Les Caprices du cœur

La haine se nourrit de peur et d'amour


Chapitre 27

« Cette entreprise est en très mauvaise posture, nous devons faire quelque chose, suggéra Edward au beau milieu de la réunion.

― Des idées peut-être ? s'enquit Monsieur Volturi.

― Quelques unes. Je pensais à un rachat de crédits avec un nouveau taux d'emprunt plus intéressant pour eux comme pour nous.

― Tout reste à voir. D'autres idées ?

― L'hypothèque est plus radicale, enchaîna Tanya.

― Non, c'est totalement absurde, protesta Edward. Leurs différents locaux ne rembourseront jamais la totalité de leur prêt.

― Et leurs articles de vente ? ajoutai-je.

― Ils ne produisent presque plus rien depuis quelques mois, me renseigna Jasper.

― En l'absence d'information supplémentaire, je ne peux rien faire. Je vais essayer de les contacter au plus vite, dit Demetri. En attendant, la réunion est close. »

Tout le monde rangea ses affaires, je passai prendre deux cafés dans le hall d'entrée avant de retourner dans le bureau d'Edward.

« Tiens.

― Merci ma chérie. Prête pour le plan projet ?

― Allons-y » soufflai-je en sachant que nous allions passer les prochains jours sur ce sujet particulièrement délicat.

Je plaçai ma chaise à côté de la sienne. Il me tendit un dossier épais que je saisis aussitôt et nous entâmes une dure étude concernant l'entreprise en question.

« Depuis quand est-ce que tu portes cette jupe ? me demanda Edward au bout de quelques minutes de travail.

― Cette jupe ? m'étonnai-je en pointant mon vêtement du doigt.

― Oui, celle-ci, insista-t-il en posant une main sur mon genoux.

― Depuis ce matin, pourquoi ?

― Je n'avais pas remarqué à quel point elle était courte et provocante, me dit-il d'un ton supérieur en abandonnant son stylo sur son bureau.

― Ça te gêne ? le provoquai-je.

― Beaucoup. Je n'arrive pas à me concentrer. »

Ses doigts longèrent ma cuisse, son index souleva le tissu pour caresser ma peau blême.

« Auriez-vous besoin de faire une pause Monsieur Cullen ? plaisantai-je en gardant malgré tout un air sérieux.

― Pas vous Mademoiselle ? »

Je lui jetai un regard noir de désir, il se mordit la lèvre puis se pencha plus franchement vers moi. Sa bouche effleura le lobe de mon oreille, ma mâchoire, mon cou. Il attrapa ma main pour la poser entre ses jambes, là où son pantalon était déformé à cause ou plutôt grâce à son sexe.

« Je ne sais pas si c'est raisonnable, repris-je en pensant aux autres employés encore présents dans l'établissement.

― Tu n'as pas toujours dit ça, me rappela-t-il en allant fermer la porte de son bureau à clef.

― C'est vrai… »

De retour à sa place initiale, il m'obligea à poser une jambe sur ses genoux pour mieux caresser l'intérieur de mes cuisses. Nos langues se chamaillèrent, se lièrent, s'épousèrent. Je poussai un soupir lorsque son pouce atteignit enfin ma culotte. Il appuya là où j'adorais le sentir. Il me connaissait si bien.

« Plus fort » chuchotai-je impatiente.

Il frotta avec plus d'insistance. Je plantai mes ongles dans son cou et plongeai le nez dans ses cheveux pour résister à mon envie de hurler, pour ne pas craquer si vite.

« J'adore quand tu fais ça, murmura-t-il.

― Quoi ?

― Quant tu touches mes cheveux. »

Je souris avant d'ébouriffer sa tignasse sans plus aucune retenue.

« Tu es beau tout décoiffé.

― Moi qui met un temps fou à essayer de dompter mes mèches rebelles tous les matins, éluda-t-il faussement dégoûté.

