Les Caprices du cœur
La haine se nourrit de peur et d'amour
Chapitre 29
Je n'avais pratiquement pas dormi de la nuit. Après avoir passé une soirée mémorable dans un club branché de Londres où plusieurs gogo danseurs m'avaient fait voir monts et merveilles, je m'étais retrouvée chez Alice pour terminer ma vie de célibataire entre filles.
« Et mes cheveux ? Comment sont mes cheveux ? demandai-je à Rosalie.
― Ils sont parfaits. »
Lavée, épilée, maquillée, coiffée, je me regardais dans le miroir de la grande salle de bains d'Alice en essayant de dénicher le détail qui n'allait pas.
« Il n'y a plus qu'à enfiler la robe, décréta mon amie.
― Déjà ? m'affolai-je même si j'avais passé la matinée à me préparer.
― Il est presque une heure et demie, m'informa-t-elle soucieuse.
― Déjà ? répétai-je.
― Oui. »
Rose alla chercher la robe de mariée cachée dans la penderie d'Alice depuis quelques jours. En la voyant revenir, mes oreilles se mirent à bourdonner.
« Je me sens mal, leur annonçai-je.
― C'est pas le moment de faire un malaise.
― Je savais bien que tu n'avais pas assez mangé à midi.
― Tu veux quelque chose ?
― Non, juste un peu de silence. »
Le jour de mon mariage était enfin arrivé. J'en avais rêvé toute ma vie. Désormais, les questions se bousculaient dans mon esprit. Les fleurs, le prêtre, les alliances, la nuit de noces… Toutes ces choses m'importaient beaucoup, mais pas autant qu'Edward.
Comme pour me rassurer, j'avais pris garde de ne pas effacer son message d'amour écrit sur mon aine. Quelque part, ces quelques mots me rassuraient. Ils étaient ma source de réconfort, d'apaisement. Edward était avec moi à travers eux.
« Debout » m'ordonna Alice.
Comme un pantin désarticulé, je me levai de ma chaise pour passer la robe de princesse que j'avais longtemps imaginée étant plus jeune. Rosalie laça la fermeture dans mon dos avant de faire une belle ganse au niveau de ma nuque. Alice positionna correctement le jupon et fixa le voile dans mes cheveux.
« Tu es prête » constata-t-elle un peu plus tard.
J'acquiesçai mal-à-l'aise et tout s'enchaîna très vite. Mes parents nous rejoignirent. Renée embarqua avec les filles, mon père et moi montâmes à bord d'une voiture de luxe louée pour l'occasion. Nous arrivâmes sur la place de l'église les derniers. Et lorsque tout le monde eut pénétré à l'intérieur de l'imposante bâtisse, j'inspirai un bon coup.
« Je crois qu'il est temps d'y aller » dit Charlie.
Solidement accrochée à lui, je sortis de la voiture pour m'avancer vers la grande porte de la cathédrale.
« Prête ?
― Oui. »
À l'intérieur, il y avait des bouquets de fleurs accrochés aux bancs, des guirlandes au plafond et mêmes de petits arbustes dispersés ici et là. Un parfum de rose flottait dans l'air. Tout le monde était debout, le regard rivé sur nous. Carlisle, Esmée et Renée avaient élu refuge au premier rang. Autour de l'autel, Alice tenait le bras de Jasper, Emmett et Rosalie veillait sur Colin. Au centre, le prêtre tournait les pages d'un petit livre biblique. Il ne manquait personne. Personne mis-à-part Edward.
Prise de panique, mon cœur se mit à battre très fort. Puis, d'une seconde à l'autre, toutes mes craintes s'envolèrent. Le chant de la chorale laissa place à une mélodie que j'adorais. Une mélodie au piano. Une mélodie que seul Edward savait jouer.
En arrivant à l'autel, mon père m'étreignis brièvement avant de rejoindre sa femme sur le banc. Après avoir hésité un instant, je rejoignis l'angle de la pièce où était caché le grand piano à queue. Derrière lui, Edward laissait filer ses doigts sur les touches ivoire de l'instrument, les yeux fermés. Il ne m'avait pas vue. Fascinée par sa beauté, par ses gestes, je me plaçai derrière lui pour attendre la fin du morceau, la fin de mon morceau.
