Les Caprices du cœur
La haine se nourrit de peur et d'amour
Chapitre 25
« Ralentis ! criai-je en essayant vainement de faire réagir Edward qui roulait beaucoup trop vite.
― Arrête, protesta-t-il à son tour.
― Tu vas…
― Bella ! s'énerva-t-il. Dis-moi plutôt où est-ce que je dois tourner.
― Tu te fous de moi ?
― Quoi encore ?
― Tu viens de rater l'embranchement.
― Pourquoi est-ce que tu ne m'as pas prévenu plus tôt ?
― À ton avis ? »
Il m'offrit un regard noir avant de freiner brusquement pour faire demi-tour en plein milieu de la rue. L'instant d'après, une voiture de police apparut à quelques mètres de là et le conducteur s'empressa de nous barrer la route.
« Et merde, pesta Edward en se garant sur le bas-côté.
― Je t'avais dit de… »
La fin de ma phrase mourut au fond de ma gorge lorsque le policier sortit de son véhicule.
« Oui je sais, tu m'avais dit de ralentir, termina Edward à ma place.
― C'est…
― Laisse-moi faire.
― S'il te plaît, Ed…
― Contente-toi de sourire » conclut-il en ouvrant la vitre pour permettre à l'agent de police de nous parler.
Agent de police qui n'était autre que mon père.
« Écoutez, je suis vraiment désolé, commença Edward en essayant de calmer le jeu.
― Moi aussi, je suis désolé pour vous. Cet incident va vous coûter très cher, répliqua Charlie d'un ton sec et distant en croisant mon regard.
― S'il te plaît, pa…
― Nous sommes pressés, reprit Edward sans se soucier de moi. J'aurais dû faire plus attention.
― Oui, vous auriez dû.
― Pa… tentai-je désespérément.
― Ça ne se reproduira plus, c'est promis, me coupa Edward.
― Où sont vos papiers ? »
Edward sortit son portefeuille et tendit les papiers du véhicule à mon père.
« Les voici.
― Edward Cullen ? l'interrogea Charlie.
― Oui.
― Vingt-sept ans.
― Exactement.
― Vous conduisez depuis presque dix ans.
― Oui, lui répondit-il de plus en plus impatient.
― Vous êtes londonien ?
― S'il te plaît Char… essayai-je à nouveau d'intervenir.
― En effet, me coupa Edward en me faisant signe de rester à ma place. Est-ce que vous pourriez passer à autre chose? Je vous ai dit que nous étions pressés.
― Pas plus que moi. »
Charlie zyeuta mon petit ami des pieds à la tête avant d'attraper son calepin pour entamer la rédaction de la contravention.
« Non respect du code de la route, annonça-t-il tout haut. Mise en danger d'autrui, continua-t-il.
― Quoi ? s'étonna Edward. Il n'y avait personne d'autre sur la route.
― Vous avez mis la vie de ma fille en danger.
― La vie de votre fille ? répéta-t-il abasourdi. Comment ça ?
― La personne qui est assise à côté de vous est ma fille » lui expliqua mon père le plus naturellement du monde.
Edward se tourna vers moi et me dévisagea interloqué. Je hochai la tête pour lui confirmer la vérité. Il ouvrit la bouche mais la referma aussitôt.
« Tu m'as manquée, me dit Charlie.
― Toi aussi papa. »
Il continua à annoter quelques mots sur la contravention.
« Tu vas vraiment verbaliser ta fille ? m'inquiétai-je.
― Pas ma fille, mais son espèce de copain oui » répliqua-t-il mauvais.
Edward déglutit difficilement, moi aussi.
« Tu n'es même pas en service, lui fis-je remarquer. D'ailleurs, pourquoi est-ce que tu n'es pas à la maison avec maman ?
― Ta mère a fait brûler le repas, je suis passé chez le traiteur en vitesse pour limiter les dégâts.
― J'aurais dû m'en douter » ris-je.
À côté de moi, Edward se racla la gorge gêné.
« À tout de suite, conclut finalement mon père en tendant la contravention à Edward qui la récupéra aussitôt. Ne soyez pas en retard, ça ferait mauvaise impression. »
Lorsque Charlie eut enfin disparu, Edward klaxonna involontairement en donnant un coup de poing au volant.
« Ne me dis pas que tout ceci s'est réellement passé, m'implora-t-il d'un air tendu.
