Les Caprices du cœur

La haine se nourrit de peur et d'amour


Chapitre 22

Thanksgiving fut un vrai régal pour moi. J'eus l'occasion de retrouver toute ma famille pendant quelques jours ainsi que mes rares amis de Liverpool. Parallèlement, ce court voyage ne fit que renforcer ma dépendance envers Edward. Une semaine loin de lui fut insoutenable et cet éloignement fut d'autant plus pénible lors des vacances de Noël. Aussi, je fus plus que soulagée lorsqu'il me demanda d'écourter mon séjour pour pouvoir passer le réveillon de la Saint Sylvestre avec ses parents et moi.

« Tu es prête ? me demanda-t-il après s'être garé dans le jardin.

― Oui » lui répondis-je avant de sortir de la voiture.

Le porte d'entrée de la belle demeure décorée pour l'occasion s'ouvrit et Esmée accourut vers nous enchantée.

« Bella, je suis tellement contente de te voir, me salua-t-elle en m'étreignant gentiment.

― Moi aussi Esmée.

― Bonsoir mon chéri, ajouta-t-elle à l'attention de son fils en le serrant contre elle un moment.

― Bonsoir maman.

― Suivez-moi, il fait un froid de canard dehors. »

L'intérieur de la villa était tout aussi splendide que l'extérieur. Les paillettes semblaient avoir inondé l'espace et un magnifique sapin de Noël arpentait encore le salon.

« Félicitations Esmée, la décoration est magnifique.

― Merci ma belle. »

Edward m'aida à me débarrasser de mon manteau, son index frôla mes hanches et nos regards s'accrochèrent le temps d'une seconde.

« Tu es sublime ! s'exclama bientôt Esmée en pointant ma tenue du doigt.

― En effet, renchérit Carlisle en apparaissant de nulle part.

― Merci. »

Après avoir échangé quelques mots avec eux, Edward et moi disparûmes à l'étage pour poser notre valise commune dans sa chambre. Avant de ressortir de la pièce, ce dernier m'attrapa par le bras pour m'empêcher de filer trop vite.

« Ils ont raison, tu es vraiment très belle ce soir, souffla-t-il à mon oreille en caressant l'ourlet de ma robe noire.

― Tu n'es pas mal non plus » lui avouai-je sincère.

Il se pencha tout doucement vers moi et déposa ses lèvres chaudes sur les miennes. Ses mains agrippèrent ma taille, notre baiser s'éternisa.

« Allons les rejoindre, décrétai-je finalement.

― D'accord. »

De retour au salon, Carlisle remplit quatre coupes de champagne et nous trinquâmes en l'honneur de ce dernier jour de l'année. Les hommes commencèrent à parler de sport, Esmée disparut à la cuisine et je m'empressai de la rejoindre pour l'aider à préparer le repas.

« Où est le citron ? lui demandai-je en voulant aromatiser les crevettes.

― Dans le frigo. »

J'attrapai l'agrume que je me dépêchai de couper en deux.

« C'est vraiment dommage que tu n'aies pas été là pour Noël, reprit-elle aussitôt.

― Je suis désolée. Charlie et Renée ne peuvent pas se passer de moi pour ce genre d'événements. »

J'attrapai une cuillère à soupe pour déposer quelques crevettes sur un avocat.

« Comment vont-ils ? continua-t-elle d'un air curieux.

― Ils vont très biens merci, lui répondis-je gênée.

― J'aimerais beaucoup les rencontrer, ajouta-t-elle timidement.

― Je comprends mais ils sont très occupés pour l'instant, mentis-je en voulant à tout prix changer de sujet. Et puis Liverpool n'est pas la porte à côté.

― Edward me dit la même chose à chaque fois que je lui en parle » m'expliqua-t-elle en se rapprochant légèrement de moi.

J'avalai ma salive maladroitement en me sentant faiblir.

« Est-ce qu'ils savent seulement que tu as un petit ami ? devina-t-elle en posant une main rassurante sur mon épaule.

― Pas vraiment, lui confiai-je.

― Pourquoi est-ce que tu ne leur as rien dit ?

― Je n'ai pas trouvé le temps de leur présenter Edward, inventai-je.

― Je suis sûre qu'ils seraient très heureux d'apprendre que mon fils est l'homme de ta vie.