La musique me transportait. J'étais dans une bulle, seule avec Edward. Son émotion était mienne. Les notes courraient toujours plus vite, tantôt aiguës, tantôt graves. Mon cœur palpitait, mes yeux pétillaient.
Puis le rythme ralentit, la mélodie s'étouffa pour laisser place au silence. Edward rouvrit les yeux. Il serra les poings et se leva en constatant que je n'étais pas à l'autel. Triste et désemparé, il prit appui sur son piano et se mit à fixer le sol.
« J'espère que tu ne penses pas t'être déjà débarrassé de moi » dis-je pour mettre fin à son supplice.
Il se retourna, son visage s'éclaira. Sans attendre une seconde de plus, je me précipitai vers lui. Nous nous entrechoquâmes l'un contre l'autre sans plus penser à la foule qui nous entourait.
« J'ai cru que tu n'étais pas venue, m'avoua-t-il la voix tremblante.
― Toi aussi tu m'as fait peur, admis-je. Je ne t'avais pas vu derrière ton grand piano. »
Il redessina les contours de mon visage du bout des doigts. Son parfum m'irradia.
« Je vous signale que les futurs mariés ne doivent pas se toucher avant la fin de la cérémonie. »
Nous nous tournâmes au même instant pour apercevoir Emmett en costard, l'air amusé. Plus loin, le prêtre s'impatientait. Main dans la main, nous rejoignîmes l'autel sous le regard ému de tous les invités.
Le discours n'en finissait plus. Edward me souriait, moi aussi. Nous étions soudés l'un à l'autre comme jamais, à mille lieues de là. Aussi, lorsque le curé stoppa son monologue pour reprendre son souffle, tout le monde se mit à rire en entendant les propos d'Edward.
« Oui je le veux.
― Je ne vous ai encore rien demandé, s'offusqua le prêtre.
― Pardon, continuez » s'excusa-t-il en m'offrant un clin d'œil.
Je me mordis la lèvre, définitivement amoureuse de cet homme.
« Edward Cullen, acceptez-vous prendre pour épouse Isabella Swan ici présente, pour le meilleur et pour le pire, jusqu'à ce que la mort vous sépare ?
― Oui je le veux, répéta-t-il au bon moment cette fois.
― Isabella Swan, acceptez-vous de prendre pour époux Edward Cullen ici présent, pour le meilleur et pour le pire, jusqu'à ce que la mort vous sépare ?
― Oui je le veux » répondis-je aussitôt.
Edward se mordit la joue avant d'attraper ma main dans la sienne.
« Répétez après moi, nous ordonna le prêtre. Par cette alliance, symbole de notre amour, je promets de t'aimer dans la joie et la misère, dans la richesse et la pauvreté, jusqu'à ce que la mort nous sépare. »
Nous récitâmes ces quelques lignes à l'unisson en échangeant nos alliances, les doigts tremblants et la peau moite.
« Je vous déclare unis par les liens du mariage. Vous pouvez maintenant vous embrasser. »
Comme par manque d'oxygène, Edward déposa ses lèvres sur les miennes le plus vite possible. Je crochetai mes bras dans son cou pour le rapprocher toujours plus de moi. Nos langues se nouèrent, nos souffles s'emmêlèrent. Notre baiser était à notre image, à la fois doux et violent.
« Bon anniversaire » murmurai-je en retrouvant un semblant de lucidité.
Il recommença à m'embrasser fougueusement. Seul le toussotement des demoiselles d'honneur réussit à nous remettre sur le droit chemin.
« Les mariés d'abord » déclara Rosalie.
Tout sourire, Edward et moi avançâmes le long de l'allée soudés l'un à l'autre aussi fort que possible. À l'extérieur, les pétales de rose volèrent, les grains de riz aussi.
« Vive les mariés ! »
Sans prévenir personne, je pivotai sur moi-même et lançai mon bouquet de fleurs dans les airs. Toutes les jeunes femmes se ruèrent dessus mais aucune d'elles ne le réceptionna. Non. Ce fut une brunette aux airs de lutin qui le reçut en pleine face, sans même tendre le bras pour essayer de l'attraper.
« Je crois que c'est pour toi ma chérie » sourit Jasper.
Alice regarda à droite, à gauche pour finalement pousser un cri de bonheur surpuissant.
