Les Caprices du cœur

La haine se nourrit de peur et d'amour


Chapitre 21

Je n'avais pas trouvé la force de m'éloigner de lui.

La routine suivait son cours. Ma souffrance s'intensifiait, mon amour aussi. Chaque jour était une épreuve pour moi mais je tenais le coup malgré tout. Le simple fait d'être près d'Edward me suffisait, du moins pour l'instant. Mettre un terme à notre liaison me semblait inconcevable. J'avais trop besoin de lui et de ses câlins protecteurs. S'il ne voulait rien de plus que du sexe, j'étais prête à l'accepter. Lorsque j'étais dans ses bras, rien ne m'empêchait de rêver à une situation meilleure. Me voiler la face était ma dernière issue.

L'avion se posa sur le sol américain à neuf heures cinquante-six.

« Nous y sommes ! m'exclamai-je enchantée.

― Je te rappelle que nous sommes ici pour travailler » me résonna Edward en souriant malgré tout.

Barclays nous avait envoyés tous les deux à New York pour concrétiser un projet important. Notre emploi du temps n'était cependant pas trop chargé et je comptais bien profiter de ce court séjour pour découvrir les lieux.

Nous récupérâmes nos bagages pour ensuite monter à bord de l'un de ces célèbres taxis jaunes de la ville. Pendant le trajet, je m'émerveillai en regardant le paysage à travers la vitre. Arrivés à l'hôtel, la réceptionniste nous remit à chacun la clef de notre chambre.

« Dixième étage pour Mademoiselle, seizième pour Monsieur » nous précisa-t-elle.

Nous grimaçâmes en échangeant un regard plus qu'expressif.

« Est-ce que vous pouvez trouver deux chambres plus proches l'une de l'autre ? tenta Edward. Nous devons…

― L'hôtel est complet, je suis désolée, trancha-t-elle.

― Merci » conclut-il ironiquement.

Nous empruntâmes l'ascenseur, je disparus la première pour aller ranger mes affaires. En ouvrant la porte de ma chambre, j'eus un moment de réflexion en apercevant le lit simple : dormir à deux n'allait pas être chose facile.

Je posai ma valise dans l'armoire puis ma trousse de toilette dans la salle de bains. Un peu plus tard, Edward vint toquer à ma porte.

« Est-ce que toi aussi tu as un lit simple ? lui demandai-je avant même de le laisser entrer.

― Oui.

― Comment est-ce que nous allons faire ?

― Pour ?

― Pour dormir ensemble !

― Tu veux dormir avec moi ? s'étonna-t-il.

― Pas toi ? hésitai-je vexée.

― Si. »

Il me prit par la taille et m'offrit un baiser prometteur. Je souris, heureuse de retrouver la complicité qui nous unissait tant lorsque nous étions seuls.

« Je me suis habitué à t'entendre parler en plein milieu de la nuit » ajouta-t-il.

Je lui souris tout en espérant n'avoir jamais rien révélé d'important au cours de mon sommeil.

« Tu dis parfois des choses très intéressantes, m'avoua-t-il cependant.

― C'est-à-dire ? » m'inquiétai-je, ayant toujours su que ce défaut m'humilierait un jour.

Il se mordit la joue en gardant un air sérieux.

« Alors ? insistai-je en le dévisageant gravement.

― Edward…

― Edward ?

― Tu dis souvent mon prénom » m'expliqua-t-il.

Je me sentis rougir, il caressa ma pommette du bout des doigts.

« Tu veux visiter ?

― Quoi ? m'enquis-je perdue.

― Je te rappelle que nous sommes à New York, rit-il. Et nous avons la journée de libre.

― Oui, c'est génial ! réalisai-je. Allons-y. »

Notre hôtel étant situé à Manhattan, nous décidâmes de visiter le quartier avant toute chose. Tout y passa : Wall Street, la statue de la liberté, Times Square et bien entendu Central Park.

« Je vais attraper froid à la langue, dépêche-toi ! » s'exclama Edward.

Après avoir acheté un cornet de glace géant composé de dix boules différentes, j'essayais désormais de prendre une photo de nous deux en train de lécher les bords de cette énorme friandise.

J'appuyai sur le déclencheur et me dépêchai de tourner l'appareil vers nous pour observer la photo.

« C'est tout noir, constatai-je.

― Tu as pris le sol en photo idiote ! Laisse-moi faire. »

À son tour, il tenta d'immortaliser l'instant. Sur le cliché, il n'y avait que nos cheveux.