― Je ne sais pas, paniquai-je en entendant les mots homme et vie dans la même phrase. Je préfère attendre encore un peu pour leur en parler, être sûre que… »

Je me coupai net, elle me sourit tendrement en comprenant sans doute où je voulais en venir.

« Ne doute jamais d'une chose Bella, Edward t'aime plus que tout. Je suis sa mère. Je le vois. »

Si seulement…

« J'espère vraiment que nous pourrons être tous réunis à la prochaine occasion, ajouta-t-elle.

- Vous avez besoin d'aide ? nous interrompit Carlisle en entrant dans la cuisine.

― Non, l'entrée est prête. »

Nous nous installâmes à table peu après. Le dîner fut formidable, chaque met ravit mes papilles. Nous parlâmes des vacances, du travail. Puis les douze coups de minuit retentirent enfin.

« Bonne année ! »

Nous nous embrassâmes tous les quatre puis chaque paire se reforma.

« Je t'aime, dit Esmée à son mari.

― Je t'aime aussi ma chérie » termina ce dernier en déposant un baiser sur les lèvres de son épouse.

Edward et moi échangeâmes un regard timide. Il caressa ma joue du bout des doigts.

« Ils sont tellement démonstratifs, murmura-t-il à mon oreille d'une voix tremblante.

― Ils ont raison de s'aimer » lui répondis-je mal-à-l'aise.

Ses yeux si expressifs me transpercèrent de part en part. Il se pencha vers moi pour nicher son visage dans mon cou.

« J'aimerais pouvoir faire comme eux, murmura-t-il contre ma peau.

― Rien ne t'en empêche » lui confessai-je tout bas, pleine d'espoir.

Il releva le nez vers moi l'air perdu. Sans prononcer le moindre mot, il resserra notre étreinte et respira mon odeur à pleins poumons.

« Au contraire, finit-il par me dire d'un air contrarié. Je ne peux pas me laisser aller. J'ai trop peur. »

Je hochai la tête machinalement même si sa réponse ne me plaisait pas du tout.

« Esmée et moi allons nous coucher, nous annonça son père un peu plus tard. J'espère que la soirée vous a plu.

― Oui bien sûr, le rassurai-je. Merci d'avoir préparé un si bon dîner.

― Bonne nuit.

― À demain. »

Ils s'éclipsèrent et Edward m'entraîna au salon où seule une petite lampe de chevet éclairait la pièce. Il me fit asseoir sur ses genoux, j'enroulai mes bras autour de lui. Nous demeurâmes muets pendant de longues minutes, tous deux gênés par nos paroles précédentes.

« Merci de continuer à jouer le jeu pour mes parents, me dit-il finalement afin de rompre le silence devenu pesant.

― Je trouve cela assez facile depuis que nous couchons ensemble » plaisantai-je pour détendre l'atmosphère.

Il se mordit la joue et m'incita à poursuivre.

« Nous ne faisons pas grand chose de moins lorsque nous sommes seulement tous les deux, lui fis-je remarquer.

― Je ne suis pas d'accord avec toi, me contra-t-il.

― Pourquoi ?

― L'amour n'est pas fait pour moi Bella, me déclara-t-il subitement en baladant ses mains moites sur mon bras nu.

― Pourquoi est-ce que tu dis ça ? m'enquis-je la boule au ventre.

― Je ne veux pas me marier. Je ne veux plus faire de projets concernant l'avenir, commença-t-il en me dévisageant gravement. Quant aux enfants, j'ai bien trop peur d'en avoir. Cela représente un engagement trop important et je ne veux plus jamais me retrouver pieds et poings liés à quelqu'un » m'expliqua-t-il tristement.

Ses aveux me firent froid dans le dos. Même si je connaissais déjà son point du vue sur le sujet, jamais je ne l'avais entendu exprimé ses sentiments aussi clairement.

« Les femmes ne sont pas toutes les mêmes, le rassurai-je en espérant le faire changer d'avis.

― Tu mérites tellement mieux que moi.

― Ce n'est pas vrai, le contrai-je en me blottissant contre lui. Je suis bien avec toi, osai-je lui avouer.

― Ne rends pas les choses plus difficiles qu'elles ne le sont déjà, reprit-il en me serrant fort. N'oublie pas la promesse que tu m'as faite.

― Je ne l'oublie pas. »

Je fermai les yeux pour me laisser porter par mes rêves et oublier la dure réalité à laquelle je devais faire face.

