une fois de plus et je trébuchai sur le grand tapis qui ornait la pièce. Edward tomba à plat ventre sur moi.
« Ça va ? me demanda-t-il inquiet en caressant mes cheveux.
― Oui. »
Il me sourit puis reprit le fil de nos ébats à même le sol. Il me retira mon pantalon noir puis mon string et ne perdit pas une seconde de plus pour se frotter nu contre moi.
Allongée sur le dos, j'enroulai mes jambes autour de son bassin. Il présenta son sexe à mon entrée puis me pénétra vivement. Je poussai un petit cri de soulagement tant l'attente m'avait paru interminable.
Il commença à se mouvoir en moi, d'abord lentement puis de plus en plus vite.
« Pas trop dur ? s'enquit-il entre deux coups de hanches.
― Qu'est-ce qui est sensé être dur ? le questionnai-je essoufflée, le nez dans son cou.
― Le sol. J'espère que tu n'as pas trop mal au dos.
― Puisque tu en parles… »
Voulant le taquiner jusqu'au bout, je nous fis rouler sur le côté pour me retrouver à califourchon sur lui.
« Inutile d'insister, c'est moi le plus fort » se renfrogna-t-il en nous refaisant basculer.
― Et non. »
J'inversai les rôles sans plus attendre pour pouvoir le dominer une nouvelle fois. Nous continuâmes ce petit manège jusqu'à l'orgasme.
Transpirante, je me calai contre lui pour reprendre mes esprits. Il me serra dans ses bras et déposa un baiser sur mon front.
« C'est la première fois que je fais l'amour par terre, lui avouai-je au bout de quelques minutes de silence.
― C'est la première fois que je fais l'amour sur ce tapis, répondit-il en écho à mon affirmation.
― Si je comprends bien, tu avais déjà fait ça par terre avant aujourd'hui ? en déduisis-je.
― J'adore ton sens de la déduction, plaisanta-t-il en resserrant notre étreinte.
― Combien de fois ? m'enquis-je curieuse.
― Plusieurs.
― J'avais oublié que tu étais une bête de sexe » continuai-je un peu jalouse malgré tout.
Le silence revint envahir la pièce. Nous restâmes étroitement liés sur le sol.
« Dis, repris-je.
― Oui ?
― Tu as déjà fait l'amour à trois ? osai-je lui demander.
― Pourquoi toutes ces questions ? Ma vie sexuelle avant toi t'intéresses à ce point-là ?
― Il faut croire que oui… Alors ?
― Alors oui, avec deux filles.
― C'était bien ?
― Oui, admit-il. Et toi ? Quelle est ton expérience la plus folle ? me questionna-t-il en reniflant ma chevelure.
― Rien de très intéressant de mon côté. Des relations toujours très classiques, et parfois même très chiantes.
― Je vois, rit-il.
― Ne te moque pas ! m'offusquai-je. Je suis sûre que tu t'es déjà ennuyé en faisant l'amour.
― Oui, avec toi par exemple » m'avoua-t-il d'un air sérieux.
Je relevai la tête pour pouvoir le regarder.
« Tu rigoles ou bien…
― Pas du tout, je suis très sérieux. »
J'ouvris la bouche, béate et prête à exploser. Vexée, je me détachai de lui et me relevai pour filer vers la salle à manger. Seulement, il me rattrapa deux mètres plus loin en encercla ma taille avec fermeté.
« Ne me touche plus si tu t'ennuies tant avec moi, le prévins-je en essayant vainement de le repousser.
― Bella, est-ce que tu penses vraiment que je perdrais mon temps avec toi si tu ne me faisais aucun effet ?
― N'essaie pas de te racheter.
― Je voulais juste t'embêter, me déclara-t-il. S'il y a bien quelqu'un avec qui je n'ai pas le temps de m'ennuyer, c'est bien toi. »
Il m'entraîna sur le canapé avec lui et déplia une couverture en laine sur nos corps nus.
« Puisque nous parlons de première fois, à quel âge… repris-je en voulant obtenir toujours plus d'informations sur lui.
― À seize ans, me répondit-il sans attendre la fin de ma question. Et toi ?
― Dix-huit.
― C'était comment ?
― Nul, lui répondis-je sincèrement.
― Pas étonnant, les filles ne sont jamais contentes de leur première fois. Est-ce que tu as déjà simulé ? poursuivit-il.
― Oui, malheureusement. Je suis resté quelques temps avec un mec qui était plus que nul de ce côté-là.
― Et pourquoi est-ce que tu ne l'as pas quitté alors ?
― Je pensais l'aimer.