― Je te félicite, rétorquai-je en croisant les bras.
― Tu m'en veux ?
― Oui.
― Je ne pouvais pas savoir que c'était ton père, se défendit-il.
― Si seulement tu m'avais laissé parler ! »
Il ébouriffa ses cheveux nerveusement et serra les dents.
« Désolé, je suis juste un peu nerveux.
― Ne t'en fais pas.
― Et maintenant ? s'enquit-il.
― Démarre et cette fois-ci écoute-moi. »
Il fit gronder le moteur avant de reprendre la route plus posément. Après nous être garés devant chez moi, nous sortîmes tous deux de la voiture pour rejoindre le porche d'entrée. Là, Renée vint nous ouvrir le sourire aux lèvres.
« Vous voilà enfin ! s'exclama-t-elle. Comment va ma fille préférée ?
― Tu n'as qu'une fille maman, lui fis-je remarquer en la serrant dans mes bras.
― Et voici Edward ? reprit-elle en se tournant vers lui.
― Enchanté de faire votre connaissance.
― Je t'interdis de me vouvoyer, plaisanta-t-elle.
― Pas moi, claqua Charlie en nous rejoignant.
― Voici mon mari, continua ma mère qui était loin de se douter qu'Edward et Charlie se connaissaient déjà.
― Bonjour Monsieur. »
Mon père se contenta de hocher la tête en guise de réponse.
« Ne restons pas là, décréta Renée en nous poussant vers le salon. Bella, fais visiter la maison à Edward pendant que je mets le couvert.
― Oui. »
Après avoir fait un tour dans la cuisine puis sur la terrasse, Edward monta à l'étage avec moi et nous déposâmes bientôt nos bagages à l'intérieur de ma chambre.
« J'aime bien » me dit-il en regardant tout autour de lui pour s'imprégner des lieux.
Il se rapprocha d'une étagère et observa attentivement tous les bibelots posés dessus.
« Une sucette ? » rit-il en attrapant une tétine que j'avais gardée en souvenir de mon enfance.
Gênée, j'attrapai la dite tétine pour la cacher dans mon dos.
« Est-ce que c'est toi ? reprit-il en pointant du doigt une photo de moi étant plus jeune.
― Oui, je devais avoir six ou sept ans. »
Il acquiesça sans un mot et continua son inspection.
« J'ai quitté la maison à dix-sept ans pour aller étudier à Londres, c'est pour ça que ma chambre paraît si…
― Si ?
― C'est une chambre d'adolescente, finis-je en sachant pertinemment que la sienne était bien moi enfantine, plus mature.
― Elle me plaît quand même. »
Il vint m'étreindre tendrement et déposa ses lèvres sur mon front.
« Je ne sais pas trop comment me comporter avec tes parents, m'avoua-t-il indécis. Et encore moins avec ton père.
― Sois toi-même et respecte le code de la route, lui conseillai-je.
― Je vais essayer. »
De retour au salon, nous nous installâmes tous à table. Assis à côté de moi, face à Charlie, Edward colla sa chaise à la mienne pour espérer recevoir un peu de soutien de ma part durant le repas.
« Alors comme ça, tu travailles à Barclays toi aussi ? commença Renée en remplissant quatre verres de vin.
― Oui.
― Depuis longtemps ?
― Depuis plus de quatre ans, lui répondit Edward en croisant mon regard empli de curiosité.
― Bella m'a dit que tu étais son supérieur.
― Oui en quelques sortes, hésita-t-il.
― Ça ne doit pas être facile de mélanger vie professionnelle et vie privée » releva mon père.
Edward se racla la gorge, moi aussi. De toute évidence, Charlie avait raison.
« Qui veut de la salade ? » reprit Renée pour détendre l'atmosphère.
Elle remplit nos assiettes tour à tour, je bus une gorgée de vin.
« Est-ce que tu as des frères et sœurs ?
― Non, je suis fils unique.
― Tes parents habitent à Londres ?
― Dans une petite ville à quelques kilomètres de la capitale, la corrigea-t-il.
― Et que font-ils ? lui demanda mon père.
― Carlisle est médecin, Esmée décoratrice d'intérieur.
― Et elle est très douée » ajoutai-je.
La discussion se poursuivit autour d'un poulet à l'orange que le traiteur avait cuisiné pour nous en quatrième vitesse.
