Les Caprices du cœur
La haine se nourrit de peur et d'amour
Chapitre 26
« S'il te plaît Bella, je t'en supplie.
― Je ne sais pas Rose.
― Nous n'avons personne d'autres mis-à-part vous. Les parents d'Emmett sont en déplacement, les miens habitent trop loin, m'expliqua-t-elle. Alice et Jasper sont à Paris pour leur projet, mes cousines ont déjà trop de travail avec leurs propres enfants et…
― Mais j'ai peur de ne pas savoir m'occuper de ton fils correctement. Et ce n'est pas Edward qui pourra m'aider.
― Ce n'est pas si compliqué que ça, tu verras, insista-t-elle.
― Tu as gagné, j'accepte, cédai-je après maintes tentatives pour la dissuader.
― Merci mille fois ! Tu es géniale ! »
Je raccrochai. Assis face à moi, en train de boire un verre de jus d'orange, Edward m'interrogea du regard.
« Emmett a offert un week-end en amoureux à sa femme pour leur anniversaire, commençai-je.
― Leur anniversaire ?
― Oui, ils se sont rencontrés il y a trois ans exactement.
― Et donc ?
― Ils cherchent quelqu'un qui puisse garder Colin jusqu'à demain soir. »
L'évidence le frappe, il ouvrit grand les yeux et bondit sur sa chaise.
« Ne me dis pas que…
― Ils arrivent dans cinq minutes, lui précisai-je.
― Nous ne pouvons le garder, il va nous rendre fous, paniqua-t-il.
― Je n'ai pas pu dire non. »
Il cacha son visage au creux de ses paumes puis se dirigea droit vers la cuisine pour finalement s'appuyer sur le rebord de l'évier.
« Ce n'est que pour que le week-end, tentai-je.
― Ils ne peuvent pas prendre une nounou ?
― Ils ont sans doute plus confiance en nous. »
La sonnette retentit, j'allai ouvrir.
« Bella, me salua Rose en m'étreignant. Tu nous sauves la vie.
― Bonjour, ajouta Emmett, un couffin dans les bras.
― Comment va Colin ? leur demandai-je tout en les faisant signe d'entrer.
― Très bien.
― Tiens, toutes ses affaires de rechange sont ici, continua Rosalie en me tendant un gros sac.
― D'accord.
― Edward n'est pas là ?
― Je suis là, répondit le principal concerné en apparaissant dans mon dos.
― Tu vas bien ?
― Oui et vous ?
― Aussi.
― Vous voulez boire quelque chose ? proposai-je.
― Non, nous sommes vraiment pressés. Laisse-moi juste t'expliquer deux trois choses pour le bébé. »
Les deux trois choses de Rosalie se transformèrent en une trentaine de recommandations. Las, les hommes se mirent à discuter entre eux. Pour ma part, j'écoutais la mère de Colin avec beaucoup d'intérêt, ne voulant pas commettre d'impératifs.
« Et surtout, garde ton téléphone allumé. Je t'appellerai ce soir pour prendre des nouvelles puis demain vers midi, termina-t-elle soucieuse.
― D'accord. »
Elle sortit son fils du couffin pour le serrer contre elle. Emmett l'embrassa à son tour puis enfin ils s'échappèrent pour aller papillonner à des kilomètres de là.
Installé entre Edward et moi, le bébé se mit à pleurer pas moins d'une minute après leur départ.
« Qu'est-ce qu'il a ? m'affolai-je.
― Pitié, fais-le taire.
― Oui mais comment ?
― Je ne sais pas moi, débrouille-toi.
― Merci pour ton soutien, grommelai-je.
― Je te rappelle que c'est toi qui as accepté de le garder, pas moi. »
Je me penchai vers Colin et lui racontai n'importe quoi pour essayer d'atténuer ses pleurs.
« Si tu veux mon avis, tu t'y prends mal, ajouta Edward avant de disparaître du salon.
― Aide-moi au lieu de t'enfuir. »
Peine perdue. Tentant le tout pour le tout, j'attrapai délicatement Colin pour le bercer dans mes bras.
« Ne t'inquiète pas, papa et maman reviennent demain » soufflai-je pour le rassurer.
Il continua à pleurer, moins fort cependant. Je me baladai dans l'appartement en espérant le divertir.
