Chapitre 2 - Ne me suivez pas... Mais si, on vous suit!
Pensais-tu que je l'ignorais?

Le regard perdu dans le vague, le Docteur se remémorait des paroles de son double lors de l'échange mentale qu'ils avaient eue par delà l'espace-temps.

L'Univers où tu te trouves se lézarde de part en part. Tu n'as qu'à emprunter l'une des failles pour venir me rejoindre.

Oui, mais ces fissures... Si certaines mettaient deux mondes en contact, d'autres s'ouvraient sur le Silence, capable d'effacer en un instant l'existence même de ceux qui l'approchaient. Que se passerait-il si le Tardis s'engouffrait dans l'une d'elles?

Je t'en prie! C'est de Rose que nous sommes en train de parler!

Mais il le savait bien! Pas besoin que l'autre le lui rappelle.

Amy avait croisé les bras et l'observait sans dire un mot. Depuis qu'il était sorti de son espèce de méditation, il ne faisait rien d'autre que de tourner autour de la console tout en manipulant distraitement quelques boutons et manivelles. A quand viendrait l'explication de son étrange comportement?

- Amy, dit-il assez soudainement, je te ramène à Leadworth.

- Pardon, Docteur? Vous pouvez répéter?

- Ne t'inquiète pas. Je reviendrai te chercher, oh en à peine cinq minutes.

- Ah oui? Comme la première fois qu'on s'est rencontré, c'est ça? Hors de question!

- Amelia.

Il vint vers elle et la fixa droit dans les yeux.

- Cette fois, je vais à un endroit où il se peut que je ne revienne jamais. Il suffirait que la faille se referme derrière moi et... Bon. Donc à moins que tu veuilles ne jamais revoir ton village, tu ferais mieux de suivre mon conseil.

- Mais il n'y a rien, là-bas. Rien qui m'y attache, ni personne qui m'y attend. Je n'ai que vous, Docteur. Alors ne m'obligez pas à partir, s'il-vous-plaît.

Plus de Rory. Effacé, banni de la mémoire d'Amy, qui ne savait même pas pourquoi elle se sentait si souvent triste. Et c'était de sa faute.

Le Docteur se dit que c'était un combat perdu d'avance. Il lui était impossible de l'abandonner, toute seule et désolée dans cette grande maison vide comme quand elle était enfant.

- Rahah! D'accord! Mais tu écoutes ce que je te dis, et tu fais exactement ce que je t'ordonne de faire, c'est bien compris?

- Bien entendu, Docteur.

Elle lui avait répondu avec un petit sourire satisfait, ce qui ne le rassura pas du tout. Comme d'habitude, elle n'en ferait qu'à sa tête, il en était certain.

- Alors, cette Rose... Qui est-ce?

- Une amie.

- Un peu comme River Song? se hasarda-t-elle, qui avait saisi le changement de ton à chaque fois qu'il prononçait ce nom.

- River fait partie de mon futur. Quant à Rose...

Elle appartenait à son passé. Mais il avala les derniers mots et raconta le pourquoi et le comment de tout ceci, sans toutefois entrer dans les détails. S'il devait l'emmener, autant qu'elle sache de quoi il retournait.

A la fin du récit, elle ouvrit des yeux ronds.

- Si j'ai bien compris, non seulement vous pouvez vous régénérer, mais aussi fabriquer une copie de vous même à partir d'un de vos membres. Et vous l'avez offerte en guise de cadeau d'adieu à votre amie? Wahou!

- Euh... "cadeau" n'est pas le terme que j'emploierais...

- C'est hallucinant! s'exclama-t-elle, ne l'écoutant pas du tout. D'un romantisme infernal! On devrait en tirer un film, Docteur. Ou une série!

Son histoire sur le petit écran? Quelle drôle d'idée!

- Allons, Amy. Sois sérieuse. Qui regarderait un truc pareil, franchement?

Et puis quel acteur humain, aussi bon soit-il, serait-il capable de tenir le rôle d'un Seigneur du Temps tel que lui? Non, mais!