« Edward joue du piano, appris-je à mes parents.
― Vraiment ?
― Oui, répondit-il modestement.
― Depuis longtemps ?
― Depuis mes cinq ans.
― Et mis-à-part ça ? reprit mon père d'un ton toujours aussi méfiant.
― Si vous voulez parler de mes loisirs, sachez que j'aime bien courir. »
Cette réponse parut satisfaire Charlie qui ne trouva rien à répliquer.
« Je vais chercher le dessert, annonça Renée.
― Je vais débarrasser » enchaînai-je.
J'empilai les assiettes et me relevai d'un bon sous le regard inquiet d'Edward qui était terrifié à l'idée de se retrouver seul avec mon père. En cuisine, je déposai la vaisselle dans l'évier.
« Je suis contente, m'interpella ma mère qui farfouillait à l'intérieur du frigo.
― Contente ?
― Je suis contente que tu ais enfin trouvé l'homme qu'il te fallait. Edward semble parfait pour toi.
― Merci. »
Nous retrouvâmes la salle à manger sans attendre. Renée déposa une tarde aux pommes au centre de la table, Charlie la découpa précautionneusement. À côté de moi, Edward pressa ma cuisse dans sa paume en m'offrant un sourire tendu.
« Qu'est-ce que vous allez faire cet après-midi ? nous demanda Renée.
― Promener ? m'enquis-je en regardant mon petit ami.
― Bonne idée. »
Chose dite chose faite.
Près d'une heure plus tard, Edward et moi nous retrouvâmes en plein milieu d'une rue piétonne de Liverpool où les passants affluaient par dizaine malgré la fraîcheur de ce début de printemps.
« Où est-ce que tu m'emmènes ? s'étonna Edward lorsque je lui pris la main pour l'obliger à me suivre.
― Là-bas » lui annonçai-je en pointant du doigt l'horizon, la mer.
Je pressai le pas en percutant plusieurs personnes sur mon passage, Edward se mit à courir derrière moi et nous atteignîmes la rive à bout de souffle.
« Voilà le port, annonçai-je.
― Magnifique.
― Viens.
― Où est-ce que tu vas ? » me demanda-t-il, étonné de me voir avancer le long du quai réservé aux propriétaires des bateaux.
Sa question resta sans réponse. Interloqué, il finit par me rejoindre sans plus un mot.
« Tu as un bateau ? s'enquit Edward en me voyant défaire les cordages d'une navire relativement modeste.
― Pas moi, mon père, lui appris-je enfin.
― Vraiment ?
― Oui, pour la pêche. »
Je sautai à l'intérieur du bateau et déposai mon sac par terre.
« Monte.
― Tu es sûre que ton père aimerait me voir sur son bateau ?
― Oui, c'est même lui qui m'a donné le double de ses clefs pour que je te fasse découvrir les environs, lui avouai-je.
― Pour de bon ?
― Oui, pourquoi ?
― Je n'ai pas l'impression qu'il m'aime beaucoup.
― Il est méfiant » concédai-je.
Après mûre réflexion, Edward me rejoignit à bord. J'ouvris la petite cabine pour déposer nos affaires à l'intérieur. Je me dépêchai ensuite de remonter l'encre à la surface et mis le contact. Prudemment, je fis marche arrière pour quitter le port.
« Je ne savais pas que tu avais le permis bateau, releva-t-il.
― Il y a encore plein de choses que tu ne sais pas à propos de moi.
― J'ai hâte d'en apprendre plus. »
Je souris, il détailla le navire d'un regard curieux. Navire à moteur dont la longueur frôlait les cinq mètres quarante.
Une fois hors du port, je contournai les docks puis pointai du doigt le centre ancien en donnant quelques explications à Edward qui buvait littéralement mes paroles. Je lui désignai tour à tour les monuments visibles depuis la mer pour lui donner un aperçu global de ma ville natale. Suite à un long monologue, je naviguai le long du littoral pour atteindre les plages, désertes en ce mois de mars.
« Et voilà mon endroit préféré, finis-je en coupant le moteur au pied des falaises.
― C'est beau, admit-il en venant m'étreindre.
― Oui.
― Il n'y a personne, remarqua-t-il.
― Ce n'est pas trop la saison des baignades, ironisai-je.
― Tu crois que l'eau est froide ?
― Glaciale ! »
Il fit un pas sur le côté et passa sa main par dessus bord pour la tremper dans l'eau.