Au petit matin, les premiers rayons du soleil me firent entrouvrir les yeux. Me souvenant m'être endormie sur le canapé dans les bras d'Edward, je mis quelques secondes à comprendre que nous étions désormais tous les deux dans sa chambre d'adolescent. Je jetai un coup d'œil à ma tenue pour constater que je ne portais plus que mes sous-vêtements. Un peu déboussolée, je me recroquevillai sur moi-même et observai Edwardqui dormait toujours à poings fermés. Je n'avais pas oublié ce qu'il m'avait dit la veille au soir.

« Si seulement tu pouvais m'aimer comme moi je t'aime » soufflai-je d'un ton inaudible.

Mon index caressa tout doucement son front. Sans trop comprendre, un premier sanglot m'échappa, puis un autre et encore un autre. Je me mis à pleurer sans plus pouvoir m'arrêter. Tout en essayant d'être la plus silencieuse possible, je reniflai un bon coup et essuyai mes larmes qui se rependaient sur l'oreiller. J'eus un soubresaut malheureux, Edward bougea.

« Bella » gémit-il encore assoupi en enserrant ma taille.

Je le laissai se rapprocher de moi sans un mot. Il frotta son nez contre mon cou et ses lèvres embrassèrent bientôt les miennes. Après un instant de silence, il se recula légèrement et prit mon visage en coupe. Grâce à la pénombre de la pièce, il ne remarqua rien.

« Tu as bien dormi ? me demanda-t-il tout bas.

― Oui et toi ? lui répondis-je en esquissant un sourire qui sonnait faux.

― Aussi. »

Il plaça sa tête près de mon épaule pour dessiner des arabesques sur ma peau.

« Qu'est-ce qu'on va faire aujourd'hui ? lui demandai-je curieuse en espérant pouvoir me changer les idées et profiter de lui tant que j'en avais encore la force.

― Ce que tu veux. »

Je déposai un baiser sur sa joue, ayant besoin de le sentir.

« Je suppose que c'est toi qui m'a déshabillée hier soir, repris-je afin d'oublier ma peine.

― Qui d'autre ? sourit-il.

― J'espère que tu n'as pas trop profité de la situation… éludai-je ironiquement.

― Absolument pas, tu me connais. »

Sur ce, il caressa ma poitrine et se mit à remuer le bassin. Ma respiration s'affola.

« Je te rappelle que nous sommes chez tes parents, le prévins-je avant de me perdre dans ses bras.

― Et alors ? me défia-t-il en extirpant mon sein de son bonnet.

― Edward, insistai-je, n'ayant pas trop la tête à faire des galipettes.

― J'ai envie de toi » m'avoua-t-il en embrassant mon mamelon tendu.

Il pressa son sexe contre mon bas ventre. Malgré mon désir pour lui, je ne pus me résoudre à aller plus loin.

« Arrête, insistai-je.

― Tu es méchante » bouda-t-il comme un jeune enfant.

Il me vola un chaste baiser et bondit hors du lit. Il poussa le rideau afin de regarder à travers la fenêtre. Son visage s'illumina.

« Viens voir, me dit-il enchanté.

― Qu'est-ce qu'il y a ?

― Viens » insista-t-il.

Septique, j'enroulai le drap autour de moi pour me lever sans avoir froid.

« Il a neigé ! m'exclamai-je bientôt en voyant le paysage immaculé de blanc.

― Oui.

― Allons nous préparer » m'emballai-je en ayant la folle envie de me jeter dans la poudreuse.

Après avoir pris une douche rapide chacun, nous nous habillâmes au plus vite pour rejoindre l'extérieur.

« La guerre est ouverte, criai-je en attrapant un peu de neige dans ma paume pour mitrailler Edward.

― Attends ! protesta-t-il. Laisse-moi mettre mes gants. »

Sans prêter cas de ses propos, je me jetai sur lui et redoublai d'efforts pour le bombarder. J'écrasai une boule de neige dans ses cheveux, une autre sur sa joue.

« Tu vas le regretter ! » me prévint-il.

Il commença enfin à se défendre et n'hésita pas à glisser ses mains sous mes vêtements pour me glacer la peau. Je me mis à courir pour lui échapper, il me rattrapa sans peine et nous nous effondrâmes au sol tout essoufflés.