« Tu te rappelles d'Edward ? » demandai-je au bébé en passant par la cuisine où Edward était en train de terminer son petit déjeuner.
Et comme par magie, Colin s'arrêta de crier à l'instant même où mon petit ami posa ses yeux sur lui. Je souris, victorieuse.
« Il s'est arrêté, dis-je à voix haute.
― Tant mieux. »
Colin gigota puis agrippa mon sein en quête de nourriture.
« Désolé, je n'ai pas de lait moi, chuchotai-je. Mais Edward va te préparer un biberon.
― Quoi ?
― Attrape son sac, il y a tout ce qu'il faut dedans. »
Perplexe, il s'exécuta tant bien que mal et me tendit les affaires de Colin. Lorsque j'eus déniché ce que je cherchais, je fis signe à Edward de m'aider.
« Verse un peu de le lait dans le biberon » lui dis-je en continuant à bercer Colin.
Avec plus de minutie que ce à quoi je m'attendais, il remplit le récipient à moitié et alla directement le faire chauffer. Lorsque le lait fut tiède, il me rapporta le biberon immédiatement.
« Merci. »
Je penchai le biberon vers le bébé qui se mit à téter sans attendre.
« Il avait faim, constata Edward, debout face à moi.
― Oui.
― Je vais me laver. »
Je me retrouvai seule avec Colin qui, accroché à sa tétine, me fixait avec insistance.
« Il va revenir. »
Le petit bout de chou tapa des mains, impatient. J'allai m'asseoir sur le canapé et allumai la télévision pour m'occuper. Colin arrêta de téter et tourna la tête vers le petit écran.
« Tu n'en veux plus ? » m'enquis-je en brandissant le biberon sous ses yeux.
Le bruit de la douche cessa et Edward me rejoignit au salon torse nu.
« Tu le surveilles ? m'enquis-je.
― Oui. »
Je posai Colin dans son berceau et filai moi aussi à la salle de bains pour faire un brin de toilette. Après être passée sous le jet d'eau, je me maquillai un minimum puis enfilai des vêtements propres.
« Ne pleure plus, entendis-je Edward depuis le couloir. Tiens, amuse-toi avec mes clefs. »
De retour dans la pièce principale, je m'adossai au mur en silence et observai Edward jouer avec Colin, la tête penchée sur son couffin.
« Qu'est-ce que tu veux que je fasse ? lui demanda-t-il perdu.
― Je crois qu'il veut que tu le prennes dans tes bras » suggérai-je.
Edward sursauta et se tourna vers moi affolé.
« Prends-le toi. »
Je me rapprochai d'eux et tendis les mains vers Colin pour le soulever. Ses pleurs s'estompèrent peu à peu mais une odeur répugnante se répandit dans l'air. Il me fallut un moment pour comprendre que cette odeur provenait du bébé.
« Fais quelque chose ! ordonnai-je à Edward qui se bouchait le nez.
― Pas question, je te laisse le changer.
― Pourquoi moi ?
― Tu es une femme.
― Et alors ?
― Je vais chercher ses affaires. »
J'allongeai Colin sur une table à langer improvisée en quelques secondes. Edward vida le contenu du sac de rechange sur la table.
« De quoi est-ce que tu as besoin ? s'enquit-il.
― Je n'en sais rien, aide-moi.
― Rosalie a bien dû te dire quelque chose !
― Peut-être, je ne sais plus ! »
Je serrai les dents et déshabillai Colin. Précautionneusement, je lui retirai sa couche, Edward poussa un juron.
« Je vais…
― Non, tu restes avec moi, le contrai-je.
― Mais…
― Trouve-moi quelque chose pour le nettoyer.
― Tiens » enchaîna-t-il en me tendant des lingettes pour bébés.
Du bout des doigts, je le nettoyai grossièrement en grimaçant exagérément. Colin se mit à rigoler.
« Passe-moi une serviette. »
Lorsque les fesses du bébé furent enfin propres, je me dépêchai de le rhabiller sans oublier de lui mettre une nouvelle couche. Tout le reste fila bien vite à la poubelle.
« C'est terminé, soufflai-je soulagée.
― Je vais faire à manger. »
En début d'après-midi, après avoir tété une nouvelle fois au biberon, Colin s'endormit paisiblement dans mes bras. Pour ne pas risquer de le réveiller, je l'installai tranquillement dans la chambre et rejoignis Edward au salon.