« Bien joué » me félicita Edward dans l'oreille.
Encore submergés par l'émotion, tous les compliments des invités nous passèrent au-dessus. Nous traversâmes la foule et montâmes à bord de notre carrosse pour rejoindre la salle de réception en tête de file.
Assis tout près de moi sur la banquette arrière, Edward passa un bras autour de mes épaules puis attrapa mes cuisses pour faire passer mes jambes sur les siennes. Mes doigts glissèrent dans ses cheveux, nos fronts se heurtèrent.
« Tu es magnifique, me dit-il.
― Toi aussi » ajoutai-je en titillant son nœud papillon.
Il embrassa mes joues, mon nez, mes oreilles, mon cou.
« Dis-moi que je ne rêve pas, m'implora-t-il en inspirant profondément.
― Tu ne rêves pas.
― Tu m'as vraiment dit oui ?
― Oui.
― Je t'aime plus que tout au monde, me déclara-t-il rayonnant.
― Moi aussi. »
Sa main longea mon bras nu pour venir se frotter à mon décolleté.
« Madame Cullen, j'ai très envie de vous » murmura-t-il tout bas.
Entendre mon nom me fit perdre pieds. Il n'était pourtant pas encore l'heure de craquer.
« Plus que quelques heures.
― Je ne vais pas tenir, insista-t-il en empaumant mon sein.
― Vilain garçon, ris-je en me reculant.
― Nous sommes arrivés » nous interrompit le chauffeur.
Après avoir attendu l'arrivée de tous, nous nous extirpâmes de l'auto sous les acclamations de nos proches.
« Je suis tellement contente » nous dit Esmée les larmes aux yeux lorsque nous eûmes attaqué l'apéritif.
Le grand jardin attenant à la salle de restaurant était sublimement décoré. Tout y était : les fleurs, les guirlandes, le mobilier chic, le personnel assorti.
« Félicitations, ajouta la mère d'Edward.
― Merci maman.
― Merci beaucoup. »
Carlisle, Renée, Charlie et les autres nous félicitèrent un à un, nous embrassant toujours plus fort.
« J'ai l'impression d'être une star aujourd'hui, souris-je lorsqu'Edward et moi nous retrouvâmes seuls pour quelques courtes secondes.
― On ne voit que toi, tu me fais de l'ombre, rit-il.
― Jaloux de mon succès ?
― Très. »
Il m'étreignit dans un étau protecteur et réconfortant avant de reprendre nonchalant.
« Et je ne sais toujours pas si je vais réussir à attendre cette nuit pour te faire l'amour.
― Il faudra bien, chuchotai-je émoustillée.
― On peut peut-être s'échauffer entre temps ? plaisanta-t-il en me palpant discrètement les fesses.
― Hors de question » terminai-je en m'éloignant de lui pour aller voir mes demoiselles d'honneur.
À l'heure du dîner, la foule se dispersa. Chacun rejoignit l'intérieur du restaurant pour aller prendre place à table. Edward se mit à ma gauche, près de nos parents et plus proches amis.
Au milieu de tout un tas de conversations riches et variées, l'entrée fut servie sur un beau plateau d'argent. Et tout en dégustant une mousse d'avocat aux crevettes, Edward caressait ma main, mon bras, mon épaule. Je me laissais aller, de plus en plus désireuse.
« Tu sais quoi ? soufflai-je tout doucement en me penchant vers lui.
― Quoi ?
― Moi aussi j'ai envie de toi.
― Je pars en premier, rejoins-moi dans dix minutes dans le jardin, sous les deux grands chênes centenaires, reprit-il aussitôt en reculant sa chaise, prêt à bondir.
― On ne peut pas gâcher notre repas de mariage, l'interrompis-je en le retenant par le poignet.
― Tout va bien ? s'enquit Renée.
― Oui très bien. »
Je fis mine de boire une gorgée de vin pour faire diversion.
« Pourquoi est-ce que tu me dis ça alors ? chuchota-t-il en embrassant ma tempe.
― Juste pour que tu le saches. »
Il me regarda d'un air coquin avant de faire la moue.
« Tu veux m'allumer ?
― Peut-être, répondis-je tout bas. Tu n'arrêtes pas depuis tout à l'heure, j'ai bien le droit d'essayer moi aussi. »
Pour mettre en œuvre mes mots, je glissai ma main sous la table pour la poser sur sa cuisse.