Allongée à côté de lui dans la neige, je lui volai un baiser. Il agrippa ma taille pour me rapprocher de lui. Nous restâmes ainsi pendant quelques minutes, sans rien dire.

« Tu as froid ? me demanda-t-il en réalisant que je tremblais.

― Un peu, admis-je en claquant des dents.

― Rentrons. »

À l'intérieur de la villa, nous retrouvâmes ses parents qui s'étaient levés entre temps.

« Regardez-vous ! Vous êtes trempés, se moqua gentiment Esmée.

― De vrais enfants, renchérit son époux.

― Allez enfiler des vêtements chauds pendant que je prépare le petit déjeuner. »

Edward me prit la main et m'entraîna jusque dans sa chambre où nous nous déshabillâmes à la vitesse de l'éclair. Il me prêta un pull en laine et nous regagnâmes la cuisine quelques minutes plus tard.

« Vous avez bien dormi ? nous demanda Carlisle.

― Bella s'est endormie sur le canapé, lui répondit son fils.

― J'étais fatiguée » me justifiai-je en coupant une tranche de bacon en deux.

Esmée déposa deux œufs au plat dans mon assiette avant de s'asseoir à côté d'Edward.

« Est-ce que vous mangez avec nous à midi ?

― Non maman. Nous partons en fin de matinée.

― Comme vous voulez. »

Aussi, un peu plus tard dans la journée, Edward déposa notre valise dans le coffre de sa voiture. Après avoir gratté le pare-brise pendant quelques minutes, il me rejoignit à l'intérieur de l'habitacle.

« Faites attention, la route est encore enneigée, nous avertit Esmée en nous saluant de la main.

― Ne t'en fais pas.

― À bientôt ! »

Edward referma sa vitre avant de faire gronder le moteur pour s'engager sur la route peu après.

« Et merde » pesta-t-il lorsque nous nous retrouvâmes au beau milieu des embouteillages provoqués par le mauvais temps.

Mon téléphone sonna, je décrochai l'appel d'Alice sans attendre.

« Allô ?

Allô Bella ? Tu ne devineras jamais ce que m'a proposé Jasper ! s'exclama-t-elle surexcitée.

― Je t'écoute, l'encourageai-je.

Nous allons emménager ensemble ! m'apprit-elle toute contente. Nous allons habiter ensemble pour de bon, dans un appartement rien qu'à nous !

― C'est super !

Nous commençons les visites dès la semaine prochaine. Et devine quoi ?

― Encore une devinette ? ris-je.

Il prévoit au moins deux chambres ! Une pour nous et une pour notre futur enfant, m'apprit-elle aux anges.

― Tu es enceinte toi aussi ?

Non non, mais je compte bien l'être un jour.

― Tu as de la chance, rêvassai-je.

Je suis tellement impatiente de déménager, reprit-elle euphorique. Je compte sur toi pour m'aider à porter les cartons.

― Je serai là, lui répondis-je.

Merci Bella, je t'adore !

― Moi aussi Alice.

Au fait, est-ce que tu as passé un bon réveillon ?

― Oui, et toi ?

J'ai dîné dans un superbe restaurant avec mon chéri, s'extasia-t-elle.

― Génial ! m'exclamai-je sans grande conviction.

Si tu savais à quel point j'aime cet homme !

― Je le sais.

Bref, je te laisse. À plus tard ma belle !

― Oui à plus tard. »

Je rangeai mon cellulaire au fond de mon sac, le regard rivé sur mes pieds et le moral au plus bas.

De toute évidence, j'étais la seule à ne pas pouvoir faire de projets avec celui que j'aimais. Edward ne voulait pas parler d'avenir. Les surnoms attachants, les déclarations d'amour, les fleurs, les dîners romantiques et les bébés n'étaient pas pour nous.

« C'était Alice ? me demanda-t-il.

― Oui.

― Comment va-t-elle ?

― Très bien » conclus-je d'un ton morne.

Il esquissa un sourire et se concentra sur la route, ou plutôt sur la file de voitures qui nous devançaient.

« Est-ce que tu penses que nous serons à la maison avant ce soir ? m'enquis-je inquiète.

― J'ai de gros doutes. »

Vers treize heures, nous nous arrêtâmes sur le bas côté pour acheter deux sandwiches et ce ne fut qu'en fin d'après-midi que nous retrouvâmes notre appartement.