― Est-ce que c'est toi qui a vidé ma laque ? »

Il se mordit la joue et leva les yeux au ciel. Je lui offris une tape sur le torse, il éclata de rire.

« Elle était hors de prix !

― Et pas très efficace d'ailleurs. »

J'ouvris la bouche en grand, béate.

« Quoi, déjà ? s'enquit-il.

― Qu'est-ce qu'il y a ?

― Tu veux gober les mouches ou bien…

― Ou ?

― Ou me faire une fellation ? »

Je haussai un sourcil, stupéfaite par sa question.

« Idiot » l'insultai-je en me relevant d'un bon pour m'asseoir à califourchon sur lui.

Je fis courir mes doigts dans ses cheveux avant de respirer sa fragrance à plein poumons.

« Que vont penser les autres en me voyant si décoiffé ?

― Il faudrait savoir ce que tu veux…

― C'est toi que je veux. »

Ses mains pétrissaient mes fesses au fil des mots, je ne cessais de remuer le bassin pour le faire languir et me torturer par la même occasion. Comme à chaque fois, nous étions sur la même longueur d'onde. Il m'allumait, je ne faisais que répondre à ses avances.

« Relève-toi, m'ordonna-t-il tout à coup.

― Pourquoi ?

― Pour que je puisse te déshabiller correctement » lâcha-t-il, le regard pétillant.

Convaincue, je me remis sur pieds sans attendre. Il rapprocha son fauteuil le plus possible de moi pour pouvoir baisser la fermeture éclair de ma jupe sans entrave. Celle-ci s'échoua au sol sans bruit. Il me fit enlever mon tee-shirt, mon pull, mon soutien-gorge. Toujours assis, il caressa mon ventre, sa bouche chatouilla mon nombril. Tout doucement, il agrippa l'ourlet de ma culotte avec ses dents sans jamais lâcher mon regard. Il fit couler mon sous-vêtement le long de mes cuisses pour me mettre à nue.

« Je te préfère comme ça.

― À toi. »

J'attrapai sa cravate pour le faire lever. Lorsqu'il eut pris place debout face à moi, je déboutonnai sa braguette à la hâte. Boxer et pantalon valsèrent dans les airs. Je lui retirai ensuite sa chemise pour pouvoir admirer son corps d'athlète.

« Je te préfère comme ça moi aussi » conclus-je.

Il se colla à moi, sentir son érection si près de mon intimité n'arrangea rien à mon état. En reculant de quelques mètres, je butai contre son imposant bureau. Il me fit signe de m'y asseoir, je m'exécutai en ayant une très forte impression de déjà vu.

« Tu te rappelles ? » lui demandai-je mélancolique.

C'était là, sur son bureau que nous avions fait l'amour pour la première fois. Un acte irréfléchi que j'avais longtemps regretté même si, d'un point de vue purement physique, j'avais adoré.

« La première fois… repris-je pour l'aiguiller.

― Tu m'as rendu fou ce jour-là, m'avoua-t-il entre deux baisers. Tu me plaisais tellement, j'avais tant envie de partager une histoire avec toi. C'était insupportable et je te détestais pour ça. Pour me faire vouloir des choses que je ne voulais plus revivre. »

Il caressa mes joues et présenta son sexe à mon entrée pour s'introduire en moi avec tendresse. Je poussai un hoquet de soulagement, heureuse de me retrouver une fois de plus unie à l'homme que j'aimais.

« D'ailleurs, je te déteste toujours autant, ajouta-t-il en s'enfonçant au plus profond de mon antre pour s'immobiliser par la suite. Mais plus pour les mêmes raisons. »

Je relevai le visage vers lui, interloquée par sa réplique qui laissait supposer bien des choses.

« Tu as réussi à me faire changer d'avis. C'est toi qui tiens les rênes, c'est pour ça que je te déteste, chuchota-t-il. J'aimerais tellement pouvoir tout contrôler, pouvoir te contrôler.

