Les Caprices du cœur
La haine se nourrit de peur et d'amour
Chapitre 19
L'été suivait son cours.
À Barclays, les travaux de rénovation étaient terminés. J'avais retrouvé mon bureau tout neuf et surtout mon autonomie.
Personne n'avait encore découvert la relation secrète que j'entretenais avec Edward. Relation qui s'intensifiait de jour en jour. Alice et Rosalie (qui accouchait dans six mois) croyaient dur comme fer à l'identité de Bob.
« Tu triches ! m'exclamai-je tout à coup.
― Bien sûr que non » se révolta Edward en mangeant mon cavalier.
Nous étions tous les deux en train de jouer aux échecs dans la chambre et j'avais l'intime conviction qu'Edward n'était pas loyal dans son jeu. Cela m'énervait d'autant plus que le perdant devait accepter le challenge du gagnant. Une idée qui avait germé dans mon esprit et que je commençais sérieusement à regretter.
« À toi » continua-t-il impatient.
Je déplaçai ma tour pour pouvoir jouer un coup de maître par la suite. Mais encore une fois, il m'empêcha d'atteindre mon objectif en mettant mon roi en échec.
« Tu m'énerves ! criai-je.
― Rends-toi à l'évidence, je suis meilleur que toi, me taquina-t-il.
― Non ! La partie n'est pas finie, protestai-je avant de déplacer mon roi.
― Maintenant elle l'est, conclut-il. Échec et mat. »
Je mis un certain temps à réaliser qu'il avait raison et que, par conséquent, j'avais perdu.
« Je t'écoute, qu'est-ce que tu veux que je fasse ? m'enquis-je, pressée d'en finir.
― Est-ce que… Est-ce que tu t'es déjà masturbée devant quelqu'un ? me demanda-t-il d'une voix incertaine.
― Quoi ? m'égosillai-je. Il est hors de question que je fasse ça !
― Pourquoi ? Tu as peur ?
― Mais non !
― Alors quoi ?
― Je n'ai juste pas envie.
― Tu n'es donc pas capable de relever un défi… éluda-t-il. Je te croyais plus combattante que ça.
― Bien sûr que si mais le tien est complètement ridicule.
― Non il ne l'est pas. Dis plutôt que tu as honte parce que tu n'as jamais essayé.
― Honte ? Absolument pas, me persuadai-je.
― Alors prouve-le. »
Ayant d'abord pensé à une toute autre sorte de défi (comme par exemple aller me ridiculiser chez les voisins), il me fallut un bon cran d'audace pour accepter.
Je retirai mon gilet en laine et lui balançai au visage sans ménagement, prête à le rendre fou. Assise près de lui sur le lit, je m'agenouillai pour commencer à défaire les boutons de ma robe sous son regard dévorant.
Gênée, je commençai à palper ma poitrine à travers le textile. Il déglutit difficilement, moi aussi. Je me plus à imaginer que mes mains n'étaient autres que les siennes. Je soulevai mon vêtement pour le retirer entièrement et lui offrir une vue bien plus prenante de mes seins compressés dans un magnifique soutien-gorge noir.
Je fermai les paupières pour me laisser aller plus facilement, stressée malgré tout d'être ainsi observée. Je chatouillai mon nombril pour venir caresser mon intimité à travers la dentelle de ma culotte.
Gardant les yeux clos, je l'entendis haleter ce qui décupla mon excitation. Je frottai mon bouton de plaisir, doucement puis de plus en plus fort. J'osai même pousser de faibles gémissements pour extérioriser mon désir d'atteindre l'orgasme.
Mes doigts glissèrent sous l'élastique de mon sous-vêtement que je retirai délicatement, Edward jura tout bas. Je flattai mes lèvres intimes humides. Mon majeur glissa à l'intérieur de moi, mon index le rejoignit bientôt.
Je me donnai du plaisir jusqu'à entendre la voix d'Edward chuchoter près de mon oreille.
« Tu me mets hors de moi. »
En rouvrant les yeux, je constatai qu'il s'était rapproché de moi et que sa paume massait son entrejambe gonflée.
« Je n'ai jamais rien vu d'aussi érotique » m'avoua-t-il d'un ton rauque.
Comme pour aggraver son état, je portais mes doigts à ma bouche pour les lécher goulûment. Il passa et repassa sa main dans ses cheveux afin de chercher un échappatoire.