OoOoO


John venait de passer près d'une heure auprès de Jackie, qui devenait une vraie tête de mule lorsqu'il s'agissait de de sa fille. Il avait fallu toute sa persuasion et celle de Pete pour la convaincre qu'elle ne lui serait pas d'une grande aide et qu'elle ferait mieux de rester chez elle. Finalement, elle avait cédé - pas le choix - en lui faisant promettre de la ramener à tout prix. Demande suivie de celle du petit Tony, plus touchante: "A'mène-nous H'ose, tonton John."

Mais même sans ces encouragements, il avait la ferme intention de la retrouver, quoi qu'il en coûte.

De retour au QG du Torchwood, il balaya du regard son bureau, pour s'assurer qu'il n'oubliait rien. Simple formalité, puisque l'objet le plus important, son tournevis sonique, était bien au chaud dans la poche de sa veste.

Ensuite il s'adressa à Jack, qui se tenait campé devant lui avec un air buté.

- Capitaine, je vous confie le fort.

- Il va falloir vous trouver quelqu'un d'autre pour ça, parce que moi, je vous suis.

- Je n'ai pas besoin de vous.

- Cela m'est complètement égal que vous ayez besoin de moi ou pas. Je viens avec vous, un point c'est tout.

- C'est un ordre, Jack.

- Que vous ne pouvez absolument pas me donner, n'étant qu'un consultant civile.

En voyant John ciller à cette remarque, Jack sourit intérieurement. Pour une raison qu'il ne comprenait pas, ce cher docteur Smith aimait à souligner qu'il n'était qu'un simple conseiller, comme si le terme "agent" avait quelque chose d'offensant. Seulement personne au Torchwood n'était dupe et tous obéissaient sans discuter à ses soi-disant conseils. Mais maintenant que cela se retournait contre lui, il n'avait pas l'air ravi...

- Pourquoi tenez-vous tant que ça à me suivre?

Que répondre à ça? Il ne pouvait pas lui répéter ce que Rose lui avait confié peu de temps après son recrutement. Alors il se contenta d'une autre réponse, qui n'était pas moins vraie pour autant.

- Rose est mon supérieur direct. Il est donc de mon devoir d'aller à son secours.

Voyant la mine plus que dubitative de son interlocuteur, le capitaine fit un autre essai.

- Allez, Doc. Mon expérience en tant qu'agent du Temps ne peut que vous être utile. Et puis deux têtes valent mieux qu'une.

- Trois, intervint une nouvelle voix. Je viens avec vous.

En apercevant Ianto Jones sur le seuil de la porte, John leva les yeux au ciel, exaspéré. Ils s'étaient tous donnés le mot, ou quoi?

- Et quelle est votre excuse à vous pour me coller au train? râla-t-il. Vous n'êtes même pas agent du terrain.

- La logistique, monsieur.

- Quoi? fit Jack, en riant presque.

- Durant votre poursuite, vous comptez manger, boire, s'habiller correctement? Avoir vos armes là où il vous faut et quand il vous faut? Je peux m'en charger.

Tandis que John lançait au jeune homme un regard interloqué, Jack hocha la tête en murmurant pensivement:

- Il est vrai que je ne suis pas fonctionnel à cent pour cent sans son café.

- Le café... Non, mais qu'est-ce qu'il ne faut pas entendre. Nous n'allons pas à un pique-nique, Jack!

- Je sais aussi faire du thé, monsieur, si c'est ce que vous préférez.

Cette fois les deux autres fixèrent Ianto en même temps, et il rougit comme un collégien.

John soupira, excédé. Oh, et puis après tout, pourquoi pas: plus on était de fous, plus on riait.

- Comme vous voudrez. Mais je vous en prie, ne m'appelez pas monsieur.

- Oui, monsieur.. Euh, pardon, docteur Smith.

Ce dernier sortit en trombe de la pièce, en maugréant des propos incompréhensibles contre la race humaine et leur comportement. En le suivant d'une distance respectable, Jack donna de petits coups de coude à Ianto et lui chuchota à l'oreille:

- Petit cachotier. Tu en pinces pour le Doc, hein? C'est pour ça que tu tiens à nous accompagner.

- ...Quoi? bafouilla-t-il. Non, je...

- Arrête, je t'ai vu rougir. Remarque, je te comprends, tu sais. Ce gars est fascinant.

- Puisque je te dis que...

