Les Caprices du cœur

La haine se nourrit de peur et d'amour


Chapitre 20

« Merci maman.

Tu aimes ?

― Oui, j'adore, lui dis-je à travers le combiné.

Je suis contente qu'il soit arrivé pile le bon jour, souffla-t-elle soulagée. Je t'aime.

― Moi aussi.

À bientôt ma chérie. »

Je raccrochai en posant l'appareil photo sur le comptoir de le cuisine après avoir passé plus d'une heure à m'amuser avec. Mon téléphone sonna une nouvelle fois, ce fut au tour d'Alice de se réjouir pour moi. Tout le monde pensa à moi, sauf Edward qui était parti courir sans rien dire deux heures plus tôt.

Contrairement aux autres, il n'avait pas fait l'effort de se souvenir. Je ne lui en voulais pas même si j'étais peinée au fond de moi-même. Après tout, nous n'étions que des amants.

Lorsque je trouvai finalement un moment de répit, je décidai de faire un peu de ménage en cette après-midi pluvieuse afin de me changer les idées.

Après avoir balayé l'appartement, j'époussetai les tapis sur le rebord de la fenêtre pour les remettre à leur place une fois propre. Je remplis un seau d'eau et de savon pour ensuite frotter le sol. Je poussai le canapé et les quelques meubles du salon pour plus de facilité. Arrivée dans la chambre, je réservai le même sort au lit, au bureau et aux deux commodes de nuit jumelles. Seulement voilà, en déplaçant ces dernières, j'eus la surprise de découvrir une pochette cartonnée scotchée derrière l'une d'elles.

Un peu surprise et anormalement curieuse, je m'assis par terre pour détacher cette pochette du petit meuble. Je l'ouvris en vitesse pour découvrir son contenu.

Des photos et seulement des photos. Une femme que je ne connaissais pas dans les bras d'Edward. Des sourires, des câlins, des baisers.

J'avalai difficilement ma salive lorsque je vis Edward si amoureux sur un cliché qui avait été pris au beau milieu d'un parc avec sa bien-aimée.

« Bientôt le grand jour… Je t'aime. »

Cette phrase écrite au dos de la photo me fit méditer un instant. Le grand jour ?

« Qu'est-ce que tu fais ? »

Je sursautai en entendant la voix menaçante d'Edward. Je me relevai en quatrième vitesse. Il m'arracha la pochette des mains et me fusilla du regard.

« Je suis désolée.

― Je déteste les gens qui fouillent dans mes affaires ! cria-t-il hors de lui.

― Je faisais le ménage et…

― Ne dis plus rien » me coupa-t-il méchamment.

Ses paroles marquèrent d'autant plus le contraste qu'il y avait entre la tendresse qui se dégageait des photos et la brutalité sur laquelle il me parlait. Peinée, je baissai la tête en ayant presque envie de fondre en larmes, mes nerfs étaient à bout.

« Je ne voulais pas.

― Alors pourquoi est-ce que tu as fait ça ? hurla-t-il en tapant du poing contre le mur.

― S'il te plaît.

― Réponds !

― Arrête de crier, je n'ai pas fait un crime ! me rebellai-je en constatant qu'il n'y mettait pas du sien. Tu n'avais qu'à brûler ces photos si tu voulais que personne ne les trouve !

― Je fais ce que je veux.

― Moi aussi !

― Ce sont mes affaires, tu n'as pas à y toucher !

― Pourquoi est-ce que tu es tant en colère dès que les choses tournent autour de cette femme ? » lui demandai-je enfin.

Il me regarda hébété pour finalement sortir de la chambre en vitesse. Je pestai tout bas avant de rejoindre le salon où il s'était réfugié. Je l'aperçus assis face à son beau piano à queue, le visage masqué entre ses mains, le dos courbé et l'air triste. Au lieu de l'ignorer comme je l'avais prévu, je décidai de m'installer à côté de lui.

« Laisse-moi, souffla-t-il en continuant à fixer le sol.

― Qu'est-ce qu'il se passe ? » m'enquis-je hésitante et maladroite.

Il ne dit rien.

« Si seulement tu pouvais m'expliquer, insistai-je perdue, n'osant même pas le toucher tant sa fureur était palpable.

