Les Caprices du cœur
La haine se nourrit de peur et d'amour
Chapitre 23
Les vacances de Noël furent bientôt écoulées et il fut temps de reprendre le travail.
En arrivant à Barclays ce matin-là, mon cœur se mit à tambouriner fort à l'idée de revoir Edward pour la première fois depuis notre séparation. La panique me gagna dès lors que j'aperçus son nom inscrit sur la porte qui faisait face à mon bureau. Préférant retarder l'échéance de nos retrouvailles, je me barricadai au plus vite.
Affolée de le savoir non loin de moi, ma concentration fut mise à rude épreuve. Sans trop savoir que faire, je me mis à trier une pile de dossiers qui traînait dans un coin depuis des semaines.
Lorsque trois coups francs raisonnèrent dans la pièce, je reconnus aussitôt sa façon de toquer. J'avalai ma salive péniblement et cachai mon visage dans mes mains pour me donner du courage.
« Entrez » criai-je finalement d'une voix tremblante après avoir quitté mon siège.
La porte s'ouvrit en grand et Edward pénétra dans la pièce le regard impassible. Pendant un court instant, nous nous dévisageâmes sans rien dire. Mes yeux s'embuèrent bien vite. Sans lui laisser de temps de réagir, je lui arrachai des mains le dossier qu'il m'apportait et lui tournai le dos en faisant semblant de feuilleter le document.
« Bonjour » chuchota-t-il la gorge nouée.
Je ne répondis pas, sachant parfaitement que je n'étais pas capable de lui parler normalement avec tant de peine sur le cœur.
« Il s'agit de notre présentation » ajouta-t-il tout bas en me contournant pour pouvoir me faire face.
Je hochai la tête en gardant les yeux rivés sur la pochette plastifiée qu'il me désignait.
« Nous devons faire le point avant que la réunion ne commence » continua-t-il.
Là encore, je ne réagis pas. Il fit un pas de plus vers moi et se pencha légèrement en avant.
« Bella ? m'appela-t-il. Regarde-moi. »
Il se rapprocha encore un peu plus de moi et notre soudaine proximité me fit suffoquer. Lorsque sa main rencontra mon menton, je reculai brusquement.
« J'ai compris » finis-je par articuler d'un ton sec et sans appel.
Il baissa la tête et passa ses doigts dans sa chevelure désordonnée.
« Pourquoi est-ce que tu réagis comme ça ? s'enquit-il gravement.
― Je réagis normalement » protestai-je.
Il me fusilla du regard et reprit la parole sèchement.
« J'aurais aimé rester ami avec toi.
― Nous n'avons jamais été amis, lui fis-je remarquer. Être ennemis nous ressemble bien plus. »
Il se mordit la joue en grimaçant exagérément.
« Je crois qu'il vaut mieux que nous fassions comme s'il ne s'était jamais rien passé entre nous, ajoutai-je pour mettre les choses au clair.
― Tu sais très bien que ce n'est pas possible, s'emporta-t-il en tapant du poing contre le mur.
― Nous n'avons plus rien à nous dire, insistai-je en sachant que j'étais la plus à plaindre de nous deux.
― Bella, s'il te plaît, m'implora-t-il.
― Où en étions-nous ? » terminai-je en déposant le compte-rendu de notre présentation sur mon bureau.
Il récupéra le dossier sans perdre une seconde et me tendit le petit tas de feuilles qui correspondait à la première partie de notre présentation.
« Tu liras le début, je ferai la suite » conclut-il sévèrement.
Sur ce, il rebroussa chemin et sortit de mon bureau en claquant la porte de toutes ses forces derrière lui.
Toute ma colère se dissipa aussitôt et ma peine refit surface. Une larme roula sur ma joue, je la chassai d'un revers de main.
La réunion commença une heure plus tard. Edward arriva le dernier, les yeux cernés. Il prit place à côté de moi sans m'accorder la moindre attention.