« On devrait avoir quelques heures de répit devant nous, lui dis-je en m'asseyant à côté de lui sur le canapé.
― Tant mieux. C'est épuisant d'entendre crier un bébé à longueur de temps. »
Je posai ma tête sur son épaule, friande de câlin. Il enroula un bras autour de moi pour me serrer contre lui.
« Change de chaîne, repris-je en désignant la télévision du menton.
― Je suis en train de regarder cette émission.
― C'est nul, change ! » insistai-je.
Je voulus attraper la télécommande mais Edward s'en empara avant moi.
« Passe-la moi.
― Non, protesta-t-il.
― Allez ! »
Je m'avachis complètement sur lui et tendis la main vers le haut en quête de mon butin, sans grand succès.
« Edward !
― Laisse tomber, tu ne fais pas le poids.
― C'est ce que tu crois. »
Je me relevai sur mes coudes et passai une jambe de chaque côté de lui pour l'empêcher de gigoter.
« Tu veux la jouer comme ça ? s'enquit-il. D'accord. »
En une fraction de seconde, il défit sa ceinture et glissa la télécommande dans son boxer. Je le regardai faire ébahie.
« Maintenant tu peux la prendre, conclut-il.
― Pervers. »
Je lui lançai un regard qui en disait long et plongeai ma main dans son froc.
« Ne te trompes pas de manette. »
J'effleurai son sexe plus que de raison puis récupérai enfin la télécommande, triomphante.
« Voilà. »
Je me mis à zapper frénétiquement à la recherche d'un programme intéressant.
« J'ai une meilleure idée, reprit Edward en quittant le sofa pour aller éteindre la télé.
― Mauvais perdant !
― Puisque nous ne sommes pas d'accord, autant trouver une autre occupation.
― Laquelle ? »
Il retira son pull puis son tee-shirt et revint s'installer près de moi.
« Tu me masses ?
― À condition que tu me masses avant, lui proposai-je loyalement.
― D'accord. À poils » m'ordonna-t-il en me faisant signe de retirer mes vêtements.
J'enlevai mon gilet et mon débardeur pour ensuite m'allonger sur le dos. Presque instinctivement, il prit place à califourchon sur mes fesses et dénoua l'attache de mon soutien-gorge.
« Prête ?
― Évite de me casser le dos » le prévins-je juste au cas où.
Il posa enfin ses mains sur moi et caressa tout d'abord mes omoplates avec légèreté pour ensuite les malaxer plus fermement. Au bout de quelques minutes, mes muscles se détendirent et ma peau se réchauffa. Je fermai les yeux pour ne plus penser à rien.
« Alors, est-ce que je te casse le dos ? murmura Edward en se penchant vers moi de façon à effleurer mon oreille du bout des lèvres.
― Non, tu es parfait » miaulai-je.
Il déposa un baiser sur ma tempe, je devinai son sourire. Ses mains longèrent ma colonne vertébrale pour venir chatouiller mes reins. Il me tripota longtemps avant de glisser un doigt sous l'ourlet de mon pantalon. Là, il abaissa le tissu le plus possible pour découvrir une partie de ma croupe. Ses paumes s'écrasèrent contre ma peau. Il entreprit de me masser les fesses avec toujours plus de sensualité. Je n'eus plus guère de mal à deviner son excitation.
La température montait, j'étais en train de me consumer. J'essayais de retenir mes ardeurs pour ne pas céder la première.
« Tu… » commença Edward.
Il fut interrompu par le cri de Colin qui venait vraisemblablement de se réveiller. Je soufflai avant d'essayer de me relever.
« Non, reste ici. Il va se rendormir, protesta Edward en me retenant prisonnière contre lui.
― S'il te plaît, rattache mon soutien-gorge. »
Comprenant qu'il n'avait pas le choix, il s'exécuta à regret et me laissa filer jusqu'à la chambre. Je récupérai le bébé et retournai au salon en essayant de sécher ses larmes.
« Chut, ne pleure pas.
― Qu'est-ce qu'il a ? me demanda Edward.
― Je ne sais pas, sa couche a l'air propre.
― Il a peut-être faim, suggéra-t-il.