« N'oublie pas que je suis le plus fort à ce jeu-là.
― Tu es sûr de ça ? repris-je en effleurant la bosse de son pantalon.
― Tu risques de prendre très cher ce soir, abdiqua-t-il.
― Tu m'emmènes où ? tentai-je pour la énième fois.
― Tu verras bien » bouda-t-il en avalant un bout de pain.
Je souris face à sa réaction puis me penchai vers lui pour poser ma tête sur son épaule.
« Mange, tu vas avoir besoin de forces, m'ordonna-t-il en caressant mes cheveux.
― Oui chéri » répondis-je en bon enfant que j'étais.
Les huîtres vinrent bientôt compléter le hors-d'œuvre puis le plat de résistance fit son entrée au beau milieu des applaudissements.
« Filet de sandre au beurre blanc et ses petits légumes » annonça l'un des serveurs.
Après quelques bouchées, toutes mes craintes concernant la clef du repas s'envolèrent. Le poisson était délicieux.
« Au fait, repris-je à l'oreille de mon mari.
― Oui ?
― Tu aimes la lingerie en soie ? »
Il tourna la tête et fronça les sourcils.
« Je te déteste.
― Tu n'aimes pas ?
― J'adore, répondit-il en passant un bras dans mon dos. Et crois-moi, je me languis vraiment d'être seul avec toi pour pouvoir admirer toute cette soie.
― Qui t'a dit que je portais de la soie ? » souris-je.
Il souffla fort avant de mordiller, sucer, lécher ma lèvre inférieure.
« Je t'interdis de m'exciter comme ça pour ensuite me repousser, dit-il taquin. Tu vas finir par m'achever.
― J'aimerais mieux pas. J'ai besoin d'un homme fort pour la nuit. Un homme qui puisse me faire l'amour pendant des heures » précisai-je tout bas.
Il ouvrit la bouche pour répliquer mais Carlisle l'interrompit au mauvais moment. Pendant ce temps, le fromage fut servi puis enfin la pièce montée.
« C'est à vous de couper la première part » nous rappela Alice à Edward et moi.
Nous nous levâmes ensemble, je voulus attraper le couteau la première mais Edward me devança, l'air triomphant. Il me rapprocha de lui et je posai enfin une main sur la sienne, prête à fendre la pièce montée en deux.
« Ici.
― Non pas là, me contraria-t-il.
― Si.
― Non.
― Si. »
À force d'arguments, les invités se mirent à rire et nous plantâmes le couteau n'importe où, faisant chavirer quelques choux sur la table. Edward en récupéra un de justesse et me le tendit.
« Ouvre la bouche.
― Pourquoi moi ?
― Honneur à la mariée. »
J'arquai un sourcil avant d'abdiquer.
« Alors ?
― Délicieux » miaulai-je la bouche pleine.
Tout le monde retrouva la parole et se régala. Puis Emmett fut le premier à porter un toast au nom de notre union.
« Je ne sais toujours pas si ces deux-là s'aiment ou se détestent, commença-t-il en nous pointant du doigt. Toujours est-il qu'ils sont faits l'un pour l'autre, et ça j'en suis sûr. Je vous souhaite tout le bonheur du monde, et bon anniversaire Edward.
― Merci.
― Quant à moi, je n'ai qu'une chose à dire : profitez de l'instant présent » enchaîna Jasper.
Tour à tour, nos amis et parents nous félicitèrent aux yeux de tous. Chaque discours fut renversant mais celui de Charlie fut particulièrement touchant.
« D'abord on l'aime, puis on l'adore. On éduque sa fille du mieux possible, on lui fait découvrir le monde comme on peut, annonça-t-il. On essuie ses pleurs, on partage de bons moments avec elle. On l'incite à mûrir, on regrette ensuite qu'elle soit déjà si grande, que le temps ait passé si vite. Et puis un jour, on se met à haïr celui qui ose s'approcher d'elle d'un peu trop près. On cherche à le faire déguerpir au plus vite pour protéger sa fille » continua-t-il.
Edward se racla la gorge gêné, je passai ma main dans ses cheveux pour le rassurer.