Je m'apprêtai à reprendre le fil de mes caresses lorsqu'il me surplomba tout à coup pour m'empêcher de bouger.
« Stop. Je n'en peux plus.
― Tu es déjà à bout ? le taquinai-je fière de mon effet.
― Depuis longtemps. »
D'un coup de pied vif, le jeu d'échecs vola dans les airs. Edward retira ses vêtements à une vitesse folle. Il vint s'installer entre mes jambes pour me faire l'amour comme un dingue.
•
Après avoir passé un certain temps dans la salle de bains, j'enfilai un peignoir et filai dans la chambre pour m'habiller. Je revêtis une vieille robe que je portais souvent étant plus jeune puis des bas couleur chair. Je chaussai une paire d'escarpins noirs pour parfaire ma tenue.
« Est-ce que tu as vu mon sac ? demandai-je à Edward en passant devant le canapé sur lequel il était affalé depuis un bon moment.
― Non, me répondit-il tout en me reluquant des pieds à la tête.
― Je suis en retard, grognai-je pour moi-même en jetant un coup d'œil à ma montre.
― Où est-ce tu vas ? s'enquit-il d'un air plus que curieux.
― Au restaurant, lui dis-je nonchalamment. Le voilà ! m'exclamai-je en trouvant enfin mon butin sous un gros coussin.
― Au restaurant ? répéta-t-il en arquant un sourcil dans ma direction.
― Oui. Je file, à plus tard, terminai-je en enfilant mon manteau.
― Bella, attends ! »
Sans lui laisser le temps de répliquer, je dévalai les escaliers puis montai dans ma voiture en vitesse.
Je me garai sur le parking du restaurant un quart d'heure plus tard et quelqu'un toqua à ma vitre presque aussitôt. Mon visage s'éblouit, je sortis de la Chevrolet en vitesse pour serrer dans mes bras celui qui comptait tant pour moi.
« Tu m'as manqué, souffla-t-il à mon oreille.
― Toi aussi.
― Tu es magnifique, comme toujours.
― Merci Alex. Comment vas-tu ?
― Super, et toi ?
― Pareil. »
Nous entrâmes à l'intérieur. Quelqu'un nous guida jusqu'au centre de la grande salle et nous nous assîmes face à face.
« Deux coupes de champagne s'il vous plaît, ordonna-t-il au serveur.
― Très bien.
― Alors, qu'est-ce que tu me racontes de beau ? reprit-il à mon attention.
― Pas grand chose à part le boulot. Et toi ? Est-ce que les choses se passent bien à Liverpool ?
― Génial même si ce n'est pas pareil sans toi, m'avoua-t-il en me caressant amicalement la joue. Renée et Charlie te languissent.
― Je sais. Et tes parents ? Comment vont-ils ?
― Ils vont biens. Eux aussi ont hâte de te revoir.
― Je serai sûrement à la maison pour Thanksgiving, lui appris-je.
― J'y compte bien ! »
Nous trinquâmes à nos retrouvailles.
Alex et moi étions cousins germains et je ne l'avais plus vu depuis plusieurs mois, une éternité en somme. Par chance, il était de passage à Londres pour son travail. J'avais sauté de joie en apprenant cela le matin même.
« Parlons de choses plus sérieuses. Est-ce que tu as trouvé un mec ?
― Pas vraiment. Comment va Lisa ?
― Elle va bien. »
Nous choisîmes le même menu pour régaler nos papilles ce soir-là. Nous discutâmes sans relâche en faisant remonter à la surface de vieux souvenirs plus marrants les uns que les autres. La soirée passa vite trop vite à mon goût.
Lorsqu'il fut temps de nous quitter, je l'enlaçai une bonne dizaine de fois puis me résignai à reprendre ma place à bord de mon automobile pour rentrer chez moi.
En arrivant au pied de l'immeuble, je fus surprise de ne pas apercevoir la voiture d'Edward garée à sa place habituelle, mais plus encore de découvrir l'appartement vide à vingt-trois heures passées.
« Il ne va pas tarder » me persuadai-je.
Je me changeai et me démaquillai lentement. Une fois prête pour la nuit, je m'assis sur le rebord du lit machinalement. J'attendis presque vingt minutes le retour d'Edward, en vain. Aussi, après avoir hésité quelques secondes, j'attrapai mon cellulaire et composai son numéro à vive allure.