« Même pas cap de plonger.
― De plonger où ? m'égosillai-je.
― Dans la mer !
― Non mais ça va pas ! Personne ne plonge dans une eau si froide.
― Pourquoi ?
― Mais parce que ! » m'emportai-je, n'ayant ni envie de plonger, ni envie de perdre la face.
Il arqua un sourcil et retira sa veste.
« Qu'est-ce que tu fais ? m'enquis-je affolée.
― Je saute si tu sautes.
― Mais non, je ne veux pas !
― Tu te défiles ? »
Je me tus, il enleva son pull.
« Tu ne plongeras pas, dis-je sûre de moi pour me conforter.
― Ah oui ? »
Il déboutonna son pantalon qui s'échoua au sol une poignée de secondes plus tard.
« Arrête.
― Si j'avais su, j'aurais pris mon maillot, renchérit-il en s'approchant de l'échelle. Tu viens ?
― Non.
― Juste un aller retour. Le froid raffermit les chairs, insista-t-il.
― Qu'est-ce qu'elles ont mes chairs ? »
Il grimaça exagérément, je lui offris une tape sur l'épaule.
« Alors, je t'attends, reprit-il.
― J'attends que tu sois dans l'eau pour te rejoindre.
― Pas question ! Tu descends en même temps que moi.
― Non.
― Si.
― Non. »
Il ouvrit la bouche pour parler mais aucun son n'en sortit. Il enjamba l'échelle puis s'immobilisa indécis.
« Tu ne vas pas y aller, tentai-je de me rassurer.
― Tu peux déjà commencer à te déshabiller. »
Et là, il descendit l'échelle à toute allure et disparut sous l'eau.
« Tu es taré ! » criai-je pour extérioriser ma surprise et mon angoisse.
Il ressortit la tête de l'eau et serra les dents en s'agrippant au rebord du bateau.
« Dépêche-toi avant que je vienne te chercher » me menaça-t-il.
J'avalai ma salive difficilement puis retirai écharpe, manteau, pull, tee-shirt et pantalon.
« Edward, je meurs de froid, lui dis-je avant même d'avoir mis un pied dans l'eau.
― Moi aussi. »
Je posai un pied sur l'échelle et mon talon frôla la surface de l'eau.
« Merde, c'est glacial, réalisai-je. Je ne peux pas. »
Sans me laisser le temps de réfléchir plus longtemps, il agrippa ma taille et me tira vers l'arrière pour me faire trébucher. Je hurlai de toutes mes forces avant de disparaître sous l'eau.
« Je te déteste ! » criai-je en réapparaissant à la surface.
Edward me plaqua contre la coque du bateau et m'étreignit fermement.
« Ce n'est pas si terrible que ça, tenta-t-il.
― Tu trouves ? grelottai-je en enroulant mes bras autour de son cou.
― J'ai déjà bien plus chaud depuis que tu es près de moi.
- On remonte ?
― Déjà ? »
Je hochai la tête, il déposa un baiser sur ma bouche et s'éloigna aussitôt de moi pour remonter sur le bateau. Il m'aida à sortir de l'eau. Je me dépêchai de regagner la cabine à la recherche de deux serviettes de bain.
« Tu trouves ?
― Non ! m'exclamai-je en me dandinant d'un pied sur l'autre.
― Et ça ? »
Il me désigna la couverture posée sur l'unique couchette de la cabine. J'acquiesçai et m'en emparai immédiatement.
« Une pour deux ?
― Viens là. »
Edward s'assit sur la banquette et me fit signe de le rejoindre. Je passai mes jambes de chaque côté de ses hanches et m'installai sur ses cuisses. Il enroula la grande couverture autour de nos corps étroitement liés et me serra fort en frictionnant mes bras. Le nez dans son cou, je n'osai plus bouger, ou seulement pour éternuer.
« Tu es fou.
― Oui, fou de toi » me répondit-il.
Nous restâmes dans cette position pendant plus d'une heure, à se parler, à se comprendre, à se réchauffer grâce à la simple présence de l'autre.
À la nuit tombée, nous nous rhabillâmes en vitesse et je repris le volant pour regagner le port, la couverture sur le dos. Nous rentrâmes à la maison vers dix-neuf heures.