― Il n'y a rien à expliquer.

― S'il te plaît, dis-moi quelque chose.

― Je veux être seul » reprit-il.

Bien décidée à lui désobéir, je restai près de lui. J'eus l'audace d'ouvrir le clapet qui protégeait les touches ivoire de l'instrument.

« Fais attention » me prévint-il sur ses gardes.

Délicatement, j'appuyai sur un do, puis un si. Timide, je me mis à jouer l'un des rares morceaux que je connaissais. Un morceau relativement simple, mais tout de même agréable à écouter.

Lorsque j'eus fini, Edward posa l'une de ses mains sur la mienne.

« Où est-ce que tu as appris à faire ça ? me demanda-t-il plus calmement.

― Mes grands-parents avaient un piano. J'ai juste appris quelques morceaux avec eux. »

Il esquissa un sourire puis entama lui aussi un air mélodieux, bien plus habilement que moi cependant. J'en profitai pour me rapprocher encore un peu de lui.

Je l'écoutai pendant de longues minutes. Au bout d'un moment, ma tête atterrit sur ses genoux et j'eus tout le loisir de profiter de lui. Je fermai les yeux pour ne les rouvrir que lorsque une petit goutte d'eau salée tomba sur ma joue depuis le ciel. Une larme d'Edward.

Il baissa la tête et plongea son regard vide et consterné dans le mien. La musique s'arrêta, il essuya lui-même la larme qui se baladait toujours sur mon visage.

« Elle n'est pas venue » murmura-t-il désarmé.

Il se mordit la lèvre si fort qu'un peu de sang commença à perler sur sa peau. Les poings serrés, il se cramponna au siège comme si sa vie en dépendait.

Je restai stoïque.

« Tout était parfait comme elle le souhaitait, reprit-t-il. Les fleurs se comptaient par milliers, les invités aussi. Nos familles étaient réunies, sa musique préférée résonnait à l'intérieur de l'église. »

Ma tête quitta ses genoux, je retrouvai ma position assise. Il passa et repassa ses mains dans ses cheveux. Sa vulnérabilité me laissa sans voix. Sans un mot, j'enroulai mes bras autour de lui pour l'étouffer contre moi et espérer le réconforter.

« Je l'ai attendue pendant des heures mais Jane n'est jamais venue. Elle m'a laissé tomber le jour de notre mariage » souffla-t-il.

Il nicha son visage dans mon cou et respira mon odeur à pleins poumons. Je caressai sa nuque machinalement, soulagée d'obtenir enfin les réponses aux questions qui me tracassaient depuis si longtemps.

« Tout était faux, ajouta-t-il le cœur lourd.

― Je suis désolée » finis-je par lui dire même si je trouvais ces quelques mots bien peu propices à la situation.

Il se recula légèrement pour pouvoir me regarder en face.

« Je ne l'ai jamais revue, chuchota-t-il tout près de moi. Quand je suis rentré à la maison, toutes ses affaires avaient déjà disparu.

― Edward, le consolai-je.

― J'ai essayé de la retrouver. Je n'y suis jamais arrivé. »

Je me mordis la lèvre inférieure, Edward ferma les yeux le temps de retrouver ses esprits.

« Tout ce que je sais aujourd'hui, c'est qu'elle s'est faite avortée deux mois après son départ, en Amérique.

― Elle était enceinte ?

― Oui, et je ne le savais même pas. »

Sa peine m'étouffa, si bien que j'eus moi-même du mal à ne pas pleurer. Il respira à fond pour ne pas craquer.

« Je regrette tellement de ne mettre rendu compte de rien, susurra-t-il.

― Ce n'est pas de ta faute.

― Au contraire, tout est de ma faute. Je ne laisserai plus jamais quelqu'un me faire autant de mal. J'ai trop souffert Bella » m'expliqua-t-il d'un air grave comme s'il voulait clairement me faire comprendre qu'aucun avenir n'était possible entre nous.

Je hochai la tête par réflexe.

« Tu es la première à qui je raconte tout ça, m'avoua-t-il en retrouvant peu à peu son calme.

― Pourquoi moi ?