« Quand un père comprend que l'homme qu'il a devant soit est aussi fou que lui pour protéger celle qu'il aime, il se sent déchargé d'un poids. Car désormais, il n'est plus seul pour veiller, ajouta Charlie en fixant mon mari avec insistance. Désormais on est deux, conclut-il.
― On est deux, répéta Edward.
― Merci papa » ajoutai-je en le serrant dans mes bras.
Tout le monde trinqua avant de laisser place au bal. Tradition oblige, Edward me prit par la main pour m'emmener sur la piste encore nue, au son d'une musique douce et enivrante.
« Piètre danseuse, plaisanta-t-il après quelques pas. J'avais presque oublié.
― Toujours aussi égocentrique et exigeant. Bizarrement, je n'ai pas eu l'occasion d'oublier, répliquai-je.
― Trop de compliments le jour de mon anniversaire, rit-il.
― Trop d'éloges le jour de mon mariage.
― Le jour de notre mariage, me rectifia-t-il.
― J'ai épousé un homme arrogant, constatai-je.
― Et moi une femme têtue.
― Arrogant, égoïste…
― Arrogant, égoïste, orgueilleux, prétentieux, méprisant… Je me souviens, me coupa-t-il en faisant allusion aux adjectifs que je lui avais prêtés lors du mariage de Rose et Emmett.
― Qu'est-ce qui ne va pas chez moi ?
― Tu veux dire, qu'est-ce qui ne va pas chez nous ? »
La mélodie changea, les invités nous rejoignirent sur la piste.
« Tu as défiguré ma voiture, je me suis blessé par ta faute, j'ai passé des nuits blanches pour toi, tu m'as humilié, rendu fou. Et je t'ai épousée. Je suis aussi dérangé que toi.
― Ça me rassure un peu. »
Il renforça notre étau et posa son front sur le mien. Mes doigts chatouillèrent ses épaules, ses mains à lui s'enfoncèrent dans ma taille.
« Comment s'est passé ton enterrement de vie de jeune fille ? me demanda-t-il curieux.
― La soirée était plutôt chaude.
― Chaude comment ? grogna-t-il.
― J'avais trois danseurs à moitié nu autour de moi, le taquinai-je.
― Moi j'avais une danseuse en string pour moi tout seul, répliqua-t-il aussitôt pour rééquilibrer la balance. Cadeau des garçons. »
Pendant quelques secondes, nous nous toisâmes sans rien dire.
« Tu as aimé ? finis-je par lui demander.
― Jalouse ?
― Non curieuse, mentis-je.
― Et toi, tu as aimé ? reprit-il.
― C'est moi qui ai posé la question la première. Alors, c'était bien ?
― Pas vraiment, admit-il. J'étais trop occupé à penser à toi pour pouvoir profiter de quoi que ce soit. »
Je souris, soulagée de connaître enfin sa réponse.
« Idem de mon côté. »
Il m'embrassa, lentement, sensuellement. Ses pouces effleurèrent mes fesses, il pressa son bas ventre contre moi de plus en plus fort.
« Presque dix jours d'abstinence, souffla-t-il.
― Tu me remercieras tout à l'heure. »
Esmée passa par là pour me voler Edward le temps d'une danse. Mon père m'accueillit à bras ouverts. Le bal s'endiabla, la foule se densifia sur la piste. Une musique bien moins officieuse remplaça la précédente. Rose, Alice et Angela me rejoignirent pour se dandiner entre filles. À l'autre bout de la pièce, Edward me fit un clin d'œil provocateur. Accaparés par les invités, nous nous cherchâmes pendant tout le reste de la soirée sans pour autant nous rapprocher.
« Vous allez si bien ensemble, me dit Alice.
― Vrai, renchérit Rose.
― Merci les filles.
― Tu as réussi à en savoir plus pour ta nuit de noces ?
― Non, il n'a rien voulu me dire. Ni pour ça, ni pour la destination de notre voyage.
― Il a eu raison de ne pas se laisser embobiner, la surprise n'en sera que plus belle. »
Inquiets pour leur fils qu'ils avaient confié à une nourrice pour la soirée, Emmett et Rosalie furent les premiers à partir. Cousins éloignés, amis, connaissances, tout le monde finit par nous quitter à tour de rôle.
« Le chauffeur vous attends, m'informa Renée pendant que l'orchestre jouait sa dernière chanson.
― Mes affaires ?
