Chapitre 4 - Sur les traces du ravisseur
Du Dr Smith Ianto ne savait que ce qui était connu de la plupart des employés du Torchwood, c'est-à-dire pas grand chose. Sur ce mystérieux compagnon de Miss Tyler courraient beaucoup de rumeurs aussi bizarres que fantaisistes, auxquelles il s'était toujours montré sceptique. Jusqu'à aujourd'hui.

Lorsque John les avait conduits sur le toit de l'immeuble du QG en leur parlant de l'atterrissage du Tardis, Ianto s'était vaguement attendu à voir apparaître dans le ciel un genre de vaisseau extraterrestre, ou encore une sorte d'appareil se rapprochant d'un zeppelin... Mais pas à ce qu'une cabine de police se matérialise avec le bruit d'une machine à laver cassée!

John y était entré comme si de rien n'était, suivi de Jack. Ianto avait hésité un instant avant de s'y aventurer, ses bagages à la main, se disant que le manque d'espace allait leur poser problème.

Puis son inquiétude s'était révélée injustifiée.

- Ca, c'est génial! s'extasia le capitaine. Rose n'exagérait pas, c'est vraiment plus grand à l'intérieur!

Simplement plus grand? C'était un doux euphémisme.

- Tu as pris ton temps, lança John à l'homme au noeud de papillon qui s'affairait près de la console.

- Ne commence pas, soupira-t-il. J'ai dû procéder à quelques réglages pour que le Tardis supporte un Espace-temps différent.

- C'est lui, votre double? demanda une jolie rousse en indiquant John du doigt. Mais il ne vous ressemble pas du tout.

- N'as-tu rien écouté de ce que je t'ai dit, Amy? Il est issu de ma précédente incarnation. Normal que nos physiques diffèrent.

Ianto n'eut guère le loisir de s'interroger sur cette conversation dont le sens lui échappait totalement, car s'ensuivirent les présentations qui lui parurent tout aussi étranges. Apparemment, ce Docteur - Docteur qui, au fait? - semblait le connaître, au moins de vue. Quant à Jack...

- Capitaine Jack Harkness, fit ce dernier en tendant la main à Amy, avec son sourire le plus charmeur.

- Arrêtez ça, Jack! s'écrièrent de concert John et l'homme au noeud papillon.

- Mais je ne fais que me présenter, protesta-t-il.

- C'est amplement suffisant, répliqua aigrement le Docteur. Dis-moi, comment se fait-il que même dans un autre Univers tu te retrouves encombré de celui-là?

- Ce n'est pas moi qui l'ai déniché, c'est Rose.

- Pourquoi est-ce que cela ne m'étonne pas... Bon, capitaine, je ne veux pas d'armes à bord de mon Tardis. Alors veuillez vous en débarrasser sur le champ.

- Quelles armes?

- Ne jouez pas l'innocent. Je suis certain que vous en avez cachées sur vous, dans des endroits que je n'aimerais pas fouiller.

- Oh, mais je vous en prie. Une fouille au corps ne me dérangerait pas, bien au contraire. Voulez-vous que je me déshabille tout de suite?

- Ça suffit, intervint John. Jack, je vous ai déjà dit que les armes n'étaient jamais une solution.

- Ecoutez, Doc, il est hors de question que je vous laisse vadrouiller dans l'Espace-temps sans protection. Rose m'en voudrait s'il vous arrivait le moindre pépin.

Le ton montait rapidement entre ces trois hommes, dont l'entêtement n'avait d'égal que leur ego. Ianto n'osait s'immiscer dans leur discussion animée, car lui aussi en avait apportées quelques unes, qui lui avait été confiées par Mr Tyler à l'insu du Dr Smith. Elles traînaient quelque part dans ses bagages, parmi le percolateur et les sachets de thé...

Finalement, Amy décida de calmer le jeu.

- Messieurs! Bien que cela charmerait ma journée d'assister à un striptease de la part de notre beau capitaine, je vous signale que nous sommes en train de perdre du temps. N'avons-nous pas une amie à retrouver?

Ils se turent comme des gamins pris en faute. Puis le Docteur s'adressa à John.

- Qu'as-tu appris sur notre kidnappeur?

- Pas grand chose, à vrai dire.

Il leur résuma les grandes lignes des circonstances entourant la disparition de Rose, ponctué par de nombreuses remarques de Jack.

- Si j'ai bien compris, résuma le Docteur à la fin de son récit, tu ignores pourquoi il se faisait passer pour un humain du nom de David, et également la raison de l'enlèvement de Rose, c'est ça? En fait, tu ne sais absolument rien.

- Quelle importance? riposta John sur un ton acide. Nous le saurons bien assez tôt une fois que nous l'aurons rattrapé. Alors dépêche-toi de le localiser, au lieu de me faire des reproches inutiles.

- C'est déjà en cours! dit-il en indiquant l'un des écrans de la console. Mais connaître ses intentions nous aurait permis d'anticiper ses mouvements, tu ne crois pas?