« Puisque nous sommes enfin au complet, ne perdons pas plus de temps, commença Demetri. Je vous présente Carla Smiten, continua-t-il et je remarquai enfin la présence d'une étrangère dans la salle. Elle remplacera Mademoiselle Hale jusqu'à la fin de ses congés maternité.
― Enchantée » ajouta la nouvelle recrue.
Nous nous présentâmes tour à tour et je vis les yeux de Carla pétiller lorsque Edward lui souhaita la bienvenue.
« Bien. Je laisse maintenant la parole à Mademoiselle Denali, conclut Demetri.
― Merci. »
Tanya lança le diaporama et alla se placer près du grand écran pour nous présenter son projet. Tout le monde se focalisa sur sa présentation. Edward en profita pour griffonner quelques mots sur son calepin qu'il orienta vers moi pour me permettre de lire son message.
« Tu as oublié de récupérer ceci. »
Il retira la gourmette que je lui avais offerte pour son anniversaire et la déposa face à moi. Ma gorge s'assécha et mon cœur se remit à cogner fort dans ma poitrine. Je baissai tristement la tête avant de retirer moi aussi le bracelet qui ornait mon poignet.
« Et toi, tu as oublié ceci » soufflai-je tout bas en lui tendant le bijoux.
Nos regards s'accrochèrent pendant un court instant avant de se fuir comme la peste. Il rangea le cadeau qu'il m'avait fait dans sa poche. Je cachai la gourmette dans ma trousse.
« Très bien, c'est à vous » reprit le directeur d'une voix forte en nous pointant du doigt Edward et moi.
Nous nous levâmes sans un mot. Mal-à-l'aise, j'entamai la lecture d'un projet qui n'avait plus le moindre sens pour moi.
Toutes mes pensées n'étaient plus que pour lui. Nos disputes, nos nuits d'amour, nos faux-semblants, notre séparation. Tout se mélangeait dans mon esprit. Sans trop comprendre comment cela était possible, je l'aimais et le haïssais tout autant.
Un raclement de gorge me ramena à la réalité et je réalisai tout à coup que ma voix n'était plus qu'un murmure.
« Pardonnez-moi » m'excusai-je en reprenant le fil de mon explication.
J'attrapai un stylo pour reproduire au tableau le schéma qui ornait ma feuille de papier. Totalement inattentive, je dessinai des flèches qui n'avaient pas lieu d'être et omis certains éléments primordiaux. En remarquant mes erreurs, Edward me fit signe de tout arrêter. Il récupéra le feutre et le simple frôlement de nos doigts me fit divaguer. Il enchaîna directement sur la seconde partie de notre présentation pour mettre fin au désastre. Je l'écoutai parler sans rien dire, triste et immobile.
« Est-ce que ça va ? me demanda Alice une fois la réunion terminée.
― Oui oui, lui répondis-je sans grande conviction en marchant le long du corridor en sa compagnie.
― Je ne te crois pas, reprit-elle têtue. Ta présentation était catastrophique, tu avais la tête ailleurs.
― Je suis un peu fatiguée, admis-je.
― Qu'est-ce qui ne va pas ? » insista-t-elle soucieuse.
À ce moment-là, Edward nous dépassa et son bras heurta malencontreusement le mien. Je me figeai immédiatement en le regardant s'éloigner à toute vitesse. Mon amie remarqua ma réaction et se dépêcha de me séquestrer dans son bureau pour en apprendre plus.
« Que s'est-il passé ? » s'enquit-elle.
Cette simple question me déchira le cœur et j'éclatai en sanglots sans plus pouvoir masquer ma mélancolie.
« Excuse-moi, je ne voulais pas te brusquer » me réconforta-t-elle gênée en me serrant dans ses bras.
Je déversai ma peine sur ses épaules en espérant apaiser les blessures qui me brûlaient les veines.
« Tout est fini, lui dis-je enfin. Tout est fini entre Edward et moi. Tu avais raison. »
Elle caressa le bas de mon dos pour tenter de me calmer.