- Mais c'est la chasse gardée de Rose. Crois-moi, s'il y avait la moindre chance, j'aurais déjà tenté le coup. Alors tu ferais mieux d'y renoncer pendant qu'il est encore temps.

Après une tape sur l'épaule qui se voulait réconfortant, Jack pressa le pas pour rejoindre John. Resté en arrière, Ianto considéra tristement la silhouette du capitaine avant de murmurer:

- Imbécile... Tu ne comprends donc vraiment rien.


OoOoO


Et qu'en était-il de Miss Tyler, la raison de tout ce remue-ménage? Retournons au moment de son enlèvement...

Rose se précipita vers les portes du Tardis qui s'ouvrirent sans opposer de résistance. Cependant toute fuite était impossible, car ils se trouvaient déjà dans le vortex temporel.

Lentement, elle se tourna vers l'homme près de la console, qui la considérait d'un oeil froid et distant. D'après les habits qu'il portait, elle le supposa être le dénommé David.

Ils s'observèrent en silence. Finalement, ce fut lui qui choisit de se départir en premier de son mutisme.

- Pourquoi ne dites-vous rien?

- Et que devrais-je dire, selon vous?

- Peut-être la même rengaine que débitent tous les humains en voyant ce genre de technologie.

- S'il n'y a que ça pour vous faire plaisir.

En posant la main sur le coeur, elle s'exclama sur un ton parfaitement exagéré:

- Oh, mon Dieu! C'est plus grand à l'intérieur! ...Maintenant que je vous ai satisfait par une réaction appropriée, pourriez-vous me ramener chez moi? Je n'aimerais pas être en retard pour le dîner.

Il éclata d'un rire dénué de toute émotion, pas vraiment agréable à entendre.

- Le Tardis ne vous est donc pas inconnu. Qui êtes-vous?

- Rose Tyler. Et vous, c'est David, n'est-ce-pas?

- Vous savez très bien que je suis le Docteur. Comment se fait-il que vous me connaissiez alors que j'ignore tout de vous?

- Simple méprise. Je vous ai pris pour un de mes amis médecin.

- Il est un peu tard pour me mentir, ne croyez-vous pas, Miss Tyler?

Sans doute. Mais il était hors de question qu'elle déballe sa vie à un kidnappeur dont les intentions restaient obscurs. Et surtout, elle craignait les répercussions que cela pourrait avoir sur son compagnon.

Comme elle se taisait, il haussa les épaules et se mit à marcher en sa direction. Méfiante, elle recula et s'adossa contre la paroi du Tardis.

- Qu'est-ce que vous faites? Ne vous approchez pas!

- Dites-moi pourquoi j'ai un trou de deux ans dans ma mémoire.

Quoi? Qu'est-ce que c'était que cette histoire? Stupéfaite, elle répondit très sincèrement:

- Je ne sais pas de quoi vous parlez.

- Vous mentez. Pour quelle raison m'étais-je caché en me transformant en humain?

- Mais je n'en sais rien!

Il se tenait à présent juste devant elle. De ses deux mains il s'appuya sur la paroi, enfermant ainsi Rose entre ses bras tendus. Bien que son visage restait rigoureusement atone, ses yeux brillaient d'un mélange de colère et de suspicion mal contenues.

- Comment se fait-il, Miss Tyler, que votre visage me soit si familier, alors je ne vous ai jamais vue auparavant? Que savez-vous de moi? Répondez!

Pas plus que lui elle n'avait de réponses à ces questions. Il ne pouvait pas donc comprendre ça!

Devant son silence qu'il prit pour du refus, il annonça froidement:

- Vous ne me laissez pas le choix.

Avant qu'elle puisse réagir, il posa ses doigts sur les tempes de la jeune femme et plongea dans ses pensées.


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Note de l'auteur - Ianto ferait un beau majordome pour Bruce Wayne, vous ne trouvez pas?

Au départ, ce cher Mr Jones ne faisait pas partie du casting, car je voulais concocter quelque chose entre Jack et Amy. Seulement voilà, Jack sans Ianto, c'est un peu comme un gâteau sans la cerise: c'est toujours bon à manger (je parle du gâteau, hein. Quoique...) mais c'est moins joli à regarder!