― Tu pensais ?
― Je crois que je ne suis jamais vraiment tombée amoureuse de quelqu'un, concédai-je.
― Tu as bien de la chance.
― Qu'est-ce qui s'est passé ?
― De quoi est-ce que tu parles ? se braqua-t-il.
― Qu'est-ce qui s'est passé pour que tu penses cela ? tentai-je. Qu'est-ce qui s'est passé avec cette femme ? »
Il me dévisagea méchamment, je n'ajoutai rien.
« Je l'aimais, elle me mentait, fin de l'histoire, reconnut-il finalement sur la défensive.
― Et c'est aussi à cause d'elle que tu n'aimes pas les mariages, ni les enfants, devinai-je.
― Arrête de vouloir tout savoir, me réprimanda-t-il durement, les yeux tristes.
― J'essaye juste de comprendre qui tu es » lui avouai-je timidement.
Il souffla un bon coup puis quitta la sofa pour disparaître dans le couloir d'un pas décidé.
•
Alice, Rose et moi avions décidé de déjeuner entre filles dans un restaurant populaire situé en plein cœur de la ville. J'étais en retard. Edward m'avait retenue pendant presque une heure en prétextant avoir une folle envie de moi. J'avais cédé, comme toujours.
« Salut ! m'exclamai-je en rejoignant enfin mes amies déjà attablées dans l'un des multiples recoins de la salle. Désolée pour le retard, vous auriez dû commencer sans moi.
― Ne t'en fais pas » me rassura Alice d'un air espiègle.
Je m'assis face à elles en vitesse.
« Alors, qui ou qu'est-ce qui t'a retenue ?
― Rien de spécial, je n'ai pas vu le temps passer » inventai-je lamentablement.
Elles échangèrent un regard lourd de sous-entendus avant de reporter leur attention sur moi.
« Tu étais où ?
― Chez moi, pourquoi ? continuai-je mal-à-l'aise.
― C'est bien ce que je pensais, souffla Rose.
― Nous sommes passées te chercher il y a une heure et tu n'étais pas chez toi.
― Vous êtes passées chez moi ?
― Oui.
― Je n'étais pas là, admis-je en essayant de réfléchir à toute allure pour trouver une excuse valable.
― Et… Mon Dieu, tu as un suçon dans le cou ! s'exclama Alice en plaquant sa main contre sa bouche.
― Quoi ? Non, je n'ai rien ! me défendis-je en rabattant mes cheveux dessus.
― Bien sûr que si, montre !
― Pas question, la contrai-je tout en me reculant de plusieurs centimètres.
― Bella, avec qui as-tu passé la nuit ? s'enquit Rosalie solennellement.
― Avec personne.
― Mauvaise réponse. »
Elles me fusillèrent du regard pendant quelques secondes et je fus contrainte d'admettre une part de vérité.
« Bon d'accord, j'étais avec lui.
― Lui qui ? s'emballa Alice.
― Bob.
― Mais je croyais que tu ne voulais plus le voir…
― J'ai changé d'avis.
― Alors ça y est, vous êtes ensemble ?
― Non, juste pour le sexe, leur avouai-je rougissante.
― Petite cachottière, tu aurais pu nous en parler avant, s'offusqua Rose.
― Et ta grossesse alors ? tentai-je pour les amener à parler d'autre chose.
― Emmett est fou de joie !
― N'essaie pas de changer de sujet, s'enflamma Alice.
― Moi ? Mais non ! Il n'y a rien de plus à dire de toute façon, me justifiai-je.
― Mouais. »
À force de persuasion, nos conversations se diversifièrent. Alice nous parla de son appréhension quant à sa rencontre avec les parents de Jasper qui devait avoir lieu dans quelques jours. Rose nous fit part de ses craintes concernant l'accouchement et l'éducation de son futur enfant.
Notre repas s'acheva tard, vers quinze heures.
Lorsqu'enfin j'arrivai sur le palier du bel appartement que j'habitais depuis plusieurs jours déjà, je fus surprise de trouver porte close. Je cherchai à tout hasard les clefs dans mon sac en sachant pourtant que je n'avais pas emporté le trousseau avec moi. Mon colocataire ne m'avait pas prévenue de son départ, je n'avais pas jugé utile de le prendre.
« Edward ? » hélai-je au bout de quelques secondes.
Mais rien.
Impatiente, je lui passai un premier coup de fil, puis un deuxième et enfin un troisième sans grand succès. Je me mis à tambouriner à la porte, énervée, pour finalement m'asseoir sur le paillasson en forme de hérisson.