« Je suis tellement désolée. »
Je hochai la tête en sachant parfaitement qu'elle était autant désolée que moi lorsque j'avais appris la vérité sur le passé d'Edward. Et cette réalisation me fit comprendre une chose : il n'était pas meilleur que Jane puisqu'il avait agi tout aussi lamentablement qu'elle.
« Je suis tombée amoureuse d'un homme que je déteste, continuai-je pour résumer la situation. Je suis amoureuse d'un homme qui me déteste.
― Bella, je suis sûre que tu te trompes.
― Il m'a laissée partir sans même chercher à me retenir » lui précisai-je.
Elle me serra plus fort en comprenant sans doute que la situation était plus que désespérée. Lorsque je retrouvai finalement mon calme, elle arrangea mon maquillage qui avait coulé.
« Il faut que tu te changes les idées. Ce soir on sort ! s'exclama-t-elle pour me revigorer.
― J'ai juste envie de rentrer chez moi Alice.
― Je ne te demande pas ton avis. »
Le soir venu, Angela et Alice m'emmenèrent dans un pub branché de la ville pour me faire oublier mes problèmes de cœur. Quelques jours après, Rosalie m'appela pour me réconforter elle aussi. Le soutien de mes amies me remonta le moral. Mais tout ceci ne fut pas suffisant.
Edward était toujours là, dans un coin de ma mémoire. Et tous les soirs, je rêvais de m'endormir dans ses bras comme avant.
•
Une belle nuit de février, Rosalie accoucha avec quinze jours d'avance. Le lendemain soir, je sortis plus tôt du travail pour filer lui rendre visite à la maternité.
« Coucou, la saluai-je timidement en entrant dans sa chambre, une peluche à la main.
― Bella ! » s'exclama-t-elle enchantée.
Hésitante, je m'assis sur le rebord de son lit et mon attention se focalisa immédiatement sur le bout de chou qu'elle berçait contre elle.
« Bonjour toi, souris-je en caressant le nez du bébé.
― Nous avons choisi de l'appeler Colin.
― Il est magnifique, m'émerveillai-je en essayant vainement d'attraper sa petite main. Comment est-ce que tu te sens ? repris-je.
― Je suis épuisée.
― Est-ce que l'accouchement s'est bien passé ?
― Oui, très bien.
― Tant mieux. Tiens, j'ai apporté un nounours pour Colin, ajoutai-je en lui tendant la peluche.
― Merci beaucoup. Au fait, est-ce que ça va mieux entre Edward et toi ? me demanda-t-elle calmement.
― Pas tout à fait » lui répondis-je d'un air mélancolique.
La porte s'ouvrit et Emmett apparut avec un paquet de biscuits sous le bras.
« Salut Bella.
― Salut » lui répondis-je en le félicitant brièvement.
Il s'assit à côté de sa femme et couva son fils du regard.
« Encore une nouvelle, lui dit-il en me désignant du doigt. Elle s'appelle Bella. »
Le bébé remua les mains comme pour me saluer.
« Oui je sais, tu as déjà vu beaucoup de monde aujourd'hui, reprit-il.
― Mes parents sont partis il y a une heure, me précisa Rose. Jasper et Alice sont venus ce matin, les parents d'Emmett étaient déjà là hier soir.
― Colin est déjà très demandé, constatai-je.
― Tu veux le prendre ? me demanda-t-elle.
― Je ne sais pas si…
― Tiens. »
Délicatement, elle déposa son enfant dans mes bras. Ce contact si humain me fit tout oublier et ma joie n'en fut que plus grande.
Le docteur nous rejoignit un peu plus tard. Il emmena Rosalie avec lui et Emmett ne put s'empêcher de la suivre après m'avoir demandé de m'occuper de son fils.
« Nous voilà tous les deux » dis-je à Colin lorsqu'ils eurent tous disparu.
Il remua légèrement et poussa un petit cri aigu.