Il ne décrocha pas à mon premier appel, ni à mon deuxième mais seulement au troisième.
« Allô ? me répondit une voix féminine méconnue.
― Edward ? l'appelai-je un peu affolée.
― Edward est très occupé en ce moment, gloussa-t-elle depuis l'autre bout du fil.
― Je vous demande pardon ? Qui êtes-vous ?
― Il n'a pas le temps de vous parler. »
J'entendis des gémissements très expressifs, la respiration hachée d'un homme puis plus rien. Peu de choses au final, mais suffisamment pour éclairer la situation.
Je laissai tomber mon téléphone par terre et les premières larmes de mon incompréhension dévalèrent le long de mes joues sans attendre.
•
Après avoir passé une nuit blanche à pleurer, je compris beaucoup de choses…
Edward comptait beaucoup pour moi. Même s'il n'y avait plus de règles entre nous, le simple fait de le savoir avec une autre me transperçait le cœur. Et quelque part, je ne pouvais rien dire, au risque de lui dévoiler mon attachement démesuré pour lui. Un attachement qui n'était sans doute pas réciproque et donc ridicule. Un attachement qui rimait avec amour.
Ma première envie avait été d'aller étrangler cette salope. Une idée peu catholique et surtout impossible à réaliser. Alors j'étais resté seule et repliée sur moi-même pour essayer d'oublier ce malheureux appel téléphonique.
Mais la réalité était telle : je voulais Edward pour moi toute seule. Je ne voulais plus le considérer comme mon amant mais plutôt comme mon petit ami. Je me plaisais à vivre avec lui, nos disputes étaient même devenues essentielles à mon existence. Inutile donc de préciser que le sexe avec lui représentait un petit paradis.
À force de vouloir passer pour le couple idéal auprès de ses parents, j'avais pris goût à ses câlins, à ses baisers… Je voulais tout de lui, y compris ses défauts.
En arrivant au travail la première, j'achetai un café puis m'enfermai dans mon bureau afin de me couper du monde. Au lieu de souffler cinq minutes, j'entamai directement l'étude d'un dossier important pour ne plus avoir à penser à Edward.
La matinée passa lentement jusqu'au moment où j'entendis la porte voisine s'ouvrir. Bien décidée à éviter mon coéquipier, je décidai de me rendre en salle de réunion la dernière pour assister à notre rassemblement hebdomadaire.
« Excusez-moi, miaulai-je en évitant de scanner l'assemblée du regard pour ne pas risquer de croiser Edward.
― Entrez » m'ordonna Demetri.
J'allai m'asseoir à côté de Rosalie. J'ouvris mon calepin et commençai à noter les informations importantes transmises par notre directeur à propos des cours boursiers. Plus studieuse que jamais, je fis un effort surhumain pour ne pas lever les yeux ni même tourner la tête vers lui.
« Ça y est, nous savons, murmura tout à coup Rose à mon oreille d'un air enjoué pendant que Demetri confectionnait un schéma sur une feuille de papier géante.
― De quoi est-ce que tu parles ?
― C'est un garçon, m'apprit-elle fière et heureuse en zyeutant son ventre qui s'arrondissait de plus en plus.
― Félicitations, chuchotai-je à mon tour en souriant sincèrement même si je n'avais guère le cœur à ça.
― Merci Bella. »
La réunion s'acheva une heure plus tard. En voyant Edward partir le premier, je pris tout mon temps pour ranger mes affaires. Seulement voilà, en me rendant aux toilettes quelques minutes plus tard, ce qui devait arriver arriva : je tombai nez à nez avec lui.
Il s'immobilisa net, moi aussi. La grande porte que je venais de pousser claqua fort.
Je m'aperçus très vite que toutes les cabines étaient libres et que personne ne pouvait nous entendre. Aussi, je ne pus retenir mes nerfs plus longtemps.
« Tu t'es bien amusé hier soir ? lui demandai-je d'un ton cinglant.
― Et toi ? J'espère que tu as profité du bel homme qui était avec toi, répliqua-t-il mauvais.
― Pardon ? Tu délires, ajoutai-je en haussant la voix.
― Tu pensais peut-être que j'allais t'attendre bien sagement ?
― Oui ! Mais tu as préféré t'envoyer en l'air avec une pute ! criai-je.