- Hep! intervint à nouveau Amy. Du calme!

Ianto avait remarqué que depuis le kidnapping de sa compagne, Dr Smith se montrait d'une humeur plus qu'irascible. Cela était parfaitement compréhensible, mais ce qui l'était moins, c'était l'attitude de ce Docteur sans nom qui semblait tout aussi énervé, sinon davantage. On aurait dit que c'était à lui qu'on avait enlevé la jeune femme...

- Je l'ai! cria soudain le Docteur, coupant court à ce qui aurait pu être le début d'une dispute. Direction: le Musée du 34 ème siècle!

Il abaissa l'une des manettes et le Tardis s'ébranla. Tous eurent le temps de se cramponner à quelque chose, sauf Ianto, qui fut projeté sur le sol, secoué comme il ne l'avait jamais été.

Tout en faisant des efforts méritoires pour se remettre debout, il se demanda s'il n'avait pas rêvé.

34 ème siècle? Avait-il bien entendu?


OoOoO


- Libérez-nous, nous n'avons rien fait!

- Amy, soupira le Docteur, il est inutile de hurler.

- Mais je veux sortir d'ici.

- Moi également. Alors cesse de crier, tu m'empêches de réfléchir.

Elle croisa les bras et se laissa choir sur un banc, la mine boudeuse.

- J'aurais dû regarder plus souvent le "Prison Break", maugréa-t-elle. Où est Michael Scofield quand on a besoin de lui?

A l'atterrissage du Tardis, ils s'étaient tous rués dehors, se retrouvant parmi la foule qui était venue admirer une sculpture du second empire romain. Ce qui n'avait posé aucun problème, jusqu'à ce qu'un des gardiens désigne John et s'exclame: "C'est lui!". Aussitôt des Labradoriens armés jusqu'au dent avaient surgi de nulle part et les avaient encerclés. Avant qu'ils ne puissent fuir, s'expliquer ou réagir d'une quelconque manière, ils avaient été enfermés dans une cellule de détention.

- Docteur, dit Jack, vous n'auriez pas sur vous un tournevis sonique? J'ai vu John ouvrir tout et n'importe quoi avec.

- Non, pas tout. Il ne marche pas sur le bois... Et non, ils me l'ont confisqué en même temps que vos armes.

- C'est quand même dingue! protesta Amy, frustrée. Qu'on accuse votre double de crimes commises par ce David! D'effraction, du vol... Et quoi d'autre, déjà?

- Tentative du meurtre, répondit sombrement Jack.

John avait été séparé d'eux dès le début pour un interrogatoire. Jack était assez inquiet à son sujet. En tant qu'ancien agent du Temps, il savait à quel point la justice du 34 ème siècle pouvait se montrer expéditive selon la gravité du crime. Il en avait fait l'expérience.

- Capitaine, demanda le Docteur, Mr Jones est-il du genre à savoir se débrouiller dans une situation de crise?

Ce dernier se trouvait encore dans le Tardis lorsqu'ils avaient été mis en état d'arrestation, faisant de lui le seul membre libre du groupe. Mais Jack n'en espérait pas grand chose.

- Ianto? Je ne nie pas que ce soit un brave garçon, mais il n'est pas agent du terrain. Ajoutez à cela le fait qu'il doit être complètement désorienté par son premier voyage temporel, je ne vois pas trop ce qu'il pourrait...

- Jack? fit une voix hors de la cellule. Tu es là?

Ils se levèrent tous d'un bond et s'écrièrent en cœur:

- Ianto!

L'instant d'après, la porte de la cellule était ouverte et ils virent Ianto debout près des deux gardiens chargés de leur surveillance. Ils gigotaient par terre, laissant échapper de temps à autre de petits jappements plaintifs.

- Que leur arrive-t-il?

A la question du Docteur, Ianto se montra tout gêné.

- Ils ont été neutralisés par des grenades ultrasoniques... Tu sais, Jack, celles que l'on avait utilisées pour repousser la dernière invasion alien. J'en avais apportées avec moi, et puisqu'ils avaient tous l'air canin... Je suis désolé, Docteur. Vous semblez ne pas apprécier les armes, mais je n'avais pas le choix.

- Étant donné les circonstances, coupa Amy, je suis sûre qu'il vous pardonne. Que disiez-vous, Jack? Qu'il serait désorienté?

- Ne l'écoute pas, Ianto, je t'adore! Viens là!

L'exclamation enthousiaste du capitaine fut suivie d'une grande embrassade et d'un baiser sur le front du jeune homme, qui fit rougir non seulement l'intéressé, mais aussi Amy. Les marques d'affection les plus simples perdaient toute leur innocence lorsqu'elles étaient prodiguées par Jack.

- Plus tard les effusions, si vous le voulez bien. Voici le plan. Capitaine, allez avec votre ami délivrer John, où qu'il puisse être. Quant à Amy et moi, nous nous chargeons de la partie la plus délicate.

- Qui consiste en?

- Récupérer mon tournevis, pour commencer. Ensuite nous tâcherons de découvrir ce que notre ravisseur était venu chercher ici.