― Déjà dans le coffre. »
J'embrassai mes parents une dernière fois avant de rejoindre mon mari qui m'attendait dehors en compagnie d'Esmée et Carlisle.
« Te revoilà enfin, me dit-il.
― Me revoilà, répétai-je.
― Prête pour… éluda-t-il en frôlant discrètement mes fesses du doigt.
― Prête » répondis-je d'un air aguicheur.
Les parents d'Edward m'embrassèrent plus que de raison avant de me laisser monter dans le carrosse aux côtés de leur fils.
« Profitez » nous souhaita Esmée en refermant la portière sur nous.
La voiture démarra et s'éloigna petit à petit du bâtiment aux allures romanesque. Une bouffée d'air frais s'engouffra dans l'habitacle, j'inspirai de toutes mes forces avant de me tourner vers Edward qui me dévisageait impoliment.
« C'est encore loin ? lui demandai-je aussitôt.
― Impatiente ? me taquina-t-il.
― Oui.
― Une heure » m'avoua-t-il alors en resserrant sa prise autour de moi.
Ses lèvres effleurèrent ma joue puis mon front pour finir sur ma bouche en feu. Dehors, le tonnerre gronda.
« Plus qu'une heure » répéta-t-il.
Je posai ma joue sur son épaule et fermai les yeux éreintée.
« Qu'est-ce que tu fais ? reprit-il.
― Je me repose pourquoi ?
― Beaucoup de couples ne font pas l'amour le soir de leurs noces à cause de la fatigue, m'apprit-il. Je t'interdis de fermer les yeux. »
J'ouvris la bouche pour la refermer immédiatement.
« Crois-moi, je compte bien passer une nuit blanche avec toi, ajouta-t-il sûr de lui.
― J'ai pourtant l'impression que tu es aussi fatigué que moi » le narguai-je.
Un crissement nous fit perdre le fil de notre conversation. En levant les yeux, je compris que les essuies-glace venaient d'être actionnés.
« Pardon ?
― Tu m'as très bien comprise, répondis-je.
― Il pleut, constata-t-il lui aussi.
― N'essaie pas de changer de sujet.
― Je ne suis pas fatigué, juste étourdi. Et si je pouvais, je te ferais l'amour tout de suite pour te prouver ma bonne volonté » termina-t-il tout bas.
J'arquai un sourcil avant de caresser son torse nerveusement.
« Dans quelle position ? soufflai-je d'un ton presque inaudible pour ne pas être repérée par le chauffeur.
― Plutôt difficile à décrire.
― Essaie. »
Il prit une mèche de mes cheveux entre ses doigts et joua avec pendant quelques secondes avant de reprendre la parole tout bas.
« Moi à genoux face à toi, appuyé sur mes talons.
― Et moi ?
― Toi allongée, les jambes autour de mon bassin.
― Ça me plaît, dis-je languissante. Et je n'ai encore jamais testé.
― Tu vas aimer » me promit-il.
Lorsque notre carrosse stoppa finalement sa course, je me mis à tourner la tête dans tous les sens pour essayer de comprendre où nous étions. Malgré la nuit, la pluie battante et les éclairs qui déchiraient le ciel toutes les secondes, j'aperçus la façade d'une villa à moitié cachée par de grands arbres.
« Nous sommes arrivés, annonça le chauffeur qui s'extirpa du véhicule l'instant d'après pour récupérer nos bagages dans le coffre.
― Où est-ce que nous sommes ? demandai-je à Edward.
― Au milieu de nulle part sans personne pour venir nous déranger.
― Une villa pour nous tout seuls ?
― Oui.
― Tu es génial, le remerciai-je en le serrant contre moi.
― J'ai mis vos valises dans le hall d'entrée » nous informa le chauffeur dès son retour.
En moins d'une minute, il avait reçu des litres d'eau sur lui. Son costard chic et élégant en avait fait les frais.
« Il pleut des cordes, j'espère que vous avez un parapluie, reprit-il.
― Pas vraiment.
― Dans ce cas, je vous souhaite bonne chance. Passez une agréable soirée, conclut-il.
― Merci. »
Après avoir compté jusqu'à trois pour me préparer à courir, j'ouvris la portière d'un coup sec et me mis à trottiner vers la porte d'entrée. Au bout de trois pas, Edward me rattrapa et la voiture disparut dans l'allée.