« Toi non plus tu n'es pas doué. Je recommence. »

Cette fois-ci, j'étirai mon bras au maximum. Debout au milieu d'une grande allée du parc, je perdis l'équilibre en faisant vaciller Edward. La glace atterrit sur ma poitrine, le flash nous éblouit.

« Bravo, rit-il.

― C'est de ta faute ! criai-je.

― N'importe quoi, n'essaie pas de…

― Tais-toi, j'ai froid maintenant, le coupai-je en essayant de nettoyer mon pull.

― Tu as réussi à cadrer ce coup-ci » continua-t-il hilare en zyeutant l'appareil photo.

Pour le faire taire, j'attrapai un peu de glace dans la paume pour l'écraser contre sa joue.

« Eh ! protesta-t-il.

― On devait la finir à deux » me justifiai-je en tremblant à cause de mon vêtement mouillé.

Le mois de septembre était déjà frais sur la côte est des États-Unis.

« Tu veux bien me faire un câlin ? Je suis congelée, le défiai-je en enroulant mes bras autour de lui.

― Vas-t-en, mes habits sont encore propres, me repoussa-t-il.

― Trop tard » conclus-je en me collant à lui.

Résigné, il frictionna mes bras en respirant mon odeur. Sa chaleur corporelle m'enveloppa rapidement. Je me mis sur la pointe des pieds pour lui voler un baiser, il répondit à mon échange avec langueur. J'eus bientôt l'occasion de sentir son excitation près de ma cuisse.

« Tu as les lèvres violettes, remarqua-t-il comme si de rien n'était.

― Je meurs de froid. »

Il attrapa l'ourlet de mon tricot.

« Tu ne comptes pas me déshabiller au milieu de tout ce monde quand même ? lui demandai-je en désignant les passants de la main.

― Non, rit-il. Enlève juste ton pull, j'en ai un pour toi. »

Il fouilla à l'intérieur de son sac à dos pour finalement me tendre son habit. Je retirai mon pull humide en vitesse et enfilai le sien à la place. Il agrippa ma taille une nouvelle fois pour me rapprocher de lui.

« J'ai faim, ne pus-je m'empêcher de dire en entendant mon ventre gargouiller.

― Il est tard, ajouta-t-il en levant les yeux au ciel pour constater que le soleil commençait déjà à disparaître. Viens. »

Nous quittâmes le parc pour retrouver les rues bondées du centre-ville où les restaurants se succédaient. Après avoir errer un moment, nous entrâmes à l'intérieur d'une brasserie où les clients affluaient par dizaine.

L'un des serveurs nous fit signe de le suivre, nous nous installâmes entre deux banquettes qui permettaient de conserver l'intimité de tous.

« Qu'est-ce que tu prends ? demandai-je à Edward après avoir consulté la carte.

― Des pâtes.

― Moi aussi.

― Une bouteille de vin rouge, ça te va ?

― Oui. »

En attendant que les plats fussent servis, nous trinquâmes une fois, deux fois, trois fois… Le vin ne tarda pas à faire son chemin vers mon cerveau.

« J'ai la tête qui tourne, me plaignis-je.

― Déjà ? Tu es désastreuse, rit mon partenaire.

― C'est à cause de toi.

― Je ne t'ai pas forcée à boire, se défendit-il.

― Tu as toujours de la glace sur ton pull, remarquai-je un peu niaisement.

― La faute à qui ?

― La faute à l'appareil photo. Où est-il d'ailleurs ? Passe-le moi ! »

Il me tendit le petit objet, je fis défiler les premiers clichés pour finalement découvrir celui où ma poitrine recouverte de glace illuminait l'écran.

« Qu'est-ce que tu en penses ? m'enquis-je en tournant l'appareil vers Edward.

― Tes seins prennent toute la place, me dit-il le sourire aux lèvres.

― Tu aimes ma poitrine ? » osai-je lui demander grâce à l'alcool qui se promenait dans mes veines.

Il bu une nouvelle gorgée de vin et se racla la gorge en faisant la moue.

« Oui, m'avoua-t-il simplement. Pourquoi ? hésita-t-il ensuite.

― Il faut bien que je trouve un moyen de recevoir des compliments venant de ta part, lâchai-je d'un air mélancolique.

― Tu insinues que je ne te fais jamais de compliment ?

― Exactement !

― Toi non plus.