― Tu dois avoir raison. Viens m'aider. »
Une fois dans la cuisine, Edward fit chauffer du lait qu'il versa ensuite dans le biberon pendant que je berçai Colin dans mes bras. Au moment de lui donner la tétine, les cris du bébé amplifièrent.
« Fais-le boire, je n'en peux plus de l'entendre hurler ! s'impatienta Edward.
― Il n'a pas soif. »
Edward me lança un regard noir comme si tout était de ma faute.
« Je n'y peux rien » me justifiai-je.
Le vacarme ne fit qu'augmenter lorsque mon téléphone se mit à sonner.
« C'est Rosalie.
― Réponds » ordonnai-je à Edward qui s'était déjà emparé du mobile.
Il échangea quelques mots avec elle avant de me tendre le cellulaire que j'attrapai difficilement.
« Elle veut te parler, me précisa-t-il.
― Allô ?
― Bella ? Comment va Colin ? me demanda Rose.
― Il crie depuis dix minutes et je ne sais pas quoi faire ! m'exclamai-je en espérant recevoir un peu de soutien.
― Tu as essayé le biberon ?
― Oui.
― La couche ?
― Elle est propre.
― Distrait-le, il faut que tu attires son attention sur quelque chose qui puisse l'occuper.
― Facile à dire !
― Je n'ai pas trop le temps de te parler.
― Comment se passe votre petit voyage au fait ?
― Très bien, je te raconterai tout.
― D'accord.
― Fais de gros gros bisous à Colin pour moi.
― Oui. »
Elle me donna encore tout plein de recommandations pour la nuit avant de raccrocher. Je me tournai vers Edward qui avait les deux mains plaquées sur ses oreilles. Il me fixait attentivement.
« Fais quelque chose au lien de me regarder comme ça !
― Et quoi ?
― Je ne sais pas moi, joue du piano » déballai-je au hasard.
Il me prit au sérieux et alla se placer derrière son bel instrument à queue. Dès les premiers accords, les pleurs de Colin s'atténuèrent.
« Ça marche ! »
Edward arrêta de pianoter lorsque Colin fut complètement calmé. Mais comme il fallait s'y attendre, le bébé se remit à pleurer.
« Recommence.
― Je ne compte pas jouer jusqu'à ce qu'il s'endorme.
― S'il te plaît. »
Dépité, il replaça ses mains sur les touches ivoire du piano et une douce mélodie remplaça bientôt les hurlements du nourrisson. Calmement, j'allai m'asseoir à côté d'Edward en gardant Colin contre moi.
Les notes étaient fluides, gracieuses. La musique me transportait dans un autre univers, là où la rivière prenait sa source, là où le soleil puisait sa lumière. Edward était concentré. Il s'appliquait. De mon côté, je le regardais faire fascinée pendant que Colin replongeait peu à peu dans le monde des rêves.
« Je crois qu'il dort » soufflai-je au bout d'un moment.
Edward acheva le morceau avec une finesse incroyable. Il tourna la tête vers moi et nous dévisagea impoliment Colin et moi avant de disparaître dans le couloir pour aller chercher le couffin du bébé.
•
En plein milieu de la nuit, du bruit me réveilla. Je grognai et tâtai l'autre côté du lit à la recherche d'Edward, en vain. Un peu sonnée, je me relevai lentement et vérifiai le contenu du berceau qui était bel et bien vide. En marchant sur le pointe des pieds, je rejoignis la cuisine où Edward était en train de fouiller à l'intérieur du frigo, Colin dans ses bras.
« Qu'est-ce que tu fais ? » chuchotai-je.
Il sursauta, Colin gémit.
« Tu nous as fait peur, souffla-t-il.
― Désolée. »
Edward avala sa salive bruyamment avant de reporter son attention sur le bébé. Bébé qu'il tenait dans ses bras pour la première fois. Cette image m'émut, j'eus presque envie d'arrêter le temps pour pouvoir les contempler pendant des heures et des heures.
« J'ai entendu du bruit, repris-je.
― Je… Colin s'est réveillé il y a une heure. Je ne voulais pas te déranger alors… m'expliqua-t-il confus et gêné à la fois, comme s'il ne voulait pas admettre qu'il avait réussi à prendre soin du bébé lui-même.