« Tu es vraiment très beau » continuai-je en effleurant son bras nu.
Un raclement de gorge me fit sursauter. En tournant la tête j'eus la surprise d'apercevoir Edward qui apportait un hochet. Mon pouls accéléra aussitôt.
« Où est Rose ? me demanda-t-il froidement en déposant son cadeau au pied du lit.
― Elle est allée faire un examen. Emmett l'a accompagnée » lui répondis-je sur le même ton.
Il resta debout pendant un moment sans même un regard pour le bébé. Dans mes bras, Colin s'agita.
« Chut, ne bouge pas, le rassurai-je. Ta maman va revenir. »
Il fit quelques bruits bizarres, Edward posa enfin ses yeux sur lui.
« Quel est son prénom ? reprit-il d'une voix éteinte.
― Colin. »
Il hocha la tête puis décida finalement de s'asseoir près de moi. Mon cœur s'emballa une fois de plus et j'eus tout à coup très chaud. Le silence s'installa entre nous. Du coin de l'œil, je le vis observer le nourrisson avec une mine triste.
« Il est vraiment très petit, remarqua-t-il de manière placide.
― Et vraiment très beau » ajoutai-je aussitôt.
Après une certaine hésitation, il tendit prudemment la main vers lui pour frôler sa joue. Je l'entendis déglutir lorsque Colin attrapa son doigt pour le porter à sa bouche.
« Qu'est-ce qu'il fait ? me demanda-t-il paniqué.
― Il te dit bonjour » devinai-je.
Le bébé gigota une fois de plus et Edward effleura mon sein sans le vouloir.
« Excuse-moi, s'empressa-t-il d'ajouter. Je n'ai pas fait exprès. Colin a bougé et…
― Ce n'est pas grave » le coupai-je rouge de honte en essayant de me focaliser sur le petit être que je berçais dans mes bras.
Il ne dit rien de plus mais son regard me brûla. L'instant d'après, il se releva pour aller se placer près de la fenêtre. Il regarda défiler les voitures pendant un moment avant de se tourner vers moi.
« J'ai dit la vérité à mes parents » m'apprit-il confondu.
Sa déclaration me surprit tellement que je ne trouvai rien à répondre.
« Je leur ai tout raconté, du début à la fin, me précisa-t-il ensuite en fixant un point imaginaire.
― Comment ont-ils réagi ? m'enquis-je incertaine.
― Plutôt mal, surtout Esmée, m'expliqua-t-il en déglutissant bruyamment.
― Elle doit m'en vouloir terriblement, réalisai-je.
― Non ne t'inquiète pas, c'est à moi qu'elle en veut, me rassura-t-il. Je l'ai tellement déçue. »
Une goutte d'eau perla au coin de ses yeux, il ne s'en soucia pas.
« Tu es importante pour elle, continua-t-il.
― Ta mère aussi compte beaucoup pour moi, lui confiai-je. C'est la personne la plus généreuse que je connaisse. »
Colin agrippa mon collier pour s'occuper.
« Elle… commença-t-il.
― Nous revoilà » nous interrompit tout à coup Emmett en revenant avec Rose.
Tout s'arrêta brusquement. Edward salua nos amis en vitesse et Rosalie récupéra son fils.
« Je vais y aller, décrétai-je mal-à-l'aise en attrapant mon sac.
― Tu ne veux pas rester encore un peu ? s'enquit Emmett.
― J'ai des choses à faire, inventai-je.
― Comme tu veux, à bientôt ! »
Sans un mot de plus, je disparus dans le couloir pour emprunter l'ascenseur. En arrivant au rez-de-chaussée, quelqu'un cria mon prénom et je me retournai aussitôt pour apercevoir Edward qui accourait vers moi.
« C'est son anniversaire dans deux jours, reprit-il pour terminer la phrase qu'il avait commencée un peu plus tôt. Esmée a réservé une table pour onze en ville » continua-t-il essoufflé.
Il me dévisagea gravement avant d'ajouter quelques mots.