― Je ne sais pas. »

Il me fixa attentivement et caressa ma longue chevelure soyeuse pendant un instant.

« En réalité je sais très bien pourquoi, se contredit-il. Mais tu ne le sauras jamais.

― Pourquoi ?

― Embrasse-moi » chuchota-t-il la gorge nouée en ignorant royalement ma question.

Déstabilisée, ma respiration s'affola et mes mains devinrent moites.

« Embrasse-moi, insista-t-il. Embrasse-moi pour me faire oublier. »

Malgré toute mon incompréhension, je rapprochai mon visage du sien en suffoquant presque. Ma bouche frôle sa mâchoire, son menton. Il me renifla moi aussi.

Puis mes lèvres caressèrent les siennes, tout doucement. Mon baiser se fit plus décidé après quelques secondes. Mon index l'obligea à entrouvrir la bouche. Ma langue glissa entre ses dents pour rencontrer la sienne. Je redessinai le contour de son visage du bout des doigts tout en entretenant notre échange. Je le goûtai avec douceur, l'embrassant ainsi pour la première fois.

À bout de souffle, il souda son front au mien puis caressa ma tempe tendrement en retrouvant un semblant de sourire.

« Ne bouge pas. »

Il se releva en vitesse et revint vers moi les mains dans le dos. Il reprit sa place à mes côtés et se pencha vers moi d'un air malicieux.

« Bon anniversaire Bella » murmura-t-il à mon oreille.

Mon visage s'éblouit il n'avait donc pas oublié.

Il me tendit un petit paquet emballé avec soin. Je l'ouvris précautionneusement pour découvrir un bracelet qui brillait de mille feux, de couleur argent.

« Merci, lui dis-je ravie.

― Tu m'as offert une gourmette que je ne t'ai jamais remboursée même si… hésita-t-il en zyeutant son poignet où scintillait la fameuse gourmette qu'il avait reçu le jour de son anniversaire. Bref, j'ai pensé que ce serait mieux que je t'offre un bijou moi aussi, résuma-t-il gêné.

― Je ne veux pas te forcer la main, me vexai-je en pensant qu'il cherchait juste à me rendre la pareille.

― Tu ne me forces à rien, me contra-t-il.

― Je ne veux pas de ton cadeau s'il s'agit d'un remboursement, répétai-je.

― Je t'ai juste piqué l'idée, me rectifia-t-il. Je veux vraiment te faire ce cadeau. Tu penseras à ton pire ennemi lorsque tu regarderas ton poignet, rit-il.

― D'accord, acquiesçai-je un peu perdue. Tu peux me le mettre ?

― Bien sûr. »

Il attrapa ma main et caressa ma paume un moment avant d'attacher le bracelet. Nos bouches se retrouvèrent bien vite, nos corps aussi.

Ce soir-là, j'avais vingt-cinq ans.

Allongée sur le canapé, je profitais de ce samedi pluvieux pour me reposer dans les bras d'Edward. Je dessinais des formes imaginaires sur sa peau pendant qu'il regardait la télévision.

Après avoir caressé ses épaules pendant un bon moment, ma main se fraya un chemin sous son tee-shirt. J'effleurai son nombril, ses tétons. Il frissonna en tournant tout à coup la tête vers moi. Je continuai mes caresses, mes doigts atteignirent l'épais élastique de son jogging. Je me mordis la joue en le regardant droit dans les yeux lorsque je touchai son sexe tendu à travers le textile. Il agrippa mes hanches avec urgence pour me rapprocher de lui.

Mais toute la tension sexuelle accumulée jusqu'alors retomba soudain lorsque son cellulaire se mit à sonner frénétiquement. Edward se leva rapidement pour répondre.

« C'était Emmett, me dit-il après avoir raccroché.

― Qu'est-ce qu'il voulait ? lui demandai-je pendant qu'il se réinstallait à mes côtés.

― Il m'a juste demandé de prendre du pain pour ce soir. Il a oublié d'en acheter. »

Rose et Emmett avaient organisé une petite soirée entre amis pour fêter la bonne nouvelle qu'était la future naissance de leur fils.