― Merci. »
Il m'offrit un sourire crispé et attrapa enfin la brique de lait qui traînait au fond du réfrigérateur. Il se débrouilla tout seul pour faire chauffer le biberon du petit, je le regardai faire d'un air fasciné.
« Tu es beau avec un bébé dans les bras » murmurai-je finalement.
Il se racla la gorge nerveusement et regarda l'horloge murale pour faire diversion.
« Tiens, prends-le, ajouta-t-il comme si de rien n'était. Je vais me faire un sandwich. Je meurs de faim !
― D'accord. »
Il me tendit Colin, je l'attrapai délicatement pour continuer à le faire téter. Après avoir réuni du jambon et du pain sur la table, Edward s'assit à côté de moi et confectionna son en-cas en silence.
« À quoi est-ce que tu penses ? m'enquis-je face à sa mine dubitative.
― À rien » mentit-il en mordant dans son sandwich.
Je hochai la tête, peu convaincue par sa réponse. Colin repoussa enfin son biberon, le ventre plein. Il émit un petit rot quelques minutes plus tard.
« Il est tellement beau » soufflai-je.
Edward jeta un coup d'œil vers le bébé avant de baisser tristement la tête.
« Tu penses à elle, n'est-ce pas ? lui demandai-je calmement. Et au bébé qu'elle portait avant de se faire avorter. »
Il releva le nez dans ma direction, son visage se tendit instinctivement. J'avalai ma salive péniblement, craignant m'être mal exprimée.
« Oui j'y pense, lâcha-t-il sèchement.
― Je suis désolée.
― Pas autant que moi. »
La froideur de ses mots me faisait mal. Heureusement que Colin était là pour me réconforter.
« Je vais me coucher » conclut-il.
Edward quitta la cuisine d'un pas décidé, une larme roula sur ma joue. Le bébé poussa un petit cri avant de fermer les yeux puis de les rouvrir nerveusement. Il s'endormit près d'une demi heure plus tard au creux de mon cou. Après l'avoir installé dans son berceau, je me glissai dans le lit, dos à Edward.
« Bella ? »
Je ne répondis pas. Il bougea légèrement et posa une main sur mon épaule.
« J'ai mis des années à m'en remettre mais aujourd'hui je suis content qu'elle m'ait quitté, continua-t-il. Sans ça, je ne t'aurais probablement jamais rencontrée. »
Je retrouvai enfin un semblant d'apaisement. Il enroula un bras autour de moi et plaqua son torse contre mon échine.
•
« Il a été sage ? me demanda Rosalie en faisant mille et un câlins à son bout de chou.
― Oui, très.
― Tu m'as manqué mon chéri. »
Emmett embrassa son fils lui aussi avant de nous saluer Edward et moi.
« J'espère que votre week-end en amoureux s'est bien passé, ajoutai-je.
― Oui, c'était génial. N'est-ce pas mon amour ? s'enquit Emmett sans oublier de faire un clin d'œil aguicheur à sa compagne.
― Vous voulez entrez ? proposa Edward.
― Non, on va vous laisser vous reposer. »
Nous les raccompagnâmes jusqu'au parking pour les aider à porter les affaires du bébé. Au moment des adieux, je serrai fort Colin dans mes bras. Edward fut moins démonstratif. Il se contenta de lui caresser la joue avant de rendre son enfant à Rose. Les jeunes parents nous remercièrent plus que de raison puis reprirent la route sans tarder.
« On remonte ?
― Oui. »
Je suivis Edward à l'intérieur de l'immeuble. En passant devant les boîtes aux lettres, il récupéra notre courrier sans y accorder la moindre importance cependant. Arrivé chez nous, il jeta les factures et autres prospectus sur la table puis se servit une tasse de café.
« Tu en veux ?
― Oui s'il te plaît. »
Je m'installai sur le tabouret et attrapai le courrier.
« La facture d'eau est arrivée, grommelai-je.
― Comme par hasard, le facteur ne se trompe jamais pour ce genre de choses. Par contre, j'attends toujours mon colis.
― Ton colis ?
― J'ai commandé un pull sur internet. »
Je continuai à éplucher les factures une à une jusqu'à trouver une enveloppe sur laquelle l'adresse avait été inscrite à la main.
« C'est pour toi, dis-je à Edward en lui tendant la fameuse lettre.