« Le onzième couvert est pour toi. »
Je fis rapidement le point de la situation en comprenant sans trop de difficulté que je n'avais qu'un choix possible.
« Elle a insisté pour que je t'en parle même si je lui ai certifié que tu ne viendrais pas, se justifia-t-il face à mon mutisme.
― Quel restaurant ?
― Quoi ? s'enquit-il surpris.
― Où a lieu la soirée ?
― Au Dorchester, à vingt heures.
― Très bien, j'y serai. »
Sans une parole de plus, je sortis de la maternité pour rejoindre mon appartement au plus vite.
•
Afin de suivre les conseils d'Alice concernant ma tenue vestimentaire, je revêtis une robe satinée puis des bas couleur chair. Je me maquillai légèrement puis enfilai de beaux escarpins noirs qui s'harmonisaient très bien avec le long manteau que mon père m'avait offert.
À bord de ma Chevrolet, je roulai pendant plus de vingt minutes pour finalement me garer devant le fameux restaurant qu'Esmée avait choisi pour fêter son anniversaire. La boule au ventre, je sortis de la voiture pour me diriger vers le luxueux bâtiment d'une démarche mal assurée.
« Bonsoir, m'accueillit le réceptionniste.
― Bonsoir. Je suis Mademoiselle Swan » me présentai-je timidement.
Il feuilleta son carnet puis m'offrit un sourire resplendissant.
« Madame et Monsieur Cullen sont déjà arrivés.
― Très bien.
― Suivez-moi. »
J'emboîtai son pas pour bientôt entrer dans une grande salle de restauration où les tables se comptaient par dizaine. Je rejoignis l'un des angles de la pièce et les parents d'Edward m'accueillirent avec bonté.
« Je suis heureuse que tu sois là ! s'exclama Esmée en se levant pour me prendre dans ses bras.
― Bon anniversaire, lui souhaitai-je.
― Merci beaucoup ma belle. »
Je l'étreignis en retour, mal-à-l'aise cependant.
« Bonsoir Bella, enchaîna Carlisle avec un peu plus de recul.
― Bonsoir.
- Tu es en avance, remarqua-t-il tout en me faisant signe de m'asseoir.
― Je sais, admis-je. Je suis venue un peu plus tôt pour pouvoir vous parler » continuai-je hésitante.
Esmée m'invita à poursuivre, j'avalai péniblement ma salive avant de m'excuser pour le comportement fallacieux que j'avais adopté pendant plusieurs mois avec eux.
« Je suis désolée de vous avoir menti. Pardonnez-moi pour tout.
― Nous avons été très déçus d'apprendre la vérité, me dit Carlisle.
― En effet, admit sa femme.
― Je comprends tout à fait ce que vous avez pu ressentir, repris-je. Mais je vous assure que je n'ai jamais voulu vous faire de la peine. J'ai accepté de jouer le jeu sans savoir jusqu'où tout ceci allait me mener, leur expliquai-je. Tout s'est enchaîné tellement vite.
― Edward n'aurait jamais dû inventer une histoire pareille.
― Ne lui en veuillez pas, enchaînai-je aussitôt. Il cherchait simplement à vous faire plaisir. Il voulait vous rassurer.
― Certes, mais il s'est servi de toi et c'est intolérable.
― Ne vous en faites pas pour moi, répondis-je à Carlisle.
― Il nous a tout raconté et nous savons même pourquoi il a été obligé de mettre fin à ce manège.
― Je suis désolée si aujourd'hui tu souffres à cause de lui » ajouta Esmée en posant une main maternelle sur mon épaule.
Leur compassion m'émeut, j'eus du mal à ne pas fondre en larmes devant eux.
« Ce n'est pas grave, leur répondis-je sans grande conviction.
― Ne t'en fais pas Bella, me consola Esmée. Je suis sûre que tout finira par s'arranger. Et sache que même si tu n'as jamais été la petite amie de mon fils, je te considère comme un véritable membre de la famille.