OoOoO


Dans une sinistre salle d'interrogatoire, John était assis face à un Labradorien peu commode qui tenait absolument à obtenir ses aveux avant de le faire transférer à la prison centrale.

- Vous avez été assez stupide pour commettre un crime dans le Musée, l'endroit le mieux sécurisé de l'Univers. Ne poussez pas l'idiotie jusqu'à nier votre culpabilité, et avouez!

L'endroit le mieux sécurisé de l'Univers? John haussa un de ses sourcils, gestuel qui en disait long sur ce qu'il pensait de cette déclaration.

En temps normal, il aurait réagi avec légèreté et humour tout en réfléchissant à un moyen de se sortir élégamment d'une telle situation. Mais pas cette fois. Durant des jours l'inquiétude à propos de Rose l'avait miné à petit feu, le rendant acerbe. Et l'idée qu'il était en train de perdre du temps ne faisait qu'aggraver les choses.

- Dans ce cas, ma stupidité n'aurait d'égale que la vôtre, vous qui croyez qu'il est normal qu'un criminel revienne ouvertement sur les lieux de ses méfaits.

- Nous avons des preuves!

- Eh bien montrez-les moi, au lieu de me crier dessus comme vous le faites! Oh, pardon, j'oubliais: vous êtes un homme-chien. Vous ne criez pas, vous aboyez.

Des propos sarcastiques qui lui ressemblaient bien peu, et qui auraient choqué Rose, si elle avait été là.

Les yeux exorbités sous l'insulte, le Labradorien serra les poings, comme s'il s'apprêtait à le frapper. Cependant il se reprit en inspirant profondément. Non, il ne voulait surtout pas que le coupable soit relâché plus tard pour vice de procédure.

- Bien, dit-il en faisant tout pour se dominer. Voici donc une copie des caméras de surveillance. On vous y voit très nettement commettre votre forfait.

Il introduisit une carte mémoire sur le côté de la table qui se trouvait entre eux. La surface s'illumina, en projetant une image holographique de l'entrepôt.

A cet instant, la porte s'ouvrit et un garde armé fit irruption dans la pièce.

- Les prisonniers se sont échappés!

- Quoi!

Le Labradorien jeta un coup d'oeil à John avant de sortir précipitamment de la salle à la suite son subordonné.

John ne s'en préoccupa nullement, trop absorbé par ce qu'il voyait: Rose, sa précieuse Rose... et le Seigneur du Temps qui l'avait enlevée. Oubliant même de respirer, il suivit leurs faits et gestes, jusqu'à ce que...

...Rose soit poussée dans le vide par cet autre lui-même.

- Non!


OoOoO


Avec un cri, Rose bascula dans le vide.

David s'accroupit près du précipice. Au dernier moment, la jeune femme était parvenue à s'agripper au bord de la passerelle, évitant ainsi de le grand saut. Mais le métal était fort glissant, et ses doigts perdaient peu à peu du terrain.

- Qu'est-ce que vous ne comprenez pas dans le mot "raisonnable", hmm?

Il lui parlait sur un ton qu'aurait pris un maître d'école pour gronder un élève désobéissant.

- Allez au diable, rétorqua-t-elle, toute essoufflée.

Même si près de la mort, elle ne pouvait s'empêcher de le braver. Une attitude stupide qui n'avait rien à avoir avec le courage et qui ne faisait que la desservir, elle en était consciente. Seulement, l'être humain était ainsi fait: parfois, l'amour propre emportait sur la peur de mourir.

Ses doigts finirent par lâcher prise. Elle ferma les yeux, s'attendant à la chute vertigineuse qui allait s'ensuivre.

A cet instant, l'éclairage de la salle faiblit imperceptiblement. Des rais de lumière jaillirent de toute part et s'enchevêtrèrent pour former un filet lumineux juste en dessous de Rose, qui rebondit légèrement avant d'y atterrir sans dommage.

- Qu'est-ce que...

- Un champ de force élastique, fit David en sautant à son tour. Système de sécurité indispensable dans un entrepôt tel que celui-ci. Alors autant pour votre menace de vous jeter dans le vide avec le CID...

Il s'approcha de la jeune femme encore hébétée et l'empoigna par le bras pour la relever. Une fois qu'elle fut à nouveau sur pied, il la tira brutalement contre lui et lui dit tout bas, en articulant chaque mot:

- Ne faites plus ça.

Elle ne répondit pas, se contentant de soutenir le regard meurtrier qu'il lui lançait.

- Ne me provoquez pas. Plus jamais. Car la prochaine fois...

Il se pencha vers elle. D'une voix réduite à un chuchotement qui ne la rendait que plus menaçante, il lui confia à l'oreille le reste de la phrase.

- ...Il risque de n'y avoir aucun filet pour vous rattraper.


OoOoO


Note de l'auteur - M'enfin, jamais je n'oserais faire mourir Rose! Je n'ai pas envie de me faire assassiner par ses fans.