« D'accord. »

Je repris ma position de départ, couchée sur lui. Ma bouche vint effleurer la sienne, sensuellement. Il massa mes fesses en grognant tout bas. Je remarquai bien vite que sa trique n'avait pas diminuée, à mon plus grand plaisir.

Comme si tout le monde s'était mis d'accord pour nous déranger, son téléphone sonna une nouvelle fois.

« Ne réponds pas, fus-je tentée de lui dire, trop en haleine pour attendre encore.

― C'est ma mère » me répondit-il désolé en décrochant.

Je l'écoutai parler à Esmée sans vraiment faire attention à ses propos.

« Raccroche » lui soufflai-je à l'oreille impatiente.

Cruelle, je me mis à l'embrasser dans le cou pendant qu'il discutait. Il tenta de me repousser, je ne me laissai pas faire.

« Arrête » murmura-t-il mal-à-l'aise au moment où je défis la ganse de son pantalon.

Malgré tout, ma main plongea dans son boxer. Il déglutit et coupa court à sa conversation pour pouvoir s'occuper de moi.

« Petite peste » jura-t-il en me faisant basculer en arrière afin de me surplomber.

En moins de deux, il me retira mon tricot et se mit à palper mes seins à travers mon soutien-gorge. J'enroulai mes jambes autour de lui pour frotter mon bassin contre le sien.

Lorsque, pour la troisième fois la sonnerie de son téléphone portable résonna dans la pièce, je m'emparai moi-même de son cellulaire pour le mettre directement dans le verre d'eau posé sur la table basse. Il y eut un drôle de bruit, le petit écran du mobile s'éteignit presque aussitôt.

« Mais tu es folle ! s'exclama Edward perdu en tentant de réanimer l'appareil. C'est la deuxième fois que tu bousilles mon téléphone, me rappela-t-il.

― Je suis sûre qu'il n'est pas foutu, ce n'est que de l'eau après tout.

― Bien sûr que si ! Il ne s'allume plus à cause de toi, me réprimanda-t-il.

― Tu n'avais qu'à l'éteindre, boudai-je en croisant les bras sur ma poitrine à moitié nue.

― C'était peut-être important !

― Tant pis. »

Il me dévisagea d'un air vicieux, je sentis grandir en lui une idée de revanche.

« Tu veux de l'eau ? Tu vas en avoir. »

Sans prévenir, il me souleva dans les airs pour me porter jusqu'à la salle de bains. Je me débattis mais rien n'y fit.

« Qu'est-ce que tu fais ? Lâche-moi ! » protestai-je.

Il ne me répondit pas et se contenta d'allumer le robinet d'eau chaude de la baignoire qui commença à se remplir. Menant une bataille perdue d'avance, je ne fus pas surprise lorsqu'il braqua le pommeau vers moi.

« Arrête ! » criai-je.

Il m'allongea de force dans la baignoire, mes vêtements furent trempés en un rien de temps. N'ayant plus rien à perdre, j'enroulai mes bras autour de son cou pour le faire basculer en avant. Il résista, je lui arrachai le pommeau des mains pour le retourner contre lui.

« Mauvaise perdante ! »

Il s'avachit finalement sur moi, nous nous retrouvâmes au beau milieu d'un bain improvisé. Nous éclatâmes de rire au même instant tant la situation était enfantine.

« Tu es fou » lui dis-je heureuse.

Il redevint sérieux en replaçant une mèche de cheveux derrière mon oreille. Mon rire cessa, je pris conscience de le proximité de nos visages. Il se pencha légèrement en avant pour déposer un baiser à la commissure de mes lèvres.

Mon cœur se mit à tambouriner plus fort, mes yeux clignotèrent. Il passa un bras dans mon dos pour dégrafer mon sous-vêtement qui disparut très vite. Son pouce frôla l'arrondi de mon sein avant de tourner autour de ma ceinture. Il en défit la boucle puis ouvrit ma braguette. Je relevai les fesses, il fit glisser mon pantalon le long de mes cuisses pour me mettre à nue.

Je relevai son tee-shirt mouillé pour le lui faire enlever. Il s'exécuta puis se mit debout entre mes jambes pour retirer le reste de ses vêtements.