― C'est parce que tu ne m'en fais pas, me justifiai-je.

― Idem de mon côté.

― Menteur.

― Menteuse. »

Je remplis mon verre une fois de plus.

« Je suis désolé pour l'attente, s'excusa le serveur en déposant enfin nos plats sur la table.

― Est-ce que vous pouvez nous apporter une deuxième bouteille de vin ?

― Bien sûr. »

Je commençai à manger tout de suite tant mon ventre criait famine. Edward non plus ne tarda pas à entamer son assiette.

« Tu as de belles lèvres, lâcha-t-il en plein milieu du repas.

― N'essaie pas de te rattraper.

― Tu vois ! Je te fais un compliment et tu n'es pas contente, protesta-t-il.

― Tu t'es forcé.

― Non, me contra-t-il.

― Si.

― Non, je le pense vraiment. »

Je ruminai en silence.

« Elles sont pleines et bien rosées, continua-t-il. J'ai même envie de les mordre parfois. »

J'ouvris grand les yeux, un peu surprise par sa déclaration.

« N'en fais pas trop, rétorquai-je gênée.

― Ta bouche est ma gourmandise préférée » m'avoua-t-il en me regardant droit dans les yeux.

Je me mordis la joue tandis que mon corps commençait sérieusement à s'enflammer. Il tendit le bras vers moi pour caresser mes lèvres du bout de l'index. J'embrassai la pulpe de son doigt en rougissant légèrement. Il inspira profondément.

« Tes baisers me rendent fou. »

Le silence se réinstalla entre nous. Je fis abstraction de mon urgent désir pour lui en essayant de me distraire avec mon plat de pâtes et le vin qui coulait à flot.

Le serveur nous apporta nos desserts un peu plus tard. Je croquai à pleines dents dans le biscuit qui accompagnait mon tiramisu.

« Puisqu'il est l'heure des compliments, sache que ce sont tes mains qui me fascinent le plus » repris-je après une certaine hésitation.

Il releva le nez vers moi en m'interrogeant du regard.

« Elles sont habiles et douces, commençai-je en avalant ma salive de travers. J'adore observer tes doigts lorsque tu joues du piano. »

Il posa ses couverts sur la table et inspecta ses mains sous toutes les coutures.

« Tu me fais voir des milliers d'étoiles à chaque fois que tu me touches » repris-je en frôlant l'infarctus.

Il me sourit timidement puis remonta la manche de mon pull pour pouvoir effleurer mon bras avec sa paume. J'eus la chair de poule presque instantanément. Ma température corporelle augmenta encore.

« Bella.

― Oui ?

― Je suis en train de me consumer, m'affirma-t-il d'une voix rauque.

― Moi aussi. »

Il jeta un coup d'œil à son entrejambe que je devinais gonflée. Audacieuse, je retirai mon escarpin pour poser mon pied entre ses cuisses.

« Tu veux me tuer ? s'enquit-il.

― Je veux juste te sentir » l'informai-je en pressant son sexe contre mon talon.

Il ébouriffa ses cheveux nerveusement avant de se pencher vers moi pour m'embrasser à en perdre haleine.

« Rentrons à l'hôtel » décida-t-il à bout de souffle.

Nous courûmes hors du restaurant après avoir laisser deux billets sur la table. Une fois dans le taxi, il nous fallut rassembler beaucoup de courage pour ne pas succomber trop tôt. Dans l'ascenseur de l'hôtel, Edward me plaqua contre le grand miroir pour commencer à me dévorer le cou. Il me porta jusque devant la porte de ma chambre et nous nous enfermâmes enfin à l'intérieur de la petite pièce.

Ses chaussures valsèrent, mon pantalon disparut en un temps record. Je bataillai avec son pull pour finalement le lui retirer violemment. Nous nous retrouvâmes bien vite en sous-vêtements.

Il parsema mon décolleté de tendres baisers pendant que j'ondulais mes hanches contre lui. Il me souleva dans les airs pour nous faire allonger sur le lit peu après. Je baissai son boxer, il dégrafa mon soutien-gorge puis tira sur ma culotte pour ne laisser aucune barrière entre nous.

Son pouce flatta mon intimité, j'enroulai mes bras autour de son cou pour le rapprocher de moi. Il me pénétra brusquement en me faisant sursauter.

Une fois de plus, je perdis pieds sous ses coups de hanches. Nos corps fusionnèrent, mes pensées devinrent incohérentes. Ma jouissance atteignit des sommets.