« Edward réponds ! Où es-tu ? Je te jure que tu vas passer un sale quart d'heure ! » le menaçai-je à travers son répondeur en essayant une énième fois de le joindre.
J'attendis une heure, deux heures, sans plus d'espoir. Puis enfin, des pas se firent entendre dans la cage d'escaliers et Edward se retrouva face à moi un poignée de secondes plus tard.
« Bella ? Mais qu'est-ce que… Ne me dis pas que tu as oublié tes clefs ? s'enquit-il pendant que je me relevais pour être à sa hauteur.
― Ne dis rien.
― Mais… reprit-il le sourire aux lèvres.
― Ne t'avise même pas de sourire ! Où étais-tu ? Je t'attends depuis deux heures ! Tu aurais pu me prévenir, m'emportai-je en faisant de grands gestes avec les bras. Et ton téléphone ? Tu pourrais répondre, merde !
― Je n'avais plus de batterie, désolé.
― C'est trop facile de dire ça.
― C'est la vérité, regarde, insista-t-il en sortant son cellulaire de la poche intérieure de sa veste.
― Et la prochaine fois, laisse un mot sur la porte que je sache au moins si j'ai le temps d'aller me promener en attendant ton retour !
― En l'occurrence, tu pouvais.
― Tais-toi ! » criai-je en lui arrachant les clefs des mains.
J'ouvris la porte en vitesse puis la refermai tout aussi vite en laissant Edward poiroter dehors.
« Bella ? »
Je l'ignorai, bien décidé à équilibrer la balance.
« Bella ouvre !
― Non.
― Je ne pouvais pas savoir que tu avais laissé tes clefs ici, se défendit-il.
― Pourtant elles sont posées juste là, sur le meuble à chaussures, remarquai-je, adossée contre la porte d'entrée.
― Je ne les ai pas vues, me répondit-il sincère. Ouvre-moi ! »
Résignée, je m'exécutai. Il entra furibond et se posta face à moi, le regard plein de haine.
« Quoi ? lui demandai-je.
― Tu vas payer » rit-il en se rapprochant de moi à toute allure.
Je reculai d'un pas, il continua à avancer dans ma direction tel un prédateur. Ni une ni deux, je me mis à courir dans l'appartement et il me talonna de près.
« Tu ne peux pas m'échapper » me menaça-t-il.
Je renversai une bouteille d'eau en passant par la cuisine, les coussins volèrent dans le salon. Sans trop d'efforts, il me rattrapa dans le couloir et me jeta sur son épaule comme un vulgaire sac à patates.
« Je t'ai eu.
― Lâche-moi ! protestai-je.
― Pas question.
― Lâche-moi, je veux descendre » répétai-je en frappant son torse avec hargne.
Arrivé dans la chambre, il me balança sur le lit et s'affala sur moi sans hésitation. Ses mains longèrent mes côtes et il commença à me chatouiller sans ménagement.
« Non pas ça. Arrête, arrête, arrête !
― Tu n'aime pas les chatouilles ?
― Edward, stop ! »
Il continua de plus belle, je me tortillai dans tous les sens pour essayer d'échapper un minimum à sa cruelle torture qui faisait chanter mon rire dans la pièce. Je me rebiffai malgré tout en baladant mes doigts près de son cou.
Notre petite guerre nous épuisa tous les deux. À bout de souffle, nous nous allongeâmes côte à côte sur le dos, les yeux au plafond.
« Tu m'as épuisée, lui avouai-je.
― Toi aussi. »
Je penchai la tête sur le côté, nos regards s'accrochèrent. Tout doucement, ses doigts frôlèrent le dos de ma main et il cajola ma peau pendant plusieurs secondes sans jamais détourner les yeux.
Il pivota d'un quart de tour et s'appuya sur son épaule droite afin de me surplomber. Son nez caressa ma jugulaire puis ma mâchoire. Sa bouche épousa la mienne avec tendresse, je crochetai sa nuque pour approfondir bien vite ce baiser.
« Bella, je… commença-t-il d'une voix incertaine.
― Oui ?
― Je… » répéta-t-il le gorge sèche, la peau transpirante.
Il marqua un temps d'arrêt pendant lequel mon cœur s'emballa pour une raison inconnue.
« Je… Je vais faire à manger, conclut-il finalement en se séparant de moi aussi vite que possible.
― Je vais me laver » l'imitai-je pour ne rien laisser paraître de ma déception.
Même si ma conscience ne voulait rien admettre, je savais au plus profond de moi qu'Edward avait failli m'avouer quelque chose d'inavouable pour des ennemis comme nous deux.