« Besoin d'aide ? » cria-t-il pour masquer le bruit de l'orage.
Sans attendre de réponse de ma part, il me souleva et je crochetai mes bras autour de lui pour ne pas tomber. L'averse était terrible mais je trouvais tout de même le temps de titiller sa carotide en chemin. Ma robe de mariée était trempée, je m'en fichais. Edward était ma seule et unique préoccupation.
Il me déposa à l'intérieur quelques secondes plus tard puis referma la porte à clef dernière nous. Décor sobre et élégant, ambiance romantique. Des bougies brûlaient ici et là, des pétales de roses étaient éparpillées par terre.
« Jolie maison » souris-je.
Edward se mordit la lèvre. La tension monta d'un cran, mon cœur se mit à battre plus vite. Tout doucement, il s'avança vers moi et me fit reculer d'un mètre ou deux pour me plaquer contre la porte. Je hoquetai. Il enfouit son nez dans mon décolleté, ses mains massèrent mes omoplates puis mon bassin. J'agrippai ses cheveux comme il aimait, embrassai, suçai son oreille. Ses doigts longèrent mon ventre pour venir empaumer ma poitrine humide.
« Tu me plais tellement, chuchota-t-il.
― Tu me plais plus encore. » répliquai-je.
Il continua son exploration en essayant vainement de dénouer la ganse dans mon dos.
« Tu veux déjà me sauter dessus ?
― À ton avis ?
― J'ai quelque chose à te donner avant, lui avouai-je.
― Je m'en fiche. Je te veux maintenant » insista-t-il en dévorant ma bouche.
Il palpa mes fesses en long, en large et en travers. Il voulut soulever mes jupons, je l'en empêchai.
« Une mariée doit se faire désirer.
― Tu veux me rendre fou, comprit-il en posant ses deux mains sur la porte, de chaque côté de moi.
― Peut-être bien. »
Je passai sous son bras pour aller ouvrir ma valise. Après avoir déplacé deux grosses piles de vêtements, j'attrapai enfin le petit étui recouvert de cuir.
« Qu'est-ce que c'est ?
― C'est ton cadeau.
― Quel cadeau ?
― Ton cadeau d'anniversaire.»
Il desserra la ficelle qui faisait office de papier cadeau et ouvrit la boite qui contenait une montre de luxe. Une montre qui, selon Esmée, avait plusieurs fois retenu son attention lorsqu'il avait écumé les bijouteries pour moi.
« Bella.
― J'espère que je ne me suis pas trompée de modèle.
― Aucun doute, c'est le bon. »
Il sortit le bijoux de son emballage et se l'attacha au poignet immédiatement. Son sourire était vrai, sa joie palpable.
« Merci mon amour.
― Bon anniversaire. »
Il m'enlaça de toutes ses forces et revint à la charge. Ses paumes épousèrent l'arrondi de mes seins, son bas ventre vint se frotter contre le mien.
« Viens, me dit-il en attrapant ma main pour m'emmener dans la chambre.
― Je rêve ou le lit mesure trois mètres ? le questionnai-je ébahie.
― Le lit mesure trois mètres. »
Il recommença à m'embrasser, je recommençai à tripoter son torse à travers sa chemise.
« Tu n'en peux plus, pas vrai ? osai-je lui demander.
― Tout à fait.
― Moi non plus » cédai-je enfin.
Après maintes tentatives, il réussit enfin à dénouer la ganse de mon corset encore mouillé qui ne bougea pas d'un millimètre pour autant.
« Comment marche ce truc ?
― Tu dois desserrer les lacets » lui expliquai-je en me mettant dos à lui.
Malhabile, il tira sur les bouts de ficelle avec impatience.
« Tu arrives à respirer là-dedans ? s'inquiéta-t-il.
― J'ai survécu toute une journée » lui fis-je remarquer.
La robe s'ouvrit enfin, il me plaqua contre lui et recouvrit mon épaule nue de doux baisers.
« Combien est-ce que tu as de couches de vêtements ? » reprit-il en apercevant mon jupon sous la robe.
Je retirai mes fameuses couches de vêtements avec précaution pour me retrouver en petite tenue face à lui.
« Plus beaucoup maintenant » lui répondis-je timidement.