La lumière du jour mit un terme à mes songes. Je m'étirai en poussant un petit cri aigu. Les bras protecteurs d'Edward renforcèrent leur prise autour de moi, signe qu'il était réveillé lui aussi. Je frottai ma joue contre son cou en guise de salut.

« Je ne veux pas aller travailler, baragouina-t-il dans sa barbe en gardant les yeux fermés.

― Moi non plus » admis-je en passant mes doigts dans ses cheveux.

Il empauma mon sein et embrassa mon épaule. Son érection rencontra ma cuisse et se rapprocha bien vite de mon intimité.

« Je ne crois pas que ce soit une bonne idée de faire cela maintenant, le prévins-je.

― S'il te plaît » me supplia-t-il au creux de l'oreille.

Ses doigts longèrent mon ventre pour aller caresser mon sexe. Par acquis de conscience, je jetai un coup d'œil à mon cellulaire qui affichait neuf heures neuf. Neuf heures neuf ?

« Edward ! Nous sommes vraiment très très en retard ! » m'exclamai-je tout à coup.

Affolée, je le repoussai sans attendre et mon genoux butta entre ses jambes sans ménagement. Il cria, je roulai sur le côté pour me fracasser par terre (voilà sans doute pourquoi je n'aimais pas les lits simples).

« Aïe, gémis-je en essayant vainement de me relever.

― Tu m'as castré ! hurla Edward qui comprimait son entrejambe dans ses mains pour tenter de soulager la douleur.

― Désolée » soufflai-je en massant mes fesses endolories par la chute.

Après quelques secondes, il s'assit sur le rebord du lit en grimaçant.

« Tu es vraiment maladroite. Est-ce que ça va ?

― Je crois que oui, mentis-je. Et toi ?

― J'espère. »

J'attrapai sa paume pour me remettre sur pieds. J'inspectai mon postérieur pour finalement apercevoir un gros bleu sur ma peau blême.

« Tu risques d'avoir mal, remarqua Edward en fixant mon derrière.

― N'en profite pas pour mâter mon cul, le réprimandai-je.

― Ce n'est pas mon genre. »

Sur ces mots, il enfila un peignoir et disparut en vitesse pour aller se préparer dans sa chambre. Je filai à la salle de bains.

Une demi heure plus tard, nous arrivâmes enfin au pied du gratte-ciel qui allait être notre lieu de travail pour les prochains jours. Nous nous précipitâmes à l'intérieur du bâtiment où une jeune secrétaire nous indiqua le chemin à suivre pour rejoindre le personnel financier de l'établissement.

« Nous sommes vraiment désolés, notre avion a eu du retard, s'excusa Edward auprès du directeur qui nous attendait impatiemment dans son bureau. Nous sommes arrivés à New York il n'y a même pas une heure, renchérit-il.

― Je vois.

― Cela ne se reproduira plus.

― Bien, suivez-moi. »

Il nous présenta les six agents qui allaient faire équipe avec nous. Six hommes attablés autour d'une grande table ovale qui n'attendaient plus que nous. Tous me regardèrent comme si j'étais une intruse et je fis tout mon possible pour faire semblant de n'avoir rien remarqué.

« Je crois que vous connaissez très bien l'objectif de notre projet commun, reprit le directeur après avoir parlementer un moment avec nous. Je vous laisse gérer l'affaire ensemble. Bonne chance. »

Edward s'installa avec les autres, je l'imitai après quelques secondes de réflexion. Le ton professionnel fut donné et une réunion masculinisée commença. Je me sentis tout de suite mise à l'écart, comme transparente.

À côté de moi, un grand brun me reluqua des pieds à la tête en s'attardant sur mes jambes croisées. Je fronçai les sourcils avant de me replonger dans la conversation qu'entretenaient les autres.

« Je ne suis pas d'accord » tentai-je pour la énième en les entendant dire des absurdités.

Personne ne me prêta attention, Edward se contenta de me dévorer des yeux sans considérer mes propos. Aussi, un peu abusive sans doute, je mis deux doigts dans ma bouche pour siffler un bon coup. Tout le monde se tût pour me regarder. Je souris timidement avant de prendre la parole.

« Laissez-moi vous expliquer quelque chose. »

Je me levai maladroitement pour aller résumer la situation sur le tableau blanc accroché au mur. Une évidence majeure ne semblait pas les avoir alertés et je trouvai préférable de leur faire remarquer. À la fin de mon discours, personne ne trouva rien à redire.