― Rassure-toi, je te déteste pour les mêmes raisons. »

Il se remit à bouger en moi. Notre fusion était parfaite, notre rythme collait avec l'écho de nos tremblements, de nos respirations hachées.

« Si tu savais comme je suis bien, continua-t-il. Si je pouvais, je resterais comme ça toute la vie, au chaud et à l'abri de tout.

― Mais ce n'est pas possible, complétai-je.

― Non.

― Dommage. »

Il passa ses deux mains sous mes cuisses pour les enrouler autour de son bassin. Je caressai ses fesses, son échine, sa nuque pour finalement retrouver ses cheveux emmêlés.

Ses coups de hanches étaient parfaits. Je voyais se rapprocher le paradis au fil des secondes. Mes gémissements ressemblaient à de petits miaulements, ses grognements étaient graves, sourds. Il pétrissait mes seins, je redessinait les contours de son visage sans jamais cesser de l'embrasser.

« Je vais venir, me prévint-il.

― Attends-moi » m'empressai-je d'ajouter.

Il ralentit la cadence de nos ébats et se remit à frotter mon clitoris gonflé. Il suça fort ma langue, ses doigts s'activèrent toujours plus vite. Puis mes muscles se tendirent tout à coup, je fermai les yeux de surprise en criant son prénom, submergée par l'orgasme. Edward se figea lui aussi. Il mordit ma lèvre au passage et trembla des pieds à la tête.

« Tu vas nous faire repérer en criant si fort, dit-il au creux de mon oreille lorsque la fougue fut passée.

― Tu ne peux t'en prendre qu'à toi-même. »

Il mordit tout doucement le bout de mon nez, j'en profitai pour faire la même chose avec son menton. Pour le faire lâcher prise avant moi, je passai mon index près de son cou avec la douceur d'une plume. Chatouilleux, il sursauta aussitôt. Je souris, victorieuse.

« J'aurais ma revanche. »

Il se recula de quelques centimètres à peine mais suffisamment pour rompre le contact le plus intime que nous partagions. Il renfila d'abord son boxer puis son pantalon avant de me tendre mes vêtements.

« Où est-ce qu'on en était ? lui demandai-je lorsque nous eûmes tous deux retrouvés une apparence convenable.

― Je ne sais plus. »

Il farfouilla dans son tiroir et ressortit le dossier sur lequel nous étions censés travailler depuis plusieurs heures. En tombant sur la première page, il me remit en tête nos premières réflexions.

« D'ailleurs… commença-t-il en attrapant les feuilles restées sur le bureau.

― Oui ? »

Il n'ajouta rien et me tendit la pile de papiers qu'il venait de récupérer. Une grosse tâche arpentait la moitié de la première page. Une tâche un peu blanche, un peu luisante.

« C'est nous qui avons fait ça ? m'enquis-je gênée.

― Je crois que oui.

― Alors réimprimons cette feuille tout de suite » suggérai-je.

Il ne bougea pas et fronça les sourcils avec exagération.

« C'est sur cette feuille que le président du cabinet a signé.

― Et alors ?

― On ne peut pas la réimprimer puisque c'est l'original.

― Quoi ? paniquai-je. Attends, je vais arranger ça. »

J'attrapai un mouchoir dans mon sac pour essuyer la tâche d'un revers de main. Le résultat fut pire.

« Bravo, me complimenta-t-il en faisant la moue, désespéré.

― Ça se voit tant que ça ? hésitai-je.

― C'est en plein milieu, juste là où est apposée la signature.

― On peut croire que c'est du yaourt, tentai-je.

― Ou du sperme » finit-il pessimiste.

À ce moment-là, quelqu'un toqua à la porte. Edward et moi échangeâmes un regard perdu. Il se leva pour aller ouvrir après une certaine hésitation.

« Monsieur Volturi ?

― Je vous dérange ? » s'enquit notre directeur.

Je cachai la feuille tâchée dans mon dos.

« Pas du tout ! Nous étions en train d'étudier le cas difficile dont nous parlions tout à l'heure. Asseyez-vous, lui dit-il en désignant la chaise destinée aux invités.