Mes yeux se braquèrent sur son érection, je rougis. Il se rassit au fond de la baignoire et m'incita à venir me caler contre lui ce que je fis sans plus attendre. Toute son anatomie se mouva contre moi. Il m'encercla à l'aide de ses jambes et je me penchai en arrière pour pouvoir me reposer sur son torse.

Il attrapa le savon liquide et en versa un peu dans l'eau pour faire mousser notre bain. Il commença à balader ses mains sur moi pendant que je recouvrais sa mâchoire de baisers. Il me fit écarter les jambes pour pouvoir caresser l'intérieur de mes cuisses puis mon intimité. Je me cramponnai à ses avants-bras pour ne pas perdre pieds trop vite.

« Qu'est-ce que tu ressens ? s'enquit-il en frictionnant mon clitoris.

― Tu veux que je te dises ce que je ressens ? m'étonnai-je en essayant de contenir mes ardeurs.

― Oui, insista-t-il en entretenant ses caresses.

― Je… C'est… bégayai-je en cherchant mes mots.

― Dis-moi.

― J'ai l'impression d'avoir une bulle de savon dans le ventre. »

Il sourit.

« Une bulle qui grossit de plus en plus et qui risque d'exploser à tout moment » repris-je.

Il renforça sa prise autour de moi et accéléra les mouvements de ses doigts pour m'amener jusqu'à l'orgasme. Je poussai un petit cri de soulagement.

Transpirante et encore rêveuse, je me tournai pour lui faire face. J'attrapai son sexe d'une main tremblante pour le presser dans ma paume.

« Tu connais la position du lotus ? me questionna-t-il tout à coup.

― Je n'ai jamais fait ça dans l'eau, admis-je.

― C'est le moment d'essayer. »

Il attrapa mes chevilles et passa mes jambes de chaque côté de son corps. Je glissai vers lui et nos intimités se touchèrent bientôt. Il me souleva légèrement et se présenta à mon entrée. Tout doucement, il me pénétra. Ma lubrification naturelle fut bien vite remplacée par de l'eau et la sensation n'en fut que plus nouvelle. Je me sentis plus étirée que d'habitude.

Il rythma mon déhanché, je soudai mon front au sien pour essayer de lire en lui.

Du plaisir, du désir, de l'envie, du bien-être… Mais y avait-il de l'amour dans son regard ? Je voulais le croire. L'idée de n'être qu'un objet sexuel pour lui me rendait folle. Aussi, je ne préférais pas y penser, quitte à me faire encore plus de mal par la suite. La vérité sur son passé me faisait peur. Il avait juré ne plus jamais vouloir s'engager avec quelqu'un. Allait-il faire une exception pour moi ?

Il convulsa sous moi et trembla pendant quelques secondes. Ma jouissance suivit peu après.

« J'ai l'impression de sentir ton cœur battre dans ma poitrine » me déclara-t-il en me serrant contre lui.

Je l'embrassai en guise de réponse.

En sortant du bain, il m'enroula dans une grande serviette à lui puis se sécha rapidement.

« Merde, tu as vu l'heure, réalisai-je en entrant dans la chambre pour me changer.

― Quoi ?

― Il est huit heures ! Nous devrions déjà être partis. »

Un peu affolés, nous nous habillâmes en quatrième vitesse. Je partis la première pour ne pas éveiller les soupçons de nos amis qui n'étaient toujours pas au courant de notre relation, mis-à-part Alice.

« Bella ! Encore en retard, comme toujours, sourit Rose en m'ouvrant la porte de son bel appartement.

― Désolée, m'excusai-je en lui tendant une bouteille de vin.

― Pour une fois tu n'es pas la seule. Il manque encore Edward » me fit remarquer Alice en m'offrant un clin d'œil qui en disait long.

Je saluai tout le monde, y compris les deux jeunes gens que je ne connaissais pas. La sonnerie retentit peu de temps après et Emmett alla accueillir Edward qui avait miraculeusement trouvé du pain en route.

J'eus la folle envie d'éclater de rire lorsque ce dernier me fit la bise comme si de rien n'était.

« Salut Bella, me dit-il très sérieusement.

― Salut, répondis-je sur le même ton.

― Venez tous par là » nous interrompit Emmett.