― Et toi avec je ne sais trop qui ! Je vous ai vus, m'avoua-t-il la gorge sèche.
― Parce que tu me suis maintenant ? m'enquis-je au bord de l'implosion.
― Je suis passé en ville, grogna-t-il en serrant les poings.
― Laisse tomber, tu ne comprends vraiment rien, continuai-je en réalisant qu'il avait passé la nuit avec une autre femme simplement parce qu'il m'avait vue dans les bras d'un autre.
― Au contraire.
― Et alors ? Je croyais qu'il n'y avait plus de règles entre nous ? le narguai-je pour ne pas baisser la face trop rapidement.
― Il n'y en a plus, en effet. Mais tu n'as vraiment pas traîné pour en profiter, me cracha-t-il au visage.
― C'est toi qui dit ça ?
― Tu as déconné la première.
― Tu n'attendais que ça pour retourner à tes activités favorites et me faire porter le chapeau, compris-je.
― Tu dis n'importe quoi.
― Tu es pitoyable. »
Sur ces mots, je disparus telle une fusée pour rejoindre mon bureau. Bien décidé à ne pas me laisser partir si facilement, il me retint par le bras.
« Vas-y, je t'écoute. Dis-moi ce que tu attends de moi, cria-t-il en plein milieu du couloir.
― Pas ici » soufflai-je.
Une porte s'entrouvrit, ma respiration s'affola. Pour ne pas nous faire prendre, Edward nous enferma au plus vite dans le sombre cagibi qui permettait d'entasser tout le matériel informatique que nous ne voulions plus. J'allumai la lumière pour m'apercevoir que nous étions très proches l'un de l'autre. Les différents tas d'imprimantes entreposées par terre et les vieilles unicités centrales ne permettaient pas de faire un pas de plus.
« Qu'est-ce que tu veux ? » répéta-t-il.
Je restai muette.
« Impose tes règles puisque tu n'es pas contente, s'énerva-t-il.
― Je n'ai rien à imposer.
― Alors pourquoi est-ce que tu réagis comme ça ? Nous ne sommes pas en couple et tu le sais très bien. »
Mon cœur se brisa une fois de plus. Au bord des larmes, je me dépêchai d'éteindre la lumière pour ne pas lui montrer mon désarroi.
« Allume, m'ordonna-t-il.
― Non. »
Têtu, sa main vint effleurer la mienne pour réenclencher l'interrupteur. J'éteignis la lumière une seconde fois, il la ralluma de nouveau. Nous continuâmes ainsi jusqu'à griller la lampe.
« Pourquoi est-ce que tu m'en veux ? Je n'ai rien fait de pire que toi, souffla-t-il tout bas.
― Tu te trompes.
― Non, me contra-t-il sûr de lui.
― Si.
― Non.
― Je te dis que si, tu ne sais rien de ce qu'il s'est passé hier soir ! m'emportai-je.
― Alors explique-moi. Ose me dire que ton rendez-vous n'était pas un rancard !
― Ce n'était pas un rancard !
― Tu mens.
― NON je ne mens pas ! Alex est mon cousin ! » lâchai-je enfin, me sentant plus imbécile que jamais.
Car désormais, nous n'étions plus à égalité. Il avait couché avec une autre, pas moi.
« Je crois qu'il vaut mieux que nous arrêtions de nous voir, enchaînai-je sans attendre pour ne pas risquer de me ridiculiser encore plus. Je… Je retourne vivre chez moi dès ce soir » décidai-je en rouvrant la porte pour m'échapper en courant.
Il me bloqua le passage et referma l'ouverture presque aussitôt en nous enfermant à clef cette fois-ci.
« Laisse-moi passer ou je hurle. »
Au lieu de ça, il agrippa ma taille et me colla à lui.
« Lâche-moi » me débattis-je sans guère m'éloigner de lui tant ma force était minable comparée à la sienne.
Ma colère et ma peine me firent verser une larme de plus.
« Ne pleure pas, chuchota-t-il d'un ton redevenu paisible et rassurant.
― Mais je ne pleure pas ! me braquai-je.
― Je le sens, calme-toi, reprit-il dans le noir.
― Laisse-moi partir, répétai-je une énième fois en commençant à faiblir malgré tout. Je ne veux plus jamais te voir.
― Bella, laisse-moi t'expliquer.
― Non !