« Le dîner est prêt, nous annonça Renée en venant nous ouvrir. Vous êtes allés à la piscine ? s'étonna-t-elle en remarquant que nos cheveux étaient mouillés.
― En quelques sortes.
― C'est la couverture du bateau que tu as là ? me demanda Charlie.
― Oui. »
Il hocha la tête comme s'il venait de comprendre beaucoup de choses. Edward et moi disparûmes à l'étage pour nous changer et enfiler des vêtements plus chauds.
Au cours du repas, ma mère continua à accabler mon petit ami de questions, toutes plus gênantes les unes que les autres. Mon père lui, abaissa petit à petit ses barrières en comprenant enfin qu'Edward était quelqu'un de bien malgré ses écarts de conduite.
La soirée se poursuivit devant la télévision et lorsqu'enfin l'émission préféré de Renée s'acheva, Edward et moi souhaitâmes une bonne nuit à mes parents pour regagner ma chambre. Une fois la porte close, Edward se dépêcha de m'étreindre comme si sa vie en dépendait.
« J'espère que mes parents ne t'ont pas trop ennuyé, lui dis-je.
― Non, rassure-toi. Je les aime bien, me répondit-il.
― C'est vrai?
― Oui, même si ton père me fait encore un peu peur » plaisanta-t-il.
Je souris, il chatouilla ma carotide puis pourlécha mes lèvres avant de glisser sa langue à l'intérieur de ma bouche. Ses mains me pressèrent sauvagement et près de mon bas ventre, je sentis son sexe devenir de plus en plus dur.
« Je vais me démaquiller » lui annonçai-je tout à coup en le repoussant brusquement pour mettre un terme à notre échange.
Je filai à la salle de bains et appliquai une lotion sur mes joues après m'être rincé le visage grossièrement. Je dénouai mes cheveux et retrouvai la pièce voisine quelques instants plus tard où Edward m'attendait impatiemment dans le lit.
Après avoir farfouillé un moment dans ma valise, j'éteignis la lumière puis m'assis sur le rebord du matelas pour me changer. Lorsque j'eus retiré mon soutien-gorge, il promena sa paume dans mon dos puis s'assit derrière moi sans me laisser l'opportunité d'enfiler le haut de mon pyjama.
« Reste comme ça » souffla-t-il.
Mon ventre se mit à picoter, mes oreilles à bourdonner.
« Pas ce soir » le résonnai-je pourtant en pensant à Renée et Charlie.
Plus têtu qu'une mule, il caressa mon ventre puis empauma mon sein en picorant mon cou de doux baisers.
« Edward » paniquai-je en entendant mes parents monter les escaliers pour aller se coucher eux aussi.
Il fit la sourde oreille et intensifia ses attouchements en pinçant mes mamelons déjà tendus. Je fermai les yeux, les mains moites.
« Arrête, chuchotai-je sévèrement au lieu de l'encourager à continuer comme j'en avais envie.
― Pourquoi ?
― Les pièces ne sont pas insonorisées et mes parents dorment juste à côté » lui expliquai-je en essayant d'être la plus silencieuse possible.
Il fit couler son index le long de ma panse puis effleura mon entrejambe.
« Si tu savais à quel point j'ai envie de toi, murmura-t-il d'un ton presque inaudible.
― Pas moi » mentis-je.
Rassemblant mon courage à deux mains, je me relevai pour pouvoir enfiler mon tee-shirt une bonne fois pour toutes.
« Bonne nuit » terminai-je en me glissant dans le lit, dos à lui.
Je l'entendis grogner puis il revint m'enlacer par derrière, bien décidé à obtenir gain de cause.
« Je te veux, répéta-t-il.
― S'il te plaît. »
Il frotta son érection contre mes fesses, ses mains se baladèrent un peu partout sur mon corps. La braise n'aurait pas été plus chaude.
« On peut faire ça sans bruit, éluda-t-il.
― Le lit grince, répliquai-je aussitôt.
― On peut faire ça tout doucement » insista-t-il.
L'idée de faire l'amour avec toutes ces contraintes attisa ma curiosité, mon excitation.
« Je ne sais pas, soufflai-je gênée en triturant le drap.
― Tu ne sais pas quoi ? me demanda-t-il d'une voix toujours aussi faible.
― Je ne sais pas si c'est possible.
― Tu veux que je te montre ? » reprit-il en embrassant ma tempe.
Je hochai la tête en signe d'accord, prête à me tourner pour lui faire face.