― J'ai juste besoin de photocopier une partie du dossier. Je peux vous l'emprunter deux minutes ? »

J'avalai ma salive difficilement.

« Maintenant ? hésitai-je en regardant Edward pour obtenir un brin de soutien venant de lui.

― Oui, je vous le rends de suite, insista Demetri.

― Tenez, termina Edward en lui tendant le dossier incomplet.

― Merci. »

Il prit la direction de la sortie. Au moment où je pensais être sauvée, Demetri se retourna brusquement.

« Il manque la première feuille.

― Vraiment ? fit mine de s'étonner Edward.

― Oui.

― Pourtant nous n'avons plus rien, complétai-je.

― Vous êtes sûre ? Ce ne serait pas la feuille que vous tenez à la main ?

― Quelle feuille ?

― Dans votre dos…

― Celle-ci ? Non, ce sont mes résultats d'analyse sanguine, inventai-je en pliant la dite feuille en deux.

― Où est-elle alors ? s'impatienta Demetri.

― Je vous l'amène d'ici ce soir, laissez-moi le temps de fouiller dans mes tiroirs, conclut Edward.

― Très bien. »

Nous poussâmes un soupir de soulagement dès lors qu'il eut disparu dans le couloir. Edward m'arracha la feuille des mains et grimaça exagérément.

« Je vais essayer d'imiter sa signature, suggéra-t-il.

― Quoi ? Tu veux faire un faux ?

― Tu vois une autre solution ?

― Et pour le tampon ? repris-je en désignant le tampon de la société au bas de la page.

Photoshop. »

Je m'installai face à mon ordinateur pour reprendre le texte du document. Edward scanna le tampon de la société puis fit plusieurs modifications sur un logiciel de retouche. Les deux réunis, nous réussîmes à imprimer un contrat presque semblable à l'original, à quelques exceptions près.

« À toi de jouer » finis-je en lui mettant un stylo dans la main.

Il appuya la pointe sur le papier et commença à faire un espèce de cercle censé représenter un début de signature.

« Non pas comme ça !

― Chut. »

Le résultat final fut loin de la réalité.

« Qu'est-ce que tu en penses ?

― C'est une catastrophe.

― On fera avec. »

Il me fusilla du regard avant d'aller remettre la feuille manquante à notre directeur.

« Alors ? le questionnai-je dès son retour.

― Il n'y a vu que du feu.

― C'était moins une.

― La prochaine fois, on fera ça sur mon fauteuil » termina-t-il en m'offrant un clin d'œil aguicheur.

Nous explosâmes de rire à l'unisson avant de reprendre enfin le cours de notre travail.

Un an avait passé depuis ma première rencontre avec Edward, le jour où ce fameux verre de café nous avait fait juré à tout va. À cette époque-là, rien ne laissait présager que les choses allaient tourner autrement.

Sur la table, le couvert était mis, le vin servi et les assiettes prêtes à être remplies par le plat préféré d'Edward. Quelques bougies étaient dispersées ici et là pour créer une ambiance apaisante, relaxante. J'avais donné beaucoup de moi pour fêter cet événement un peu particulier.

Mais Edward n'était toujours pas rentré. Vingt heures. Que faisait-il ? Peut-être avait-il une surprise pour moi lui aussi ?

Vingt heures vingt. Impatiente, j'attrapai mon téléphone portable et composai le numéro de mon petit ami en vitesse. Une tonalité, deux, trois puis son répondeur.

« Edward ? Est-ce que tu es toujours au travail ? Je t'attends à la maison. »

Je raccrochai, me sentant plus idiote que jamais. À force d'attendre, la première bouteille de vin fut bientôt vide. Lorsque ma montre afficha vingt-et-une heures, je compris qu'il n'était pas en retard par hasard ni même à cause du travail. J'avais quitté le bureau en début d'après-midi puisque justement nous n'avions presque plus rien à faire.