« Vous avez bien fait d'intervenir, me remercia poliment l'un des agents.

― En effet, merci Isabella, ajouta mon voisin de table en m'offrant un clin d'œil qui se voulait discret.

Bella » le rectifia Edward en le dévisageant méchamment.

La journée fila à vive allure, nous travaillâmes sans relâche pour concevoir les fondations de notre lourd projet. Après mon intervention, l'équipe finit par comprendre que j'avais moi aussi mon mot à dire, personne n'osa me contredire une seule fois.

« Je suis épuisée, dis-je à Edward dans le taxi qui nous ramenait à l'hôtel. C'est insoutenable de ne travailler qu'avec des hommes.

― Tu t'en sors plutôt bien.

― Tu trouves ?

― Surtout quand un imbécile te mate sans aucune pudeur, ajouta-t-il en grinçant des dents.

― Tu parles du mec qui était assis à côté de moi ?

― Oui. J'ai bien failli lui faire bouffer sa cravate, grogna-t-il.

― La prochaine fois n'hésite pas » l'encourageai-je alors que nous arrivions à destination.

Edward m'emmena jusqu'au seizième étage pour me montrer sa chambre que je n'avais pas encore eu l'occasion de découvrir.

« La tienne est plus grande que la mienne ! m'exclamai-je jalouse en allant faire un tour sur son balcon.

― Où est-ce que nous allons ce soir ? me demanda-t-il avec curiosité.

― Comme tu veux, lui répondis-je en passant mes bras autour de sa taille.

― Brooklyn ?

― Excellente idée. »

Un sandwich à la main, nous déambulions dans les rues de ce célèbre quartier new-yorkais.

« Dis, m'interrompit Edward dans mes rêveries. Tu vois cette grande roue là-bas ?

― Oui, pourquoi ?

― Parfait, viens. »

Nous nous rapprochâmes du parc d'attractions au pas de course. Arrivé face à l'entrée majestueuse, Edward acheta deux places et nous pénétrâmes enfin à l'intérieur d'un monde où les adultes redevenaient enfants le temps d'une soirée.

« Un labyrinthe ! Allons-y. »

Après une attente interminable, nous entrâmes finalement dans un tunnel sombre entravé par des rouleaux compresseurs géants.

« Je n'arrive pas à passer, paniquai-je.

― Vas-y, m'incita Edward pendant que les autres nous doublaient impatients.

― Non. »

Lorsque tout le monde eut disparu, il me poussa entre les deux gros cylindres et je criai de toutes mes forces avant de ressortir de l'autre côté. Il me rejoignit sans tergiverser.

« Espèce de traite ! » l'engueulai-je.

Il me plaqua contre la paroi du tunnel et m'embrassa pour me faire taire.

« Nous sommes les derniers à cause de toi, reprit-il.

― Tant pis. »

Et tout à coup, le sol se déroba sous nos pieds. Nous atterrîmes dans un petite pièce ronde pleine de boules.

« Et maintenant ? » m'enquis-je perdue en nageant dans la piscine de plastique.

Il éclata de rire avant de me faire signe de lui suivre. Nous passâmes à travers un tonneau pour finalement retomber au beau milieu d'une allée infinie.

« Nous sommes perdus, réalisai-je.

― Ce qui est normal puisque nous sommes dans un labyrinthe, me fit remarquer Edward. Viens.

― Qu'est-ce que c'est ? le retins-je en fixant le sol.

― Un tapis roulant.

― Mais il marche à l'envers ! Je n'arriverai jamais à avancer ! m'affolai-je.

― Mais si.

― Non.

― Je te dis que si. »

Il m'entraîna à sa suite. Nous nous retrouvâmes affalés par terre après avoir avancé d'un mètre.

« Tu vois, ris-je.

― Laisse-moi faire. »

Il se releva et m'aida à me remettre sur pieds moi aussi.

« Monte sur mon dos.

― Tu es sûr ?

― Allez ! »

Je sautai sur lui sans ménagement, nous nous esclaffâmes au même instant tant la situation était hilarante.

« Avance. »

Il s'engagea sur le tapis et se mit à courir. Je hurlai par peur de tomber mais nous réussîmes malgré tout à atteindre le bout du tunnel.

« Tu as réussi ! m'exclamai-je fière de lui.

― Tu m'étrangles, chuchota-t-il sans pouvoir parler plus fort.