« Non, ne bouge pas, m'arrêta-t-il en plaquant fermement son torse contre mon échine.
― Mais…
― Laisse-moi faire.
― D'accord. »
Alors, lentement, il glissa ses paumes sous mon tee-shirt pour retrouver la douceur de ma peau, les rondeurs de ma poitrine. Bien vite, ma respiration devint hachée. Il le remarqua et n'en fut que plus heureux. Il frôla mon pubis du bout des doigts puis s'attarda sur mon clitoris. Il se mit à remuer comme si l'attente lui était insupportable. Je glissai mon bras dans mon dos pour le toucher, il grogna.
« Chut.
― Désolé. »
Je plongeai la main dans son boxer pour attraper sa verge tendue. Au même moment, il abaissa mon pyjama pour libérer mon intimité. Tout aussi impatiente que lui, je plaçai son sexe à l'entrée de mon vagin. Il poussa les hanches vers l'avant et me pénétra lentement en pétrissant mes formes sans relâche.
Tous mes sens s'éveillèrent en une fraction de seconde. Ne sachant plus où donner de la tête, j'entrelaçai mes doigts aux siens et guidai sa main vers mon bouton de plaisir. Il effectua un premier aller retour tout en pinçant mon clitoris comme il en avait l'habitude. Je me mordis la lèvre pour ne pas gémir, pour ne pas crier.
« Tu regrettes ? osa-t-il me demander en retrouvant une immobilité parfaite.
― Non, gémis-je. Continue. »
Il embrassa ma joue puis recommença à se mouvoir à l'intérieur de moi avec une lenteur exagérée pour ne pas faire grincer le lit.
La pénombre et le silence ne faisaient qu'accroître mon plaisir. Edward était partout. Son odeur m'étouffait, son corps m'enveloppait. Ses gestes étaient synchronisés avec les miens et son cœur résonnait dans ma poitrine. Nous étions un. Il était moi. J'étais lui.
Lorsque l'orgasme me terrassa enfin, il me serra plus fort et continua à aller et venir pour trouver sa jouissance un peu plus tard. Tremblante, épuisée et surtout très amoureuse, je portai sa main à ma bouche pour la recouvrir de baisers.
« Fais de beaux rêves ma chérie, me souhaita-t-il.
― Ma chérie ? Tu m'appelles ma chérie maintenant ? chuchotai-je surprise.
― Tu n'aimes pas ?
― Si beaucoup.
― Alors tais-toi et dors. »
•
« Soyez prudents sur la route ! » s'écria ma mère tandis qu'Edward et moi nous éloignions lentement de la maison, assis côte à côte dans la voiture.
Je saluai une dernière fois mes parents en leur faisant de grands signes de main, Edward klaxonna puis nous disparûmes à l'angle de la rue.
Après avoir roulé plusieurs heures sur l'autoroute, nous arrivâmes à Londres pour midi. Arrivés chez moi, nous déjeunâmes en quatrième vitesse pour ensuite nous consacrer à l'empaquetage de mes affaires. Je devais rendre les clefs de mon appartement dans deux jours.
« Passons au salon » dis-je à Edward lorsque tous les ustensiles de cuisine furent regroupés dans un seul et même carton.
Là, je débranchai ma télévision, amassai les coussins du canapé dans un sac en plastique et triai les magazines dispersés sur ma table basse.
« Qu'est-ce qu'il y a là-dedans ? » s'enquit mon compagnon qui s'occupait des rares bibelots encore présents dans la pièce, la plupart étant restés chez lui après notre dispute.
Il brandit sous mes yeux une boîte métallique toute cabossée.
« Des photos de famille. »
Il acquiesça sans oser m'en demander plus et la rangea avec les autres objets. Lorsque tout fut empaqueter au salon, nous passâmes à la salle de bains puis enfin à la chambre.
« C'est ici qu'il y a le plus de travail, déclarai-je en ouvrant mon placard.
― En effet » maugréa Edward en louchant sur les étagères pleines à craquer.
Les valises se remplirent à vue d'œil. Mes vestes et manteaux suffirent à combler mon plus gros sac de voyage.
« Intéressant, reprit Edward en ouvrant le tiroir qui contenait mes sous-vêtements.
― Laisse-moi faire.
― Pourquoi ? Tu as des choses à cacher ? continua-t-il interloqué.