Je réessayai une énième fois de l'appeler, en vain. À bout, mes doutes concernant Jane reprirent de l'ampleur. Peut-être avait-elle débarquée à son bureau ?

Hors de moi et surtout très inquiète, je filai au salon et ouvris les tiroirs un à un à la recherche de la fameuse lettre qu'Edward avait reçue quelques jours plus tôt. Il ne me l'avait pas fait lire, je n'avais pas osé lui demander.

Je mis sans dessus dessous le contenu de la commode pour finalement trouver une pochette plastifiée. En l'ouvrant, je reconnus aussitôt les photos de Jane que j'avais déjà découvertes une première fois, cachées dans la chambre d'Edward. Entre elles, une lettre. La lettre.

Les mains tremblantes, j'ouvris l'enveloppe pour y découvrir une feuille de papier pliée en quatre. Sur celle-ci, quelques lignes d'écriture.

« Edward,

J'aimerais te demander pardon, t'expliquer. J'ai tellement de choses à te dire.

S'il te plaît, retrouve-moi vendredi prochain à vingt heures, sous le pont.

Jane. »

Il ne m'en fallut pas plus pour comprendre l'absence d'Edward. Nous étions vendredi.

Terrifiée, je serrai le papier dans ma paume avant de fondre en larmes.

Edward n'avait pas confiance en moi. Pas suffisamment pour m'avouer la vérité. Il m'avait promis de me parler. Il m'avait menti, encore une fois.

Trahie, épuisée, je me laissai aller sur le sofa. J'avais été idiote, naïve. Jane était toujours là, dans un coin de son cœur.

La porte claqua tout doucement. À pas de velours, Edward s'avança dans le couloir. En allumant la lumière du salon, il aperçut d'abord la table à manger encore intacte puis la lettre chiffonnée sur le sol. Il leva le regard et sursauta.

« Bella. »

Il s'approcha et voulut poser une main sur mon épaule.

« Ne me touche pas ! » hurlai-je en me levant d'un bon.

Il déglutit et me dévisagea gravement.

« Tu l'as lue, réalisa-t-il en désignant la lettre du doigt.

― Oui.

― Je suis désolé.

― Désolé ? De m'avoir caché la vérité ? De m'avoir trahie ? criai-je.

― Désolé pour tout. Je ne voulais pas te faire de peine, s'excusa-t-il.

― Tu ne voulais pas me faire de peine, répétai-je hilare. J'espère au moins que tu es content de l'avoir revue.

― Qu'est-ce que tu dis ? s'étonna-t-il.

― Rien. »

Incapable d'en supporter davantage, je m'enfuis vers la chambre à toute allure.

« Tu es folle ! cria Edward en me talonnant de près.

― Pas plus que toi ! »

Je voulus m'enfermer dans la pièce, Edward trouva le moyen de bloquer la porte avec son pied.

« Va-t'en !

― Non. »

Ma force de moineau eut raison de ma défaite, Edward réussit à entrer dans la chambre.

« Pourquoi est-ce que tu fais ça ? s'enquit-il.

― Comment va-t-elle ? le provoquai-je.

― Arrête !

― Tu as trouvé les réponses à tes questions ? continuai-je.

― Bella, écoute…

― Tais-toi, je te hais. »

Il renifla fort avant de baisser la tête tristement. Le regard éteint, le teint terne, il semblait presque déçu de moi.

« Tu es en colère parce que je suis allé la voir ? reprit-il.

― Oui.

― Tu n'as jamais eu confiance en moi, cracha-t-il blessé.

― Comment veux-tu que je te fasse confiance ? Tu avais rendez-vous avec ton ex et je n'étais même pas au courant !

― Tu m'aurais laissé partir ? » s'enquit-il d'un air grave.

J'ouvris la bouche plusieurs fois sans rien dire, en admettant au fond de moi qu'il n'avait pas tort sur tout.