En plus d'une guêpière, j'avais revêtu un string brésilien en soie, un porte-jarretelles et des bas, le tout de couleur blanche. Edward resta silencieux, l'air béat.
« À ton tour » enchaînai-je l'eau à la bouche.
Je dénouai son nœud papillon et lui retirai sa veste de costard. Il se laissa faire sans protester. Les boutons de sa chemise sautèrent un à un pour dévoiler une peau parfaite, à la fois recouverte de sueur et de pluie. Il posa ses mains sur ma taille, mes bras puis dans mes cheveux humides, ne sachant plus où donner de la tête. Je défis son pantalon à la hâte, il se retrouva en boxer sans tarder, dur comme un roc.
Le tonnerre gronda encore, Edward me poussa contre le mur pour pouvoir se frotter fort contre moi. Mon bassin se mit à remuer tout seul, nos baisers étaient fiévreux.
Voulant prendre le dessus, je l'obligeai à s'asseoir sur le rebord du lit et posai mon pied entre ses jambes. Il me regarda faire glisser mon bas le long de ma cuisse avec beaucoup d'attention puis prit la relève avec le second. La tête au niveau de mes hanches, il fit courir ses lèvres sur ma peau avant d'agripper l'ourlet de mon string pour me le retirer.
« Tu l'as encore » remarqua-t-il en caressant son message d'amour inscrit sur mon aine.
Je ne dis rien, me contentant de hocher la tête. Ses doigts s'immiscèrent dans mes plis intimes, sa langue vint trouver mon bouton de plaisir. Cris, ondulations et gémissements s'en suivirent.
À bout de souffle, je le poussai vers l'arrière et m'assis à califourchon sur lui. Il dégrafa ma guêpière, la laissa tomber par terre. Je le déshabillai entièrement pour retrouver moi aussi les quelques mots que j'avais écrits près de son pubis.
« Toi aussi » constatai-je.
Et comme moi, il hocha la tête. Je lui souris en attrapant son phallus dans ma paume pour le sucer avec envie, plaisir, délectation. Il planta ses ongles dans mon crâne, trembla, grogna puis me fit signe de tout arrêter juste au moment propice.
« Je veux jouir en toi. »
Sans me demander mon avis, il nous fit rouler sur le côté pour se retrouver au-dessus de moi. Chaque recoin de mon corps fut cajolé par ses mains délicates.
« Tu vas me montrer cette fameuse position, miaulai-je en le voyant s'agenouiller entre mes cuisses.
― Oui. »
Il me tira par la taille pour me rapprocher le plus possible de lui. J'enroulai mes jambes autour de son bassin, il attrapa mes fesses et me souleva légèrement pour positionner mon sexe tout près du sien. Et brusquement, il me pénétra en répandant des ondes de plaisir en moi.
Cette position était ravissante, mes sensations n'en étaient que plus grandes. Edward se mouvait en moi comme un dieu, son regard me transperçait. La pluie s'abattait sur les carreaux de verre, créant une ambiance électrique. Je suais sous ses coups de rein, il n'arrêtait pas de toucher ma poitrine pour se contenir.
L'orgasme nous enveloppa de la tête aux pieds. Nos muscles se contractèrent avant de se relâcher tout doucement. Edward s'allongea sur moi pour venir m'embrasser. Il tira les draps sur nous et enfouit son nez dans mon cou.
« Je t'aime, lui chuchotai-je à l'oreille en caressant ses cheveux.
― Moi aussi je t'aime ma Bella. »
Il remua pendant quelques secondes puis ferma les yeux calmement, le sourire aux lèvres. Je le regardai s'endormir heureuse puis réagis aussitôt en repensant à notre conversation dans la voiture.
« Tu ne vas pas t'en tirer comme ça.
― Qu'est-ce qu'il y a ? bégaya-t-il.
― Tu m'as promis une nuit blanche de sexe et d'amour » lui rappelai-je.
Il se racla la gorge, avala sa salive bruyamment et prit appui sur ses coudes pour mieux me cerner.
« Déjà remise de ton orgasme ma chérie ?
― Depuis longtemps. À croire qu'il n'était pas si fort que ça, fabulai-je.
― Petite peste, je te déteste » termina-t-il en disparaissant sous la couette pour aller me ravir encore une fois.