― Pardon » m'excusai-je en descendant.

Dans la pénombre, mes lèvres effleurèrent les siennes. Il empauma mes fesses pour me rapprocher de son corps bouillant.

Puis le plafond commença à s'affaisser au dessus de nous. Ni une ni deux, Edward prit ma main et nous courûmes en direction de la sortie en riant à gorge déployée.

« C'était épuisant, soufflai-je une fois dehors.

― Comme tu dis.

- Est-ce que tu te sens capable de gagner ce nounours pour moi ? lui demandai-je soudain en pointant du doigt le plus mignon des ours en peluche de la fête foraine.

― Trop facile » feinta-t-il en se rapprochant du stand de tir.

Il tira une première fois sur la cible à l'aide d'un pistolet à billes. Après une échec total, il réessaya sans grand succès.

« Tu es nul, constatai-je.

― Je faisais quelques essais. Maintenant chut, j'ai besoin de me concentrer. »

Après huit essais désastreux, je finis par éclater de rire face à sa nullité.

« Arrête de te moquer et essaye puisque tu es si forte, se rebella-t-il.

― D'accord. »

J'attrapai l'arme en plastique et la pointai sans grande conviction vers le cadran multicolore. Je fermai les yeux.

« Ne ferme pas les yeux ! s'affola Edward.

― Chacun sa méthode. »

Je tirai.

« Félicitations mademoiselle ! cria le forain. Vous avez tiré droit dans le mille.

― Vous êtes sûr ? s'enquit Edward en triturant le col de sa chemise.

― Certain.

― Génial ! criai-je folle de joie.

― Quelle peluche voulez-vous ?

― Le gros nounours noir, répondis-je sans hésitation.

― Le voilà. »

Je serrai l'ours dans mes bras en riant ouvertement face à Edward qui affichait une mine dépitée.

« La chance du débutant, me dit-il.

― Sûrement.

― Passons aux choses sérieuses, tu vas moins faire la maline à partir de maintenant » conclut-il en m'entraînant à sa suite.

Il s'arrêta au pied des montagnes russes d'une hauteur vertigineuse. Je le regardai inquiète.

« Ne me dis pas que tu veux monter là-dedans ?

― Si, me contredit-il tout sourire.

― Non.

― Si, insista-t-il. Et tu vas venir avec moi.

― Pas question ! »

Pourtant, près d'un quart d'heure plus tard, nous nous retrouvâmes tous deux solidement attachés à l'intérieur d'un wagon rouge plein à craquer.

« Pourquoi est-ce que tu m'as entraînée là-dedans ? m'énervai-je tandis que le wagon démarrait.

― Tu vas adorer.

― Je te déteste » boudai-je en me cramponnant aux accoudoirs.

Les cris fusèrent lorsque nous passâmes un premier looping, je reconnus ne pas m'être amusée comme ça depuis longtemps. Malgré tout, je fus plus que nauséeuse à la sortie du manège, si bien que je faillis m'écrouler par terre tant la tête me tournait.

« Bella ? s'inquiéta Edward en passant un bras sous mon cou et l'autre sous mes genoux pour me soulever.

― Tu mériterais que je te vomisse dessus. »

Il sourit et passa récupérer nos affaires que nous avions laissées dans le vestiaire prévu à cet effet.

« Faisons quelque chose de plus calme » suggéra-t-il en me portant toujours dans ses bras.

Il se dirigea vers la grande roue qui dominait le parc. Nous montâmes à bord d'une cabine vide pour ne pas être dérangés par des inconnus. Une fois au sommet, il glissa un bras dans mon dos, je m'appuyai contre son torse pour profiter de cet instant magique.

« C'est magnifique, constatai-je en admirant le paysage qui nous était offert de si haut.

― Oui. »

Le silence revint envahir notre bulle pendant un moment.

J'observais sa main soudée à la mienne en ayant presque l'impression d'être importante à ses yeux. Je m'imaginais être sa petite amie, celle qu'il aimait le plus au monde. Mais bien malheureusement, je savais qu'Edward ne pouvait plus aimer quiconque depuis ce jour où Jane l'avait quitté.

« À quoi penses-tu ? finit-il par me demander.

― À rien.

― Dis-moi.

― Je suis fatiguée. »

Il plaqua ses lèvres contre mon front et me serra fort. Dans la pénombre de la nuit, il ne s'aperçut jamais qu'une larme roulait sur ma joue.