― Merci mille fois. »
Sur ces mots, un serveur nous apporta une bouteille de vin pour nous faire patienter. Les premiers invités arrivèrent quelques minutes plus tard et j'échangeai quelques mots avec eux en restant malgré tout sur mes gardes. D'autres personnes vinrent compléter la table et lorsqu'enfin Edward fit son entrée, je me liquéfiai sur place. Il rejoignit la tablée et salua tout le monde mis-à-part moi. Pourtant, son regard ne quitta jamais le mien et il décida de s'asseoir à ma droite. Son parfum m'envoûta immédiatement, je me sentis défaillir.
« Bonsoir, me dit-il après avoir jeté un coup d'œil à mes jambes croisées.
― Bonsoir, l'imitai-je en me mordant la joue pour ne pas hurler de frustration, de colère ou encore de peine.
― Merci d'être venue.
― Je suis là pour Esmée, lui rappelai-je durement.
― Je sais. »
Il me dévisagea sans gêne, je détournai les yeux bien vite pour ne pas me laisser attendrir.
Autour de nous, tout le monde semblait nous avoir oubliés. Chacun des invités discutait avec son voisin de table, Edward et moi étions les seuls à ne rien dire et la situation en était d'autant plus embarrassante.
Nous étions proches, trop proches. Nos bras s'effleuraient presque, mon pied menaçait à tout moment de rencontrer le sien. J'avais mal de ne pas pouvoir le toucher. J'avais mal de ne plus avoir le droit de l'embrasser ni même de me lover dans ses bras.
« Portons tous un toast à Esmée ! »
La voix de Carlisle réussit à me distraire, j'oubliai ma souffrance pendant quelques secondes pour lever mon verre en l'honneur d'Esmée qui affichait un air ravi.
L'entrée fut servie peu après. Toujours aussi mal-à-l'aise d'être si près d'Edward, je mangeai le plus doucement possible pour m'occuper. Par malchance, l'une des six huîtres qui occupaient mon assiette me donna du fils à retordre et je perdis patience. Le coquillage vola dans les airs pour atterrir sur le pantalon de mon voisin. Il sursauta avant de me fusiller du regard.
« Quoi ? » m'enquis-je à la fois gênée et agacée.
Au lieu de me répondre, il replaça l'huître dans mon assiette et jura tout bas.
« Passe-moi ta serviette, m'ordonna-t-il.
― Prends la tienne. »
Face à ma résistance, il passa une main sous la table pour attraper la serviette qui recouvrait mes cuisses. Son index frôla ma peau, un frisson me parcourut toute entière.
« Voleur, lui dis-je énervée pendant qu'il humidifiait le tissu pour nettoyer son vêtement.
― Empotée, se rebiffa-t-il.
― Crétin.
― Chiante, répliqua-t-il.
― Idiot, l'insultai-je à mon tour tout en essayant de ne pas attirer l'attention des autres invités.
― Ça ne part pas ! remarqua-t-il en pointant la tâche du doigt. Je suis sûr que tu l'as fait exprès.
― Non. Par contre tu me donnes des idées pour la suite du repas. »
Il grogna et disparut aussi vite que possible en direction des toilettes. Ma colère s'amoindrit, ma mélancolie revint au pas de course.
Pendant son absence, un superbe poisson fut déposé au centre de la table. Le serveur le découpa en tranches puis remplit gracieusement les assiettes de chacun.
Lorsque de nouveau ma fragrance préférée se profila dans l'air, j'osai tourner la tête sur le côté pour retrouver le regard fiévreux d'Edward. Il se réinstalla près de moi comme si de rien n'était puis se servit un verre de vin.
« Tu en veux ? me demanda-t-il en brandissant la bouteille sous mon nez.
― Tu veux me rendre ivre ? m'enquis-je sur la défensive.
― C'est ce que tu penses de moi ?
― Pourquoi devrais-je penser autrement ?