J'attrapai la coupe de champagne qu'il me tendait, tout le monde trinqua en l'honneur du bébé qui grandissait dans le ventre de Rosalie.

« Plus que quatre mois de paix » plaisanta cette dernière.

Nous passâmes à table, Edward s'installa à ma droite. Heureusement cachée par la nappe, sa main vint se poser sur ma cuisse dénudée et son pouce caressa ma peau. J'échangeai un regard discret avec lui. De l'autre côté, Alice me donna un coup de coude.

« Je suppose que vous étiez en retard à cause d'un désir urgent ? s'enquit-elle amusée.

― En quelques sortes, soufflai-je mal-à-l'aise.

― Est-ce que les choses avancent entre vous ? chuchota-t-elle.

― Je suppose que non » lui avouai-je un peu déçue en sachant pertinemment que le sexe était toujours notre seul moyen de communiquer.

L'entrée fut servie, je dégustai avec plaisir la délicieuse salade préparée par mon amie. Vint ensuite le plat principal : un gigot d'agneau de premier choix. Tout le monde se régala, y compris la maîtresse de maison qui sauça son assiette pour ne rien perdre.

« Ma petite femme mange comme quatre en ce moment, plaisanta Emmett.

― Je ne réussirai jamais à te battre mon chéri, lui répondit-elle.

― La grossesse, ça creuse, ajouta Jasper.

― Surtout quand il s'agit du bébé de cet homme, reprit la future maman en pointant son mari du doigt.

― Tu m'étonnes, ris-je.

― Je suis tellement impatiente de voir naître ce bout de choux ! s'exclama Alice en tapant des mains.

― Moi aussi.

― Oui. »

Nous approuvâmes tous mis-à-part Edward qui disparut à la cuisine aussi sec. Inquiète, j'attrapai deux bouteilles vides et le rejoignis en prétextant débarrasser la table.

Appuyé sur le rebord de l'évier, il sursauta en me voyant arriver.

« Ça va ? » hésitai-je en devinant qu'il se sentait mal-à-l'aise à cause de l'avortement qu'avait subi Jane.

Il hocha la tête.

« Est-ce que les autres…

― Il n'y a que Jasper qui soit au courant » me coupa-t-il comme s'il avait lu dans mes pensées.

J'encerclai sa taille maladroitement pour le serrer contre moi. Il se cramponna à moi et huma mon parfum. J'eus presque l'impression de bercer un grand enfant qui avait peur de la vie.

J'aurais voulu lui dire que toutes les femmes n'étaient pas si horribles que la peste qu'il avait eu le malheur de croiser. J'aurais voulu lui dire que moi j'étais prête à apprendre l'amour avec lui. J'aurais voulu lui dire plein de belles choses.

Mais je ne dis rien de tout cela parce que moi aussi j'avais peur.

« Merci, souffla-t-il contre ma peau.

― Décidément, vous n'êtes pas discrets » nous fit remarquer Alice en débarquant de nulle part.

Nous nous séparâmes immédiatement.

« Je ne comprends pas pourquoi vous ne voulez rien dire à personne, commença-t-elle. Il n'y a rien de mal à partager un lit sans pour autant être en couple.

― Qui ne veut rien dire à personne ? Et qui partage son lit avec qui ? » s'étonna Rosalie en entrant dans la pièce.

Alice ouvrit la bouche béate, Edward et moi échangeâmes un regard perdu.

« Vous ? hésita-t-elle en nous pointant du doigt tous les deux. Vous couchez ensemble ? s'étonna-t-elle en augmentant le volume de sa voix.

― Quoi ? reprit Jasper en entrant lui aussi dans la cuisine. Je n'y crois pas ! s'exclama-t-il en nous dévisageant gravement.

― Je suis désolée, nous dit Alice en grimaçant.

― Ce n'est pas ce que vous croyez, s'empressa d'ajouter Edward.

― Qu'est-ce qui se passe ici ? Un débat ? renchérit Emmett.

― Bella et Edward couchent ensemble, lui résuma brièvement Jasper en ouvrant grand les yeux tant il ne croyait pas à ce qu'il racontait.