― Merci. »
Il s'en empara et se statufia presque aussitôt, reconnaissant sans doute l'écriture de celui ou celle qui lui avait la lettre. Je l'entendis déglutir avant de le voir serrer le papier dans sa paume pour le rouler en boule.
« Tu ne la lis pas ? » lui demandai-je alertée.
Il fourra la lettre dans sa poche puis me tourna le dos pour prendre appui sur le plan de travail.
« Qui est-ce ? Qu'est-ce qui se passe ? » m'enquis-je tout doucement.
Il souffla fort et quitta la cuisine à la vitesse de l'éclair.
« Edward ? »
Il fila vers la chambre pour ne revenir qu'après avoir enfilé sa tenue de sport.
« Qu'est-ce que tu fais ?
― Je vais courir, répliqua-t-il.
― Mais il va bientôt faire nuit !
― J'ai besoin d'être seul.
― Explique-moi s'il te plaît, insistai-je désemparée.
― Ne m'attends pas. »
Il mit les écouteurs de son baladeur dans ses oreilles et attrapa sa veste. Il passa le pas de la porte et rebroussa chemin pour venir m'embrasser.
« Ce n'est pas contre toi, ne t'inquiète pas.
― À quelle heure est-ce que tu reviens ? »
Il disparut dans la cage d'escaliers sans prendre le temps de me répondre. Complètement dépitée, je regagnai le salon et m'affalai sur le canapé en ramenant mes genoux contre moi.
Une heure passa, le soleil se coucha. En essayant de joindre Edward par téléphone, je m'aperçus que son cellulaire était resté dans l'entrée, sur le meuble à chaussures.
Plus seule que jamais, je filai dans la chambre et fouillai dans le placard pour dénicher un short et un tee-shirt d'Edward. Après m'être déshabillée, j'enfilai ses vêtements pour me sentir plus en sécurité, pour faire semblant d'être avec lui.
Une heure de plus s'écoula. Je ne pris pas la peine de me faire à manger, trop préoccupée par le départ précipité d'Edward. La lettre était d'elle. J'en étais certaine. Personne d'autre n'avait le pouvoir de le faire réagir ainsi. J'avais peur. Peur de la voir revenir, peur de le perdre.
Aussi, lorsque la porte d'entrée claqua, je me précipitai dans le couloir pour rejoindre Edward, le visage strié de larmes. Il me regarda longtemps sans rien dire avant de s'approcher de moi pour essuyer mes joues humides.
« Ne pleure pas.
― C'est elle, n'est-ce pas ? m'enquis-je.
― Oui, ajouta-t-il gravement. J'avais besoin d'être seul pour lire sa lettre.
― De quoi parle-t-elle ? lui demandai-je le cœur lourd.
― D'elle et moi, de son départ. »
Ses yeux à lui aussi devinrent brillants de tristesse. Sans prévenir, il plongea sa tête dans mon cou et se mit à pleurer pour de bon. Je le serrai de toutes mes forces, nos craintes se mêlèrent, nos sanglots aussi.
« Elle est de retour à Londres, reprit-il.
― Est-ce que tu vas aller la voir ?
― Je ne sais pas. »
Il renforça notre étreinte, je me sentis chuter, tomber, m'éteindre. Comme si, comparé à Jane, je n'étais plus rien.
« Ne me laisse pas, l'implorai-je. Ne l'écoute pas quoi qu'elle te dise. Elle t'a quitté, elle t'a abandonné. Ne fait pas la même chose avec moi. »
Il se recula et prit mon visage en coupe.
« Bella, regarde-moi.
― Malgré toutes ses années, elle réussit encore à te faire pleurer, lui fis-je remarquer. J'ai peur, ne pars pas. Ne va pas la voir.
― C'est toi Bella, pour la vie. Pas elle.
― Et si jamais elle…
― Tais-toi tu délires, s'emporta-t-il.
― Mais…
― Je n'ai plus jamais eu de ses nouvelles depuis le jour de notre soit disant mariage. C'est normal que je sois bouleversé, tu ne penses pas ? »
J'acquiesçai, un peu honteuse.
« Je t'aime, chuchota-t-il en faisant vibrer ses lèvres contre ma peau. Et je n'ai jamais aimé aussi fort, même pas avec elle. »