― De quoi est-ce que tu as peur ? »
J'allais lui répondre lorsque soudain mes yeux se posèrent sur Mike assis à quelques tables de là. Mike Newton, un homme grand et blond avec qui j'étais sortie à la fin de mes études. Il m'avait trompée quatre fois lorsque nous étions ensemble. Heureusement pour moi, je ne l'avais jamais vraiment aimé. De cette expérience, je retenais surtout sa nullité au lit et sa désagréable habitude de jouer au pot de colle.
Ma focalisation alerta Edward. Il pivota sur sa chaise et chercha le centre de mon attention sans grand succès. Lorsque Mike tourna la tête, je me recroquevillai sur moi-même pour ne pas être vue.
La dernière chose dont j'avais envie était de renouer un quelconque lien avec mon ex. Notre rupture avait été cinglante mais j'avais adoré retrouvé ma liberté. Je voulais à tout prix l'éviter pour ne pas me retrouver de nouveau harcelée jour et nuit.
« Qu'est-ce que tu fais ? reprit Edward.
― J'essaye de me cacher, lui répondis-je en orientant ma chaise du mieux possible.
― Qui est-ce ? continua-t-il en me désignant Mike du doigt.
― Arrête, il va me voir ! insistai-je.
― Réponds-moi si tu ne veux pas que je crie ton nom dans la salle.
― C'est un ex à moi, lui avouai-je finalement. S'il me voit il ne me lâchera plus. Ce mec est une vraie sang-sue. »
Il grimaça comme si le fait de me savoir avec cet homme le dégoûtait.
« Ne me demande pas comment j'ai pu sortir avec un abruti pareil.
― Je n'ai rien, se défendit-il.
― Mais ton visage a parlé pour toi. Je sais exactement à quoi tu pensais.
― Tu lis dans les pensées maintenant ? me taquina-t-il.
― Peut-être, méfie-toi. »
Il arqua un sourcil avant de décaler son siège à son tour pour me permettre de passer inaperçue jusqu'à la fin du repas.
« De rien » pesta-t-il en constatant que je n'étais pas prête à le remercier.
Le néant revint envahir notre conversation, nous nous fixâmes sans rien dire et la réalité m'assaillit de plein fouet. Durant quelques secondes, j'avais presque cru que nous étions encore ensemble.
Le dîner suivit son cours. Avant de passer au dessert, Esmée ouvrit ses cadeaux. Elle me remercia mille fois trop pour le petit tableau que j'avais acheté un peu plus tôt dans la journée.
Certains invités quittèrent les lieux sans trop tarder. Avant de partir, je filai aux toilettes en vitesse pour ne ressortir de ma cabine que quelques minutes plus tard.
« Bella ? » m'appela soudain une voix masculine que je ne supportais déjà plus.
Je soufflai et me séchai les mains avant de me tourner vers Mike.
« C'est bien toi ? insista ce dernier.
― Oui, lui répondis-je en réalisant à quel point il ne m'avait pas manqué.
― Comment vas-tu ? reprit-il en se lavant les mains.
― Très bien, et toi ? m'enquis-je agacée.
― Moi aussi. Je suis avec mes parents » me précisa-t-il même si je n'avais rien à faire de la raison de sa présence ici.
Je lui accordai un sourire qui sonnait faux, ayant bien plus envie de lui tirer la langue pour le faire fuir.
« Qu'est-ce que tu fais maintenant ?
― Je travaille à Barclays, m'efforçai-je de lui répondre pour rester polie.
― Félicitations » ajouta-t-il.
Je n'ajoutai rien, espérant le voir disparaître au plus vite. Il resta planté là, face à moi.
« Tu sais, je suis désolé, commença-t-il. Je n'ai jamais voulu te faire de mal. »
Au fond de moi, j'eus presque envie de rire. Ce qui était certain, c'est que je n'avais jamais souffert à cause de lui. Au pire, j'avais été humiliée.