― NON ? Pas possible ! hurla Emmett en venant taper l'épaule d'Edward avec hargne. Vous êtes de sacrés cachottiers ! Alors quoi, vous êtes ensemble ou bien… »

Personne n'osa prononcer le moindre mot. Je jetai un coup d'œil vers mon coéquipier pour attendre une réponse de sa part.

« Non » finit-il par dire.

Ce fut comme si un nouveau coup de couteau venait d'entailler mon cœur. Ma déception fut immense puisque j'avais espéré un instant entendre l'inverse. Mais une fois de plus je compris que la vie de couple ne lui correspondait plus. Heureusement pour moi, je m'étais retenue de lui dire toutes ces choses un peu plus tôt.

« Je vois, reprit Emmett. Depuis combien de temps est-ce que…

― Un moment. »

Je regardai tour à tour le visage de mes amis qui semblaient tous plus choqués les uns que les autres.

« Vous n'êtes pas censés vous détester d'habitude ? s'enquit Jasper.

― Si.

― Mais…

― Ça n'empêche pas le reste, le coupai-je, ne préférant pas entendre une réponse blessante de plus venant d'Edward.

― Je savais bien qu'à force de jouer la comédie face à tes parents tu allais finir par te jeter sur elle, souffla Emmett à l'oreille d'Edward le moins discrètement possible.

― Tu étais au courant ? demanda Rosalie à Alice.

― Depuis quelques jours seulement.

― Comment ?

― Je les ai vu au bureau.

― Je n'arrive toujours pas à y croire.

― Nous pourrions peut-être passer au dessert, suggérai-je fatiguée de leur conversation.

― Bonne idée ! Venez » m'encouragea Alice.

Chacun de nous reprit sa place à la salle à manger. Je m'occupai de découper le gâteau et de servir tout le monde.

Comme si la découverte de notre relation leur avait cloué le bec à tous, personne ne lança de discussion vraiment prenante. Pire encore, lorsqu'Edward osa caresser mes lèvres pour essuyer un peu de chocolat fondu, ils nous observèrent tous d'un regard empli d'incompréhension.

« Je crois qu'il va falloir nous habituer à les voir comme ça, annonça Rosalie.

― Je crois aussi » ajouta Jasper.

Tout juste novice concernant les démonstrations en public qui n'étaient pas mensongères, je posai ma tête sur l'épaule d'Edward comme j'avais l'habitude de le faire lorsque nous étions seuls. Il se tourna vers moi pour murmurer quelques mots à mon oreille.

« Ils me font peur.

― Je te comprends, lui répondis-je.

― Qu'est-ce que vous dites ? tenta Alice.

― Rien. »

Finalement vers minuit, tous les invités s'éclipsèrent. Après avoir salué mes amis, je montai à bord de ma voiture et Edward dans la sienne. Nous nous suivîmes sur quelques kilomètres puis, bien avant d'être arrivé à l'appartement, la belle Volvo argentée se gara sur le bas côté. Un peu perplexe, j'en fis de même.

« Pourquoi est-ce que tu t'es arrêté ? » lui demandai-je en sortant de l'habitacle.

Il marcha le long du trottoir d'un pas assuré pour ensuite prendre mon visage en coupe.

« Est-ce que nous ne risquons pas de tout mélanger ? me demanda-t-il d'une voix vacillante.

― Qu'est-ce qu'il se passe ? m'étonnai-je.

― Je ne peux pas te donner plus que ce que je te donne déjà, continua-t-il. Je n'y arriverais pas. Je n'en aurais pas la force.

― Pourquoi est-ce que tu dis ça ? tremblai-je.

― Promets-moi une chose Bella, reprit-il sérieusement.

― Laquelle ?

― Ne tombe jamais amoureuse de moi. Tu n'auras rien en retour. »

Sa requête me fit froid dans le dos. Tous mes muscles se contractèrent, mon cœur fit un saut dans le vide, je me sentis défaillir.

« Je n'en avais pas l'intention, mentis-je malgré tout.

― Tu es sûre de toi ?

― Sûre et certaine. »

Ce ne fut qu'à ce moment-là que je compris vraiment ce qui hantait mon corps et mon âme depuis tout ce temps.

J'étais amoureuse d'Edward.