Impatiente de retrouver la douceur de l'oreiller, je m'affalai sur le lit après avoir défait nos bagages. Edward m'imita et se dépêcha de venir m'enlacer sous la couette.

« Et maintenant que nous sommes seuls, tu veux bien ? murmura-t-il en mordillant le lobe de mon oreille.

― De quoi est-ce que tu parles ? lui demandai-je en feintant l'incompréhension.

― Nous n'avons pas fait l'amour depuis deux jours, me dit-il impatient.

― Tu es sûr ? ris-je.

― Sûr et certain.

― Et alors ? repris-je pour le faire languir.

― Je ne peux plus tenir. J'ai trop besoin de ton corps » conclut-il en me dévorant des yeux.

Mon index redessina le contour de sa mâchoire pour ensuite s'échouer dans son cou. Nerveuse, je déboutonnai calmement sa chemise en ressentant les battements de son cœur sous ma paume.

« Bella » souffla-t-il en faisant disparaître mon chandail.

Il se débarrassa de son pantalon bien vite et je retirai le mien par réflexe, n'ayant pas vraiment envie de sexe. Mon soutien-gorge valsa à travers la pièce tout comme ma culotte. Il jeta son boxer par terre et revint se coller à moi.

Ses doigts coururent le long de mon ventre pour aller chatouiller mon nombril. Telle un automate, je caressai son torse brûlant et frôlai son sexe érigé. Il frissonna et vint me surplomber en prenant appui sur ses coudes. Complètement perdue, j'enroulai mes jambes autour de lui et il s'unit à moi sans perdre une seconde.

Pendant qu'il me remplissait, ma peine grandissait. Ses baisers ne faisaient qu'attiser mes blessures. Cramponnée à ses épaules, je me laissais aller sans réellement prendre du plaisir. En réalité, j'avais mal.

Je n'avais plus la force d'être son pantin. L'amour que je lui portais m'étouffait. Mes sentiments étaient de plus en plus forts et il ne voyait toujours rien. Me retrouver dans ses bras m'avaient d'abord paru absurde puis rassurant. Mais désormais, tout ceci me faisait souffrir. J'avais eu tort de continuer à rester près de lui après la promesse mensongère que je lui avais accordée.

Lorsqu'il trouva sa délivrance, son visage se crispa et sa respiration devint erratique. Je l'observai sans un mot ni même un orgasme.

« Bella ? » souffla-t-il après quelques secondes de silence en relevant le nez vers moi.

Il empauma mon visage et me dévisagea contrarié.

« J'ai été trop rapide ? » s'inquiéta-t-il en réalisant sans doute que ma jouissance à moi n'était pas venue.

Je hochai la tête pour le rassurer, mes yeux se voilèrent malgré tout. Sans pouvoir refréner ma mélancolie plus longtemps, une larme roula sur ma joue.

« Est-ce que tu as mal à quelque part ? » reprit-il la gorge nouée en zyeutant mon corps nu sous le sien.

Incapable de parler, je lui désignai mon cœur de la main. Il croisa mon regard éteint et avala sa salive de travers comme si ce simple geste venait de lui faire comprendre beaucoup de choses.

« Je n'y arrive plus » chuchotai-je à bout de souffle.

Il baissa la tête d'un air triste avant de plaquer sa joue contre mon épaule pour me renifler une dernière fois.

« Je n'ai plus la force de faire semblant, continuai-je la gorge nouée.

― Tu m'avais promis, murmura-t-il contre ma peau en sachant parfaitement de quoi je parlais.

― Je t'ai toujours menti » lui avouai-je.

Il me serra de toutes ses forces comme pour ne jamais oublier la chaleur de mon corps.

« Je ne peux pas te rendre heureuse, ajouta-t-il d'une voix tremblante.

― Essaie » tentai-je.

Il plaqua son front contre le mien et me dévisagea d'un air perdu. Le temps d'un instant, je crus en sa reddition mais ce maigre espoir s'envola bien vite.

« Je suis désolé, souffla-t-il. Je ne peux pas. »

Il s'écarta de moi aussitôt et disparut à la salle de bains. Mes sanglots reprirent de plus belle. Complètement anéantie, je sortis du lit pour me rhabiller en vitesse. J'ouvris l'armoire en grand pour attraper la valise que j'avais rangée un peu plus tôt.

« Ne pars pas ce soir, m'implora Edward en réapparaissant enfin.