― Non mais… »
Mes yeux s'écarquillèrent d'eux-mêmes au moment où il plongea la main entre mes culottes, là où j'avais rangé mon vibromasseur. Il fronça les sourcils et sortit l'objet du tiroir, la bouche grande ouverte. Je le lui arrachai des mains en vitesse pour le fourrer dans un coin de ma valise.
« Je ne veux rien entendre, le prévins-je morte de honte.
― Tu t'en sers souvent ?
― Jamais » claquai-je pour couper court à la conversation.
Il plissa les paupières et tendit les bras vers moi pour agripper mes hanches.
« Tu mens.
― Non je ne mens pas.
― Tu es sûre ?
― Ton pénis me suffit. »
Ma dernière réplique lui cloua le bec, son sourire s'élargit et il se rapprocha encore un peu plus de moi pour m'embrasser langoureusement.
« Même si la masturbation solitaire est parfois très agréable, ajoutai-je pour le taquiner. On continue ? enchaînai-je en désignant mes vêtements de la main.
― Garce. »
Il reporta son attention sur mes vêtements et bientôt le placard fut entièrement vide.
Il nous fallut faire trois allers retours pour tout déménager. Nous amassâmes toutes mes affaires dans l'entrée de son appartement.
« Tout est là, soufflai-je après avoir déposé le dernier carton au sol. Il ne reste plus qu'à tout ranger.
― Commençons par la cuisine, ajouta-t-il en essayant d'enjamber la multitude de sacs entreposés ici et là.
― Comme tu veux. »
Et jusqu'à tard dans la soirée, nous triâmes, rangeâmes, classâmes toutes sortes de choses. L'appartement retrouva un semblant d'allure vers vingt-deux heures.
À bout de forces, je me jetai sur le canapé. Edward m'imita quelques secondes plus tard en s'affalant sur moi sans l'ombre d'une hésitation.
« Bienvenue chez toi, me dit-il d'une voix chaude. J'espère que tu te plairas à vivre avec moi.
― J'ai déjà expérimenté ça. Je sais à quoi m'attendre, lui fis-je remarquer.
― Oui, mais cette fois-ci tu habites avec moi pour de bon et il va falloir que tu me supportes quoi qu'il arrive.
― Même lorsque tu m'écrases comme en ce moment ?
― Oui » conclut-il en plaquant sa joue contre ma poitrine.
Je passai ma main dans ses cheveux, il frissonna puis prit appui sur ses coudes en relevant le nez vers moi.
« Et bien sûr, tu es de corvée de ménage, ajouta-t-il.
― Alors là, tu rêves.
― Je ne te proposes pas de cuisiner vu tes talents culinaires.
― Tant pis pour toi.
― Ceci dit, j'adore tes gâteaux, se rattrapa-t-il.
― Pas de gâteaux pour les méchants garçons comme toi.
― Je peux peut-être te soudoyer, tenta-t-il en empaumant mon sein gauche.
― Pas touche, le repoussai-je en faisant semblant d'être vexée. Je fais grève.
― Tu fais grève ?
― Grève de sexe, trouvai-je bon de lui préciser.
― Impossible.
― Et pourquoi ?
― Parce que tu es une vraie nymphomane » plaisanta-t-il.
J'ouvris la bouche en grand, béate.
« Tu me cherches ? lui demandai-je entre deux rires.
― Ce n'est pas moi qui cache un vibromasseur au fond de mon placard.
― Je n'ai pas peur de toi, le défiai-je d'un air sévère.
― Moi non plus. »
Il colla son front au mien pour pouvoir plonger son regard au plus profond de moi. Pendant plusieurs minutes nous nous fixâmes sans rien dire. Il n'y avait pas besoin de mots pour comprendre que notre amour resplendissait dans nos cœurs. Pas de mots pour s'aimer plus fort, pour se le dire.
Nos bouches se sellèrent pour ne plus se lâcher de la nuit. Nerveusement, presque fiévreusement, Edward me souleva pour me porter jusque dans la chambre. Avant même d'atteindre le lit, il fit voler mes vêtements à travers la pièce et les siens s'échouèrent au sol peu après.
« Tu fais toujours grève ? chuchota-t-il en caressant l'intérieur de mes cuisses.
― Plus maintenant. »
Et bientôt, nos corps s'épousèrent, se firent l'amour sans plus aucune barrière.