« Tu ne m'as même jamais permise de lire sa lettre, ajoutai-je tout bas, les larmes dévalant le long de mes joues.

― Tu ne m'as jamais dit que tu voulais la lire.

― Je n'ai pas osé ! sanglotai-je. Tu as tellement vécu de choses avec cette femme que j'ai presque l'impression d'être de trop lorsque tu parles d'elle. Et ses photos hantent tes placards, comme si tu ne voulais pas tourner la page ! »

Il ferma les yeux juste une seconde pour reprendre contenance.

« C'est vraiment ce que tu penses ?

― Oui.

― Tu ne comprends vraiment rien. »

Il attrapa un oreiller sur le lit avant de disparaître vers le salon à la vitesse de l'éclair pour faire chambre à part. Pour la première fois.

La nuit fut courte. Vers quatre heures du matin, je sortis de la chambre sans faire de bruit pour aller boire un verre d'eau et manger quelque chose. Mon ventre criait famine et mon esprit ne pouvait trouver le sommeil. Mon cœur fit un triple bond dans mon poitrine lorsque j'aperçus Edward dans le noir, assis face à un petit tas de papiers, un briquet à la main.

« Qu'est-ce que tu fais là ? » sifflai-je sans oser me rapprocher ni même allumer la lumière.

La flamme du briquet se répercuta dans ses yeux couleur vipère qui me brûlaient toujours plus fort. Il prit une feuille de papier pour y mettre le feu.

« Qu'est-ce que c'est ? »

Toujours silencieux, il attrapa cette fois-ci une photo, puis deux, puis trois. Et bientôt, il n'y eut plus qu'un tas de cendre sur la table.

« Tu avais cuisiné pour moi ? me demanda-t-il sincèrement en pointant du doigt les bougies, le couvert de fête, notre repas.

― Non, mentis-je.

― Tu sais, je n'ai pas oublié. »

Il se leva, je me reculai d'un pas.

« Pourquoi est-ce que tu ne me fais jamais confiance ? » souffla-t-il.

Le reflet de la Lune me permit d'apercevoir un coin de son visage où sa peau luisait plus que de raison, comme s'il venait de pleurer.

« J'ai essayé, tentai-je.

― C'est faux.

― Pourquoi est-ce que tu as brûlé toutes ses photos ?

― Pour toi. Pour nous. »

Je m'approchai prudemment de lui et tendit le bras devant moi pour effleurer sa main qui serrait le briquet. Il résista avant de laisser tomber le petit objet par terre pour agripper mon poignet.

« Je n'arrive pas à dormir sans toi, m'avoua-t-il la voix entrecoupée de reniflements.

― Laisse-moi, conclus-je, ne voulant pas lui pardonner ses erreurs aussi vite.

― S'il te plaît.

― Arrête, je ne veux pas déjà te pardonner, protestai-je en recommençant à sangloter. Ce serait trop facile pour toi. »

Il attrapa mon visage et m'immobilisa contre lui. Son souffle balaya ma chevelure désordonnée avant de frôler ma mâchoire.

« Ce n'est pas à toi de dire ça, reprit-il.

― Tais-toi.

― Qu'est-ce que je pourrais faire pour te prouver à quel point je t'aime ?

― Commencer par me dire la vérité. »

Il plaqua son front contre le mien, je me sentis faiblir.

« Je n'ai pas revu Jane depuis des années, murmura-t-il.

― Mais…

― Alors cesse de penser que j'étais avec elle ce soir. »

Dans ma tête, tout se mélangea, le bon comme le mauvais.

« Pourquoi est-ce que tu…

― Tu as tiré des conclusions toute seule, sans penser une minute que je pouvais être sorti pour autre chose.

― Où est-ce que tu étais dans ce cas ? » hésitai-je.

Il ne répondit pas, ne bougea pas.

« Edward ?

― Dans une bijouterie, avec ma mère. »

Une larme roula sur sa joue et vint s'échouer sur mon épaule nue. Ses mains toujours sur mes joues se mirent à trembler, sa respiration s'affola.