― Je n'ai pas le choix » lui répondis-je sèchement en ayant tout à coup besoin de me défouler sur quelqu'un.

Je n'avais pas la moindre envie de passer une nuit de plus dans cet appartement. Edward ne voulait pas de moi, je n'avais plus rien à faire ici. Notre histoire était finie. L'un de nous deux avait perdu et c'était moi.

« Bella, il fait déjà nuit, me résonna-t-il.

― Je m'en fiche, m'entêtai-je en déposant une première pile de vêtements dans mon bagage.

― Tu as coupé l'eau, l'électricité et même le chauffage chez toi. Tu ne peux pas rentrer ce soir, me contra-t-il en enserrant mes poignets.

― Lâche-moi ! lui ordonnai-je méchamment.

― Calme-toi, insista-t-il.

― Laisse-moi passer ! » hurlai-je à la mort pour évacuer ma peine.

Je le bousculai sans ménagement pour aller chercher mes affaires de toilette à la salle de bains.

« S'il te plaît, arrête » me supplia-t-il en se mordant la joue.

Je l'ignorai royalement en vidant le contenu d'un tiroir dans ma trousse à maquillage.

« Bella arrête ! cria-t-il enfin pour me faire entendre raison.

― Dégage, je ne veux plus jamais te voir ! » répliquai-je en regagnant la chambre avec empressement.

Il me rattrapa quelques secondes plus tard et m'obligea à lui faire face.

« Tu n'as pas le droit de m'en vouloir, commença-t-il déconcerté.

― Au contraire, j'ai toutes les raisons du monde de t'en vouloir ! protestai-je en refermant ma valise.

― Lesquelles ? s'enquit-il d'un ton fort.

― C'est toi qui a commencé ! C'est toi qui es venu me chercher ! Je ne serais pas là si tu ne m'avais pas demandé de rencontrer tes parents ! Je ne serais pas là si tu n'avais pas eu l'idée de me sauter dessus au bureau ! déballai-je sans plus pouvoir m'arrêter. Tu as voulu jouer. Et maintenant tu ne veux plus de moi.

― Nous avons été deux à jouer ! Je ne t'ai jamais mis le couteau sous la gorge ! » vociféra-t-il.

J'essuyai mes joues humides en reniflant bruyamment.

« Je t'avais prévenue Bella. Tu savais très bien que je ne pouvais pas te donner plus. Je t'avais demandé de ne pas tomber amoureuse de moi.

― Il était déjà trop tard à ce moment-là, lui avouai-je le visage strié de larmes. Il fallait penser à tout ça bien avant. »

Il tendit le bras vers moi, ma première réaction fut de le gifler pour lui faire comprendre que je ne voulais plus rien de lui. Il me regarda apeuré en se massant la joue.

« Pourquoi est-ce que tu m'as choisie moi et pas une autre ? » m'égosillai-je.

Il ne dit rien.

« Réponds-moi ! Pourquoi est-ce que tu t'es servi de moi ? Pourquoi est-ce que tu n'as pas continué à coucher avec toutes les salopes qui te tournaient autour ?

― Je ne sais pas, répondit-il honteux.

― Pourquoi est-ce que tu ne m'as pas laissée tranquille ? Pourquoi est-ce que… Pourquoi est-ce que tu as fait tout ça en sachant que tu ne pouvais rien m'offrir ? bégayai-je.

― Je n'ai jamais voulu te faire souffrir.

― Pourtant aujourd'hui je souffre à cause de toi » terminai-je.

J'attrapai ma valise d'une main vacillante et me dirigeai vers la porte d'entrée d'un pas décidé.

« Tu as gagné, lui dis-je. La partie est finie. »

Je passai le pas de la porte et dévalai les escaliers le plus vite possible pour retrouver ma voiture sagement garée au pied de l'immeuble.

En arrivant chez moi, je trouvai un studio vide, froid, sombre et inquiétant. Ma mélancolie n'en fut que plus grande. Sans même chercher à me déshabiller, je me glissai dans mon lit pour pleurer toutes les larmes de mon corps.


Les 7 derniers chapitres et l'épilogue seront en ligne dès la semaine prochaine. Pour pouvoir être au courant des dernières nouvelles, rendez-vous sur Twitter (Emma Laviche) ou sur Facebook (www facebook com /EmmaLaviche).