« J'aimerais beaucoup garder contact avec toi à l'avenir, pas toi ? »
Aucun son ne sortit de ma bouche, je fis un pas en arrière pour me diriger vers la sortie, il me retint par le bras.
« Je dois y retourner, conclus-je écœurée.
― Attends.
― Quoi ?
― Tu es toujours aussi belle, me déclara-t-il en essayant de paraître galant. Est-ce que tu es… Enfin je veux dire, est-ce que tu as un petit-ami ? »
J'entendis la porte des toilettes claquer. Deux bras rassurants m'encerclèrent par derrière l'instant d'après. Surprise, je tournai la tête sur le côté pour frôler la mâchoire d'Edward du bout du nez. Je rougis, ma peau devint humide.
« Tout le monde t'attend ma chérie » me dit-il d'une voix forte en embrassant mon cou comme il en avait l'habitude.
Des milliers d'étoiles vinrent picoter mon ventre, mon cœur se serra une fois de plus. Face à moi, Mike déchanta.
« Tu ne me présentes pas ton ami ? reprit Edward.
― Si bien sûr. Voici Mike et Mike voici Edward » conclus-je en essayant de faire abstraction du corps brûlant qui se mouvait contre moi.
Les deux hommes se jaugèrent du regard pendant un moment et Mike finit par quitter la pièce après m'avoir saluée de la main. Je me dégageai bien vite de la prise d'Edward pour retrouver un semblant de lucidité. Tout redevint instantanément platonique entre nous, le contraste n'en fut que plus grand.
« Je n'avais pas besoin de toi pour le faire partir, m'énervai-je même si au fond de moi je mourrais d'envie de le remercier.
― Tu as tort, me certifia-t-il.
― Je ne suis plus une enfant ! Je sais me débrouiller toute seule, renchéris-je.
― Je voulais juste te rendre service, se justifia-t-il d'un ton sec et distant.
― Ce n'était pas la peine ! » m'emportai-je sans grande raison.
Pendant quelques minutes, j'avais retrouvé l'étreinte d'Edward qui m'avait tant manquée durant ces derniers jours. Là était bien l'unique cause de ma frustration.
« Remercie-moi au lieu de me crier dessus ! vociféra-t-il.
― Qui est-ce qui est en train de hurler à ton avis ?
― Toi !
― Je crie parce que tu cries ! »
Ses yeux verts s'assombrirent, il serra les poings et prit une grande inspiration avant de se rapprocher de moi.
« Tu me manques » m'avoua-t-il tout à coup, furieux contre lui-même.
J'avalai ma salive, mon corps s'embrasa.
« Tu ne peux pas me dire ça ! Pas après m'avoir jetée ! » m'énervai-je.
Il baissa la tête et donna un grand coup de pied dans la porte.
« Je sais, réalisa-t-il.
― Alors pourquoi est-ce que tu le fais quand même ?
― Je ne sais pas ! » cria-t-il.
Il fit demi tour puis revint sur ses pas pour finalement empaumer mon visage sans délicatesse. Mon courage déjà minime s'envola une bonne fois pour toutes et une première larme roula sur ma joue. Son pouce essuya ma peau humide et il ferma les yeux.
« Pardonne-moi pour tout Bella. »
Sur ces mots, ses mains m'abandonnèrent, sa chaleur aussi. Il quitta la pièce sur le champ, me laissant plus seule que jamais. J'éclatai en sanglots.
Lorsque ce soir-là je retrouvai mon appartement, ma peine redoubla. À bout, je pris une décision sans doute irréfléchie mais pour le moins essentielle si je voulais pouvoir oublier Edward…
•
« Voilà la lettre, dis-je à Monsieur Banner.
― Est-ce que vous êtes sûre de vouloir nous quitter ? insista-t-il.
― Oui.
― Je vous laisse cinq jours pour vous rétracter, conclut-il cependant comme s'il ne voulait pas me voir partir.
― Comme vous voulez, lui concédai-je.
― J'espère vraiment que cette dernière semaine vous fera changer d'avis. »