« Pourquoi est-ce que tu es allé dans une bijouterie ? repris-je encore aveugle.

― Pour acheter ceci. »

Je l'entendis fouiller à l'intérieur de la poche de son pantalon qu'il n'avait toujours pas retiré. Quelques secondes plus tard, il déposa un petit boîtier au creux de ma main.

Mon esprit se remit enfin à fonctionner correctement. Le doute prit possession de moi.

« Qu'est-ce que c'est ?

― Ouvre.

― Dans le noir ? hésitai-je prise de panique.

― Oui. »

Complètement déboussolée, j'ouvris le petit écrin. Après avoir précautionneusement tâté l'intérieur de celui-ci, mon index percuta un anneau.

« C'est une bague ? m'enquis-je sans trop savoir que penser.

― Elle te plaît ?

― Je ne sais pas trop, ris-je. Je ne vois pas très bien.

― Laisse-moi te la mettre. »

Ses mains longèrent mon bras droit pour venir trouver ma main. Sans jamais rompre notre contact, il attrapa la bague que je tenais délicatement entre mes doigts avant de déplier ma main gauche dans sa paume. Lorsqu'il attrapa mon annulaire, mon rythme cardiaque augmenta encore. Il me passa la bague au doigt avant de plonger sa tête dans mon cou.

« Bella, commença-t-il mal-à-l'aise.

― Oui ?

― C'est toi que j'aime, tu le sais. Je n'aime que toi, chuchota-t-il en se cramponnant à ma taille.

― Je t'aime aussi, le rassurai-je en enroulant un bras autour de son cou, toujours dans le noir.

― Tu es la femme de ma vie. Je ne suis plus rien sans toi. »

Désormais certaine de ce qui allait suivre, je m'en voulus plus que jamais de ne pas avoir réussi à lui faire confiance. Je pris conscience de l'effort qu'il était en train de fournir pour arriver à ses fins. Pour recommencer encore une fois une expérience qui l'avait traumatisée par le passé.

« Bella, je ferai n'importe quoi pour toi. N'importe quoi. »

Je devinai ses pleurs en déposai un baiser sur sa joue.

« Je t'en supplie, fais-moi confiance, souffla-t-il. Aime-moi pour la vie. Épouse-moi. »

Mon désarroi atteignit des sommets. Il me demandait de l'épouser. Il me voulait, pour la vie. Aussi joyeuse que surprise, je restai sans voix.

« Tu ne veux pas ?

― Bien sûr que si je veux ! m'exclamai-je aussitôt.

― Tu veux m'épouser ? répéta-t-il étonné.

― Oui oui oui ! »

Sans perdre une seconde de plus, j'écrasai mes lèvres sur sa bouche. Il me pressa contre lui de toutes ses forces et finit par me relâcher pour essuyer mon visage tout aussi humide que le sien.

« Pardonne-moi, me dépêchai-je d'ajouter. Pour ne pas t'avoir cru.

― Pardonne-moi pour t'avoir tant fait de misères.

― Pardonne-moi pour tout.

― Pardonne-moi, termina-t-il.

― Je t'aime.

― Je t'aime plus fort.

― Non, c'est moi. »

Il me porta jusque dans la chambre et me déposa délicatement au centre du lit avant de s'allonger entre mes jambes. Il souleva mon débardeur pour chatouiller mon ventre, mes seins.

« Et pardonne-moi de t'avoir demandée en mariage dans le noir, sans m'être mis à genoux.

― Qu'est-ce qui t'a fait changer d'avis ? Je pensais que tu n'étais pas encore prêt pour ce genre de choses.

― Tu m'as guéri plus vite que je ne l'aurais cru. »

Je souris, il m'embrassa et retira sa chemise, impatient de me faire sienne.

Cette nuit-là, ou plutôt ce matin-là, nous fîmes l'amour à trois reprises avant de nous endormir dans les bras l'un de l'autre.