― Je pensais que… Je pensais que ce type était ton amant. Je ne savais pas que c'était ton cousin, déballa-t-il en me serrant toujours plus fort comme si j'étais devenue sa bouée de sauvetage.
― Cela ne change rien. Je ne suis pas du genre à partager et encore moins à…
― Je n'ai rien fait, me coupa-t-il. Je te jure que je n'ai touché à aucune autre femme que toi depuis que… Depuis la première fois » me dévoila-t-il essoufflé.
Je me pétrifiai, comme si ce qu'il venait de dire ne pouvait être réel.
« Mais j'ai entendu cette femme au téléphone et…
― Écoute-moi, m'intima-t-il en prenant mon visage en coupe. Quand je t'ai vu avec ce type, j'ai cru devenir fou. Au lieu de rentrer, j'ai préféré aller au bar pour me vider l'esprit.
― Et…
― J'ai reçu un premier appel venant de toi, puis un deuxième. Alors j'ai demandé à la serveuse de décrocher pour te rendre jalouse.
― Où est-ce que tu as dormi dans ce cas ? hésitai-je.
― Chez Jasper. Alice était chez ses parents hier soir.
― Mais qu'est-ce que tu lui as dit ?
― Je lui ai simplement dit que j'avais perdu mes clefs et que je préférais appeler le serrurier demain matin » termina-t-il.
Toutes les blessures accumulées jusqu'alors se refermèrent en un claquement de doigts. Ma respiration redevint paisible, ma conscience aussi.
« Tu dis la vérité ? lui demandai-je timidement.
― Est-ce que tu me fais confiance ?
― Oui. »
Ni une ni deux, sa bouche s'écrasa contre la mienne. J'enroulai mes bras autour de son cou et plantai mes ongles dans ses cheveux tant mon envie de lui était immense.
« Aïe.
― Désolée, m'excusai-je en desserrant ma prise. J'ai juste très envie de faire l'amour avec toi. »
Il déboutonna mon chemisier d'un seul coup en tirant brusquement sur le tissu. J'entendis les boutons s'échouer au sol.
« Tu viens de découdre tous les boutons.
― Oui, me dit-il fier de lui. Moi aussi j'ai très envie de toi.
― Je n'ai pas de rechange sur place, continuai-je en réalisant que j'allais être bien embêtée pour le reste de la journée.
― Je te prêterai ma veste. »
Sans réfléchir de trop, je repartis à l'assaut de sa bouche. Il continua à me déshabiller à la hâte en faisant voler mon soutien-gorge puis mon pantalon noir et enfin ma culotte. Il palpa mes fesses avec ferveur, je commençai moi aussi à lui retirer chacun de ses vêtements.
Lorsque nous fûmes tous les deux entièrement nus, je pris plaisir à me frotter contre lui. Il me fit reculer d'un pas, je butai contre quelque chose de dur.
« Assieds-toi.
― Qu'est-ce que c'est ?
― Une photocopieuse qui traîne ici depuis des lustres. »
Je m'exécutai avec prudence. Aussitôt prête, Edward se plaça entre mes jambes et je poussai un râle lorsque son sexe caressa le mien.
Au bout de quelques secondes, il me pénétra enfin. D'abord lentement, puis de plus en plus vite. Je me cramponnai à lui du mieux possible en sentant l'orgasme monter au fond de mon ventre.
Tout en entretenant ses allers venues en moi, il idolâtra ma poitrine en l'embrassant sans retenue. Il suça, lécha mes mamelons, ne faisant qu'intensifier mon plaisir.
Tout autour de moi n'avait plus lieu d'être. J'étais comme dans une grosse bulle de savon, seule avec Edward. Je ne pensais plus qu'à lui et à notre accord parfait.
Je jouis, fort. Lui aussi.
Transpirants et essoufflés, nous mîmes un certain temps à reprendre nos esprits. Je me rhabillai mollement en enfilant la veste d'Edward dix fois trop grande pour moi par dessus mon chemisier.
« C'est bon ? me demanda Edward sur le point d'ouvrir la porte.
― Je crois que oui. »
Après s'être assuré qu'il n'y avait personne dehors, il sortit le premier. Je le rejoignis en vitesse et nous nous pressâmes vers le fond du corridor.
« Je termine un dossier important. Après ça, je te rejoins. Nous avons une affaire un peu spéciale à traiter qui concerne les déficits d'une société médicale.
― À tout à l'heure, lui dis-je, prête à entrer dans mon bureau.
― Attends. »
Avant de me voir disparaître, il se pencha une dernière fois vers moi pour m'embrasser à pleine bouche.
Un raclement de gorge nous fit sursauter et je m'en voulus aussitôt de ne pas avoir empêché Edward d'agir en plein milieu du couloir. Nous nous séparâmes brusquement pour finalement apercevoir Alice qui affichait un air plus que surpris.
« Est-ce que vous venez vraiment de vous embrasser ? nous demanda-t-elle choquée.
― Non. Oui. Peut-être, hésitai-je en rougissant.
― Je dois te parler » me dit-elle au bout de quelques secondes de silence en m'attrapant de force par le bras.
Edward me regarda partir avec elle d'un air compatissant. Je me mordis la joue avant de me tourner vers mon amie.
« Bella, je crois que tu me dois une explication, s'excita cette dernière après avoir refermé la porte de son bureau derrière elle.
― Ce n'est pas ce que tu crois, tentai-je.
― Mais… Depuis quand est-ce que tu es avec lui ? Comment se fait-il que je ne me sois aperçue de rien ? Vous n'êtes pas censés vous détester ? Je savais bien que la haine et l'amour étaient proches. Pourquoi est-ce…
― Nous ne sommes pas ensemble, la coupai-je.
― Comment ça ? Vous vous êtes embrassés, je n'ai pas rêvé !
― Oui mais nous ne sommes pas en couple.
― Je ne comprends rien, explique-moi.
― Nous avons décidé de… Bob n'existe pas, lui avouai-je.
― Quoi ? Mais quel est le rapport avec… Merde, jura-t-elle lorsque l'évidence la frappa. Tu couches avec Edward depuis le début ?
― Oui. »
Elle fit un tour sur elle-même puis me dévisagea gravement.
« Et puis ?
― Et puis quoi ? lui demandai-je.
― Vous ne faites que ça ? s'enquit-elle.
― Oui, lui répondis-je plus tristement que je ne l'aurais voulu.
― Ne me dis pas que tu es tombé amoureuse de ce coureur de jupon ? s'inquiéta-t-elle.
― Non, bien sûr que non !
― Alors pourquoi fais-tu cette tête ?
― Quelle tête ?
― Laisse tomber. »
Elle s'avachit dans son fauteuil, je pris place sur une chaise en cuir.
« J'habite chez lui, décidai-je de lui annoncer.
― QUOI ? s'emporta-t-elle en se relevant d'un coup sec.
― Je…
― Oui j'ai compris. Mais… POURQUOI ?
― Pour notre accord.
― Quel accord ?
― Concernant ses parents, tu sais… Je suis censée être sa petite amie, lui rappelai-je, ne préférant pas mentionner le pari que j'avais perdu contre Edward.
― Je vois… éluda-t-elle. Comment faites-vous pour ne plus vous crier dessus à tout bout de champ ?
― Rassure-toi, nous nous disputons toujours autant, ris-je.
― Ça doit être chaud bouillant au lit ! s'exclama-t-elle.
― À qui le dis-tu, rêvassai-je.
― Pourquoi est-ce que tu ne m'as rien dit plus tôt ? bouda-t-elle en croisant les bras.
― Je me sentais un peu ridicule.
― Ridicule ?
― Ridicule de coucher avec quelqu'un que je détestais.
― Je n'arrive toujours pas y croire. »
Elle sembla méditer un instant, je l'observai intriguée.
« Mais…
― Oui ?
― Est-ce que tu es sûre que toute cette histoire ne va pas mal se terminer ?
― Qu'est-ce que tu veux dire ?
― L'un de vous deux risque de souffrir et je ne veux pas que ce soit toi Bella, me prévint-elle soucieuse.
― Non, tentai-je de me persuader en fixant le sol. Les choses sont claires. Edward ne veut pas avoir de relation sérieuse, et moi j'ai envie de profiter de la vie pour une fois.
― J'espère que tu as raison. »
Elle attrapa un dossier jaune canari et me le tendit gracieusement.
« C'est le dossier que je devais t'apporter tout à l'heure, me dit-elle.
― Merci, je retourne travailler, conclus-je. Et je compte sur toi pour tenir ta langue. »
